‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 88 sur 547 · Historique de l'école des aveugles. — H y a · texte numérisé non relu

Historique de l'école des aveugles. — H y a

dans l'histoire de l'enseignement des aveugles en France quatre périodes tranchées : — la création de l'école, — sa décadence, — sa régénération, — et son état actuel.

I. Origine et état primitif de l'institution de Paris (1786-1791). — Vers 1784 on parla beaucoup à Paris de Mlle Paradis, jeune Allemande devenue excellente musicienne, quoique aveugle, et, à son sujet, des aveugles qui s'étaient distingués dans les sciences, comme Saunderson en Angleterre, Wissembourg en Allemagne. Les aveugles pouvaient donc recevoir une éducation libérale, et être rendus, pour ainsi dire, à la société.

Un homme de bien, Valentin Hauy*, frappé de cette idée, ne l'abandonna plus. L'aveugle connaît, se dit-il, les objets à la diversité de leurs formes ; il ne se méprend pas à la valeur d'une pièce de monnaie : pourquoi ne distinguerait-il pas un a d'un f, si ces signes étaient rendus palpables? L'idée fondamentale sur laquelle devait reposer l'enseignement des aveugles était entrée dans son esprit. Il prit donc connaissance de tous les moyens employés jusque-là par des aveugles pour s'instruire, et conçut un Plan général d'institution pour les aveugles.

Haùy et Lesueur. — Le hasard le servit admirablement : il trouva un jeune homme d'une rare intelligence, François Lesueur, qui, devenu aveugle à l'âge de six semaines, tendait la main à la porte

d'une église; Lesueur avait seize ans. Hauy lui fit concecoir l'espoir d'un sort préférable. Le jeune homme, plein d'ardeur, fit deux parts de sa journée : l'une fut consacrée à pourvoir à sa subsistance, l'autre fut employée à des exercices intellectuels, et ces exercices amenèrent de prompts résultats ; le jeune Lesueur fut bientôt en état de montrer publiquement ce qu'il avait appris dans huit mois d'étude. Le fameux lieutenant de police Lenoir fut frappé des exercices de l'aveugle ; il communiqua ses impressions aux ministres d'alors ; ceux-ci voulurent être témoins à leur tour des exercices de Lesueur, et restèrent émerveillés.

Fondation de l'école. — Deux grands pas étaient faits : l'expérience avait prononcé, et l'attention était éveillée. La Société philanthropique, qui donnait à douze enfants aveugles un secours de 12 livres par mois, confia ces enfants aux soins d'Hauy ; et telle fut l'origine des écoles d'aveugles qui se formèrent depuis.

Rapport de V Académie des sciences. — Le suffrage des savants ne se fit pas attendre, L'Académie des sciences, appelée à juger la méthode d'Hauy, publia un rapport où elle disait : « Il emploie des caractères en relief que l'aveugle s'accoutume à reconnaître au toucher. Ces caractères sont séparés et mobiles comme ceux des imprimeurs ; on en forme des lignes sur une planche percée d'entailles où la queue du caractère s'engage. » Hauy avait aussi des caractères pour les chiffres et des signes pour la musique, le rapport le constate ; enfin, il avait des cartes géographiques avec les contours, les limites et les principales positions en relief. Au moyen de ces caractères et de ces cartes, Lesueur exécuta devant l'Académie différentes opérations avec célérité et facilité. « Non-seulement ce jeune homme est instruit pour lui-même », dit le rapport, « mais il est encore l'instituteur d'autres aveugles à qui il transmet ses connaissances par les mêmes procédés qui les lui ont fait acquérir. Nous avons vu cette école, qui présente un spectacle à la fois curieux et touchant : plusieurs jeunes aveugles, de l'un et de l'autre sexe, apprennent d'un maître aveugle aussi, reçoivent avec joie une instruction qui leur est donnée avec intérêt, et tous semblent s'applaudir de concert d'acquérir une existence nouvelle.»

Invention de l'impression en relief. — Peu de temps après, Hauy chercha le moyen de former des livres en relief à l'usage des aveugles ; et c'est, à proprement parler, en cela que consista surtout son invention. D'autres avaient employé des caractères mobiles, nul n'avait encore songé à en faire faire des livres en relief. « Nous observâmes, dit-il, qu'une feuille d'impression sortant de la presse présentait au revers toutes les lettres en relief, mais dans un ordre contraire à celui de la lecture. Nous fîmes fondre des caractères typographiques dans le sens où leur empreinte frappe nos yeux, et nous parvînmes à tirer le premier exemplaire qui eût paru jusqu'alors, avec des lettres dont le relief pût être distingué par le tact. »

Quelques années s'écoulèrent sans changements notables. La musique seule prit quelques développements parmi les élèves d'Hauy, et l'on voit en I7S7 et 1788 ces enfants exécuter dans plusieurs églises de Paris des motets composés pour eux, des marches chantantes aux processions de la Fête-Dieu, le tout suivi de quêtes au profit de l'institution naissante.

Cependant ia Révolution arrivait; la Société philanthropique, désorganisée par la dispersion de ses membres, ne fut plus en état de soutenir l'institut des aveugles. Hauy ne se fit pas illusion ; il comprit que tous ses efforts ne pourraient lutter contre la misère, et il implora le secours du gouvernement. L'État adopta les enfants aveugles.

AVEUGLES

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