HESSE
Môme sans parler de ces cas extrêmes, il n'est pas rare de trouver des hommes que notre éducation savante recouvre, mais n'entame pas : elle n'est qu'un brillant vernis qui, au premier choc, tombe en écailles, et alors la vraie nature, la brute, apparaît avec ses instincts sauvages et ses appétits débridés ; d'un seul coup, elle brise tous les liens dont la civilisation l'avait enveloppée. Car la civilisation, comme l'a dit Carlyle, « n'est qu'une enveloppe sous laquelle la nature sauvage do l'homme peut brûler à jamais d'un feu infernal. »
N'oublions jamais ces faits, et gardons-nous de croire que l'éducation puisse tout faire. Nous ne voulons d'ailleurs aucunement en diminuer l'importance. N'est-ce pas elle qui, par des siècles d'efforts, nous a faits ce que nous sommes? D'ailleurs régner sur la moyenne de l'humanité est encore une assez belle part.
Quiconque est chargé d'instruire ne doit donc jamais oublier qu'il y a une force avec laquelle il faut compter : l'hérédité. Est-elle avec lui, sa tâche est simplifiée. Si elle est contre lui, il doit essayer de la plier à ses desseins et de la discipliner dans la mesure possible, mais sans pouvoir toujours y réussir. « Nous avons tous connu, dit Moreau (de Tours) dans sa Psychologie morbide, de ces enfants qui font le désespoir de leurs parents et de leurs maîtres par leur indocilité, l'emportement de leurs petites passions, l'inertie ou la violence qu'ils opposent à toute discipline, dont on a toutes les peines du monde à faire fléchir la volonté par des punitions ou des récompenses, dont on peut faire des hypocrites, mais qui au fond ne se corrigent jamais. Veut-on l'explication de ces irrégularités? Remontons à la source; informons-nous des influences héréditaires sous lesquelles ces enfants sont nés, et nous verrons qu'ils peuvent être considérés comme un exemple de l'action de l'hérédité à son premier degré, impuissante à constituer un état complètement exceptionnel, quoiqu'il soit déjà morbide. »
Les mesures que l'éducateur doit prendre dans chaque cas particulier sont une question de tact et d'habileté qui ne s'enseigne pas par des préceptes généraux. L'important, c'est que la puissance de l'hérédité soit bien comprise ; qu'elle soit une idée toujours présente à l'esprit au lieu de le traverser en passant ; une de ces croyances efficaces qui déterminent à agir. C'est ce qui nous a engagé à montrer qu'elle- règne dans tout le domaine intellectuel et moral, en insistant surtout sur les faits et sur les lois, qui ne sont que les faits considérés d'une autre manière.
[Th. Ribot.]
HÉROLD (Ferdinand). — Homme politique français, sénateur, préfet de la Seine. Fils du célèbre compositeur qui a été l'une des gloires de l'école musicale française, il naquit aux Ternes près Paris en 1828. Reçu docteur en droit en 1851, il plaida comme avocat à la cour de cassation et au Conseil d'Etat dans un grand nombre d'affaires politiques, dont plusieurs eurent du retentissement, et devint l'un des chefs de l'opposition républicaine sous l'Empire. 11 joua un rôle important pendant le siège de Paris; conseiller municipal (1872), puis sénateur de la Seine (1876), il soutint avec énergie la lutte légale qui aboutit à l'établissement définitif de la République, et fut nommé en 1879 préfet de la Seine.
C'est dans ses fonctions de préfet qu'Hérold a donné toute sa mesure. Héritier des traditions philosophiques et politiques de notre siècle, il se jeta avec ardeur dans le mouvement destiné à assurer à l'instruction populaire son autonomie, et poursuivit, d'accord avec le conseil municipal de Paris dont il partageait les sentiments en matière religieuse, la laïcisation de l'enseignement public.
11 pensait que la civilisation moderne a pour devoir de sauvegarder les pauvres, les enfants, les malades, les mourants contre des habitudes traditionnelles d'oppression. Sans prétendre entraver en rien les actes religieux que la conscience de chaque citoyen peut regarder comme nécessaires, il convient, pensait-il, d'empêcher qu'on en impose à tous indistinctement la pratique dans les lieux publics ; la mairie, l'école, l'hôpital, le cimetière doivent être affranchis de toute attache religieuse obligatoire, c'est-à-dire qu'ils doivent être purement laïques.
Les chiffres ci-dessous permettront d'apprécier la mesure en laquelle, avec le concours du conseil municipal de Paris, il avait accompli ce programme en ce qui concerne les écoles primaires :
Situation des établissements scolaires communaux de Paris au 1er ja?ivier J87'J et au 1er janvier
Laïques.
Cou gré g.
Laïques.
Congréj.
Écoles de garçons.. 97
— de tilles.... 94
— maternelles. 92
Total.
En 1879, à l'arrivée de Hérold à la préfecture de la Seine, les sommes inscrites au budget de l'enseignement primaire s'élevaient à 12 305 ddl fr. ; le budget de 1882, dressé avant la mort de Hérold, affecte pour le même ordre de dépenses une somme de 21 453 132 fr.
Telle était l'œuvre à laquelle Hérold s'était voué et qu'il a poursuivie et presque entièrement accomplie à Paris : ce sera l'un des traits les plus marquants dans l'histoire de notre époque. [M. Berthelot, de l'Institut.]
HESSE. — Le grand-duché de Hesse-Darmstadt a une superficie de 7 678 kilomètres carrés, et une population d'environ 900 000 habitants. Ses principales villes sont Darmstadt, la capitale, Mayence, Offenbach, Worms, Giessen. L'histoire de l'instruction primaire dans ce petit Etat, comme dans les autres pays allemands, commence à la Réforme. Une décision du synode de Homberg, en 1526, ordonna la création d'écoles de garçons dans toutes les villes, bourgs et villages. Au xvne siècle, une ordonnance sur le même sujet porte que tout village doit posséder une école (1653). En 1724 et en 1733 parurent des ordonnances scolaires qui sont restées en vigueur jusqu'au premier tiers de ce siècle. Des écoles normales furent fondées à Bensheim en 1803 et à, Friedberg en 1817. L'édit scolaire (Schul-Edict) de 1832 réorganisa l'instruction publique dans le grand-duché; les écoles primaires furent soustraites à la domination de l'Eglise, et placées sous le contrôle d'une autorité laïque, le Conseil scolaire supérieur (Oberschulrath) ; il y eut en outre dans chaque arrondissement une commission scolaire d'arrondissement (Kreisschulcojyimission), et dans chaque commune un comité scolaire local (Ortsschulvor stand); la surveillance de l'enseignement secondaire était remise h une Direction supérieure des études (Oberstudiendirection). Toutefois le clergé avait conservé une grande influence, et à la suite des événements de 1848 il ressaisir, complètement son ancien pouvoir : le Conseil scolaire supérieur fut supprimé, les attributions en furent transférées à la Direction supérieure des études ; les ecclésiastiques devinrent présidents de droit des comités scolaires locaux. Cet état de choses a duré jusqu'à la promulgation de la loi du 16 juin 1874, qui est conçue dans un esprit libéral et qui a affranchi de nouveau l'école primaire de la tutelle de l'Eglise. C'est cette loi qui