‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 476 sur 547 · FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU - 1101 - FRANÇOIS DE NEUFGHATEAU · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU - 1101 - FRANÇOIS DE NEUFGHATEAU

Convention . il refusa d'y siéger, puis, désigné comme ministre de la justice le 16 octobre 1792, il n'accepta pas. Il publia vers cette époque quelques écrits relatifs à l'agriculture et composa deux pièces imitées de Goldoni, dont l'une, Paméla, représentée en 1793, obtint un grand succès; mais elle fut interdite huit jours après : l'auteur fut arrêté et incarcéré à la Force, d'où il ne sortit qu'après les événements de Thermidor.

Nommé, sous le régime de la constitution de lian III, commissaire du département des Vosges, il se vit appelé subitement au ministère de l'intérieur le 1() juillet 1797. Il ne conserva que deux mois ces fonctions; mais ce temps lui suffit pour imprimer à l'administration une grande activité. Il quitta le ministère pour remplacer Carnot au Directoire après la journée du 18 fructidor an V. Le sort l'ayant désigné l'année suivante (1798) comme directeur sortant, il fut appelé de nouveau au ministère de l'intérieur, où il avait en môme temps dans ses attributions l'instruction publique, les arts, l'agriculture, le commerce et L'industrie. Il y resta un an, et s'y distingua par d'importantes créations, telles que la formation du premier conseil d'instruction publique ; l'exposition publique des produits de l'industrie; la réorganisation du Musée du Louvre, où il fit placer dans les galeries des statues et des tableaux qui y sont restés depuis ; le système de navigation intérieure; rétablissement des pépinières départementales ; le défrichement des landes et l'assainissement des marais; le dépôt général des cartes de France, etc. Deux points surtout attiraient son attention : les progrès de l'instruction publique et ceux de l'agriculture. Le 23 juin 1799, il écrivait aux administrations centrales : « En quittant le ministère, ma dernière pensée est pour l'instruction publique. » On a une preuve de la prodigieuse activité qu'il déploya dans ses fonctions de ministre par une publication intitulée : Lettres, circulaires, instructions, programmes, discours et autres actes publics émanés du citoyen François de Neufchâteau, pendant ses deux exercices du ministère de l'intérieur (1800, 2 vol. in-4°).

Apres le 18 brumaire, il devint sénateur et se montra l'un des serviteurs les plus complaisants du nouveau régime. Ce fut lui qui, en qualité de président du Sénat, remit le sceptre à Napoléon lors de la cérémonie du sacre. En 1808, il fut nommé comte de l'empire. Il avait été élu membre de l'Institut national en 1797, et, lors de la Restauration, à laquelle il se rallia, il fut compris dans la réorganisation de l'Académie française. L'aménité de son caractère, sa modestie et ses talents ont fait oublier ses faiblesses politiques; et l'on peut dire que lorsqu'il mourut, à 1 âge de soixante-dix-huit ans, il ne laissa pas d'ennemis.

Dans les dernières années de sa vie, il s'était essentiellement occupé d'agriculture ; il a publié un certain nombre de mémoires sur des sujets relatifs aux questions agricoles; l'un d'eux est intitulé : Essai sur la nécessité et les moyens de faire entrer dans l'instruction publique l'enseignement de l'agriculture (1802, in-8°).

Indépendamment de ses nombreux actes officiels ayant pour objet l'instruction publique, François de Neufchâteau a composé différents écrits qui témoignent du zèle qu'il montra toujours pour l'éducation. C'est d'abord une Anthologie morale, ou choix de quatrains et de distiques pour exercer la mémoire, pour orner l'esprit et formel' le cœur des jeunes gens (1784). Plus tard, poursuivant l'idée qui lui avait inspiré la rédaction de cette Anthologie, il publia une imitation ou traduction libre en vers français des distiques de Muret, sous ce titre : L'institution des enfants, ou Conseils d'un père à son fils, imités des vei'S que Muret a

écrits en latin pour l'usage de son neveu, et qui peuvent servir à tous les jeunes écoliers (Paris, an VI, in-8°, 16 p. avec le texte latin en regard). Les distiques de notre savant compatriote du xvje siècle, Antoine Muret, avaient été traduits dans toutes les langues. Les quatrains de François de Neufchâteau furent aussi réimprimés plusieurs fois en France et à l'étranger; on les traduisit également en différentes langues. En 1808 il en parut une édition accompagnée de traductions en allemand, en espagnol et en italien (Paris, Didot, in 8" . On lui doit aussi un petit poème intitulé la Calligraphie, qui serait aujourd'hui perdu pour le lecteur si M. Taupier ne l'avait réimprimé à la suite de son Texte explicatif de la Calligraphie.

Mais son ouvrage le plus important est sa Méthode de lecture {an VII, Paris, in-8°, 180 p.). Il est à noter que c'est pendant son second passage au ministère de l'intérieur qu'il composa et fit paraître cette métbode. L'éiude qu'il avait faite des moyens d'instruction élémentaire l'avait convaincu que la cause des retards que rencontraient les progrès de l'enseignement primaire venait en grande partie des difficultés dont on l'avait hérissé et des vices des méthodes en usage. Il considérait, en conséquence, comme un devoir de faire tous ses efforts pour améliorer les livres d'enseignement, à commencer par ceux qui se rapportent à l'étude des premiers éléments. Aussi, en publiant sa méthode de lecture, il annonçait également une méthode d'écriture, qui n'a pas été publiée.

François de Neufchâteau espérait beaucoup de la création des écoles centrales qui, en initiant les maîtres à la connaissance des bonnes méthodes, pouvaient conduire l'enseignement dans des voies meilleures. Elles lui paraissaient un excellent moyen de fournir aux instituteurs et aux institutrices les connaissances qui leur manquaient pour asseoir l'instruction sur de solides fondements. « Je crois ne pouvoir mieux payer ma dette à la patrie, lit-on au commencement de sa méthode (p. VII), qu'en m'occupant sans cesse de ce qui a rapport aux progrès de l'instruction. Je m'applaudis d'avoir rallumé l'émulation parmi les professeurs des écoles centrales; mais il faut que ce feu sacré, ravivé dans les chefs-lieux de nos départements, se répande de là dans les cantons qui en dépendent et que chaque commune en soit éclairée à son tour. C'est ce qu'opérerait l'espèce d'école normale où les instituteurs et les institutrices viendraient, aux frais de leurs communes, puiser auprès des professeurs les connaissances qu'ils iraient ensuite reporter dans leurs écoles respectives. Trois mois de la saison, ajoutait-il, pourraient être employés à ces utiles exercices, et ce temps suffirait pour former des instituteurs et leur apprendre à enseigner suivant des méthodes plus aisées et plus sûres. » 11 y avait beaucoup d'illusion dans cet espoir ; on a reconnu depuis qu'il faut plus de temps pour former un bon maître. Mais l'application du moyen qu'il proposait n'en eût pas moins produit des rés-ultats utiles.

Entre autres causes de l'insuffisance des méthodes de lecture, il signalait celle-ci qui n'a peutêtre pas été assez remarquée : c'est qu'elles n'avaient jamais été conçues en vue d'un enseignement simultané ; elles ne s'appliquaient guère qu'à l'enseignement individuel, moyen qui rendait les leçons très rares et très courtes pour chaque élève et devait singulièrement retarder les progrès. Il n'a sans doute pas signalé aussi bien qu'on l'a fait de nos jours le mauvais arrangement des exercices et l'ordre défectueux dans lequel on présente aux enfants les premiers éléments de la lecture. Les réformes qu'il indiquait étaient toutefois assez nombreuses pour introduire dès lors une amélioration considérable dans l'enseignement, si la routine, toujours plus forte que les

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