‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 475 sur 547 · FRANCHISES POSTALES · texte numérisé non relu

FRANCHISES POSTALES

le département, avec le préfet, l'inspecteur d'académie et les inspecteurs des écoles primaires; — Dans le ressort académique, avec le re teur.

Percepteurs. — S. B. : Dans le département, avec les inspecteurs des écoles primaires, le préfet ; — Dans l'arrondissement, avec le souspréfet.

Préfet*. — S. B. : Dans toute la France, avec les préfets de France et d'Algérie, les inspecteurs généraux de l'instruction publique en tournée, les déléguées générales des salles d'asile fin tournée ; — à Paris, avec le supérieur général des Frères des écoles chrétiennes; — Dans le département, avec les curés, les délégués cantonaux, les délégués communaux, les desservants, l'inspecteur d'acadé mie, les inspecteurs primaires, les instituteurs

E ri maires publics, les institutrices primaires puliques, les juges de paix, les maires, les membres du Conseil départemental, les pasteurs de la confession d Augsbourg, les pasteurs des églises réformées, les percepteurs, les présidents des consistoires locaux de la confession d'Augsbourg, les procureurs de la Bépublique, les receveurs municipaux, les receveurs particuliers des finances, les sous-préfets; — Dans le département et les départements limitrophes, avec les inspecteurs des enfants assistés et des établissements de bienfaisance ; — Dans la circonscription d'inspection du travail des tnfants, avec les inspecteurs du travail des enfants dans les manufactures ; — Dan* le rassort de V école normale primaire, avec le directeur de l'école normale primaire, avec les maîtresadjoints de l'école normale, avec la directrice de l'école normale de filles ; — Dans le diocèse, avec 1 archevêque ou l'évêque ; — Dans la circonscription consistoriale, avec les présidents des consistoires des églises réformées; — Dans le ressort académique, avec le recteur, la déléguée spéciale des salles d'asile, les membres du Jonseil académique.

Présidents des commissions d'examen pour le brevet de capacité. — S. B. : Dans le ressort de l'icole normale primaire, avec le directeur de l'école normale primaire, la directrice de l'école normale primaire de filles; — Dans le départument, avec l'inspecteur d'académie, les inspecteurs des écoles primaires. — Dans le ressort académique, avec le recteur.

Présidents des commissions de surveillance des écoles normales primaires. — S. B. : Dans le ressort de V école normale, avec le directeur de l'école normale primaire, la directrice de l'école normale primaire de filles; — Dans le département, avec les inspecteurs d'académie, les inspecteurs des écoles primaires ; — Dans le ressort académique, avec le recteur.

Présidents des consistoires départementaux du culte Israélite. — S. B. : Dans le département, avec les inspecteurs des écoles primaires, les rabbins.

Présidents des consistoires des églises réformées. — S. B. : Dans la circonscription consistoriale, avec les préfets, les pasteurs ; — Da?is le département, avec les inspecteurs des écoles primaires,

Présidents des consistoires locaux de la confession d'Augsbourg. — S. B. : Dans ta circonscription consistoriale, avec les pasteurs; — Da?is le département, avec le préfet, les inspecteurs des écoles primaires.

Procureurs généraux. — S. B. : Dans le ressort de la cour, avec les archevêques ou évoques, les inspecteurs d'académie, les inspecteurs des écoles primaires, les recteurs d'académie ; — Duîis toute la Fiance, avec les inspecteurs généraux de l'instruction publique en tournée.

Procureurs de la République. — S. B. : Dans le

diocèse, avec l'archevêque ou l'évêque; — Dans le département, avec l'inspecteur d'académie, les inspecteurs des écoles primaires, les procureurs de la République ; — Dans l'arrondisse' ment, avec les maires ; — Dans le ressort académique, avec le recteur; — Dans toutp la France, avec les inspecteurs généraux de l'instruction publique en tournée.

Rabbins dépendant des consistoires israélites. — S. 15. : Dans le département , avec les inspecteurs des écoles primaires, les présidents des consistoires départementaux du culte israélite.

Trésoriers payeurs généraux des finances. — S. B. : Dans le département , avec l'inspecteur d'académie, les inspecteurs des écoles primaires, les percepteurs, les receveurs particuliers des finances; — Dans le ressort académique, avec le recteur.

Receveurs particuliers des finances. — S. B. : Dans le département, avec les inspecteurs des écoles primaires; — Dans l'arrondis* épient, avecles percepteurs, les receveurs municipaux ; — Dans le département, avec le préfet, le trésorier payeur général des finances ; — Dans l'arrondissement, avec le sous-préfet.

Recteurs d'académie. — S. B. : Dans le ressort académique, avec les archevêques ou évoques, les chefs des établissements secondaires libres, les curés, les délégués cantonaux, les délégués communaux, les délégués du consistoire israélite, la déléguée spéciale des salles d'asile, les desservants, les directeurs des écoles normales primaires, les directrices des écoles normales primaires de filles, les directrices des salles d'asile publiques, les inspecteurs des écoles primaires, les instituteurs primaires publics, les institutrices primaires publiques, les juges de paix, les maires, les maîtres-adjoints des écoles normales primaires, les membres du Conseil académique, les pasteurs des églises réformées, les préfets, les présidents des commissions de surveillance des écoles normales primaires, les principaux des collèges, les procureurs de la République, les proviseurs et professeurs des lycées, les trésoriers payeurs généraux des finances, les sous-préfets; — Dans- ■toute la France, avec les inspecteurs d'académie, Iles déléguées générales des salles d'asile en tournée, les inspecteurs généraux de l'instruction pu- Iblique en tournée, les recteurs d'académie ; — à Paris, avec le supérieur général des Frères des écoles chrétiennes ; — Dans le ressort de la cour d'appel, avec les premiers présidents des cours d'appel.

L. F. : avec le procureur général dans le ressort de la cour.

Sous-préfets. — S. B. : Dans le diocèse, avec l'archevêque ou l'évêque ; — Dans l'arrondissement ^ avec les curés, les desservants, les délégués cantonaux, les délégués communaux, les inspecteurs du travail des enfants dans les manufactures, les instituteurs et institutrices primaires publics, les juges de paix, les maires, les pasteurs de la confession d'Augsbourg, les pasteurs des églises réformées, les percepteurs, les présidents des consistoires de la confession d'Augsbourg, le receveur particulier des finances, les receveurs municipaux ; — Dans le département, avec le trésorier payeur général des finances, l'inspecteur d'académie, les inspecteurs des écoles primaires, les inspecteurs de> enfants assistés et des établissements de bienfaisance, le préfet, les sous-préfets ; — Dans le ressort de l'école norm mate, avec le directeur de l'école normale primaire, la directrice de l'école normale primaire de filles; — Dans le ressort académique, avec le recteur ; — Dans toute la Fran e, avec les in-

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specteurs généraux de l'instruction publique en tournée.

L. F. : Dans le ressort de la cour d'appel, avec le procureur général ; — Dans l'arrondissement, avec le procureur de la République.

Supérieur général des Frères des écoles chrétiennes en résidence à Paris . — S. B. : Dans toute la France, avec les recteurs d'académie, les préfets. [L. Armagnac]

FRANCKE. — Auguste-Hermann Francke, novateur audacieux en éducation aussi bien qu'en religion, mérite d'être placé dans la filiation la plus directe du progrès pédagogique, entre Coménius et Pestalozzi, qui lui demeurent toutefois supérieurs par leur prérogative d'hommes de génie.

Francke naquit dans la ville libre hanséatique de Liibeck, le 22 mars 1663, quinze ans après la conclusion du traité de Westphalie, qui mit fin à la guerre de Trente ans. On voyait alors de tous côtés en Allemagne les hommes de bien profiter du retour de la paix pour réparer les brèches, réorganiser ou créer des institutions d'instruction publique, ranimer le courage des populations décimées, accablées de privations et de souffrances. Le duc Ernest-le- Pieux* attirait à Gotha, sa résidence, une élite d'hommes capables de relever, sous sa direction, le niveau moral de son peuple. Le père de Francke fut appelé en 1666 auprès du prince en qualité de conseiller aulique préposé à la justice ; mais il mourut déjà en 1671. Dès ce moment, l'éducation du jeune orphelin fut complètement abandonnée à sa mère et à sa sœur aînée. L'une et l'autre étaient également animées d'une piété fervente, affermie à l'école des calamités publiques et des épreuves domestiques. Bientôt la mère se trouva réduite à ses propres forces : sa fille lui fut enlevée par une mort précoce. Francke n'en reçut pas moins, à l'aide de leçons particulières, des soins si intelligents, qu'à l'âge de treize ans il put être admis dans la classe supérieure du gymnase de Gotha et qu'il subissait avec succès, un an plus tard, l'examen de maturité qui donne accès à l'université ; mais l'excellente mère retint encore son fils auprès d'elle pendant deux années, qui furent surtout consacrées, sous la direction d'un habile précepteur, à la lecture des classiques grecs et latins.

Les souvenirs, les impressions, les traditions du temps de la guerre se conservaient dans toutes les mémoires. Au milieu des horreurs et des dévastations sans exemple sous lesquelles l'œuvre du siècle de la Renaissance et de la Réformation avait failli s'engloutir dans une nouvelle barbarie, beaucoup de chefs de famille avaient appris à élever par eux-mêmes leurs enfants, tout au moins dans la religion et dans les connaissances élémentaires les plus indispensables. La lecture de la Bible en langue vulgaire dans la traduction de Luther, et celle de ÏOrbis pictus de Coménius, suppléaient au culte public, aux leçons de catéchisme et à l'enseignement scolaire.

Il advint, d'un autre côté, qu'à la pacification générale Tunique souci des autorités civiles et ecclésiastiques fut de restaurer de toutes pièces l'état de choses d'avant la guerre. L'Eglise luthérienne par conséquent reparut dans l'intégrité de son imposante hiérarchie, de sa célèbre confession de foi d'Augsbourg, de ses décrets synodaux, de ses ordonnances consistoriales et de ses règlements^ de discipline, vaste ensemble administratif grâce auquel tout se trouvait calculé, classé, dogmatisé et définitivement formulé, de manière à ne plus rien laisser à faire au libre arbitre, mais à mettre d'autant plus en évidence le rôle de l'autorité et à maintenir le sentiment religieux dans les plus strictes limites.

C'est pourquoi l'on n'entendit pas sans étonnement, dans le monde officiel, l'Ai sacien Spener*, de Rappolsweiler, appelé en 1(566 à un poste de prédicateur à Francfort sur le Mein, exprimer le « pieux désir » d'une rénovation de la « théologie do l'école », et d'une révision des livres d'édification en usage, œuvre qu'il voulait entreprendre en revenant aux sources de la foi, en étudiant tout de nouveau la Bible non seulement dans la méditation du cabinet de travail, mais aussi dans les réunions intimes d'amis animés d'un même sentiment : « Je connais, disait-il, des étudiants en théologie qui ont passé dix ans à l'université sans avoir jamais eu l'occasion de suivre un seul cours d'étude du texte biblique. »

Spener comprenait que l'exégèse a pour le libre examen la même valeur que l'observation analytique en ce qui concerne les sciences positives. Il voulait, en outre, que la foi chrétienne n'existât pas à l'état de simple notion de l'intelligence, mais qu'elle devînt un élément de vie intérieure et d'activité pratique. Il était le premier à joindre l'exemple au précepte, sans ostentation, mais sans crainte du ridicule : c'est ainsi qu'il s'occupait en personne de l'enseignement des enfants dont l'instruction religieuse lui était confiée, au lieu de se décharger de ce soin sur des catéchistes subalternes, selon la coutume abusive qui s'était introduite parmi ses collègues.

Tel est l'homme qui devait ouvrir à Francke la carrière pastorale et pédagogique que celui-ci a parcourue pendant trente-cinq années consécutives à l'université de Halle.

Francke en avait d'abord passé douze à peu près à chercher sa vocation. Ses quatre premières années d'études universitaires à Erfurt et à Kiel ne sont pas autre chose que les étapes d'un chercheur, avide de porter ses investigations tour à tour sur la rhétorique d'Aristote et dans le domaine de la métaphysique et de la morale, puis dans le champ de la physique et des sciences naturelles. Ce n'est encore que la curiosité d'esprit qui le pousse vers la théologie ; mais tout à coup les difficultés de la langue hébraïque l'exaspèrent. Il part et va s'installer à Hambourg, auprès d'un savant orientaliste sous la direction duquel il se voue durant deux mois sans désemparer à l'étude exclusive de l'hébreu. Deux années qu'il passa ensuite à Gotha et pendant lesquelles il lut sept fois d'un bout à l'autre l'Ancien Testament dans le texte original, le rendirent pour toute sa vie aussi familier avec l'hébreu qu'il l'était avec le grec et le latin. Dans ses instants de récréation il aimait à lire du français et de l'anglais.

En 1684, admis à l'université de Leipzig en qualité de professeur extraordinaire, il y donna un cours public d'interprétation de l'Ancien et du Nouveau Testament qui attira autour de lui un nombreux auditoire et lui valut les félicitations de Spener, alors premier prédicateur de la cour de Dresde.

Cependant Francke était loin encore d'être parvenu à la certitude, quant à ses propres convictions religieuses. Il nous révèle, dans ses mémoires, l'année, le jour, le lieu, l'occasion où s'opéra sa conversion : ce fut en 1687, à une époque où il était tourmenté de doutes sur la valeur respective du Talmud, du Coran et de la Bible, et pendant une prière qu'il prononça dans l'angoisse de son cœur, à la veille de prêcher un sermon sur la foi, qui lui avait été demandé par le surintendant Sandhagen, à Lunebourg.

Aussitôt après cet événement, il abandonn l'enseignement universitaire et va fonder à Hambourg une humble école de petits enfants. Il la dirige pendant une année, se pénètre par ses propres expériences des difficultés que rencontre dans la pratique toute tentative de réforme de

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l'éducation populaire, puis il remet sa tâche à un instituteur de confiance, passe deux mois à Dresde chez Spener, reprend à Leipzig ses cours « philobibliques », comme il les appelait, et accepte en 1690 la charge de diacre de l'église des Augustin» à Erfurt. Très peu de temps après son entrée en fonctions, il reçoit un rescrit du prince électeur de Mayence qui, sans enquête préalable ni explication quelconque, lui signifie sa destitution comme entaché d'hérésie.

Sur ces entrefaites, Spener était devenu un haut fonctionnaire ecclésiastique et un personnage influent à la cour de l'électeur Frédéric de Brandebourg. Il détermina ce prince à fonder une université spécialement organisée en vue de donner une salutaire impulsion aux études théologiques en général et à l'Eglise luthérienne de Prusse en particulier. La petite ville de Halle fut désignée pour devenir le siège de la nouvelle institution, et l'on s'empressa de s'assurer les services de Francke en lui conférant, le 21 décembre 1691, le titre de professeur à la future université, dont l'inauguration ne se fit qu'en 1694, et le poste de pasteur à Glaucha, qui est un faubourg de Halle, à charge d'entrer en fondions le 1er janvier 1692.

La paroisse de Francke se composait de deux cents maisons, dont trente-sept contenaient des brasseries ou d'autres débits de boissons, flanquées ça et là de salles de danse. Le nouveau pasteur s'installa dans la cure de ce misérable quartier, sans autre ressource pécuniaire, pour ses débuts, qu'une somme de vingt thalers, don de l'un de ses amis de Magdebourg. L'ecclésiastique auquel il succédait avait été emprisonné pour crime d'adultère.

Bien que Francke vécût encore dans le célibat, il invita ses voisins à participer le soir à son culte domestique. Cette innovation donnant lieu à des interprétations malveillantes, il transporta ce service de sa maison dans le temple et il l'y célébra régulièrement tous les soirs pendant une vingtaine d'années. Mais rien n'égala les perplexités dans lesquelles le plongea l'aspect du paupérisme qui de génération en génération s'était enraciné dans sa paroisse. Il ne put entreprendre sérieusement de lutter contre le fléau que lorsqu'il eut trouvé, en 1694, par son mariage avec Anne-Madeleine de Wurm, une aide semblable à lui pour la persévérance et pour le dévouement.

La population pauvre et paresseuse de Glaucha avait coutume de venir le jeudi à la cure, et chaque mendiant recevait à la porte un morceau de pain. Un certain jeudi de Tannée de son mariage, Francke fit entrer chez lui tous les mendiants qui se présentèrent, enfants, adultes et vieillards ; il les retint, les interrogea, se rendit compte de leur état d'ignorance et de dégradation, termina par une courte prière et, après leur avoir distribué le morceau de pain traditionnel, les invita à revenir à heure fixe, le jeudi suivant. La plupart furent exacts au rendez-vous; mais qu'était-ce qu'un quart d'heure par semaine pour les besoins d'une pareille population? Il aurait fallu aux enfants des leçons suivies et régulières. Or leurs parents étaient trop pauvres pour payer la rétribution scolaire. Francke essaya de venir pécuniairement à leur secours. Mais l'argent disparaissait et les enfants n'allaient pas à l'école, ou, s'ils y allaient, l'influence scolaire ne suffisait point à leur enlever leur grossièreté native.

En 1695, Francke tenta d'éveiller la sympathie des membres sérieux de sa paroisse en faveur des écoliers pauvres et plaça dans sa chambre une tirelire pour recevoir les dons qui leur seraient destinés. Au bout de trois mois il arriva qu'une dame y mit en une fois quatre thalers et seize groschen, ce qui fait à peu près seize francs. Lorsque Francke eut cet argent dans ses mains : « Voilà,

dit-il, un beau capital! Il faut lui faire rapporter quelque chose ! » Le même jour il acheta pour deux thalers de livres d'école et trouva un étudiant pauvre qui, moyennant une petite rémunération, s'engagea à donner deux heures de leçons par jour aux enfants abandonnés de Glaucha. Les petits mendiants acceptèrent avec joie les livre* qui leur furent distribués, mais, sur vingt-sept élèves, il n'en revint que quatre. Francke ne laissa désormais rien emporter du local des leçons, qui n'était autre que l'antichambre de son cabinet de travail. De temps en temps il lui fallair distribuer, aux plus nécessiteux des élèves demeurés fidèles, des aumônes qui étaient une compensation pour celles qu'ils ne recevaient plus depuis qu'ils avaient renoncé à la mendicité.

Cependant cette petite école se fit si avantageusement connaître que, sur la demande de plusieurs pères de famille, Francke se décida à y recevoir aussi des enfants de parents aisés, moyennant une modique rétribution, équivalant a douze centimes par semaine. Bientôt la recette permit de porter à cinq heures par jour les leçons du maître ; mais quand l'école eut atteint le nombre de soixante élèves, il fallut la dédoubler. On loua les locaux nécessaires dans une maison voisine de la cure, et cette maison ayant été mise en vente, Francke l'acheta, y fit quelques réparations, solda le tout au moyen des dons de plus en plus considérables qui lui arrivaient au fur et à mesure des besoins, et, alors aussi, il prit la résolution de faire quelque chose de plus pour ses protégés, c'est-àdire d'ouvrir un asile où des orphelins et des enfants abandonnés trouvassent non seulement l'instruction, mais une vie de famille et les moyens de recevoir une éducation complète. Il avait déjà recueilli et placé neuf orphelins chez de braves gens de sa paroisse et sous la surveillance d'un étudiant en théologie nommé Neubauer. Divers incidents vinrent encore, dans cette même année 1695, agrandir son horizon et ajouter de nouveaux projets aux entreprises qu'il commençait à réaliser. C'est ainsi que, d'un côté, on lui fournit les moyens de recevoir gratuitement à sa table un certain nombre d'étudiants pauvres, tandis que, de l'autre, on le priait de se charger de la direction des études de trois jeunes gens riches et appartenant à la noblesse. A cette dernière proposition, qui répondait à une offre bienveillante de sa part, il rattacha la pensée de fonder un établissement supérieur d'éducation, dont il traça peu à peu le plan sous le nom de Psedagogium.

Au mois de juin 1696, Francke était propriétaire de deux maisons, dans lesquelles il installa son école de pauvres et cinquante-deux orphelins. A la même époque, il donnait gratuitement la pension alimentaire à quarante-deux étudiants pauvres, et à la fin de l'année il chargeait son intelligent collaborateur Neubauer d'aller étudier en Hollande les orphelinats les plus réputés de ce pays. Neubauer, à son retour, n'hésita pas à proposer la fondation d'un grand orphelinat dont il entreprenait lui-même de diriger la construction et l'organisation. Le 24 juillet 1698, en effet, Fiancke posa la première pierre de l'édifice. Il avait déjà cent orphelins à élever et cinq cents écoliers à diriger dans ses divers établissements d'éducation, qui se développaient rapidement sous la puissante impulsion de sa foi.

L'histoire des Fondations de Fra?icke, pour nous servir du terme consacré en Allemagne, serait trop longue à poursuivre par le détail : il suffira de dire qu'au momont de sa mort, le 8 juin 1727, cet homme extraordinaire était à la tète d'une colonie scolaire de sa création, dont la population comptait quatre à cinq mille personnes.

Le développement de l'œuvre dans son ensem-

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ble ne porte ni le caractère de la préméditation, ni celui de la fantaisie ou du tâtonnement : il a quelque chose d'une évolution organique, qui arrive à son heure. L'école des pauvres, par laquelle il avait débuté sous l'inspiration d'un pur mouvement de charité, était devenue au bout de deux ans une « école allemande >• composée de quatre classes ayant chacune un instituteur. Avec le temps, le nombre des classe? augmenta et le niveau social de la population enfantine qui les fréquentait s'éleva . à la mort de Francke, ces « écoles allemandes * comptaient 1725 élèves des deux sexes, dirigés par 106 instituteurs et institutrices. Elles formaient la pépinière où s'alimentaient d'autres institutions, telles que Y Orphelinat (l(;9fi) et V Ecole latine delà maison des orphelins (IG97). Le premier de ces établissements contenait en moyenne une centaine d'orphelins et au moins trente orphelines. Parmi les garçons, un peu plus de la moitié devenaient des artisans ; les autres, pour la plupart, étaient voués aux études qui conduisent, soit à la carrière ecclésiastique, soit à l'enseignement public de tout ordre, et ils arrivaient au but, grâce aux abondantes ressources que les fondations pieuses de la Réforme offrent dans un granc nombre d'universités allemandes aux étudiants pauvret et laborieux.

L'école latine de Francke, fondée en faveur de cette seconde catégorie d'orphelins, ne tarda pas, comme l'école des pauvres, ï perdre sor. cachet spécial, pour devenir un grand collège latin, qui est encore aujourd'hui en pleine prospérité : le Rapport officiel de cette école pour l'exercice 1879- 1880 indique un chiffre de 520 élèves répartis en douze classes Sous l'administration de Francke, 1 enseignement des langues mortes fut non seulement respecté, mais poussé avec vigueui. toutelois dans une direction qui s'écartait de la tradition reçue Celle-ci n'avait d'autre objet en vue que la belle antiquité grecque et romaine. Francke subordonna cette étude à celle deî <• saintes lettres ». On vit plus tard ur. disciple du collège latin de Halle, le recteui Mal, aller plus loir encore et remplacer systématiquement dans son gymnase de Hersfeld la lecture des classiques grecs par celle du Nouveau Testament. On ne peut d autre part que savoir gré à Francke de ses efforts pour l'amélioration de l'enseignement élémentaire, alors très négligé, de la lecture, de l'écriturt et du calcul dans les écoles classiques de Halle, ainsi que des expériences réitérées et partiellement fructueuses qu'il tenta pour introduire dans ie programme de son collège latin certaines branches de connaissances que les humanistes d autrefois ne trouvaient jamais l'occasion de cultiver, par exemple la géographie, l'histoire, les mathématiques, la botanique, des notions d'anatomie; il y ajoutait, avec non moins de bon sens pédagogique, des exercices de musique et de dessin.

De toutes les fondations de Francke. la plus originale fut le Psedagogium, qu'il créa en 1697 pour en faire un lycée destiné aux ciasses supérieures, une école-pension alimentée d'abonaantes ressources financières, un établissement d'éducation d'un caractère encyclopédique et se prêtant à toutes sortes d'essais, d'innovations, d'expériences parfois quelque peu fantaisistes et coûteuses. Son gendre Froylinghausen fut le premiei inspecteur du Pabdagogium En 1721, ce lycée comptait 82 élèves et 70 professeurs, sous-maîtres et élèves-régents, jeunes séminaristes généralement recrutés dans la pension alimentaire gratuite, qui se composait à la même époque de 255 étudiants et de 360 écoliets pauvres. Ai-isi chaque groupe scolaire des institutions de Francke s'approvisionnait, pour les besoins de son enseignement ou de son administration, parmi les pépinières de pensionnaires de tout genre que possédait la colonie.

Il y avait jusqu'à des asiles de femmes, veuves ou demoiselles sans famille ou institutrices en retraite, où l'on trouvait au besoin des sous-maîtresses et des aides ménagères. L'inconvénient de ces grandes facilités administratives, c'était les changements fréquents qui survenaient dans le personnel des sous-maîtres et autres collaborateurs des chefs de l'institut. Il était rare qu'un étudiant, par exemple, pût s'engager pour plus de trois ans, à moins de compromettre ses plans d'avenir : de là, le manque d'esprit de suite et les nombreuses fluctuations que l'on signalait dans la tenue des classes des plus grands établissements.

Rier que le noyau des élèves du Pœdagogium se composât de jeunes gens voués aux carrières libérales, on distinguait déjà assez nettement entre les études qui leur étaienl imposées par les examens relatifs à leur vocation, et l'instruction que réclamaient leurs camarades destinés soit au commerce, soit g des emplois dans l'administration, ou h l'intendance de propriétés rurales, soit à quelque profession artistique ou industrielle. Les élèves de cette seconde catégorie étaient libérés du grec et de l'hébreu ; mais le reste du programme leui offrait d'abondantes compensations. Le Paedagogiurc s'engageait è donner une connaissance satisfaisante de ia langue française et à enseigner aussi complètement que possible l'art d'écrire la langue allemande. Il ajoutait a l'arithmétique des cours de géométrie, de mathématiques et d'astronomie : à la géographie, l'histoire et la chronologie: à la botanique, l'anatomie et les principes fondamentaux de la médecine. Le bâtiment spécialement construit et inauguré en 1713 à l'usage du Pasdagogiuir. avait la jouissance d un jardin botanique, et possédait parmi ses dépendances un musée d'histoire naturelle, un cabinet de physique, un laboratoire de chimie, une salle de dissection,, des écoles de dessin, de peinture, de modelage, des ateliers de tourneurs et de pdisseurs de verre.

L'intention qui présidait à ce déploiement de ressources auxiliaires pour les études techniques, recevait si. confirmation dans les dispositions très libérales qui permettaient, par exemple, aux élèves de suivre, selon ie niveau de leurs connaissances, des leçons appartenant à des classes scolaires de degrés différents.

Le même esprit pratique qui accordait une liberté si remarquable pour l'époque et pour un tel institut, faisait régner d'autre part la discipline scolastique la plus rigoureuse sur les élèves qui se préparaient à subir les examens d admission à l'université. On les parquait dans une classe, Va Selecta, expressément créée à leur intention, et du matir. au soir ces élèves d'éiite étaient tenus en haleine sans trêve ni repos, passant de la lecture cursive des classiques latins, tour a tour aux spéculations métaphysiques, aux dissertations dogmatiques, au\ savantes compositions de l'an oratoire.

Francke retrouvait à l'université un grano nombre de ses élèves. Là, sa position de professeur acquérait d'année en année une importance plus considérable. Or lu; devait une réforme très générale et très sensible des mœurs de la jeunesse académique. Il étah devenu l'àme de la laculté de théologie,, le directeui spirituel de ses auditeurs Il en comptait jusqu'à un milliei i la fois autoui de sa chaire. A peine fondée, la faculté de théologie de Halle prenait rang parmi les gloires ecclésiastiques de l'Allemagne. Elle a été jugé* digne, en 1817, de recevoir l'héritage de l'univeisité de Wittenberg illustrée par Luther.

De divers côtés toutefois, et principalement de Leipzig, une opposition s'organisait dans la presse et dans l'Eglise contre la nouvelle puissance théo logique et scolaire dont Halle était le siège. Oc

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en vînt à la signaler comme une secte religieuse dont Spener était le fondateur et Francke le premier apôtre; mais aucun dogme particulier ne la distinguant de l'orthodoxie luthérienne dominante, on appela tout simplement ses représentants des pïétistes, expression qui jetait une teinte de ridicule sur l'importance qu'ils attachaient à la pratique de la vie chrétienne, à l'union intime de l'exemple au précepte. Ni Spener, ni Francke n'ont en effet laissé de corps de doctrine qui leur fût propre; seulement, Francke dans sa jeunesse semblait avoir donné des gages au quiétisme en traduisant deux opuscules de Molinos;en outre, la méthode de propagande qu'il inculquait aux jeunes théologiens n'était pas sans danger pour l'unité de l'Eglise : on redoutait surtout les conséquences éventuelles des « heures de chant » et des « réunions d'édification » des piétistes en dehors du culte public; enfin, c'était une chose grave que d'entendre un professeur de théologie émettre une maxime telle que celle-ci : « Mieux vaut une goutte de charité qu'un océan de science ! »

Il ne nous appartient pas d'insister sur ce débat ecclésiastique, qui se termina à l'avantage de la secte nouvelle. Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume Ier la prit sous sa haute protection, et publia en 1729 un édit d'après lequel aucun théologien luthérien ne pouvait aspirer à un poste quelconque au service de l'Etat, s'il n'avait paseé au moins deux ans à Halle et s'il n'en rapportait un certificat attestant qu'il se trouvait à son départ dans les meilleurs termes avec la Faculté de théologie de cette université.

A dater de ce dénouement, auquel Francke fut tout à fait étranger, puisqu'il était mort deux ans auparavant, le piétisme a été officiellement constitué dans l'Allemagne luthérienne à l'état de credo de cour que l'on affiche, que l'on abandonne, que l'on reprend, selon les fluctuations politiques des gouvernements.

Comme toutes les individualités supérieures, Francke échappe personnellement aux classifications de partis et de sectes. Les nombreux orphelinats qui se sont fondés, à l'exemple de celui de Halle, sur une quantité de points de l'Allemagne, de la Suisse, du Danemark, de la Suède et de la Norvège, sont de provenance religieuse ou politique très variée. Nous retrouvons Francke parmi les promoteurs des missions étrangères d'Allemagne et de Danemark, et au premier rang des fondateurs des sociétés bibliques protestantes. Il est propriétaire d'une librairie religieuse qui compte des succursales dans plusieurs villes d'Allemagne. Il dirige lui-même l'imprimerie-stéréotypie fondée par le baron de Cannstein, et d'où sont sortis, du vivant de Francke, un million six cent mille Bibles et neuf cent mille Nouveaux Testaments. Ainsi, dans toutes les directions, et nous sommes loin d'avoir épuisé le sujet, c'est par l'action, par des œuvres hardies, et non par la polémique sur des points de dogme, que se manifeste cette sorte d'exubérance de vie qui caractérise Francke.

Dans le domaine de l'éducation, son nom reste attaché à une solution pratique de l'une des questions qui ont le plus préoccupé le monde moderne depuis la renaissance des lettres, à savoir l'interminable querelle des humanistes et des réalistes. Ce n'est pas que les programme3 mis à l'essai et patiemment améliorés pendant nombre d'années dans les écoles de Francke doivent être recommandés comme définitifs, mais tout ce qui s'est fait depuis confirme la justesse des prévisions de l'auteur. Il avait comme collègue parmi les prédicateurs de Halle et les professeurs de l'université Christophe Semler*, homme d'un esprit entreprenant, mais manquant de sens pratique, qui introduisit certaines innovations dans

le programme d'enseignement d'une école communale de pauvres dont il était l'inspecteur, et il est possible que son initiative ait stimulé le zèle de Francke ; mais ce fut douze ana seulement après la mort de ce dernier que Semler, encouragé par l'Académie des sciences de Berlin, ouvrit à Halle le premier établissement d'instruction publique auquel on ait donné le nom d,yEc>le réale ou Healschule. La tentative fut malheureuse, parce que Semler exagérait dans le sens des études techniques le programme des écoles allemandes de Francke. Cependant la brèche ouverte par celui-ci devait solliciter d'autres efforts, l'impulsion était donnée, le nom même de la réforme à opérer venait d'êtr6 inventé : Hecker*, élève de Francke, organisa en 1747 à Berlin une Ecole réale modèle qui poussa aux dernières limites les tendances de Semler. L'expérience désastreuse tentée par Hecker a été la condamnation absolue de l'invasion de l'utilitarisme dans l'école. Il a fallu en revenir en Allemagne au programme mieux pondéré des institutions de Francke qui, sans sacrifier les études classiques, avait donné à l'enseignement scientifique la place qui lui appartient. V. Gymnase et Healschule . [Aimé Humbert.]

FRANCOEUR (Louis-Benjamin). — Mathématicien français, né à Paris le 6 janvier 1 773, mort dans cette ville le 15 décembre 1849. Son père était directeur de l'Opéra et membre de l'Académie de musique. A dix-neuf ans, Francœur était entré dans l'administration dirigée par son père, en qualité de sous-caissier. La Révolution lui fit perdre cette place ; il s'appliqua alors à l'étude des mathématiques, sous la direction de Monge, et réussit à se faire admettre à l'Ecole polytechnique comme « chef de brigade ». En 1798, il obtint la place de répétiteur d'analyse. Puis il devint successivement professeur de mathématiques à l'Ecole centrale de la rue Saint-Antoine (plus tard le lycée Charlemagne), examinateur à l'Ecole polytechnique, professeur à la faculté des sciences de Paris, et publia divers ouvrages de mathématiques et d'astronomie. Les événements de 1815 lui firent perdre ses places du lycée Charlemagne et de l'Ecole polytechnique. Francœur consacra à la cause de l'instruction populaire les loisirs forcés que lui faisait le gouvernement de la Restauration. Membre fondateur de la Société pour l'enseignement élémentaire, il en devint l'un des secrétaires, et s'appliqua particulièrement à faire pénétrer dans les écoles primaires l'enseignement du dessin. 11 créa à cet effet une méthode qui porte son nom, et qui fut appliquée pour la première fois dans l'école fondée à Libourne par le duc Decazes. Publiée en 1819 sous ce titre : Le dessin linéaire d'après la méthode de l'enseignement mutuel, elle contribua puissamment à vulgariser en France la pratique du dessin scolaire.

Les passages ci-dessous du rapport présenté par Francœur lui-même à la Société pour l'instruction élémentaire en date du 22 juillet KS18 feront connaître les principes sur lesquels était fondée la méthode de réminent mathématicien.

« Le bel art du dessin, dit-il, se divise en plusieurs branches très étendues : mais on l'a limité à la seule partie qui soit à l'usage du peuple, le dessin linéaire.

» La plupart des facultés de l'homme, lorsqu il veut les exercer, peuvent atteindre à une perfection dont il est difficile de se faire une juste idée. Nosv organes peuvent être perfectionnés jusqu'à leur donner une précision presque égale à celle qu'on obtient à l'aide des instruments. C'est pour atteindre ce but que plusieurs membres de cette Société ont été réunis pour préparer un travail sur l'art du dessin linéaire, afin que les principes de l'enseignement mutuel fussent appliqués à ce genre d'instruction. MM. Mirbel, de Lasteyrie,

FRANCOEUR

4100 — FRANÇOIS DE NEUFGHATEAU

Hachette, Cloquet et moi, avons été chargés de ce soin; et je dois vous rendre compte de la manière dont nous avons rempli cette intention, et du résultat de cette tentative.

» Les bases dont nous sommes partis sont les suivantes :

» 1° Des figures de géométrie ont été disposées dans l'ordre de la difficulté du tracé, plutôt que selon celui des théorèmes; ces dessins ont dû servir de modèle.

» 2° Chaque figure se rapporte à un commandement inscrit sur une tablette à l'usage des moniteurs.

» 3° Un travail préparé pour le maître est destiné à le mettre à même d'instruire les moniteurs, de lever les difficultés que le tracé présente, et de lui faire comprendre le sens des divers commandements.

» 4° Enfin, selon le mode de l'enseignement du calcul, on ne suppose au maître, aux moniteurs, ni aux élèves, aucune connaissance du dessin; et cependant tous, à peu près aussi peu habiles, devaient arriver à tracer correctement toutes les figures d'ornement usitées dans les arts, s'enseignant mutuellement ce qu'ils ne savent pas euxmêmes ; et cela sans leçons spéciales, sans préceptes, et par le seul empire de l'exemple et de l'imitation.

» 11 est maintenant facile de concevoir les procédés qui ont été employés.

» Les élèves dessinent debout, sur un tableau noir, rangés comme dans les demi-cercles de lecture ; ou bien assis sur les bancs, à leurs places, armés de l'ardoise et du crayon.

» Dans le premier cas, ils tracent tour à tour la figure désignée par le moniteur qui la montre sur un tableau modèle ; et l'élève qui a le mieux dessiné prend de suite la place la plus honorable : «tons le second cas, sous le commandement que fait le moniteur en lisant sur une tablette les phrases qu'il juge à propos de choisir, l'ardoise se couvre de figures, qui sont ensuite soumises à la correction. Tout se passe donc dans l'ordre et suivant la méthode accoutumée. Le moniteur est dressé d'avance à cet emploi par le maître, qui l'a rendu plus habile que ceux qu'il doit commander.

» La règle et le compas ne sont jamais que dans les mains du moniteur, comme moyen de vérification. Une réglette divisée en centimètres et millimètres, nommée Iwtsch, sert aux corrections des ardoises. Un mètre divisé est le bâton de commandement, et sert à vérifier les figures tracées sur le tableau noir ; un autre mètre fixé en haut de ce tableau sert à régler le coup d'œil : car toutes les figures que les élèves doivent dessiner sont assujetties à avoir des dimensions que le moniteur fixe à sa volonté.

•» Les apprentis dessinateurs sont partagés en quatre classes : les plus faibles tracent des droites, des parallèles, des perpendiculaires, des triangles, etc.

» Dans la seconde classe, on fait des cercles, des polygones réguliers, et les figures planes qui en dépendent.

» Dans la troisième, on imite en perspective quelques corps à trois dimensions, tels que les pyramides, prismes, cylindres, cônes, sphères, etc. ; il faut enfin que les élèves arrivent à tracer des ellipses et à faire à très peu près des angles d'un nombre de degrés donné.

» Dans la quatrième classe, on dessine quelques traits d'architecture, des vases et des ornements de goût. »

Francœur s'occupa aussi de l'enseignement du chant (il était musicien), et ce fut sur son rapport que la Société pour l'instruction élémentaire adopta la méthode de VVilhem'pour les écoles mutuelles. Quand les caisses d'épargne furent

fondées sous l'inspiration de Benjamin Delessert, c'est encore lui qui, dans un rapport à la Société, fit ressortir les avantages qu'en pouvaient retirer les instituteurs. Rien d'utile ne se faisait sans son concours. Il contribua à la création des écoles de Courbevoie, de Noisy-le-Grand, de Beaumontsur-Oise, etc.

Maire de Châtillon, membre de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, de la Société d'agriculture, des Académies de Saint- Pétersbourg, Lisbonne, Edimbourg, Rouen, Lyon, Cambrai, Toulouse, etc., Francœur fut nommé en 1842 membre de l'Académie des sciences.

Depuis 1824, il souffrait d'une maladie du larynx, contre laquelle il lutta longtemps sans renoncer au travail assidu qu'il s'imposait. Mais à partir de 1845 sa santé devint tout à fait mauvaise: atteint d'une maladie de la moelle épinière, il perdit enfin la faculté de travailler, et s'éteignit le 15 décembre 1849, à l'âge de soixante-quatorze ans.

Parmi ses ouvrages scientifiques, il faut citer : le Traité de mécanique élémentaire (1800, cinq éditions) ; le Cours complet de mathématiques pures (1809, quatre éditions); les Eléments de statique (1810, deux éditions); VUranographie (1812, cinq éditions) ;la Géodésie (1835, deux éditions). Il a en outre collaboré activement au Dictionnaire technologique en trente-deux volumes, publié de 1822 à 1825, à YEncyclopédie moderne de Courtin, à la Revue encyclopédique de Jullien de Paris, etc. On consultera utilement le Discours sur la vie et les travaux de Louis-Benjamin Francœur, par Jomard, dans le Bulletin de la Société pour l'instruction élémentaire, n° de juin-juillet 1851.

FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU (Nicolas- Louis). — Poète, administrateur, agronome et pédagogue français, né à Saffais (Meurthe),le 17 avril 1750, mort à Paris, le 10 janvier 1828. Il était fils d'un maître d'école de Saffais. Le bailli d'Alsace, D'Hénin-Liétard, qui avait conçu de l'affection pour lui, favorisa ses études en le faisant entrer au collège de Neufcliâteau (Vosges). Il prit le nom de cette ville en 176H. En 1777, ce nom lui fut confirmé par un arrêt du Parlement de Lorraine ; il l'avait reçu de la ville même en témoignage de l'estime qu'il s'était attirée déjà par la précocité de ses talents. Cette précocité lui valut aussi la qualification de petit prodige* justifiée par la rapidité avec laquelle il fit ses études et par le goût qu'il manifesta de bonne heure pour la poésie. Il composa des vers dès l'âge de treize ans, et en 1766, à quinze ans, il publia un premier volume de Poésies fugitives, réimprimé l'année suivante. L'Académie de Dijon qui, quelques années auparavant, avait couronné J.-J. Rousseau, lui ouvrit alors ses portes, et bientôt après il fut reçu membre des Académies de Lyon, de Marseille et de Nancy. Voltaire, âgé de soixante-douze ans, voulut le voir en 1777 et désira même se l'attacher comme secrétaire. Mais son protecteur le fit entrer à Nancy dans l'administration, où il devait passer une grande partie de sa carrière et se distinguer par les services nombreux qu'il y rendit.

En 1783, le maréchal de Castries l'enleva à la ville de Nancy en lui confiant les fonctions de procureur-général au conseil supérieur de Saint- Domingue. Il resta cinq ans dans cette colonie. Au retour, il fut assailli par une tempête qui mit sa vie en danger et dans laquelle il perdit ses manuscrits. C'était au commencement de 1788. Il prit sa retraite et se livrait à l'agriculture lorsqu'éclata la Révolution. François de Neufcliâteau fut chargé de rédiger les cahiers du bailliage de Toul. L'année suivante on lui confia l'organisation du département des Vosges. Député à l'Assemblée législative, en 1791, il en fut nommé secrétaire et ensuite président Elu membre de la

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