II. PÉRIODE DE DÉCADENCE (1701-1814). — DoilX
décrets de l'Assemblée constituante réun:rent les deux institutions des sourds-muets et des aveugles en un seul et môme établissement, premier et malheureux exemple d'une réunion d'aveugles et de sourds-muots. Les événements qui remplirent la fin de 1792 ne laissèrent guère au gouvernement le loisir de s'occuper des aveugles.
En i 79-î, la Convention reconstitua l'institut en lui donnant plutôt le caractère d'un atelier que celui d'une école : les jeunes aveugles prirent même le titre d'aveugles travailleurs; c'était 1 esprit de l'époque. Mais l'allocation qu'ils recevaient était acquittée en assignats, et quand les assignats furent dépréciés, l'institut tomba dans un dénûment absolu.
Sous le Directoire, ils reçurent quelques encouragements. Mais le Consulat, trouvant que les aveugles travailleurs coûtaient trop à l'État, les réunit à l'hospice des Quinze-Vingts (arrêté du 4 nivôse an IX, sous le titre d'aveugles de seconde classe. Leur instituteur, placé sous l'administration du directeur de l'hospice, n'eut plus que le soin de l'éducation morale et de l'instruction des enfants, pendant deux heures par jour ; le reste du temps était consacré aux travaux manuels où il n'eut rien à voir. Bientôt enfin, par raison d'économie, Hauy fut mis à la retraite et la place de « premier instituteur de l'institution des aveugles travailleurs » fut supprimée. Cette suppression, cet acte d'ingratitude envers un tel homme, est une tache pour un gouvernement.
Au moment même où l'institution des jeunes aveugles était ainsi presque anéantie, il se formait dans son sein un élève qui devait être pour elle un objet de légitime orgueil. Le jeune Pcnjon parvint à se faire admettre comme externe aux cours du lycée Charlemagne, où il obtint en 1805 le premier prix de mathématiques; il obtint la môme année le 3e accessit au grand concours. L'année suivante il avait le premier prix au lycée, et le second au grand concours. L'aveugle suivait de tête tout ce qui se faisait au tableau, sans que le professeur eût besoin de rien changer à son enseignement. Il était autorisé à se faire accompagner par un petit conducteur, qui restait à son côté pendant la leçon et que, les jours de composition et de concours, on renfermait avec lui dans un cabinet, afin qu'il pût dicter son devoir en secret. Penjon fut en 1810 nommé professeur de mathématiques au lycée d'Angers.
Haûy lui-même fonda à Paris un pensionnat pour les aveugles qui eut peu de succès, les aveugles pouvant payer une pension n'étant pas nombreux. II en sortit cependant quelques élèves qui lui firent honneur, notamment un jeune belge du nom de Rodenbach, qui devint bourgmestre et représentant.