PÉRIODE DE DÉVELOPPEMENT ET DE PROGRÈS
(1826-1880). — Inspection. — Dans la période précédente, New- York était le seul Etat qui eût nommé un fonctionnaire chargé de surveiller l'exécution de la loi scolaire et d'assister les autorités locales dans l'administration des écoles. Ce fut Gédéon Howley qui fut choisi pour ce poste important; ses rapports annuels à la législature sur le fonctionnement du système d'enseignement furent sans doute les premiers de ce genre qui aient été imprimés aux Etats-Unis. Howley réunissait à un degré remarquable les qualités requises chez un surintendant des écoles publiques, de sorte que dans l'espace de moins de huit ans, grâce à ses efforts et a sa capacité, l'anarchie et la désorganisation firent place à. un système homogène et régulier, reposant sur des bases solides, soutenu par une opinion publique éclairée, et fortifié par l'attachement de la population, qui le regardait comme la sauvegarde de l'Etat. Durant cette courte période, le nombre des districts pourvus d'écoles avait doublé ; il s'élevait à 6323, et celui des élèves entre cinq et quinze ans, qui les fréquentaient, était monté de 140 000 à 304 000.
Cet administrateur fidèle et capable fut destitué en 1821, pour des motifs purement politiques, et ses fonctions furent bientôt après confiées au secrétaire d'Etat. Ainsi se termina le premier essai d'une inspection gouvernementale exercée par un fonctionnaire spécial. Mais l'utilité incontestable de cette institution avait été démontrée, à la satisfaction des partisans éclairés de l'éducation populaire. Dès lors, l'histoire du système des écoles gratuites ne sera plus, dans une large mesure, que l'histoire des améliorations et des progrès^ dus, directement ou indirectement, à l'inspection gouvernementale, dont le principe fut peu à peu généralement adopté. Après New- York, l'Ohio et le Massachusetts organisèrent presque simultanément l'inspection scolaire en 1837. Le premier de ces Etats choisit comme surintendant Samuel Lewis, auquel ses efforts judicieux et désintéressés ont valu la gloire d'être considéré comme le premier pionnier de l'enseignement dans les Etats de l'Ouest. Né au Massachusetts, il déploya le plus grand zèle pour faire adopter les idées avancées qui régnaient dans sa patrie, relativement aux écoles publiques, et en particulier ce principe que la fortune de l'Etat doit servir à élever les enfants de l'Etat. Un an après sa nomination, il parvint à faire passer une loi qui était, sous presque tous les rapports, le meilleur code scolaire alors existant aux Etats-Unis. Néanmoins, les adversaires du progrès de l'instruction populaire réussirent à faire abolir la charge de surintendant trois années seulement après sa création, et, comme à New-York, à en transférer les fonctions au secrétaire d'Etat.
Le système d'inspection adopté à cette époque par le Massachusetts y existe encore sous sa forme primitive. Il se compose d'un conseil d'éducation (Board of Education), formé de dix membres, dont huit sont choisis par le gouverneur, pour le terme de huit ans ; le gouverneur et le lieutenant-gouverneur sont membres d'office. Ce conseil élit un secrétaire qui remplit les fonctions de surintendant. Le premier secrétaire fut Horace Mann , jurisconsulte de mérite et homme d'Etat distingué, dont la brillante et utile carrière dans cette position fait époque dans l'histoire de l'enseignement en Amérique. A la nouvelle de sa nomination, Channing lui écrivit : « J'apprends que vous vous êtes consacré à la cause de l'éducation dans notre République; je
m'en réjouis. Rien ne pouvait me causer plus de plaisir, car je souhaite depuis longtemps que cette œuvre soit entreprise par quelque personne réunissant vos qualités. Vous ne sauriez trouver un poste plus honorable ; le gouvernement n'en a pas de plus noble à offrir. Si nous pouvions diriger dans la bonne voie l'étonnante énergie de ce peuple, nous verrions s'accomplir la promesse de « nouveaux cieux et d'une nouvelle terre. »
La loi qui créait cette charge en traçait ainsi lea devoirs : « Le secrétaire devra, sous la direction du conseil, recueillir des renseignements sur la situation et l'efficacité des écoles primaires et autres établissements destinés à l'enseignement du peuple; il répandra, autant que cela lui sera possible, dans toutes les parties de la République, la connaissance des méthodes les plus autorisées et les plus efficaces pour l'organisation des études et l'éducation de la jeunesse, afin que tous les enfants de cette République dont l'instruction est confiée aux écoles primaires y trouvent le meilleur enseignement qu'il sera possible de leur donner. » Les attributions du secrétaire ont été, à diverses reprises, considérablement étendues, mais la principale consiste encore, comme dans l'origine, à rassembler et à répandre tous les renseignements concernant l'installation, l'organisation, la tenue et l'enseignement des écoles, qui peuvent être utiles à la population pour l'avancement de l'instruction publique. C'est plutôt par son influence sur l'opinion publique, que par l'exercice de son autorité dans l'administration des écoles, qu'il est appelé à effectuer des améliorations dans les procédés et les résultats de l'enseignement. Dès le début de sa tâche, If. Mann chercha à obtenir cette influence de trois manières distinctes : 1° par des conférences adressées à des réunions d'instituteurs et d'amis de l'enseignement, dans différentes parties de l'Etat ; 2° par les rapports annuels qu'il était tenu d'adresser au conseil d'éducation, rapports qui étaient imprimés et répandus dans le public ; 3° au moyen d'un journal sur l'éducation, qu'il dirigeait sous sa propre responsabilité. En outre, il ne négligea aucune occasion de servir la cause dont il s'était fait le représentant, soit par des discours publics, soit par des visites aux écoles, soit par sa conversation qu sa correspondance. Lorsqu'il parlait, il savait allier une logique sévère à une éloquence passionnée ; il fut l'orateur par excellence de l'instruction populaire, à laquelle ses travaux et ses écrits ont donné une nouvelle et puissante impulsion. Il élargit l'horizon de l'éducation nationale et la présenta sous un nouvel aspect, en plaçant le développement du caractère et la culture morale bien au-dessus de l'acquisition du savoir. II ennoblit l'école populaire en demandant hardiment que la fortune de l'Etat fût employée à faire donner dans les écoles, tant primaires que supérieures, une éducation qui pût être suffisante pour les plus riches, et qui fût gratuitement offerte aux plus pauvres. Durant son administration, l'inspection des écoles par l'intermédiaire des conseils scolaires communaux reçut de grandes améliorations ; la division des écoles en classes graduées (gradin g) fut organisée ; les maisons d'école qui tombaient en ruines furent remplacées presque partout par des bâtiments convenables ; des bibliothèques scolaires furent fondées dans les districts ; des écoles normales furent créées ; de meilleures méthodes d'enseignement et de discipline furent introduites ; en un mot, le système scolaire fut complètement régénéré, non-seulement par l'effet de lois plus libérales, mais grâce aux progrès de l'opinion publique sur ce point. L'influence de M. Mann ne s'arrêta pas aux limites de son Etat: elle se fit sentir à l'Union tout entière ; ses travaux et ses écrits ouvrirent les yeux et les cœurs
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de la nation d'une manière inconnue jusque-là. Ses douze rapports annuels resteront comme un monument durable de son zèle et de son talent.
L'Etat de Connecticut créa à son tour, une année après le Massachusetts, un système analogue d'inspection gouvernementale. Le secrétaire du conseil d'éducation fut Henry Barnard, dont M. Mann disait: « On peut dire sans exagération que, si l'on désirait trouver un homme plus capable, il faudrait attendre jusqu'à la prochaine génération, car je n'en connais pas de meilleur dans celle-ci. » En effet, depuis quarante ans, il a fait plus que tout autre Américain pour la cause de l'enseignement, en répandant des enseignements utiles sur ce sujet , soit par ses écrits et ses publications diverses, soit par ses discours. Sous sa direction intelligente et enthousiaste, des plans de réformes et d'améliorations pareils à ceux qu'avait conçus et appliqués M . Mann furent adoptés, e«, l'exécution en fut poussée avec énergie. Mais, au bout de quatre ans, le conseil d'éducation du Connecticut fut aboli par suite d'une réaction politique, et le commissaire du fonds des écoles dut remplir d'office les fonctions de surintendant scolaire. Dix ans plus tard, ces deux charges furent de nouveau séparées ; plus tard encore, on rétablit le conseil d'éducation avec son secrétaire.
Ainsi se sont développés les deux types existants d'inspection par l'Etat; au Massachusetts et au Connecticut, un conseil d'éducation et un secrétaire ; dans l'Etat de New-York et dans l'Ohio, un surintendant nommé par la législature ou par le vote populaire. Tous les autres Etats ont graduellement adopté l'un ou l'autre de ces deux types ; néanmoins, un assez grand nombre d'Etats possèdent à la fois un conseil d'éducation et un surintendant, qui a naturellement son siège au conseil.
Dans la plupart des Etats, on a aussi créé la charge de surintendant de comté, laquelle, servant d'intermédiaire entre l'inspection locale ou municipale et celle de l'Etat, n'a pas été sans utilité pour les écoles, bien que, dans quelques Etats, elle soit trop dépendante des influences politiques. En outre, presque toutes les villes ayant dix mille habitants ont un surintendant municipal, qui est en général choisi parmi les membres du corps enseignant ; il est élu par le conseil scolaire de la ville et agit sous sa direction. C'est en grande partie à l'intervention active de ces trois ordres do fonctionnaires — surintendants de l'Etat, des comtés et des villes — que durant le dernier quart de siècle des progrès marqués ont été accomplis dans l'organisation, dans l'administration et dans l'enseignement des écoles publiques de la plupart des grandes municipalités des divers Etats.
Ecoles normales. — C'est en 1825 qu'il fut question, pour la première fois, de pourvoir aux frais du public à l'éducation professionnelle des instituteurs. A cette époque, et presque simultanément, mais sans qu'aucun d'eux fût instruit des vues et des projets des deux autres, trois hommes placés, dans des Etats différents, à la tête du mouvement de réforme pédagogique, adressèrent au public, par la voie de la presse, un appel en faveur de cette œuvre : c'étaient Gallaudet dans le Connecticut, Carter au Massachusetts, et Johnson en Pensylvanie. La même année, le gouverneur Clinton proposa à la législature de New-York d'étudier les moyens « de former de bons instituteurs, » et en 1826 il recommanda a la création d'un séminaire d'instituteurs. » Dès lors, l'importance d'une éducation professionnelle pour les instituteurs, et la nécessité de fonder des établissements exclusivement consacrés à cet objet, s'imposa de plus en plus à l'attention des hommes d'Etat et des éducateurs, jusqu'au mo-
ment où la question eut reçu une solution pratique. Les quatre Etats où elle avait d'abord été soulevée furent aussi ceux où elle mûrit le plus vite. La première école normale d'Etat établie en Amérique fut une école d'institutrices ; elle s'ouvrit à Lexington, au Massachusetts, en 1839 ; quelques mois plus tard, dans le même Etat, furent inaugurées deux autres écoles pour les deux sexes. L'opirion publique avait été disposée à accueillir favorablement cette innovation, principalement par les efforts de M. Charles Brooks, pasteur unitaire, lequel, durant les quatre ou cinq années précédentes, avait prononcé sur ce sujet, dans diverses villes de l'Etat, de nombreux discours publics. Tel est le maître, telle sera l'école, disait-il, et il s'efforçait, en conséquence, de convaincre ses auditeurs de la nécessité de créer des écoles normales et d'autres institutions propres à développer les capacités du personnel enseignant primaire, et à améliorer sa condition sociale et pécuniaire : ;tel était, suivant lui, le point de départ indispensable de tous les autres progrès dans le domaine de l'éducation populaire ; il citait à l'appui les expériences faites en Prusse et en Hollande. La loi réclamée fut enfin votée, grâce à l'intervention d'un citoyen généreux, qui offrit une somme de 10 000 dollars pour l'éducation des instituteurs et des institutrices, à la condition que le gouvernement en accorderait autant. Les autres Etats furent plus lents à créer chez eux ce moyen d'élever le niveau des écoles primaires ; il fallut dix ans pour que trois nouvelles écoles normales s'ajoutassent à la liste ci-dessus : l'une à New-York en 1844, la seconde à Philadelphie en 1848, la troisième au Connecticut en 1849. Mais, dans l'intervalle, on avait eu à New- York la fâcheuse idée de rattacher aux académies des divisions d'élèves-maîtres, lesquelles, tout en ne répondant que très imparfaitement au but qu'on se proposait, formèrent longtemps un obstacle à l'organisation régulière des écoles normales. Depuis une vingtaine d'années, le nombre de ces dernières s'est accru avec plus de rapidité. Dans plusieurs Etats importants, toutefois, il n'existe encore qu'une seule école normale publique ; mais il n'est probablement aucun État qui ne possède, à cette heure, un ou plusieurs établissements, soit publics, soit particuliers, pour l'éducation des instituteurs.
Architecture scolaire. — On ne conteste plus aujourd'hui qu'une chose indispensable pour avoir une bonne école, c'est que le bâtiment scolaire réunisse les conditions requises de salubrité, de bien-être, de commodité et de convenance.
Il y a cinquante ans, l'état des maisons d'école en Amérique était des moins satisfaisants. Un auteur compétent disait à ce sujet en 1832 : « S'il nous fallait désigner le plus grand défaut des écoles de notre pays — celui qui contribue le plus, directement ou indirectement, à retarder les progrès de l'instruction publique, et qui réclame le plus promptement des réformes radicales, — nous indiquerions sans hésiter le manque de maisons d'école spacieuses et convenables. » Un autre écrivain de la même époque, non moins autorisé, a dit : « A voir dans notre pays les cabanes obscures, trop étroites, d'aspect misérable, et quelquefois malpropres et répugnantes, qu'on baptiso du nom de maisons d'école, on dirait que, pour les propriétaires de ces locaux, l'ôcole représente une espèce de mal nécessaire, plutôt qu'un lieu où les enfants devraient se rendre volontairement et joyeusement. »
La plus ancienne des sociétés pédagogiques existant aux Etats-Unis, Y American In^titutc of Instruction, fit faire le premier pas dans la voie des réformes, en offrant un prix au meilleur mémoire relatif à la construction des maisons dé-
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cole; ce prix fut décerné à William A. Alcott, du Connecticut, lequel rendit plus tard, par ses ouvrages sur le môme sujet, de grands services à la cause de l'enseignement. Son mémoire, où il décrivait dans le plus grand détail la construction et le mobilier d'une école rurale modèle, avec ses dépendances, fut imprimé à un grand nombre d'exemplaires, et fait le plus grand honneur à son auteur. Les instructions qu'il renferme étaient de beaucoup en avance sur ce qui existait alors, et la plupart d'entre elles ont conservé toute leur valeur. Il fixait les dimensions d'un bâtiment pour 50 élèves à 40 pieds de long sur 30 de large ; la classe devait avoir 35 pieds sur 30, ce qui donnait une surface d'environ 19 pieds carrés par élève. La partie la plus originale de ce projet était peutêtre l'arrangement des sièges: chaque élève devait avoir son pupitre et son siège à lui disposés sur huit rangées de sept. Ce système des pupitres séparés, qui est maintenant généralement considéré comme le meilleur, et a été adopté presque partout, a reçu sa première application dans l'école de Quincy à Boston, en 1847. Les figures accompagnant ce mémoire, et représentant le rez-dechaussée de la maison d'école type et la forme des pupitres et des chaises, furent probablement les premiers modèles d'architecture scolaire qui aient été publiés en Amérique. L'association des instituteurs du comté d'Essex, au Massachusetts, fit paraître un essai sur le même sujet, renfermant, avec des conseils pratiques sur l'aménagement des écoles, des observations dignes d'attention adressées aux maîtres, touchant le devoir de veiller au bon état des locaux, et de les préserver de tous dégâts.
En 1838, M. Mann rédigea un rapport spécial sur les maisons d'école, qui reçut une grande publicité ; mais on n'y trouvait rien d'important qui n'eût déjà été dit dans les deux mémoires indiqués plus haut. Ce rapport, était accompagné de figures représentant le type d'une école-modèle urbaine; ce type offrait deux grands halls superposés, garnis chacun de doubles pupitres, pour 200 élèves, mais sans locaux spéciaux à chaque classe ; plus tard, on le modifia en y ajoutant de petites salles de récitation, dans lesquelles les diverses classes se rendaient à tour de rôle pour réciter leurs leçons ; puis enfin, ce type fut abandonné et remplacé presque partout par le modèle actuel, qui contient une salle de classe pour chaque maître.
Quelques années plus tard parut le volumineux ouvrage de Henry Barnard sur l'architecture scolaire, qui traite des négligences et des erreurs dans le choix de l'emplacement, la construction et l'ameublement des bâtiments scolaires, et des principes à suivre en cette matière ; il contient beaucoup de plans appropriés aux écoles de tous les degrés, des modèles de mobilier, d'utiles indications sur les systèmes de chauffage et de ventilation. Selon l'expression d'un éminent auteur étranger, a ce livre a inauguré un nouveau genre de littérature pédagogique >» ; il a grandement contribué à la révolution qui s'est accomplie dans la construction, l'ornementation et l'ameublement des édifices scolaires aux Etats-Unis. Plusieurs Etats en achetèrent un nombre considérable d'exemplaires pour les distribuer dans chaque district scolaire.
Depuis l'apparition de ce livre, plusieurs surintendants d'Etat ont rédigé sur le môme sujet des rapports destinés au public scolaire de leur ressort ; il faut citer, parmi ces écrits, un ouvrage complet et admirable, intitulé i Architecture scolaire en Pensylvanie, publié en 18.r>5 par les soins du gouvernement de cet Etat, et rédigé par réminent surintendant de l'instruction publique, Thomas St. Burrows. Il contient des règles, des plans
et des explications détaillées sur tout ce qui concerne l'emplacement, la construction, la distribution, le chauffage, la ventilation et l'ameublement des écoles primaires, dans les districts ruraux, les villages, les bourgs, et les villes granoos et petites. C'est à cet excellent manuel qu'on doit en grande partie les milliers de belles maisons d'école, bâties en pierre, en briques ou en bois, qui font l'ornement du paysage dans le grand Etat de Pensylvanie.
Dans ces dernières années, l'argent a été dépensé libéralement, presque avec prodigalité, pour élever des écoles sur tous les points du territoire de l'Union ; néanmoins il reste place encore pour des améliorations relativement au mode de chauffage, d'éclairage et de ventilation. Ces sujets ont attiré récemment l'attention des spécialistes, et nous pouvons espérer que d'importants progrès sortiront de leurs études.
Le double bâtiment neuf affecté aux deux High schools latine et anglaise à Boston, est remarquable par la combinaison des meilleurs traits empruntés aux maisons d'école de la France, de l'Allemagne et de l'Amérique. Toutes les classes ont la forme d'un carre long, l'estrade du professeur est placée à l'une des extrémités ; la lumière n'arrive aux élèves que par la gauche, toutes les fenêtres se trouvant sur un des côtés longs de la pièce.
Les limites de cet article ne nous permettent pas de faire l'historique spécial du développement de diverses autres parties du système scolaire ; par exemple, l'organisation des ressources financières ; la création d'écoles pour les aveugles, les sourds-muets, les idiots; les associations et les publications pédagogiques ; la multiplication et l'amélioration des livres classiques ; la fréquentation obligatoire des écoles et les lois pour la répression des absences ; les bibliothèques gratuites scolaires et populaires, etc.
II. Aperçu du système actuel d'écoles publiques gratuites. — A parler strictement, on ne peut pas dire que les Etats-Unis possèdent un système homogène d'écoles publiques, puisque chacun des 38 Etats et des 10 Territoires a son organisation particulière placée sous l'autorité absolue du gouvernement de l'Etat ou du Territoire ; l'intervention du gouvernement fédéral dans les affaires d'éducation se borne à encourager la fondation des écoles par la concession aux Etats de terres publiques affectées à cet objet, ainsi qu'à recueillir et à répandre des renseignements utiles, par l'intermédiaire du Bureau national d'éducation. Mais, si le mode d'organisation et d'administration dans les divers Etats n'est pas ideutique, il présente les mêmes caractères généraux, le même esprit, il tend partout au même but, et, à ce point de vue, on peut très justement parler du système scolaire des Etats-Unis. Il faut se rappeler, cependant, que les Etats du Sud sont, sous ce rapport, beaucoup moins avancés que ceux du Nord, bien que plusieurs d'entre eux aient fait depuis la guerre des progrès encourageants. Nous devons insister aussi sur ce point, que les subdivisions de chaque Etat, comtés, communes ou villes, considérées comme circonscriptions administratives, n'ont, en ce qui concerne les écoles, d'autre autorité que celle que l'Etat leur accorde, ni d'autres obligations que celles que l'Etat leur impose; l'autonomie dont elles jouissent prend toujours sa source dans des dispositions constitutionnelles ou législatives.
On peut caractériser de la manière suivante les fonctions respectives de l'Etat et des municipalités à l'égard des écoles publiques :
« L'Etat établit le système scolaire, désigne les divers genres d'écoles que doivent entretenir et administrer les autorités publiques, et parfois les principales branches de l'enseignement qui y scia donné ; il décide en quelle façon les districts sco-
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laires seront établis, subdivisés ou réunis à d'autres, et comment les taxes scolaires seront levées par eux ou pour eux; il détermine leur organisation, les attributions de leurs fonctionnaires, la manière de choisir ces derniers et la durée de leur office ; il fixe l'âge scolaire et les conditions de fréquentation des écoles ; et dans certains cas il prononce sur l'emploi des fonds scolaires provenant des subventions allouées par le gouvernement fédéral. Les municipalités organisent les districts scolaires conformément aux lois de l'Etat, élisent les fonctionnaires scolaires, imposent et perçoivent les taxes dont le produit est destiné aux écoles. Les fonctionnaires scolaires locaux examinent et nomment les instituteurs, et fixent le chiffre de leurs traitements, lorsqu'il n'en a pas été décidé autrement; ils font construire les maisons d'écoles, procurent ie matériel scolaire nécessaire, prescrivent les règlements à observer pour les études et la discipline, et administrent les écoles.»
C'est en exécution des volontés de la législature de chaque État que l'enseignement est organisé dans les écoles publiques. L'Etat commande; les corps constitués, dans chaque localité, quel que soit le titre qu'on leur donne, exécutent ce commandement ; et la surveillance générale du système est exercée par l'Etat.
Bureau national d'éducation à Washington. — Ce Bureau a été créé par un Act du Congrès, en date du 2 mars 1867. Ses attributions sont déterminées aans cet acte de la manière suivante: « Recueillir les faits et documents statistiques propres à faire connaître la situation et les progrès de l'éducation dans les Etats et Territoires ; et répandre dans le pays les informations relatives à l'organisation des écoles et aux méthodes d'enseignement qui pourront aider le peuple des Etats-Unis à établir et à maintenir un bon système d'écoles, ou servir autrement à la cause de l'éducation. »
Le Bureau n'est aucunement une agence administrative; il n'est revêtu d'aucune autorité sur la direction des écoles dans les divers Etats. Son action se borne à recueillir et à publier des renseignements, mais le champ de ses recherches n'est pas limité : aussi les publications du Bureau renferment-elles, à côté des rapports sur l'état de l'instruction publique aux Etats-Unis, de nombreux et utiles détails sur les méthodes employées et les résultats obtenus à l'étranger. Outre ses rapports annuels, le Bureau fait paraître des écrits portant le titre général de Circulaires de renseignements. Un des résultats de son activité a été la formation d'une bibliothèque pédagogique qui est peut-être la plus riche que l'on connaisse. Les ouvrages rassemblés sont, aussi promptement que le permettent le temps et les ressources dont le Bureau dispose, reliés, classés et disposés de façon à faciliter les recherches qu'on pourrait vouloir entreprendre. Le Bureau a créé un musée pédagogique , où sont exposés des modèles d'architecture, de mobilier et de matériel scolaire, ainsi que toute espèce d'appareils et d'instruments destinés à l'enseignement.
Le Bureau relève du département fédéral de l'intérieur ; il est composé d'un chef portant le titre de commissaire de l'éducation, nommé par le président des Etats-Unis sous réserve de l'approbation du Sénat, et d'un personnel de collaborateurs et d'employés choisis par ce commissaire. V Act en vertu duquel le Bureau a été établi prescrit au commissaire de présenter chaque année au Congrès un rapport contenant les résultats de ses travaux et de ses recherches, ainsi qu'un exposé des faits et des recommandations les plus propres, dans son opinion, à remplir le but pour
lequel le Bureau a été créé. Pour obéir à cotte règle, le premier commissaire, M. Henry Barnard, présenta un volumineux rapport, rempli de détails importants sur des sujets pédagogiques ; mais il n'avait eu ni le temps ni les moyens de réunir des renseignements permettant de présenter un tableau d'ensemble de la situation et les progrès de l'instruction dans tout le pays.
Le commissaire actuel, le général John Eaton, qui occupe ce poste depuis 1870 et y a fait preuve de beaucoup d'énergie et d'une grande sûreté de jugement, a fait paraître une série de rapports annuels sur l'enseignement public aux Etats-Unis à tous les degrés et dans toutes les branches ; il a publié, de plus, sous le titre de Circulaires de renseignements y de nombreuses brochures traitant de sujets spéciaux. La distribution de ces documents, imprimés aux frais du trésor public fédéral, se fait gratuitement dans le pays tout entier, ainsi qu'à l'étranger.
Tous les amis de l'instruction publique reconnaissent que le concours du Bureau d'éducation ne peut qu'être extrêmement utile au progrès de l'enseignement populaire ; et cependant une opposition systématique, qui appréhende à tort de le voir empiéter sur les « droits des Etats » et tendre à devenir une autorité centrale en matière d'enseignement, s'est manifestée contre lui jusqu'à présent au sein du Congres ; il en résulte que, faute d'une subvention suffisante, il n'a pu effectuer encore tout le bien qu'on en peut attendre.
Création et organisation des écoles. — L'Etat, après avoir désigné et établi les divers corps, municipaux ou autres, qui sont chargés de l'entretien et de la direction des écoles situées sur son territoire, leur impose un minimum d'obligations qui se rattachent à ces fonctions.
Le plus souvent, c'est à la commune (town) qu'est confiée la responsabilité de l'instruction publique ; du moins, il en est ainsi dans les Etats les plus avancés sous le rapport de l'enseignement, l'expérience ayant démontré que le district scolaire (c'est-à-dire la fraction de la commune dont la population forme le ressort d'une seule école) constitue une subdivision trop petite, tandis que le comté a une étendue trop considérable. Toutefois, dans quelques Etats, l'unité territoriale scolaire est appelée district, même lorsqu'elle embrasse une commune ou une ville tout entière. Les obligations essentielles auxquelles sont assujetties les communes (tow)is) consistent à établir et à maintenir en activité, durant six mois, plus ou moins, un nombre d'écoles élémentaires suffisant pour recevoir tous les enfants de la circonscription en âge de les fréquenter ; à n'employer que des maîtres pourvus de certificats d'aptitude ; et à veiller à ce qu'ils enseignent l'orthographe, la lecture, l'écriture, l'arithmétique, la grammaire, la géographie et l'histoire des Etats- Unis. Les autorités municipales sont tenues, en outre, de présenter au gouvernement de l'Etat des rapports statistiques et administratifs.
Quelques Etats ont ajouté au programme des études, à titre tantôt obligatoire, tantôt facultatif: l'algèbre, la musique vocale, l'agriculture, la physiologie et l'hygiène ; d'autres laissent aux conseils scolaires locaux la faculté de joindre aux branches obligatoires de l'enseignement celles qui leur paraîtront convenables. Il est probable aussi qu'il n'existe nulle part de restrictions apportées à l'augmentation éventuelle du nombre des mois formant l'année scolaire.
Ces mêmes obligations sont aussi imposées aux villes {cities), ainsi qu'aux bourgs et villages constitués en municipalités (incorporated villages and boroughs). La sanction de ces obligations est une amende ; mais il est bien rare que les me-
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sures coercitivcs deviennent nécessaires. Il arrive souvent, au contraire, que les communautés locales dépassent les bornes exigées par l'Etat pour l'organisation de l'instruction populaire, et cela à proportion que la richesse et l'intelligence y sont plus développées. Les communes et les villes ont le droit de s'imposer pour entretenir des écoles supérieures (high schools) ; aussi en trouve-t-on dans presque toutes les municipalités comptant plus de 4 000 habitants. Au Massachusetts, l'établissement des high schools est obligatoire dans toutes les communes contenant 500 familles ; on y enseigne l'histoire universelle, la tenue des livres, l'arpentage, la géométrie, la physique, la chimie, la botanique, la constitution de l'Etat et celle des Etats-Unis, et le latin. Dans les communes de 4 000 habitants et au-dessus , les maîtres des high schools doivent être capables d'enseigner, en outre, le grec et le français, l'astronomie, la géologie, la rhétorique, la logique, la psychologie, la morale et l'économie politique. Le nombre total des high schools, dans l'Etat de Massachusetts, est de 212, dont 43 sont entretenues par des communes qui n'y sont pas astreintes par la loi. Les municipalités possédant des high schools contiennent à peu près les neuf dixièmes de la population totale de cet Etat.
Les écoles rurales ne sont ordinairement pas divisées en classes séparées ; les élèves de tout âgo sont réunis dans la même salle et reçoivent l'enseignement du même maître. Dans les villes, au contraire, les écoles sont divisées en classes (graded), de manière que les élèves confiés à chaque maître soient à peu près de même âge et de même force. Dans ceux des villages où le nombre des maîtres attachés à l'école varie entre deux et cinq ou six, le système des classes graduées est mis en pratique autant qu'il «st possible, mais le classement des élèves est nécessairement plus imparfait que dans les villes.
Les écoles des villes et des villages restent ouvertes environ dix mois de l'année, tandis que celles des districts ruraux ne le sont guère plus de six mois en moyenne. Cet avantage et celui de la division en classes permettent évidemment aux premières d'obtenir un degré d'instruction beaucoup plus élevé.
Dans les écoles graduées, le cours d'instruction élémentaire est généralement divisé en huit degrés, comprenant huit années d'études, pour les enfants de 6 à 14 ans. Les trois ou quatre premiers degrés s'appellent classes primaires [primanj grades), et les autres classes de grammaire (grammar grades) ; ces deux divisions sont souvent désignées respectivement sous le nom d'écoles primaires et d'écoles de grammaire (primary schools et grammar schools). Les classes primaires et les classes de grammaire sont souvent réunies dans le même bâtiment, sous la direction du même principal. Mais, dans la ville de New-York, même quand les deux divisions sont réunies dans le même bâtiment, chacune d'elles a un principal particulier. A Boston, par contre, quoique les locaux puissent être distincts, un seul principal dirige la division primaire et la division de grammaire.
La durée des études dans les high schools varie de trois à cinq ans ; elle est le plus souvent de trois ans. 11 est de règle que les élèves ne peuvent y être admis qu'après avoir suivi avec fruit le cours complet d'enseignement prescrit pour la grammar school.
Nulle part les écoles enfantines [infant schools) ne font partie du système d'instruction publique, si ce n'est peut-être à Saint-Louis, où la municipalité entretient un certain nombre de jardins d'enfants.
1re Partie.
De nombreuses écoles du soir, du degré élémentaire ou supérieur, sont entretenues aux frais des contribuables. Dans un Etat au moins, la loi oblige les villes et communes de 10 000 habitants à entretenir des classes du soir pour le dessin industriel.
Toute personne a le droit d'ouvrir des écoles privées; l'Etat n'exerce sur ces établissements aucune surveillance, et se contente de leur demander chaque année un simple rapportstatistique.
Les divers Etats pourvoient aussi libéralement à l'établissement et à l'entretien d'écoles spéciales pour l'instruction des aveugles, des sourds-muets et des idiots.
Les écoles normales, qui forment aujourd'hui une partie indispensable du système d'enseignement public, se sont multipliées rapidement dans les dernières années. En 1870, il y en avait 53, et en 1880 le nombre s'en était élevé à 220 (100 publiques, 114 privées). Mais il existe entre les Etats des différences sensibles, quant aux sommes consacrées aux institutions de cette espèce. L Etat et la ville de New-York donnent ensemble pour cet objet 231 000 dollars par an, tandis que le grand Etat d'Ohio ne donne absolument rien, quoique le système scolaire de cet Etat puisse être rangé, sous beaucoup de rapports, au nombre des meilleurs; plusieurs des villes de l'Ohio entretiennent des écoles normales municipales, et il y existe aussi plusieurs bonnes écoles normales privées.
Administration des écoles. — Comme il n'y a pas deux Etats où le système d'administration des écoles soit identique, et comme il serait impossible de les décrire tous, il est nécessaire, afin de donner une idée générale de la manière dont sont dirigées les affaires de l'instruction publique, de présenter au lecteur, non pas le tableau de l'une des organisations existantes, mais un type comprenant les traits essentiels des systèmes dominants, c'est-à-dire de ceux qui sont appliqués dans le plus grand nombre d Etats ; en un mot, un type général. Cela fait, il ne sera pas difficile d'indiquer les points caractéristiques par lesquels certains Etats s'écartent de ce type, selon que leur système d'organisation lui est supérieur ou inférieur.
Le corps des fonctionnaires scolaires est composé de la manière suivante :
1° Un surintendant d'Etat de l'instruction publique (State superintendent of public i?is truc (ion), élu par le peuple ou nommé par les autorités de l'État pour un terme de quatre ans ;
2° Un conseil d'éducation de l'État (State Boardof Education) composé du gouverneur de l'État, du surintendant d'État, et de trois des principaux fonctionnaires civils de l'État ;
3° Des surintendants de comté (county superintendents) élus par le peuple pour le terme de deux ans;
4° Dans chaque commune (town), des trustées ou administrateurs au nombre de trois, élus par le peuple pour le terme de trois ans, chaque année l'un des trustées en fonction sortant de charge ;
5° Dans chaque district (district), des directeurs (directors) au nombre de trois, élus par le peuple pour le terme de trois ans, chaque année l'un des directeurs en fonction sortant de charge;
6° Dans chaque ville (city), un conseil d'éducation (city boardof éducation), composé de vingtquatre membres, érus par le peuple pour le terme de trois ans, et renouvelables par tiers chaque année;
1° Dans chaque ville, outre le conseil d'éd cation, un surintendant [city superi?itendent) élu par ce conseil pour le terme de trois ans.
Le mode d'élection et la durée du mandat des personnes chargées de veiller aux intérêts de refit
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ducation publique, constituent sans contredit le problème le plus important et le plus difficile à résoudre que soulève aux États-Unis la question de l'enseignement. Si l'on pouvait arriver à faire confier toujours cet emploi aux hommes les plus capables, on aurait certainement assuré la réalisation de la plus grande somme de progrès possible, et tel est sans nul doute l'idéal que doit se proposer tout gouvernement en matière d'éducaiion. Dans les tentatives faites depuis un demi-siècle pour résoudre ce problème, les États et les municipalités ont fait de nombreuses expériences, d'où l'on peut tirer deux leçons instructives :
1» Il est maintenant évident à tous les yeux que là où les écoles ont été livrées exclusivement à l'autorité des districts scolaires — subdivisions des communes (towns), — sans contrôle ni direction de la part des autorités supérieures de la commune, du comté ou de l'État, c'est-à-dire là où la décentralisation a été poussée le plus loin, les résultats ont été les moins satisfaisants;
2° Il n'est pas moins évident, en ce qui concerne les fonctionnaires de l'enseignement, particulièrement ceux de l'ordre supérieur, que ce sont ceux qui ont été élus par le vote populaire, et pour de courtes périodes, qui ont rendu le moins de services. Et cela pour deux raisons : d'abord, les fonctionnaires ainsi élus ont trop souvent été choisis sans qu'on eût suffisamment égard à leurs aptitudes; ensuite, quelque capables qu'ils pussent être, la trop courte durée de leurs fonctions a paralysé en grande partie leurs efforts. Du reste, on ne peut nier qu'aux États Unis, où règne sans partage la démocratie, et où d'autre part certaines régions comptent encore une grande proportion d'électeurs peu éclairés, l'excès de la centralisation ne présente moins de dangers que lexcès contraire.
La condition même des choses rendit presque partout nécessaire, lors du premier établissement des écoles, d'avoir recours au mécanisme très simple qu'offrait le système de la plus complète décentralisation. Dans les plus anciens Etats, ce fut la commune d'abord, et plus tard le district, qui eut la direction des écoles ; dans les Etats de formation récente, on s'en remit généralement aux districts. Depuis le début de l'ère des réformes, la plupart des progrès accomplis ont été dus à un accroissement de centralisation dans l'administration. Peut-être n'existe-t-il encore aucun Etat de l'Union où le système soit suffisamment centralisé. D'autre part, si les écoles avaient à l'origine été fondées et administrées par une autorité centrale, il est probable que le procès de leur développement aurait nécessairement exigé, dans une certaine mesure, l'application du principe de coopération locale et d'autonomie. L'expérience seule peut déterminer suivant quelle proportion l'autorité et la responsabilité devraient être réparties, d'après la situation particulière de chaque Etat. Quelques Etats ont conservé le système fâcheux de l'élection biennale du surintendant par le suffrage universel, ce qui ôte à ce fonctionnaire toute possibilité de se rendre vraiment utile.
La Pensylvanie nous paraît avoir réussi à combiner heureusement l'action directe du peuple avec celle de l'autorité centrale, tant en ce qui concerne le mode d'élection des fonctionnaires, que la délimitation de leurs devoirs. Le surintendant d'État est nommé par le gouverneur pour quatre ans; les surintendants àe comté sont élus pour trois ans par des conventions de délégués représentant les conseils scolaires communaux {town boards) de chaque comté; enfin, les membres de ces conseils scolaires communaux, au nombre de six pour chaque conseil, sont élus par le peuple, et restent en fonctions trois ans, deux d'entre eux étant remplacés chaque année. Cet Eut n'a pas Ho
districts dans le sens où ce mot a été employé plus haut; chaque commune (tow?i), bourg (6orough) ou ville [city) y forme un district scolaire.
Si l'organisation scolaire de la Pensylvanie est parvenue à un haut point de perfection, il faut l'attribuer aux réformes dues à la sagesse et à l'esprit pratique du surintendant d'État, M. J* P. Wickersham. Voici comment ce fonctionnaire parle de l'élection des conseils scolaires communaux par le peuple dans son Manuel de lois et décisions scolaires : « Le choix des conseils scolaires est un des devoirs les plus importants qu'un citoyen puisse être appelé à remplir, puisqu'il constitue la délégation à d'autres de son autorité et de ses droits paternels, en ce qui concerne la culture que ses enfants reçoivent dans l'école. Il ne s'agit pas seulement d'élire des agents chargésde lever des impôts, de louer ou de laire bâtir des maisons d'école, mais de choisir ceux qui, par le moyen des écoles, formeront l'intelligence et le cœur de la génération naissante. Les citoyens, et comme pères et comme patriotes, devraient donc toujours veiller à ce que cet emploi ne fût confié qu'à des hommes capables. Il faudrait avoir égard au passé, en réélisant les conseillers qui se seraient acquittés de leurs devoirs fidèlement et consciencieusement; il ne faudrait pas moins avoir en vue la question sérieuse de l'avenir, et ne jamais permettre qu'aucune considération politique ou autre servît de prétexte pour introduire, dans ce poste capital, des gens qui n'en seraient pas dignes. »
Dans l'ordre historique, l'institution des surintendants de comté est d'une date postérieure à celle des surintendants d'Etat. Cet organe intermédiaire entre l'autorité de l'Etat et l'autorité municipale a été d'une grande utilité, et on le regarde aujourd'hui comme indispensable au bon fonctionnement d'un système complet d'administration scolaire. Touteîois, on n'a pas su en tirer tous les services qu'on peut en attendre : lorsque le surintendant de comté est élu par le vote populaire, et que la durée de ses fonctions est restreinte au terme de deux ans, les résultats ont laissé beaucoup à désirer. C'est la Pensylvanie qui présente, croyonsnous, les conditions les plus satisfaisantes sous ce rapport.
Au Massachusetts, le fonctionnaire chargé de représenter l'Etat dans le domaine de l'instruction publique est nommé pour le conseil d'éducation de l'Etat, en réalité par une période indéterminée, quoique chaque année il soit soumis pour la forme à une nouvelle élection. Ce poste n'a été occupé que par quatre titulaires en quarante ans : aucun autre Etat n'offre un pareil exemple de stabilité dans l'exercice de ces hautes fonctions. Les conseils communaux d'administration des écoles,, appelés comités scolaires {school commit tees), y sont bien organisés; ils sont formés, suivant les besoins de la commune, de trois, six ou neuf membres nommés pour trois ans par le peuple. Mais il reste, pour compléter l'organisation administrative, à créer au Massachusetts l'institution des surintendants de comté. Cette lacune se retrouve dans tous les Etats de la Nouvelle-Angleterre ; dans quelques-uns, cependant, l'institution a fonctionné durant un certain temps, mais peutêtre dans des conditions trop peu favorables pour que cette tentative réussît. Du reste, le besoin de cette institution se fait moins sentir dans cette région que dans d'autres, vu la composition généralement excellente des comités scolaires municipaux.
Dans les villes (cities), les conseils scolaires,, quel que soit le nom qu'on leur donne et de quelques pouvoirs qu'ils soient revêtus, sont ordinairement établis en vertu des dispositions contenuesdans les chartes d'incorporation de ces villes, ou
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de statuts spéciaux qui leur sont appliques d'après le rang qu'elles occupent sous le rapport du cliiflYe de la population. Quelques-unes des plus considérables, comme New-York et Philadelphie, possèdent, outre le conseil scolaire de la cité, des comités de quartier correspondant aux comités des districts scolaires des comtés.
Les conseils scolaires des villes sont généralement élus par le peuple pour deux ou trois ans, sauf dans quelques grandes villes où, ce système n'ayant pas réussi, on y a substitué la nomination par le maire, par les juges des cours de justice ou par le conseil municipal. Le nombre des membres des conseils scolaires varie de six à cinquante.
Les surintendants des villes sont élus pour un ou deux ans, par les conseils scolaires.
La direction effective des écoles est tout entière entre les mains des conseils scolaires des villes et des communes, dont les pouvoirs et les obligations sont réglés par la loi. Excepté dans les Etats où les districts conservent un certain degré d'autonomie, c'est le conseil scolaire municipal qui loue ou fait construire les maisons d'école, qui choisit les maîtres, prescrit les cours d'études et le classement des élèves, choisit les livres classiques et fait tous les règlements relatifs à l'administration des écoles. Le conseil d'éducation de l'Etat n'a généralement qu'une autorité très limitée; nulle part il n'exerce un pouvoir dirigeant; ses attributions principales sont l'administration des écoles normales de l'Etat, ainsi que du fonds scolaire de l'Etat ; il aide en outre le surintendant d'Etat de ses conseils et de son appui.
En règle générale, les surintendants d'Etat, de comtés ou de villes, ne sont investis que de pouvoirs très restreints; on leur demande d'agir plutôt par leurs conseils et leur influence que par leur autorité. Ils exercent, il est vrai, dans une certaine limite, des fonctions executives et dirigeantes; et il y a une tendance à accroître leurs attributions sous ce rapport. Les surintendants des villes examinent les instituteurs, soit seuls, soit avec l'assistance d'autres examinateurs; ils inspectent les écoles, veillent au choix des bonnes méthodes, et exercent d'une façon générale les attributions que leur délèguent les conseils scolaires. Les surintendants de comtés examinent également les instituteurs, inspectent les écoles, président des assemblées d'instituteurs, de membres des conseils scolaires municipaux, ou de citoyens en général, où sont discutées des questions pédagogiques. Us reçoivent les rapports des municipalités qu'ils transmettent au surintendant d'Etat. Ce dernier a la surveillance des actes des surintendants de comté ; dans quelques Etats, en Pensylvanie par exemple, il a le droit de les révoquer et de pourvoir temporairement à leur remplacement. Il donne son avis aux administrations locales pour l'interprétation et l'application des lois scolaires, et décide en dernier ressort lorsqu'il s'élève quelque contestation au sujet de leur exécution. Il répartit et distribue entre les comtés et les municipalités les subventions de l'Etat et le produit du fonds scolaire. Il est tenu de visiter quelques-unes des écoles de chaque partie de l'Etat, afin de s'assurer personnellement de la situation et des progrès de l'organisation scolaire ; d'assister, autant que possible, aux réunions d'instituteurs qui ont lieu dans chaque comté ; et généralement ces fonctionnaires profitent de l'occasion que peuvent leur offrir les assemblées populaires pour communiquer directement avec les citoyens et chercher ainsi à agir sur l'opinion publique. Mais c'est surtout dans le domaine de la législation scolaire que l'action des surintendants d'Etat a été efficace et profitable ;
c'est à leurs efforts que l'on doit en grande partie les améliorations législatives réalisées depuis quarante ans dans l'organisation des écoles.
Comme on le comprendra aisément, la condition des écoles des villes est relativement beaucoup plus satisfaisante que celle des écoles des campagnes ; et ce résultat est dû surtout à la surveillance plus efficace exercée sur les écoles des villes, giàce au ministère des surintendants. Depuis bien des années, toutes les grandes villes possèdent an fonctionnaire de ce genre; il n'y a qu'une exception remarquable, celle de Philadelphie; aussi cette ville passe-t-elle pour s'être laissé distancer par les autres sous le rapport du progrès scolaire. Même les plus petites villes, celles qui ne comptent pas plus de huit ou dix mille habitants, possèdent généralement un surintendant. Les attributions de ce fonctionnaire varient beaucoup selon l'importance de la cité. Dans les petites villes, il s'occupe ordinairement de tous les détails de l'administration, fait" les achats de combustible, veille aux réparations des bâtiments, examine les candidats à l'emploi d'instituteur, visite les écoles, engage les instituteurs et prépare leurs feuilles d'émargement, etc.; mais toujours sous l'autorité et la direction du conseil scolaire. Dans les grandes villes, ses fonctions ont un caractère plus général, les détails d'administration étant confiés à d'autres fonctionnaires. Dans certains cas, il a un ou plusieurs auxiliaires ; à New-York, le nombre de ces derniers est de sept.
De même que, dans le domaine de l'Etat, les services du surintendant consistent principalement dans la direction qu'il réussit à donner à l'action législative, de même l'expérience a prouvé que le plus grand service que puissent rendre les surintendants des villes consiste à diriger dans la bonne voie l'action des conseils scolaires.
L'énumération des attributions des surintendants de la ville deWashington (qui sont au nombre de deux, l'un pour les écoles blanches, l'autre pour les écoles de couleur) peut servir a donner une idée générale de la mission confiée à ces fonctionnaires. « Ils devront veiller à ce que les règlements soient fidèlement observés; donner aux instituteurs les conseils, les instructions et l'assistance qui leur seront nécessaires ; signaler aux divers sous-comités, avec leurs observations,les instituteurs qui se montreraient incapables, négligents, ou peu disposés à écouter leurs instructions ou à obéir aux règles établies par le conseil ; ils pourront aussi, quand ils le jugeront utile, et avec le consentement du comité des réunions, convoquer des réunions d'instituteurs destinées à favoriser les progrès et l'instruction de ces derniers; mais ces réunions ne pourront pas avoir lieu plus de trois fois en quatre semaines. Us veilleront à ce que les instituteurs soient munis des registres et des formulaires adoptés par le conseil, et à ce que ces registres soient tenus soigneusement; et, sous la direction du comité du rapport annuel, ils auront la garde de tous les registres et rapports présentés au conseil, et rempliront les fonctions de bibliothécaires. Au mois d'août de chaque année, ils rendront compte au conseil de la condition, des progrès et de la statistique des écoles, et ils recommanderont lorsqu'ils le jugeront à propos les mesures qui leur paraîtront convenables. Ils auront au même titre que les instituteurs le droit de renvoyer les élèves. Ils tiendront un registre des noms et des adresses de tous les candidats à l'emploi d'instituteur, en y ajoutant tous les renseignements qu'ils posséderont au sujet des aptitudes de ces candidats, et ce registre sera toujours ouvert à l'inspection des membres du conseil. »
On trouve fréquemment mentionnées, parmi les
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devoirs d'un surintendant, les deux obligations importantes qui suivent:
1° 11 doit s'appliquer à l'étude du système scolaire et se tenir au courant des progrès de l'instruction et de la discipline dans d'autres localités, afin d'être en état de suggérer des mesures utiles au progrès des écoles publiques de la ville;
2° Il doit rechercher le nombre et la condition des enfants de la ville qui ne profitent pas des avantages offerts par les écoles publiques ; il s'efforcera de connaître les raisons de cette négligence et d'y porter remède.
Rapports. — Comme les progrès de l'instruction aux Etats-Unis dépendent de l'opinion publique, on a donné un développement considérable aux moyens propres à instruire et à éclairer la population sur cette matière. Les conseils scolaires et les surintendants des communes, des villes, des comtés et des Etats, sont tenus de rédiger des rapports annuels détaillés; quelques surintendants de villes doivent en outre présenter des rapports trimestriels ou semestriels. Tous ces rapports, qui renferment non seulement des renseignements de statistique, mais des faits, des discussions et des suggestions sur tous les sujets qui touchent aux intérêts des écoles, sont imprimés à grand nombre et distribués gratuitement. C'est plutôt dans ces rapports officiels (dont beaucoup sont très étendus) que dans des livres publiés par le commerce, qu'il faut chercher ce qui a été écrit jusqu'ici de plus important aux Etats- Unis sur les questions pédagogiques. Au Massachusetts, on exige des conseils scolaires des communes et des villes un rapport annuel sur la condition des écoles, imprimé dans une forme déterminée. Voici le texte de la disposition légale relative à cette obligation : o Le conseil scolaire local (school committee) fera chaque année un rapport détaillé sur la condition des diverses écoles publiques, lequel contiendra telles informations et suggestions que le conseil jugera nécessaires ou utiles aux intérêts de ces écoles. Le conseil fera imprimer ledit rapport pour l'usage des habitants, en une brochure in-8°, du même format que les rapports annuels du conseil d'éducation de l'Etat {State Board of Education) ; il en enverra deux exemplaires au secrétaire de ce conseil (fonctionnaire qui remplit au Massachusetts les fonctions de surintendant d'Etat), le dernier jour d'avril au plus tard, et en déposera un autre exemplaire au secrétariat de la ville ou de la commune. » L'Etat compte 326 communes (towns) et 18 villes (cities); les rapports émanant de ces 344 municipalités en une seule année forment, reliés ensemble, douze volumes d'environ 500 pages chacun. M. Mann, parlant il y a trente ans des rapports scolaires municipaux de cet Etat, après avoir décrit la manière dont les membres des conseils s'instruisent des intérêts des écoles qui leur sont confiées, ajoute : « C'est après avoir recueilli ces informations qu'un conseil consciencieux se réunit pour délibérer sur le rapport qu'il doit présenter et en préparer la rédaction. Il distribue des louanges ou des censures personnelles ; il indique les défauts et les améliorations possibles des méthodes et des systèmes ; il rend compte des résultats des expériences tentées, qu'elles aient réussi ou non ; il propose des changements ou donne son avis motivé pour le maintien des usages existants; en un mot, s'étant formé une opinion par le moyen de l'expérience, de l'observation et de l'étude, il s'efforce de faire passer cette opinion de la théorie dans la pratique. Un mérite essentiel de la plupart de ces rapports, et qui doit être signalé, c'est qu'ils ontéloquemment mis en relief les grands et permanents intérêts liés à la question des écoles publiques: non pas qu'on y trouve de brillantes déclamations ni des ar-
tifices de rhétorique; mais ils ont fait pénétrer par un effort soutenu dans l'esprit du public les hautes pensées qui se rattachent à ce grand sujet, de sorte que beaucoup de citoyens qui autrefois considéraient notre système scolaire comme une institution inutile ou même oppressive, en sont venus aie regarder comme la seule sauvegarde do la liberté, de l'ordre et de la loi. Dans la mesure où une société a su apprécier l'importance des écoles, cette société elle-même s'est élevée à un degré supérieur de civilisation. » Ce grand éducateur travailla surtout à développer l'action des conseils scolaires municipaux, parce qu'il comptait uniquement sur leur concours pour l'administration et l'inspection des écoles. Il ne paraît pas avoir eu le pressentiment des résultats que pouvait produire l'institution des surintendants de comté, qui alors existait à peine ; c'est pourtant grâce à ce nouvel organe que s'est effectuée depuis, sur d'autres points de l'Union, et surtout dans les Etats les plus récents, une grande portion des progrès que M. Mann attendait de l'action des conseils scolaires municipaux du Massachusetts.
Ce sont ces fonctionnaires locaux, tant des communes que des comtés, qui réunissent la plus grande partie des matériaux grâce auxquels les surintendants d'Etat peuvent rédiger leurs rapports annuels, en y ajoutant, bien entendu, leurs propres suggestions et leurs commentaires. Ces rapports généraux sont ensuite distribués aux fonctionnaires locaux, leur fournissant en retour des matériaux pour leurs rapports ultérieurs. C'est ainsi que « la lumière émanant de chaque commune est concentrée sur un foyer, lequel en renvoie toute la clarté à chacun des points qui en avaient fourni, dans le principe, les rayons séparés. »
Instruction gratuite. — L'instruction est absolument gratuite dans les écoles publiques de tout degré et de tout genre, et dans tous les Etats de l'Union. Nous avons vu de quelle manière, à quelle époque déjà ancienne, et avec quels résultats fut donné l'exemple d'établir par la loi un système régulier d'écoles publiques gratuites. Mais ce principe, qui est devenu le trait caractéristique de l'organisation scolaire en Amérique, ne fut pas promptement adopté partout; il eut à lutter contre des obstacles formidables: les préjugés aristocratiques, les intérêts des sectes, toujours opposées à l'intervention financière de l'Etat en faveur des écoles publiques, l'égoisme à courte vue des capitalistes, l'ignorance des classes mêmes auxquelles cette réforme devait être le plus profitable, et les opinions erronées de beaucoup de partisans sincères de l'éducation populaire. Voilà pourquoi plusieurs Etats introduisirent dans leur système la rétribution scolaire [school fee ou rate MU). Les expériences faites, dans des circonstances très diverses, ont prouvé que cet expédient était une erreur regrettable; il a été totalement aboli, grâce aux progrès qu'a faits sur la question de l'instruction l'opinion du public (c'est-à-dire de la grande masse des électeurs), qui a peu à peu reconnu et adopté le grand principe de la démocratie républicaine : « que le droit indiscutable et le devoir impérieux de l'Etat est de pourvoir à l'instruction gratuite de tous les jeunes gens, et que chacun, à cet effet, doit être imposé proportionnellement à sa fortune, qu'il ait ou non des enfants à faire instruire dans les écoles pour lesquelles il paie. »
Les adversaires de l'instruction gratuite, battus sur le terrain de l'enseignement élémentaire, essaient de maintenir au moins leurs positions sur le terrain de l'enseignement secondaire et supérieur, et prétendent que le devoir de l'Etat ne s'étend pas à ces deux ordres d'enseignement. Mais le développement rapide du système des liiqh schools
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gratuites, par l'action volontaire de la population dans chaque démocratie locale, ne semble pas indiquer une tendance à rétrograder sur ce point. Les high schools gratuites sont une institution éminemment démocratique, et la libéralité avec laquelle elles sont entretenues est proportionnelle (comme c'est le cas pour les écoles élémentaires) aux ressources et à l'intelligence des diverses localités.
Le rate bill ou la rétribution scolaire existait encore dans quelques Etats il y a dix ou douze ans; New-York et le Gonnecticut furent parmi les derniers à l'abolir. Dans le second de ces Etats, qui n'a qu'une population relativement peu nombreuse, il fut constaté que la faible rétribution exigée des élèves avait retenu loin des écoles 11 000 enfants. A New-York, le rate bill fut aboli en 1867; on estime à 22 000 enfants pour la première année, 50 000 pour la deuxième, et 78 000 pour la troisième, l'augmentation du nombre d'élèves que produisit cette mesure : le montant moyen annuel de la rétribution perçue avait été de 2 dollars 75 cents par élève. En Californie, la même mesure, adoptée presque en même temps, donna des résultats identiques. L'expérience a donc complètement démontré l'accord qui existe entre la théorie et la pratique du système de la gratuité.
Entretien des écoles. — Les ressources des écoles, dans les divers États, peuvent être classées en trois catégories :
1° Fonds scolaire de l'Etat, dont le revenu est affecté à l'encouragement ou à l'entretien des écoles publiques ;
2° Impôt d'Etat, levé sur les contribuables de l'Etat, en vertu d'une décision de la législature;
3° Taxes locales, levées sur les contribuables municipaux, soit en vertu d'un vote direct de la population, soit en vertu d'une décision des représentants de cette population, tels que les conseils municipaux.
La proportion dans laquelle ces trois sources de revenus contribuent à l'entretien des écoles n'est pas la même pour tous les Etats ; dans quelques-uns, le fonds scolaire est considérable, tandis que dans d'autres il est presque insignifiant : celui de l'Indiana s'élève à 9 millions de dollars, produisant un revenu de 600 000 dollars ; celui du Maine est à peine de 500 000 dollars, et le revenu, de 24 000 dollars. Dans l'Etat de New-York, la somme annuelle prélevée sur le produit de l'impôt d'Etat est d'environ 3 millions de dollars, tandis que d'autres Etats ne demandent rien à l'impôt pour cet objet. En Pensylvanie, le produit des taxes locales s'élève à 8 millions de dollars par an ; au Mississipi, elles n'existent pas.
L'histoire dos revenus scolaires nous fait constater une tendance à, combiner ces trois catégories de recettes, mais non pas suivant un rapport déterminé. On semble pourtant être à peu près partout d'accord pour considérer les taxes locales comme devant constituer la source principale des revenus scolaires ; ce qui ne dispense pas l'Etat d'y ajouter, soit sous la forme du produit d'un fonds scolaire permanent, soit en ayant recours à l'impôt, une forte subvention, destinée à égaliser les charges et les bienfaits de l'instruction publique, à encourager et a stimuler les sacrifices que s'imposent les diverses communes, et à assurer l'accomplissement exact des prescriptions des lois scolaires.
11 existe en général des fonds permanents, dont le revenu est employé pour les besoins des écoles, le capital demeurant intact. La plupart de ces fonds proviennent de dons nationaux en terres ou en argent, et de subsides accordés de temps à
autre par le3 législatures des Etats. Nous avons déjà indiqué l'origine des dons de terrains faits par le Congrès. Voici un sommaire du montant des diverses subventions fédérales en faveur de l'instruction publique :