ENCYCLOPÉDIE
ENFANCE
tércssantee sur 1g développement des idées et des sentiments dans l'âme humaine, l'auteur, qui décidément reste bien au-dessous de sa tâche, conclut en recommandant aux jeunes gens « la lecture des gazettes; »
L'article Etudes, écrit par Faiguet, est de beaucoup supérieur à l'article Education. C'est une série de réflexions, pour la plupart judicieuses, quelques-unes neuves et hardies, sur le choix et la méthode des études. Sans doute il y est beaucoup plus question des études latines et de l'enseignement secondaire, que des études en général et de l'instruction du peuple, h' Encyclopédie ne semble pas avoir eu une idée nette de l'enseignement populaire et de sa nécessité. La diffusion des lumières, telle qu'elle l'entend, ne doit pas dépasser certaines classes delà société. Mais sur le terrain un peu étroit où s'est placé l'auteur de l'article Études, il a du moins le mérite de signaler avec précision les défauts des méthodes existantes et d'indiquer quelques-unes des réformes nécessaires.
Il n'est pas sans intérêt de constater combien les réformes récemment appliquées dans le système des études classiques étaient déjà prévues et réclamées par le collaborateur de Y Encyclopédie. « Est-il juste, dit-il, de sacrifier la meilleure partie des étudiants et de leur faire perdre le temps et les frais de leur éducation, pour procurer à quelques sujets la perfection d'un talent de latiniste qui est le plus souvent inutile et qui n'est presque jamais nécessaire ? » Les explications de textes, aujourd'hui en honneur, sont nettement préférées aux exercices de composition. Les langues modernes, les langues vivantes, sont résolument placées à côté des langues mortes. « Travail pour travail, il vaudrait mieux étudier l'italien, l'espagnol, ou l'anglais. » L'allemand est signalé comme une étude utile, dans un autre article, écrit dans le même esprit, l'article Collèges.
Les tendances pratiques et positives de l'Encyclopédie se marquent avec force dans ces divers articles, qui, pour émaner d'écrivains obscurs, n'en ont pas moins d'autorité et n'en sont peut-être que plus caractéristiques. L'éducation est définie comme « l'apprentissage de ce qu'il faut savoir et pratiquer dans le commerce de la vie. » De là une certaine vivacité dans le jugement porté sur les exercices ordinaires des collèges. « Peut-on remplir le grand objet de l'éducation, en bornant l'instruction de la jeunesse au travail des thèmes et des versions? «La langue française, trop négligée encore en plein dix-huitième siècle, est remise à sa place, c'est-à-dire au premier rang. Les encyclopédistes demandent que l'on fasse « composer plus souvent dans la langue maternelle ». Ils se plaignent qu'on exerce les jeunes rhétoriciens « sur des sujets vagues, inconnus ou indifférents», ils se moquent des « discours bouffis » qu'on leur fait imaginer à propos d'Hector et d'Andromaque, d'Alexandre et de Porus. Ils désirent avec raison qu'on leur propose des sujets de composition connus et proportionnés à leurs forces.
L' Encyclopédie, grâce à l'esprit critique qui règne dans ses articles pédagogiques comme dans les autres parties de l'œuvre, nous fournit des renseignements précieux sur l'état de l'instruction à cette époque. La philosophie n'était encore que « le rendez-vous d'une infinité de questions inutiles ». La logique qu'on enseignait dans les collèges était à peu près « celle que le maître de philosophie propose au Bourgeois Gentilhomme. » Les méthodes des Jésuites étaient toujours en crédit, Le goût des représentations théâtrales ne s'était point perdu, et l'on jouait dans les établissements d'instruction des pièces comme celle-ci : « La défaite du Solécisme par Despautères,» avec le chevalier Prétérit, le chevalier Supin, et le
marquis des Conjugaisons, comme principaux personnages.
Mais, il faut l'avouer, les articles que nous venons d'analyser sommairement valent plus par la critique que par la théorie. Les encyclopédistes n'ont touché qu'en passant aux questions d'éducation. Il n'y a pas à proprement parler une pédagogie de Y Encyclopédie. Si la grande œuvre de d'Alembert et de Diderot a été pour quelque chose dans les progrès de l'éducation, c'est moins par les efforts insuffisants qu'elle a directement tentés dans ce sens, que par l'influence générale qu'elle a exercée sur l'esprit français, en préconisant les sciences, dans leur étude théorique comme dans leurs applications pratiques, en vulgarisant les connaissances techniques, en glorifiant les arts industriels, et en préparant par là l'avènement d'une éducation scientifique et positive à la place d'une éducation exclusivement littéraire et de pure forme. [Gabriel Compayré.]
ENCYCLOPÉDIES PÉDAGOGIQUES. — 11 existe plusieurs ouvrages traitant de la science de l'éducation et portant le titre d'Encyclopédie. Le plus ancien est Y Encyclopâdie des gesammten Erziehungs- und Unterrichtswesens, par K.-A. Schmid, avec la collaboration de Palmer, de Wildermuth, et de Hauber, publiée en 1858 et les années suivantes en onze volumes ; une nouvelle édition en a paru à Gotha à partir de 1876. Vient ensuite la lieal Encyclopâdie des Erziehungs- und Unterrichtwesens nach katholischen Principien, par MM. Herraann Rolfus et Ad. Pfister, Mayence, 1863- 1867, 4 vol. in-8. En Amérique a paru The Encyclopœdia of éducation, de MM. H. Kiddle et A.-J. Schem, New-York, 1877, en un fort volume très grand in-8 ; parmi les collaborateurs de cet ouvrage figurent MM. Dickinson, Meiklejohn, Philbrick, Ruffner, Swett, etc. Un supplément à cette encyclopédie a paru en 1878 sous le titre de The Year-Book of Education for 1878, New- York, par les mêmes auteurs.
ENFANCE. — L'enfance, si Ton s'en tenait à l'étymologie, serait l'âge où celui qui doit devenir un homme ne sait pas encore parler (du latin in- fans, non parlant). Mais le langage ordinaire a tendu de plus en plus à prolonger la durée de la période à laquelle s'applique ce mot. Elle devrait s'étendre, dit Littré, « depuis la naissance jusque vers la septième année »; mais il ajoute que la langue usuelle la porte or un peu au delà, jusqu'à treize ou quatorze ans. » Le Dictionnaire de l'Académie dit : « jusqu'à douze ans ou environ. » (V. au Supplément de la IIe Partie, dans l'article Vie humaine, la définition des âges. V. encore, sur ce même sujet, l'article Evolution de l'individu dans la Ire Partie.)
Au point de vue spécial qui nous occupe, il y a intérêt à distinguer nettement ces deux acceptions, parce qu'elles correspondent à deux périodes d'éducation fort différentes : d'une part, la première enfance, n'embrassant que les trois ou quatre premières années, celle qu'on pourrait appeler le domaine propre de l'éducation maternelle, celle à laquelle s'est appliquée en ces divers temps d'une façon toute nouvelle la a psychologie infantile » ou l'étude des premiers phénomènes de la vie physique, intellectuelle et morale, chez le petit enfant ; d'autre part, la seconde enfance ou l'enfance au sens le plus ordinaire et le plus général du mot, sens qui néglige les questions toutes spéciales de la physiologie et de la psychologie du premier âge et désigne la période normale de l'éducation et de l'instruction.
Le premier de ces deux sujets sera traité avec le développement nécessaire au mot Evolution de l'individu.
Quant au second, il pourrait former ici non pas un article, mais un volume, si nous y faisions
ENFANCE
ENFANCE
entrer tout, ce qui s'y peut rattacher sans efl'ort. Pour éviter les redites, nous reportons au mot faculté» l'étude du développement des diverses facultés chez l'enfant et chez l'homme ; nous nous bornerons ici à une seule question : quels sont les caractères propres à l'enfance, les lois naturelles de cet âge, et par conséquent les conditions tout à fait générales auxquelles la science do l'éducation doit satisfaire.
Tous les caractères distinctifs de l'enfance, tous ceux en particulier dont l'éducation doit tenir compte, dérivent de la définition môme de l'enfance. La fonction essentielle de cet âge, le rôle et la destination que lui assigne la nature peuvent se résumer en un seul mot : c'est la période de la croissance, c'est-à-dire cette période où se fait le développement de l'individu en tant qu'individu seulement : partant de la naissance, elle se termine au moment où s'ouvre pour l'homme la vie de l'espèce, où des instincts nouveaux s'éveillent en lui, élargissent le cercle de ses besoins et lui font chercher hors de lui-même l'intérêt de son existence et le complément de son être.
Tant que le jeu de la vie, le fonctionnement do l'organisme, l'exercice de toutes les forces vitales ne va pas au-delà, de la croissance de l'individu pris en lui-même, tant que tout son être est en quelque sorte absorbé dans ce travail préalable de sa propre constitution, on a affaire à l'enfant; et tout ce qu'on peut vouloir, tout ce qu'on peut tenter, c'est de favoriser et de surveiller cette croissance, qui remplit à elle seule tout le présent et contient en germe tout l'avenir.
Or, que faut-il pour qu'il y ait croissance? Que suppose nécessairement ce phénomène chez l'être où il se produit? Deux conditions, toujours les mêmes dans tous les domaines et sous les formes les plus diverses : d'une part la faiblesse, de l'autre la mobilité. Ce sont, pourrait-on dire, les deux faces de la même situation : l'être qui croît est celui qui se trouve dans une sorte d'équilibre instable perpétuellement changeant : il croît parce qu'il est incomplet, parce qu'il est faible, parce que quelque chose lui manque toujours, — et il croît parce qu'il y a au fond de sa nature une force de changement, de transformation, ou plutôt de formation et d'assimilation rapide, qui lui permet de se modifier sans cesse jusqu'à ce qu'il ait atteint son entier développement.
L'enfance est caractérisée, en tout, par cette inconsistance môme de sa nature, qui est la loi de la croissance. Elle présente à l'éducateur non pas un être formé, non pas une œuvre faite et un produit achevé, mais un devenir, un commencement d'être, une personne en voie de formation. Tout dans la psychologie de l'enfance, tout dans la pédagogie, dérive du caractère essentiel de cet âge, caractère qui se manifeste tantôt sous la forme négative : faiblesse et imperfection du jeune être, tantôt sous la forme positive : force de mouvement et de perfectionnement spontané.
Au physique, qu'est-ce que l'enfant ? le plus chétif des êtres, un petit corps que le moindre choc peut briser, que la plus légère maladie met en péril, des muscles, des nerfs, des organes qui sont de lait pour ainsi dire et qui ne se forment, ne se développent, ne se fortilient que grâce à un entourage merveilleux de soins, de ménagements, de circonstances favorables, d'influences protectrices. Prise en soi, l'enfance physique est la faiblesse même depuis le moment de la naissance jusque bien après les douze ans du Dictionnaire de l'Académie ; elle ne se suffit pas, elle ne commence et ne continue de grandir que par l'intervention incessante des parents ou de ceux qui les remplacent. Et d'autre part quelle rapidité de croissance, quelles merveilles dans l'évolution de ce petit corps
débile qui se déploie, se forme, s'aguerrit, grandit sans qu'on sache comment, change à vue d'œil et est sans cesse en cours de rénovation. Il y a là une puissance de mouvement, d'accroissement, de développement qui confond l'imagination par sa continuité, par sa vivacité, par son inépuisable exubérance.
S'agit-il de l'esprit? Ce sont les deux mêmes caractères. Quelque point de la période enfantine qu'on veuille considérer, on se trouve toujours en présence d'une intelligence à la fois tellement faible, tellement fragile, si nouvellement formée, de constitution si délicate, jouissant de facultés si limitées et s'exerçant en quelque sorte par un tel miracle qu'on ne peut s'empêcher de trembler, dès qu'on y pense, pour cette ravissante mais frêle machine. Et en même temps cette machine est toujours en mouvement, elle va se perfectionnant à l'user, se créant en quelque sorte de jour en jour des rouages nouveaux, ne s'arrêtant jamais, agissant à vide plutôt que de ne pas agir, capable de tout hors de repos et de fixité, changeante, inégale, capricieuse, féconde en déceptions et plus encore en heureuses surprises.
Enfin, au moral, même faiblesse et même mobilité. Ce sont de bien légères impressions, des traces bien superficielles que les actes de volonté de l'enfant. Le bien ni le mal ne pénètrent d'ordinaire bien avant dans cette nature incapable de grands efforts durables : les bonnes résolutions se prennent et s'oublient si vite qu'il semble à peine qu'elles effleurent l'âme, et c'est pourtant par ces milliers de petits actes insignifiants et d'impressions fugitives que se détermine un caractère, que se forme une conscience. Mais pendant toute cette période, "la conscience, la volonté, le caractère garderont toujours cette instabilité, cette facilité et cette rapidité de modification, qui à tous égards reparaissent toujours comme le trait distinctif de l'enfance. Quoi qu'il puisse sembler, tant que l'enfant est enfant, rien n'est fait, car tout peut se défaire ou se refaire et dans le sens du bien et dans celui du mal.
Pour ne pas sortir des limites de cet article, destiné à une indication sommaire et générale de la question traitée ailleurs, nous supprimons ici tout le détail des exemples qu'il serait facile de tirer de l'histoire de chacune des facultés. Quand nous aborderons cette histoire, nous n'aurons pas de peine à montrer (V. Facultés) que ce qui distingue la faculté à l'état d'enfance de la faculté à l'état adulte, c'est à la fois ce manque d'étendue, de force et d'ampleur, qui fait son infériorité, et cette mobilité, cette agilité merveilleuse qui fait sa force.
Le devoir de l'éducateur est de se rappeler en chacun des actes de. l'éducation ce double caractère de l'enfant qu'il entreprend de former. Qu'il s'agisse des sens, de l'intelligence ou de la volonté, il sait qu'on lui a remis entre les mains le plus fragile des organismes, un organisme à peine formé, si tendre et si mou, qu'il faut toujours craindre d'en épuiser la sève, d'en troubler la croissance, en la voulant hâter. Et comme il importe de savoir, à chaque moment de cette période, quels sont précisément les besoins qui y correspondent, les forces dont L'enfant dispose, le juste degré et la vraie portée de ses facultés, la première loi de la pédagogie est d'adapter avec la plus grande exactitude à la mesure de l'enfant l'éducation qu'on lui donne. A prendre les choses dans la rigueur idéale, le maître devrait se demander à l'occasion de chaque exercice, de chaque leçon intellectuelle ou morale : Est-ce bien à ce point qu'en est mon élève? Ne vais-je pas le porter au-dessus ou le ramener au-dessous de ses forces actuelles? Sans outrer cette préoccupation, on peut dire que rien n'est plus profitable pour