ENCOURAGEMENTS
rôles grossières, il prend plaisir à les redire, en les accentuant, et, pensant se faire honneur auprès de ses camarades, il affecte, en cachette de son maître et de ses parents bien entendu, les airs d'un mauvais sujet, qu'il n'est pas ; son bonheur est complet, s'il parvient à faire croire à une précocité même de mauvais aloi, si on le prend pour un homme, même mal élevé. Tout cela n'est rien au fond, car ce n'est que fanfaronnade; mais ces ftcheuses tendances peuvent dégénérer, et, en tout cas, elles gâtent les belles qualités de l'enfant, et le rendent pour le moins ridicule; nussi un maître prévoyant doit-il surveiller attentivement ces premiers symptômes de Y émulation pour le mal, et, par de sages conseils placés à propos, par une douce raillerie venue à son heure, s'efforcer d'en faire sentir la sottise et le danger. — V. aussi Encouragement et Récompenses. [E. Jacoulet.]
ENCOURAGEMENT. — L'homme le plus fort se laisse quelquefois rebuter par les obstacles et abattre par les revers ; une parole amie est souvent nécessaire pour le rappeler à lui-même et lui rendre son ardeur et ses forces. Si les encouragements nous sont utiles à tous pour nous soutenir ou nous relever, combien ne sont-ils pas plus nécessaires encore à l'enfant dont le caractère n'a pas encore été trempé par les épreuves? On lui dit qu'il doit travailler pour devenir un jour un homme utile à lui-même et aux autres ; mais le temps est si long, le but si reculé, le travail si pénible ! Les séductions du présent ont beau jeu à le détourner do la pensée de l'avenir. Ajoutons que l'inexpérience rend plus fréquents dans le jeune âge qu'à l'âge mûr les efforts infructueux. Il ne faut donc pas s'étonner que l'enfantait, plus que nous encore, ses moments de relâchement et de défaillance ; aussi est-ce une part considérable de l'œuvre de l'éducation que de savoir à propos le stimuler et lui rendre, avec la confiance en luimême et le bon espoir, l'énergie et le courage.
On peut encourager les enfants de plusieurs manières, dont deux principales : par les paroles ou par les récompenses.
Le maître habile saura voir le moment où son intervention amicale est devenue opportune pour empêcher l'ardeur de faiblir et soutenir un cœur chancelant. Sa sollicitude devra s'ingénier à choisir alors entre mille raisons ; l'étude qu'il aura faite du caractère de l'élève lui permettra de discerner celles dont l'action devra être efficace. Ce sera tantôt un éloge et le souvenir d'un succès passé, tantôt l'exemple d'un camarade ; voudrait-on rester inférieur aux autres ou se démentir soi-même? tantôt un voile jeté sur l'obstacle, tantôt un éclat nouveau dont on fait briller l'objet à atteindre : « Il n'y a plus qu'un pas à faire et ce ne serait pas la peine d'être venu jusque-là pour s'arrêter en route. — Plus la difficulté est grande et plus grand sera le mérite. — A vaincre sans péril on triomphe sans gloire, » etc. — C'est par des réflexions semblables que l'on encourage un élève, et le maître habile devra s'appliquer à découvrir, suivant la nature de chacun, la corde qu'il devra faire vibrer en lui, ou l'intérêt, ou l'honneur, ou la satisfaction d'accomplir le devoir, le plus pur et le plus noble sans doute de tous les mobiles, mais celui peut-être qu'il faut ménager le plus discrètement.
Rollin a très finement analysé ces divers moyens d'encourager les enfants : « Ils aiment, dit-il, à être traités en gens raisonnables : il faut entretenir en eux cette bonne opinion et ce sentiment d'honneur dont iis se piquent, et s'en servir pour les amener où l'on veut. Us sont sensibles à la louange: il faut profiter de ce faible et tâcher d'en faire en eux une vertu. On courrait risque de les décourager si on ne les louait jamais lorsqu'ils font bien. Quoique les louanges soient à craindre à cause de la vanité, il faut s'en servir pour animer les en-
fants sans les enivrer, car de tous les motifs propres à toucher une âme raisonnable, il n'y en a point de plus puissant que l'honneur et la honte ; et quand on a su y rendre les enfants sensibles, on a tout gagné ; ils trouvent du plaisir à être loués et estimés, surtout de leurs parents et de ceux dont ils dépendent. Si donc on les caresse et qu'on leur donne des louanges lorsqu'ils font bien ; si on les regarde froidement et avec mépris lorsqu'ils font mal, et qu'on se fasse une loi d'en user toujours de la sorte avec eux, ce double traitement fera sur leur esprit plus d'effet que ni les menaces ni les punitions. »
Le second moyen d'encouragement consiste dans les récompenses de toute nature. Ces récompenses, données aux enfants des écoles, aussi bien d'ailleurs que celles mêmes que décernent l'Institut ou le gouvernement aux hommes de tout âge, n'ont, comme les paroles d'encouragement, d'autre raison d'être, nous allions dire d'autre excuse, que d'engager à bien faire et d'éveiller, d'entretenir, de fortifier les sentiments généreux. C'est à ce titre, c'est comme un moyen et non pas comme un but, comme stimulant et non comme objet ayant une valeur propre, qu'on doit admettre dans les écoles les médailles, les prix, les bonnes notes, les places d'honneur, etc. (V. Émulation et Récompenses.)
En terminant et sans vouloir donner une extension nouvelle au mot Encouragement, nous ne pouvons nous empêcher d'ajouter qu'en dehors de tous les moyens proprement dits d'encourager, de stimuler et de récompenser, il y a un secret plus sûr encore pour obtenir les mêmes résultats: c'est d'offrir aux enfants une classe animée, un enseignement vif et clair, un milieu attrayant où tout l'engage à se plaire, la voix paternelle du maître, l'intérêt des leçons, le ton affectueux de l'école, la gaîté des récréations, tout ce qui fait le bon esprit de la maison et sa pénétrante influence. Le pire de tous les fléaux pour l'enfant ou pour l'école, c'est le découragement passé à l'état chronique, et il a pour cause le plus ordinairement non pas l'absence d'encouragements extérieurs, mais Je manque de vie et d'attrait dans l'enseignement, qui, au lieu de se faire aimer, a rebuté et, comme on dit, dégoûté l'élève. Aus-i le premier soin à prendre pour le combattre n'est-il pas de multiplier les stimulants, punitions et récompenses : au contraire, l'abus des uns ou des autres aggrave très rapidement le mal, et le meilleur des moyens pédagogiques, c'est-à-dire l'émulation, peut, mal employé ou mal équilibré, produire des effets directement contraires au but qu'on se propose. Il faut que l'encouragement vienne à l'enfant non d'une me^ sure disciplinaire ou d'une intervention exception* nelle du maître, mais de tout dans la classe et de lui-même avant tout. [Lescœur.]
ENCOURAGEMENTS AUX AUTEURS. — « Encouragements aux auteurs de méthodes et de livres utiles à l'enseignement », c'est en ces termes qu'est inscrit au budget du ministère de l'instruction publique le seul article qui soit censé représenter, en ce qui concerne l'enseignement primaire, l'intervention protectrice de l'Etat en faveur de la production des bons livres et des bonnes méthodes scolaires.
D'abord un coup d œil rétrospectif sur les budgets des trente dernières années suffira pour établir que l'Etat a jusqu'ici bien imparfaitement rempli le rôle que semble lui assigner cette rubrique budgétaire.
En 1850 une somme de 10,000 francs, et depuis 1851 jusqu'à 1875 une somme de 30,0('0 francs est portée tous les ans au budget sous le titre que nous venons de transcrire Mais depuis 1853, ce titre s'allonge ainsi: « Encouragements aux auteurs de livres et de méthodes utiles à l'instruction primaire ; allocations pour fondation d'écoles du
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dimanche, d'écoles dans les ateliers et manufactures, de classes dans les hôpitaux, de cours publics, de bibliothèques de livres utiles, et autres institutions d'utilité publique. »
Avec une telle variété d'objets, il est facile de comprendre quelle faible part reste dans la répartition des fonds pour les « encouragements aux auteurs. »
Le compte-rendu des finances montre bien que dans certaines années cet article, de 30,000 francs, a été porté en fait à plus de 100,00 > francs, une fois même à 196,000 francs, comme aussi en d'autres années il n'a été fait emploi que de 7 ou 8,000 francs. Au budget de 1876, le crédit est porté à 85,000 francs avec cette modification dans l'énoncé : a Secours aux établissements charitables d'instruction primaire ; >> il monte à 185,000 francs pendant deux ans, revient à 85,000 francs en 1879, et est depuis lors de 55,000 francs, par suite do la distraction de 30,000 francs, pris jusqu'alors sur ce fonds et destinés à la publication du Bulletin du Ministère ou du Jouimal de l'Instruction publique.
La vérité est que ce service « d'encouragements aux auteurs de livres et de méthodes » n'est pas organisé et ne peut l'être. Le temps n'est plus où l'Université, par son grand- maître ou par son Conseil suprême, pouvait entreprendre de patronner, d'autoriser, de recommander, d'encourager enfin d'une manière directe et par un subside efficace la production de bons livres et de méthodes utiles à l'enseignement primaire. Les maigres secours que l'Etat donnerait sous la forme d'allocations ou d'indemnités aux auteurs d'ouvrages inédits seraient d'une ridicule insuffisance s'il s'agit d'ouvrages d'un mérite réel, et seraient de l'argent mal placé s'il s'agit des autres. Que l'Etat achète sur les crédits spéciaux qui lui sont ouverts à cet effet les livres, les appareils, les méthodes qu'il est appelé à distribuer, soit aux écoles publiques, soit aux bibliothèques, et que par ces souscriptions mêmes il contribue, ainsi que tous les autres acheteurs, à consacrer le succès des bons ouvrages et à en étendre la notoriété, c'est la seule forme d'encouragement qui lui appartienne aujourd'hui sous le régime de la liberté de l'industrie, La concurrence des éditeurs et celle des auteurs, le progrès général des institutions scolaires, le besoin qu'on a partout et à tous les degrés d'améliorer et de perfectionner l'outillage de l'enseignement, l'impitoyable sévérité des critiques qui s'échangent, l'incroyable rapidité avec laquelle de nos jours la faveur publique accueille un bon livre, sauf à le quitter pour un autre meilleur encore, ce sont là les vrais encouragements et les seuls qui aient assez de puissance pour déterminer des efforts incessants de la part de ceux qui font les livres, de ceux qui les publient et de ceux qui les emploient. — V. Livres scolaires.
ENCRE. — Encre (du grec encauston) est le nom ■donné à la liqueur employée pour écrire. Quelle qu'en soit la couleur, elle doit se détacher nettement du fond sur lequel elle est appliquée, sans aucune fatigue pour la vue. Depuis longtemps on a préféré l'encre noire pour écrire sur la surface blanche du parchemin ou du papier.
Pline nous apprend que de son temps on fabriquait l'encre avec du charbon provenant de bois résineux, pulvérisé dans un mortier et délayé avec de la gomme. Cette encre s'appliquait sur le papyrus au moyen d'un roseau effilé dont la. pointe était fendue. C'est ainsi qu'on écrit encore dans les écoles musulmanes de l'Algérie, seulement le papyrus y est remplacé par une tablette de bois blanchie avec une dissolution de craie ou d'argile blanche.
A partir du xve siècle, on a substitué au charbon, pour la préparation de l'encre, la noix de galle et le sulfate de fer (couperose verte). On obtient ainsi lre Partie.
un tanno-gallate de protoxyde de fer qui, au contact de l'oxygène do l'air, devient un tanno-gallate de peroxyde de fer. « Il faut, dit M. Thénard, que l'encre soit une teinture et pas non seulement une couleur, c'est-à-dire qu'elle pénèti 3 les fibres du papier et s'y fixe en s'y combinant, comme la teinture avec les fibres d'une étoffe, sans que, comme couleur, elle puisse s'en détacher par le lavage. » Nous ajouterons que l'encre doit arriver au bec de la plume seulement en quantité suffisante pour l'écriture et ne pas s'écouler en pâtés sur le papier. Elle doit donc avoir une certaine consistance, et on la lui donne au moyen d'une dissolution de gomme arabique.
La fabrication de l'encre faisait autrefois parti*; des connaissances techniques indispensables au maître d'école, et toutes les anciennes méthodes d'écriture contenaient une recette pour faire de la bonne encre noire.
Voici celle qu'on lit dans l'Instruction facile et méthodique pour l'école paroissiale, sorte de règlement pour les petites écoles de Paris (édition
a L'encre se compose ordinairement avec du vin blanc ou de l'eau de pluie, ou de la bière, laquelle il faut mettre dans un pot de terre tout neuf, verni ou plombé, de grandeur à proportion de ce que l'on en veut faire, et il faut que le pot n'ait servi qu'à cet usage. 11 faut mêler dans le vin, eau ou bière, par exemple pour avoir une pinte d'encre, un demi-quarteron de noix de galle, de la plus noueuse et de la plus noirâtre que l'on pourra trouver, qui sera cassée seulement en trois ou quatre morceaux et non pas broyée: laquelle il faut laisser tremper dans ladite bière à froid, vingt-quatre heures, ou bien même, en été, exposée au soleil dans un lieu le plus ardent. On se peut encore servir pour faire de l'encre, d'eau de citerne ou de neige fondue ou de pluie, mais il faut que cette eau soit exposée plus longtemps au soleil, comme environ deux jours avec ladite noix de galle ; laquelle eau doit être passée dans un linge délié auparavant que d'y mêler la noix de galle. Quand cela aura trempé un jour ou deux, selon ce qui est dit ci-dessus, il faut la mettre au feu et la faire bouillir deux ou trois bouillons, et quand elle commencera à noircir, il y faut mettre un demi-quarteron de couperose broyée ; puis environ une once de vraie gomme d'Arabie, bien broyée, que l'on fera bouillir encore deux ou troi3 bouillons. Que si elle était encore trop épaisse, il faut y ajouter un peu de vin, de bière ou d'eau de pluie ou de neige à proportion de ce qu'il lui en faudra ; qne si elle était trop claire, il faut la faire bouillir davantage, et si elle perçait le papier dans l'essai, il y faudrait ajouter quelque peu de gomme, puis la laisser refroidir dans le même pot, et ensuite la couler avec un petit crible ou étamine dans la cruche, laquelle il faut bien boucher et resserrer en quelque lieu fraîchement. »
Cette recette n'est pas celle qui est ordinairement suivie aujourd'hui. La fabrication de l'encre a profité des remarquables progrès de la chimie et s'est perfectionnée en quelque sorte à proportion de la consommation, bien accrue par le développement de l'instruction primaire.
On a employé, concurremment avec la noix de galle, le bois de campêche, qui joint au tannin une matière colorante fort utile, puis on a mêlé au sulfate de fer le sulfate de cuivre (couperose bleue) dans une faible proportion. Chaptal conseillait de faire à part la solution de sulfate de fer e^ de cuivre et celle de la gomme, puis de les mêler avec la décoction de noix de galle et de bois de campêche, dans les proportions suivantes : six mesures de la décoction, et quatre mesures de chacune des deux solutions. L'encre obtenue était alors d'un beau noir.
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M. Stark, qui a éprouvé deux cent vingt-neuf enrros de diverses compositions, a trouvé que la meilleure et la plus durable est ainsi composée :
)'2 parties noix de galle, <S parties sulfate d'indigo, 8 parties couperose verte (protosulfate de fer), 4 à G parties gomme,
32 parties eau.
Il y ajoute quelques clous de girofle pour empêcher l'encre de moisir.
La composition de l'encre noire a donné lieu à des reproches depuis que l'usage des plumes de fer s'est généralisé. Outre que l'encre corrode promptement le bec des plumes, elle s'altère plus rapidement, et l'on a vu des écritures devenir presque illisibles au bout de quinze à vingt ans. C'est là ce qui a fait rechercher des encres de couleurs bleue ou violette. Cette dernière est préparée assez ordinairement avec l'aniline, matière colorante extraite du goudron de la houille.
Mais dans les écoles l'encre qui restera préférée, c'est l'encre noire, dont la vue s'accommode le mieux.
Aujourd'hui on a trouvé le moyen de préparer en poudre ou en tablettes les substances pour la fabrication de l'encre, et on peut avoir au prix de ?!> centimes la dose d'un litre (encres Antoine, Lrachet, Demouy, Paul Roy, etc.). C'est là un extrême bon marché, et une grande facilité pour les écoles éloignées des magasins de papeterie ou d'épicerie. Les élèves ne seront plus tentés de. fabriquer de l'encre avec des baies d'byèble ou de troène.
Le mode de fourniture de l'encre dans les écoles a son importance tant pour le bon état des cahiers, la lisibilité de l'écriture, que pour la propreté des tables et de la salle.
Autrefois chaque élève se procurait l'encre dont il avait besoin et la conservait dans un encrier mobile, qu'il emportait souvent dans la famille. Que de fois cet encrier se renversait sur le cahier ou se brisait sur le parquet! Les tables étaient parsemées de taches ou même de longues traînées d'encre. Le plus souvent c'était l'instituteur qui vendait l'encre, et si on allait l'acheter ailleurs, il la trouvait de mauvaise qualité, gcurmandait l'élève sur son écriture : tantôt les déliés étaient trop gros (l'encre étant trop épaisse), tantôt les pleins étaient trop larges (l'encre coulant trop abondamment).
Quand le mobilier s'est perfectionné, les encriers se sont trouvés fixés à la table et l'encre a dû être fournie par abonnement. Moyennant dix centimes, et plus tard cinq centimes par mois, l'instituteur donnait à l'élève l'encre nécessaire. C'était un progrès, mais il restait au maître l'ennui de faire payer ce sou et le soin d'empêcher une consommation inconsidérée de l'encre.
Enfin l'instruction étant devenue gratuite, la fourniture de l'encre, comme celle de la craie, a été une dépense communale. Le chiffre en est déterminé d'après le nombre des élèves présents, et la somme payée à l'instituteur par trimestre. C'est du moins le mode adopté pour les écoles de la ville de Paris. Il y a bien encore quelques abus à craindre dans la consommation, mais il y a plus encore à dire sur la qualité de l'encre, renouvelée trop rarement et rendue boueuse par les poussières et les débris de tout genre qui s'y mêlent. Il serait bon que l'encre fût renouvelée dans l'encrier le lundi matin pour toute la semaine.
Si l'usage mai réglé de l'encre peut tacher les tables, le parquet et même les murs, il peut aussi nuire à la santé des élèves. Ceux-ci sont généralement enclins à porter le bec de leur plume à leurs lèvres pour l'essuyer, quand il s'empâte ou traîne quelque léger filament. On les voit aussi enlever avec la langue le pâté qui salit leur page. Il I iaut combattre ces fâcheuses tendances en faisant]
connaître de bonne heure aux enfants les matière» toxiques dont se compose l'encre, et en propageant l'usage des essuie-plumes. Rien d'ailleurs ne caractérise mieux les habitudes d'ordre d'une école que l'absence de taches d'encre, d'abord sur lestables et le parquet, ensuite sur les vêtements et les mains des élèves. Nous avons eu l'occasion de constater à cet égard la supériorité qu'ont sur la plupart de nos écoles françaises les écoles de la Suisse et des Etats-Unis. Des tables ayant la couleur naturelle du bois et servant depuis plusieurs années ne portaient aucune tache d'encre notable. Chez nous on a dû généralement peindre les tables en noir pour éviter des marbrures qui n'avaient rien d'agréable à l'œil.
Encre rouge ou carmin. — Il est assez utile, dans la correction des devoirs, d'employer une encre de couleur différente, pour que les annotations apparaissent immédiatement. C'est l'encre rouge dont on fait alors généralement usage. Elle se fabrique d'ordinaire avec du carmin, matière colorante préparée avec la cochenille ; mais on y emploie plus fréquemment le bois de Brésil macéré dans de l'alcool ou infusé dans le vinaigre. On ajoute, comme pour l'encre noire, une dissolution de gomme arabique.
En général, il est bon de ne pas laisser aux élèves, pour leur devoirs scolaires, l'emploi d'encres de diverses couleurs. On a souvent alors un barbouillage de mauvais goût. Ce à quoi il faut les habituer, c'est à la netteté et à la simplicité.
Encre de Chine. — Pour les travaux de dessin linéaire et de lavis, on emploie une encre connue sous le nom d'encre de Chine, bien qu'elle ne nous vienne pas du Céleste Empire. Elle est formée de charbon de bois résineux, d'une dissolution de gélatine, et de corps odorants (musc, camphre, etc.), dans des proportions variables qui en font la qualité.
Voici, d'après Mérimée, à quoi l'on reconnaît ia bonne encre de Chine : « Elle est, dans sa cassure,, d'un noir luisant. La pâte en est fine et parfaitement homogène. Lorsqu'on la délaie, on ne sent pas le plus petit grain, et en l'étendant de beaucoup d'eau, on ne voit aucun précipité se former. En séchant, sa surface se couvre d'une pellicule d'aspect métallique. Elle coule bien sous la plume, même aune basse température, et, lorsqu'elle est sèche sur le papier, on ne la détrempe point en passant dessus un pinceau imprégné d'eau. »
[B. Berger.]
ENCRIER. — La matière, la forme et la place de l'encrier sont fort importantes dans le mobilier scolaire. L'encre est une matière qu'il importe de maintenir fluide et à l'abri d'impuretés ; l'usage, pour les jeunes enfants surtout, doit en être réglé et surveillé. Il est donc nécessaire que l'encrier d'école garde l'encre bien propre, que le nettoyage en soit facile, et que les élèves ne puissent rien y introduire que leur plume.
Autrefois les encriers étaient mobiles ou portatifs ^
On a bien longtemps fait usage de cornets de bois ou de corne en forme de poire, dont le couvercle fermait à pas de vis. S'ils ne se brisaient pas, ils se fendaient assez facilement et laissaient échapper l'encre.
Ensuite sont venus les petits encriers de verre placés au milieu de plaques de liège de forme carrée. Ils avaient sur la table une assiette plus fixe que les cornets, et étaient d'une matière moins glissante. Mais ils n'étaient pasinversables.
Ils ont été remplacés par l'encrier cylindrique en verre cannelé avec ouverture au fond d'un entonnoir. Il verse difficilement l'encre et la met à l'abri des poussières, mais il peut glisser sur une table inclinée et se briser en tombant sur le parquet. Pour obvier à ce dernier inconvénient on avait pratiqué à la partie supérieure de là Ublfl des trous destinés à recevoir les encriers. Ce; encrier à entonnoir est assez difficile à nettoyer ; ii y reste-
ENCRIER