‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 513 sur 547 · GROSSELIN · texte numérisé non relu

GROSSELIN

cordât, tous les anciens évoques furent éliminés et durent céder la place aux successeurs que leur donna la cour de Rome. Déçu dans ses espérances, Grégoire vota au Sénat contre rétablissement de l'empire, ce qui d'ailleurs ne l'empêcha pas d'accepter un peu plus tard le titre de comte. En 1814, il signa avec ses collègues l'acte de rappel des Bourbons ; mais le nouveau régime se montra sévère à son égard : en 1816, il fut exclus de l'Institut, dont il avait fait partie depuis sa fondation, et en 1819 le département de l'Isère l'ayant élu député, la Chambre refusa de l'admettre. Rendu ainsi a la vie privée, il passa ses dernières années dans un isolement presque complet. A ses derniers moments, l'archevêque de Paris défendit de lui donner les sacrements, parce qu'il refusait de rétracter son serment à la constitution civile du clergé : mais il fut administré secrètement par l'abbé Guillon. Grégoire déclara dans son testament qu'il mourait « bon catholique et bon républicain », et ses obsèques, célébrées à l'église de l'Abbaye-au-Bois, servirent d'occasion à une manifestation républicaine. [J. Guillaume.]

GRIGNON (Ecole nationale d'agriculture de). — La fondation de l'école de Grignon (Seine-et-Oise) est due à l'initiative privée : ce fut M. Bella qui, en 1826, la créa avec le concours d'une société d'actionnaires ; il obtint du roi Charles X la concession d'un domaine de 500 hectares, à quelques kilomètres de Versailles, moyennant un fermage très réduit payable en améliorations. Le gouvernement accorda à cet établissement une subvention annuelle qui, primitivement de 6 000 fr., fut portée successivement à 17 000 et à 60 000 fr. En 1848, en exécution de la loi du 3 octobre, Grignon fut converti en une « école régionale d'agriculture, » relevant directement du ministère de l'agriculture et du commerce. En 1852, les « écoles régionales », au nombre de trois, devinrent des « écoles impériales; » elles portent aujourd'hui le nom d'«écoles nationales d'agriculture. »

L'enseignement, à Grignon et dans les deux autres écoles d'agriculture (Grand-Jouan et Montpellier) dure deux ans et demi. Pour être admis, il faut être âgé de dix-sept ans et subir un examen dont sont dispensés les porteurs du diplôme de bachelier es sciences. Les élèves sont internes ou externes : l'école peut recevoir en outre des auditeurs libres, qui n'ont pas d'examen à passer. Le prix de la pension est de 1 200 fr. par an pour les internes (il n'est que de 1 000 fr. aux écoles de Grand-Jouan et de Montpellier), de 200 fr. pour les externes et les auditeurs libres. Des bourses et des demi-bourses d'internat sont instituées par l'Etat. Les bourses, au nombre de deux par année d'études, sont réservées aux anciens apprentis des fermes-écoles *, et se donnent au concours et dès l'entrée à l'école. Les demi-bourses, au nombre de quatre par année d'études, ne peuvent s'obtenir qu'au concours entre tous les élèves et d'après les résultats des concours généraux semestriels.

A la fin des études, les élèves subissent un examen de sortie; ceux qui l'ont f-ubi avec succès reçoivent un diplôme qui confère l'admissibilité aux examens supérieurs pour le grade d'ingénieur agricole.

GRIVEL. — Guillaume Grivel, né à Uzerche, dans le Limousin, en 1735, fut d'abord avocat à Bordeaux, et vint ensuite à Paris où il cultiva les lettres. Il a publié un traité d'éducation sous le titre de Y Ami des jeunes gens, Lille, 1764-1706, 2 vol. in-12; et un autre traité du même genre intitulé « Théorie de l'éducation, ouvrage utile aux pères de familles et aux instituteurs, dédié au prince de Condé, » Paris, 1786, 3 vol. in-12. C'est un livre médiocre et sans originalité. Il est aussi l'auteur d'un roman bizarre, « Ylle inco?inue ou Mémoires du chevalier de Gastine, contenant

l'histoire de la formation et de la civilisation de la société,» Paris, 1783-1787,6 vol. in-12; quatre éditions. Lors de la création des écoles centrales, il reçut une chaire de législation. Il est mort à Paris en 1810.

GROSSELIN. — Augustin Grosselin naquit à Sedan (Ardennes), le 14 mai 1800. Il commença ses études au lycée de Liège. Quand, à la suite des événements de 1814, cette ville cessa de faire partie de la France, il alla terminer son éducation au lycée de Douai. En 1820, il vint à Paris pour faire son droit. Ses parents se trouvant dans une position fort gênée, il donnait à quelques condisciples des leçons de sténographie et des répétitions de droit, faible ressource qui le contraignait à la plus stricte économie. Après quatre ans d'études, il fut reçu avocat, et trouva à se placer comme secrétaire chez le baron Charles Dupin, avec lequel il voyagea pour organiser, dans les principales villes des départements, des cours de géométrie à l'usage des classes laborieuses. Au bout d'un an, les appointements de Grosselin ayant été portés à 2 400 fr., il se crut assez riche pour se marier. Il épousa une de ses cousines, qui ne lui apportait pour dot que des goûts simples, des habitudes de travail et l'amour des vertus de la famille. De cette union naquirent deux fils et deux filles.

En 1828, le baron Charles Dupin pouvant se passer de secrétaire, M. Grosselin s'associa avec quelques jeunes sténographes pour recueillir et publier les cours professés à la Sorbonne et [au Collège de France par les professeurs Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, Pouillet, Gay-Lussac, Guizot, Cousin et Villemain. Cette publication eut un grand succès. M. Grosselin fut, à la même époque, attaché au Moniteur universel comme sténographe, pour le compterrendu des séances de la Chambre des députés. Il devint bientôt sténographe-réviseur, position qu'il conserva jusqu'en 1851.

Père de famille, M. Grosselin s'occupa beaucoup de l'éducation de ses enfants. Il trouvait là comme un champ pratique pour l'essai de ses méthodes.

Pour l'enseignement de la lecture, il avait inventé une série de petites images dont chacune représente un seul objet. Au-dessous se trouve le nom de l'objet en écriture usuelle et en écriture sténographique. Dans l'étude des voyelles, la première lettre du nom représente la voyelle dont l'enfant doit apprendre le double signe ; dans l'étude des consonnes, c'est sur la dernière lettre que son attention est appelée.

Pour l'étude de l'histoire et de la chronologie, il se servait d'images emblématiques mobiles, qui se plaçaient dans un tableau à coulisses, dans l'ordre des faits que les emblèmes étaient destinés à rappeler. Dès que l'enfant connaît bien la signification de ces emblèmes, on met entre ses mains un abrégé d'histoire, et on lui donne pour tâche de représenter emblématiquement, sur une des coulisses de son tableau, les principaux événements, soit d'un règne, soit d'un siècle entier. Ces tableaux laissent dans l'esprit une impression durable, et font que l'élève retient les événements et leur date autrement que par une sèche nomenclature.

En 1836, M. Grosselin publia un système de langue universelle. Rien de plus ingénieux que ce système. L'auteur a fait choix des 1 500 mots qui, exprimant les idées les plus générales, sont les éléments essentiels de tout langage. Il les a distribués en 15 tableaux ; chaque mot y porte son numéro de 1 à 1 500. C'est ce numéro qui est le mot lui-même. Voici comment :

La numération arabe se compose de 9 chiffres, et, en y comprenant le zéro, de 10. Sous chacun de ces chiffres dans leur ordre naturel, on place

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