‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 401 sur 547 · ENFANCE ABANDONNÉE — 838 — ENFANTS ASSISTÉS · texte numérisé non relu

ENFANCE ABANDONNÉE — 838 — ENFANTS ASSISTÉS

le maître que de se ressouvenir souvent de la faiblesse de l'enfant, des ménagements qui lui sont dus, et des progrès qu'a déjà insensiblement réalisés, à tout prendre, l'enfant môme qui semble en faire le moins. Voilà pour le premier des deux points de vue que nous avons distingués.

Mais le second n'est pas moins important. Il faut tenir compte du besoin de changement et de mouvement qui, plus ou moins vif aux diverses périodes de l'enfance, subsiste jusqu'au terme de l'adolescence. Loin de se désoler de la variabilité d'humeur, de la légèreté d'impressions, de l'incessante agitation de corps et d'esprit qui caractérise l'enfant, il faut que la pédagogie s'inspire de cette indication donnée par la nature elle-même. Chercher à réprimer ce « défaut, » ce serait risquer d'éteindre la flamme qu'il faut attiser, ce serait supprimer le vif et joyeux élan d'une vie naissante, d'une force mal équilibrée encore, mais puissante dans sa faiblesse par sa mobilité même.

Ainsi : tenir compte des limites que la nature impose aux facultés de l'enfant, — et puis tenir compte du besoin qu'ont ces facultés de se rafraîchir en quelque sorte par la nouveauté, de se réparer par l'oubli presque immédiat, de s'égayer par la rapidité du mouvement ; ce sont là les deux prescriptions générales que l'analyse de l'état physiologique et psychologique de l'enfant impose à la pédagogie. Ce qu'il faut redouter pour l'enfance c'est la fatigue, et la fatigue naît de ces deux causes : ou qu'on demande trop aux facultés enfantines, ou qu'on gêne leur libre allure. Trop d'heures de travail, trop d'efforts d'attention, trop d'appels à la mémoire ou au jugement ou à la volonté, peuvent lasser et rebuter l'enfant; mais le plus souvent on aurait pu obtenir de lui ce travail même un peu excessif, si l'on avait su se plier au besoin le plus impérieux de sa nature, changer souvent d'objet, faire cesser la leçon au moment précis où cessait l'attention, laisser à l'élève quelque initiative, quelque liberté, quelque mouvement. Ce n'est pas par une opposition tranchée, c'estpar une série de transitions presque insensibles que le travail devrait arriver à se distinguer du jeu ; il faudrait que l'enfant pût longtemps travailler comme il joue, de tout son cœur, avec tout son être, avec cette plénitude d'activité, cette ardeur et cette vivacité qui ne le fatiguent jamais tant qu'elles se déploient spontanément, librement et naturellement. On ne peut espérer ce résultat que d'une organisation pédagogique qui fera une part très large au premier de tous les plaisirs pour l'enfant, le plaisir de l'activité variée, du mouvement libre, de l'essor sans contrainte.

Passant de ces deux principes généraux à l'application, nous esquissons aux mots Pédagogie et Organisation pédagogique les règles qui nous semblent en dériver, et qui ont pour objet de respecter dans la vie scolaire la nature même de l'enfant.

ENFANCE ABANDONNEE OU COUPABLE (Société générale de protection pour Y). — Cette Société, fondée le 1 9 septembre 1879 sur la généreuse initiative de M. Georges Bonjean, juge suppléant au tribunal de la Seine, et autorisée par arrêté ministériel du 9 septembre 1880, se propose pour but « la protection efficace et paternelle des enfants abandonnés des deux sexes. A cet effet, elle recueille les enfants délaissés qui lui sont signalés par l'un de ses membres, ainsi que par l'autorité judiciaire ou administrative. Elle fait élever ses pupilles, sous sa surveillance, soit dans des établissements modèles qu'elle crée et administre elle-même, soit dans des établissements privés dont elle favorise la création ou le fonctionnement par tous les moyens en son pouvoir, soit chez des particuliers ou dans des établissements privés déjà créés. L'agriculture, avec ou sans les indus-

tries qui s'y rattachent, constitue la base principale d'enseignement professionnel pour les pupilles de la Société. Néanmoins, suivant leurs aptitudes, ils peuvent être appliqués à un apprentissage industriel ou maritime. La Société crée ou patronne des établissements spéciaux destinés aux jeunes détenus, conformément aux lois et règlements sur la matière. Elle organise le patronage de ses pupilles, quand ils ont terminé leurs études. Elle s'efforce d'établir, entre toutes les œuvres qui s'occupent des enfants abandonnés et du patronage, des liens réciproques qui leur procureront les avantages de l'association sans leur enlever leur indépendance ni leur initiative individuelle. »

Il résulte du rapport présenté par le secrétaire à l'assemblée générale de la Société,le 19 juin 1881, que celle-ci disposait déjà, à cette date, de sept « écoles rurales » : c'est lé nom qu'elle donne à ses établissements de refuge, parce qu'ils doivent être installés à la campagne. Deux de ces internats sont situés près du village de Saint-Aquilin (Eureï : l'un est réservé aux jeunes garçons d'un âge inférieur à douze ans, et comporte un effectif de cinquante enfants, appliqués surtout à leur instruction primaire et à quelques légers travaux agricoles; l'autre est occupé par des jeunes filles, dont le nombre peut être porté à cent et qui reçoivent un apprentissage complet de ménagères rurales. Une troisième maison a été fondée dans la commune de Villepreux (Seine-et-Oise) ; les enfants, au nombre d'une centaine, y sont occupés à des travaux d'agriculture et d'horticulture, à la vannerie et au brunissage de l'orfèvrerie. Une quatrième « école rurale » se trouve à Beaufai (Orne) ; sur cent cinquante jeunes garçons qui y sont recueillis, les uns sont consacrés à la culture d'une ferme de 60 hectares, les autres sont employés à la fabrication de chaussures de bois et de cuir- La cinquième maison, à Charmantray (Seine-et-Marne), comporte un effectif de cent enfants du sexe masculin, occupés à l'agriculture et aux industries qui s'y rattachent. Ces cinq établissements sont administrés directement par la Société et à ses frais. Deux autres appartiennent à des personnes qui les ont créés sous le patronage de l'association ; ce sont : une maison située à Allex (Drôme), qui peut recevoir cent dix jeunes filles occupées à l'industrie de la soie, et une maison à Saint- Sulpice-sur-Rille (Orne), destinée aussi à recueillir des jeunes filles, dont le nombre peut être porté à soixante-dix, et qui sont employées à la fabrication des aiguilles. Dans ces deux patronages, les jeunes filles sont aussi exercées à toutes les occupations ménagères.

La société comptait, au 19 juin 1881, 2000 membres environ. M. Georges Bonjean en est resté le président. Le siège social est 47, rue de Lille, à Paris.

ENFANT. — V. Enfance.

ENFANTS ABANDONNÉS. — V. Enfants assistés.

ENFANTS ASSISTÉS. — I. Les enfants recueillis par la charité publique ont été désignés autrefois successivement sous les noms ft enfants trouvés, — enfants exposés, — enfants abandon' nés, — orphelins (loi du 28 juin 1793), — enfants naturels de la Patrie (décret du 4 juillet 17'J3*, — erifants trouvés et abandonnés (à partir de 1800) ; enfin, depuis 1860, l'usage s'est établi, dans les documents officiels, de comprendre tous ces enfants sous le terme général d'Enfants assistés.

La législation proprement dite des Enfants assistés se borne à quelques dispositions essentielles, encore actuellement en vigueur, de l'arrêté directorial du 30 ventôse an V (art. 1, 3, 8, 14, 15 17), de la loi du 15 pluviôse an XIII (art. 1, 2, 3, 4, 5), du décret du 19 janvier 1811 (art. 1,2, 4, 5, G, 13, 15,

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