‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 544 sur 547 · Ecoles. — Le nombre des écoles était · texte numérisé non relu

Ecoles. — Le nombre des écoles était

en 1869 de 13 798

Ce nombre s'est accru en dix ans de 2 026 écoles (12.80 %)i soit en moyenne 200 par an.

Les écoles primaires se divisent, d'après leur programme, en trois catégories :

Ecoles élémentaires 15 652

— supérieures 71

— bourgeoises 101

Total ' 15 824

Le progrès du nombre des écoles depuis 1877 est résumé dans le tableau suivant :

École? Écoles primaires Écoles .

primaires, supérieures, bourgeoises. lolal.

Division des écoles d'après leur nature :

Écoles d'État 479

— confessionnelles 13 688

— communales 1419

— privées 238

3. Maisons d'école et mobilier scolaire. — Sur les 15 824 maisons d'école, 14 350 étaient la propriété des écoles qui les occupaient ; 1474 étaient des immeubles en location. Les maisons d'école comprenaient un total de 21 838 salles de classe, ce qui donne une proportion moyenne de 60 élèves par salle de classe. On comptait 16 091 logements d'instituteurs ; 9006 écoles avaient des pépinières; 4519 des jardins scolaires; 6183 des locaux pour la gymnastique. Les salles d'école étaient munies de 26 0 i6 tableaux noirs ; de 10 773 collections pour l'enseignement de l'histoire naturelle; de 5S82 collections pour l'enseignement de la physique; de 12 337 globes ; de 32 888 cartes murales ; de 9608 bouliers. Les bi-

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bliothèques scolaires et communales étaient au nombre de 4814.

Dans les dix dernières années, un grand nombre de belles maison? d'école, en pierre ou en briques, ont été bâties, grâce surtout à la générosité de l'État. On évalue à :*<>() par an, on moyenne, ' le nombre des maisons d'école construites depuis 18(53. Les bâtiments scolaires de la capitale et ceux de quelques autres villes n'ont à redouter la comparaison avec ceux d'aucun pays européen. Il faut avouer toutefois que la proportion des maisons d'école qui se trouvent dans des conditions prescrites par la loi, proportion qui s'élève à 68 0/0 dans quelques comitats, descend ailleurs à 21 0/0. Dans beaucoup de villages, surtout dans les villages roumains, ce qu'on appelle maison d'école est trop souvent une misérable hutte, étroite, obscure et malpropre, munie d'un mobilier primitif et ne possédant pour tout matériel d'enseignement qu'un psautier. A voir l'état où, quatorze ans après la loi de 1868, se trouvent encore un si grand nombre des écoles confessionnelles de la «Hongrie, on peut deviner ce qu'elles ont dû être à une époque un peu plus éloignée de nous.

4. Personnel enseignant. — Le nombre des instituteurs et institutrices était en 1869 de 17 192; en 1876, de 20 125 ; en 1818, de 21 190; en 1879, de 21 521; en 1880, il s'élevait à21 664. L'augmentation en dix années a été de 3872 (17.87 0/0). Le nombre des écoles ne s'étant accru pendant ce même temps que de 12.80 0/0, l'augmentation du nombre -des maîtres surpasse celui des écoles de 5 0/0.

Voici la division des instituteurs et institutrices selon leurs qualifications :

Brevetés. Non brevetés. Titulaires. Adjoints.

Le nombre des instituteurs brevetés s'élève •à 80 0/0. De 1868 à 1880 plus de 9000 instituteurs et institutrices ont obtenu des brevets de capacité ■élémentaires ou supérieurs.

Ce n'est point cependant une circonstance favorable que le nombre des instituteurs titulaires se soit abaissé en 1880.

Le fait que le chiffre des titulaires est plus ■considérable que celui des brevetés vient de ce que les instituteurs et institutrices qui, à l'époque de l'adoption de la loi scolaire, étaient déjà depuis un certain nombre d'années en fonctions et avaient fait preuve de capacités suffisantes, ont été dispensés de la formalité du brevet.

La moyenne des traitements était en 1880 de 268 "florins (920 francs) pour les instituteurs. C'est évidemment un taux trop bas ; car le minimum de traitement d'un instituteur, selon la loi, est de 300 fl. (750 francs).

Le nombre des instituteurs sachant enseigner •en hongrois la lecture et l'écriture s'élevait à 17 213; le nombre de ceux qui ne peuvent donner l'enseignement en hongrois était de 4451.

L'enseignement se donne en hongrois dans 7342 écoles; en roumain dans 2756; en slovaque dans 1716; en allemand dans 867; en ruthène dans 393; en serbe dans 2i5; en croate dans 68; il se donne en deux langues (dont l'une est le hongrois) dans 2287 écoles; en trois langues dans ' 102 écoles.

5. Inspection. — Les écoles sont réparties en 73 districts scolaires dans chacun desquels est placé un inspecteur nommé par l'État. Les districts scolaires coïncident le plus souvent avec les limites des comitats; mais il y a des exceptions. Certains comitats ont deux inspecteurs scolaires ; ailleurs un seul inspecteur doit surveiller les écoles de

deux comitats. La capitale Buda-Pest forme à elle seule un district scolaire.

Pour l'administration et la surveillance fies écoles, il y a deux autres et plus anciens types d'inspection : celle des confessions, et celle des communes, servant d'intermédiaire entre l'inspection locale et municipale et celle do l'État.

L'inspection communale est exercée par les conseils d'école. Toutefois les écoles communales sont placées directement sous l'autorité des inspecteurs de l'État, qui ont le droit d'intervenir au besoin dans l'administration.

Les écoles confessionnelles ont leurs inspecteurs ecclésiastiques, mais elles relèvent aussi indirectement de l'autorité des inspecteurs royaux. Si ceux-ci ont des abus ou des illégalités à signaler, ou des écoles non efficaces à fermer, leur action ne peut s'exercer que par l'intermédiaire des autorités scolaires confessionnelles compétentes, auxquelles ils doivent en référer. Les écoles confessionnelles ne reçoivent aucune subvention de 1 État. Sous le rapport du nombre des classes, des branches d'enseignement, de la disposition des bâtiments scolaires, elles sont tenues de se conformer aux prescriptions de la loi sur l'instruction primaire.

6. budget scolaire. — Les dépenses de l'instruction primaire se sont élevées en 1880 à la somme totale de 10 057 149 florins (25 142 892 francs) ; ce chiffre forme le 13.32 0/0 des impôts directs du royaume. Les ressources de ce budget se décomposent comme il suit : revenus des fonds et legs scolaires,! 134 576florins;ressourcescommunales, 3,583,114 florins (quelques communes subventionnent aussi des écoles confessionnelles); sommes versées par les paroisses, 2 543 698 fl. ; sommes versées par l'Etat, <>89 370 fl.; rétribution scolaire, 1 392 327 florins. La moyenne de la rétribution scolaire pour un élève est de 87 kreutzers (un peu plus de 2 francs) par an. L'instruction d'un élève coûte en moyenne 6 fl. 40 kr. (environ 16 francs) par an.

Les dépenses se répartissent de la façon suivante : pour les traitements du personnel enseignant, 7 985 948 florins, (dont 639 366 florins pour les maîtres adjoints); pour le matériel scolaire, 122 526 florins ; pour éclairage et réparations, 820 052 florins; pour fourniture de livres aux élèves indigents, 97,861 florins; pour différents postes, 1 030 762 florins.

7. Ecoles primaires supérieures et bourgeoises. — Le nombre des élèves des écoles primaires supérieures et bourgeoises s'élevait à 11,991 (dont 6337 étaient des filles). Ces écoles comptaient 954 instituteurs ou institutrices. La plupart de ces écoles étaient entretenues entièrement par l'Etat ou subventionnées par lui.

La moyenne des traitements dans les écoles primaires supérieures était de 508 florins, dans les écoles bourgeoises de 704 florins. La moyenne des dépenses par élève était de 6i florins et demi.

8. Ecoles normales. — Le nombre des écoles normales était en 1869 de 45 (3S pour les instituteurs et 7 pour les institutrices) ; ce nombre s'élevait en 1880 à 70, dont 53 pour les instituteurs et 17 pour les institutrices. 24 de ces établissements sont des écoles de l'Etat (18 pour les instituteurs et 6 pour les institutrices). Les autres appartiennent à diverses confessions, savoir : 23 à l'Eglise catholique romaine; 8 à l'Eglise grecque; 4 à l'Eglise calviniste; 9 à l'Eglise luthérienne; 1 à la religion israôlite ; il y a en outre 1 établissement privé.

L'enseignement était donné dans ces écoles par 617 maîtres ou maîtresses, dont 270 pour les écoles de l'Etat.

Le nombre total des élèves des écoles normales s'élevait en 1880 à 4333 (3050 élèves-maîtres et

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1283 élèves-maîtresses), qui étaient divisés en 206 classes. Les écoles de l'État comptaient 1242 élèves-maîtres et 785 élèves-maîtresses.

L'entretien des 70 écoles normales coûtait 725 356 florins, dont 608 971 florins pour les écoles de l'Etat. Un maître titulaire reçoit dans les écoles normales de l'Etat 1100 florins de traitement; le directeur touche 200 florins en sus. Un élèvemaître coûte en moyenne à l'Etat 258 florins par an. A 43 écoles normales étaient jointes des écoles annexes, qui comptaient 4502 élèves et 108 maîtres ou maîtresses.

Il a été délivré à la fin de l'année 1880-81 1224 brevets de capacité, 846 à des instituteurs et 378 h. des institutrices. Il est à noter que les élèves en sortant de l'école normale sont autorisés à se présenter immédiatement à l'examen pour le brevet de capacité.

L'Etat remédie jusqu'à un certain point au défaut d'une préparation spéciale des instituteurs de différentes nationalités pour la langue hongroise au moyen des cours de langue hongroise, qui ont lieu dans certains comitats une fois par an et qui durent 4 à 6 semaines. On y donne des directions pédagogiques aux instituteurs en fonctions. Ces cours spéciaux ont été donnés en 1880 dans 10 écoles normales ; 835 instituteurs non-hongrois les ont suivis avec une grande assiduité.

Des cours spéciaux de gymnastique ont eu lieu dans 5 localités, et ont été suivis par 153 instituteurs; la plupart de ceux-ci ont obtenu le brevet spécial d'aptitude pour l'enseignement de la gymnastique.

9. Autres écoles se rattachant à l'enseignement primaire. — «) Ecoles enfantines et crèches. — La Hongrie comptait 278 écoles enfantines. Les écoles du premier âge ne sont pas obligatoires, mais le gouvernement et l'opinion publique se pont expressément prononcés en faveur des jardins d'enfants. La création des écoles enfantines remonte, en Hongrie, plus haut qu'on ne le croit généralement. C'est en Hongrie que l'idée du jardin d'enfants a été réalisée pour la première fois : le zèle de la comtesse Thérèse de Brunswick * a créé à Buda, dès 1828 (douze ans avant que Frœbel ouvrît le jardin d'enfants de Blankenburg), le prototype de ces établissements, nommé alors Jardin des anges (Angyalkert) et aujourd'hui Ovodâ, garderie de petits enfants. Un collaborateur de la comtesse de Brunswick, Mathias Kern, instituteur allemand, organisa plus tard à Vienne, où il avait été appelé dans ce but, des garderies de petits enfants sur le modèle hongrois. Bon nombre de jardins d'enfants sont organisés aujourd'hui en Hongrie d'après le système de Frœbel. Ces établissements comptaient, en 1880, 29 782 élèves, dont 13 992 garçons et 15 790 filles; le personnel enseignant se composait de 419 instituteurs ou institutrices (dont 237 brevetés). Les dépenses de ces établissements se sont élevées à la somme de 212 656 florins, y compris 10 883 florins provenant de subventions de l'Etat. L'école normale de Budapest pour former des instituteurs et des institutrices qui se destinent à l'enseignement dans les jardins d'enfants, a reçu de l'Etat une subvention de 10 000 florins.

La première crèche a été fondée à Buda-Pest en 1851 par une société ; il existe actuellement trois de ces sociétés dans la capitale et une dizaine d'autres dans le reste du pays.

b) Ecoles indîistrie/les et agricoles, — L'enseignement professionnel est représenté par quelques établissements. Il existe à Buda-Pest et à Kassa deux écoles professionnelles techniques avec 97 élèves et 16 maîtres. Les études sont réparties en trois groupes : a) pour les architectes, 6) pour les mécaniciens, et c) pour les chimistes.

Une dizaine d'écoles primaires supérieures don-

nent dans des classes complémentaires un enseignement industriel et agricole avec un succès assez variable. L'enseignement pratique de l'agriculture et de l'horticulture est une des matières obligatoires dans les écoles normales et communales. L'enseignement spécial agricole est représenté par une académie d'agronomie (13 professeurs et 205 étudiants), par 4 écoles moyennes, organisées et entretenues par l'Etat (267 élèves) ; 6 fermes-écoles ; 4 écoles de viticulture. — L'industrie domestique a été introduite dans la plupart des écoles normales de l'Etat où les élèves-insti-, tuteurs et institutrices reçoivent des leçons de travail manuel, afin d'être mieux en état de diriger cet enseignement à l'école primaire. — Une dou-j zaine d'associations ont fondé et entretiennent 27 écoles de travail, où les élèves (au nombre de 975) apprennent sous 66 maîtres à confectionner divers produits appartenant à l'industrie domesti-f que. Ces écoles ont reçu une subvention de l'Etat de 40 871 florins. Des cours industriels ont été donnés dans 152 écoles, dont 61 sont subventionnées par l'Etat, et suivis par 6100, élèves.

Une centaine d'écoles manuelles d'apprentissage, i annexées aux écoles bourgeoises, sont en voie de création.

Il faut signaler encore l'école nationale de des- ; sin, qui sert en même temps d'école normale pour ' la formation de maîtres de dessin. L'école comptait 100 étudiants durant le semestre d'hiver 1x80- 81, et 94 (dont 8 jeunes filles) durant celui d'été, ; divisés en trois groupes. L'âge des étudiants était de 16 à 28 ans. 15 élèves étaient boursiers de l'Etat; 12 d'entre eux ont reçu le brevet d'aptitude à l'enseignement moyen et primaire du dessin.

c) Ecoles de commerce. — La Hongrie compte 35 écoles de commerce du degré primaire ; 10 du degré supérieur, plus l'académie de commerce de Buda-Pest. Ces 46 écoles comptaient 3 053 élèves et 215 maîtres. Elles sont entretenues pour la plu-: part par des communes et des sociétés. Le mon-| tant total des dépenses s'élevait à 113 102 florins, dont 12 000 fl. fournis par l'Etat.

d) Institutions pour les aveugles et les sowds- , muets. — Il existe à Buda-Pest une institution d'aveugles comptant 83 élèves (58 garçons et ' 25 filles), dont 81 étaient des pensionnaires de l'établissement et 2 des externes. Les élèves sont divisés en trois classes. Le cours de musique vo- , cale était suivi par 72 élèves, et celui de musique instrumentale (orgue, piano et violon) par 54. Le but de l'institution est de pourvoir les aveugles de quelque métier utile. L'institution des sourdsmuets à Vâcz (Waitzen), fondée en 1801 par François Ier, a été agrandie en 1877, et le nombre de» classes a été porté de 6 à 8. Elle comptait en 1881 98 élèves (61 garçons et 37 filles). Il y a en outre à Buda-Pest une institution pour les sourds-muets israélites.

e) Orphelinats. — A Balaton-Fured se trouve un orphelinat pour les enfants pauvres et abandonnés. Le personnel enseignant se compose d'un directeur et de trois maîtres. Les élèves, au nombre de 61, sont divisés en trois familles et en 9 classes. A l'établissement est jointe une école pratique de vignerons, fréquentée par 8 pensionnaires et par 18 externes. Les revenus de l'orphelinat se sont élevés à 18 570 fl., dont 12 500 florins fournis par l'Etat.

Un grand nombre de sociétés ont fondé des orphelinats privés pour les enfants pauvres.

10. Institutions auxiliaires. — Il existe à Buda- Pest un musée pédagogique contenant une collection de livres scolaires, classés par pays, et une collection de matériel d'enseignement. Le ministère de l'instruction publique édite une grande quantité de livres classiques; il en a vendu en

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1880 pour une somme de 83 000 florins, et en a distribué gratuitement pour une valeur de 9 42» florins.

La caisse de retraite des instituteurs primaires possède un capital do 2 334 599 florins ; elle a payé en 1880 aux veuves et aux orphelins d'instituteurs une somme de 39 226 florins.

La société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices, nommée Eotvôs-alap (fondation Eôtvôs), créée en 1876, fonctionne régulièrement et se trouve dans une situation florissante. Elle compte à peu près 4000 membres, et distribue chaque année en secours à ses adhérents nécessiteux des sommes s'élevant do 50 à 100 florins, et un grand nombre de bourses (de 50 à 200 florins) pour les fils de ses adhérents, qui fréquentent des écoles moyennes ou supérieures. La société a distribué en 1882 2 500 fl. en bourses et 500 florins en secours. L'actif de la fondation au 1er janvier 1882 était de 8 561 fl.

Les caisses d'épargne scolaires font de rapides progrès. A la fin de l'année 1880-81, les caisses étaient au nombre de 425 ; les sommes déposées s'élevaient à 47 000 florins.

Grâce à l'initiative du ministère de l'instruction publique, les sociétés scolaires de districts (au nombre de 147) se sont réunies en une association générale, dont l'organe est une assemblée formée sur une base représentative. Cette assemblée s'est réunie pour la première fois en août

1881 à Buda-Pest,pour discuter des questions pédagogiques et administratives. Les assemblées auront lieu une fois tous les deux ans. Le comité exécutif de l'assemblée est permanent et prépare les questions pour la discussion générale.

Le journalisme pédagogique hongrois date de 1841. La Hongrie compte actuellement 25 journaux et revues traitant de questions pédagogiques. Il faut signaler le Journal des instituteurs (Néptanitôk Lapja), hebdomadaire, fondé par Eôtvôs en 1868, édité à 10 000 exemplaires par le ministère de l'instruction publique et envoyé gratuitement aux écoles primaires.

Conclusion. — Les détails que nous venons de donner font voir qu'en matière d'instruction primaire, la Hongrie n'a pas à redouter la comparaison avec beaucoup de pays européens. Le progrès est considérable depuis la promulgation de la loi scolaire de 1868. En quatorze années, le budget scolaire a triplé. La fréquentation des écoles s'est accrue de 31 0/0 chez les Hongrois, de 19 0/0 chez les Allemands, de 38 0/0 chez les Roumains, et de 51 0/0 chez les Serbes. La diversité des confessions religieuses est souvent un grand obstacle au progrès : là où la population aurait été suffisante à la prospérité d'une bonne école mixte quant aux cultes, deux ou trois écoles confessionnelles végètent.

La Hongrie est un pays polyglotte. L'usage de son idiome propre est garanti à chaque nationalité ; mais comme le hongrois est la langue de l'administration, à partir de 1883 la langue hongroise sera enseignée dans toutes les écoles comme branche obligatoire. [L. Felméri]

HONNEUR. — Ce mot est compris de tout le monde, et pourtant il n'est point aisé d'en marquer nettement la signification complexe.

Il implique un mélange do qualités diverses, mais qui toutes ont ce caractère commui. do se rattacher au sentiment de la dignité personnelle. La loyauté, la droiture et le courage sont les trois vertus cardinales de « l'homme d'honneur ». Mais elles ne suffisent point, à elles seules, à le constituer. Il y faut ajouter ce légitime orgueil qui fait que l'homme a conscience de son mérite, qu'il le prise à sa valeur, et qu'il réclame d'autrui la juste estime qu'il a de lui-même. Si l'humilité est une vertu, comme il n'en faut pas douter, elle n'entre

à coup sûr qu'à dose mesurée dans la composition de l'honneur.

Ainsi compris, rien de moins invariable que ce sentiment. 11 est un produit de la société ; il résulte des conditions d'estime réciproque qui règlent les rapports des hommes entre eux. La considération, les convenances, lesusages, la mode, les lois, les mœurs, les climats, les âges le modifient. L'honneur commande au Japonais de s'ouvrir le ventre avec grâce, à la veuve hindoue de monter en souriant sur le bûcher funèbre de son époux, au Peau-rouge d'user envers son ennemi de fourberie ingénieuse, d'astucieuse prudence, et de garder dans les supplices une constance farouche.

L'honneur des peuples civilisés a varié selon les époques et selon les classes sociales. Dans le monde antique, il ne différait pas de ce que nous appellerions l'honorabilité. L'homme d'honneur, c'était l'honnête homme, c'est-à-dire le citoyen « vertueux » qui satisfaisait sans défaillance à tous les devoirs de la vie publique et privée. Rien d'artificiel ni de faux ne se mêlait encore à cette conception profondément humaine et tout ensemble profondément morale de la dignité personnelle. La notion de l'honneur commença de se modifier au moyen-âge : la chevalerie, avec son idéal à la fois héroïque et puéril, y apporta je ne sais quoi de plus brillant, de plus léger et d'essentiellement aristocratique. On mit au premier rang la loyauté, considérée comme fidélité au roi ou au suzerain immédiat. Les lois d'ordre moral ne parurent plus suffisantes : il en fallut créer de nouvelles, toutes de convention, qui composèrent « le code de l'honneur », et dont Cervantes, dans son immortel pamphlet, a fait ressortir le caractère artificiel et chimérique. De cette époque date « le point d'honneur », locution assurément singulière, mais qui peint énergiquement ce qu'avait d'étroit et de raffiné cette conception du respect de la personne morale. Il va sans dire qu'ainsi perverti, dérivé de sa signification naturelle, l'honneur fut l'apanage exclusif de la noblesse. L'homme sans naissance put connaître la vertu, mais il ne connaissait pas l'honneur; l'opinion publique, strictement bornée à l'opinion des classes supérieures, ne pouvait ni honorer ni flétrir le vilain : elle l'ignorait. La Révolution, en brisant les barrières sociales, a fait tomber ce monopole dans le domaine public, et aujourd'hui il n'est pas besoin d'avoir des aïeux pour être et se dire homme d'honneur. Le mot et la chose appartiennent à tous, et à titre égal, comme en témoigne le langage courant : le négociant fait honneur à sa signature, le médecin ou l'avocat ont l'honneur professionnel, le simple soldat garde l'honneur de l'uniforme, chacun enfin peut donner sa parole d'honneur. Il va de soi que cette vulgarisation n'a pas été sans apporter à la notion de l'honneur de profondes modifications. Au fond, elle n'a fait que la ramener à son acception première et naturelle. Notre société démocratique est revenue, sur ce point comme sur d'autres encore, aux idées et aux mœurs de la démocratie antique. C'est dire que la naissance et l'esprit de caste n'ont plus de part à la constitution de l'honneur moderne. Lorsque le gendre noble et ruiné de M Poirier s'écrie : « L'honneur, c'est l'honnêteté du gontilhonime », il ne dit là qu'une sottise, qui mérite la verte réponse de son roturier beau-père. Des esprits chagrins ont pu douter que le progrès fût bien réel, et se sont plaints qu'en cessent • l'habiter exclusivement les sommets de la société, cette fl"ur exquise de l'honneur ?'était quoique peu flétrie. C'est là une erreur ou une injustice. Ce qu'il a perdu en brillantes couleurs, en dehors séduisants, en fausse délicatesse, l'honneur l'a gagné en solidité et en profondeur morale. D'une vertu d'aristocrate il est redevenu

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uno vertu humaine. Il n'est de plus en pins, nous l'avons dit, qu'un sentiment particulier de la dignité morale, la conscience de ce que l'homme se doit à lui-môme, et par conséquent la répugnance pour tout ce qui rabaisse et ravale le caractère, la crainte de ce qui est bas, petit, mesquin, la recherche de tout ce qui relève, ennoblit et illustre la personne morale et l'entoure do considération. Nous ne voyons pas, en vérité, qu'il y ait là autre chose qu'un progrès de la conscience publique.

A dire vrai, ce progrès est encore bien incomplet. Comme tous les sentiments humains, et plus que bien d'autres, celui-ci est sujet à errer. Une conception parfaite de l'honneur exigerait un sens toujours juste des vraies conditions de la noblesse spirituelle. Il faudrait pour cela que la morale du monde ue s'écartât en aucun point de la morale véritable, en sorte que le respect humain, la crainte du ridicule, l'amour-propre, la soumission aux usages, ne pussent conseiller rien que de conforme aux principes de la justice. Cet idéal n'est pas encore près de se réaliser. La tradition chevaleresque, par exemple, n'est pas si complètement effacée de nos mœurs qu'il n'en soit resté quelque chose de conventionnel et de faux dans la façon dont bien des personnes comprennent l'honneur: encore aujourd'hui trop de gens en font surtout une apparence, et le placent, non dans la grandeur morale, mais dans l'observation pointilleuse et puérile de règles extérieures. Le duel est un de ces legs déplorables que nous a faits le moyen âge, et qui fausse encore aujourd'hui notre idée de la dignité personnelle.

L'homme ne s'honore pas seulement lui-même; il honore également tout ce qui lui tient de près, tout ce qui fait partie de lui. Ainsi naît l'honneur du nom, qui est le respect de soi dans la personne des ancêtres, des parents et des enfants; ainsi naît surtout l'honneur national, qui n'est autre chose que l'honneur de la grande famille à laquelle appartiennent tous les hommes d'un même pnys, le respect et l'amour d'un patrimoine commun de gloires.de désastres, de souvenirs et d espérances.

Il n'y a pas de doute que ce ne soit là un sentiment, ou un ensemble de sentiments qu'il importe de créer de bonne heure chez l'enfant et de diriger avec le plus grand soin. Mais il serait vain de cherchera formuler des règles techniques pour la culture de l'honneur. Il en est de ce point de l'éducation morale comme de tous les autres : il ne se peut isoler de l'ensemble de l'œuvre éducatrice; il y est au contraire étroitement relié. Il dépend, non pas tant de l'emploi de procédés spéciaux, que de l'esprit même qui anime la méthode morale.

Ces procédés existent cependant, et nous ne sommes pas de ceux qui prétendent qu'il ne les faut compter pour rien. Us forment un appareil pédagogique très complet. Les compositions ou concours, les « places » données publiquement et accompagnées au besoin d'une parole discrète d'encouragement ou de blâme, les bons points, les tableaux a d'honneur », enfin les prix et leur distribution entourée de quelque solennité, voilà des moyens que Ton peut varier à l'infini, et qui vont bien à leur but, qui est de provoquer l'émulation, de tirer au jour le mérite et le démérite, de révéler à l'enfant la juste valeur de l'un, la honte attachée à l'autre. Nous n'ignorons pas qu'il se produit en ce moment une vive réaction contre l'abus ou même contre l'emploi de ces moyens : tel établissement justement renommé les a proscrits entièrement. C'est là, selon nous, méconnaître l'efficacité réelle de tels procédés, peu propres à la haute éducation morale, nous l'accordons, mais dont on ne se passe point impunément. L'école, c'est l'apprentissage de la vie, ou plutôt c'est déjà la vie en raccourci. Dans l'école comme

dans la vie, il est un peu chimérique de trop compter sur la force intrinsèque de « la vertu » et sur l'aptitude de celui qui la pratique à trouver en elle seule sa récompense. Il sera toujours plus sage de l'aider d'abord de quelques soins et même de quelques honneurs, de la traiter un peu à la façon de ces plantes dont la venue est délicate et qui sont quelque temps avant de pouvoir se passer de protection et vivre par elles-mêmes. Le désintéressement absolu est une de ces qualités auxquelles il faut sans cesse faire appel sans jamais s'y fier entièrement, chez les enfants aussi bien que chez les hommes.

La vérité est qu'il convient de manier discrètement cet instrument pédagogique, de ne point donner à l'enfant l'habitude des hochets, le goût de la récompense extérieure, de lui enseigner plutôt la pratique du devoir pour le devoir. L'abus des procédés honorifiques est également fatal à l'instruction et à l'éducation.

Qu'il nuise à l'instruction, tout le monde l'aperçoit aujourd'hui. On sait, sans que nous insistions, ce que devient une classe qui ne travaille qu'en vue des compositions, des prix et des concours. Tout l'effort du professeur, quelle que soit sa bonne volonté, se porte fatalement sur la « tête » de la classe, laquelle n'est que l'élite, c'est-à-dire la petite minorité. Le reste des élèves suit tant bien que mal, plutôt mal que bien, un travail dont on les a désintéressés. Les faibles, les petits, le grand nombre enfin, sont écrasés dans la lutte ; ils disparaissent dans cette ombre de médiocrité où leur paresse finit par se plaire ; pour ceux-là, ce qu'ils ont pu avoir d'honneur, ils ne tardent pas à le perdre entièrement. Qu'est-ce donc lorsque ces désastreuses pratiques deviennent l'application d'un vaste système de centralisation, où le triage se raréfie de degré en degré pour aboutir à l'épuration suprême d'un concours général?

Cette critique, nous ne l'ignorons pas, porte surtout sur l'enseignement secondaire. Nos écoles primaires restent plus indépendantes, elles> vivent d'une vie plus individuelle. Toutefois, il nous paraît bon de signaler le danger possible. L'enseignement primaire aurait tout à perdre, s'il s'efforçait de faire passer de tels usages dans ses mœurs.

Il y perdrait même, au point de l'éducation, plus encore que n'y perd l'enseignement secondaire. Dans nos modestes écoles, où les « humanités » ne viennent pas ou viennent peu civiliser l'animal rude et égoïste qui dort en tout homme, il faut se garder plus qu'ailleurs de solliciter à l'excès l'esprit de personnalité, qu'il ne faut pas confondre avec l'esprit d'initiative. Il faut se défier d'un appareil de récompenses qui risque d'endurcir le caractère, de le porter à l'amour de la lutte, de lui désapprendre la mansuétude et le respect des faibles.

En somme, l'arme est à deux tranchants. Il s'agit de la manier avec une extrême circonspection, en se préoccupant sans cesse de ne blesser aucun organe, aucun sentiment vital. Avec ces réserves, nous pensons que l'emploi des récompenses est non seulement utile, mais nécessaire : il est un apprentissage précoce du classement que la vie manque rarement de faire entre les hommes, selon l'ordre de mérite, d'intelligence ou de travail ; et, pour un certain nombre d'enfants, dont l'esprit est plus positif et le cœur moins généreux, il est le seul stimulant efficace.

Toutefois, gardons-nous de croire qu'on atteigne par là a ces profondeurs de la conscience où prend racine l'honneur véritable. On ne fait qu'une œuvre tout extérieure, on ne rcmuo que la surface, on ne s'adresse qu'à l'amour-propre, sinon à la vanité. C'est plutôt, nous l'avons dit, à la méthode morale qu'il faut demander les moyen»

HONNEUR

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