ÉPÉE (L'ABBÉ DE L') — 884 — ÉPÉE (L'ABBÉ DE L
offrir aux ouvriers économes le réseau de service d'épargne le plus complet et le plus parfait qui soit au monde.
Si l'on considère que de 1874 à 1881, avec un réseau formé au plus de trois mille Caisses, succursales ou agences, avec un maximum limité à mille francs, et avec d'autres dispositions étroites, le nombre des déposants s'est étendu de deux millions à plus de quatre millions, et le stock, de cinq cents millions de francs à près d'un milliard et demi de francs; et cela surtout par l'heureuse influence directe ou indirecte des Caisses d'Epargne scolaires, dont il a été créé en France, de 1874 à 1881, 14 372, comptant 302 341 écoliers épargnants ; — on peut prévoir, dans un avenir prochain, alors que les écoliers formés aux habitudes de l'épargne méthodique entreront de plus en plus nombreux dans la vie d'homme, alors que les Caisses d'Épargne scolaires, favorisées par les facilités nouvelles des agences d'épargne, se propageront dans les localités les plus reculées, que la France, dotée ainsi mieux que tout autre pays du monde d'institutions économiques, s'élèvera au premier rang des pays civilisés pour le nombre de ses déposants. Jusqu'à ces dernières années, elle était en arrière ; la voici qui dépasse l'Angleterre, l'Autriche, l'Allemagne, et promet d'avoir unjour, comme la Suède, le Danemark, la Suisse et la Saxe, un déposant sur quatre ou cinq habitants, soit huit à neuf millions de travailleurs bien réglés, sobres, maîtres d'eux-mêmes, et dominant les hasards de la vie par la sage prévoyance, qui est souvent un noble esprit de sacrifice, la meilleure forme de dévoûment à sa famille. [A. de Malarce.]
A consulter. — Histoire des classes ouvrières, par Levasseur, t. I, p. 156, 205, 459 ; t. II, p. 39, 144, 148, 226, 270, 283, 405, 421, 444, 550.
Les Caisses d'Epargne en Angleterre et en France après la guerre, par A. de Malarce. Extrait de la Bévue des Deux Mondrs du 15 juin 1872.
Législation et organisation administrative des Caisses d'Epargne en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Italie, aux Etats- Unis et en France. Extraits des rapports des missions scientifiques et administratives de M. de Malarce et de ses dépositions au Sénat et à la Chambre des députés.
Manuel des Catsses d'Epargne scolaires, neuvième édition, par A. de Malarce.
Manuel général des Caisses d'Epargne ordinaires et postales, par M. A. de Malarce, conseil administratif du ministère des Postes et Télégraphes (1S82).
Travaux du Congrès scientifique international des institutions de prévoyance, organisé par les soins de la Société des institutions de prévoyance de France, sur la proposition de M. A. de Malarce, secrétaire général, et tenu à Paris en juillet 1878 (Paris, Imprimerie nationale).
Les Services d'Epargne populaire, Caisses d'Epargne, Caisses d'Epargne scolaires, et Bureaux d'Epargne des manufactures et ateliers, par M. de Malarce. Extrait de la Bévue générale d'administration publiée par le ministère de l'Intérieur, 1879.
Diagrammes présentant l'Histoire des Caisses d'Epargne en Angleterre et en France, nombre annuel des livrets, stock annuel, population, nombre de services d'épargne, lois, décrets, règlements, crises, guerres, prix moyen annuel du pain, cours moyen de la rente, etc., par M. de Malarce, 1878 et 1879.
Voir aussi l'article Caisses d'Epargne scolaires dans ce Dictionnaire.
ÉPÉE (L'abbé de 1'). — Charles-Michel de l'Épée naquit à Versailles le 23 novembre 1712. Il fit ses études au collège des Quat.re-INations, et fut l'un des brillants élevés de M. Geoffroy, professeur de philosophie. Son père, architecte du roi, le destinait à la carrière des sciences; mais le jeune de l'Epée insista sur sa vocation pour l'état ecclésiastique ; il étudia la théologie et montra beaucoup de ferveur, mais aussi une grande indépendance de principes. Au moment de recevoir la tonsure, il refusa de signer le formulaire d Alexandre VU, ne pouvant point, disait-il, admettre par serinent
ce qu'il ne connaissait pas bien. On renouvela l'épreuve, mais le jeune théologien persista dans son refus.
Les lois devinrent l'objet de ses nouvelles études. Il subit les épreuves des divers examens de droit, et fut reçu avocat au Parlement de Paris. Néanmoins, son passage au barreau fut de courte durée. L'évêque de Troyes, neveu de Bossuet, aycint appris que les sentiments de M. de l'Epée le ramenaient toujours vers le sacerdoce, résolut de combler ses vœux. En 1736, il l'admit aux ordres mineurs, et en 1738, après lui avoir conféré la prêtrise, il lui accorda un canonicat dans son diocèse.
Au bout de quelques années, la mort de ce prélat détermina l'abbé de l'Epée à s'installer à Paris. On connaissait son attachement à la doctrine de Port-Royal et ses relations très suivies avec le vénérable Soanen. C'est pourquoi il fut censuré et frappé d'interdiction par M8r de Beaumont, archevêque de Paris.
Un jour, dans une maison de la rue des Fossés- Saint-Victor, il se trouva en présence de deux jeunes filles, sœurs jumelles et sourdes-muettes de naissance, qu'un religieux de la Doctrine chrétienne, le P. Vanin, avait entrepris de préparer à l'acte de la première communion, en les instruisant au moyen d'estampes. L'abbé de l'Epée voulut bien continuer, autant qu'il dépendait de lui, l'œuvre du vénérable instituteur qui venait de mourir ; il se mit au travail, et c'est en cherchant les moyens de suppléer à l'ouïe et à la parole qu'il trouva, dans le langage même des sourds-muets, la solution du problème. Il étendit et perfectionna le langage des gestes, et fournit ainsi aux sourdsmuets des procédés faciles et presque naturels d'exprimer toutes leurs idées. Il réunit, vers 1760, un certain nombre d'enfants atteints de surdimutisme, et fonda un établissement d'instruction qu'il entretint de sa propre bourse et avec le généreux concours de son frère, architecte du roi, du duc de Penthièvre, etc.
Sans doute l'abbé de l'Épée n'est pas le premier inventeur de l'art d'instruire les sourds-muets, et il a soin de le déclarer dans ses ouvrages ; mais jusqu'à lui cette instruction spéciale n'avait été distribuée qu'à quelques enfants de familles riches ou aisées. Il est le premier qui ait ouvert une école, embrassé la classe entière des sourds-muets, généralisé un enseignement collectif sur ce principe qu'au moyen du langage des signes, il est possible, il est facile de faire arriver par les yeux jusqu'à l'intelligence du sourd muet les idées que l'entendant-parlant perçoit au moyen des sons.
C'est en travaillant sans guide qu'il rencontra l'idée féconde sur laquelle il appuya son enseignement. Il ne se borna pas, comme ses prédécesseurs, à faire connaître sa méthode par la publication de mémoires ; il convia le public à ses leçons, invita les étrangers à interroger ses élèves, et éveilla ainsi en Europe un intérêt tout nouveau en faveur des sourds-muets.
En 1776, cédant aux sollicitations de ses admirateurs, il publia la méthode qu'il avait inventée, sous ce titre: Institution des sow ds et muets par la voie des sig?ies méthodiques. En 1784, il fit paraître un second ouvrage, qui est une réédition du premier augmentée de quelques chapitres.
Une controverse restée célèbre eut lieu entre lui et Samuel Heinicke*, l'instituteur des sourds-muets de Leipzig, au sujet de la valeur de leurs méthodes respectives; l'Académie de Zurich, prise pour juge, trancha le différend en faveur de l'instituteur français (1784).
Un procès long et dispendieux troubla le repos de l'abbé de TEpée durant une quinzaine d'années; il s'agissait d'un sourd-muet âgé d environ douze ans, qui avait été trouvé dans le plus misé-
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Table état sur la route de Péronnc en Picardie. L'abbé de l'Epée crut voir dans cet enfant l'héritier de la famille de Solar, de la ville de Toulouse, et les documents déposes aux archives de l'Institution nationale des sourds-muets de Paris affirment la sagesse des vues de l'illustre instituteur, qui ne vécut pas assez pour voir la fin du procès.
11 mourut, âeô de 77 ans, le 23 décembre 1789, entouré d'une députation de l'Assemblée nationale, ayant à sa têteMgr de Cicé, archevêque de Bordeaux, de ses parents et de ses élèves. « Mourez en paix, lui dit l'archevêque; la patrie adopte vos enfants. »
L'ensemble des travaux de l'abbé de l'fcpée a été exposé par plusieurs écrivains dont voici les noms :
L'abbé Fauchet, oraison funèbre, 1790.
Bébian, éloge couronné par la Société académique des sciences, 1819.
Bazot, éloge ayant obtenu l'accessit du même prix, 1831.
Rey de la Croix, Le philanthrope chrétien, Béliers, 1822.
D'Aléa, éloge traduit de l'espagnol, Paris, 1824.
De Gérando, De l'éducation des sourds-muets de naissance, 1827.
Morel, professeur à l'Institution des sourdsmuets de Paris, Notice, 1833.
V. en outre, au sujet de la méthode de l'abbé de l'Epée comparée avec les autres méthodes d'institution des sourds-muets, l'article Sourds -muets.
[Martin Etcheverry.]
EPELLATION. — V épellation est la décomposition d'un mot en ses divers éléments.
Les mots sont parlés ou écrits.
L'élément du mot écrit est la lettre. L'élément du mot parlé est la syllabe.
Un mot se compose d'autant de syllabes qu'il renferme de soîis sur lesquels on s'arrête d'une manière un peu sensible : ré-u-ni-ra, fi'la-tu-re .
La syllabe, dans le mot parlé, peut à son tour se décomposer en sons et en articulations.
Le son est une simple émission de la voix, comme a, o, »", eu, ou, an.
L'articulation est une modification du son, produite par une des parties de l'organe vocal, lèvres, dents, langue, etc., comme b dans ba, t dansât, s dans sa, ch dans cha.
Les lettres qui, dans les mots écrits, représentent les sons, s'appellent des voyelles ; celles qui représentent les articulations se nomment des an-onnes.
Divers modes d'épellation. — La détermination des éléments du mot, c'est-à-dire Y épellation, est un point capital pour la lecture; c'est ce qui caractérise tout d'abord la méthode.
Ainsi, dans les anciennes méthodes, l'élément du mot était la lettre; dans les nouvelles méthodes, c'est le son et Y articulation; dans les méthodes sans épellation, c'est la .syllabe.
Le mot enfant, dans l'ancienne méthode, a six •éléments: e-n-f-a-n-t; dans la nouvelle, il en a trois: en-f-ant; dans la méthode sans épellation, il n'en a que deux : en-fant.
De l'appellation des lettres. — Outre cette distinction qui est, nous le répétons, caractéristique, fondamentale, les méthodes de lecture diffèrent encore les unes des autres par le nom qu'elles donnent aux lettres , par leur mode
d APPELLATION.
Les voyelles, représentant des sons, se prononcent évidemment dans toutes les méthodes de la même manière. Mais les consonnes, qui ne représentent que des modifications de sons, qui ne font qu'indiquer comment doivent être placés les différents organes de la parole avant de faire entendre un son ou après l'avoir émis, sont essentiellement aphones.
Pour les distinguer, il a pourtant fallu leur donner un nom. Dans les anciennes méthodes, on faisait suivre les unes d'un é ferm^, d'un i, d'un a ou d'un u, comme bé, ce, dé, gé,ji, ka, pé. qu, té, vé ; les autres étaient précédées d'un è rendu ouvert par le redoublement de la consonne et suivies d'un c muet, comme effe, elle, en. me, enne, erre, esse; d'autres avaient des noms plus bizarres encore, comme «che, iks, zedde.
Dans les nouvelles méthodes (nouvelles est ici un terme relatif, puisqu'il s'agit d'une réforme proposée, il y a près de deux cents ans, par Port-Royal), toutes les consonnes sont supposées suivies d'un e muet très faible : Be, K.e, De. Fe, Me, Re, KSe, Se.
Dans quelques autres enfin, qu'on appelle souvent méthodes phoniques, on indique seulement les consonnes par des sons inarticulés. Le nom de ces lettres ne devant être qu'un effet, celui qu'elles produisent' sur le plus faible de tous les sons, ce n'est pas même Ve muet, qu'on <Joit enteudre, c'est le schva (point-voyelle des Hébreux correspondant à notre e muet le plus sourd).
Ce son peut, en effet, s'indiquer assez facilement, par une sorte de roulement, de sifflement ou de chuintement, pour les consonnes r, /', v, s, j, z, ch. Dans les syllabes ro, fi, vu, sa, etc., on peut, en effet, avant de faire entendre les voyelles o, i, u, a, soutenir longtemps les consonnes :
r o, f.....i, v u, s a. De même, les autres
consonnes peuvent encore être nommées comme on les prononce quand elles terminent la syllabe:
JOB, fit, SUV).
Ces différences dans Yappellation des lettres ne caractérisent pas, bien entendu, la méthode.
Ce qui constitue essentiellement une méthode de lecture, c'est la marche suivie dans l'exposition de ses diverses parties ; c'est la classification des éléments, l'ordre dans lequel ces éléments sont étudiés, la gradation observée dans leurs diverses combinaisons, le choix et la disposition des applications pratiques auxquelles conduisent ces combinaisons.
On comprend donc que Yappellation des lettres ne soit qu'une partie tout à fait accessoire de la méthode, et qu'on puisse faire de la nouvelle épellation avec Y ancienne appellation, aussi bien que de Yancienne épellation avec ta nouvelle APPELLATION.
Nous n'avons pas à parler ici des diverses méthodes de lecture (V. Lecture) : il nous suffira de faire connaître les caractères généraux des trois modes principaux d'épellation. Mais, avant, il est utile, croyons-nous, de donner les dénominations les plus usuelles des principaux éléments de la syllabe, ainsi que les diverses règles relatives à la syllabation.
Classification des éléments de la syllabe. — Le mot parlé, avons-nous dit, a pour élément la syllabe, qui se décompose elle-même en sons et en articulations.
La langue française a treize sons proprement dits représentés par les caractères suivants : a, e, é, è, i, o, u, eu, ou, a?i ou en, in, on, un. Elle compte 18 articulations, que représentent les caractères: b, c, d, f, g, j, l, m, n, p, r, s, t, v, z, ch, gn, Ht.
La syllabe, que nous avons appris à distinguer déjà, est la réunion d'un son et d'une articulation, ou quelquefois un son seul, qu'on prononce d'une seule émission de voix. Le mot f'oiir n'a qu'une syllabe; mou -ton en a deux, et vé-ri-té trois.
Les mots écrits sont composés de lettres, et nous avons dit qu'il y a deux sortes de lettres : les voyelles et les consomies.
Lorsqu'un son ou une articulation sont représentés par une seule lettre, cette lettre est ap-
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pelée voyelle simple (a, e, i...) ou consonne simple {à, c, d, f...). >
Si le son ou 1 articulation sont représentes par plusieurs voyelles ou plusieurs consonnes réunies, on appelle cette réunion de lettres voyelle composée (au, eu, ou,...) ou consonne composée (ch,gn, ill). ,
Les voyelles composées qui s écrivent par un n final et dont le son se prononce du nez, s'appellent voyelles nasales (an, in, un...).
La réunion de plusieurs voyelles faisant entendre deux sons distincts prononcés en une seule émission de voix, comme ia dans piano, ieu dans Dieu, s'appelle diphtongue-voyelle. Les réunions de consonnes, comme bl, cl, str, qui se prononcent rapidement, par une seule émission de voix pour ainsi dire, s'appellent des diphtongues-consonnes.
Quelques auteurs donnent le nom de voyelles et de consonnes simples monogrammes aux voyelles et aux consonnes simples représentées par une seule lettre (a, e, i 6, c, d, f).
Us appellent voyelles et consonnes simples polygrammes les voyelles et les consonnes que nous avons appelées composées (au, eu, ou,... ch, gu, ill...).
Ces auteurs n'admettent que des diphtongues- Toyelles, qu'ils appellent simplement diphtongues ou quelquefois encore voyelles composées. Les réunions de lettres que nous avons désignées par le nom de diphtongues-consonnes sont pour eux des consonnes composées, doubles ou triples (bl, cl, str.,.).
On entend par équivalents des lettres différentes représentant des sons ou des articulations semblables. Il y a des équivalents-voyelles comme o, au, eau, et des équivalents-consonnes comme f et ph, c, q et k.
Les lettres qui ne se prononcent pas dans un mot sont dites lettres nulles, comme e dans je prierai, g dans longtemps.
Les syllabes peuvent être également distinguées les unes des autres.
Celle qui est représentée par une consonne suivie d'une voyelle est appelée syllabe directe (ba, ta, pa, di....).
Lorsque la voyelle précède la consonne, la syllabe est dite inverse ou consonante (or, ec, îid...).
Si la voyelle est en même temps précédée et suivie d'une consonne, la syllabe est dite close (par, car, mer, bec...).
Syllabation. — La syllabation est la décomposition d'un mot en syllabes. Savoir syllaber, c'està-dire reconnaître où commencent et où finissent les syllabes d'un mot, afin de pouvoir ensuite lire le mot en rapprochant ces syllabes, est une des grandes difficultés de la lecture.
Les règles relatives à la syllabation sont loin, du reste, d'être les mêmes pour tous les maîtres. Voici celles qui sont le plus généralement suivies :
1° Pour former la syllabe, la consonne s'unit toujours à la voyelle qui suit et non à celle qui précède (mè-re, u-ni-ié, ma-da-me).
Les consonnes doubles équivalent souvent à une consonne simple. Dans les anciennes méthodes on les séparait, la première s'unissant à la syllabe précédente et la seconde à celle qui suit (pom-me, don-ne, nap-pe, pel-le, net-te) ; aujourd'hui on les considère comme inséparables, et elles s'unissent toutes deux à la voyelle qui les suit (a-ffd-mé, vi-lla-ge, ho-mmage, pe-lle, ne-tte). Seulement, il faut poser comme règle que e suivi d'une double consonne est toujours plus ou moins ouvert : belle, trovipette, paresse.
2° Lorsque, dans le corps d'un mot, une voyelle est précédée de deux consonnes, non doubles,
non composées ou non diphtongues, la première s'unit à la voyelle qui précède pour former une syllabe consonante et la seconde à celle qui suit (or-né, dis-per-sé, col-por-ter).
Les consonnes sonores qui terminent un mot s'unissent à la voyelle qui précède et forment une syllabe consonante (ar-se-nal, sub-til , odeur, f,(in-chir).
Dans l'usage ordinaire, les mots poste, constance, construire, instruire, sont donc ainsi divisés : pos-te, cons-tan-ce, cons-trui-re,ins-lrui-re.
Dupont, l'auteur d'une des méthodes les plus anciennes et les plus estimées, se conformant en cela à un principe posé par Port-Royal et par Beauzée, dit que le 5 commence toujours la syllabe. D'après lui les mots poste, monstre, chaste, constant, etc., doivent être divisés de cette façon : poste, monstre, chaste, constant, etc. Cette règle, qui paraît singulière au premier abord, est presque toujours conforme à l'étymologie (constance, reste, poste, etc.), et elle favorise, dit Dupont, l'étude de la lecture : 1° parce que nous avons plus de huit cents mots, dont plusieurs verbes, qui commencent par le s composé, c'est-àdire par s suivi d'une ou de plusieurs consonnes, comme sp, st, se, scr, spl (spatule, scrutin, splendide, scandale) et que dans ces mots évidemment on ne peut décomposer cette consonne ; 2° parce que cette règle favorise l'étude de la lecture en prévenant des fautes de prononciation très graves : costant pour constant, estatue pour statue, etc.
Ainsi l'enfant, pour épeler le mot chaste, dira che, a, cha; ste, e, ste : chaste. Pour épeler le mot constance il dira e... on, con; ste... an, stan: ce... e, ce : constance. Mais une règle importante pour la prononciation doit découler immédiatement du principe qui vient d'être posé, c'est que e suivi d'un s composé, c'est-à-dire suivi de plusieurs consonnes dont la première est un s, est toujours, comme devant une consonne double, plus ou moins ouvert. Ex. : reste, veste, modeste, pé~ destre, etc.
M. Néel, auquel on doit aussi une méthode justement estimée, a généralisé le principe rappelé par Dupont pour la consonne s. Voici ce que M. Néel dit au sujet de la syllabation :
« Pour ce qui est de la division du mot en syllabes, séduit par l'article de Beauzée dans l'Encyclopédie au mot Syllabe, nous avons suivi tout d'abord la division en syllabes physiques et syllabes artificielles; nous avons perdu un temps précieux sans grand profit; aussi nous en tenons-nous plus que jamais maintenant à la division usuelle (c'est-à-dire au système de Port-Royal).
« Toute syllabe est formée par une seule voyelle, simple ou composée ou dip/iiongue, et d'une ou plusieurs consonnes qui précèdent ou suivent la voyelle. »
Une seule consonne précédant la voyelle est le cas général, il ne présente pas de difficulté ; il n'y a en que lorsque deux ou trois consonnes se suivent. Voici la règle qui est donnée :
« Les consonnes qui ne se peuvent joindre eiiu semble au commencement d'un mot ne s'y joi~ « gnent pas au milieu, mais les conso7ines qui « peuvent se ioindre ensemble au commencement « d'un mot, doivent aussi se joindre au milieu, et « Ramus prétend que faire autrement} c'est faire « un barbainsme. »
Il est bien sûr que si la jonction de telle ou telle consonne est possible dans une position, elle ne l'est pas moins dans une autre.
« Lancelot fait dépendre la possibilité de cette jonction d'un seul fait, qui est de savoir s'il en existe des exemples à la tête d'un mot.
o Ainsi pasteur doit s'épeler pasteur, parce
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qu'il y a des mots qui commencent par st, tels que style, studieux; escabeau doit s'épeler escabeau, parce qu'il y a des mots qui commencent par se, tels que scandale, scabreux ; au contraire, armateur doit s'épeler ar-ma-teur, parce qu'il n'y a aucun mot qui commence par rm; pervertir doit s'épeler per-ver-tir, parce qu'il n'y a aucun mot qui commence par ru, rt ; nous épelons de môme char-mé, cir-con-spec-tion.
<• Quant à la consonne qui se présente assez fréquemment à la fin des mots, le maître fera remarquer qu'elle est souvent nulle et qu'il est d'usage de la considérer comme faisant syllabe avec la voyelle précédente. »
Cette distinction des syllabes en syllabes physiques et artificielles à laquelle M. Néel fait allusion dans les lignes qui précèdent, est en effet la base d'un autre système de syllabation, indiqué par Port- Royal et suivi par plusieurs auteurs, entre autres par MM. Béhagnon et Régimbeau.
Duclos dans ses commentaires sur la Grammaire générale de Port-Royal s'exprime ainsi :
« Il faut distinguer la syllabe réelle ou physique de la syllabe d'usage.
« La syllabe réelle ouphysique est un son complet, elle peut être formée ou. d'une voyelle seule, ou d'une voyelle précédée d'une consonne qui la modifie. Le mot ami a deux syllabes physiques : a forme seul la première, et mi la seconde.
« J'entends par syllabe d'usage celle qui, dans un vers, n'est comptée que pour une, quoique l'oreille soit réellement et physiquement frappée de plusieurs sons.
« Pour distinguer la syllabe réelle ou physique de la syllabe d'usage, il faut observer que toutes les fois que plusieurs consonnes de suite se font sentir dunsun mot, il y aautant de syllabes réelles qu'il y a de consonnes qui se font entendre, quoiqu'il n'y ait point de voyelle écrite à la suite de chaque consonne : la prononciation suppléant alors un e muet, la syllabe devient réelle pour l'oreille; au lieu que les syllabes d'usage ne se comptent que par le nombre de voyelles qui se font entendre et qui s'écrivent. Voilà ce qui distingue la syllabe réelle ou physique de la syllabe d'usage. Par exemple, le mot armateur serait en vers de trois syllabes d'usage, quoiqu'il soit de cinq syllabes réelles, parce qu'il faut suppléer un e muet après chaque r : on entend nécessairement aremateure. Bat est monosyllabe d'usage et dissyllabe physique. »
Conformément à ce principe, voici comment se trouvent formulées, dans les méthodes qui l'ont adopté, les règles de la syllabation.
o L'élément du mot, dit M. Béhagnon, c'est la syllabe simple. Tout ce qui fait entendro à l'oreille un seul son ne doit jamais être décomposé ; on décompose au contraire tout ce qui fait entendre des sons distincts, forts ou faibles. »
M. Régimbeau formule le môme principe par les deux règles suivantes :
1° Tout son exprimé, qu'il soit pur, c'est-à-dire simple, ou articulé, c'est-à-dire modifié par une articulation qui précède la voyelle, forme une syllabe, et la voix s'appuie plus ou moins sur cette syllabe.
2° Toute consonne isolée qui se fait sentir dans la prononciation forme elle-même une syllabe, mais c'est une syllabe sourde et brève qui tend à se rapprocher rapidement de la syllabe qui suit.
D'après cela les mots frère. Dieu, livre, blé, bâtir, futur, dormir, supporté, triste, cataplasme, sécurité, discrète, obstiné, strict, se décomposent ainsi : f-rè-re ; Di-eu; li-v-re ; b-lé;bà-ti-r; fu-tu-r ; do-r-mi-r; su-ppo-r-te ; t-ri-s-te ; ca-ta-p-la-s-me ; sé-cu-ri-té; di-s-c-rè-te ; o-b-s-ti-né ; s-t-ri-c-t.
Avec ce mode de décomposition des mots il n'y a plus de syllabes inverses ou consonantes, ni
de syllabes closes, ni de voyelles-diphtonsue*. ni de consonnes-diphtongues. Toutes les syllabes ne forment plus que deux classes : leasyllubes élémentaires, phoniquement indécomposables : le bon roi, et les syllabes dérivées, phoniquement décomposables: lui, cri, blé, mur, mal, arc, strict, formées de plusieurs éléments : lui, c-ri, b-lc, mu-r, ma-l, a-r-c, s-t-ri-c-t.
Ces méthodes, on le voit, par suite de la distinction de la syllabe réelle, physique ou phonique, tout en étant des méthodes sans épellation, décomposent parfois encore plus que ne le font les méthodes de nouvelle épellation. Ainsi les mots blé, mal, arc, strict, qui, dans la nouvelle épellation, ne sont comptés que pour une syllabe, en ont deux, trois et cinq dans les méthodes sans épellation : b-lè, ma-l, a r-c, s-t-ri-c-t.
Sans empiéter sur les méthodes de lecture qui sont exposées à leur place (V. Lecture), nous pouvons maintenant apprécier en quelques mots les trois principaux systèmes d'épellation.
Ancienne épellation. — La méthode d'aprienne épellation, qui décompose les mots en lettres et qui se sert, pour désigner ces lettres, de l'ancienne appellation, offre déjà, par cela seul, de nombreuses difficultés à l'enfant, parce qu'il n'y a aucune analogie entre le son de l'élément et le son du composé. Il est évident, en effet, qu'il faut un grand effort de mémoire pour se graver dans l'esprit que e, enne, fait en ; effe, a, enne, té, fant, et que le tout fait enfant.
Cette divergence complète entre le son des éléments et celui du mot qui en e«t formé, donnerait presque créance à cette anecdote bien connue snr la prononciation du mot diable.
Dans un couvent, raconte-t-on, il était défendu de prononcer ce mot. Quand on le rencontrait dans une lecture, on l'épelait donc : dé, i, a, bé, elle, e : esprit malin.
Quoi qu'il en soit, si l'ancienne méthode d'épellation n'avait d'autre défaut que celui d'employer l'ancienne appellation pour désigner les lettres, elle ne mériterait pas tous les reproches qu'on lui adresse. La mémoire de l'enfant est si souple et si prompte que la difficulté que nous signalons plus haut serait vite surmontée ; mais ce qui doit faire surtout repousser ces anciennes méthodes de lec ture, c'est l'absence de tout ordre raisonné dans la classification des éléments, lettres et syllabes, dans leurs combinaisons absolument fantaisistes, et dans l'agencement des exercices pratiques qu'elles contiennent, exercices presque toujours dépourvus d'applications immédiates, intéressantes et utiles.
On accordait à cette méthode, il est vrai, le bénéfice que, décomposant chaque syllabe en toutes ses lettres, elle conduisait plus sûrement à la connaissance de l'orthographe. Mais une méthode de lecture a pour objet essentiel d'apprendre à lire, et celle qui conduit le plus sûrement et le plus promptementà ce but est évidemmentla meilleure. Le temps gagné ainsi, grâce aux nouvelles méthodes, peut être ensuite fructueusement employé à des exercices spéciaux d'orthographe, syllabation et épellation, dans lesquels on peut, si l'on veut, reprendre pour chaque lettre le nom particulier qu'elles avaient dans les anciennes méthodes.
Il n'est pas impossible, du reste, de faire de l'orthographe avec la nouvelle méthode d'épellation. Dupont, dans ses livres de lecture, a soin d'appeler à chaque instant l'attention de l'eniai t sur les diverses manières de représenter le mèn e son, et par ces exercices d'observation et d'analyse, il arrive très sûrement au résultat que l'ancienne méthode de lecture semblait seule
pouvoir assurer.
Nouvelle épellation.
Les méthodes de nou«
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ÉPHEMÉRIDES
velle épellation sont, à tous les points de vue, incontestablement supérieures à la méthode d'ancienne épellation. Bien plus simples d'abord, puisqu'elles ne reconnaissent jamais que deux éléments au plus dans une syllabe, un son et une articulation qu'elles ne décomposent jamais, elles sont aussi beaucoup plus logiques et plus rationnelles dans le choix et la disposition des éléments, des exercices et des applications.
Bien que nous ne voulions signaler ici aucune des méthodes de ce groupe, nous devons mentionner au moins la façon dont on procède dans l'une d'elles à la décomposition de la syllabe.
Toutes, c'est-à-dire presque toutes font nommer successivement l'articulation et le son dans l'ordre où ces éléments se présentent. Ainsi le mot chapeau s'épelle ch..a, cha;pe. .eau, peau : chapeau.
Ayant observé que la difficulté de lire la syllabe vient surtout de ce que l'enfant ne peut distinguer, ne peut séparer les sons, M. Néel habitue d'abord l'élève à démêler de l'ensemble du mot les signes des sons.
Il a, pour cela, représenté dans ses tableaux les sons par des caractères différents de ceux qu'il a employés pour les articulations. Les premiers sont en rouge, les autres en noir. Puis, il oblige l'enfant à nommer, à appeler le son avant de le réunir avec l'articulation. Ainsi le mot chapeau s'épellera a, cha ; eau, peau : chapeau, l'enfant allant, nous le répétons, tout de suite au son. Ce procédé, qui était indiqué aussi, mais indiqué seulement, dans la méthode de Dupont et qui n'a encore été appliqué par aucun autre auteur, ce qui fait qu'on est surpris tout d'abord quand on entend épeler de cette façon, est très logique et très motivé : l'expérience a prouvé qu'il conduisait à d'excellents résultats.
Méthodes sans épellation. — Les méthodes sans épellation, qui passent directement de l'étude des éléments à la lecture des syllabes, sans épeler, présentent peut-être un défaut contraire à celui des anciennes méthodes : elles ne décomposent pas toujours assez, et peuvent offrir ainsi de réelles difficultés aux enfants.
Cependant, avec des exercices préliminaires suffisamment continués et bien gradués, accompagnés dès le début d'exercices d'application intéressants, qui reposent et stimulent l'élève, elles conduisent rapidement et sûrement à la lecture courante. Ce sont celles d'ailleurs qui répondent le mieux aujourd'hui aux nouvelles doctrines pédagogiques et qui se prêtent le plus facilement à cette marche recommandée par tous les psychologues, de procéder toujours, avec les jeunes élèves, du concret à Yabstrait, de descendre de la synthèse à Yanalyse. Rien n'empêche, du reste, de remonter ensuite la voie qu'on a d'abord descendue , c'est-à-dire de partir de Yanalyse pour revenir à la synthèse, des éléments au tout.
« L'enfant, dit M. Paul Rousselot, a-t-il appris à bien prononcer un mot, on peut alors le lui faire décomposer en syllabes, puis en lettres, sauf à lui faire réunir ensuite ces éléments épars pour bien lui prouver qu'ils constituent un tout, le même qu'il connaît, qu'il sait dire. Cette marche, qui part d'une synthèse spontanée pour traverser l'analyse et aboutir à une synthèse réfléchie, est la marche même de l'esprit laissé à luimême. »
Cette question de Tcpellation est donc, on le voit, assez complexe. Elle a certainement son importance, et il ne faudrait pas que nos maîtres et nos maîtresses négligeassent cet exercice de la lecture et le regardassent comme indigne d'eux. Avec l'honorable inspecteur d'académie M. Carré, nous pensons qu'il n'y a point à rougir, pour de ieunes instituteurs surtout, d'appliquer les res-
sources de leur esprit à une chose qui a préoccupé sérieusement des hommes de génie comme Pascal et le grand Arnaud. [A. Lenient.]
Él'IIÉMÉlllDES PÉDAGOGIQUES. — Sous ce titre, nous donnons deux séries de dates intéressantes pour les instituteurs, les unes relatives aux personnages qui ont marqué dans l'histoire de l'éducation, les autres rappelant quelques faits importants et les lois principales concernant l'instruction publique tant en France qu'à l'étranger.
Éphémérides biographiques