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suivant leur ordre alphabétique, la commune cheflieu de canton placée en tête ; le nom des maîtres, leurs titres de capacité, leur traitement, etc., le chiffre des enfants recensés et des élèves inscrits à, l'école sont portés dans les diverses colonnes de ces états, dont la circulaire ministérielle du 20 août 1879 a modifié les cadres en les divisant en trois séries : Ecoles publiques, Ecoles libres, Ecoles maternelles.
Aux termes de la môme circulaire, l'année civile cède la place à l'année scolaire comme base des états de situation, c'est-à-dire que le chiffre des inscriptions à l'école est compté, non plus du l*r janvier au 31 décembre, mais de la rentrée aux vacances.
Les inspecteurs primaires doivent envoyer leurs états signés à l'inspecteur d'académie avant le
30 septembre. Ce fonctionnaire s'assure qu'ils sont exactement remplis, et les fait compléter ou rectifier au besoin ; puis à l'aide du tableau récapitulatif annexé par chaque inspecteur primaire à l'état de sa circonscription, il dresse lui-même la récapitulation générale pour tout le département. Un double de ces états est remis, le 30 octobre au plus tard, au préfet qui les adresse au ministère de l'instruction publique.
Ce travail, qui sert maintenant à l'établissement de la statistique annuelle, doit être fait avec la plus grande précision. Il faut qu'en ouvrant les états de situation de chaque département on puisse se rendre un compte exact de l'état de l'instruction primaire aux différents points de vue signalés par chacune des colonnes.
Nous donnons à la page précédente le modèle de l'état de situation n° 1 (écoles publiques). Les états noi 2 et 3 ne sont que des réductions du n° 1, appropriées chacune à une catégorie spéciale de maîtres e; d'élèves.
ÉTATS DE SITUATION ET COMPTE D'EXER- CICE DES ÉCOLES NORMALES. — TOUS les ans, dans les dix premiers jours de janvier, l'économe soumet à la commission de surveillance, en triple expédition, l'état de situation de la caisse et l'état de situation du magasin pour l'année précédente. Le président de la commission adresse les trois expéditions de ces deux états au recteur de l'académie avant le 20 janvier, avec un extrait de la délibération qui a été prise à ce sujet. Avant le 1er février, le recteur en envoie une expédition au ministre et une autre au préfet, avec ses observations personnelles. La troisième reste déposée dans les archives de l'académie. (Décret du 1er août 1881, art. 44.)
L'état de situation de la caisse présente le résumé de toutes les opérations de caisse de l'année qui ont été inscrites au journal de caisse ; il constate les valeurs qui se trouvaient en caisse au
31 décembre de l'année précédente, le montant par chapitres de toutes les sommes reçues et payées pendant le cours de l'année, et les valeurs restant en caisse à la fin de l'année (art. 45).
L'état de situation du magasin présente le résumé du mouvement des approvisionnements de Tannée, qui ont été inscrits au livre du magasin ; il constate la valeur totale des approvisionnements qui se trouvaient en magasin au 31 décembre de l'année précédente, la valeur par chapitre des denrées qui sont entrées dans le magasin et qui en sont sorties pendant le cours de l'année, la valeur totale des approvisionnements restant en magasin à la fin do l'année. Les produits du jardin et dos propriétés consommés en nature forment un article spécial de l'état de situation du magasin (art. 46).
Tous les ans, dans la première quinzaine de juin, l'économe présente à l'ordonnateur des dépenses le compte de l'exercice qui vient de se clore le 31 mai, et y joint les pièces justificatives
des dépenses ; ce compte est dressé en triple expédition. Il présente le détail des opérations de l'exercice seulement; il établit, par le relové des états de présence, les droits acqu.s au profit de l'école; il présente, par chapitre, les sommes à recouvrer et les sommes à payer, et, dans chaqae chapitre, par année distincte, les recouvrements et les paiements effectués, ainsi que les sommes restant à recouvrer ou à payer en fin d'exercice. Les diverses opérations de caisse y sont résumées dans des tableaux récapitulatifs, dont le dernier présente la dépense nette de l'exercice. La balance de l'exercice, en excédant ou en déficit, est établie par la comparaison de la recette et de la dépense nette. Deux tableaux complémentaires, placés l'un au commencement, l'autre à la fin du compte, offrent le résumé général de la situation financière de l'école au 31 mai de l'année précédente et au 31 mai de l'année courante. Cette situation est établie en actif et en passif. L'actif se compose : 1° de l'excédent des recouvrements sur les paiements, tant de l'exercice auquel s'applique le compte que des exercices antérieurs ; 2° du montant des créances; 3° de la valeur des approvisionnements en magasin ; 4° du solde en caisse. Les capitaux placés en rente sur l'Etat, ou employés à des acquisitions et réparations extraordinaires, ne sont rappelés que pour mémoire ; ils ne font pas partie de l'actif. Le passif se compose du montant des dettes de l'école (art. 47).
L'ordonnateur des dépenses soumet le compta de l'exercice à l'approbation de la commission de surveillance, le 30 juin au plus tard, et l'accompagne d'un rapport détaillé sur les diverses parties du service. Il constate, dans ce rapport, l'exactitude et la régularité des recettes, et fournit des explications sur les sommes restant à. recouvrer et sur les causes du retard dans le recouvrement. Il examine successivement les diverses consommations, les compare avec celles de l'exercice précédent; il en explique les différences et indique les améliorations introduites ou à introduire (art. 48).
La commission de surveillance prend une délibération sur le compte qui lui est soumis par l'ordonnateur des dépenses. Le résultat de sa délibération est adressé par le président, le 5 juillet au plus tard, au recteur de l'académie, avec trois expéditions du compte et les pièces à l'appui (art. 49).
Le recteur transmet, avant le 15 juillet, une de ces expéditions au préfet et l'autre au ministre ; il y joint ses observations personnelles (art. 50).
V. Approvisionnements , Apurement des comptes, Boni, Budget des écoles normales, Chauffage, Commissions de surveillance, Normales (Ecoles).
[E. de Resbecq.]
ÉTATS-UNIS. — Préliminaires. — Le gouvernement fédéral, aux Etats-Unis, n'a qu'une autorité limitée ; tous les pouvoirs qui ne lui sont pas expressément délégués par la constitution sont réservés aux Etats particuliers ou au peuple. Au nombre des droits ainsi réservés lors de l'établissement de la constitution fédérale se trouve la direction de l'instruction publique. Celle-ci appartient aux Etats. Les gouvernements de ces divers Etats néanmoins n'exercent pas tous la môme autorité sur l'enseignement public, la population de chacun d'eux n'ayant délégué à. son gouvernement respectif que la somme de pouvoirs qui lui a paru convenable.
Chaque Etat se subdivise en comtés ; ces circonscriptions administratives sont placées sous l'autorité des législatures d'Etat, dont elles tirent tous leurs pouvoirs, tant en ce qui concerne les écoles que pour toutes les autres affaires. Il en est de même des communes (toicns ou toiv?iships), qui sont des subdivisions du comté. Les fonctions du
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comté et. de la commune en matière de politique et d'enseignement varient sensiblement suivant les Etats. Dans ceux de la Nouvelle-Angleterre, où la commune formait à l'origine une unité politique, celle-ci possède une autonomie très étendue, le comté n'étant qu'une agrégation de communes réunies seulement par un lien judiciaire. Dans ceux du centre et de l'ouest, la commune conserve encore une large part d'autonomie, mais elle est, sur beaucoup de points, subordonnée au comté. Enfin, dans la plupart des Etats du sud, la commune ne possède aucune autorité propre, pas plus en matière d'enseignement qu'en tout autre domaine; elle n'est qu'une simple subdivision géographique du comté.
I. — Aperçu historique. — PÉRIODE COLONIALE (1635-17 76). — Aucune portion de l'histoire de l'enseignement public n'est plus intéressante ou plus utile que celle de ses lointaines et obscures origines.
Aux puritains qui colonisèrent en 1630 la baie de Massachusetts appartient l'honneur d'avoir fondé le système américain d'écoles publiques et gratuites. Ils semblent avoir eu une perception nette de cette grande loi du progrès social : que Yélévation en masse d'une société est la condition indispensable de sa prospérité.
En conséquence, ils n'hésitèrent pas à créer à grands frais des écoles destinées à former la totalité de la population au travail, à l'intelligence, à la vertu et à la pensée indépendante. Ils croyaient que tous les citoyens, le pJus humble comme le plus haut placé, ont droit aux avantages intellectuels et moraux nécessaires pour les faire atteindre au plus haut degré de prospérité et de progrès dont ils soient capables. Chez eux — et c'est leur gloire propre — pour la première fois dans l'histoire de l'éducation fut formulé nettement et loyalement mis en pratique ce grand principe, que « l'instruction des enfants de la nation entière doit être à la charge de la nation tout entière. »
Le plus ancien document relatif à la dotation d'une école publique et gratuite se trouve dans les archives de la ville de Boston. Le compterendu d'une assemblée publique des électeurs de la ville, tenue le 13 avril 1635, contient le passage suivant : « De même, il a été résolu d'un commun accord, que notre frère Philémon Pormont sera prié d'accepter les fonctions de maître d'école, pour l'instruction et l'éducation de nos enfants. » Le même compte-rendu mentionne une concession de 30 acres de terrain accordée au maître d'école, et, un peu plus tard, nous voyons une étendue de terrain d'une valeur plus grande encore consacrée « à l'entretien de l'école gratuite de la ville ». « A partir de ce moment, dit Horace Mann, ces fils d'or s'entremêlent en grand nombre au tissu de tous les actes publics de Boston. » — Deux cent quarante ans plus tard, en 1876, année du centenaire de l'indépendance américaine, les dépenses de la municipalité de Boston pour les écoles gratuites s'élevaient à 2 millions de dollars.
D'autres villes de la colonie naissante s'occupèrent aussi de fonder des écoles ; mais sans doute on s'aperçut bientôt que l'action volontaire des parents et des municipalités ne suffisait pas pour assurer une instruction convenable à la jeunesse tout entière; car, en 1642, la Cour générale (Assemblée législative) de la colonie enjoignit, par un Act public, aux autorités municipales de veiller à ce que tout enfant de leurs communes respectives reçût l'enseignement jugé nécessaire à tous les citoyens. Voici le texte de la partie essentielle de ce remarquable document :
« Attendu que la bonne éducation des enfants est singulièrementavantageuseetprofitable àtoutEtat, et que beaucoup de parents et de maîtres sont trop
indulgents et négligent leur devoir sur ce point;
» Il est ordonné par cette Cour de sa propre autorité, que les hommes choisis {selectmen) pour l'administration des intérêts moraux dans chaque commune tiendront, chacun dans le territoire ou quartier qu'il habite, un œil vigilant fixé sur leurs frères et voisins, afin de s'assurer tout d'abord qu'aucun d'eux ne se rend coupable dans sa famille d'une telle barbarie que de négliger de donner, par eux-mêmes ou par d'autres, à leurs enfants et apprentis, assez d'instruction pour les mettre en état de lire parfaitement la langue anglaise, et d'acquérir la connaissance des lois capitales; et ce, sous peine de vingt shillings d'amende pour chaque négligence semblable. »
Le même Act exigeait que l'instruction religieuse fût donnée à tous les enfants, et que « tous parents et maîtres apprissent à leurs enfants et apprentis quelque honnête et légale profession, travail ou occupation, soit dans l'agriculture, ou dans tout autre métier profitable à eux-mêmes et à l'Etat, s'ils ne voulaient ou ne pouvaient les instruire des sciences qui les rendraient aptes à de plus hautes fonctions. » Il ordonnait plus loin aux selectmen et aux magistrats d'enlever les enfants et les apprentis à la garde des parents et des maîtres « qui, après admonestation, continueraient à négliger leurs devoirs quant aux points mentionnés ci-dessus», et de les mettre en apprentissage chez des maîtres qu'ils jugeraient capables et dignes de confiance : les garçons jusqu'à l'âge de 21 ans, et les filles jusqu'à 18.
Ainsi cette première loi sur l'éducation promulguée sur le continent américain formulait le principe de l'enseignement obligatoire : intellectuel, religieux et industriel.
Quoique la loi de 1642 ne créât pas directement des écoles, elle eut indubitablement pour effet d'encourager les communes à les fonder et à les soutenir; car, dans le journal du gouverneur Winthrop, à la date de 1645, nous trouvons ce qui suit : « Plusieurs écoles gratuites furent établies, comme à Roxbury (aujourd'hui faubourg de Boston), pour l'entretien desquelles chaque habitant greva quelque maison ou pièce de terre d'une rente perpétuelle, et à Boston, où l'on vota un salaire de 50 livres pour le maître, avec une maison, et 30 livres pour un sous-maître, qui devait aussi enseigner à lire, à écrire et à compter. Les enfants des Indiens devaient être instruits gratuitement; les frais devaient être payés au moyen de contributions annuelles, soit volontaires, soit exigées à titre d'impôt de ceux qui les refuseraient, etc. Cette ordonnance fut confirmée par la Cour générale. D'autres villes suivirent cet exemple, et pourvurent aux dépenses par divers moyens. »
C'est là le premier témoignage écrit de la perception d'un impôt pour l'entretien d'une école publique et gratuite. Il paraît, en effet, que la ville de Boston s'attribua le droit de taxer les habitants pour cet objet, droit qui fut ratifié par la législature. Telle semble avoir été l'origine du système d'impôts au profit des écoles publiques, maintenant mis en pratique sur tout le territoire des Etats-Unis.
11 est néanmoins probable que quelques communes de la colonie négligèrent d'entretenir volontairement une école, de façon que les parents qui auraient été disposés à faire donner à leurs enfants l'instruction exigée par Y Act de 1642 se trouvaient dans l'impossibilité de le faire. Voilà pourquoi une loi fut votée en 1647, « à l'effet, dit le préambule, que la science, avec l'aide du Seigneur, ne reste pas ensevelie dans la tombe de nos ancêtres. » Cette loi rendait obligatoire l'établissement et l'entretien des écoles par les communes : toute commune contenant 50 familles devait nommer un maître, « pour enseigner la lecture
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et l'écriture à tous les enfants qui loi seraient envoyés ; » toute commune contenant 100 familles devait fonder une grammar school, dont le maître fût « capable de préparer les jeunes gens pour l'université. » La peine attachée à la non-exécution des dispositions de cet Act était une amende de 5 livres par an, qui fut à diverses reprises considérablement augmentée, pour répondre à la richesse croissante des communes. Le prêduitde toutes les amendes était affecté aux dépenses des écoles.
Cet Act, qui pourvoyait h l'établissement et à l'entretien des écoles par les communes, et celui de 1642, qui déclarait les parents et les maîtres responsables de l'instruction de leurs enfants et apprentis, ont servi de base au système d'écoles gratuites en vigueur dans les Etats-Unis ; la grammar school, instituée dès lors comme une partie essentielle du système scolaire, a été le premier modèle des fiigh schools gratuites de l'époque contemporaine. Ces écoles d'un degré supérieur, ainsi que l'Université établie dès 1636 à Cambridge par la législature coloniale, et qui prit bientôt après le nom de son premier bienfaiteur, Harvard, contribuèrent puissamment au succès des écoles élémentaires, en leur fournissant des maîtres instruits.
La colonie de Connecticut promulgua bientôt, elle aussi, des lois scolaires, et dans les mêmes termes que ceux des Acts du Massachusetts, cités plus haut. La colonie de Newhaven eut aussi le mérite de s'occuper de très bonne heure de l'organisation des écoles publiques. Les colonies du New-Hampshire et du Maine étant restées longtemps soumises à la juridiction du Massachusetts, obéissaient aux mômes lois scolaires. Les Pilgrims qui avaient fondé Plymouth en 1620 n'introduisirent chez eux les écoles gratuites qu'en
Dans aucune des autres colonies primitives qui appartiennent de nos jours aux Etats-Unis, nous ne trouvons, avant la guerre de l'indépendance, quelque trace d'une intervention active du gouvernement en faveur de l'instruction. En 1760, le gouverneur de la Virginie se vantait même de n'avoir point d'écoles gratuites dans la colonie, et il n'en lut point créé durant les cent années qui suivirent. Les établissements hollandais de New-York eurent de bonne heure des écoles, mais c'étaient des écoles ecclésiastiques dirigées par le clergé. Dans le Maryland, ce fut seulement lors de l'érection de cette colonie en Etat, en 1777, qu'on s'occupa de l'institution des écoles publiques élémentaires. L'histoire de la colonie de New-Jersey n'offre aucune trace d'une législation générale rclativo aux écoles; celles qui y existaient appartenaient au clergé et dépendaient des églises ; il en était de même dans la Pensylvanie et le Delavvare. Dans la Caroline du Nord, les autorités provinciales décourageaient, par politique, toute tentative en faveur de l'instruction publique qui se produisait en dehors de l'Eglise anglicane, à ce point qu'il était défendu d'établir des imprimeries. La législature coloniale de la Caroline du Sud accordait, jusqu'à un certain point, sa protection aux écoles fondées sous les auspices de l'église dominante — l'Eglise anglicane — , mais ne songeait pas à pourvoir à l'établissement d'écoles publiques. Dans la Géorgie, fondée beaucoup plus tard que les autres colonies primitives, les seules ressources affectées à l'éducation du peuple, antérieurement à la Révolution, étaient des fondations religieuses et charitables. Ainsi donc, en dehors de la Nouvelle- Angleterre, il n'avait rien été fait d'important, avant la guerre de l'indépendance, pour assurer l'existence d'écoles publiques gratuites.
Durant la période coloniale, l'instruction des femmes était comparativement négligée; les filles
cultivaient bien moins assidûment la science que les travaux du ménage, et ne recevaient guère d'autre éducation que celle de la famille. A quelques exceptions près, ni les écoles primaires, ni les établissements d'ordre supérieur n'étaient organisés pour les recevoir.
L'éducation spéciale, par laquelle on réussit de nos jours à adoucir l'infortune des aveugles, des sourds-muets, des idiots, était inconnue : on n'imaginait même pas qu'elle fût possible.
A cette époque, il n'y avait pas de fonctionnaires spéciaux chargés de surveiller et de diriger les écoles ; ces devoirs incombaient aux autorités civiles. Toutefois, les pasteurs avaient l'habitude, surtout à l'occasion des solennités publiques, de visiter les écoles et de faire subir aux élèves un examen sur le catéchisme. Dans le Massachusetts, il n'était pas permis à un ecclésiastique de cumuler les fonctions de pasteur et d'instituteur; le directeur d'une tjrnmmar school devait posséder un certificat d'aptitude, délivré par le pasteur de la commune et ceux des deux communes les plus proches, ou au moins par deux d'entre eux. Nul ne pouvait tenir une école pour enseigner «la lecture, l'écriture ou toute autre science », s'il n'était « de conduite bonne et régulière », et s'il n'avait obtenu « la permission et l'approbation des selectmen de la commune où était située cette école. »
L'organisation des écoles était très simple : l'école élémentaire, comme la grammar school, recevait presque invariablement les élèves de tout âge appartenant à la commune ou aux environs; ceuxci étaient rassemblés dans une môme classe, et instruits par un même maître. Aucun règlement ne prescrivait un cours d'études régulier, ni des conditions fixes d'admission. Les livres en usage dans les écoles élémentaires étaient la Bible, le Nouveau-Testament, le Psautier et un catéchisme : il n'eût pas été possible de s'en procurer d'autres.
Période des Fondations (1776-1826). — Ledemisiècle qui suivit immédiatement la Révolution est caractérisé par des efforts plus ou moins heureux pour établir un système national d'écoles publiques dans tous les Etats où elles n'existaient pas encore, c'est-à-dire dans tous, sauf le Massachusetts, le Connecticut et le New-Hampshire. On s'inquiéta peu des théories pédagogiques ou des détails de l'administration scolaire : la question préalable et essentielle qui se posait dans chaque Etat, était celle de décider si l'on créerait un enseignement public; jusqu'à ce que ce point fût réglé, il n'y avait pas lieu de s'arrêter aux divers projets d'organisation, d'entretien et de direction des écoles. L'histoire de l'enseignement dans cette période est donc presque uniquement celle des progrès que firent les divers Etats (dont le nombre, durant cet intervalle, s'éleva peu à peu jusqu'à 24), en reconnaissant, par un acte législatif ou constitutionnel, le grand principe qui forme la base du système scolaire américain, c'est-à-dire le droit et le devoir pour l'Etat de faire instruire les enfants aux frais des contribuables.
Le mouvement dans ce sens fut lent. Il rencontra de nombreux obstacles, dont les principaux furent le fanatisme sectaire, et l'ignorance de la masse, que son défaut d'éducation empêchait de comprendre l'utilité de l'instruction; cependant deux circonstances y aidèrent puissamment :
1° L'esprit national, qu'avait développé l'union des efforts pendant la terrible lutte pour l'indépendance. Jusque-là, il avait existé une antipathie marquée, sinon entre les diverses colonies individuellement, du moins entre des groupes de colonies, par suite des différences de race, de religion et d'institutions politiques. Celles de la Nouvelle-Angleterre étaient presque exclusivement anglaises, tandis que la population des colonies du centre offrait un singulier mélange des
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nationalités les plus variées. La Nouvelle-Angleterre n'était peuplée que de puritains ; au centre dominaient les quakers et les luthériens ; dans le sud régnait sans partage l'Eglise anglicane. Aux sentiments d'hostilité provenant de la race et de la religion s'ajoutaient les différences de franchises et d'institutions politiques. Les gouvernements de la Nouvelle-Angleterre, établis par chartes, formaient un contraste marqué avec le gouvernement des propriétaires dans le Maryland, la Pensylvanie et le Delaware, comme avec les gouvernements provinciaux du sud. Les coutumes et aptitudes politiques qui en résultaient différaient grandement, surtout en ce qui concerne la manière dont s'exerçait l'autorité, et le mode de perception des impôts. De là une forte répugnance, parmi les colonies de chaque catégorie, à adopter les institutions et les pratiques en vigueur chez les autres. Mais la réunion de toutes les forces militaires et civiles, qui eut pour résultat la conquête de l'indépendance et la fondation de l'Union, contribua à déraciner les antago* nismes et les préjugés de sectes, ainsi qu'à développer la fraternité, le respect mutuel, et le « noble et doux esprit national. » Ce fut cette fusion des sentiments et des intérêts particuliers dans la nouvelle vie nationale, qui fraya la voie à l'adoption par chaque Etat des institutions et des procédés dont les autres s'étaient bien trouvés.
2° La conviction qui s'imposa aux fondateurs patriotes et éclairés de la République, de la nécessité de répandre dans toute la population la culture intellectuelle, seul moyen d'assurer aux libertés publiques une existence durable.
La Caroline du Nord donna l'exemple de cette sollicitude pour l'éducation populaire, en inscrivant dans sa constitution de 1776 qu'il « sera fondé par la législature une ou plusieurs écoles, pour y donner l'instruction convenable à la jeunesse ; les maîtres recevant, sur les fonds publics, des traitements suffisants pour qu'ils puissent n'exiger qu'une faible rémunération ; et que toutes les connaissances utiles seront cultivées dans une ou plusieurs universités. » Mais, comme ces dispositions n'étaient pas fondées sur une pratique déjà existante et familière à la population, il s'écoula près d'un demi-siècle avant qu'elles donnassent naissance à une organisation générale d'écoles gratuites.
Le second Etat qui fit mention de l'enseignement public dans sa constitution fut le Massachusetts. Le chapitre relatif à cet objet (constitution de 1780) est d'une importance considérable dans l'histoire de l'enseignement en Amérique, autant par l'élévation de vues dont il témoigne, que par l'influence qu'il exerça même au-delà des limites de l'Etat. Le premier article, consacré à l'Université de Harvard à Cambridge, commence par le préambule suivant, où sont exposées les opinions des puritains républicains de cette époque, touchant les rapports de l'Etat avec l'enseignement supérieur : « Attendu que nos sages et pieux ancêtres ont jeté, dès l'an 1G36, les fondements de l'Université de Harvard, dans laquelle, par la grâce de Dieu, beaucoup de personnes ont été instruites dans les arts et les sciences qui les ont préparées aux emplois publics, tant de l'Eglise que de l'Etat ; attendu que l'encouragement des arts et des sciences et de la bonne littérature tend à la gloire de Dieu, à l'avantage de la religion chrétienne, et au grand profit de cet Etat et de tous les autres Etats-Unis de l'Amérique, etc. »
Le second article, qui traite des intérêts généraux de 1'e.nseignement, ne saurait être omis dans un aperçu, si sommaire qu'il soit, de l'histoire de l'instruction publique en Amérique. Il est dû à la plume de John Adams, le deuxième président des Etats-Unis. Bien des années après, en énumérant les influences qui le poussèrent à
l'écrire» fl plaçait en premier lieu l'effet produit sur son esprit par les sociétés et les collections scientifiques de Paris :
« La diffusion générale parmi le peuple, dit cet article, delà raison et de la science, aussi bien que de la vertu, étant nécessaire à la conservation de ses droits et de ses libertés, et ne pouvant s'effectuer que par la multiplication, dans toutes les parties du pays et dans toutes les classes de la population, des moyens de s'instruire, la législature et les magistrats regarderont comme un devoir, pendant toute la durée future de cette Piepublique, de protéger la littérature et les sciences, et tous les établissements qui leur sont consacrés, en particulier l'Université de Cambridge, les écoles publiques et les grammat- schools des communes ; d'encourager les sociétés particulières et les institutions publiques, au moyen d'immunités et de récompenses ayant pour but les progrès de l'agriculture, des arts, des sciences, du commerce, de l'industrie et des manufactures, ainsi que de l'histoire naturelle de ce pays; de favoriser et d'inculquer les préceptes de l'humanité, de la bonté, de la charité publique et privée, du travail et de la sobriété, de la probité et de l'exactitude en toute affaire, de la sincérité, de la bienveillance, en un mot, de tous les sentiments généreux et de toutes les vertus sociales. »
Ce bel exposé des devoirs du nouvel Etat, qui inaugurait sa constitution en y faisant une place aux intérêts de l'éducation et de la science, fut adopté par la Convention du Massachusetts à l'unanimité et sans amendement ; détail intéressant, en ce qu'il témoigne d'un esprit libéral et éclairé, fruit du système d'enseignement public qui avait été en vigueur dans l'Etat depuis plus d'un siècle. Mais si cet esprit fut en grande partie le produit des lois scolaires antérieures, il fut aussi la source abondante d'actes législatifs pour l'avancement de l'instruction. Depuis cent ans, cet article constitutionnel a graduellement fait pénétrer et affermi dans l'opinion du pays tout entier l'idée des devoirs de l'Etat par rapport à l'éducation du peuple; plusieurs États l'ont introduit textuellement dans leur constitution ; dans plusieurs autres, on en a adopté la substance, et presque tous se sont approprié les considérants formulés dans le préambule. Nous ne craignons pas dédire qu'il a reçu une influence marquée et durable.
Antérieurement à l'adoption de la constitution fédérale, le congrès promulgua deux ordonnances qui contiennent des dispositions de la plus haute importance. Par la première, datée de 1785, et relative à « l'emploi des terrains dans les territoires de l'Ouest, » la «section 16 de chaque township», c'està-dire un des 36 milles carrés formant le territoire du township, était affectée à l'entretien des écoles publiques. Cette disposition fut confirmée par l'ordonnance bien connue de 1787, « sur le gouvernement des territoires au nord-ouest de l'Ohio », laquelle étendit à un territoire immense, presque égal à un empire, les bienfaits de la liberté, en y interdisant l'esclavage, en même temps qu'elle consacrait le devoir de l'éducation, déclarant que « la religion, la morale et l'instruction étant indispensables à un bon gouvernement et au bonheur de l'humanité, les écoles et tous les moyens d'éducation devront constamment être encouragés. » — >< Ces actes, » a dit M. Eaton, « sont comme le pivot sur lequel tourne toute l'histoire de notro pays. » Si l'esclavage s'était introduit dans ce vaste territoire, tandis que l'éducation en eût été exclue, combien les résultats eussent été différents !
Un Act de 1848 a ajouté à la 16e section une autre section de chaque township, la 36e, et cette disposition a été appliquée à tous les Etats entrés dans l'Union depuis cette époque.
Quoique la constitution fédérale, mise en vigueur
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en 1789, n'autorise pas expressément le gouvernement central àexercer une autorité sur les écoles, il a toujours été entendu que le droit d'encourager l'instruction publique est contenu dans la première des clauses énumérant les pouvoirs du Congrès, celle qui lui donne le droit « d'établir des impôts, et de pourvoir à la défense commune et au bien-être général des Etats-Unis. >• Et la politique dont se sont inspirés les rédacteurs de l'ordonnance relative aux donations de terres publiques en faveur de l'instruction de tous les degrés, n'a pas cessé d'être la politique nationale de l'Union américaine.
Durant les premières années de la République, la cause de l'instruction populaire trouva un puis sant appui dans les sages et sérieuses déclarations faites en sa faveur par les hommes d'Etat et, les patriotes les plus haut placés et les plus renommés. Washington lui prêta l'autorité de son nom; ce fut lui qui, dans son discours d'adieu au peuple des Etats-Unis, prononça ces nobles paroles, devenues un axiome respecté presque à l'égal d'une loi : « Favorisez, comme une chose d'une importance capitale, les institutions propres à répandre partout l'instruction. Plus la forme du gouvernement donne de puissance à l'opinion publique, plus il est essentiel que l'opinion publique soit éclairée. »
Le successeur de Washington au siège présidentiel, John Adams, dit au peuple dans son discours d'inauguration : a La sagesse et la générosité qu'a montrées la législature en affectant des sommes considérables aux dépenses des écoles, des académies et des collèges, font également honneur à elle-même et à ses électeurs ; c'est la preuve de leur respect pour les lettres et les sciences, et le gage d'un grand et durable avantage pour le Nord et pour le Sud, pour l'univers tout entier. Grande est la vérité — grande est la liberté — grande est l'humanité : elles doivent vaincre et elles vaincront. »
Le troisième président, Thomas Jefferson, l'auteur de la Déclaration d'Indépendance, dont le nom est conservé avec vénération dans tous les cœurs américains, a dit : « Un système d'instruction générale, qui puisse atteindre toutes les classes de nos concitoyens, des plus riches aux plus pauvres, a été la première et sera la dernière de mes préoccupations comme homme public. Accordez-le-nous sous quelque forme que ce soit, et vous recevrez pour cet inestimable bienfait l'expression de la gratitude de la jeunesse, et les bénédictions des vieillards qui ne peuvent plus rendre d'autres services à leur pays que de prier pour sa prospérité et de bénir les hommes qui y contribuent. »
Ces opinions et d'autres semblables, exprimées par les pères de la République, ne contribuèrent pas peu à stimuler et à diriger les efforts des divers Etats en faveur de l'instruction.
La Pensylvanie, dans sa constitution adoptée en 1790, décréta ce qui suit : « La législature pourvoira par une loi à la création d'écoles dans tout l'Etat, afin que les pauvres puissent être enseignés gratuitement; » — et « les arts et les sciences seront cultivés dans une ou plusieurs écoles supérieures. » Quoique ces dispositions constituassent un progrès réel sur ce qui s'était fait jusque-là dans cet Etat, elles avaient l'inconvénient d'établir une distinction fâcheuse entre les personnes aisées et les pauvres, les enfants de ces derniers devant être instruits par charité, ce qui les abaissait à leurs propres yeux, et les exposait à des humiliations et à des insultes. Ce système, qu'on désigna par le nom odieux de « système des pauvres », fut malheureusement ariopté aussi par le New-Jersey, le Delaware et le Maryland.et par la plupart des Etats du Sud, qui n'avaient pas
appris par expérience les avantages de bonnes écoles publiques et gratuites.
En 1779, Jefferson avait présenté à la législature de Virginie un vaste projet d'organisation générale do l'instruction, contenu dans trois bills : le premier décrétant la fondation d'écoles primaires et secondaires; le second, celle d'une université; le troisième, celle d'une bibliothèque et d'un musée d'art et de science. Aux termes du premier bill, chaque comté devait être divisé en arrondissements [hundreds ou wards) d'étendue et de population convenables pour posséder chacun une école, où l'on enseignerait la lecture, l'écriture et l'arithmétique usuelle; l'Etat tout entier devait, en outre, être divisé en vingt-quatre districts, dont chacun serait pourvu d'une école pour l'enseignement classique, la grammaire, la géographie et les branches supérieures de l'arithmétique. Les frais de ces écoles devaient être payés par les habitants du comté, proportionnellement au montant des contributions acquittées par chacun d'eux. Ces bills ne furent discutés qu'en 170G ; on n'adopta que la partie du premier bill relative aux écoles élémentaires, et en y introduisant des amendements qui le rendirent stérile. Le préambule, écrit par la plume qui a rédigé la Déclaration d'Indépendance, est un des premiers et des meilleurs exposés de la relation qui existe entre l'éducation et la liberté. En voici un passage : « L'histoire de l'humanité nous montre que, quelque favorable qu'un gouvernement républicain, fondé sur des principes de liberté, d'égalité, d'ordre et de justice, doive être à la félicité des hommes, on ne peut néanmoins raisonnablement en espérer la stabilité et la durée, si l'esprit des citoyens n'est pas libéral, humain, et bien pénétré de l'importance des principes qui ont procuré ces bienfaits; conséquemment, en vue de jeter les fondements d'un système d'éducation capable de produire des résultats si désirables, » etc.
En 1789 eut lieu une révision très importante des lois scolaires du Massachusetts, selon lesprit de la constitution de 1780, et à l'effet de répandre d'une manière plus égale les bienfaits de l'instruction publique. Il fut décidé qu'on enseignerait aux enfants fréquentant les écoles élémentaires « la lecture, l'écriture, la langue anglaise, l'arithmétique, l'orthographe et les bonnes manières. » Les attributions de la grammar school ou école classique furent agrandies et plus clairement définies. Il fut permis aux communes de nommer des conseils scolaires, dont le premier fut formé à Boston la même année. Les communes purent se diviser en districts scolaires, dont chacun devait avoir son école administrée directement par lui-même. Les dispositions principales de la loi reçurent pour sanction de fortes amendes imposées aux communes en cas de non-exécution. M. Horace Mann écrivait, cinquante ans plus tard, qu'il considérait la loi autorisant les communes à se diviser en districts comme « la plus fâcheuse qui eût jamais été faite dans cet Etat sur les écoles publiques. » Mais il ne faudrait pas attacher trop d'importance à cette expression de blâme ; l'auteur, en effet, dans son remarquable commentaire sur les lois scolaires du Massachusetts, ne trouve presque rien à reprendre dans les autres dispositions législatives ; ses critiques portent plutôt sur la lenteur avec laquelle les progrès se sont accomplis, que sur la sagesse des mesures adoptées. Lorsqu'on établit le système des districts, on avait en vue de favoriser les intérêts de la plus petite circonscription, du plus petit hameau ; et l'on ne peut douter que ce système n'ait obtenu l'approbation de la population en général, puisque la plupart des villes l'adoptèrent promptement. Il est probable qu'il produisit quelque bien comme expédient temporaire, mais bientôt il ne rendit
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plus aucun service, et la marche du progrès exigea qu'on l'abolît, pour y substituer l'élection obligatoire par la commune d'un conseil scolaire revêtu d'obligations et de pouvoirs plus étendus.
La loi dont nous parlons contenait le passage suivant sur l'éducation morale, qui jette quelque lumière sur les vues et l'esprit des législateurs de ce temps : « Le président, les professeurs et les administrateurs de l'Université de Cambridge et des divers collèges, ainsi que tous les professeurs et maîtres des académies, et tous ceux qui instruisent la jeunesse, devront employer tous leurs efforts à graver dans l'esprit des enfants et des jeunes gens confiés à leurs soins les préceptes de la justice et de la piété, le respect inviolable de la vérité, l'amour de la patrie, l'humanité et la bienveillance universelle, la sobriété, l'amour du travail, l'économie, la chasteté, ia modération, la tempérance, et les autres vertus qui sont l'ornement de la société humaine, et la base sur laquelle est fondée toute constitution républicaine; ils devront s'efforcer de faire comprendre clairement à leurs élèves, suivant que l'âge et la capacité de ceux-ci le permettront, la tendance des vertus susdites à conserver et à perfectionner la constitution républicaine, à assurer les bienfaits de la liberté et à contribuer à leur propre bonheur futur ; en môme temps, ils leur montreront les funestes effets des vices opposés. »
Durant tout le xvme siècle, les écoles publiques du Connecticut s'étaient trouvées dans une condition florissante, eu égard au niveau général de cette époque ; elles étaient entretenues au moyen d'une taxe spéciale, perçue en même temps que les autres impôts. Afin de leur donner plus de développement, on affecta, en 17!>5, à la formation d'un fonds scolaire perpétuel, le produit de la vente de 3 millions d'acres de terre appartenant à l'État, et situés dans l'Ohio. Le Connecticut fut ainsi le premier État qui constitua un fonds scolaire important. Les revenus de ce fonds devinrent si considérables qu'en 1821 la législature abolit l'impôt scolaire, estimant que le produit du fonds spécial, joint aux rétributions payées par les élèves, devait suffire à l'entretien des écoles. Mais cet acte malheureux produisit les résultats les plus défavorables; les écoles languirent, durant plus de trente ans, faute de ressources suffisantes ; enfin, grâce aux efforts énergiques et répétés des partisans du progrès de l'instruction, l'impôt scolaire fut rétabli en 1 854.
Après la guerre de la Révolution, le grand État de New- York fut le premier à établir un système convenable d'écoles publiques. En 1795 fut votée une loi consacrant la somme annuelle de 50 000 dollars, pendant cinq ans, « à l'encouragement et à l'entretien, dans toutes les villes et communes de cet État, d'écoles où les enfants des habitants résidant dans l'État apprendront la langue et la grammaire anglaise, l'arithmétique, les mathématiques, et toutes les autres connaissances utiles, nécessaires pour constituer une bonne éducation. » Cette somme fut répartie entre les communes, dont chacune dut s'imposer d'une somme égale à la moitié de ce qu'elle aurait reçu de l'État, et l'appliquer au môme objet. Des mesures furent prises pour l'organisation et la surveillance des écoles, et le systàme fonctionna avec succès. Mais la subvention de l'État ayant cessé en 1800, les fonds manquèrent aux écoles, et bien qu'une partie de celles qui étaient déjà organisées subsistassent, le système, comme tel, fut abandonné. Douze ans après, on en établit un plus complet et plus efficace, lequel, par des améliorations successives, est parvenu à un haut degré d'excellence.
L'Ohio, l'Indiana, et les autres États formés des territoires du Nord-Ouest, à mesure qu'ils furent
admis dans l'Union, introduisirent dans leurs lois organiques des dispositions consacrant à l'entretien des écoles et des collèges publics, organisés sur le même modèle que dans les États de l'Est, les fonds provenant des concessions de terrains accordées par le Congrès. Toutefois, durant le premier quart de ce siècle, ces États ne firent que peu de progrès dans l'établissement de bonnes écoles.
Nous voyons donc que cinquante ans après la Déclaration d'Indépendance et le commencement de l'existence de l'Union comme nation libre, quelques États seulement possédaient un bon système d'écoles, quoique dans tous on eût posé quelques fondements pour l'avenir et fait quelques essais. Presque partout, l'organisation était rudimentaire, les ressources insuffisantes, les maisons d'école défectueuses ; les maîtres étaient dépourvus des qualités requises, et les mesures de surveillance tout à fait incomplètes.
De même que nous avons cité les préambules des plus anciennes lois scolaires, afin de montrer les intentions des législateurs qui les promulguèrent, nous détacherons, comme exprimant fidèlement les sentiments caractéristiques de leurs descendants à la fin de la période dont il s'agit, le passage suivant du discours prononcé, en commémoration de l'anniversaire du débarquement des Pilgrims, par Daniel Webster, le premier parmi lès hommes d'État américains de son temps :
« A l'égard des écoles gratuites, je crois que la Nouvelle-Angleterre a le droit de revendiquer un mérite tout spécial. Elle a la première adopté et constamment soutenu le principe, que c'est pour le gouvernement un droit incontestable et un devoir strict de pourvoir à l'instruction de tous les jeunes gens. Ce qui, dans d'autres pays, est abandonné au hasard ou à la charité, nous l'assurons par la loi. Nous estimons que tout homme doit être taxé, proportionnellement à ses ressources, pour les besoins de l'instruction publique, sans qu'il soit nécessaire de considérer s'il a ou non des enfants qui profiteront de cette instruction qu'il paie. Nous regardons ceci comme un système de politique sage et libéral, qui assure la sécurité de la propriété et de la vie, et la tranquillité de la société. Nous cherchons à empêcher, dans la mesure du possible, l'extension du Code pénal, en inspirant de bonne heure aux enfants un principe salutaire et conservateur de vertu civique. Nous nous efforçons d'exciter en eux le sentiment de la dignité et de former leur caractère en accroissant la capacité et en élargissant la sphère des jouissances intellectuelles. Par l'instruction générale, nous cherchons, autant que possible, à purifier toute l'atmosphère morale, à faire prévaloir les bons sentiments, et à opposer à l'immoralité et au crime le courant puissant du sens moral et de l'opinion, aussi bien que les menaces de la loi et les censures de la religion. Nous espérons trouver, dans l'empire du sentiment moral éclairé et bien dirigé, une sécurité plus grande et plus haute que celle que procure la loi; et grâce à ces efforts, nous espérons que l'on pourra toujours, dans les villages et dans les fermes de la Nouvelle-Angleterre, jouir d'un sommeil paisible sans barricader sa porte. Sachant que notre gouvernement repose sur la volonté publique, nous nous efforçons, afin de le conserver, d'imprimer à cette volonté une direction convenable. Nous ne pouvons certes pas exiger que tous deviennent des philosophes ou des hommes d'État, mais nous avons l'espoir, sur lequel est fondée notre confiance dans la durée de notre système gouvernemental, que, par la diffusion universelle de l'instruction et de la morale, nos institutions politiques pourront être garanties aussi bien contre les attaques de la
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violence ouverte, que contre la destruction lente, mais sûre, dont les menacerait la corruption des mœurs. »