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coup à sos écrits, peut-être môme à. ses doctrines sur l'éducation?
L'autre critique à laquelle ce système d'éducation nous semble donner prise, c'est d'être un système artificiel, do s'enfermer rigoureusement dans le cadre de l'école ecclésiastique, de prétendre élever les enfants d'après une vue préconçue et très étroite de la vie humaine en général, de leur avenir en particulier. Nous ne reprocherons certes pas à un évoque de faire de la religion le ressort essentiel de l'éducation, nous nous 3ommes plu à reconnaître l'élévation du sentiment moral qui le plus souvent s'allie au sentiment religieux dont le livre est, imprégné ; mais est-il possible de ne pas voir combien il y a d'apprêt et de convention, d'afféterie ot de fausse sensibilité dans ce régime perpétuel d'excitation à la vie dévoie? Il y a tel chapitre où l'on se croit transporté en plein couvent, où l'on touche du doigt les petits artifices et les petits manèges d'un système de préparation qui doit aboutir à former non pas des chrétiens, non pas d-s catholiques comme ceux que rêvaient les Hossuet et les Fénelon, mais des hommes de sacristie et, ce qui est pis, des hommes de parti. C'était assurément le droit de l'auteur d'écrire un livre à l'usage exclusif des petits séminaires, mais ce livre a de si belles parties qu'on regrette par endioits qu'il ne soit pas tout entier conçu en vue d'un pins large public. On voudrait voir un si habile éducateur, dans l'enfant qu'il élève oublier un peu plus le séminariste pour songer à l'homme. L'Eglise et ses pompes lui font trop perdre de vue le monde et ses dangers; il aime profondément les enfants qui lui sont confiés, et c'est le vrai secret de son action sur eux : mais il les aime peut-être trop pour l'Eglise et pas assez pour eux-mêmes; il est peut-être trop préoccupé de les arracher à l'Université pour ne pas être en danger de les détacher par avance de la société où ils vont entrer. En seront-ils réellement plus fi rts pour le bien, citoyens meilleurs et hommes p'us vertueux? Ce parfum d'encens sacré, dont ils sont en vérité enivrés par ces quelques années d'internat monastique, aura-t-il la vertu de les envelopper et de les préserver longtemps au sortir de cette serre-chaude? Il est impossible de ne pas songer ici à un mot de l'homme que Mgr Dupanloup affectait de haïr le plus : « Pour moi j'ai grand'peur que toutes ces petites saintes, qu'on force de passer leur enfance à prier Dieu, ne passent leur jeunesse à tout autre chose. » Ce que Rousseau disait des filles n'est peut-être pas moins vrai de leurs frères.
3uoi qu'il en soit, nous ne saurions donner les ouvrages de Mgr Dupanloup, malgré les mérites que nous y avons relevés, comme répondant à l'idée que nous nous faisons de l'éducation nationale : ils attestent sans doute des qualités brillantes et sérieuses, de nobles aspirations, une grande compétence, une facilité merveilleuse à concevoir et à développer, on pourrait presque dire à improviser de toutes pièces un corps de doctrines pédagogiques, enfin une chaleur d'âme, une abondance et une vivacité de style qui ne sont point communes; mais ils ne respirent ni cet esprit démocratique, ni ce respect des institutions fondamentales de la société moderne, ni cette largeur de fraternité et de patriotisme qui doivent, à, tous les degrés, distinguer profondément de l'éducation cléricale l'éducation française.
DUPIN (baron Charles;. — Géomètre et économiste français, né à Varzy dans le Nivernais, en 1783. Elève de l'Ecole polytechnique, Charles Dupin en sortit avec le diplôme d'ingénieur de la marine. Nous n'avons pas à retracer ici la carrière si remplie de cet homme remarquable ; nous nous bornerons à mentionner ceux de ses travaux qui ont trait à l'enseignement populaire. Nommé pro-
fesseur de mécanique au Conservatoire des arts et métiers sous la Restauration, il y fit en 182», pour les ouvriers, un Cours de géométrie appliquée
aux arts; ses leçons, publiées plu-; tard, formant un ouvrage en trois parties, qui aété traduit en plusieurs langues. Les écoles d'arts et métiers ayant été attaquées à la Chambre lors de la discussion du budget de 1825, Dupin répondit par une brochure intitulée Avantages sociaux d'un enseignement public appliqué à l'industrie, Paris, Bachelier, in-s. On a de lui, dans le même ordre d'idées, plusieurs discours ou brochures ; citons : Notice sur vn nouvel enseignement de la géométrie et de la mécanique appliquées aux arts et métiers et aux beaux-arts, Paris, Fain, in-8, 1825; Effet de l'enseignement populaire de ta lecture, de l'écriture et de l'ariih'hétique, discours prononcé à l'ouverture des cours de géométrie au Conservatoire, le 30 nov. 1826; Discours sur le progrès d-s connaissances de géométrie et de mécanique dans la classe industrieuse, Paris, 1829, in-18. Charles Dupin fut un des membres les plus actifs de la Société pour l'instruction élémentaire; en 1826, il publiait sa célèbre Carte figurative de l'instruction populaire en France, ou « Carte de la France éclairée et de la France obscure; » il la complétait l'année suivante par une brochure intitulée Conclusions des recherches statistiques sur les rapports de V instruction populaire avec la moralité des diverses parties d? la France, et prononçait VEfrge du duc de Larochefoucault-Liancourt*; trente ans plus tard, en 1856, il publiait encore un Discours sur les progrès accomplis dans l'instruction élémentaire de la France, Paris, in-8. Nommé baron par Louis XVIII, Charles Dupin devint député en 1828, conseiller d'Etat en 1831, membre de l'Institut en 1832, pair de France en 1838. Ce fut lui qui présenta en 1841, à la Chambre des pairs, le rapport sur le projet de loi relatif au travail des enfants dans les manufactures. Lors de la première exposition universelle à Londres, en 1851, il présida le jury français. Le second empire le nomma sénateur. Il est mort à Paris en 1873.
DUPONT '.Hippolyte-Auguste). — Instituteur français, né à Arboras (Hérault; en 1767, mort à Versailles en 18.r>5. Fils de pauvres vignerons, Dupont n'apprit les lettres qu'à l'âge de douze ans, lorsqu'il dut étudier le catéchisme pour sa première communion. Ses parents firent alors de lui un petit marchand ambulant. Grâce à la bienveillance d'un régent de collège qu'il rencontra, et qui lui donna quelques livres et des modèles d'écriture, il put continuer ses études. « Je ne me séparais plus de mes livres, a dit Dupont; je les lisais partout, en mangeant, en marchant, et, le soir, je m'endormais avec eux sur mon grabat d'auberge, où, le plus souvent, je n'avais été admis que par charité. » Un accident décida de sa future carrière. Etant tombé malade dans un hameau du département du Gard, il fut soigné avec bonté par les habitants: ceux-ci l'engagèrent, après sa guérison, à rester avec eux pour enseigner a leurs enfants ce qu'il savait, moyennant cinq francs par mois et la nourriture; Dupont accepta, et c'est ainsi qu'il devint instituteur.
Il continua a travailler avec ardeur à perfectionner sa propre instruction, s'apph'quant surtout à la calligraphie. En 1807, il fut nommé maître d'écriture au collège de Clermont-l'Hérault, et bientôt après il obtint le brevet d'instituteur. Muni de ce titre, il put accepter la direction de l'école primaire d'Agde, qu'il quitta au bout de quelques années pour fonder une école indépendante a Marseillais iHérault). Ce fut là qu'il essaya l'application d'une nouvelle méthode de lecture, qu'il appelai iCitolégie, et dont les heureux résultats attirèrent l'attention sur lui. Il fut appelé à Montpellier, où il resta jusqu'en 1828, puis à Nancy, où il fonda
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un pensionnat primaire, qui donna, sous son habile direction, les plus brillants résultats. Burnouf, qui vit Dupont en 1835, frappé de ses procédés ingénieux, l'engagea à. se fixer dans la capitale ; et l'année suivante, l'ancien colporteur, devenu l'ami des plus hauts fonctionnairesde L'Université, ouvrait une maison d'éducation à Paris, rue Saint-Lazare.
L'institution Dupont réunissait les enfants de l'élite de la bourgeoisie et du monde officiel ; les élèves y affluaient de tous les quartiers, ce qui engagea Dupont à créer l'omnibus de l'école, voiture qui allait prendre les écoliers a leur domicile le matin et les y ramenait le soir. La renommée de l'instituteur parvint jusqu'à Louis-Philippe, qui l'appela auprès de lui pour avoir ses conseils, ■et qui décida que les méthodes de Dupont seraient employées pour l'éducation de ses petits-fils : une nouvelle édition de làCitolégie fut dédiée au comte de Paris.
Dupont était arrivé à l'apogée de sa carrière. En 1844, il reçut la croix de la Légion d'honneur. Peu de temps après, il s'associa M. Tuffier, auquel il «éda bientôt la direction de son établissement. Il se retira alors à Versailles, où il vécut encore quelques années dans la retraite, occupé surtout à revoir ses ouvrages et à en publier de nouvelles ■éditions.
Dans sa méthode d'enseignement de la lecture Dupont commence par l'étude des voyelles et des' différentes sortes d'e; il les associe ensuite aux articulations pour former des syllabes de deux lettres, puis des mots avec lesquels sont composées de petites phrases. Vient ensuite l'étude des sons simples représentés par plusieurs lettres inséparables, avec lesquels on fait les mêmes combinaisons que précédemment ; puis l'étude des diphtongues et celle des consonnes représentées par plusieurs lettres. L'enfant est alors en état de lire quelques petites histoires morales que l'instituteur met sous ses yeux.
Les principaux ouvrages de H. -A. Dupont sont : la Cilotégie en tableaux, dont il imprima lui-même, à Marseillan, la première édition en empruntant les caractères qui lui étaient nécessaires ; le même ouvrage, en un volume de 80 pages, format carré ; Manuel de la citolègie (lr* édition vers 1825); la Citolègie à l'usage des mères de famille, 1 vol. grand in-8 ; Méthode pour mettre la grammaire à la portée de V enfance (lre édition vers 1828), 2 vol. in-12; Questions d'arithmétique préparatoire ou de calcul mental, 2 vol. in-18; Lettre à MM. les instituteurs primaires de France, brochure in-18, 1850.
DUPONT dit DE NEMOURS (Pierre- Samuel).
— Economiste et homme politique français, né à Paris le 14 décembre 1739. Après avoir étudié la médecine, il s'occupa de philosophie et d'économie politique, et s'attacha aux doctrines de Quesnay. Il devint l'ami de Turgot, qui l'appela auprès de lui pendant son passage aux affaires, et qu'il suivit dans sa disgrâce. En 1789, il fut élu député aux Etats-généraux par le bailliage de Nemours, et se rangea parmi les partisans de la monarchie constitutionnelle. Emprisonné en 1793 comme suspect, il recouvra la liberté après le 9 thermidor, et fut éiu en 1795 membre du conseil des Anciens. Il faillit être déporté au 18 fructidor comme royaliste, et ne fut sauvé que par l'intervention de M.-J. Chénier. Toutefois, ne se jugeant pas en sûreté en France, il se rendit aux Etats-Unis, où il demeura jusqu'en 1802. Revenu en Europe, il refusa d'accepter de Napoléon aucune fonction, et se consacra exclusivement à des travaux scientifiques. En 1814, il fit partie du gouvernement provisoire, et Louis XVIII le nomma conseiller d'Etat. Au retour de Napoléon de l'île d'Elbe, il quitta définitivement la France pour retourner aux Etats-Unis, où il mourut en 1817 dans l'Etat de Delaware .
Au cours de ses travaux philosophiques et économiques, Dupont de Nemours s'est occupé d'instruction publique à plusieurs reprises. Les doctrines de l'école des physiocrat.es, à laquelle il appartenait, devaient le porter à attacher une grande importance à l'instruction des travailleurs des campagnes. Aussi est-ce 6 ce sujet qu'il a consacré son premier ouvrage relatif à l'éducation : c'est un écrit anonyme intitulé Vues sur l'éducation natio7ia'e, par un cultivateur, Paris, an IL II n'en a paru que le premier cahier, qui porte ce sous- titre : De la manière d'enseigner à écrire et à lire, et de l'organisation des écoles primaires dans tes campagnes. Nous analyserons brièvement ce curieux ouvrage.
« L'objet de l'instruction publique, dit l'auteur, est de procurer aux citoyens le plus qu'il sera possible de connaissances utiles, en exigeant pour chacune d'elles le moins de travail qu'il sera possible... Chez les citoyens laborieux des campagnes, dont les travaux produisent la subsistance et la richesse de la nation entière, les enfants ont très peu de moments qu'ils puissent consacrer même à la première, à la plus simple instruction lettrée. Il faut donc prendre des mesures et adopter des plans tels que la première instruction leur soit donnée sans les détourner de leurs occupations indispensables pour les emprisonner dans une école. 11 faut donc accourcir la carrière, y marcher à pas plus sûrs, briser toutes les entraves de la routine, qui dans tous les établissements d'instruction n'avait songé qu'aux citadins et aux riches. » Il propose de commencer, non par l'enseignement de la lecture, mais par celui de l'écriture ; on gagnera ainsi un temps précieux, tout en exerçant davantage l'intelligence des enfants. « Un des premiers vices de cette éducation de classe ou d'école dont nous avons tous été dIus ou moins les victimes, est d'avoir consume plusieurs années de notre jeunesse pour nous faire parvenir à savoir lire et écrire. Et encore, quand nous l'avons su, nous n'avions acquis qu'un moyen d'apprendre; mais nous n'avions rien appris. Aucune vérité physique, ni morale, n'était entrée dans notre tête : excepté celles qu'avait recueillies notre expérience enfantine, indépendamment des leçons, et plus souvent malgré nos maîtres. Heureux si nous n'avions pas appris à rebours ; si les erreurs de nos livres et les préjugés de nos pédagogues n'avaient pas émoussé ou faussé notre esprit, et encombré les passages par lesquels il aurait pu et dû recevoir une instruction réellement avantageuse pour nous-mêmes et pour nos concitoyens!.... Même encore aujourd'hui, et depuis l'invention du bureau typographique *, qui n'a jamais été connu dans les campagnes, et ne pouvait, dans les villes, l'être que des familles aisées, parce qu'il était trop dispendieux pour les autres, on aurait cru manquer à tous les principes, si l'on eût laissé manier une plume aux enfants avant qu'ils sussent parfaitement lire. L'écriture était un second métier, presque sans rapport avec celui qui avait jusqu'alors absorbé leur attention. On les forçait de s'y livrer, lorsqu'on avait épuisé la lecture, et répercuté par elle cette ardeur juvénile qui porte les enfants à s'instruire quand on ne les en empêche pas, à faire quelque chose, à imiter les hommes. C'était après les avoir lassés de préceptes et d'obéissance, qu'on venait les asservir et les assujettir de nouveau, au moment où l'on aurait pu, en leur choisissant, en leur composant des livres, leur procurer quelque instruction et quelque amusement par cet art de lire qu'on leur avait si difficilement rendu praticable. On leur faisait déjà, connaître, comme dit Montesquieu, le travail après le travail, ou plutôt l'ennui après l'ennui; et quelquefois on les dégoûtait pour la vie des occupations sédentaires, qui, mélangées
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et distribuées avec intelligence, peuvent être une si grande source de lumières et de plaisirs.
» Dans cet ordre d'études, on avait oublié l'instinct de l'enfance qui aimo plus à occuper ses doigts que sa tête, ou, pour mieux dire, qui n'occupe bien sa tête que lorsqu'elle exerce ses doigts. On l'avait tellement oublié, on se le rappelle si peu, que je vais paraître paradoxal en disant qu'il faudrait, qu'il faut commencer l'instruction littéraire des enfants, par leur apprendre à écrire, et qu'on ne doit s'embarrasser aucunement de la lecture, dont on n'aura pas besoin de faire une étude à part, si l'écriture est bien enseignée.
» Je me hâte de repousser la prévention qui fera d'abord regarder cette méthode comme absurde, et comme une rêverie de l'esprit innovateur, en ajoutant que j'ai eu le bonheur d'avoir à élever plusieurs enfants qui sont aujourd'hui des hommes de mérite, d'excellents citoyens, et qui n'ont jamais appris spécialement à lire. Je renouvelle l'expérience auprès d'une seconde génération. Il ne s'agit donc pas d'une idée, mais d'un fait constaté avec succès sur un assez grand nombre d'individus. »
Dupont pense qu'il suffira, pour l'acquisition des connaissances formant le programme de l'école primaire, d'une classe d'une heure par jour à midi en été, le soir en hiver ; que les procédés du chevalier Pawlet * permettront aux enfants de s'entr'aider (première idée du mode mutuel) ; qu'enfin, en sectionnant les communes en « petits arrondissements dont les enfants se réuniront chez quelque particulier (de 8 à 12 élèves par cours), le propriétaire delà maison les surveillera, un maître ambulant parcourra à tour de rôle les diverses petites écoles ; » deux élèves, sergent et caporal, feront la discipline. Le maître peut à la rigueur ne les visiter qu'une fois par décade. Pour encourager l'émulation, les élèves décerneront euxmêmes les places par numéro d'ordre aux plus méritants après examen des travaux.
L'auteur recommande les exercices militaires ; les élèves éliront eux-mêmes le capitaine et les sous-officiers de leur petite troupe. Dans ce système, d l'instituteur que leur a donné la République n'auraété que leur i?istruct'Ur,\euv compagnon, leur ami, non leur maître ». Dupont insiste beaucoup sur l'avantage qui résulte, en éducation, de l'absence de la contrainte. « On ne les aura forcés de rien apprendre, on leur aura seulement montré à s'instruire, on aura dirigé la pente que tous les enfants y ont jusqu'à ce que l'ignorance ou l'ineptie de ceux qui les entourent borne à leurs yeux la carrière ou que le pedantisme les en dégoûte par sa tyrannique et sotte sévérité. >» L'enseignement doit être intuitif : « Les mots ne leur arriveront qu'à la suite des choses, ce qui est encore une des méthodes de la nature qui environne les enfants de faits et les engage à les discerner, à les connaître, à les juger longtemps avant qu'ils sentent le besoin de les exprimer et de les nommer. »
Voici la conclusion de l'auteur : « Nos jeunes et dignes paysans, dans les neuf années de leur éducation publique (de 7 à 16 ans), auront acquis toutes ces connaissances.... sans avoir cessé un moment d'être selon leur âge pâtres, pionniers et cultivateurs, sans qu'il y ait dans la République un poulet, un fromage ou une pomme de terre de moins. Rs auront appris autre chose que les sciences qu'on leur aura assignées, ils sauront comment donner un suffrage et pourquoi ils le donnent, comment on dit courageusement sa pensée en public et au public Ils arriveront à la
virilité, à l'état de gardes nationales, aux assemblées primaires, au grade d'électeur, aux places de l'administration, de la représentation et de l'armée. »
Dupont de Nemours compléta quelques années plus tard l'exposé de ses vues sur ce sujet, dans un Mémoire sur le nombre des école» primaire que Von doit entretenir, qui fut UÎ à l'Institut, dont Dupont était membre, dans la séance du 22 ventôse an VU. Il débute ainsi : « J'ai fait voir dans un premier ouvrage que les enfants des cultivateurs étant pour eux des coopérateurs utiles et même nécessaires, il y aurait un très grand obstacle physique, moral, domestique, économique à ce que la plupart d'entre eux pussent profiter des leçons des « écoles primaires, » même en supposant qu'on en placerait une dans chaque commune rustique. J'ai tâché d'indiquer les moyens par lesquels on pourrait surmonter cet obstacle, d'abord en sous-divisant les écoles primaires en autant de sections qu'il y aura de fois 10 ou 12 élèves, puis en s'aidant de ceux qui auront le plus de dispositions pour contribuer à former les autres et choisissant les heures de l'étude tant selon les saisons que d'après l'espèce de culture du pays et faisant inspecter chaque jour,sans ordre réglé, à l'improviste, quelques-unes des sections par le professeur, qui ne donnerait leçon à toate l'école réunie que le décadi. »
L'auteur insiste ensuite sur la nécessité d'avoir une école par commune, et non pas seulement une école par canton comme le prévoyait la loi de l'an IV.
Si les enfants ont une trop longue course à faire pour se rendre à l'école, ils n'iront pas, le père et la mère s'y opposeront par des motifs divers : «Contraindre les pères, contraindre les mères, contraindre les enfants à des choses qui surpassent la force physique des enfants et la force morale des mères, et que l'intérêt des pères contredit : c'est ce qui ne se peut pas, c'est ce que la terreur même tenterait en vain. »
La constitution de l'an III portait qu'en l'an XII celui qui ne saurait pas écrire perdrait l'usage des droits de citoyen. « Ce fut, dit à ce sujet Dupont de Nemours, une belle pensée de la Commission des onze et de la Convention nationale, de poser pour condition de l'exercice du droit de cité la possibilité de lire les lois, celle de signer son serment, celle d'administrer ses affaires en père de famille éclairé, et de n'être pas entièrement incapable de recevoir des idées justes sur les droits, les devoirs, les intérêts des citoyens. Mais cela même suppose une école à proximité de tous ceux qui ont besoin de recevoir l'enseignement. »
Mais des écoles aussi nombreuses coûteraient fort cher? « L'argent, répond 1 auteur, ne manque jamais pour les services qui touchent les familles. On nourrit tous les enfants, Dieu merci, et cela coûte fort cher aux parents. Cela n'est cependant presque pas plus nécessaire que de leur apprendre à lire, à écrire, à mesurer, à penser, à sentir avec moralité, à chérir la justice, à préférer l'amour honnête, filial, conjugal, paternel et celui de la patrie, aux séductions des plaisirs tumultueux et de l'intérêt mal entendu. Voilà ce que peuvent des écoles primaires suffisantes et bien dirigées, et ce second besoin de la vie auquel on ne saurait pourvoir que par elles sera beaucoup moins dispendieux que le premier. Quand la diffusion de l'instruction ne devrait augmenter que d'un dixième la belle manufacture des récoltes nationales, le résultat serait d'une valeur au moins décuple des frais. »
Le minimum du traitement que Dupont propose pour les instituteurs des campagnes est de 5 ou (500 francs, dont une partie sous forme de traitement fixe payé par la nation, et le reste provenant d'honoraires payes par les communes et les familles en raison du nombre des élèves et à proportion de leurs progrès.
DUPUIS
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Mentionnons encore un troisième ouvrage, composé par Dupont pendant son premier séjour en Amérique. C'est un mémoire sur Y Education nationale dans les Etats-Unis d'Amérique. Il a été publié en 181*2 dans les Annales de iéilucation, recueil périodique dirige par M. F. Guizot. L'auteur fait précéder son écrit de quelques lignes d'introduction, où il nous apprend que « cet ouvrage a été fait en 1800, à la demande de M. Jefferson, président des Etats-Unis d'Amérique ; il a eu le suffrage de ce grand magistrat et de son respectable successeur. » Abordant ensuite son sujet, Dupont constate qu'aux Etats-Unis l'instruction primaire est très répandue : « Les jeunes Américains apprennent presque tous à lire, à écrire et :à compter. Il n'y en a pas plus de quatre sur mille qui n'écrivent pas lisiblement et même proprement; tandis qu'en Allemagne, en Espagne, en Portugal, en Italie, il n'y a guère qu'un sixième de la nation qui sache lire ; en France même, pas plus d'un quart. » Il énumère les branches qui doivent être enseignées dans les écoles primaires, parle des méthodes d'enseignement, et insiste pour que les connaissances concrètes, acquises par l'observation, par l'intuition, précèdentles notions abstraites. Il reconnaît la nécessité de livres classiques; ces livres devraient être au nombre de quatre : en premier lieu, un abécédaire, contenant des lectures sur toute sorte de sujets, et un livre de physique et de mathématiques ; ces deux manuels seraient destinés aux exercices de la classe; en outre, un abrégé chronologique de l'histoire, et un recueil de traits de vertu et d'anecdotes : ces deux derniers livres seraient donnés à titro de récompense aux élèves, qui acquerraient ainsi sans étude spéciale les connaissances historiques dont ils ont besoin. L'auteur propose de mettre au concours la composition de ces quatre livres. Il termine par quelques mots sur l'organisation des classes : le cours d'études de l'école primaire doit durer trois années, correspondant à trois classes différentes, qui recevront l'enseignement dans des locaux séparés ; il n'y aura qu'un seul instituteur; mais il sera secondé par des moniteurs choisis par les élèves eux-mêmes parmi leurs camarades. On retrouve là les idées exposées déjà dans le premier ouvrage de Dupont: abréger autant que possible la durée des études, et rendre possible la direction de plusieurs classes par un seul maître, au moyen de l'institution des moniteurs.
DUPUIS (Alexandre). — Peintre et professeur de dessin, auteur d'une méthode d'enseignement du dessin qui eut un grand succès pendant les années qui suivirent 1830. Chargé d'une classe de dessin au lycée Saint-Louis, Dupuis y avait fait l'essai de sa méthode ; à la suite d'une enquête comparative qui permit de constater les résultats obtenus, la méthode Dupuis obtint l'approbation de l'Académie des Beaux-Arts, dans sa séance du 1er décembre 1853, et celle du Conseil royal de l'instruction publique, dans sa séance du 27 mars 1834. M. Guizot, alors ministre de l'instruction publique, recommanda la méthode Dupuis aux proviseurs dés lycées par une circulaire spéciale, en date du 7 juin 1834.
Nous empruntons à une brochure publiée par Alexandre Dupuis en 1839 un résumé des principes de sa méthode. Il commence par critiquer la méthode en usage avant lui :
« Dans tout enseignement rationnel, dit-il, on procède des divisions principales aux subdivisions ; pour le dessin, on suit une marche inverse. On présente d'abord à l'élève des détails, un ?iez, une bouche, un œil, une oreille, qu'on lui fait copier successivement de profil, puis de trois quarts, et enfin de face. Ce n'est que lorsqu'il a consacré beaucoup de temps à cette besogne fastidieuse, qu'on lui permet d'essayer un ensemble. Qu'arrivp.-t-il? l'é-
lève, dominé par l'habitude, commence un modèle par le plus petit détail. Le professeur l'arrête aussitôt, et, lui indiquant brusquement une marche nouvelle, il exige que son disciple attaque d'abord les divisions principales. On sent ce qu'il y a de choquant dans une méthode qui force le professeur à condamner ses premières leçons. L'élève, exercé à une copie minutieuse de détails, n'a pas contracté l'habitude de lire largement, c'est-à-dire de saisir les principaux plans et le mouvement du modèle : ses premières études, loin de lui être de quelque secours, sont un obstacle de plus à surmonter.
» Jugeons les modèles eux-mêmes. Copier des dessins ne peut apprendre qu'à manier les instruments et non à dessiner. Comment, en effet, prétendez-vous exercer et former le coup d'œil en ne lui offrant point les objets tels qu'ils existent? Est-ce donc avec des surfaces planes que nous accoutumerons l'œil à juger des formes, qui partout s'offrent en relief? d'ailleurs, après avoir perdu un temps précieux sur ces copies de copies, ne faut-il pas en venir à l'étude des reliefs? Alors, pour la seconde fois, vous êtes obligés de détruire votre ouvrage. Tel est le résultat forcé d'une méthode antirationnelle dans toutes ses parties. »
Passant ensuite à l'exposé de sa propre méthode, il en indique comme il suit les avantages :
« La nouvelle méthode que nous offrons s'est spécialement proposé, au contraire, d'établir une liaison intime entre les différents degrés d'enseignement, de hâter les progrès de l'élève par une étude attachante, de ne proposer à son imitation que des modèles en relief, afin d'habituer son œil au vrai.
» ... Seize bosses graduées composent toute cette méthode ; c'est dans l'analyse de ces 16 modèles qu'il faut chercher l'esprit et les avantages de ce nouveau mode d'enseignement.
» Ces 16 modèles se partagent en 4 séries, chacune de 4 bosses.
» Ve série. — Les 4 bosses delà lre série offrent seulement la masse do l'ovale avec ses grands plans ; le profil est indiqué par un angle obtus dont le sommet correspond à la partie inférieure du nez, et les lignes se terminent l'une à la racine des cheveux, l'autre à l'extrémité de la mâchoire inférieure; en sorie que l'attention de l'élève, n'étant plus distraite par les détails, se porte tout entière sur le dessin de l'ovale et sur l'ensemble et le mouvement du modèle... Il est à remarquer que les 4 bosses de la lrc série sont en même temps un excellent exercice de dessin linéaire.
» 'i* sére. — Tous les modèles de la 2e série présentent le même ovale, mais avec les quatre divisions principales : l'occipital jusqu'à la naissance de la chevelure, le front jusqu'à la ligne des yeux, le nez en saillie, et la partie inférieure de la face avec indication de la bouche. Ces quatre divisions sont marquées par quatre plans, sans aucun détail. Les modèles de cette série correspondant par le mouvement à ceux de la lre, l'élève peut faire lui-même sur ses premiers dessins les divisions indiquées dans la 'ze série, et se trouve ainsi conduit, sans explication de la part du professeur, à l'intelligence des divisions de la tête.
» 3' série. — Les modèles offrent ici, de plus que ceux de la série précédente, les yeux, la bouche, le menton et les oreilles, indiqués par de grands plans fortement accentués, avec le sentiment de la forme, mais sans détail.
» 4e série. — Chacun des modèles de cette série mérite un examen particulier. Dans le premier, les cheveux commencent à être massés, les traits de la face présentent des formes plus arrêtées, le front a ses plans principaux, les yeux sont dessinés avec plus de détails, les ailes du nez et les narines sont exprimées, la bouche et le men-
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