‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 547 sur 547 · Conditions d'admission. — Elles sont au nombre de trois · texte numérisé non relu

Conditions d'admission. — Elles sont au nombre de trois

1° L'enfant doit avoir six ans révolus.

2° Il doit avoir été vacciné.

3° Il ne doit être atteint d'aucune maladie ou infirmité de nature à nuire à la santé des autres élèves.

1 La première de ces conditions intéresse plus qu'il ne semble l'hygiène scolaire. Il est évident que s'il se trouve, dans la classe, de très jeunes enfants, incapables de prendre part aux travaux communs et réduits à assister immobiles et silencieux à des exercices qu'ils ne comprennent pas, ces longues séances seront pour les pauvres petits une cause d'étiolement. Or, ceci arrive encore dans les communes privées de salle d'asile : là, l'école reçoit les enfants au-dessous de six ans. Il importe qu'en pareil cas l'instituteur se garde de mettre ces petits êtres au régime commun. Il devra, pour peu qu'ils soient nombreux, les réunir en une petite division, qui sera traitée, autant que possible, à la façon des élèves de salle d'asile. S'ils sont en trop petit nombre, le maître se bornera à leur octroyer des récréations supplémentaires, à interrompre fréquemment leurs petites leçons, enfin à modifier la discipline et l'enseignement, de manière à ne nuire ni à leur développement physique ni à celui de leur intelligence.

De la seconde condition, nous n'hésitons pas à dire qu'elle est parfaitement insuffisante, f.a science admet aujourd'hui que l'influence préservatrice du vaccin n'a qu'une durée très limitée, et qu'au bout d'un délai variant probablement entre cinq et sept années, le vaccin a cessé de conférer à l'organisme une immunité complète ou relative, le vacciné redevenant accessible à l'invasion de la variole. Or, la plupart du temps, la vaccination du nouvel élève remonte à près de six années, puisqu'il a été généralement vacciné peu de temps après sa naissance; c'est dire qu'à son entrée à l'école il a déjà perdu le bénéfice de l'inoculation ; il est comme s'il n'avait point été vacciné; il constitue, en cas d'épidémie variolique, un danger constant pour la santé scolaire. De là l'impérieuse nécessité des revaccinations. Il faudrait qu'elles fussent inscrites dans la loi, de manière que l'enfant fût contraint non seulement de fournir la preuve d'une vaccination récente, mais encore de faire renouveler l'opération, au cours de ses études, à l'époque présumée où expire l'immunité conférée par la précédente, c'està-dire au bout de cinq ans environ. Pour cela, le certificat du médecin devrait porter la date de la vaccination ; cette date devrait figurer dans un registre ad hoc, et chaque enfant serait tenu, à peine d'expulsion, de se faire de nouveau inoculer dès que reviendrait pour lui l'époque précitée. Le même registre ferait foi pour les vaccinations et pour les revaccinations. Ce n'est qu'au prix de ces dispositions rigoureuses que le règlement sera vraiment conforme aux données actuelles de la science : jusque-là nous ne craignons pas de dire qu'il reste, sur ce point , complètement illusoire.

L'importance de la troisième condition n'échappe

à personne ; il est évident que c'est un point capital d'hygiène que de veiller à n'introduire au sein de la classe aucun foyer de contagion : négliger ce point c'est ruiner par la base toute l'œuvre hygiénique et mettre en péril la population scolaire toute entière. Or, il faut bien l'avouer, l'instituteur est, en presque toutes les occasions, hors d'état de veiller à l'exécution rigoureuse de cette prescription. Sauf les cas où la maladie est des plus apparentes, où l'enfant tousse, souffre, a la fièvre, est difforme, infirme, etc., l'instituteur n'est nullement compétent; et, en somme, ces cas seront toujours l'exception, car il sera bien rare que les parents ne se soient pas aperçus d'un état morbide aussi manifeste, ou que, s'en étant aperçus, ils persistent à envoyer l'enfant à l'école. Au contraire, le cas le plus fréquent est celui où la maladie a des allures plus secrètes, plus silencieuses, et ne se révèle qu'à l'œil exercé du médecin. Tels sont, par exemple, les débuts de toutes les maladies parasitaires et de la gale ou de la teigne en particulier. Telle est trop souvent la période d'incubation des grandes maladies infectieuses. Il est trop évident qu'en ces circonstances, l'instituteur ne peut avoir la compétence nécessaire et ne pourra pas déjouer le péril.

Qu'y a-t-il à faire ? Une seule chose : faire intervenir le médecin là où lui seul est apte à juger. Ceci nous amène à l'une des questions les plus importantes, parmi celles qui touchent à l'hygiène de l'école, celle de Y inspection médicale. La surveillance exercée par l'homme de l'art s'impose de plus en plus, à l'Etat et aux communes, comme l'une des premières mesures préservatrices à organiser. Nous savons qu'elle existe dans quelques grandes villes, à Paris en particulier : mais là même elle est encore incomplète et n'offre pas toutes les garanties désirables. Il faudrait qu'elle constituât partout un service régulier, consistant en visites périodiques, contrôlées par des registres et par des rapports à l'appui. Ce serait là le seul moyen de soulager l'instituteur d'une responsabilité qui dépasse ses forces, et de lui permettre de s'abriter derrière l'autorité médicale pour réaliser plus sûrement les réformes nécessaires. D'ailleurs, on le voit aisément, la généralisation d'un tel service présenterait un intérêt scientifique de premier ordre : ce n'est qu'à ce prix que nous pourrons mener à bien l'étude des diverses réformes sanitaires, que nous serons dispensés d'avoir sans cesse recours aux documents étrangers et aux statistiques allemandes, américaines, anglaises, etc., et que nous connaîtrons effectivement nos écoles et nos écoliers.

"2. Maladies scolaires. — On trouvera à l'article Maladies, IIe Partie, d'amples développements sur ce point spécial. Nous nous bornons à appeler l'attention des instituteurs sur les réadmissions des élèves à la suite de maladies contagieuses. Ici encore, c'est notre ferme opinion, le règlement est en défaut, et devrait considérer le maître comme incompétent et le médecin commeleseuljuge.il serait d'importance capitale que l'instituteur fût en droit d'exiger de l'élève convalescent un certificat attestant que tout péril de contagion a disparu et que le retour de l'enfant ne comporte aucune menace pour la santé de ses camarades. Tant que cette obligation ne sera pas inscrite dans le règlement, on verra d'inévitables erreurs renouveler, au sein du milieu scolaire, une contagion qu'il eût été aisé d'éteindre sur place. En attendant une réforme si nécessaire, le maître devra s'armer d'une extrême circonspection ; il lui sera toujours aisé, avec quelque diplomatie, d'avoir l'avis du médecin de la famille, ou tout au moins celui des parents. S'il s'agit d'une fièvre éruptive, qu'il n'admette pas le convalescent avant que toute trace d'inflammation ait disparu de la peau. En cas de

coqueluche, qu'il exige que la toux ait complètement cesse. En général, qu'il ne reçoive l'élève guéri que lorsqu'il est déjà, depuis plusieurs jours, revenu à la vie normale, au plein air, à ses jeux ordinaires, qu'il n'a plus ni fièvre, ni pâleur, ni faiblesse, et qu'il a repris tous les dehors de la santé.

3. Propreté. — C'est là un point trop négligé, et qui pourtant intéresse également la salubrité et la dignité de l'école. Le maître devra procéder fréquemment à une visite minutieuse des enfants, examiner les mains, les oreilles, le cou, la tôte et jusqu'aux vêtements. La présence, dans le préau, d'une fontaine à vasque, lui permettra de se montrer exigeant, et d'obliger ses élèves à se laver, à se nettoyer avec soin avant de paraître devant lui. Il devra essayer, non point seulement d'obtenir cette propreté à l'aide d'une sévère discipline, mais encore d'en éveiller chez l'enfant l'amour, nous dirions volontiers le culte : il faut que l'enfant sente que la classe est un lieu de bonne compagnie, où l'on n'est reçu que si l'on y apporte une tenue convenable, des habits propres, un air de décence et de dignité.

4. Iiepas. — C'est généralement dans la pièce dénommée le vestiaire que les enfants des écoles primaires prennent leur repas de midi. Il serait préférable, selon nous, que, chaque fois que cela est possible, la collation eût lieu en plein air, et, les jours de pluie, sous un hangar ouvert, tel que celui dont nous avons parlé plus haut ; le vestiaire, pour peu que les enfants soient nombreux, ne tarde pas à receler, dans les fentes du plancher, dans les anfractuosités des murailles, des débris alimentaires qui, joints aux émanations des vêtements, vicient l'atmosphère de la pièce. En tout cas, la pièce, quelle qu'elle soit , où ont lieu les repas des élèves, doit être tenue avec une scrupuleuse propreté, balayée et lavée souvent, amplement aérée, et même ventilée, s'il est possible.

Dans les grandes écoles, lorsque la population scolaire est très considérable, une salle spéciale est nécessaire : elle doit être munie de tables et de bancs et constituer un véritable réfectoire.

L'instituteur ne se désintéressera jamais complètement de la surveillance des repas. Il veillera à ce que les enfants le prennent assis plutôt que debout ou en courant, et à ce que les plus forts ne prélèvent rien sur la part des petits. Au besoin, si le choix des mets lui paraît singulier, peu hygiénique, mal approprié à la constitution de l'enfant, il en prendra note pour signaler la lacune aux parents, mais en mettant à cette intervention toute la délicatesse désirable.

5. Récréations . — Il est bon que l'instituteur ne Tenonce jamais à exercer sur les récréations une surveillance discrète, et au besoin à y intervenir de sa personne. De quel prix la récréation est pour l'hygiène, nul ne l'ignore : il est de toute nécessité que les enfants l'utilisent au profit de leurs muscles, qu'ils courent, jouent, s'ébattent librement, sans toutefois s'exposer à des accidents dont le maître serait civilement responsable. Il importe extrêmement de conserver, dans l'enseignement primaire, aux récréations ce caractère de libre épanouissement, d'expansion enfantine et enjouée qu'elles ont, hélas ! perdu dans l'enseignement secondaire ; il importe, en un mot, que les enfants jouent. Que l'on ne se figure pas pouvoir impunément remplacer les jeux par des exercices gymnastiques: si les muscles n'y perdent rien, la santé intellectuelle et morale des enfants y perd beaucoup; c'est supprimer la détente complète de l'esprit, l'activité joyeuse et reposante ; c'est tuer l'enfant dans l'écolier. Nous n'avons pas à insister davantage sur ce point, qui sera développé ailleurs. Nous nous bornons à dire que

l'hygiène voit de mauvais œil l'envahissement de la récréation par la gymnastique, ou par l'enseignement professionnel, c'est-à-dire en dernière analyse par des leçons. Il n'y a 0°. récréation hygiénique que celle qui se passe tout entière à jouer. L'enfant ne pourrait que gagner à ce que le maître, loin de le gêner par une discipline trop stricte, se mêlât paternellement à ses ébats pour les diriger. C'est là, on le sait, une pratique familière aux écoles congréganistes, et dont il serait excellent de ne leur point laisser le monopole.

A ce propos, nous répéterons pour les promenades ce que nous venons de dire des récréations. La promenade doit être, tout au moins pour ce qui est des écoles de grande ville, un moyen de retremper les enfants dans la pure atmosphère des champs, de leur offrir pour leurs jeux un espace plus large, plus riant et plus salubre que leurs préaux ordinaires. Rien donc n'est plus contraire à l'hygiène bien entendue que de transformer la promenade en excursion scientifique et d'en faire une leçon déguisée.

6. Gymnastique. — La loi du 3 janvier 1880 a rendu la gymnastique obligatoire « dans tous les établissements d'instruction publique de garçons ». Depuis deux ans d'immenses efforts ont été faits pour faire passer cette grande et salutaire réforme du domaine administratif dans la pratique, dans les mœurs scolaires. Elle est cependant encore de trop fraîche date, elle est trop en dehors de nos vieux préjugés et de notre longue routine pour que l'on puisse tenir la partie comme définitivement gagnée. Il s'écoulera encore bien du temps avant que les maîtres regardent ce nouveau surcroît de travail, non point comme une besogne inférieure et rebutante, mais bien comme la moitié de leur tâche pédagogique, une moitié non moins importante que l'autre, avant qu'ils en viennent à l'exécuter avec conviction, avec plaisir, avant qu'ils en comprennent le rôle capital et sachent le faire comprendre de leurs élèves. Du reste, pour tout ce qui concerne ce point capital de l'hygiène scolaire, nous renvoyons le lecteur à l'étude spéciale qui lui est consacrée (V. Gymnastique, Ir* Partie).

7. Punitions. — L'hygiène est, sur ce point, d'accord avec la pédagogie moderne : elle proscrit les châtiments matériels, moyen primitif, barbare, servile d'obtenir l'obéissance. Elle n'est point sans défiance à l'égard des punitions écrites, des pensums ; elle ne les admet qu'à la condition qu'ils ne soient jamais portés à des dimensions abrutissantes ; il faut qu'ils restent un châtiment sans aller jusqu'à imposer à l'enfant une privation dangereuse de délassement et d'exercice. Rien n'est plus dangereux pour le corps et l'esprit d'un élève que d'être soumis à ce régime des interminables pensums : sa pensée s'y engourdit comme ses muscles ; mieux vaudraient encore les coups et les verges.

Est-ce tout, et l'hygiène de l'écolier tient-elle tout entière dans l'étude des conditions matérielles de sa vie? Non, sans doute, et, si les maîtres ont puisé dans l'enseignement de l'école normale le véritable esprit pédagogique, s'ils ont, en particulier, une vue profonde du mécanisme intime de la vie, ils savent que l'œuvre hygiénique reste incomplète et boiteuse tant qu'elle se borne aux phénomènes d'ordre physique. Ils ont compris que la vie n'est pas double, ici celle de l'esprit, là celle du corps ; qu'au contraire, elle est une, que toutes les parties en sont solidaires, que, si les désordres organiques ont leur contre-coup sur l'intelligence, c'est à charge de revanche ; qu'en un mot les conditions morales ont une influence directe sur le développement physique. Ce n'est point seulement dans un air vivifiant et pur de tout miasme que l'enfant peut puiser une vita-

lité pleine et saine ; il a aussi besoin, pour s'épanouir librement, d'une atmosphère d'autorité calme, d'équité, de bienveillance, de bonne humeur, de fermeté patiente. Il y a, pour tout dire, une hygiène morale, sans laquelle l'autre hygiène perd son prix véritable et reste comme suspendue

dans le vide. De celle-là, nous ne dirons rien ici : elle n'est point de notre ressort, parce qu'elle échappe à l'analyse scientifique ; elle est affaire de philosophie intime, de sens pédagogique, de moralité.

[Dr E. Pécaut.l

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