‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 138 sur 534 · MERCURE · texte numérisé non relu

MERCURE

MÉROVINGIENS

n'est donc en résumé que la conscience qui perçoit une seconde fois les phénomènes internes qu'elle avait déjà perçus. [Paul Rousselot.]

MER. — V. Océans.

MERCURE. — Chimie, XX. — Le mercure ou vif-argent s'appelle en grec et en latin hydrargyron ou hydrargyrum, c'est-à-dire argent liquide, d'où sa notation chimique Flg.

Propriétés physiques. — Le mercure est le seul métal liquide à la température ordinaire. Il est d'un blanc éclatant, et est doué au plus haut point de la propriété de réfléchir la lumière. Il est sans odeur. Sa densité est de 13,6. Il est très bon conducteur de la chaleur, d'où la sensation de froid qu'il produit quand y plonge la main. Il est très dilatable ; son coefficient de dilatation est 0,00018. Il est bon conducteur de l'électricité ; grâce à la facilité que l'on a de l'obtenir pur, et d'en avoir une colonne de dimensions parfaitement mesurables, on a pris pour unité de conductibilité électrique celle d'une colonne de mercure de 1 mètre de long et de 1 millimètre carré de section à la température de 0°.

Le mercure se solidifie à — 39°, 5. On a pu opérer sur le mercure solide pendant des hivers sibériens ; il tient alors par sa malléabilité, sa ductilité et sa ténacité le milieu entre le plomb et l'étain ; il désorganise les tissus animaux et produit, quand on le touche, une sensation analogue à la brûlure d'un fer rouge; sa densité est alors 14,4.

Le mercure bout à 3G0° ; la densité de sa vapeur est k.98.

Propriétés chimiques. — Chauffé au contact de l'air un peu au-dessous du point de fusion, le mercure absorbe lentement l'oxygène et se change en oxyde rouge. Il ne décompose l'eau à aucune température , ni en présence des acides. Les acides chlorhydrique. phosphorique, sulfureux, sulfurique faibles sont sans action sur lui; l'acide azotique et l'eau régale le dissolvent à froid; l'acide sulfurique concentré l'attaque à chaud en dégageant de l'acide sulfureux; il se combine à froid avec le chlore, le brome et l'iode, et, trituré en présence de l'eau, avec le soufre. Le mercure dissout un certain nombre de métaux en formant des amalgames, étain, plomb, zinc, argent, or; il ne se combine pas dans les conditions ordinaires avec le fer, le magnésium, l'aluminium, le platine.

Le mercure contenant des métaux en dissolution, autres que l'or et l'argent, peut se purifier à l'aide d'une petite quantité d'acide azotique qui dissout les métaux étrangers, et d'un lavage. La poussière, peut-être un oxydule qui le ternit, peut être enlevée en le filtrant dans un cornet ou un entonnoir ayant un très petit trou. Le dernier globule retenu par capillarité contient toutes les impuretés. On peut en tout cas le purifier par distillation.

Usages. — Le mercure sert à des préparations pharmaceutiques, à la confection des baromètres, thermomètres, manomètres, à l'étamage des glaces (vieux procédé insalubre tombant en désuétude), à la métallurgie de l'or et de l'argent, à l'amalgamation du zinc des piles, etc.

Composés. — Les principaux composés du mercure sont les suivants :

Oxyde rouge (bioxyde) obtenu par calcination du métal ou même de son azotate ; c'est la base d'une pommade célèbre contre les ophtalmies.

Oxyde noir (protoxyde ou suboxyde), sans importance. La poudre noire obtenue en triturant le mercure avec un corps gras paraît n'être que du mercure en très petits globules.

Bichlorure ou perchlorure (sublimé corrosif), obtenu par l'action directe du chlore ou de l'eau régale sur le mercure, ou par la distillation sèche d'un sel de peroxyde de mercure mêlé à du sel

marin ; corps soluble dans l'eau et surtout l'alcool, volatil au rouge sombre, cristallisable. Poison et remède violent, agent chlorurant, précieux pour la conservation des herbiers et autres objets d'histoire naturelle.

Protochlorure (calomel), obtenu par la trituration de 3 parties de mercure avec 1 de subrimé corrosif et lavage à l'eau bouillante, ou par distillation sèche des protosels de mercure avec le sel marin. Purgatif autrefois très employé, son usage diminue.

Iodure rouge (biiodure), obtenu directement ou par double décomposition. Employé en pharmacie, dans la teinture (coûteux et dangereux) ; il se dissout en grande quantité dans l'iodure de potassium. La dissolution saturée et concentrée est le liquide transparent le plus dense connu ; comme elle se mêle à l'eau en toute proportion, elle fournit des liquides de densités voulues entre 1 et 4, utiles au lapidaire et au minéralogiste, en leur permettant de séparer immédiatement des pierres précieuses semblables en apparence.

Sulfure (cinabre, vermillon) naturel ou artificiel ; il fournit, quand il est très finement pulvérisé, une très belle couleur rouje.

Parmi les divers sels, signalons seulement : le sulfate, employé pour la peinture et pour des piles puissantes de petite dimension ; l'azotate de bioxyde, cautérisant énergique ; l'eau en quantité lui enlève une portion de son acide et le transforme en sous-azotate insoluble blanc, réaction caractéristique du mercure ; le fulminate, qui sert à la préparation des amorces de canon et de fusil.

Etat naturel, extraction. — Le mercure se trouve surtout à l'état de sulfure, souvent imprégné de mercure métallique; les mines les plus célèbres sont celles d'Almaden en Espagne, d'Idria en Carniole, du Pérou et du Japon. Le procédé général consiste en une distillation du minerai avec une quantité convenable d'un corps propre à retenir le soufre, de la limaille de fer ou un mélange de chaux et de charbon. Les mines d'Almaden sont exploitées depuis 2 500 ans; Pline rapporte que de son temps les Romains en extrayaient annuellement 300 000 kilos; elles occupent aujourd'hui un millier d'ouvriers et fournissent 1 ÎOUOOO kilos par an; toutes les autres mines en fournissent ensemble 250 000. Le prix du mercure, de 4 à 5 fr. le kilo avant 1S25, est depuis cette époque porté à 10 ou 12 fr., par suite, dit Laboulaye, de la cession provisoire des mines d'Almaden à la maison Rothschild par le gouvernement espagnol.

Le vif-argent est un des corps sur lesquels les alchimistes se sont le plus exercés; grâce à sa propriété de dissoudre les métaux, ils comptaient en faire l'agent principal des transmutations qu'ils espéraient. Ils avaient donné aux métaux les noms des dieux ou des planètes : celui de mercure est le seul qui soit resté en usage, le mot de vifargent etsurtout celui d'hydrargyre ne s'employant presque pas. [Paul Robin.]

MÉROVINGIENS.— Histoire de France, III-IV. — L'histoire de la famille Mérovingienne, depuis la mort de Clovis *, peut se diviser en quatre périodes : 1° de 511 à 561, sous les fils de Clovis, les conquêtes des Francs continuent; 2° de 561 à 628, sous les fils de Clotaire Ier, les guerres civiles désolent l'empire franc; 3° de 628 à 638, le règne de Dagobert marque l'apogée de la puissance mérovingienne; 4° de 638 à 752 la décadence commence et s'achève ; c'est l'époque des rois fainéants et des maires du palais ; c'est l'avènement d'une nouvelle race, celle des Carlovingiens.

Première période (511-561).— Les quatre fils de Clovis se partagèrent, suivant la coutume germa, nique, l'armée et les trésors de leur père; ils s'é

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tablirent, pour exercer le commandement sur les peuples vaincus, dans quatre résidences différentes, Thierry à Metz, Clodomir à Orléans, Childebert à Paris, Clotaire à Soissons. Le nombre des leudes donnait la puissance militaire, les trésors assuraient le dévouement des leudes. Aussi les quatre fils suivirent-ils l'exemple de leur père : ils recommencèrent les expéditions pour contenter les Francs, les pillages pour enrichir le fisc, et les rahisons pour se ruiner et se massacrer les uns les autres.

Thierry conquit la Thuringe par la guerre et la perfidie. Il persuada à Hermanfried, un des rois thuringiens, déjà meurtrier de son frère Bertaire, de tuer son autre frère Baderic. « Si tu le tues, lui dit-il, nous partagerons son pays. » La femme d'Hermanfried , Amalaberge , ambitieuse et cruelle, le poussait également au crime. Un jour elle ne servit au roi que la moitié du repas. « Quand on se contente de la moitié d'un royaume, dit-elle, il faut se contenter de la moitié d'un repas. » Baderic fut tué. Thierry envahit aussitôt la Thuringe et vainquit Hermanfried ; puis, lui prodiguant les promesses et les serments, il l'attira dans son royaume, le conduisit de ville en ville et lui jura une amitié inviolable. Un jour, enfin, que les deux rois se promenaient seuls sur les remparts de Tolbiac, Hermanfried tomba du haut du mur, « poussé on ne sait par qui, » et se brisa la tête. Thierry occupa la Thuringe. Mais ses soldats étaient mécontents de ces expédi tions pénibles et peu fructueuses dans les forêts marécageuses de la Germanie ; ils sommèrent leur roi de les conduire en Bourgogne et le menacèrent de l'abandonner. Thierry, tout effrayé, leur dit : « Venez avec moi dans l'Auvergne qui s'est révoltée contre ma puissance; la terre est bonne et les habitants seront à vous ; mais surtout ne suivez pas mes frères ! » La malheureuse Auvergne subit à son tour les douleurs de l'invasion qu'elle avait évitées jusqu'alors, et les Francs emmenèrent de longues files de captifs liés deux à deux, qu'ils vendaient chemin faisant. « Bien ne fut laissé aux habitants, si ce n'est la terre, que les vainqueurs ne pouvaient emporter. »

Le fils de Thierry, Théodebert, lui succéda, et sembla possédé de l'esprit aventureux de ses ancêtres : il entraîna luO.OOO hommes en Italie, passa le Tessin sur un pont de cadavres, trompa et battit tour à tour les Goths et les Grecs qui se disputaient la vallée du Pô, et mourut au retour de l'expédition.

Sous son jeune fils, Théodebald, les maires du palais Leutharis et Bucelin entreprirent encore au delà des Alpes une expédition funeste à la fois aux envahisseurs et au pays envahi. Théodebald mourut (555), et le royaume des Francs de l'est ou Auslrasie fut partagé entre les autres rois.

Clodomir, roi d'Orléans, se tourna contre la Bourgogne où régnaient les deux fils de Gondebaud, Sigismond et Gondemar. La vieille reine Clotilde poursuivait contre les enfants de son oncle la vengeance du meurtre de son père. « Que je n'aie point à me repentir, avait-elle dit à ses fils, de vous avoir nourris avec tendresse ; que votre indignation ressente mon injure, et mettez vos soins à venger la mort de mon père et de ma mère. » Dans une expédition, Clodomir s'empara de Sigismond et le fit jeter dans un puits avec sa femme et ses enfants. Mais bientôt il fut puni de son crime; à la bataille de Vézéronce \5:}i) il tomba dans une embuscade et fut tué. Dix ans après, Childebert et Clotaire soumirent la Bourgogne à la domination franque.

Clotilde avait pris avec elle, à Paris, les trois enfants de Clodomir. Un jour, Childebert et Clotairo'se concertèrent et firent dire a leur mire :

« Envoie-nous les enfants, que nous les fassions rois. » La reine embrassa ses petits-enfants et les fit partir en disant : « Je croirai n'avoir pas perdu mon fils, si je vous vois régner à sa place. » Quand Childebert les tint en son pouvoir, au palais des Thermes, il envoya à sa mère Arcadius, un de ces Romains qui mettaient leur esprit de ruse au service des passions violentes des barbares. Celui-ci se présenta tenant d'une main une épée et de l'autre des ciseaux. « Très glorieuse reine, dit-il froidement, nos seigneurs, tes fils, te font demander conseil sur ce qu'on doit faire des enfants ; veux-tu qu'ils vivent la chevelure coupée, ou veuxtu qu'ils soient égorgés ? » Clotilde, stupéfaite et hors d'elle, s'écria dans l'égarement de la douleur : « S'ils ne sont pas rois, j'aime mieux les voir morts que tondus ! » Arcadius se hâta de se retirer, sans lui donner le temps de la réflexion, et porta cette réponse aux deux rois. Alors Clotaire prit le plus âgé par le bras, le jeta contre terre, et, lui plongeant un couteau dans l'aisselle, le tua impitoyablement. Son petit frère, tout tremblant, embrassa les genoux de Childebert, qui se laissa attendrir. Mais (.lotaire furieux : « Laissele, cria-t-il, ou je te tue à sa place! C'est toi qui m'as poussé à faire ceci, et voilà que tu manques à ta foi ! » Childebert lui jeta l'enfant; Clotaire le saisit et lui enfonça son couteau dans le flanc. Alors les serviteurs et les leudes de Clodomir firent irruption dans la chambre, enlevèrent le jeune Clodoald que ses oncles allaient tuer, et le déposèrent au monastère de Nogent, qui prit le nom de Saint-Clodoald ou Saint-Cloud. « Ces choses étant faites, dit Grégoire de Tours, Clotaire alla se promener tranquillement par la ville. »

Childebert étant mort (558), Clotaire resta seul roi. Les Saxons lui refusèrent le tribut et le battirent ; ses leudes le maltraitèrent et faillirent le tuer pour le forcer à les mener au combat; son fils, Chramne, se révolta ; il le saisit, l'attacha dans une chaumière avec sa femme et ses enfants, et y mit le feu. L'année suivante, il fut pris de la fièvre et disait en gémissant : « Que pensezvous que soit le roi du ciel, qui tue ainsi de si grands rois? » Et il rendit l'esprit (561). Il laissait quatre fils, Sigebert, Chilpéric, Gontran et Caribert.

Deuxième période (561-628). — Sous les fils et les petits-fils de Clotaire Ier, les Francs tournèrent leurs armes contre eux-mêmes . Sigebert fut roi d'Austrasie ou de Metz ; Chilpéric, roi de Neustrie ou de Soissons; Gontran, roi de Bourgogne ou d'Orléans ; Caribert, roi de Paris et d'Aquitaine. La mort de ce dernier en 567, et le partage de ses Etats entre ses frères, réduisit à trois le nombre des royaumes francs.

C'est à cette époque qu'éclata la guerre civile connue sous le nom de rivalité de la Neustrie et de l'Austrasie. Elle fut provoquée par la différence des mœurs des deux peuples francs et par la haine violente de deux femmes. Les Francs Austrasiens, établis sur les bords du Rhin et de la Moselle, près du berceau de leur race, avaient peu subi l'influence du christianisme et de la civilisation romaine; ils avaient conservé les institutions et les coutumes de la Germanie. Les Neustriens, au contraire, vivant au milieu des populations gallo-romaines, en avaient adopté les mœurs et les usages. Les deux peuples frères étaient ainsi devenus peu à peu étrangers l'un à l'autre. La rivalité de Brunehaut et de Frédégonde en fit des ennemis.

Le roi Sigebert, honteux de voir ses frères épouser des femmes de service et changer d'épouse à leur caprice, fit demander la main de Brunehaut, fille d'Athanagilde, roi des AVisigoths. Il l'obtint et célébra son mariage h Metz, au milieu d'un nombreux concours de leudes francs et de

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nobles gaulois. Rien n'y manqua, ni les longs et bruyants festins, ni les éclats de la gaieté germanique, ni les chants rauques des barbares, ni même les vers latins d"un Italien bel esprit, que tout le monde applaudissait pour avoir l'air de le comprendre, le poète Fortunatus. Tant de gloire donna de la jalousie à Chilpéric. Il renvoya sa femmeservante Frédégonde, et fit demander la main de la sœur aînée de Brunehaut, Galswinthe. Cette jeune princesse, d'un caractère doux et timide, vit cette alliance avec effroi, et sa mère partageait toutes ses anxiétés. « Sois heureuse, ma fille, disait-elle ; mais j'ai peur pour toi, prends bien garde. » Le roi Athanagilde, désireux de consolider son alliance avec les Francs, consentit à cette union. Chilpéric aima sa nouvelle femme d'abord par vanité, parce qu'elle était fille de roi, puis par avarice, parce qu'elle lui avait apporté une riche dot ; enfin il s'en dégoûta, et un matin la malheureuse reine fut trouvée étranglée dans son lit. Frédégonde reprit sa place. Sigebert, excité par Brunehaut qui voulut venger sa sœur, accusa son frère d'assassinat, conquit toute la Neustrie, mais fut assassiné devant Tournay par des émissaires de Frédégonde (575). Cette femme à l'âme féroce ne recula devant aucun crime pour assurer la couronne à ses enfants : elle fit périr tous les fils que Chilpéric avait eus d'une première femme, Audovère ; mais ses propres enfants furent emportés par la maladie. En 584, Chilpéric fut assassiné par une main restée inconnue ; quatre mois auparavant, Frédégonde avait donné le jour à un fils qui devait survivre à sa mère et lui succéder.

Pendant que Frédégonde épouvantait la Neustrie par ses crimes, Brunehaut faisait reconnaître en Austrasie l'autorité de son fils, Childebert II. Mais elle essaya vainement de soumettre à sa loi la sauvage indépendance des leudes. Des révoltes éclatèrent ; Brunehaut, revêtue de l'habit de guerre, voulut se jeter au milieu des hommes d'armes : « Femme, lui dit le chef des leudes, retire-toi, qu'il te suffise d'avoir régné sous le nom de ton mari ; maintenant, c'est ton fils qui rogne, et son royaume n'est pas sous ta garde, mais sous la nôtre. Va-t'en donc, de peur que les pieds de nos chevaux ne t'écrasent contre terre. » Brunehaut parvint cependant à reprendre son pouvoir, et, pour l'assurer contre de nouvelles révoltes des grands, elle ménagea à son fils Childebert l'alliance de son oncle Gontran, le plus doux et le plus pacifique des rois mérovingiens. Au traité d'Andelot (587), Childebert et Gontran se reconnurent héritiers l'un de l'autre au cas où ils mourraient sans enfants ; ils devaient rester unis contre les trahisons des grands ; et, pour s'assurer la fidélité de leurs leudes, ils leur garantissaient l'hérédité de leurs bénéfices, concession importante qui était un premier pas vers le régime féodal.

Forte de cette alliance , Brunehaut recommença la lutte contre Frédégonde. Mais ses soldats furent vaincus à Droisy, près de Soissons (593). Childebert mourut sans avoir pu réparer cette défaite. Ses deux fils Théodebert II et Thierry II régnèrent en Austrasie et en Bourgogne. Leur aïeule, Brunehaut, régente pendant leur minorité, tenta une fois encore le sort des armes. Frédégonde fut de nouveau victorieuse à Latofao (5^6), et mourut l'année suivante, au milieu de toutes les grandeurs, laissant la couronne à son fils Clotaire II.

Tout autre fut la mort de Brunehaut. Cette femme qui avait l'instinct de la civilisation voulut combattre la barbarie par des moyens barbares. Chassée de l'Austrasie par une révolte des grands, elle retrouva son autorité en Bourgogne et l'exerça avec une cruauté inouïe : elle fit lapider l'évêque de Vienne, saint Didier, et chassa saint Colomban de son monastère de Luxeuil. Un moment

elle réunit ses deux petits-fils contre Clotaire II, et, victorieuse à Dormans et à Etampes '600-604), elie enleva une partie de la Neustrie. Mais la discorde ayant éclaté entre Théodebert et Thierry, elle prit la défense de ce dernier et fit mettre à mort Théodebert. Les leudes furent indignés de tant de crimes et de tant d'ambition. A la mort de Thierry, ils offrirent à Clotaire II les deux couronnes d' Austrasie et de Bourgogne et lui livrèrent la vieille reine. « Lorsque Brunehaut fut amenée en présence de Clotaire, dit le vieux chroniqueur Frédégaire, celui-ci sentit se ranimer la haine furieuse qu'il lui portait, et il lui reprocha d'avoir causé la mort de dix rois francs. Ensuite, il la livra pendant trois jours à toutes sortes de tourments, et la fit passer sur un chameau a travers toute son armée. Après cela, elle fut attachée par les cheveux, par un pied et par un bras à la queue d'un cheval très vicieux qui la brisa, membre par membre, à coups de pieds, en l'entraînant dans sa course. » Ainsi se vengeaient les Francs de la femme énergique qui avait voulu les plier au joug de la loi et de la volonté royale.

Clotaire II (613-628) resta l'humble sujet de l'aristocratie qui l'avait fait vaincre. « Ce Clotaire était patient, instruit dans les lettres, craignant Dieu, grand bienfaiteur des églises et des prêtres, très charitable envers les pauvres, plein de bonté et de piété envers tous. Néanmoins il aima un peu trop la chasse des bêtes fauves, et, vers la fin, il prêtait trop facilement l'oreille aux suggestions des femmes. Il en fut vivement blâmé par ses leudes. » Le pauvre roi eut besoin de toute cette patience, dont le loue le vieux chroniqueur, pour porter le joug pesant que sa victoire venait de lui imposer. Il resta entre les mains des grands, conseillé, redressé, surveillé, réprimé. On lui fit assembler le fameux concile de Paris (615), réunion de leudes et d'évèques qui prit à tâche d'écrire dans la loi les conquêtes de l'aristocratie laïque et ecclésiastique. Le gouvernement fiscal et absolu que les Mérovingiens avaient essayé d'établir fut irrévocablement condamné , et la royauté fut réduite à l'impuissance. Rétablissement des élections canoniques, et, par conséquent, annulation de l'influence royale dans le choix des évêques; défense au fisc de mettre la main sur les successions dont un testament ne disposait pas, d'augmenter les impôts et les péages, d'employer les juifs pour les percevoir; responsabilité des juges et des autres officiers du roi; restitution des bénéfices enlevés aux leudes; défense au roi d'accorder à l'avenir des permissions pour enlever les riches veuves, les religieuses et les vierges; peine de mort contre celui qui oserait enfreindre un seul de ces articles : tels sont les principaux points de la Constitution perpétuelle dictée au roi par le Concile de 615. Tous les abus de l'autorité royale sont condamnés; ceux du gouvernement des grands vont commencer.

3e période (628-638). — Les Francs au septième siècle. — Le fils de Clotaire II, Dagobert (628-63S) fut le plus puissant des rois Mérovingiens. Après la mort de son frère Caribert, à qui il avait abandonné l'Aquitaine, il rentra en possession de cette province. A la même époque, il reçut l'hommage de Judicaël, duc des Bretons, et se trouva ainsi maître de tout l'empire des Francs. Il essaya de ramener un peu d'ordre dans cette société si troublée, et, reprenant les idées de Brunehaut. il voulut élever la royauté au-dessus des factions des grands. Il éluda les prescriptions de la Constitution perpétuelle et fit revivre le système de l'administration romaine. Sa cour devint aussi fastueuse que celle des empereurs : il siégeait, les jours de fête, sur un trône d'or massif forgé par saint Eloi, qui avait été orfèvre et directeur

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de la monnaie royale de Paris, avant do devenir évèque de Noyon. Dagobert bâtit l'abbaye de

Saint-Denis, dota les églises, mais écrasa le peuple d'impôts, ('.'lui qu'on a appelé le Sahmon des Francs a laissé après lui le souvenir d'une magnificence dont le dénùment de ses successeurs devait encore augmenter le prestige.

Quelles ont été les conséquences de l'invasion germanique, et en particulier de l'invasion franque, sur la constitution de la société gauloise? Elles ont été moins grandes qu'on ne le pense généralement. M. Fustel de Coulanges, dans un livre remarquable sur les fnstituti ?is politiques df ancienne Franc, a pu dire que l'invasion n'avait apporté en Gaule ni un sang nouveau, ni une nouvelle langue, ni un nouveau caractère, ni des institutions essentiellement germaniques.

Les Gaulois ne firent que changer de maîtres : au fisc impérial succède le fisc royal, au comié romain le ftrf barbare, à l'oppression systématique la domination brutale et fantasque. Toutefois les impôts se payèrent en nature plus souvent qu'en monnaie, et devinrent par conséquent moins écrasants. Les rois eux-mêmes ajoutent volontiers à leur titre ceux tout romains de prince, patrice, homme illustre. Ils prennent les insignes impériaux, la couronne d'or, le trône d'or, le sceptre, la clilamyde et la tunique de pourpre. Leurs images les représentent en costume d'empereurs romains et en robe consulaire. Bientôt même, ils sentirent qu'ils avaient besoin d'une administration dont les Romains connaissaient seuls le mécanisme. Ils les appelèrent à eux, les opposèrent à leurs leudes indociles et farouches, et consultèrent avec une véritable prédilection les évêques et les patrices romains.

Les terres de la Gaule formèrent trois sortes de propriétés. Les alleux étaient les lots tirés au sort entre les conquérants, qui y vivaient dans une indépendance absolue, obligés seulement au service militaire, lorsque l'assemblée générale décidait la guerre. Les bénéfices ou bienfaits étaient des portions distraites par les rois ou les chefs puissants de leurs propres domaines ; ils les conféraient à leurs compagnons ou fidèles sous certaines conditions. Tantôt viagers, tantôt héréditaires, tantôt révocables à volonté, tantôt temporaires, les bénéfices obligeaient toujours le détenteur à des services militaires et domestiques. Les terres tributaires, qui étaient les plus nombreuses, payaient un cens au trésor du roi ou à un propriétaire particulier.

Comme les terres, les hommes libres se trouvèrent répartis en trois classes. Les leudes francs ou gallo-romains demeuraient près du roi dans sa truste ou suite, ou bien ils étaient chargés de gouverner un ou plusieurs cantons en qualité de ducs ou de comtes. Les hommes libres, ahrimans ou rachimbourgg étaient les propriétaires d'alleux qui n'étaient pas com; agnons du roi. Leur nombre diminua rapidement, parce que leur isolement les exposait aux entreprises des grands. Les tributaires disparurent aussi peu à peu, les uns réduits au servage, les autres élevés au rang de bénéficiaires.

Il y avait en Gaule autant de lois que de nations, mais toutes avaient trois principaux caractères communs. Elles étaient purement pénales, c'est-àdire qu'elles ne s'occupaient qu'à réprimer les crimes et les délits. Elles admettaient la coutume du \\ chrrjeld ou composition, par laquelle un coupable pouvait toujours se racheter à prix d'argent. Enfin, elles instituaient dans l'instruction des procès les conjurateurs, qui attestaient par serment la véracité de l'une des parties. Toutes ces lois étaient des coutumes traditionnelles, originaires de la Germanie, qui furent rédigées postérieurement, la loi des Burgondes et celle des

Wisigoths à la lin du v" siècle, la loi Salique et relie d. s l'.ipnaires au COmmencemen t du \n\

La Loi salique est le monument capital de époque. Kédigée une première fois avant la conquête du bassin de la Seine par les Francs, elle a été l'objet de plusieurs rédactions p< dent l'une remonte à l'époque de Clovis. La loi Salique, dit Guizot flans son Histoire de lu civilisation '7i France, traite de toutes choses, du droit politique, du droit civil, du droit criminel, de la procédure civile, de la procédure criminelle, de la police rurale, et pèle-môle, sans aucune distinction ni classification. Quand on regarde de près au contenu de cette loi, on s'aperçoit que c'est essentiellement une loi pénale, que le droit criminel y tient presque toute la place. Le droit politique n'y apparaît qu'indirectement et par allusion à des institutions, à des faits qui sont regardés comme établis et que la loi n'a aucun dessein de fonder. Sur le droit civil, elle renferme quelques dispositions plus précises. C'est un Code pénal. On y compte ■ii'i articles de pénalité, et 65 seulement sur tous les autres sujets. Les délits prévus dans la loi Salique se classent presque tous sous deux chefs, le vol et la violence contre les personnes. Sur 343 articles de droit pénal. 150 se rapportent à des cas de vols, et dans ce nombre 74 articles prévoient et punissent les vols d'animaux. La loi entre à ce sujet dans les plus minutieux détails: le délit et la peine varient selon l'âge, le sexe, le nombre des animaux volés, le lieu et l'époque du vol. Les cas de violence contre les personnes fournissent 113 articles, dont 30 pour le seul fait de mutilation, également prévu dans toutes ses variétés. Lettc législation qui révèle des mœurs violentes, brutales, ne contient point de peines cruelles; elie semble porter à la personne et à la liberté des hommes libres au moins, un singulier respect; car, dès qu'il s'agit d'esclaves et même de colons, la cruauté brutale reparaît, la loi abonde en tourments et en supplices; mais potw les hommes libres, Francs et même Romains, elle est d'une extrême modération. Quelques cas seulement de peine de mort ; encore peut-on s'en racheter. Point de peines corporelles, point d'emprisonnement. L'unique peine écrite, à vrai dire, dans la loi Salique, est la composition, Wthrqeld, Widrigeht, c'est-à-dire une certaine somme que le coupable est tenu de payer à l'offensé ou à sa famtfie. Au Wehrgeld se joint, dans un assez grand nombre de cas, ce que les lois germaniques appellent le Fred, somme payée au roi ou au magistrat, en réparation de la violation de la paix publique; c'est l'amende. A cela se réduit le système pénal de la loi.

Quatrième période (638-752). — Les rois fatnéants. — Après le règne de Dagobert, la décadence des Mérovingiens commença : les descendants de Mérovée et de Clovis ne furent plus que les iois fainéants, tristes instruments aux mains des toutpuissants maires du )>alais *. Ces magistrats, qui avaient la surveillance générale de la maison et de la truste du roi, étaient devenus les premiers officiers du palais et les plus grands personnages après le roi. Réunissant à la fois les charges de l'État et les fonctions de la domesticité, ils se trouvèrent à la fin les chefs des leudes et les ministres de la royauté. Leur puissance avaitfgrandi, à mesure que diminuait l'autorité des rois. Brunehaut, qui voulut arrêter leurs empiétements, fut vaincue ; Clotaire II fut obligé de promettre sous serment à Warnachaire de ne jamais lui enlever la mairie ; Dagobert échappa un moment à la tyrannie de ce magistrat des grands ; ses descendants y retombèrent à jamais. Dans l'Austrasie, les maires trouvaient une royauté faible, une aristocratie puissante : ils se tournèrent contre les Mérovingiens, qu'ils cherchèrent à supplanter. Dans la Neustrie, ils voyaient des institutions ro-

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MÉROVINGIENS

maints encore vivaces, des leudes peu nombreux, un peuple dès longtemps habitué au pouvoir absolu ; ils se firent les champions du pouvoir royal qu'ils exerçaient, et les adversaires de l'aristocratie, des Austrasiens et de leurs maires, membres de la grande famille d'Héristal.

Dans cette lutte nouvelle de l'Austrasie et de la Neustrie, ce dernier pays soutint sans trop de désavantage la lutte, grâce au génie violent d'Ebroin. Ce maire du palais, issu du pays de Soissons, possesseur de grands domaines, mais d'une naissance peu illustre, avait pris le gouvernement de la Neustrie et de la Bourgogne, au nom du jeune Clotaire 111, fils de Clovis II, et petit-fils de Dagobert, tandis que les Austrasiens choisissaient pour maire Wulfoald, et pour roi Childéric II, frère de Clotaire III. Ebroin commença par supprimer l'article de la Constitution perpétuelle qui ordonnait de choisir les comtes parmi les grands propriétaires des comtés, brisa sans scrupule toutes les résistances, força la reine Bathilde, mère de Clotaire, à se réfugier dans le monastère de Chelles, et mit à mort les évoques de Paris et de Lyon. Léodegaire ou saint Léger, évêque d'Autun, se fit le défenseur de l'édit de 615 et des privilèges conquis par les grands. L'hostilité des deux adversaires éclata en 670, à la mort du roi.

Ebroin craignit, en réunissant les Francs pour l'élection du nouveau roi, de leur donner l'occasion de connaître leurs forces et d'attaquer son autorité. C'est pourquoi il se hâta de proclamer Thierry III, troisième fils de Clovis II, et donna ordre aux Francs, q*i accouraient, de rentrer chez eux sous peine de mort. Ils se conjurèrent contre lui, brûlèrent, selon la coutume germanique, les maisons de ses partisans, et donnèrent la couronne de Neustrie à Childéric II. Ebroin, surpris par ce mouvement soudain, fut abandonné de tous et se réfugia dans une église. Ses trésors furent pillés, lui-môme fut tondu et enfermé au couvent de Luxeuil : le pauvre Thierry III eut le même sort, il fut enfermé au monastère de Saint- Denis. La chute d'Ebroin eut les mômes conséquences que celle de Brunehaut : les grands imposèrent leurs conditions au roi qu'ils venaient de reconnaître. Mais en s'établissant en Neustrie, dans la France romaine, Childéric se mit à suivre les exemples d'Ebroin. Léger le menaça de la vengeance divine s'il ne tenait son serment; le roi l'accusa de comploter la destruction de la royauté, et l'envoya à Luxeuil rejoindre Ebroin. Alors il s'abandonna à tous ses caprices, et osa faire battre de verges le leude Bodilon. Peu de temps après, il fut égorgé dans la forêt de Bondy avec sa femme et son enfant (073).

Une effroyable anarchie s'ensuivit, a Les exilés, dit la Vie de suint Léger, accouraient comme des serpents qui sortent de leurs cavernes, tout gonflés de venin, au retour du printemps. » Ebroin et saint Léger quittèrent ensemble Luxeuil, après avoir renouvelé entre les mains de l'abbô le serment d'oublier le passé. Ils entrèrent à Autun avec leurs partisans, et se dirigèrent vers Paris, où était le roi Thierry, qui venait de quitter son monastère. En chemin, leur accord se rompit ; Ebroin s eenappa la nuit, se réfugia dans ses domaines de Soissons et y rassembla ses amis, tandis que Leudes, fils d'Erkinoald, était proolamé maire du palais par Léger et les leudes de Burgondie. Ebroin prit hardiment l'offensive. Il opposa à Thierry un prétendu fils de Clotaire III, Clovis III, battit Leudes à Pont-Saint-Maxence, sur l'Oise, et le força de s'enfermer avec son roi dans les murs de Crécy. L'Austrasie et la Burgondie repoussaient encore le faux roi et le faux maire : pour abattre les révoltés, Ebroin mit le siège devant Autun. Saint Léger, qui n'avait montré jusqu'alors que (es qualités d'un chef de parti, se souvint de son

titre d'évêque. Il fit distribuer aux pauvres sa vaisselle d'argent, ordonna un jeûne de trois jours, demanda pardon à ceux qu'il avait offensés, et, se dévouant pour son peuple, sortit de la ville et se livra. On lui creva les yeux, on lui coupa la langue et les lèvres, et il comparut, ainsi mutilé, devant le concile de Marly. Les partisans d'Ebroin le condamnèrent, et il fut décapité au fond d'un bois (678).

La prise de Crécy livra à Ebroin Leudes et Thierry : l'un fut massacré, c'était un rival ; l'autre fut épargné, ce n'était qu'un instrument. Ebroin lui rendit sa couronne et se débarrassa de Clovis III, qui n'était plus bon à rien. Alors, vainqueur partout, en Burgondie comme en Neustrie, il usa de son pouvoir sans scrupule et sans pitié. Il enleva les terres du domaine royal aux leudes qui les occupaient, les répartit entre ses créatures, constitua une classe nombreuse de petits bénéficiaires, qui étaient tout à lui parce qu'ils tenaient tout de lui, confisqua le patrimoine des grands rebelles, et les força à s'exiler en Austrasie. En même temps, il gagna à sa cause ceux des évèques qui aimaient l'ordre civil et l'administration romaine, saint Ouen de Rouen, saint Prix d'Auvergne, saint Réol de Reims, saint Egilbert de Paris. Les évêques d'origine franque, tels que saint Genest de Lyon, firent seuls cause commune avec les leudes.

Ebroin poursuivit ses ennemis jusqu'en Austrasie : il réclama leur extradition ; les maires Pépin d'Héristal et Martin la refusèrent, et il envahit leur pays. Vainqueur à Latofao, il assassina Martin en trahison, et allait pousser jusqu'au Rhin lorsqu'il périt lui-même. Un leude, nommé Hermanfried, qu'il avait insulté, l'attendit un dimanche matin, armé d'une hache. Ebroin sortait pour aller aux matines, lorsque son ennemi lui brisa la tête (681).

La mort d'Ebroin marque la chute de la puissance royale des Mérovingiens. Son successeur, I Bertaire. voulut continuer son œuvre, et marcha i contre Pépin d'Héristal à la tête « d'une grande 1 multitude de petites gens. » Il fut battu et tué à ' Tcstry (687). La Neustrie était vaincue par l'Austrasie, la royauté par l'aristocratie, la famille de Clovis par celle de Pépin.

Désormais, en effet, les rois mérovingiens Thierry, Clovis, Childebert, Dagobert, Chilpénc | ne régnent plus que de nom. Le pouvoir appartient tout entier à Pépin d'Héristal, à Charles jMartel, à Pépin le Bref qui ont l'autorité sans avoir le titre de roi. En 752, Pépin le Bref, avec l'assentiment du pape Zacharie, fit déposer dans l'assemblée de Soissons le dernier Mérovingien, Childéric III, qui fut relégué au monastère de Sithieu, près de Saint-Omer. Cette révolution, qui substituait à la dynastie mérovingienne la dynastie carlovingienne était depuis longtemps préparée et acceptée par les peuples francs; aussi passa-telle inaperçue. [Désiré Blanchet.]

Lectures et dictées- — La mort des enfants db Frédégonde. — Agitée par ses craintes maternelles, Frédégonde se trouvait un jour avec le roi Hilperik (Chilpéric) dans la pièce du palais où leurs deux fils étaient couchés, en proie à l'accablement de la fièvre. Il y avait du feu dans l'âtre à cause des premiers froids de septembre et pour la préparation des breuvages qu'on administrait aux jeunes malades. Hilperik, silencieux, donnait peu de signes d'émotion; la reine, au contraire, soupirant, promenant ses regards autour d'elle, et les fixant, tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre de ses enfants, montrait, par son attitude et ses gestes, la vivacité et le trouble des pensées qui l'obsédaient. Dans un pareil état de l'àme, il arrivait souvent aux femmes germaines de prendre la parole en vers improvisés ou dans un langage plus

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