PARAPHRASE DU PSAUME CXLV
N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde, Sa lumière est un verre et sa faveur une onde Que toujours quelque vent empêche de calmer. Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre.
C'est Dieu qui nous fait vivre,
C'est Dieu qu'il faut aimer.
En vain, pour satisfaire à nos lâches envies, Nous passons près des rois tout le temps de nos vies A souffrir des mépris et ployer les genoux. Ce qu'ils peuvent n'est rien ; ils sont comme nous
Véritablement hommes, [sommes,
Et meurent comme nous.
Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière Que cette majesté si pompeuse et si fière Dont l'éclat orgueilleux étonnait l'univers; Et dans ces grands tombeaux, où leurs âmes hau-
Font encore les vaines, [taines
Ils sont mangés des vers.
Là se perdent ces noms de maîtres de la terre, D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre; Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de
[flatteurs, Et tombent avec eux d'une chute commune Tous ceux que leur fortune Faisait leurs serviteurs.
Malherbe (mort en 1628).
De sa puissance immortelle
Tout parle, tout nous instruit.
Le jour au jour la révèle,
La nuit l'annonce à la nuit.
Ce grand et superbe ouvrage
N'est point pour l'homme un langage
Obscur et mystérieux.
Son admirable structure
Est la voix de la nature
Qui se fait entendre aux yeux.
Dans une éclatante voûte Il a placé de ses mains Ce soleil qui, dans sa route, Eclaire tous les humains.
Environné de lumière, Cet astre ouvre sa carrière Comme un époux glorieux, Qui, dès l'aube matinale, De sa couche nuptiale Sort brillant et radieux.
L'univers, à sa présence, Semble sortir du néant.
Il prend sa course, il s'avance Comme un superbe géant.
Bientôt sa marche féconde Embrasse le tour du monde Dans le cercle qu'il décrit; Et, par sa chaleur puissante, La nature languissante Se ranime et se nourrit.
Oh! quêtes œuvres sont belles,
Grand Dieu ! Quels sont tes bienfaits!
Que ceux qui te sont fidèles
Sous ton joug trouvent d'attraits!
Ta crainte inspire la joie;
Elle assure notre voie,
Elle nous rend triomphants ;
Elle éclaire la jeunesse,
Et fait briller la sagesse
Dans les plus faibles enfants.
J.-B. Rousseau (mort en 1741).
(Contre le livre de Benserade, les Métamorphoses d'Ovide mises en rondeaux.)
A la fontaine où l'on puise cette eau
Qui fait rimer et Racine et Boileau,
Je ne bois point, ou bien je ne bois guère ;
Dans un besoin, si j'en avais affaire,
J'en boirais moins que ne fait un moineau.
Je tirerai pourtant de mon cerveau Plus aisément, s'il le faut, un rondeau, Que je n'avale un plein verre d'eau claire A la fontaine.
De ces rondeaux un livre tout nouveau A bien des gens n'a pas eu l'heur de plaire ; Mais quant à moi j'en trouve tout fort beau : Papier, dorure, images, caractère, Hormis les vers, qu'il fallait laisser faire A La Fontaine.
Chapelle (mort en 168C).