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Cette fols, la pai\ du monde allait être tr yinur plus de don/" ami s'il v a lnju9tlc« à prétondre que oette rupture de la pâli doit être lma Bonaparte seul, La suit" de rblatoira prouve surabondamment qu'il fut pins d'une foie le maître d'abréger la durée ou de restreindre les proportiona do le guerre.
Ce n'est plus, dèa lors, en magistrat responsable, investi d'un pouvoir limité, qu'il use du dr guerre OU de paix, mais en souverain, fond Se dynastie, el qui subordonne les Intérêt! du pays aux calculs sensés ou non d'une politique toute personnelle.
quea efforta que l'on fasse, la politique napoléonienne ne peut donner i i l'His-
toire. Malgré la aolennité des déclarations dr; Napoléon, s'il aune la Franco, c'eel parce qu'elle met a la disposition de ses fantaisies Impériales des ressources que sa passion de gloire et de con- - aime à croire inépuisables. La Franc1 n'est qu'un moyen d'action ; le but, c'est la grandeur de Napoléon, empereur, roi des rois, remaniant l'Europe, faisant et défaisant des rois, des princes, des nobles, rendant la France solidaire des haines qu'il excite, ripostant à d'utiles conseils par 1 injure, et quand la défait»» vient avec l'épuisement, ne sachant encore accuser que les hommes ou les éléments, puis tombant sans autres remords que l'échec.
C'est en 1 R04, le 18 mai, qu'un sénatus-consulte, suivi d'un plébiscite (6nov.), rétablit le régime monarchique au profit de Bonaparte. Déjà, prévenant ou satisfaisant ses secrets désirs, en l'an X on lui avait décerné de la même façon une dictature véritable sous le nom de consulat à vie (3 août 1802).
Le nom d'empereur faisait meilleur effet, et pour rehausser l'éclat de sa couronne, Napoléon Ier n'épargna aucune des coûteuses fantaisies de ce qu'on appelle une cour. La complaisance intéressée des pouvoirs publics et des personnages les plus illustres assura le succès de cette parodie de l'ancien régime ; et bientôt même le pape vint en personne, à Paris, donner le sacre à cette majesté sortie de la Révolution.
Il faut rendre cette justice à Napoléon qu'il n'avait pas rêvé l'empire pour s'endormir au pouvoir. Préludant par l'occupation du Hanovre à son projet de descente en Angleterre, il eût voulu prendre corps à corps sa grande ennemie. De juillet 180» au mois d'août 18'"5, quatre tentatives furent faites par la marine française ; mais la mort de Latouche-Tréville, celle de Bruix, les tempêtes, enfin l'incapacité de Villeneuve firent avorter le dessein. Le camp de Boulogne fut levé, et comme l'Angleterre avait trouvé le moyen de former sur le continent une troisième coalition, Napoléon courut sur le Rhin chercher une revanche éclatante.
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s furent devancés dans la Pologne, que notre approche enflamma d'espérance» bientôt déçues 'dcc. 1808 .
Ici la victoire fut plus lente et plus difficile : les boues de la région polonaise, la rigueur de 1 hiver, la résistance de Dantzig, l'équivoque bataille d'Eylau '7-8 fév. 18lt7) donnèrent à réfléchir ii Napoléon. Il sentit la nécessité d'une grande alliance; et par force ou par caprice, plus que par préférence calculée, après la bataille de Friedland (14 juin), il acheta l'alliance russe au traité de Tilsitt, dont la Prusse, ]a Pologne et l'Allemagne firent tous les frais : une nouvelle fournée de rois I et de princes fut faite (Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, le roi de Saxe, grand-duc de Varsovie, etc.) : après quoi, Napoléon revint à son idée fixe, la guerre avec l'Angleterre.
De Berlin, le décret du blocus continental (11 nov. 1806) avait répondu aux violences de l'amirauté anglaise contre nos marchands ou nos [ alliés. Napoléon voulait empêcher l'Angleterre d« | trouver nulle part en Europe un débouché pour ses marchandises. Pour que cette politique sauvage aboutît, il fallait deux choses : à la France une marine qui pût tenir la mer et assurer à l'Europe son approvisionnement de denrées coloniales ; à l'Europe une résignation absolue à toutes les exigences d'une politique qui ne permettait plus à personne de garder la neutralité.
En effet, résolus ou contraints à ne plus admettre qu'il y eût des neutres entre eux, Napoléon et Canning saisirent ou atteignirent tout ce qui était à leur portée ou à leur convenance. Le bombardement de Copenhague inaugura cette époque de terreur en Europe (août 1807).
Au tsar, avec l'assentiment de Napoléon, la Finlande à défaut des provinces danubiennes qu'on lui laisse espérer ; aux Anglais, la mer et les
NAPOLEON
NAPOLEON
colonies laissées sans défense ; à Napoléon, tout ce qu'il peut atteindre: les ports de l'Adriatique, la Toscane, le Portugal (27 oct. 1807), Flessingue, Wesel (1808), enfin l'Espagne. Prise depuis 1795, sinon malgré elle, du moins au delà de sa volonté et de ses intérêts, dans notre alliance contre l'Angleterre, et visiblement lasse depuis 1806, l'Espagne fut indignement trompée en 18U8, à l'entrevue vonne, où, sous prétexte d'interposer entre (.harles IV et son fils Ferdinand une médiation amicale, Napoléon retint les deux rois prisonniers, et, de sa seule autorité, donna aux Espagnols pour roi son propre frère, Joseph.
L'injure fut vivement sentie, et si terrible que fui Napoléon, le peuple espagnol entreprit de lui ter énergiquement.
la guerre fut recueil où se brisa la fortune de Napoléon. Engagée d'une façon immorale, mal conduite avec des contingents insuffisants et dispersés, aggravée par des jalousies d'état-major, elle aboutit en 1811 à l'invasion de la France (V. ■ f <f Espagne.)
L'Europe — hostile ou sujette, — n'avait pas assisté inerte à cette lutte d'un peuple sans armée régulière contre l'empereur ou ses lieutenants. Dès 1809, en effet, créant une di\ favorable à l'Espagne, 1 Autriche avait repris les armes.
Cette cinquième coalition a été définie « l'alliance dot dynasties, des peuples, du sacerdoce et i ntre Napol< ci sera plus
vrai de Is sixième, car en 1809, l'Autriche fut seule ■ s intenir le choc. Elle fut vaincue encore, soit en re ^batailles d'Abensberg, LandsImt.Ki kmùlil, ilatisbonne en avril), soit auprès de Vienne, mais non sans avoir tenu la fortune indécise pendant les ui lemainei qui réparèrent les deui
batailles d'F.ssIing (22 mai) et de Warrant (0 juillet,. Réduite a signer la paix, puisque personne n'entrait en ligne et que les Anglais venaient d'échouer sur envers et sur Madrid, elle fut enobrée par le traité de Vienne (14 oct.).
\ ipoléon avait eu un moment de grande inquiétude dans L'Ile Lobau, quand le pape s'était enhardi jusqu'à lancer contre lui une excommunication, motivée par des violences politiques ou par I àpreté des débats relatifs aux Article* orga- . Pour détruire les espérances de ceux qui l'avaient cru battu, et pour accroître les effets de sa \ ici. ire. Napoléon p IUSSS alors ses annexions, au nord ju»qu à Lubcrk, au centre jusqu'au Sunpion, au sud jusqu'à Home 1809-1810 . Peuples, rois, pape, femme, frères, sa volonté, sa police, ses armées ne mena-, aient plus personne : garnisons partout; le pape enlevé et prisonnier, l'impératrice Joséphine répudiée, le roi Louis de Hollande détrôné, etc., etc.
Bientôt la splendeur de son mariage nouveau la fille de l'empereur d'Autriche (l«r avril parut ajouter à sa puissance un nouvel éclat ; et le ^0 mars 1811, la naissance de celui qu'il proclama pompeusement roi de Rome mit le comble à la fortune du soldat parvenu : il y avait dès lors une dynastie napoléonienne!
.Maître d'un empire de 131 départements et de 60 millions d'habitants, roi d'Italie, protecteur de la confédération du Rhin et de la Suisse, suzerain des rois de Naples, d'Espagne, de Westphalie et des grands feudataires, entouré d'une haute noblesse qu'il a créée, plus obéi, plus riche et plus fort que ne le fut jamais Louis XIV, gendre de l'empereur d'Autriche, patron des rois de Saxe, Bavière et Wurtemberg, allié du tsar et des rois de Danemark, de Suède, il se trouva si haut placé que la tète acheva de lui tourner.
Cependant, des le 10 avril 1810, le tsar rompait le blocus continental. L'infatuation était alors telle chez Napoléon que, loin de redouter cette guerre.
il semblait l'avoir désirée. Pendant une année, il fit ses préparatifs, levant dans toute l'Europe des contingents nombreux, mais peu sûrs ; puis quand tout fut prêt, il franchit le Niémen 24 mai 1812), sans se soucier de la Suède qu'il avait irritée, ni de l'Espagne. Par Wilna, Smolensk, au prix d'une seule bataille à Borodino, sur la Moskowa «'7 sept.1', il arrive à Moscou.
Mais la paix qu'il est venu chercher fuit devant lui, et un mois plus tard, quand l'heure de la retraite arrive, l'hiver tombe si rudement sur la grande armée que , lorsqu'elle repasse le Niémen, le 30 décembre, ce p'ést plus qu'une informe et lamentable cohue d'hommes débandés, estropiés par le froid, sans canons, sans bagages et sans chef : car Napoléon a pris ies devants, et comme lui, Murât a déserté, sentant chanceler son trône de Naples.
Tout autre se serait rendu à l'évidence et se fût résigné à traiter. Mais Napoléon, incorrigible, ne voulut voir dans cet effroyable désastre qu'une surprise de l'hiver dont le printemps devait le venger. Sans écouter les plaintes de la France, sans considérer les dispositions Inquiétantes do l'Europe, il leva de nouvelles troupes, substituai le garde presque anéantie une jeune garde héroïque encore, et reparut sur la Saale et l'Elbe pour rallier les débris de la grande armée lés par le prince Eugène de Boauharnais, toujours fidèle et dévoué, malgré l'injure faite à sa mère, l'impératrice Joséphine.
Une dernière fois la victoire sourit à Napoléon, mais à quel prix ! Les victoires de Lûtzen et de lîautzen lui coûtaient une armée (mai 1813).
La paix lui fut offerte, à des conditions si honorables qu'il fallait être insensé pour s'y refuser. On comprend dès lors que pour éviter de porter lourde responsabilité, Napoléon ait essayé de travestir toutes les ouvertures qui lui furent faites en autant de manœuvres déloyales d
à masquer la trahison do l'Autriche. La publication des papiers de Metternicb a jeté un peu de lumière sur cet entêtement meurtrier do Napoléon qui, ne pouvant se résigner à ne plus paraître dicter la paix au monde, rompit l'armistice de PleswiU, rendit inutiles les conférences de Prague et reprit les armes.
Du II tobre fut jouée et perdue autour
d'- L-ipzig la partie décisive. On l'a nommée avec
raison la Bataille des nations. La Prusse était
vengée, l'Allemagne délivrée. La revanche com-
it pour nos ennemis.
Ce fut à grand'peine que Napoléon put atteindre la frontière de France, c'est-à-dire le Rhin, laissant en Allemagne plus de 100 Oui hommes de bonnes troupes dispersés en garnisons inutiles, tandis que, pour faire face à l'invasion qu'il fallait prévoir, il n'avait que des invalides ou des recrues.
Les trois souverains, vainqueurs à Leipzig, déclarèrent que, puisque Napoléon était le seul obstacle à la paix du monde, leur devoir était de l'anéantir ou de lui imposer un traité. Dans ce3 conditions, ils lui firent parvenir de Francfoit un projet de traité sur la base de celui de Lunéville ; pui-, n'ayant pas reçu de réponse en temps utile, ils lancèrent une proclamation à la France, renvoyant la responsabilité de la guerre à l'implaca ble ennemi du repos de tous.
Ceci fait, trouvant le Rhin dégarni de troupes, ils le franchirent; l'Alsace ne fut pas défendue; la Lorraine ne le fut qu'à peine. C'est à Châlons sur- Marne que les maréchaux eurent l'ordre de se concentrer autour de Napoléon.
Le 25 janvier 1814 commence ce qu'on a appelé la campagne de France. Après une jonction que l'empereur ne put empêcher (1er février), Blûcher et Schwartzp.Dberg se séparèrent pour marcher
NAPOLÉON
NAI»<»F ÊON
sur Paris pir la Marne et par la Seine, afln do diviser les forces du Naj
Ave uno admirable rapidité, l'empereur court sur Blucher, et du Kl au l< février l'écrase et le réduit do moitié a Champanbert, Château-Thierry, Montmirail et Vauxrhamps. Se tournant aussitôt contre Scliwartzenberg, il le bat, essaie de le couper à Montereau, et rentre vainqueur dan- Troyes. Cependant un congrès s'était ouvert à Chàtillon-sur- Seine, sous la direction de lord Castlereagh, offrant cette fois à la France les frontières de 119;'; et l'alliance de Chaumont assignait le 20 mars comme dernier délai à Napoléon avec qui la coalition refuserait à l'avenir de traiter. Les hostilités ne s'é talent pas interrompues. Malheureuses avec Soult aux Pyrénées, avec Augereao dans la vallée du Rhône, elles le devinrent dans la vallée de la Seine, quand Blûcbor, opérant entre la Marne et l'Aisne, eut réussi à donner la main à l'armée du nord après la capitulation de Soissons et les combats de Craonnc, de Laon (7, 1<> mars).
Napoléon sentait approcher l'heure suprême. Son activité était redevenue prodigieuse; ses ressources étaient nulles. Il appelait le peuple aui armes; il essayait d'exalter le patriotisme; mais comme il en avait tari la source, le pays épui-c n'opéra pas cette levée en masse que l'empereur espérait et qu'en d'autres temps la haine de l'invasion et l'enthousiasme pour la République avaient réussi à provoquer.
Tentant sur les derrières de l'ennemi une manœuvre désespérée, Napoléon découvrit Pans. Le 31 mars, presque sans bataille, après quelques heures de vive fusillade, les alliés y entrèrent, au milieu d'une population anéantie de surprise et désarmée.
Le gouvernement avait fui sur la Loire ; Napoléon, revenu en hâte, campait dans Fontainebleau. Alors on vit quel néant laissait derrière lui le régime impérial. Le pays qu'il avait ruiné d'hommes et déshabitué des discussions politiques ne fut pas consulté.
Trois éléments seuls concoururent à l'œuvre de la déchéance de Napoléon, et le silence du pays ratifia cette sentence prononcée par le sénat, à la requête du tsar Alexandre et au profit des rois Bourbons, qui suivaient de si près les alliés qu'on a pu dire qu'ils étaient rentrés dans leurs fourgons.
Talleyrand, confident disgracié de Napoléon, et personnellement lié au tsar, conduisit cette courte campagne. Le 2 avril la déchéance est votée au Sénat ; le 3 elle est ratifiée par le Corps législatif; et le 4 un gouvernement provisoire de cinq membres lance une proclamation annonçant ce fait à la France et au monde.
Cependant Napoléon, tiraillé entre la colère et l'impuissance, rêvant de folles aventures, accusant son entourage de trahison, se refusait à l'évidence d'une situation si nette. Il essayait de sauvegarder au moins les droits de son fils, et n'abdiquait que sous cette réserve. Mais le 6e corps, qui lui servait d'avant -garde, et que commandait Marmont, ayant fait défection, l'abdication pure et simple fut signée le 6 avril. Le sort du' vaincu fut réglé avec générosité ; on lui assignait un domaine, un revenu ; on lui laissait une garde. Il partit. A la poétique et légendaire scène des adieux de Fontainebleau, s'oppose la longue série des malédictions et des menaces qui, dans le voyrage de Fontainebleau à l'île d'Elbe, vinrent troubler les sombres méditations et mettre môme une fois en oéril la vie du maître déchu.
L'ennui, le dépit, la crainte d'être enlevé, le remords, le spectacle des avides compétitions dont le partage de ses dépouilles était l'objet au congrès de Vienne, l'invincible conviction que tout n'était pas perdu, enfin quelques flatteuses consolations
pOUT un ordre prenant de venir délivrer la
du laug «les Bourbons, lui doi fatale Idée de tenter une restauration.
Son Imagination voyait d i'j .'i la I -rance éclatant en bravos, l'aigle volant de clocher eu clocher jusqu'aus tours de Notre-Dame, l'Europe accepta t le fait accompli au prix de promesses paclnqui la dynastie des Napoléon sauvée du nanl
cotte lugubre folie s'appelle les Cent jours.
De mars a juin 1815, Napoléon s'est donné la satisfaction (le remplir encore une fois le mondo du bruit de son non.
Il débarque au golfe Juan le 1" mars 181 .S. Dérobant sa marche à travers la montagne, il arrive le s à Grenoble, le 12 à Lyon ; et comme son paru -h. il fait acte de souverain dès lors, dissout les Chambres, convoque les collèges électoraux, et poursuivant sa marche, embrasse I Auxerre Ney venu pour l'arrêter. Le 20 il est à Paris, et cet étourdissant voyage s'est accompli sans que la royauté des Bourbons ait rien su ou pu faire pour l'arrêter.
« Je suis la liberté et la paix. » disait Napoléon voulant rassurer d'un coup la France et l'Europe. Mais le moyen de se faire croire lui manquait La liberté, ne lavait-il pas traitée pendant quinze ans comme une ennemie de sa gloire? Après l'avoir outragée au 18 brumaire, quelle place lui avait-il faite dans ses conseils? Cependant, comme il ne pouvait pas faire moins que les Bourbons euxmêmes, il substitua à la (.harte de 1814 un Acte additionnel auxeonstitutinn^ de l'Empire, dont les principes étaient ceux d'un gouvernement vraiment libéral, mais dont le titre déplut à tous ceux à qui le régime impérial avait laissé de si tristes souvenirs. Publié le V4 mai, sous forme de décret, et solennellement adopté au Champ de mai du l" juin, cet acte de réconciliation de Napoléon avec la liberté était au fond peu sincère. L'article 07, qui interdisait au peuple français le rappel des Bourbons, dévoilait les préoccupations auxquelles avait obéi l'empereur. Or l'intrigue s'agitait déjà pour ménager cette restauration ; et le ministre Fouché s'y mêlait sans trop de secret. En somme, la France restait défiante, et l'enthousiasme ne la gagnait pas. En Vendée, à Bordeaux, à Toulouse la réaction royaliste avait éclaté.
Quant à l'Europe, elle avait retiré ses ambassadeurs dès le 22 mars, puis refusé de recevoir ceux de Napoléon (30) ; et par deux fois le 25 mars, le 12 mai, le mettant au ban des nations, elle avait préparé ses armées. Un million d hommes allait être levé contre nous : c'était la guerre à mort.
Napoléon, qui s'était hâté d'appeler Carnot au ministère, ouvrit les Chambres le 7 juin, confia à ses ministres le soin de présenter un rapport sur la situation, et courut à la frontière : il eût voulu du moins épargner à la France 1 horreur de l'invasion. De plus, il comptait surprendre ses ennemis en voie de formation. Ce fut vite fait de ces dernières ressources amassées à grand'peine. Passage de la Sambre, bataille de Ligny et def Quatre Bras, enfin bataille de Waterloo (18 juin) : en cinq jours tout était fini! Vingt jours plus tard, le 8 juillet 1815, Louis XVIII se réinstallait aux Tuileries. S'échappant 6ur le soir du champ de bataille où il n'avait pu trouver la mort, Napoléon avait du 20 au 29 juin tenté de retenir le pouvoir. Encore une fois la pensée d'un coup d'Etat hanta son esprit; mais, avertie par Fouché, la Chambre prit les devants. Contraint à signer un acte d'abdication qu'il ne consentait que sous réserve des droits de son fils (22 juin), quittant Paris le 25, la Malmaison le 29 au moment où Fouché s'abouchait avec M. de Vitrolles et avec Wellington pour précipiter, en dehors et en dépit
NAPOLEON
NAPOLEON
de ses collègues du gouvernement provisoire, la restauration des Bourbons, Napoléon vint à Rochefort. Ne pouvant échapper à la surveillance des croiseurs anglais, il prit le parti de se remettre à la générosité de l'Angleterre (15 juillet). Mal lui en prit : car, s'il faut écarter la légende des tortures de toute sorte méchamment multipliées par sir Hudson Lowe, on peut sans peine imaginer quel long et rude supplice fut pour Napoléon déchu l'oisiveté dans la solitude effroyable de Sainte- Hélène. Il y mourut le 5 mai 1821, et ses restes n'ont été ramenés en France que le 15 décembre 1840 par les soins du gouvernement de Louis- Philippe.
Ainsi finit l'homme extraordinaire dont l'histoire commence à pouvoir être écrite, et dont la puissante originalité impose à tout patriote plus d'effroi que d'admiration.
Le pouvoir de Napoléon reposait sur le prestige qui s'attache aux noms glorieux, sur la reconnaissance due aux services rendus, mais aussi sur une équivoque. Comme il était le fils de la Révolution, on l'en croyait le continuateur; on voyait en lui l'incarnation de la France nouvelle. Certes l'histoire a le droit de lui demander des comptes sévères : car jamais il n'en rendit au pays qui s'était livré à lui avec cette imprudence assez commune aux nations héroïques.
Dans l'ordre politique, la constitution impériale de l'an XII revenait au vieux principe de la transmission héréditaire du pouvoir. Sous le nom de majorats et de substitutions, le droit d'aînesse reparaissait dans notre droit civil en faveur de la noblesse impériale. Les dotations, les sénatoreries, le maréchalat, la création de grands dignitaires, l'organisation d'une cour que le maître voulut très luxueuse, reconstituèrent et cette tradition servile de l'étiquette où les caractères s'amoindrissent, et cette tradition de prodigalité, si dangereuse poui la fortune publique. L'Acte additionnel, qui maintint la pairie héréditaire, et les décrets de Lyon du 12 mars 1815, témoignèrent que jusqu'au dernier jour Napoléon resta entiché de ce système de distinctions absolument antidémocratiques.
Assisté de douze ministres, parmi lesquels quatre seulement ont eu un instant d'influence (Talleyrand jusqu'en 1808, Foucné jusqu'en 1810", Cambacérès et Maret), il garda jusqu'au dernier moment la passion de connaître le détail de toutes les affaires. On eût dit que l'administration le reposait des soucis de la guerre. Le Conseil d'Etat, qui dans sa pensée devait être une pépinière d'administrateurs, rendit en quatorze ans plus de soixante mille décisions. Les trois codes de procédure civile, de commerce, d'instruction criminelle et le Code pénal furent publiés. Quant au Sénat, ce fut la cheville ouvrière du gouvernement. « Fait pour proscrire et conscrire, » a dit Daunou, c'est lui qui eut la garde et la police de toutes nos libertés publiques. C'est entre ses mains que tomba la totalité du pouvoir législatif, après la suppression du tribunat (1807) et au détriment du corps législatif, devenu après 1S10 « un corps sans voix, san» yeux, sans oreille* / »
Depuis la réorganisation des collèges électoraux à vie, sous la haute direction d'un grand électeur, l'élection n'était plus qu'un rouage inutile.
Le césarisme dès lors touchait à son idéal : l'ordre dans le despotisme, la police comme premier rouage de gouvernement, l'état de siège comme régime politique!
Pour les budgets pas de discussion. D'ailleurs les finances sont exactement régies, mais dans le secret. M. Mollien, ministre du trésor (1806), organise une caisse de service et surveille la comptabilité en partie double du budget ordinaire. Quant au domaine extraordinaire ( 1 8 1 0) , l'empereur en
dispose seul, sans contrôle ; la dette flottante, il la liquide d'un trait de plume par la consolidation en bloc de l'arriéré (1813) ; la Banque de France lui avance en quatorze ans 880 millions; enfin la saisie des biens communaux lui fournit de nouvelles ressources. Quand il fallut faire le bilan de l'empire au 1er avril 1814, le chiffre de la dette inscrite n'était que de 63 millions de rentes ; mais un an plus tard, après les Cent jours, la dette était accrue de plus de 1,500 millions !
D'ailleurs, au milieu de ces batailles à peine interrompues, la France souffrait. Malgré les admirables découvertes de cette époque, et les travaux de ceux qu'il appelait, dans un jour de bon sens, ses grands tiewennnts pour la bonne guerre, Chaptal, Berthollet, Fourcroy, Ternaux, Oberkampf, Richard et Lenoir, Bréguet, etc., le rapport de Montalivet (18lo) constatait la gêne. L'abus des conscriptions, le blocus avaient désolé les campagnes, enrayé le commerce. Par contre l'industrie, sollicitée de se développer pour suffire aux besoins du pays et profiter de l'éloignement momentané des concurrents anglais, avait accompli de réels progrès. Mais la disette sévissait, dans cette même année 1810 où tout semblait promettre à l'empire la gloire et la durée.
Dans l'ordre matériel, d'immenses et impérissables travaux attestent l'activité excitée par l'empereur. Mais dans l'ordre moral, quelle stérilité 1 quelle inquitte surveillance ! L'armée, cette pépinière de citoyens, était devenue moins nationale qu'impériale. La conscription devint odieuse, et il fallut une véritable armée pour traquer les déserteurs. Mais on ne put étouffer « le cri des mères. » Pour suffire aux besoins de la guerre, on leva des contingents étrangers, mais ils donnèrent plus d'inquiétude que de secours; enfin on mobilisa la garde nationale; mais on se défiait tant de cette force vive, que Paris assiégé manqua d'armes ou de poudre pour se défendre en 1814 1
On avait tracé pour l'instruction publique en 1808 un cadre splendide ; mais si 1 Université impériale, docile et menée comme un régiment, trouva des élèves pour ses lycées, et des étudiants pour ses facultés, le gouvernement semble s'être peu soucié de peupler les écoles primaires. Dans l'ordre littéraire, pauvreté absolue : l'Institut trouve des candidats pour ses prix décennaux ; mais l'historien littéraire ne peut qu'indiquer les désastreux effets de la censure implacable et de la presse officielle. C'est seulement dans les rangs de l'opposition littéraire, et parmi ces idéologues que la police impériale traquait partout, qu'il faut chercher des noms illustres : Chateaubriand, M" de Staël, Royer-Collard, de Maistre, etc. La science et l'art, naturellement moins redoutables, puisque leur domaine ne confine pas à la politique, eurent une part plus grande aux faveurs du maître et moins de tracasseries à subir. Laplace, Lalande, Lagrange, Monge, Geoffroy Saint-11 ilaire, Cuvier, Bichat, Brongniart; David et son école, les Drouais, les Gérard, les Gros, les Girodet, les Vernet, enfin Prudhon et Chaudet, etc., enrichirent de découvertes précieuses et de chefs-d'œuvre nombreux la science et l'art français pendant l'époque consulaire et impériale.
Ce qui suit est de moindre importance. Si de 1815 à 1832 il y eut un parti napoléonien, si en 1815 et en ls32 les rois de la Sainte-Alliance, les Bourbons et le gouvernement de Juillet crurent devoir prendre des précautions de police contre la famille Bonaparte, il ne faut pas en conclure que celui qu'on a l'habitude d appeler Napoléon II ait joué un rôle quelconque ou manifesté la tentation
NAPOLÉON
NAPOLÉON
de reprendre la place de son père. Après 1821, chef officiel d'une dynastie déchue et d'une famille proscrite, le duc de Reichstadl n'a pas d'histoire. Ce pauvre enfant, qui mourut sans laisser d'héritier, n'avait eu à aucun moment la direction du parti qui gardait, en face des Bourbons, sa foi à l'empereur.
Ce parti était un étrange amalgame de libéraux ardents et de soldats fidèles qui. pendant le temps de la Restauration, entretinrent pieusement la légende napoléonienne et continuèrent à exalter ce régime si peu libéral et si tristement tombé du faîte de sa gloire. Si l'on cherche la cause qui fit se rallier alors au bonapartisme des amis de la liberté, il faut se rappeler la crainte, fondée ou non, qu'eurent pendant quinze ans tant de Français de voir sombrer dans une réaction cléricale et aristocratique toutes les conquêtes de la révolution de 1789.
C'est sur cette équivoque que s'est établie la fortune de celui qui s'appelait le prince Louis, et dont il nous reste à raconter l'histoire comme chef de l'Etat français sous les deux titres de princeprésident de la République, puis d'empereur Napoléon III. — Pour le détail des faits qui suivent, nous préférons renvoyer à la série chronologique de l'article Modernes (Te*/ips). parce qu'il nous semble prématuré de prétendre donner à l'exposé de ce règne la forme rigoureuse d'un récit historique.
Napoléon III était né le 20 avril 1808. C'était le troisième fils du roi de Hollande, Louis Bonaparte, et de la reine Hortense. Esprit cultivé, caractère singulier fait de dissimulation et d'audace, mais plutôt mystique que réellement actif, le prince Louis n'était guère connu, avant 1882, que par quelques ouvrages techniques sur l'artillerie, ou par quelques entreprises qui témoignaient de son besoin de se produire. En 1831, il avait combattu dans les rangs de l'insurrection romaine, et reçu des Polonais révoltés l'invitation de se mettre à leur tête.
La mort de son cousin le duc de Reichstadt faisait de lui un personnage. Pour se révéler à ses partisans, il ne lui suffisait plus de quelques écrits ; le 30 octobre 1836, à Strasbourg, il vint tenter la fidélité de la garnison. Cette téméraire aventure ne pouvait aboutir. Il fut pris, mais non gardé prisonnier. On a nié qu'il ait fait le serment de ne jamais revenir. Quoi qu'il en soit, la mort de sa mère (3 oct. 1837) le ramena d'Amérique en Europe. Forcé de quitter la Suisse pour ne pas exposer ce pays à la colère du gouvernement de Juillet, il se réfugia en Angleterre.
C'est alors que, sous le titre d'Idées napoléoniennes, il fit une apologie si peu déguisée du césarisme, que ce livre ne peut manquer de paraître à tout esprit un peu libéral la meilleure critique de cette fausse démocratie impériale dont on a essayé tant de fois de faire un idéal de gouvernement.
Bientôt après, il voulut tenter de nouveau la fortune, et vint débarquer à Boulogne avec quelques compagnons. Arrêté aussitôt, il fut cette fois traduit devant la Cour des pairs.
Condamné à la prison perpétuelle et enfermé au fort de Ham, il employa les loisirs de sa captivité à des études politiques et sociales, collaborant à divers journaux, et publiant uu livre sur l'Extinction du paupérisme.
Enfin, le 25 mai 1810, il réussit à tromper la Bttrv( illance de ses gardions et gagna la Belgique, puis l'Angleterre. Deux ans plus tard la Révolution de 1818 abaissait la barrière qui lui fermait les portes de la France.
Aussitôt l'agitation commença autour de son nom. Une quadruple élection lui permettait un retour presque triomphal. Le prince différa pour-
tant, et déclara qu'il n avait pas recherché l'honneur d'être représentant du peuple. •< Si le peuple m'imposait des devoirs, ajoutait-il, je saurais les remplir. »
Le 24 septembre seulement, il arrivait à Paris; le 26, il siégeait à l'Assemblée constituante, et le 12 octobre il obtenait l'abrogation des lois de 181» et de 1831 contre les Bonaparte.
A la fin de l'année eurent lieu les élections pour la présidence de la République : ce fut le nom du prince Louis-Napoléon Bonaparte qui sortit de l'urne le 10 décembre 1848, avec cinq millions et demi de suffrages, contre un million et demi de voix pour le général Cavaignac.
L'élection s'était faite sur le nom de Bonaparte. Le président s'en prévalut pour reprendre la tradition consulaire. On vit commencer alors le duel déloyal de la République et du magistrat qui, lié à elle par un serment solennel, n'eut qu'une idée fixe : la détruire pour refaire l'empire. De même que son oncle, il mit quatre ans à franchir tous les degrés du trône; mais tandis que le premier consul avait à son actif en 1804 d'éclatantes victoires, une grande situation en Europe, et la réputation bien établie d'un chef d'Etat actif, ingénieux, habile, son neveu ne s'était révèle ni comme capitaine, ni comme politique.
Ses adversaires furent à coup sûr fort maladroits; ils manquèrent de clairvoyance, d'esprit de conduite et de mesure; ils lassèrent l'opinion sans la satisfaire : en un mot ni la Constituante, ni la Législative ne furent à la hauteur de leur tâche. Mais le prince, qui ne fut supérieur par le talent à aucun de ses adversaires, n'eut la victoire qu'au prix d'un forfait.
Le 2 décembre 1851, un coup de force coupa court à toute discussion, et sur le terrain déblayé par la terreur, le prince, servi par la nouvelle constitution de 1852, n'eut aucune peine à fonder l'empire.
Sept millions et demi de suffrages ayant donné raison au président dès le 20-21 décembre 1851, l'empire, qui fut proclamé le jour anniversaire du coup d'Etat, se prétendit invinciblement fondé sur la volonté nationale.
A cause de son origine, et sans manquer à ses engagements envers ce parti ultra-conservateur et clérical, qui s'était livré au prince pour échapper au spectre du socialisme, le gouvernement impérial semble avoir eu la pensée d'une organisation sociale. Napoléon III ne pouvait oublier en effet qu'il avait écrit autrefois sur l'extinction du paupérisme ; de là une multiplicité de lois intéressant l'ouvrier : loi déterminant le nombre des heures de travail dans les fabriques, loi des logements insalubres (1850-52), crèches et 6alles d'asile (1852- 1853), gratuité des secours médicaux (1854), sociétés de secours mutuels (1860;, asiles du Vésinet et de Vincennes; organisation de l'assistance judiciaire (1851), caisse de retraite pour la vieillesse (1850) ; plus tard orphelinats sous le patronage de l'impératrice Eugénie ou du prince impérial, société du prince impérial (1862), etc. Mais la tutelle intéressée de la philanthropie impériale ne laissait aucune place à la liberté dont l'ouvrier est au moins aussi soucieux que de son bien-être. Bientôt Y Internat ioiiale donna aux travailleurs l'idée d'une organisation plus indépendante. Le pouvoir en prit ombrage; les poursuites ordonnées en 1808 prouvèrent que le charme était rompu.
La b: urgeoisie française s'était ralliée à l'empire par amour de l'ordre et parce que le nouveau gouvernement lui avait promis, avec la paix dans la rue, la prospérité et le mouvement des affaires. L'empire lui donna longtemps satisfaction : immenses travaux de construction et de démolition dans les grandes villes, h Paris, Lyon, Marseille
NAPOLÉON
NATURALISTES
surtout, développement de notre premier réseau de chemins de fer, et création d'un deuxième réseau, expositions universelles d'industrie de 1855 et 1867 ; multiplication ou réorganisation d'établissements de crédit : Crédit foncier, Crédit mobilier (1852), Comptoir d'escompte (1854), Banque de France (1857), Crédit agricole (18S8), Caisse de la boulangerie (1853-54, etc.); enfin inauguration d'un nouveau régime commercial sur la base du libre échange (janvier 1860). Mais peu à peu la situation financière s'assombrissait; la faculté d'ouvrir des crédits en l'absence des Chambres fut un péril signalé dès 1861; les ministres gardèrent encore le droit d'opérer des virements de fonds de chapitre à chapitre; le contrôle des budgets était nul ; les déficits s'entassaient, mal compensés par des emprunts toujours couverts avec un empressement trompeur, mais pleins de périls que la voix impuissante de l'opposition dénonçait au pays. Les élections générales de 1869 manifestèrent nettement cette réaction de l'opinion publique. Les troubles recommencèrent dans la rue, servant de prétexte aux brutalités de la police. La nouvelle génération grandissait avec un sentiment d'hostilité visible contre le gouvernement impérial ennemi des o libertés nécessaires » qu'avait dès 1861 réclamées M. Thiers. « Le 2 décembre est un cri7?ie! » s'était écrié M. Ernest Picard en 1865. En dépit de la volte-face pseudo-libérale que se chargeait d'exécuter le cabinet du 2 janvier 1870; en dépit du succès douteux du plébiscite de la même année, l'empire était décidément impopulaire dans les villes.
Les campagnes étaient moins hostiles. A l'aide dos concours régionaux (1850-60,, de plus de 700 comices agricoles, d'expositions universelles agricoles (1855-56); à l'aide surtout de la loi municipale, l'empire disposait là d'une popularité réelle. D'autre part la prospérité de notre agriculture avait répandu le bien-être dans les campagnes ; et ce bien-être y éteignait toute autre passion. ! L'attitude du clergé n'était pas aussi bonne. Comme l'empire n'a jamais su jusqu'à quel point il convenait à ses intérêts d'épouser la cause de l'Eglise, l'Eglise de son côté n'a jamais eu pour l'Empire qu'une sorte de fidélité intéressée. Le maintien entêté du pouvoir temporel du pape, l'influence manifeste de l'impératrice réagissant contre les tendances anti-cléricales de quelques ministres, étaient des gages auxquels le clergé s'est montré sensible, mais sans se départir d'une certaine réserve qui témoigne que le régime impérial ne lui inspire pas une confiance absolue.
Une formule restée célèbre rappelle la première et la plus populaire des promesses de Napoléon III : k L'empire, c'est la paix! » avait-il dit à Bordeaux. Jamais assertion plus formelle n'a reçu démenti plus complet. Toujours en quête de quelque aventure, mêlant d'une façon singulière l'audace et l'indécision dans ses projets, sans crédit en Europe, excitant des rancunes ou des craintes par la mobilité de son attitude souvent agressive, finalement sans alliés en face du terrible ennemi qu'il provoque en 1870, Napoléon III a porté dans toutes les parties du monde les forces de la France, et quelquefois avec honneur. Mais ces forces, que son caprice a souvent gaspillées sans profit pour notre pays, il n'a su ni les réparer, ni les tenir en état. Fier de la bonne tenue de sa garde impériale, satisfait de quelques inventions techniques dont ses flatteurs exaltaient la puissance, il ne se rendit jamais compte ni de l'insuffisance des approvisionnements, ni de celle des contingents. L'art de la guerre se renouvelait chez nos voisins, sans qu'il y prît garde, quoique prévenu. Au jour suprême, l'armée, qu'on croyait prête, ne se trouva ni suffisante en nombre, ni pourvue : matériel de 6iège ou de campagne, moyens de concentra-
2e Partie.
tion, intendance, état-major, vivres, armes et direction : tout fit défaut à nos soldats, sauf le courage désespéré et impuissant. La loi militaire de 1868, qui pouvait être le salut, était restée lettre morte, soit par incurie, soit par défiance politique; et la garde mobile se trouva inexpérimentée, incapable de servir.
Aussi c'est par un désastre presque sans exemples que finit l'histoire militaire du second empire.
Il était allé bien loin dans toutes les directions, mais il ne sut pas préserver le pays de l'invasion, ni l'en délivrer : 1852, conquête de la Kabylie; 1854-5G, guerre de Crimée contre la Russie ; 1859, guerre d'Jtalie contre l'Autriche, annexion de Nice et de la Savoie (en 1860); 1857 et 1861, guerres de Chine; 1857 à 1862, guerre de Cochinchine; 1861, expédition de Syrie; 1861-66, guerre du Mexique, cette triste et coûteuse aventure qu'on a osé appeler la «plus grande pensée du règne;» 1867, expédition de Mentana pour la défense du pouvoir temporel du pape ; 1870 enfin, guerre contre la Prusse, pendant laquelle Napoléon III capitula le 2 septembre à Sedan, perdant du même coup sa dynastie et la France que d'autres ont réussi à sauver, sans pouvoir éviter toutefois de livrer au vainqueur implacable, comme la rançon des fautes de l'empire, l'Alsace et la Lorraine.
Depuis ce jour, Napoléon III est mort le 9 janvier 1873 à Chislehurst en Angleterre; et la mort de son fils unique, le prince Louis-Napoléon, tué au pays des Zoulous le 1" juin 1879, a marqué l'extinction d'une dynastie dent la déchéance avait été solennellement proclamée le 28 février 1871 par un vote de l'Assemblée nationale.
[I. Melouzay.]
NATURALISTES. — De tout temps l'attention de l'homme a été sollicitée par le globe sur lequel il vit, par les animaux et les plantes qui se multiplient autour de lui. On peut donc dire que l'observation delà nature est aussi ancienne que l'homme lui-même ; il s'en faut, cependant, que cette étude se soit constituée dès l'abord en science distincte; que les premiers observateurs aient été des naturuiistes, dans le sens que nous attachons aujourd'hui à ce mot. En Europe, c'est dans les œuvres des poètes et des philosophes qu'il faut chercher les premières notions des anciens sur les plantes et les animaux. Esculape, Orphée, Chiron de The-ssalie sont donnés comme ayant connu aux temps mythologiques les propriétés médicinales de certaines plantes; l'armée grecque qui assiégea Troie avait pour médecins deux fils d'Esculape, Machaon et Podalire, dont Linné a donné les noms aux deux plus beaux papillons de notre pays. Homère, Hésiode possédaient des connaissances précises sur un assez grand nombre de plantes et d'animaux.
Mais quittons les temps légendaires, et arrivons à l'époque historique. Anaximandre (610-547 av. J.-C), disciple de Thaïes, avait déjà spéculé sur les origines de l'humanité ; il pensait, comme on l'a supposé bien souvent depuis, que les hommes avaient été successivement poissons, reptiles et mammifères. Pythagore f608-50'.> av. J.-C) s'était occupé de botanique ; Alcméon de Crotone (500 av. J.-C.) est le premier qui ait disséqué des animaux et se soit occupé de leur mode de développement; il annonça que chez eux la tête se développe la première ; Empédocle (444 av. J.-C.) attribuait aux plantes un sexe ; il les croyait douées de sensibilité et avait entrevu certaines analogies entre l'œuf et la graine.
Anaxagore (500-428 av. J.-C), maître de Socrate, admettait que la lune ' et les planètes étaient habitées comme la terre. Leucippe, inventeur des atomes, eut pour disciple Démocrite (490-381 av. J.-C), qui étendit la théorie de son
N AT rit A LISTES
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maître, découvrit les oaneus de la Ml
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diverses parties de la botanique.
On dOM h Soerato (470 -i<>(>, d'avoir »
mont critiqué les hypothèses diverses a l'aida desquelles ses pn i contemporains essayaient d'expliquer le monde ; il mérite
d'être considéré comme l'un des fondateurs de la méthode scientifique. Le plus célèbre des méde-
.].■ l'école de Coa qui ont porté le nom d'Hlppocrate parait avoir vécu de son temps. Malheureusement, dans tonte cette longue période, les
observations sont rares, et servent do points de départ à des spéculations hasardées, qui remettent sans cesse en question les faits déjà decouverts; il en résulte que ces faits ne sont jamais réunis en un faisceau qui puisse porter le nom de science.
Malgré le nombre considérable des philosophes qui se succèdent, il faut arriver Jusqu'à Aristote ".' , pour trouver un honnne qui, ayant fait lui-même un nombre considérable d'observations, soit en même temps capable de les grouper en corps de doctrine.
La Chine, sous ce rapport comme sous tant d'autres, avait précédé l'Europe. L'empereur Vu a écrit un traité d'histoire naturelle, le Chan-Hal-King, 2'JOO avant notre ère. Les connaissances scientifiques des autres peuples de lOrient sont généralement consignées dans leurs livres sacrés, où l'on trouve souvent des preuves incontestables d'une étude attentive de la nature.
L'œuvre d'Aristote, dont les études avaient été favorisées par les conquêtes d'Alexandre son élève, est. l'une des plus considérables qui aient jamais été iroduites par un seul homme. Ce grand homme s'était occupé de toutes les branches de l'histoire naturelle; observateur savant et judicieux, il était arrive a acquérir sur les êtres vivants des connaissances dont la justesse et l'étendue nous étonnent encore aujourd'hui. Ses œuvres de botaniques sont perdues : mais ses divers traités sur VHistoire des animaux, sur les Parties des animaux et sur la Génération des animaux, sont demeurés comme des monuments de son génie. Dans le premier, il divise les animaux en animaux sanguins et en animaux exsangues. Ces deux grandes divisions correspondent aux Vertébrés et aux Invertébrés de Lamarck. Chacun de ces groupes est divisé en groupes secondaires dont plusieurs diffèrent à peine de ceux que nous adoptons aujourd'hui. C'est là un véritable essai de classification. Le traité des Parties des animaux est une sorte d'anatomie comparée. Dans le traité de la Génération des animaux, on trouve déjà des observations précises sur le développement du poulet dans l'œuf, et sur les métamorphoses des insectes, auxquels Aristote attribue cependant une génération spontanée.
Théophraste (371-286 av. J.-C), successivement le disciple de Platon et d'Aristote, fut surtout lotaniste et minéralogiste, et devint le chef d'une brillante école. Il ne connaissait pas moins de -.00 plantes et en réunit un grand nombre dans v.ne sorte de jardin botanique qu'il légua à sa n ort à la république d'Athènes.
Les guerres qui suivirent la mort d'Alexandre fi- ent passer la plupart des savants grecs en Egypte, çujes Ptolémées favorisèrent longtemps la science, quils cultivaient eux-mêmesavec succès. On attribue à Ptolémée Philadelphe (309-277; un ouvrage sur les animaux vrais et fabuleux, qui suppose un esprit critique très éclairé. Ce sont toutefois, dans l'école égyptienne, les sciences médicales, principalement l'anatoiuie, qui l'emportent sur l'histoire naturelle proprement dite. Proxagoras distingue les veines des artères, Hérophile (320) montre que les nerfs sont différents des tendons,
reconnaît riaochronteme 'In pouls et des monta du rceur; Eraslatrate découvre que !• \e.iu tient tous !■ iua sa dépenda
décrit le premier les vaisseaux «lui i
niions de Ptolémée Physeon et de son fila
Ptolémée Bottf mirent lin aux succès de l'école
il \lo\andrie (81).
On peut encore compter parmi les naturalistes
ire \" siècle -^ J.-1 . médecin d'Attale III, dont les traités Theviaea et Alexipharmaca
respectivement consacres aux animaux vei. et aux poisons. Dans toute cotte longue pi
;■ ncos naturelles sont cultivées surtout en vue de leur application, et semblent perdre lo caractère philosophique qif Aristote avait r« . leur donner.
Les Romains sont loin do s'élever, même dans cette direction pratique, à la hauteur des • On trouve, cependant, dans les Commentaires de César, de précieux renseignements sur les animaux de la Germanie, et Lucrèce (95-44), contemporain de César, consacre à la science un sublime poème où il développe d'une façon n traie la philosophie dT'.picure et expose relativement à la Nature des choses dos idées qui se rapprochent a certains égards de quelques-tUM conceptions de la science moderne. Lucrèce croit que les premiers animaux avaient des formes monstrueuses et n'étaient même parfois que des organes privés de corps et capables cependant de vivre ainsi isolés. Virgile et surtout Ov.< montrent en plusieurs passages de leurs poèmes excellents observateurs; Ovide peut même compter comme ayant possédé des connaissances fort étendues en histoire naturelle. Les jeux du cirque, le goût des Romains raffinés pour la bonne chère et les mets extraordinaires, firent connaître à Rome un assez grand nombre d'animaux étrangers à l'Europe. Tout ce qui concerne ces animaux se trouve épars dans des ouvrages traitant des sujets les plus divers. Le péographe Strabon '.SO av. J.-C.) a exactement décrit les poissons du Nil ; le médecin Dioscoride (qui vivait dans le i" siècle de notre èrey a joui longtemps d'une réputation de botaniste que ne justifie pas la valeur de ses ouvrages. De tous les naturalistes romains, celui qui s'est acquis la plus grande célébrité est Pline l'Ancien (23-79 apr. J.-C), mort victime de la science en voulant observer la première éruption du Vésuve. VHistoire naturelle de Pline ne comprend pas moins de trente-sept livres, et traite en réalité de toutes les sciences d'observation. C'est une immense compilation de plus de deux mille ouvrages dont un grand nombre sont perdus aujourd'hui. Malheureusement Pline semble avoir peu observé par luimême, et il a recueilli côte à côte d'excellentes observations et les récits les plus fantastiques. Les ouvrages d'Athénée et d'Elien ne sont guère, comme ceux de Pline, que de simples compilations. Elien cite cependant soixante-dix espèces de mammifères, cent neuf espèces d'oiseaux, cinquante espèces de reptiles, cent trente espèces de poissons dont la plupart ont pu être reconnus. On peut considérer comme un naturaliste Oppien, dont les trois poèmes, les Cynégétiques, les Halieutiques et les Ixeutiques contiennent de précieux renseignements sur les animaux que l'on chassait ou que l'on péchait habituellement de son temps. Nous arrivons enfin à un homme dont l'influence a longtemps été considérable sur la médecine, Galien, né à Pergame l'an 131 de J.-C, mort vers l'an 200. Galien s'attache surtout à faire revivre les doctrines d'Hippocrate ; cherchant à tout expliquer par quatre éléments, l'eau, la terre, l'air et le feu, quatre qualités, le chaud, le froid, l'humidité, et le sec, quatre humeurs, le sang, la bile, la pituite et l'atrabile. Ses principaux ouvrages ont pour titre :
NATURALISTES
NATURALISTES
Des administrations analomiques, De l'usage des partie*, Thérapeutique, etc. Son nom est le dernier qui mérite d'être cité parmi les hommes de science de l'antiquité.
Au moyen âge les Arabes sont à peu près les ■seuls héritiers des philosophes de l'antiquité. A partir du ixe siècle on voit les sciences médicales prendre chez eux un épanouissement remarquable. Hippocrate, Aristote sont traduits en langue vulgaire. Mais dans cette période singulière la magie se trouve sans cesse alliée à la science €t à la métaphysique. Rhazès (850-923), Avicenne, Avenzoar (1070-1161), Averrhoès (1120-1108) son élève, ont laissé la réputation de médecins fort habiles et fort instruit; néanmoins les savants arabes s'adonnent beaucoup plus à la spéculation qu'à l'observation ; le philosophe domine ordinairement en eux, et s'ils ont largement contribué à nous conserver les traditions scientifiques des anciens, il faut reconnaître qu'ils ont fait faire à l'anatomie, à la physiologie et au diagnostic des maladies peu de progrès réels. Ils^avaient cependant une connaissance approfondie des propriétés des plantes, et on leur doit l'introduction dans la thérapeutique d'un assez grand nombre de médicaments.
L'influence des Arabes fut considérable sur l'esprit des hommes qui cultivèrent la science en Occident durant le moyen âge. C'est à elle, en grande partie, qu'il faut attribuer ce mélange singulier de l'astrologie et de l'alchimie à la science véritable, mélange dont les plus grandes intelligences ne surent pas toujours se garder et qui eut pour résultat d'amener dans l'esprit du vulgaire une confusion complète entre les savants et les sorciers. Roger Bacon (1214-1292) lui-môme, quoique protestant de la nullité de la magie, sacrifia largement à l'alchimie, ('/était un homme d'un vaste savoir et un expérimentateur habile ; à lire certains passages de son Opus mafus, on croirait qu'il a deviné les plus belles inventions modernes; il paraît aussi avoir connu l'art de fabriquer des poudres explosibles. Ce fut un de ceux qui contribuèrent le plus à ramener les hommes d'études à l'observation de la nature. Les savants de cette époque cultivaient d'ailleurs simultanément toutes les sciences : ils unissaient étroitement la pratique de la médecine, les discussions philosophiques ou même théologiques, à la recherche de la pierre philosophale et de la transmutation des métaux. Aussi peut-on considérer comme des naturalistes les alchimistes tels qu'Arnaud de Villeneuve (1238-1314;, qui découvrit l'alcool, Raymond Lulle, et Albert le Grand (1133-1280 , dominicain, puis évèque de Ratisbonne.et qui abandonna l'épiscopat pour se livrer exclusivement à la culture et à renseignement des sciences. Albert le Grand écrivit de nombreux ouvrages d'alchimie et d'histoire naturelle. On compte parmi ses disciples le fameux saint Thomas d'Aquin (1227-1274), à qui Pic de laMirandole attribue un ouvrage d'alchimie, et que l'Eglise catholique place encore au rang le plus élevé parmi ses hommes de science. Durant le vit" siècle quelques voyages, tels que ceux de Guillaume Rubruquis et de Marco Polo, firent connaître l'Asie orientale; Marco Polo est le premier qui ait pénétré en Chine et au Japon, mais le récit de ses voyages fut longtemps considéré comme une œuvre d'imagination. Malgré l'invention de l'imprimerie (1431), malgré les grands voyages de Christophe Colomb et la découverte de l'Amérique (1492), le xve siècle poursuit encore longtemps les errements scientifiques du xme et du xive; mais au xvie siècle la lumière commence à se faire dans les esprits, et d'importantes recherches scientifiques sont entreprises. André Vésale (1514-1564) régénère l'anatomie; Fallope, Eustache, Spiegel, Ingrassias, Botal,
Varole, ont tous attaché leur nom à la découverte de quelque organe ou de quelque particularité de structure du corps humain. Les recherches de Fabrice d'Acquapendente (1537-1619), celles de Colombo et de Césalpin, qui fut aussi un botaniste remarquable, préparent la découverte de la circulation du sang, nettement entrevue parle malheureux Michel Servet (150'.)-1555), brûlé à Genève, comme hérétique, par Calvin. C'est aussi à cette époque que vécut le célèbre chirurgien de Henri II, Ambroise Paré (1517-1590), qui, en dehors de son mérite comme praticien, songea le premier à comparer le squelette des oiseaux à celui des mammifères. A côté de cette renaissance de l'anatomie se manifeste aussi une renaissance évidente de la botanique et de la zoologie. Jean et Gaspard Bauhin, morts le premier en 1613, le second en IC24, publient, tout en s'occupantde médecine, d'importants ouvrages de botanique; Piecve Belon, né en 1518, assassiné au bois de Boulogne en ] 564, écrivit une Histoire 'Naturelle des poissons marin-et une Histoire des oiseaux; il compara entre eux les organes des divers animaux qui avaient fait l'objet de ses études, et ouvrit ainsi la voie ;\ l'anatomie comparée. A la même époque, Rondelet (1507- 15G6) publia une fort belle Histoire naturelle des poissons, où l'on trouve un véritable essai de classification naturelle. Mais les naturalistes de ce siècle, les plus remarquables par leur savoir furent Conrad Gessner, de Zurich (1516-1565) et l'Italien Aldrovande ( 1527-1605). Gessner publia, outre divers travaux philosophiques et scientifiques, une Histoire des animaux en quatre volumes in-folio, et divers écrits de botanique dans lesquels il établit sur les organes de fructification la première classification scientifique des végétaux; il traite aussi des cristaux, et pense que les fossiles peuvent bien être les dépouilles d'êtres vivants. Aldrovande est l'auteur d'une vaste Histoire naturelle dans laquelle il traite des trois règnes de la nature, et qui fut imprimée en grande partie sous les auspices du sénat de Bologne. Ce fut aussi un des titres de gloire du grand artiste Bernard de Palissy (1500- 1589) d'avoir énergiquement soutenu que les fossiles étaient des restes d'animaux, la plupart marins, et que les mers avaient autrefois couvert une vaste étendue des continents. La foi dans l'observation, dans l'expérience, dans la raison se substitue ainsi peu à peu à la foi dans l'autorité, aux discussions sans fin sur les opinions des maîtres, dont la philosophie scolastique nous offre le triste tableau. Tandis que de nombreux investigateurs prêchent d'exemple et ajoutent à nos connaissances dans toutes les directions, sans trop do souci de l'autorité, quelques hommes hardis comme Argentier proclament leur confiance exclusive dans la raison et préparent ainsi l'avènement de François Bacon (1561-1626) dont Vinstauratio magna posa pour la première fois les vrais principes de la philosophie et de la méthode scientifique. Bacon déclare que l'homme de science doit avant tout appuyer ce qu'il affirme sur l'expérience, et il étend même la méthode expérimentale à la recherche de l'origine des êtres. Dans sa Nova Atlantis, sorte de projet d'un établissement uniquement consacré au progrès des sciences naturelles, comme l'est notre Muséum d'histoire naturelle, il recommande de tenter la métamorphose des organes et de rechercher, en faisant varier les espèces, comment elles se sont multipliées et diversifiée*. C'est la première expression scientifique de l'idée que les espèces de plantes et d'animaux ne sont pas immuables, et que le monde vivant n'est parvenu à l'état actuel que par une s^rie de lentes et graduelles modifications. L'illustre philosophe put connaître avant de mourir l'une des dIus belles découvertes dues à la méthode expérimentale, celle de la cir*
NATURALISTES
N \ I URALISTES
culatton du sang annoncée dès 1619 pu Harvcy, médecin de Jacques I*' ei de Charles I". et élève de Fabrice d'Acquapendente qu'il avait assiste dans ses recherche! sur les valvules des veinée • Cette découverte donne un nouvel élan eus recherches anatomiques. àtelius retrouve lea Vais seaux chylifères, Pecquel montre qu'ila aonl destinés à porter dans le Sang les matières assimilables et qu'ils les transportent dans le canal thoracique par lequel elles sonl renées dans la circulation. Rudbeck et Bartholin se disputent la
découverte des vaisseaux lymphatiques ; \\ irsung
fait connaître le canal pancréatique; Bartholin et Sténon complètent l'étude des glandes salivaires. Wepfer, Schneider, \\ iiiis, Vieussens étendenl
les connaissances acquises sur le cerveau, dont ils précisent lo rôle; enfin Ruysch, par l'application
aux recherches anatomiques d'un procédé qui consiste a injecter des liifiiidcs colorés dans les aux et les cavités, lit faire de grands progrès à l'histoire de l'appareil vasculaire.
Vers la même époque, l'application à l'étude des organismes d'une autre méthode d'investigation fut encore plus féconde. Presque en même temps, RSalpighi, professeur de médecine à Bologne (1628-1(594), Leuwenhoek de Dell) (1682-1723) et Swammerdamm (1637-1680), introduisent l'emploi des verres grossissants dans les recherches d'histoire naturelle, et sont aussitôt récompensés par de magnifiques découvertes Halpighi fait connaître un grand nombre do particularités de structure des organes humains, découvre les trachées des insectes et étudie le développement du poulet; on doit à Leuwenhoek d'avoir révélé aux naturalistes l'existence des infusoires; il parait aussi avoir connu la reproduction des pucerons sans le secours de la fécondation, dont la réalité fut mise hors de doute bien plus tard par Bonnet de Genève, et il fit sur la génération par bourgeonnement des polypes des observations qui devaient demeurer oubliées jusqu'aux recherches de Trembley. Swammerdamm, qui publia une grande partie de ses travaux sous le titre de Bibhu naturœ, est surtout célèbre par ses recherches sur les métamorphoses des insectes. Dès cette époque se posent les grandes questions qui ont depuis agité le monde savant : Redi combat par des expériences d'une réelle précision l'hypothèse, morte aujourd'hui, des générations spontanées. Newton signale déjà, à la fin de son Optique, cette uniformité de structure des animaux à la démonstration de laquelle Geoffroy Saint-Hilaire devait consacrer sa vie scientifique; et Pascal, dépassant Bacon, croit que les êtres animés n'étaient à leur début que des individus informes et ambigus dont les circonstaneespermaîieutes au milieu desquelles ils vivaient ont décidé originairement la constitution ; Sylvius Leloëjde Leyde, soutient que tous les phénomènes qui se produisent dans les viscères sont analogues aux réactions qu'on voit s'accomplir dans les cornues des laboratoires de chimie; Swammerdamm établit les bases de la doctrine du développement des animaux par formation successive des parties; Jean Ray, rompant avec les traditions aristotéliques, propose un système de classification des animaux et des plantes d'une admirable précision, et il contribue largement à faire connaître la sexualité des végétaux, soupçonnée autrefois à diverses reprises, mais démontrée par les recherches de Millington, Grew, Bobart, Camerarius, Bocoone, etc. Tournefort (1666-1708) combat cette grande découverte; mais ses Institutiones rei herborise ne lui assurent pas moins une incontestable illustration; on y trouve une classification des plantes fondée sur la structure et la disposition des fleurs, et le groupe naturel que les naturalistes désignent, sous le nom de genre y est pour la première fois clairement défini. L'année
1634 doit marquer dans l'histoire des s< naturelles, comme date de la londation h Paris, soi les instances de Guy de Labrosse, du jardin botanique qui devait plus tard devenir le Jardin des plantes et que la Convention i sous
Sun nom actuel de Muséum u'histoire naturelle.
Cependant le nombre des animaux et des plantes recueillis en Europe on rapportés de leurs voyages par ks navigateurs augmente con i blement. Tout d'abord il était facile de les diviser en groupes plus nu moins étendus dans lesquels une description ordinairement réduite aune courte phrase permettait de reconnaître chaque espèce. L'espèce était elle-même désignée soit par l'un de
ses isvulgaires,soit par la phrase caractéristique,
à laquelle on tentait parfois de substituer des noms tirés du grec, mais trop souvent forgés de la façon la plus étrange. Les plus sages nomenclateurs arrivent peu à peu :i l'idée de désigner chaque espèce par un nom générique et un nom spécifique, < pondant le premier au nom de famille, le second bu / renom que l'on emploie pour désigner les individus dans la vie civile. C'est là l'idée fondamentale de la nomenclature biuau-c, que Linné (1707- 1778) appliqua avec une admirable netteté à tous les êtres vivants. Son Système de la nature, publié en 1785, fit époque dans la science et lui valut une réputation universelle. On a dit de lui qu'il avait été le législateur de r histoire nature/le, et de nombreux naturalistes ont, en effet, convenu — ce qui est du reste une injustice — de ne pas accepter dans la science de nom antérieur à Linné. Le système de classification adopté par Linné pour les végétaux eut surtout un prodigieux succès; les découvertes récentes relatives à la sexualité des plantes y étaient pour la première fois appliquées; ce n'était pourtant, comme Linné en prévenait luimême, qu'un système, c'est-à-dire un moyen commode d'arriver au nom d'une plante, et non une méthode naturelle de classification dans laquelle toutes les plantes auraient été disposées d'après leur degré réel de ressemblance. Mais le système de Linné se recommandait par son admirable précision, par sa grande simplicité et aussi par un* sorte de poésie dont on retrouve la trace môme dans les œuvres les plus sévères du grand naturaliste suédois.
Il s'en faut cependant que les travaux de Linné aient été dès l'abord universellement acceptés. Il rencontra d'ardents contradicteurs, parmi lesquels Réaumur (1683-1757), Buffon (1707-1788,, Adanson (1727-1806), Charles Bonnet (1720-1793), de Genève, etc. Réaumur, physicien et naturaliste, doit surtout sa grande réputation sous ce dernier titre à ses Mémoires pour sei'vir à l'histoire des insectes, où sont consignées les plus patientes et plus ingénieuses recherches sur les mœurs et les métamorphoses de ces animaux. Adanson eut le courage de demeurer pendant cinq ans au Sénégal, dont il voulait faire connaître les productions ; son Histoi) e naturelle du Sénégal n'a jamais été terminée; ses Familles des plantes témoignent d'une grande justesse de vues ; Adanson était un esprit d'une vaste étendue : il avait conçu le plan d'une encyclopédie des sciences humaines qu'il voulait réaliser à lui seul, et les matériaux qu'il recueillit pour cela formaient un ensemble tellement formidable, que la publication n'a même pu en être entreprise. Buffon s'est élevé au premier rang des naturalistes, non pas tant par la beauté de ses descriptions qui ont rendu l'histoire naturelle attrayante pour tous, que par les vues générales vraiment grandioses qui signalent ses écrits. Il fut tour à tour épris de mathématiques, de physique et d'histoire naturelle. Sa première œuvre de naturaliste est sa Théorie de la terre (174;)), la dernière ses Epoques de la Nature (1778), qui eurent un si grand retentissement;
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V Histoire des minéraux, celle des animaux et celle de Y homme tiennent entre ces deux dates. Buffon admet que la terre et les planètes ont d'abord été des globes incandescents qui se sont graduellement refroidis, mais conservent encore une plus ou moins grande chaleur intérieure. La terre a été à un certain moment couverte par les eaux. Ce sont les eaux qui en ont façonné la surface et ont déterminé lentement la formation de ses reliefs, produisant ainsi « des effets qui arrivent encore tous les jours»; les couches parallèles des stratifications géologiques, les fossiles répandus partout par bancs immenses, sont pour Buffon les preuves irréfutables de l'action des eaux. Il croit a la disparition d'espèces anciennement existantes, pense qu'un grand nombre d'animaux peuvent naître par génération spontanée, admet la création d'espèces primitives distinctes, mais attribue cependant à ces espèces une variabilité suffisante pour qu'elles aient graduellement donné naissance à un grand nombre d'autres espèces différentes les unes des autres. Le climat, la nourriture et la domesticité sont pour lui les principales causes de variation. Il considère les climats comme ayant déterminé le mode de distribution des animaux sur la terre, fait le premier remarquer qu'aucune espèce n'est commune aux régions chaudes des deux mondes, et pose ainsi les bases de la géographie zoologique. Seule l'espèce humaine aurait échappé à cette influence et se retrouverait essentiellement une dans toutes les parties du globe. Buffon insiste sur l'uniformité du dessein qui a présidé à la création des animaux : cette uniformité, que démontrent les travaux anatomiques faits pour lui par Daubent m. il essaie de l'expliquer par l'hypothèse qu'il existe une foule de petits êtres, de molécule* vivantes identiques, sauf les dimensions, aux êtres vivants de grande taille qui résultent de leur association. Il y aurait enfin, suivant lui, des passages gradués entre la plupart des formes animales. Si l'on peul retrouver dans ces idées quelques-unes des opinions émises avant Buffon, il faut reconnaître qu'il les fait absolument siennes par la façon dont il 1rs expose et dont il les enchaîne; d'autres sont des vues de génie dont l'influence sur les sciences naturelles a été considérable ; nous les retrouverons plus tard développées et confirmées par les successeurs de l'illustre intendant du jardin du roi.
Buffon ne s'est jamais occupé que des animaux supérieurs. Cependant autour de lui d'importantes découvertes sur les animaux inférieurs préparent une révolution dans les idées courantes sur le animal. Peysonnel démontre (1721) l'anima corail et fournit ainsi le premier exemple d'animaux bourgeonnants les uns sur les autres à la façon des plantes et demeurant unis toute leur vie dans une étroite communauté comme peuvent le faire les branches d'un arbre. Les naturalistes les plus compétents se montrent d'abord incrédules ; mais les mémorables recherches de Trembley sur les hydres d'eau douce (1 740) déterminent un revirement d'opinion. Bernard de Jussieu se rend au bord de la mer pour étudier à nouveau les flustres, les eschares et les organismes voisins, que tous les naturalistes classaient jusque-là parmi les algues, et reconnaît en eux, à son grand ctonneraent, de véritables animaux. Cette découverte d animaux composés, d'animaux vivant en colonies, est fondamentale, mais son importance n'a guère' été comprise: que de nos jours. Quelques années après (1759), Bernard de Jussieu ^1699-1777) formulait sa méthode naturelle de classification des végétaux, publiée seulement d'une façon complète en 1789 par son neveu Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836). Abandonnant les errements de Linné, qui ne s'était servi dans son système que
d'une seule série de caractères, les de Jussieu font appel à tous les caractères fournis par la plante, mais ils établissent que ces caractères n'ont pas tous la même valeur; il en est d'importants, d'autres de secondaires: c'est le principe même de la subordination des caractères, dont Cuvier devait faire à son tour cinquante ans plus tard la pierre angulaire de sa classification du règne animal. Le degré d'importance des caractères est établi au moyen de leur degré de généralité : un caractère présenté par un très grand nombre de plantes est évidemment plus important qu'un caractère restreint à quelques espèces ; le premier pourra servir à distinguer des divisions très étendues telles que les classes, le second sera un caractère de genre, et dans l'intervalle on trouvera de même des caractères de familles, d'ordres ou de tribus. Ainsi les caractères fournis par les différents organes de la plante peuvent intervenir tour à tour dans la classification, et l'ordre de leur succession est en quelque sorte déterminé expérimentalement. Le principe de la méthode, naturelle était trouvé ; mais i l'application peut en être faite de manière très diverse; à mesure que l'on connaît, plus exactement la structure d'un plus grand nombre de plantes, l'importance relative des caractères peut se modifier, et des caractères nouveaux peuvent réclamer dans les méthodes une place qu'on ne leur avait pas faite tout d'abord. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que Bernard et Laurent de Jussieu ne soient pas arrivés d'un seul coup h la perfection ; on n'a cessé depuis eux de chercher à représenter d'une façon plus complète, dans la méthode, les véritables affinités des plantes, et ces tentatives ont illustré des botanistes tels que de Candolle, Adrien de Jussieu, Lindley, Endlicher et surtout Adolphe Brongniart.
On n'est arrivé que plus tard à une classification naturelle des animaux. Le système de Linné a conservé la prédominance jusqu'au moment où Cuvier (1769-1832), dans son Règne animal distribué d'après son organisation (1816), montrant l'importance exceptionnelle du système nerveux, introduisit dans la science l'idée des types de structure, et démontra que tous les animaux connus de son temps étaient conformés suivant quatre types, quatre plans généraux caractérisant autant d'embranchements.
Pendant que vers la fin du xvme siècle se dégagent les idées qui doivent conduire à une appréciation de plus en plus exacte des rapports que les organismes présentent entre eux, une révolution profonde, accomplie dans les sciences physiques, montre sous un jour tout nouveau les rapports des organismes avec le milieu qui les entoure. Ce milieu était pour ainsi dire inconnu. Les découvertes de Scheele, de Priestley, de Lavoisier nous dévoilent sa constitution: en 1774, Scheele en Suède, Priestley en Angleterre découvrent l'oxygène ; en 1776, Lavoisier démontre qu'il fait partie intégrante de l'air et qu'il donne en se combinant avec le carbone le gaz même qu'exhalent les animaux et qui est l'aliment par excellence des végétaux, l'acide carbonique. Presque en même temps, l'eau perd comme l'air le caractère d'élément que lui attribuaient les anciens chimistes ; Cavendish en extrait l'hydrogène, et Lavoisier démontre irréfutablement en 1783 que cet hydrogène, se combinant avec l'oxygène de l'air, forme de l'eau, de même que le charbon forme de l'acide carbonique en brûlant dans l'air. La théorie de la combustion est établie; celle de la respiration en esc une conséquence immédiate: alors apparaît entre le règne animal et le règne végétal une admirable harmonie : les animaux versent sans cesse dans l'atmosphère des torrents d'acide carbonique formé aux dépens de l'oxygène de l'air. Les végétaux s'emparent de cet acide carbonique, le décomposent, en
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gardent le carbone et restituent à l'air l'oxygène que les animaux lui enlèvent; la substance même des végétaux sert ensuite à l'alimentation des animaux, et ceux-ci, après leur mort ou même de leur vivant, rendent au sol, où les végétaux les retrouvent, les substances qu'ils ont prises à ces derniers. Haies (1677-1761), dans sa Statique des animaux et dans sa Statique des végétaux, avait déjà cherché à déterminer ces rapports des êtres vivants avec le milieu qui les entoure; il peut être considéré comme ayant jeté les bases de la physiologie végétale ; mais que pouvait être la physiologie à une époque où ni l'oxygène, ni l'hydrogène, ni l'azote n'étaient connus, où la nature de l'air, de l'eau, de l'acide carbonique restaient à déterminer, où l'on ignorait même en quoi pouvait consister ce phénomène fondamental : la combinaison chimique? Iugenhousz, de Saussure, Sennebier, poursuivent dans des voies nouvelles l'œuvre de Haies. Au temps de Lavoisier, on commence d'ailleurs à peine à entrevoir les liens qui unissent entre eux ce que l'on nomme les agents physiques ; les propriétés les plus importantes de l'électricité sont encore inconnues , les physiciens ont bien imaginé des fluides pour expliquer la chaleur, la lumière, Y électricité, if magnétisme, des forces pour expliquer l'attraction des astres, la cohésion des molécules des corps, l'affinité qui pousse les éléments à se combiner; mais rien ne relie ces conceptions diverses, et telles sont encore les habitudes de l'esprit humain que l'on accepte ces mots de fluide et de force, comme désignant des êtres mystérieux dont l'existence est aussi inexplicable que celle des êtres vivants eux-mêmes. La science n'en a pas moins trouvé ses voies: toutes les questions s'agrandissent, les horizons prennent la plus vaste étendue; un immense travail se fait dans les idées et prépare l'avènement des hommes de génie dont la brillante pléiade resplendit au seuil du xixe siècle. En France, la Convention, sur le rapport de Lakanal, inspiré par les héritiers scientifiques de Buffon, organise, avec une hauteur de vue qu'on a rarement retrouvée depuis, le Muséum d'histoire naturelle, et s'efforce d'y concentrer tout ce qui peut en faire un véritable « Temple de la nature. » Lamarck, Geoffroy Saint-Hilaire, Cuvier, donnent bientôt aux sciences naturelles une portée que l'on ne connaissait pas. Comme introduction a son cours de zoologie du Muséum, Lamarck (1744-182'.»), d'abord botaniste et collaborateur de Candolle, publie en 1809 sa Philosophie zoologique, première et puissante tentative d'explication de l'origine des animaux. Il y regarde les espèces actuelles comme descendant d'espèces qui les ont précédées, qui se sont graduellement transformées sous l'influence des milieux et de l'habitude, et dont les individus modifiés ont transmis par hérédité à leur descendance leurs nouveaux caractères. Son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres (1816 à 182.), où il classe et décrit avec une méthode rigoureuse la multitude fies animaux inférieurs, lui a mérité d'être appelé le Linné français. Etienne Geoffroy Saint-Hilaire (1172-184*), tout entier dominé par l'idée de démoi trer ['unité décomposition du règne animal, dote l'anatomie comparée de rentables moyens d'investigation, trace le chemin dags lequel elle n'a cessé de marcher depuis lui; montre le parti que l'on peut tirer de l'embrj ogénie par les com] explique par les lois naturelles du développement la formation, riiez l'homme el les animaux, de ces mon trtt itéi quêtant de gens considèrent encore comnm miraculeuses, el crée ainsi i nouvelle, la tératol jie. Il croit aussi a la mutabilité des forme spécifiques, el attribue a la Beule influe née dos milieux les changements qu'elles ont Bubis. Cuvier soutien) au contraire L'immuabilité al. duo d Tandis que ses deux col-
lègues considèrent, dans une certaine mesure, les êtres vivants comme le résultat de l'action du monde extérieur sur une ou plusieurs formes primitives, qui se sont modifiées avec le milieu dans lequel elles devaient vivre de manière à être toujours en harmonie avec lui, Cuvier pense que les êtres ont été créés d'un coup pour vivre dans des conditions déterminées. Geoffroy recherche dans les animaux les traces plus ou moins effacées du type primitif d'où ils dérivent, Cuvier nie ce plan primitif; pour qu'un animal puisse vivre dans des conditions données, il faut que ses organes présentent certains rapports déterminés par ces conditions ellesmêmes, et qu'ils soient en harmonie les uns avec les autres : il y a donc entre les formes des organes une corrélation, qu'il appartient à l'anatomie comparée de déterminer. Les lois de ces corrélations une fois établies, il doit être possible de reconstituer presque entièrement un animal dont quelques parties seulement sont connues. C'est en s'appuyant sur ce principe, devenu le principe fondamental de la paléontoiogie * , que Cuvier a pu démontrer que la terre a été jadis peuplée d'animaux dont les espèces ont aujourd'hui complètement disparu, et reconstituer dans une certaine mesure les formes de ces animaux. En présence de ce fait, Cuvier se trouve conduit par ses idées sur l'invariabilité de l'espèce à admettre de périodiques cataclysmes, de périodiques révolutions du globe qui auraient détruit le plus grand nombre des espèces vivant à un moment, espèces périodiquement remplacées aussi par des créations successives. La géologie, à laquelle les travaux de Cuvier devaient donner un si brillant essor, la paléontologie, qu'il a fondée, sont venues depuis infirmer ces deux hypothèses; le géologue anglais Ch.Lyell, reprenant l'idée de Buffon, a montré bien nettement que les causes actuelles, qui agissent lentement sous nos yeux, mais accumulent leurs effets pendant de longs siècles, suffisent à expliquer tous les phénomènes géologiques; et d'autre part les innombrables recherches des paléontologistes modernes s'accordent à prouver que les espèces animales et végétales d'une période géologique donnée n'ont jamais disparu en bloc, mais se sont éteintes graduellement, une à une, tandis que des espèces nouvelles prenaient successivement leur place.
Au moment même où en France Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire captivaient l'attention des savants par les grandes luttes scientifiques qui s'élevaient entre eux, en Allemagne se développait, sous l'influence de Schelling, l'école de la P/nlosophie de lu nature, qui attribuait à la raison humaine une puissance suffisante pour découvrir sans le secours de l'observation les lois du monde physique. Oken (1779-18.JI) fut, parmi les naturalistes proprement dits, le plus éminent représentant de cette école; il acquit une influence considérable sur ses compatriotes. On lui doit d'avoir attiré l'attention sur les similitudes qui existent entre les diverses parties d'un môme organisme, et d'avoir exprimé, en môme temps que le grand poète Gœthe, la pensée probablement vraie, que le crâne des animaux sup rieurs n'est autre chose qu'une association de vertèbres modifiées. Cette idée qu'un même organe peul se répéter chez un être vivant tout en prenant des formes variées, conduisit Gœthe à démontrer quelques années après que, chez les végétaux, les divers appendices et notamment les parties variée, de U Heur, pétales, étamines, etc. ne sont autre chose que des feuilles modifiées. Comparer ensemble les diverses parties d'un même organisme, comme le faisaient Gœthe et Oken ; comdans des animaux différents les organes qui s' correspondent, comme le faisait Geoffroy Saint- Hilaire; rechercher dans des animaux de même type les modifications de formes qu'entraînent
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dans les divers organes les modifications d'un organe donné, comme le faisait Cuvier : ce sont là trois des points de vue essentiels de l'anatomie comparée; une part dans la fondation de cette science revient donc à chacun des grands hommes que nous venons de nommer. Une place doit être réservée auprès d'eux à Vicq d'Azir (l 74 8-1194), et à Meckel (1781-1833). Pendant que l'anatomie comparée se constituait ainsi, un autre naturaliste éminent, Von Baër, fondait l'embryogénie comparée ou science du développement des animaux et, par une méthode à lui, arrivait, relativement au nombre de types du règne animal, à des résultats dont la concordance avec ceux de Cuvier a été fort remarquée. M. Milne-Edwards a depuis nettement précisé '1844) toute l'importance de l'embryogénie pour l'appréciation des rapports des êtres; il n'y a aujourd'hui encore que bien peu de chose à ajouter à ce qu'il disait il y a trente-six ans. Aux côtés de ces hommes illustres, une part plus modeste, mais grande encore, revient à deux zoologistes, Savigny et Latreille. Le premier a laissé d'immortels Mémoires sur les animaux sans vertèbres; le second eut le mérite de concevoir avant Cuvier une méthode de classification naturelle des insectes : c est lui qui a donné à l'entomologie cette précision qui en fait, parmi les branches de la zoologie, l'une des plus propres à former déjeunes naturalistes. De Blainville (I777-1.S50), Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1805-1361), Audouin (1797-1841) soutiennent la gloire scientifique de leurs prédécesseurs. Le premier s'efforce même de créer une école indépendante; il croit à une série animait qui ne comprend pas tous ces organismes, mais un certain nombre d'entre eux, autour desquels viennent se ranger des types dégradés qui rompraient la série générale si on essayait de les y intercaler, mais qui forment eux-mêmes série quand on les range autour du type fondamental auquel ils se rattachent. De Blainville rejette la classification de Cuvier et lui en substitue une autre, fondée sur le mode de symétrie des animaux.
Les découvertes paléontologiques de Cuvier devaient amener dans la géologie une révolution profonde. Werner (1750-1817), le grand minéralogiste de Freiberg, partisan résolu de l'explication de tous les phénomènes géologiques par l'action des eaux, classait les diverses couches de l'écorce terrestre d'après leurs caractères minéralogiques; Alexandre Brongniart (1770-1847) eut le premier l'idée de faire appel aux fossiles pour déterminer l'âge relatif des couches et distinguer, en dehors de tout caractère minéralogique, les couches contemporaines de celles qui ne le sont pas. Cette méthode de classification des terrains devait devenir plus tard, grâce aux patientes recherches du savant conchyliologiste Deshayes (1 795-1 875; et aux généralisations de sir Charles Lyell, la méthode exclusive des géologues. Enfin, comme si toutes h s branches de l'histoire naturelle devaient à cette époque recevoir une impulsion nouvelle du grand établissement que la Convention avait en France consacré à leur culte, Haûy (1743-1822) achevait d un coup la cristallographie dont Bergmann et Borné de Lille avaient à peine avant lui jeté les bases.
A l'école de médecine de Paris, Bichat (17" 1- 1803) faisait de son côté entrer l'anatomie dans des voies nouvelles. Il professait que les divers organes et appareils étaient constitués de parties essentiellement les mêmes dans tout l'organisme, les éléments anatomiques, groupés eux-mêmes en tissus et en systèmes d'organes semblables; il devint ainsi le fondateur d'une science nouvelle, l'histologie ou science des tissus; mais il ne put connaître, faute de procédés de recherche suffisaits, les véritables éléments anatomiques. Il mourut à l'âge de trente et un ans, avant d'avoir vu réa-
liser les découvertes qui devaient donner un élan si remarquable à la science qu'il venait de fonder.
Vers 1815 seulement, l'invention du microscope achromatique et les perfectionnements rapides de cet instrument par Amici, Chevallier, etc., mettent dans les mains des naturalistes un procédé d'investigation d'une grande puissance. On pénètre plus avant dans la structure des animaux et des végétaux, et l'on suit avec plus d'attention les phénomènes intérieurs qui s'accomplissent en eux. Turpin ( 1 775-1 840) , de Mirbel ( 1 7 76-1 854) signalent dans les végétaux, comme constituant essentiellement la base de leurs tissus, de petits utricules sur lesquels Baspail attire do nouveau l'attention, et que Schwann finit par considérer comme les éléments nécessaires de tout organisme, comme produisant par leurs associations et leurs transformations diverses tous les tissus ; ce sont les cellules, dont la considération produit dans les sciences de la vie une révolution aussi complète que celle produite en chimie par la découverte et la détermination précise des corps simples. C'est grâce au microscope qu'Adolphe Brongniart (1801- 1876) peut entreprendre ses recherches sur la fécondation des plantes, et fonder la paléontologie végétale par ses études sur les végétaux fossiles. En Allemagne le microscope permet encore à Ehrenberg (1795-1876) de saper les fondements mêmes de la « philosophie de la nature », en détruisant la croyance à la génération spontanée des animaux et des végétaux les plus simples, dont il fait connaître les nombreux modes de reproduction. On doit à Ehrenberg d'avoir décrit et figuré une multitude infinie d'êtres microscopiques dont l'existence était à peine soupçonnée, et d'avoir montré la part immense que ces petits êtres ont prise à la formation des couches géologiques les plus puissantes. Mais, enthousiasmé par ses découvertes sur quelques-uns d'entre eux, les Hotifères, séduit par certaines idées théoriques, Ehrenberg se laissa entraîner à attribuer aux infusoires une organisation beaucoup trop compliquée. Il fut vivement attaqué sur certains points, et l'un de ses contradicteurs les plus ardents fut notre compatriote Dujardin, professeur à la Faculté des sciences de Bennes, à qui l'on doit la découverte de ce fait important qu'il existe une substance douée de vie, sans être organisée, qui forme le corps des infusoires, et à laquelle il a donné le nom de sarcode. Cette substance, retrouvée depuis dans tous les éléments constitutifs des êtres vivants, n'est autre chose que le protoplasma, dont Hugo von Mohl et Max Schultz ont montré l'importance hors ligne, et qui doit être considéré comme la substance vivante fondamentale, la base physique de la vie. Comparable à certains égards à un composé chimique, mais possédant toutes les facultés qui sont l'essence de la vie, le protoplasma n'existe jamais qu'à l'état de petites masses indépendantes qui revêtent ordinairement la forme de cellule-;. Ce sont là les véritables éléments >niatomiques, ceux que Claude Bernard a appelés les ouvriers de la vie, ceux dont les propriétés contiennent l'explication de la structure comme aussi des fonctions diverses des organismes. L'identité de ces éléments dans les deux règnes a ramené ce grand physiologiste à concevoir, à l'exemple de Lamarck, une science générale de la vie, la biologie, ayant pour objet de réduire à un ensemble de lois communes les phénomènes, jusque-là considérés comme antagonistes, de la vie végétale et de la vie animale. Ce fut la préoccupation constante des dernières années de l'homme de génie qui fixa à la physiologie expérimentale une voie définitive., jalonnée déjà par les travaux de Spallanzani, de Béaumur, de Miller [17l 8-1777 . à la fois poète, médecin, botaniste et physiologiste, de
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Charles Bell (1774-1842), de Magendie (1783-1855), de Flourens.
Longtemps on s'était, à quelques exceptions près, borné à étudier les êtres vivants à leur état adulte, à classer et à décrire les formes que l'on découvrait sans trop se préoccuper de suivre un même organisme dans les diverses phases de son existence. Les insectes, avec leurs métamorphoses, paraissaient une exception unique parmi les êtres vivants. Les grands voyages, tels que ceux de Péron et Lesueur. de Lesson, de Quoy et Gaimard, etc., font connaître un grand nombre de formes nouvelles de zoophytes et d'autres animaux marins, et ramènent l'attention sur ces singuliers organismes. Lesueur, décrivant certains acalèphes (1815), est amené à les considérer comme des colonies flottantes d'animaux qui, bien que nés les uns des autres, et demeurant toute leur vie associés, revêtent cependant dans la même colonie les formes les plus différentes. Dans l'un de ses voyages, Adalbert de Chamisso, à la fois poète, romancier et naturaliste, fait connaître (1819) des animaux, les Salpes, qui revêtent alternativement deux formes différentes à chaque génération, de sorte que les enfants ne ressemblent jamais à leurs parents, mais bien à leurs grands parents. Un pasteur norvégien, Sars, de Bergen, découvre (1835,i des faits entièrement analogues sur les méduses; le grand physiologiste Johannes Mùller (1801-1*58) fait connaître le mode de développement plus étrange encore des étoiles de mer et des oursins; une série de découvertes successives de Boianus, von Baër, Meblis, Nordman, Creplin, Dujardin, Zeder, von Siebold, de Filippi font entrevoir des phénomènes analogues dans le mode de propagation encore mystérieux des helminthes ou vers parasites de l'intestin et de divers autres organes de l'homme et des animaux ; enfin, un éminent naturaliste danois, Japetus Steenstrup, réunit tous les faits observés jusqu'à lui sur les zoophytes et les vers, et développe en 1842 sa grande théorie des générations alternantes, qui a reçu de P -J. van Beneden et de M. de Quatrefages d'importants développements. Les travaux de von Baër, de Prévost et Dumas, de Wagner, de Purkinge, de Lallemand, de Pouchet, de Coste, avaient établi sur des bases inébranlables la généralité de la reproduction par voie sexuée ; la théorie des générations alternantes donnait à la reproduction par voie de simple bourgeonnement ou de division transversale du corps une importance qui s'accroît chaque jour et qui paraît destinée à devenir de premier ordre. Les faits de génération alternante ne sont pas limités d'ailleurs aux animaux : on les retrouve chez un très grand nombre de cryptogames, et la connaissance du mode de propagation de ces plantes, celle de leurs singuliers éléments reproducteurs, doués de mouvement comme de petits infusoires, constitue encore un progrès important dû principalement aux travaux d'Agardh, de Unger, de Berkeley, de Mohl, de Thuret, de Derbès et Solier, de Pringsheim, de de Bary, etc. Des liens nouveaux se trouvent ainsi établis entre les animauxet les végétaux.
La géologie fait à son tour de rapides progrès. Les ancien-- géologues se partageaient en plutoniens et en neptuniens, les uns attribuant à l'action exclusive du feu, les autres à l'action non moins exclusive de l'eau la conformation actuelle delà surface du globe. En 1811, lireislak à Home, dans son ouvrage sur la structure extérieure du globe, fait lapait de ces deux éléments: le globe, d'abord a l'état de fusion, s'esl refroidit sa surface s'est Bolidiflée ; les eaux B'y sont condensées cl n'ont cessé depuis lors de contribuer ;'i la modifier. M i le feu central n'a pas cessé pour cela d'intt ■• air. 0:i distingue nettement les roches ignées
des roches sédiment a ires, dont quelques-unes ont subi au contact de ces dernières, portées à une hauio température, des modifications importantes; Huttsr appelle l'attention sur ces modifications, et désigne les roches qui les présentent sous le nom de roches métamorphiques. Alexandre de Humboldt 17G9- 1859), esprit encyclopédique, recueille dans ses voyages une foule de documents relatifs à la constitution physique du globe et les expose, d'une façon magistrale dans son grand ouvrage, le Cosmos. Léopold de Buch et Elie de Beaumont établissent d'une façon définitive la théorie du soulèvement des montagnes. Elie de Beaumont (1798- 1874) tente même d'exprimer la disposition générale des principaux systèmes de montagnes au moyen de lois géométriques. C'est à cet illustre géologue et à son collaborateur Dufrénoy que l'on doit la carte géologique de France. Mais le feu et l'eau à l'état liquide ne sont pas les seules causes qui ont contribué à modifier le relief du globe. On s'aperçoit qu'il faut aussi faire intervenir dans une large mesure l'action des glaces. Les observations de Venetz, de Charpentier ont montré que les glaciers de la Suisse ont eu autrefois une plus grande étendue. Louis Agassiz reprend ces observations et arrive à conclure que les glaces ont couvert, pendant une période relativement récente, une grande partie de l'hémisphère boréal et ont laissé en maints endroits des traces de leur passage. On a cru longtemps que la fin de cette période glaciaire marquait la date de l'apparition de l'homme sur la terre, mais des découvertes récentes tendent à reculer beaucoup plus l'époque de cette apparition. Non moins paléontologiste que zoologiste et géologue, Louis Agassiz tente de préciser les caractères des innombrables fossiles découverts depuis Cuvier et de déterminer leurs rapports avec les êtres qui vivaient de nos jours. Les uns lui semblent conserver toute leur vie les traits des embryons des animaux actuels : ils constituent des types embryonnaires ; d'autres paraissent présager par certains de leurs caractères l'apparition prochaine de types nouveaux : ce sont les types propliétiques ; d'autres enfin réunissent en eux des caractères que l'on ne trouve plus aujourd'hui qu'isolés sur des êtres assez éloignés les uns des autres : ce sont les types synthétiques. Tous ces fossiles étendent singulièrement l'idée que les êtres vivants nos contemporains peuvent nous donner de la nature et de la variété des formes organiques. Louis Agassiz croit, comme Cuvier, à la fixité de ces formes ; mais les paléontologistes sont pressés sans relâche par les conséquences inévitables de leurs découvertes; il est hors de doute que les espèces animales et végétales ont été plusieurs fois totalement renouvelées à la surface du globe. Ce renouvellement a eu lieu sans cataclysme ; les espèces ont disparu une à une, ont été remplacées une à une de telle façon que leur ensemble a subi une transformation lente et graduelle. Comment se sont produites les espèces nouvelles? Ont-elles été tirées du néant; leurs premiers représentants ont-ils été faits d'un coup à l'aide de la matière inerte; ou bien chaque forme spécifique nouvelle n'est-elle que le résultat de la transformation d'une forme analogue qui l'a précédée? 11 faut décider entre ces trois alternatives ; les probabilités en faveur de la dernière augmentent chaque jour.
En 1859, un naturaliste qui s'était déjà illustré par un voyaçc autour du monde, où il avait recueilli d'innombrables observations et qui lui avait permis de <huiner l'explication, bien des fois tentée avant lui, de la formation des îles de coraux qui abondent dans le Pacifique, Charles Darwin, publie son livre sur l'origine d s es\ èc s, en même temps ou'un de ses compatriotes, A.-R. V. al-
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lace, exprime des vues analogues dans un ouvrage sur la Sélection naturelle. Les idées de Lamarck reviennent au jour; mais Darwin et Wallace montrent par quel mécanisme la variabilité des formes, et la transmission par hérédité des caractères acquis, peuvent produire des espèces nouvelles et non de simples variétés sans aucune stabilité. Les variations qui constituent un avantage pour les êtres qui les présentent sont seules conservées : elles sont l'objet d'un choix, d'une sélection naturelle, conséquence de la lutte pour la vie dont les animaux et les végétaux nous offrent l'émouvant spectacle. Les impossibilités apparentes qui n'avaient pas permis aux théories de Lamarck et de Geoffroy Saint-Hilaire de résister à l'opposition de Cuvier s'évanouissent. Quoiqu'il reste encore bien des points obscurs dans la théorie de la transformation des formes spécifiques, un grand nombre de naturalistes se rallient à une doctrine qui leur donne l'espérance de soulever un jour le voile qui couvre l'origine des êtres vivants : de là un mouvement scientifique dont il est impossible aujourd'hui de nier la grandeur. Les rapports des êtres, les classifications, l'anatomie comparée, l'embryogénie, la répartition géographique des formes vivantes apparaissent sous un jour nouveau. A l'ancienne conception de la nature vient s'opposer une conception toute différente. Nous avons essayé de montrer dans cet article les pierres successives que les siècles ont portées à l'édifice que nous voyons subir de nos jours une métamorphose nouvelle. [Edmond Perrier.l
NAVIGATION.— Histoire générale, XXXIX-XL.
— Temps anciens. — La navigation remonte à la plus haute antiquité, et l'on s'égare dans les récits fabuleux lorsqu'on tente d'en pénétrer l'origine. Les notions que l'on possède sur l'art nautique des anciens peuples se bornent à quelques images grossières peu propres à fixer les idées. Ce n'est d'ailleurs que lorsque la navigation a acquis un certain développement, et qu'elle est devenue l'un des principaux agents de la civilisation, que son histoire est intéressante à étudier.
La pirogue des anciennes populations lacustres ou des Océaniens, creusée dans un simple tronc d'arbre, et le radeau, composé de roseaux assemblés, de tronçons d'arbres réunis, sont probablement les premiers flotteurs employés par les hommes pour se mouvoir sur l'eau; la perche, appuyée au fond, dut être le premier engin de propulsion.
L'invention des rames et du gouvernail remonte aussi aux temps les plus reculés; ces créations d'ailleurs, comme celle du navire, ont dû être communes à tous les peuples établis sur les rivages de la mer.
Après être resté longtemps informe, l'art nautique reçut sa première impulsion des Phéniciens; c'est ce peuple qui semble tout d'abord avoir compris que la mer, loin d'être un invincible obstacle aux transactions des hommes, était au contraire appelée à les rendre plus faciles. C'est aux Phéniciens que nous devons les premiers perfectionnements des navires de mer, 1 emploi des voiles, l'usage de l'ancre, d'abord simple pierre lourde, puis crochet en fer, celui du lest pour assurer la stabilité des embarcations, de la sonde pour mesurer la profondeur des chenaux, de la rose des vents, etc.
Les Phéniciens furent longtemps les maîtres de l'empire des mers; Sidon et Tyr, aujourd'hui délaissées, montrent encore les vestiges de leurs anciens ports. Ils conquirent les îles voisines de leur pays, Chypre, Rhodes, la Crète, lesCyclades. Parla mer Rouge, ils entrèrent dans les golfes Arabique et Persique, et avancèrent jusqu'aux Indes, où ils se rendirent maîtres de Taprobane (Ceylan). Dans la
Méditerranée, ils naviguèrent le long du littoral africain, où ils fondèrent Carthage, et créèrent des établissements sur les côtes de la Gaule et de l'Espagne jusqu'au détroit de Gadès. C'est à l'Hercule des Phéniciens qu'est attribuée la célèbre légende des colonnes d'Hercule.
Des Phéniciens la suprématie sur mer passa aux mains des Carthaginois, dont la domination s'étendit sur toutes les îles connues de la Méditerranée, et qui possédèrent pendant plusieurs siècles l'empire absolu de la mer. Dans ses luttes avec Syracuse, qui durèrent près de deux cents ans, Carthage équipa des flottes considérables, se chi'frant par plusieurs milliers de navires, et livra de nombreuses batailles navales. Elle ne réussit cependant pas à subjuguer sa rivale, qui parvint même à la menacer sur le sol africain.
Syracuse ne fut pas du reste sa plus redoutable ennemie; elle eut à soutenir contre Rome une lutte terrible, pendant laquelle elle disputa longtemps à cette dernière l'empire du monde et où elle finit par succomber. C'est au début des guerres puniques que les Romains, jusqu'alors sans marine, équipèrent leur première flotte, que Duilius conduisit cependant à la victoire, malgré l'infériorité des bâtiments qui la composaient. Dans cette première bataille navale, le général romain craignant, avec ses lourds vaisseaux construits à la hâte et ses équipages peu exercés, de ne pouvoir lutter avantageusement contre les navires légers et maniables des Carthaginois, inventa les corbeaux, sorte de mains de fer destinées à accrocher les bâtiments ennemis et à faciliter l'abordage ; ces terribles engins, en portant l'épouvante parmi les Carthaginois, contribuèrent à leur défaite.
La troisième guerre punique amena, à la suite d'un siège mémorable, la chute de la puissante ville africaine.
Carthage avait dû son origine au trafic des Tyriens ; l'activité de sa navigation avait contribué au rapide développement de sa grandeur; sa situation était d'ailleurs plus avantageuse que celle de Tyr. Les transactions des Carthaginois s'étendirent au delà des colonnes d'Her cule, sur la côte occidentale d'Afrique, visitée par Hannon, auquel on attribue un périple resté célèbre, et sur la. côte d'Europe, explorée par Himilcon. Les historiens rapportent même qu'une grande île de l'Océan fut découverte et habitée par les Carthaginois.
Les Grecs furent également d'habiles navigateurs; mais il est difficile de préciser l'origine de leur marine, les faits de leur histoire étant dénaturés par les légendes et les fictions de l'époque fabuleuse. Bien que Thucydide attribue aux Corinthiens la première construction des galères à trois rangs de rames, il est présumable que ceux-ci tinrent des Phéniciens leurs connaissances sur la navigation et la construction des vaisseaux. Quoi qu'il en soit, les colonies grecques contribuèrent puissamment au progrès de la civilisation. Phocée et Milet, en Asie Mineure, marchèrent en tête de toutes les autres : les Phocéens fondèrent Marseille, dont les vaisseaux, sous la conduite du Massilien Pythéas, remontèrent les côtes de l'Europe occidentale et colonisèrent la Gaule et l'Espagne ; Milet fonda de nombreuses villes dans la mer Noire.
L'asservissementdel'Asie Mineure par les Perses arrêta le développement colonial des Grecs et provoqua les guerres modiques, qui placèrent Athènes au premier rang des villes maritimes. La bataille de Salamine, la plus belle bataille navale des temps anciens, fut gagnée par Thémistocle qui, avec 400 voiles, défit la flotte des Perses forte de 1300 bâtiments.
La guerre du Péloponèse entraîna ensuite la
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ruine d'Athènes, en consolidant la puissance de Sparte. Après Sparte, Thèbes occupe quelque temps le premier rang. On arrive ensuite à la décadence de l'empire des Grecs et au berceau de la puissance macédonienne, puissance qui se développe rapidement, mais en restant plus continentale que maritime, car les exploits sur mer de Philippe et d'Alexandre se bornent en somme au siège de Byzance et à la prise de Tyr.
Alexandre avait cependant conçu de vastes projets maritimes; il avait fondé, entre Tyr et Cartilage dont il voulait anéantir la puissance commerciale, la ville d'Alexandrie, que sa situation même destinait à être l'entrepôt du commerce de l'Egypte et de la mer Rouge. Il se proposait encore d'envoyer des colonies sur les côtes du golfe Persique et de porter ses armes dans l'Arabie; ses idées de conquête s'étendaient aussi sur l'Afrique et il méditait la destruction de la puissance des Carthaginois, alors à son apogée. Ce fut dans ces vues et pour d'autres desseins maritimes encore plus hardis qu'il avait réuni une grande quantité de navires, qu'il avait équipé de nouvelles flottes et fait construire, aux bouches de l'Euphrate, un immense port pouvant contenir plus de mille vaisseaux.
Les successeurs du grand conquérant suivirent les traces qu'il avait marquées dans la voie maritime. Les Ptolémées, à qui échut l'Egypte, ouvrirent une route d'Alexandrie aux Indes ; l'un d'eux, Philadelphe, se rendit puissant par l'étendue de ses flottes et exerça son empire sur la Syrie, la Cilicie, la Lydie, les Cyclades, où il fit affluer par le trafic des mers les richesses de l'Orient. Séleucus, qui hérita de la Babylonie, s'appliqua aussi au progrès de la marine; dans les guerres qu'il eut avec Antigone, l'un et l'autre couvrirent de leurs flottes la mer Méditerranée. Le fils de ce dernier, Démétrius Poliorcète, pour se rendre maître de l'Asie, équipa une flotte de 500 voiles, où l'on voyait, dit Plutarque, des vaisseaux de quinze rangs de rames, qui, malgré leurs dimensions extraordinaires, possédaient toutes les qualités nécessaires pour la marche et l'évulution.
Les Romains, avant la première guerre punique, n'avaient aucune idée des choses de la mer, du moins pour la réunion des flottes et leur emploi à la guerre. A la suite de la victoire de Duilius, les progrès de leur marine furent rapides et, après avoir longtemps disputé à Carthage l'empire de la mer, ils finirent par anéantir cette puissance. Cependant les circonstances seules les conduisirent par la suite à équiper des flottes. Au début de la guerre contre Mitliridate, roi de Pont, Sylla reconnut la nécessité d'avoir une flotte pour agir contre un ennemi dont la puissance consistait principalement en forces maritimes, et chargea Lucullus d'en assembler une. Plus tard, lorsque Jules César, après avoir soumis les Gaules, songea à la conquête de l'Angleterre, il dut faire venir des vaisseaux et des matelots de toutes les provinces conquises.
Après avoir vaincu Pompée et être parvenu à prème puissance, César donna ses soins à la ition, fit construire des ports, des jetées, <! phares sur le littoral, et rendit l'embouchure du Tibre et le port d'Ostie accessibles aux plus forts navire». La bataille d'Actium vit aux prises leuj plus formidables flottes qu'eussent en- ■ u\ puissances ennemies, après 1 établissement de l'empire, lorsque la Méditerranée connut la sécurité de la « paix romaine, » la manne marchande prit un développement con- ' «érable, tondis qu au poini de vue militaire, naval D'offre plu- guère de faits intéressants, m ■!'• progrè marqui
Pour terminer ce rapide aperçu de l'histoire de la marine des ancien .disons quelques
mots des navires dont ils se servaient. Les vaisseaux en usage étaient de deux sortes : les uns, dits vaisseaux ronds, étaient destinés au commerce et au transport; les autres, appelés vaisseaux longs, mus par les rames et les voiles, étaient généralement connus sous le nom de galères. Les Grecs divisaient ces dernières en monères, diètes, trières, etc.. selon qu'elles étaient manœuvrées par une, deux ou trois rangées de rames. Les Romains employaient les termes correspondants de unirèmes, birèmes, tri?'èmes, etc.
Jusqu'à trois rangs de rames, on conçoit la possibilité de superposer les bancs de vogue ; mais lorsqu'il s'agit d'expliquer les dispositions adoptées pour les rameurs dans les quatrièmes, quinquérèmes, etc., et surtout dans les galères à seize ou à quarante rangs de rames, on se trouve arrêté par la longueur démesurée que la superposition eût donnée aux rames supérieures, dont la manœuvre eût été impossible. R faut admettre que ce sont là des appellations défectueuses et que l'on doit entendre, non pas seize ou quarante étages de rameurs, mais seize ou quarante files, rangées probablement en échelon, comme les marches d'un escaiier, en partant de l'une des extrémités de la galère pour aller vers l'autre.
Les trières des Grecs, ou les trirèmes des Romains, étaient les galères les plus employées, ayant les meilleures qualités nautiques pour la marche et l'évolution ; elles portaient à l'avant un éperon pour l'attaque par le choc, et l'on estime à 150 hommes en moyenne l'équipage qui les manœuvrait. Elles étaient pontées de l'avant à l'arrière et généralement gréées de deux mâts.
Moyen âge. — De la chute de l'empire d'Occident jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs, la géographie fit peu de progrès, la navigation et l'architecture navale restèrent à peu près stationnaires. Les galères à un seul rang de rames furent en grand usage sur la mer Méditerranée : d'une longueur de 40 à 50 mètres, sur une largeur de 5 à 6 mètres, et assez basses sur l'eau, elles différaient peu, pour la forme et les dimensions, des anciennes trières grecques. Les nefs, naves, ou vaisseaux ronds de haut bord, étaient particulièrement en usage dans l'Océan; plus courts et plus creux que les galères, ces bâtiments naviguaient surtout à la voile. Les Scandinaves employèrent pour la haute mer des Drakais à rames et à voiles. Mais toutes ces constructions ne présentaient pas un progrès bien marqué sur celles des anciens navigateurs.
Parmi les nations maritimes du moyen âge, il faut citer en première ligne les Northmans, hardis navigateurs ou plutôt pirates, conduits par leurs terribles Wikitigs, dont la guerre était la continuelle occupation. Au ixe siècle, les Norvégiens déjà établis aux Orcades, aux Hébrides, aux Shetland et aux Féroë, découvrirent l'Islande, qu'ils colonisèrent et qui devint le point de départ d'expéditions nouvelles; celles-ci amenèrent ii leur tour la découverte du Groenland et de Terre-Neuve.
Au commencement de ce même siècle les Normands ou Danois ravagèrent les côtes de la Grande- Bretagne, ainsi que celles de la Gaule, dont ils disputèrent le territoire aux Francs. Pendant longtemps leurs navires firent des descentes sur les et remontèrent le cours des grands fleuves, pillant, et dévastant tout sur leur passage. Un après la mort de Cbarlemagne, ils finissent par s'établir en Neustrie. Plus tard, ils se Bigna- : par de grandes expéditions ; en HKW, Guillaume de. Normandie conquit l'Angleterre; vers la même époque des chevaliers normands s'établissaient au midi de l'Italie et en Sicile.
A peu près abandonnée au début de la monarchie française, la marine fut l'objet de la s
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tude de Charlemagne, qui entretint plusieurs flottes sur les deux mers, dont les côtes étaient fréquemment ravagées par les Normands et les Sarrazins.
A l'exception des expéditions d'outre-mer provoquées par les Croisades et des épisodes qui ont fait arriver jusqu'à nous les noms de Primauguet et de Prégent, l'histoire maritime de la France n'offre jusqu'à François 1" aucun fait saillant digne d'être mentionné ici.
Les républiques italiennes, au contraire, brillèrent au moyen âge par leur marine. Gênes, au commencement du xe siècle, après s'être débarrassée des Sarrazins, s'enrichit par le commerce et la navigation et fournit aux princes chrétiens de puissants secours pour le transport des Croisés. Elle fut la rivale de Pise, avec laquelle elle eut à soutenir de nombreuses luttes et dont elle consomma la ruine après la célèbre victoire navale qu'elle remporta en 1284 auprès de l'île de la Meloria.
Venise fut de bonne heure maîtresse de l'Adriatique. La quatrième croisade, qui amena la prise de Constantinople, lui donna les plus belles stations maritimes de l'Empire grec, les ports de la Morée, l'Archipel, l'île de Crète et une partie de Constantinople. Mais la part que les Génois prirent ensuite au rétablissement des empereurs grecs sur le trône de cette dernière ville amena la lutte des deux puissantes républiques. Après avoir été sur le point de succomber, Venise finit par dominer sa rivale jusqu'à la fin du moyen âge et ne perdit ses colonies de l'Archipel et de la Morée qu'après l'entrée des Turcs à Constantinople.
Dans le Nord, la célèbre Ligue hanséatique rendit de son côté à la navigation de grands services par les rapports commerciaux qu'elle établit entre les peuples. D'abord formée en 1241 par un traité entra Hambourg et Lubcck, la Hanse se grossit rapidement do nombreuses villes maritimes et pendant plusieurs siècles étendit sa navigation et son trafic sur le littoral de la mer du Nord et de la Baltique.
L'invention de la boussole avait ouvert une ère nouvelle à la navigation et à ses progrès ; elle amena de grandes découvertes maritimes qui changèrent la face des choses et firent passer aux nations occidentales l'empire des mers, jusque-là réservé aux peuples de la Méditerranée.
C'est au Napolitain Flavio Gioja que l'on attribue généralement cette grande invention ; mais il est cependant reconnu que dès le xne siècle les marins provençaux, et au xme les Normands, employèrent la marinette, barre de fer aimantée, maintenue en suspension sur l'eau à l'aide d'un morceau de liège. Il semble également avéré que les Arabes se servirent dès le xie siècle de la boussole, dont ils tenaient l'invention des Chinois. Quoi qu'il en soit, c'est à cette importante découverte que la navigation dut de prendre un développement extraordinaire.
Il est intéressant de remarquer que les premiers efforts tentés pour franchir les limites maritimes connues ne furent pas l'œuvre des Etats qui avaient le plus cultivé jusqu'alors l'art de la navigation. C'est aux Portugais et aux Espagnols que fut réservée la gloire d'ouvrir la voie des grandes découvertes.
Le Portugal avait cependant déjà acquis une certaine renommée dans la science nautique. L'infant don Henri, quatrième fils de Jean le Grand, après s'être distingué à Ceuta et à Tanger, organisa plusieurs expéditions, qui amenèrent la découverte de Madère, l'occupation des Canaries, déjà reconnues par le Français Jean de Béthencourt, la découverte des Açores, celle des îles du Cap-Vert, l'exploration des côtes occidentales d'Afrique, où l'échange de quelques captifs mau-
res donna lieu à la traite des noirs. Don Henri, surnommé le navigateur, fonda auprès du cap Saint-Vincent une académie nautique ; c'est à lui que l'on attribue l'invention des cartes plates, les seules en usage sur mer avant les cartes réduites de Mercator. En 1471, les Portugais franchis saient l'équateur et observaient les étoiles, in connues jusqu'alors, de l'hémisphère austral ; quinze ans plus tard, Barthélémy Diaz atteignait le cap des Tempêtes, que Jean II appela le cap de Bonne-Espérance, dans la pensée, promptement réalisée, que cette découverte devait un jour ouvrir la route des Indes.
Ce sont ces entreprises hardies des Portugais qui engagèrent le Génois Christophe Colomb à venir offrir ses services à Jean II, roi de Portugal. Bcpoussé par ce dernier, il s'adressa à Isabelle d'Espagne, qui lui confia trois caravelles, avec lesquelles le grand navigateur découvrit l'Amérique (.14 octobre 1492). Nous renvoyons à l'article Découvertes pour le récit de cette glorieuse expédition et de celles de Vasco de Gama aux Indesorientales et de Magellan autour du monde.
Temps modernes. — De cette époque mémorable datent les grands progrès de la navigation et le perfectionnement rapide de la construction navale. Aux caravelles de Colomb, longues de 25 à 30 mètres et larges de 7 à 8 mètres, succédèrent des navires de mer de 50 à 60 mètres de longueur, de 9 à 1 0 mètres de largeur et de 6 à 8 mètres de profondeur. Les galions d'Espagne, affectés à l'importation des richesses du Nouveau Monde, atteignirent jusqu'à 1000 et 1200 tonneaux.
L'usage de la poudre à canon, qui avait suivi de près celui de la boussole, contribua aussi à l'accroissement des dimensions des bâtiments ; les avaries considérables que causaient les boulets dans des navires de faible échantillon amenèrent l'augmentation de l'épaisseur des membrures et des murailles; celles-ci furent ensuite percées de sabords pour la volée des pièces d'artillerie, longtemps placées sur les ponts ou dans les encombrants châteaux d'avant et d'arrière. Les batteries se superposèrent ensuite l'une à l'autre, et le vaisseau de ligne fut créé.
La découverte des Indes occidentales et orientales ne fut pas la seule conséquence de l'invention de la boussole ; la navigation s'étendit aussi vers les deux pôles : les Anglais, les Allemands, les Hollandais cherchèrent longtemps un passage par le nord de l'Europe, pour aller en Chine ; la Nouvelle-Zemble, le Spitzberg, furent découverts la même année par le navigateur anglais Willoughby (1553). La grande pêche, cet auxiliaire puissant de l'alimentation publique, reçut également un essor considérable dès la fin du xve siècle.
Les conquêtes des Espagnols dans le Nouveau Monde donnèrent à Charles-Quint un empire colonial immense : le Mexique, la Floride, les Antilles, la Nouvelle-Grenade, le Chili, le Pérou étaient autant de provinces espagnoles. Toutefois cette domination n'était effective que sur le littoral, et il fallut de longues années pour que ces établissements, fondés par des poignées d'aventuriers, pussent acquérir la forme d'Etats réguliers, et pour que la civilisation s'étendît dans l'intérieur de ces vastes contrées; il fallut surtout attendre que l'agriculture et l'industrie succédassent à la soif trop ardente des richesses faciles.
A la mort de Charles-Quint, la marine espagnole atteignait son apogée; Philippe II, son fils, assista à la ruine de sa flotte, lùivmctble Armada, détruite par l'Angleterre. L'Espagne perdit alors la plus grande partie de ses colonies et de celles des Portugais dont elle s'était emparée. L'empire des mers passa aux Anglais et aux Hollandais
Il convient de mentionner ici un événement
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maritime, important par ses conséquences : c'est sous le règne de Philippe II que don Juan d'Autriche, choisi pour commander les forces navales réunies de l'Espagne et de l'Italie, défit la flotte ottomane à la célèbre bataille de Lépante. De cette défaite datent les débuts de la décadence des Turcs, dont la puissance devenait inquiétante depuis les exploits des frères Barberousse, qui avaient tenu tête à Charles-Quint et à Doria, l'un des plus grands marins de ce siècle.
Les Hollandais profitèrent les premiers, après les Portugais, des grandes découvertes de Vasco de Gama et de Magellan. Après un premier voyage aux Indes orientales, ils s'établirent dans les Moluques, que les Portugais avaient découvertes, et créèrent, en 1G02, la célèbre compagnie des Grandes Indes, qui fonda un comptoir à Java, et bâtit la ville de Batavia, encore aujourd'hui le centre du commerce néerlandais dans le grand archipel d'Asie. Ils s'établirent ensuite successivement à Sumatra, à Bornéo, à Malacca et même au Japon, dans le port de Nangasaki, où, dès 1650, ils purent, à l'exclusion de tous autres étrangers, faire, jusqu'à nos jours, le trafic avec les Japonais.
Les Hollandais firent en même temps d'importantes découvertes : le détroit de Lemaire, dans le sud de l'Amérique, entre la Terre de Feu et la Terre des Etats, le cap Horn, déjà vu par l'Anglais Drake, une partie de la Nouvelle-Hollande, la terre de Van Diémen, appelée aussi Tasmanie, du nom du célèbre navigateur Tasman.
Au milieu du xvne siècle, la Hollande était la première puissance maritime du monde. Plus de 1200 navires entretenaient son commerce extérieur et ses importantes flottes de guerre étaient conduites par les Tromp et les Ruyter.
En 1651 éclatèrent les premières hostilités entre la Hollande et l'Angleterre. L'amiral Tromp, après avoir battu les Anglais à Douvres, fut défait à son tour dans les batailles de Portland, des Dunes et de Catwyk ; les Provinces-Unies durent alors se soumettre à l'Acte de navigation et reconnaître la suprématie de l'Angleterre.
En 1654, dans la guerre qu'ils firent au Portugal, les Hollandais perdirent le Brésil qu'ils avaient conquis peu à peu et occupé pendant quinze ans; mais ils s'emparèrent de la colonie du Cap, où ils fondèrent la ville de ce nom, chassèrent les Portugais de Ceyian, de Bornéo et de Célèbes, et les dépouillèrent de leurs principaux établissements du Malabar.
La seconde guerre qu'ils eurent à soutenir contre l'Angleterre et qui fut en partie provoquée par la traite des noirs, dont chacune des deux nations voulait avoir le monopole, leur fit perdre Nieuw- Amsterdam, aujourd'hui New-York, dont ils avaient jeté les premiers fondements en 1621. Ils acquirent Surinam.
Après que Louis XIV eut dissous la triple alliance, formée contre lui par la Hollande, l'Angleterre et la Suède, la France attaqua les Pays- Bas par terre et par mer. Les Hollandais, sous la conduite de Ruyter, avec 50 vaisseaux, tinrent tête, dans plusieurs batailles remarquables, à la flotte franco-anglaise forte de 8o vaisseaux, et l'habileté du célèbre amiral contribua puissamment au rétablissement de la prospérité de son pays.
Lorsque Guillaume III monta sur le trône d'Angleterre, la marine hollandaise ne fut plus qu'une annexe de celle de l'Angleterre; elle serwt à accroître la pui >tte dernière et, à par-
tir de cette époque, elle courut rapidement \c\s sa décadence. La guerre de l'indépendance des Etats-Unis lui porta le dernier coup et (ii perdre à la Hollande une partie de ses colonies. Haie cette nation occupe cependant aujourd'hui encore le Becond rang comme puissance coloniale.
Ce n'est guère que du règne d'Elisabeth que datent les débuts de la prospérité navale de l'Angleterre. Avant cette époque l'histoire anglaise mentionne bien quelques grands faits maritimes, des descentes en France, et même plusieurs victoires navales, parmi elles, celle de l'Ecluse en 1340, mais ces faits isolés ne justifiaient pas les prétentions de souveraineté des mers que s'arrogeait cette nation. A l'époque des grandes découvertes, qui rendirent si puissantes l'Espagne et le Portugal, à l'exception des deux Cabot, Vénitiens d'origine au service de l'Angleterre, qui firent plusieurs voyages d'exploration, et de Hugues Willoughby, qui découvrit en 1553 le Spitzberg, les annales britanniques ne mentionnent aucune illustration maritime.
La lutte contre Philippe II d'Espagne donna la première impulsion à la marine anglaise. Pour tenir tête à l'invincible Armada, Elisabeth fit d'énormes préparatifs de défense sur les côtes et réunit, à force de sacrifices, une flotte d'environ 200 bâtiments de guerre. L'inhabileté de l'amiral espagnol et de ses équipages, aussi bien que les mauvais temps, facilitèrent la victoire des Anglais, victoire qui ne leur coûta que la perte d'un bâtiment, alors que les Espagnols virent disparaître SO vaisseaux et plus de 12 000 hommes; cette expédition avait englouti 300 millions (1588). Quelques années après, l'amiral Howard, le vainqueur, avec Drake, de V Armada, précipitait la ruine de la marine espagnole, en s'emparant de Cadix et en brûlant dans ce port une nouvelle flotte.
La compagnie des Indes orientales, fondée ensuite par Elisabeth (16(10), donna l'essor au mouvement maritime commercial de l'Angleterre et ouvrit la voie à de nouvelles découvertes géographiques. Plusieurs navigateurs avaient déjà illustré ce règne par des voyages d'exploration remarquables; parmi eux il faut citer : Francis Drake, qui, en 157 7, franchit le détroit de Magellan, prit possession de la Californie et revint en Europe par les Indes et le cap de Bonne-Espérance; Davis, qui donna son nom au grand détroit glacé qui sépare le Groenland du Cumberland ; Raleigh, qui entreprit de coloniser l'Amérique du nord et qui fonda en 15S4 l'établissement de la Virginie. Les explorations de ce dernier furent l'origine, sous Jacques Ier, de nombreux établissements des Anglais dans l'Amérique du nord, dont la colonisation fut par la suite très rapide, grâce aux puritains. Plusieurs expéditions, qui honorent les navigateurs anglais, furent aussi entreprises en vue de rechercher un passage au nord du Nouveau Monde. En 1610 Hudson explora l'immense baie qui porte aujourd'hui son nom, mais que le Danois Anskold avait déjà découverte; le pilote Baffin, l'un des compagnons d'Hudson, parvint en 1616 jusqu'à cette vaste mer qui lui doit son nom. L'exploitation des pêcheries reçut également un grand développement au xvne siècle; les armements pour la pèche de la morue et celle de la baleine acquirent en Angleterre une extension considérable.
En 1651 fut promulgué par Cromwell le fameux Acte de navigation, destiné à exclure les marines étrangères des ports de la Grande-Bretagne et à réserver aux seuls marins anglais le monopole du commerce avec les colonies. Cet acte, auquel l'Angleterre a dû en grande partie sa prosp maritime, et qui n'a été aboli qu'en 1850, frappait la Hollande dans son commerce et sa navigation et provoqua la première guerre de l'Angleterre avec cette puissance maritime.
Jusqu'à François Ier, nous l'avons dit, la niarino fut i peu près délaissée en France comme force militaire; les divers > expéditions maritimes qui avaient précédé cette époque avaient été entreprises avec des flottes mercenaires rapidement
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équipées. Ce règne vit les premiers efforts tentés en vue de créer une marine nationale permanente. François Ier appela auprès de lui le célèbre marin génois André Doria; celui-ci, à la tête des galères françaises, battit en 1524 la flotte de Charles- Quint sur la côte de Provence, mais tourna ensuite ses armes contre les Français qu'il chassa de Gènes, à la suite de sa rupture avec François Ier qui n'avait pas tenu les promesses faites en faveur de sa patrie.
En 15251e florentin Verazzani, envoyé par François Ier en exploration sur les côtes d'Amérique, prenait possession de Terre-Neuve; en 1534 le Français Jacques Cartier remontait le fleuve Saint-Laurent et donnait le Canada à la France.
Sous Henri IV, en 1598, l'Acadie, déjà visitée par Verazzani, était colonisée par les Français du Canada, et en 1604 se fondaient les premiers établissements de la France équinoxiale, devenue plus tard la Guyane. Telles étaient nos colonies à l'avènement de Louis XIII.
Notre flotte était alors à peine ébauchée; Richelieu fut chez nous le véritable créateur de la marine. Ce ministre fonda des arsenaux, fit construire des bâtiments, organisa la flotte et la marine du commerce, créa l'académie royale de marine, destinée à former la jeunesse au métier de la mer, et des écoles d'hydrographie dans les principaux centres maritimes. Il commença les établissements du , Sénégal, de Cayenne, de Madagascar, de Bourbon et d'une partie des Petites Antilles.
Mazarin laissa ensuite dépérir l'œuvre de son prédécesseur ; mais le génie et l'activité de Colbert portèrent bientôt la puissance navale de la France à son plus haut degré de grandeur; sous ce ministre l'élan fut donné à nos colonies languissantes, qui s'accrurent des comptoirs de Chandernagor et de Pondichéry ; la marine fut reconstituée, la construction navale transformée par la suppression des châteaux d'arrière et d'avant qui alourdissaient inutilement les vaisseaux; la flotte, considérablement accrue, comptait 800 bâtiments, dont 110 vaisseaux de ligne, portant iôOOO canons et plus de 100,000 hommes d équipage. Les arsenaux furent agrandis, des bassins de radoub creusés, le port de Rochefort créé, de vastes travaux entrepris à Dunkerque et au Havre. Le recrutement du personnel de la flotte fut assuré par l'institution des classes, devenue par la suite l'inscription maritime, qui a survécu jusqu'ici à toutes nos révolutions. Enfin une caisse de retraite créée pour les gens de mer, les ordonnances de la marine promulguées, l'administration organisée, tels sont les faits qui témoignent de l'activité et du génie du grand ministre de Louis XIV.
Le premier soin de Colbert fut de purger la Méditerranée des corsaires barbaresques qui l'infestaient; les flottilles d'Alger et de Tunis furent détruites. Lors des premières hostilités entre l'Angleterre et la Hollande, Louis XIV, allié de cette dernière, ne participa que faiblement aux luttes maritimes des deux puissantes nations et ménagea ses forces navales, qu'il réservait à d'autres vues. Unie plus tard à celle des Anglais, notre flotte, conduite par d'fstrées, prit part contre Ruyter à plusieurs actions dont le résultat fut indécis. De nouvelles expéditions dirigées par Duquesne contre les corsaires de Tripoli, le bombardement d'Alger, la soumission de cette dernière ville par Tourville, le bombardement de Gênes, sont les premiers faits qui illustrèrent notre marine avant qu'elle eût à se mesurer avec celle de l'Angleterre. C'est à la chute de Jacques II que commença entre les deux nations cette lutte terrible qui devait durer plus d'un siècle et où s'illustrèrent en France, sous Louis XIV, avec Tourville, Jean Bart, Duguay-Trouin, Forbin et Cassard.
Notre cadre restreint ne nous permet pas d'entreprendre le récit détaillé de l'histoire maritime de la France et des autres Etats d'Europe dans les temps modernes. Nous nous bornerons à rappeler brièvement les faits les plus importants, et à mentionner les progrès réalisés tant dans la marine de guerre que dans la marine marchande.
Sous la Régence, la marine française sembla s'être éteinte avec les dernières illustrations du règne précédent; mais nos colonies reçurent cependant une certaine impulsion. Sous Louis XV, nos armes reprirent quelque éclat dans les Indes orientales : La Bourdonnais s'illustrait au siège de Mahé, à Négapatam, à Madras, et Dupleix, à Pondichéry, montrait un génie supérieur.
C'est sous ce règne que disparurent les galères, dont la chiourme de vogue fut versée dans les bagnes créés à Toulon, à Brest et à Rochefort. Des expéditions scientifiques restées célèbres furent entreprises : Maupertuis. Clairaut et d'autres savants étaient envoyés, en 1736, en Laponie par le ministre Maurepas" pour la mesure d'un arc de méridien. La Condamine et Bouguer se rendaient dans le même but au Pérou, auprès de l'équateur. Lacaille, en 1750, allait au cap de Bonne-Espérance observer le ciel austral. Enfin d'autres savants étaient envoyés aux Indes et à l'île Rodrigue pour observer le passage de Vénus sur le soleil.
Lorsque la guerre de Sept ans éclata, notre marine, qui avait fait des efforts pour se relever, n'était cependant pas en mesure de tenir tête à la flotte puissante de l'Angleterre.
La France perdit le Canada, que Montcalm, sans secours, disputa glorieusement aux troupes du général Wolf et à la flotte de l'amiral Saunders. Partout les revers poursuivirent nos colonies, sans flotte pour les protéger ou les ravitailler. En 1761 Lally, bloqué à Pondichéry, sans un seul bâtiment, sans vivres, après avoir longtemps résisté, avec 700 hommes, à une armée de 20 0U0 hommes et à une escadre de 14 vaisseaux, fut contraint de se rendre. L'année suivante voyait la perte de la Martinique, de Sainte-Lucie et de la Grenade. En 1763 le traité de Paris consacrait la perte irrévocable du Canada et de l'Indoustan et l'abandon définitif de la Louisiane, donnée à l'Espagne, notre alliée, qui échangeait la Floride contre les Philippines et Cuba, que leur rendaient les Anglais.
Choiseul et après lui Praslin travaillèrent activement à relever la marine ; ils réorganisèrent les arsenaux et le personnel et s'occupèrent de la flotte, qui s'éleva bientôt à 75 vaisseaux de ligne.
Des navigateurs expédiés dans les différentes mers du globe enrichirent à cette époque les sciences nautique et géographique d'importantes découvertes. Bougainville visita les îles Pomotous iTouamotou), Tahiti, les Samoa, les Nouvelles- Hébrides, les grandes Cyclades, les îles de la Louisiade, la Nouvelle-Irlande, la Nouvelle-Guinée. L'Angleterre envoya Cook entreprendre plusieurs voyages de circumnavigation. L'illustre navigateur commanda trois expéditions restées célèbres; il fit le tour de la Nouvelle-Zélande, découvrit le détroit qui sépare les deux grandes lies et qui porte aujourd'hui son nom ; il visita les côtes orientales de l'Australie, les terres australes, en pénétrant dans la zone glaciale, reconnut dans l'Océanie l'archipel de Cook, les îles Tonga, la Nouvelle- Calédonie, les îles Sandwich, franchit le détroit de Behring, sans pouvoir trouver le passage qu'il pensait exister au nord de l'Amérique, et revint aux Sandwich, où il fut tué par les naturels.
Sous Louis XVI, la marine, relevée de ses désastres, participa glorieusement à la guerre de l'indépendance des Etats-Unis; les noms de d'Estaing, de Vaudreuil, de Du Couédic, de Lamotte- Piquet, de Guichen, de Suffren, méritent d'être rappelés.
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Après la conclusion de la paix, Louis XVI s'efforça de maintenir la flotte au niveau où l'avait placée cette dernière guerre ; des travaux importants furent entrepris dans nos ports, la digue de Cherbourg fut commencée , nos constructions navales furent perfectionnées par l'illustre ingénieur Sané, de nouveaux voyages de circumnavigation entrepris, parmi lesquels celui de l'infortuné Lapérousc, qui s'était fait connaître déjà dans la baie d'Hudson, en détruisant les forts de Wales et d'York. Mais le recrutement de l'état-major de la flotte, continuant à se faire dans les seuls rangs de la noblesse, devait bientôt avoir des conséquences fatales pour nos armes. Lors de la Révolution, l'émigration amena rapidement la disparition à peu près complète de nos officiers de marine. La Convention fit d'inutiles efforts pour reconstituer le personnel naval; elle ne put remplacer ces chefs expérimentés qui venaient de diriger nos flottes victorieuses; elle dut envoyer à la mer des escadres mal équipées et surtout indisciplinées.
A cette époque appartiennent néanmoins quelques faits remarquables, parmi lesquels il faut citer la fin héroïque du Vengea?' (1794).
Les guerres de la Révolution, du Consulat et l'Empire, où. la France ne put opposer à l'Angleterre, sur mer, des forces égales, eurent pour résultat la perte de presque tout ce qui nous restait de colonies. C'est en vain que par le blocus contineyital (1807), Napoléon essaya de frapper le commerce anglais : dans cette lutte implacable, ce fut le conquérant de l'Europe qui eut le dessous. A la chute de l'Empire, l'Angleterre était maîtresse absolue de la mer.
Sous la Restauration, la marine française se reconstitua cependant. Favorisée par la paix générale, la navigation reprit son rôle de progrès : de nombreuses expéditions sillonnèrent les mers du globe. Les Français Freycinet, Duperrey, dans le grand Océan, le Russe Kotzebue, les Anglais John Ross, Parry, Franklin, dans les régions polaires, contribuèrent au développement des connaissances géographiques.
En 1823 notre marine restaurée se montrait de nouveau : la guerre d'Espagne amenait devant Cadix une flotte de 07 bâtiments et l'amiral Duperré, déjà célèbre par ses exploits dans l'Inde, bombardait les forts et obtenait la reddition de la place.
Le règne de Charles X fut également marqué par plusieurs expéditions autour du monde. L'Anglais Beechey fut envoyé au détroit de Behring ; Ross entreprit un second voyage dans les mers antiques ; Dumont d'Urville, guidé par les indications du navigateur anglais Dillon, retrouva à Vanikoro les débris des bâtiments de Lapérouse.
En 1827, les escadres réunies de la France, de l'Angleterre et de la Russie couraient au secours de la Grèce et anéantissaient à Navarin la flotte turque. Cette même année, l'insulte faite à notre consul par le dey d'Alger amenait le blocus de cette ville et, trois ans plus tard, le vice-amiral Duperré, avec une flotte de 100 bâtiments de guerre, convoyant une autre flotte de ,r»00 navires de commerce, débarquait à Sidi-Ferruch une aimée de 37 000 hommes, commandée par le général Bourmont, qui s'emparait d'Alger et jetait les premiers fondements de notre domination en Algérie. Sept bâtiments à vapeur faisaient partie de cette flotte.
La vapeur, destinée à apporter dans la marine, comme dans l'industrie, une révolution complète, avait fait son apparition en France peu de temps auparavant. C'est au marquis de Jouffroy que l'on attribue la première application de la vapeur à la navigation fluviale; mais les premiers essais qu'il
tenta en 1776 sur le Doubs et en 1783 sur le Rhône, n'aboutiront pas à une solution pratiquo de la question. L'Américain Fulton, après des échecs e:i France et en Angleterre, réussit, dans son propre pays, à mettre ses idées à exécution. En 1807 un bateau à vapeur naviguait sur d'Hudson, entre New- York et Albany. En 1810 un autre navire à vapeur partait de l'Amérique et traversait l'Atlantique. En 1812 seulement l'Angleterre fit les premiers essais, sur la Clyde, de ce mode de navigation, qui ne commença à être appliqué en France qu'en 1819 et dont l'adoption définitive fut assez lente. Ce ne fut que vers 1840 que l'hélice commença à être en usage pour la propulsion des bâtiments de mer.
Sous Louis-Philippe, la marine à voiles atteignit son plus haut degré de perfection. Ce règne compte quelques faits maritimes, dont les plus importants sont : pour la France, l'expédition du Tage, dont l'entrée fut forcée par l'amiral Roussin en 1831 ; celle de Saint-Jean-d'Ulloa, le blocus de Buenos-Ayres, la prise de possession des îles Marquises, le bombardement de Tanger et de Mogador ; du côté de l'Angleterre, la prise de possession de la Nouvelle-Zélande, l'occupation d'Aden, la guerre de Chine, amenée par la question de l'opium, dont le gouvernement de Pékin voulait interdire la vente, l'occupation des iles Chusan, la prise de Canton et de Shanghai, succès qui décidèrent le traité de Nankin (1842\ ouvrant aux nations européennes cinq ports du Céleste-Empire et reconnaissant aux Anglais la possession de l'île de Hong-Kong.
En 1845, une division navale française, sous les ordres de l'amiral Tréhouart, livrait aux Argentins le combat d'Obligado, qui ouvrit la libre navigation du Rio de la Plata. Vers cette même époque, Franklin entreprenait son dernier voyage au pôle nord; trois ans plus tard, commençaient les fameuses expéditions anglaises et américaines envoyées à sa recherche et qui amenèrent la découverte, en 1853, du passage du nord-ouest par Mac Lure et, en 1854, celle de la mer de Kane par l'A méricain de ce nom.
Sous le second empire, la marine à vapeur, qui avait déjà pris un certain essor à la fin du règne de Louis-Philippe, acquit, surtout lors de la guerre de Russie, un développement important ; l'emploi de l'hélice comme propulseur définitif permit de créer, en France, le véritable vaisseau de ligne à vapeur, qui provoqua la rapide transformation des flottes. Les approvisionnements amassés dans nos arsenaux maritimes depuis les dernières guerres de Napoléon Ier servirent à créer de nouvelles constructions. Dans la guerre qui commença en ls54 contre les Russes, le rôle de la marine fut immense ; le bombardement des villes du littoral, le transport et le débarquement des troupes en Crimée, leur ravitaillement, les expéditions de la mer Baltique, de la mer Blanche, de Petropaulovski, le blocus des côtes russes, la destruction des ports de la mer Noire et de la mer d'Azoff, l'envoi des marins aux batteries de siège, sont autant de faits qui ont contribué au succès de cette guerre. Aucune bataille navale ne fut cependant livrée. La marine russe, dont les débuts ne datent que de Pierre le Grand, était pourtant nombreuse, mais impuissante à lutter contre les flottes alliées des deux plus grandes nations maritimes.
Cette même guerre, qui avait déjà amené la transformation des bâtiments à voiles en bâtiments à hélice, et où la marine française avait brillé par des types admirables de vaisseaux à vapeur, donna également naissance aux navires cuirassés. Les résultats obtenus par les lourdes, mais puissantes batteries blindées, employées au siège de Kinburn, firent décider la construction,
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sur nos chantiers, des premières frégates cuirassées qui marquèrent alors le mouvement vers le progrès récent.
La guerre de Russie fut bientôt suivie d'autres événements militaires qui nécessitèrent l'emploi de notre marine. En 1858, l'amiral Rigault de Genouilly, à la tête d'une expédition franco-espagnole, occupa Tourane, en Cochinchine, et enleva Saigon, qui devait devenir le siège de notre gouvernement colonial de l'extrême Orient. L'année suivante éclatait la guerre d'Italie, pendant laquelle le rôle de notre marine se borna à des transports de troupes et à l'envoi dans l'Adriatique d'une imposante flotte, que la rapidité des événements du continent rendit inactive.
En 1860, les forces navales alliées de la France et de l'Angleterre ouvraient à nos troupes le chemin de la capitale du Céleste-Empire, et la paix était à peine signée avec cette nation, que l'amiral Charner emportait, en Cochinchine, les lignes de Ki-hoa, pendant que l'amiral Page remontait le Cambodge et s'emparait de Mytho.
En 1861 éclata aux Etats-Unis la fameuse guerre de la sécession, où les combats de Monitors donnèrent naissance à une forme particulière de bâtiments. En 1862 avait lieu l'expédition du Mexique. En 18661a guerre de la Prusse et de l'Italie contre l'Autriche donna lieu à un fait maritime d'une grande importance pour l'avenir des batailles navales : ce fut le premier choc des bâtiments cuirassés. La flotte italienne, composée de 36 bâtiments, dont 12 cuirassés, se rencontra à Lissa avec l'escadre autrichienne de l'amiral Tegethof, forte seulement de 7 frégates blindées et de 2'» bâtiments en bois ; elle se retira après avoir perdu une frégate cuirassée coulée par le choc d'une frégate autrichienne également cuirassée, un monitor incendié et environ "00 hommes.
Enfin, pour clore cette nomenclature des faits de l'histoire maritime contemporaine, nous parlerons du rôle de la flotte pendant la guerre de Prusse. Au début des hostilités, il avait été question d'expédier dans la Baltique une escadre cuirassée et une flotte de transports avec 40,000 hommes. Mais la rapidité de nos défaites sur terre mit à néant ces projets, et deux escadres bloquèrent dans leurs ports les forces navales prussiennes. L'absence de petits bâtiments spéciaux empêcha toute opération offensive; mais nos divisions navales lointaines tinrent la mer libre à nos nationaux et arrêtèrent le mouvement commercial des Allemands.
Nous finirons cet aperçu de l'historique de la navigation et de la marine par l'examen de l'état actuel des choses.
La science nautique a acquis aujourd'hui un degré de perfection qu'il semble difficile de dépasser. Les grandes voies maritimes sont sillonnées par des milliers de bâtiments à voiles et à vapeur, par des lignes régulières de magnifiques paquebots, à bord desquels on retrouve toutes les commodités de la vie. La météorologie nautique, à laquelle l'essor a été donné par les remarquables travaux de l'Américain Maury, a conduit progressivement à la connaissance des meilleures routes à suivre pour utiliser les vents et les courants régnant à chaque époque de l'année. L'hydrographie des mers, poursuivie par les principales nations maritimes, a établi la configuration exacte, et dans ses moindres détails, des côtes maritimes du globe et des dangers qui les bordent. Six mille phares régulièrement entretenus sur le littoral du monde entier guident le marin par la puissance et la diversité de leurs feux ; des balises nombreuses lui signalent l'existence des écueils sous-marins, soit en attirant ses regards, soit en frappant ses oreilles par la production, à l'aide de la houle, de sons d'une grande puissance. Des
règlements internationaux sont adoptés par les marines pour prévenir les terribles catastrophes des rencontres à la mer. De nombreuses stations de sauvetage, munies de tous les engins propres à sauver la vie des naufragés, sont échelonnées le long du littoral des pays civilisés. La terre est partout fouillée pour alimenter de combustible ces flottes immenses qui traversent les mers. Des dépôts de charbons sont établis partout où le sol n'a pas encore été creusé. De vastes pêcheries sont entreprises dans les parages reconnus les plus poissonneux, en Islande, à Terre-Neuve où cette industrie occupe plus de trois mille bâtiments. Des câbles télégraphiques transmettent la pensée à travers les océans.
Une voie nouvelle, ouverte en 1869, rapproche aujourd'hui de l'Europe les peuples de l'extrême- Orient et de l'Océanie. L'isthme de Suez est percé ; un canal long de 162 kilomètres, large de 60 mètres et profond de 8 mètres, fait communiquer la Méditerranée à la mer Rouge : grande œuvre de civilisation qui immortalise le nom de son créateur, M. de Lesseps, dont la ferme volonté poursuit encore cet autre projet grandiose de séparer les deux Amériques et d'inaugurer une nouvelle route pour le Pacifique. Enfin le passage du nord-est, reconnu récemment par les Suédois Nordenskiôid et Palander, au nord de l'Europe et de l'Asie, est appelé, sinon à devenir une route commerciale pratique, du moins à étendre le domaine scientifique et peut-être même les relations de certains peuples.
Le temps semble proche où les antiques nations orientales et les peuplades océaniennes, subissant l'influence civilisatrice des nombreuses relations que créeront ces voies multipliées, seront entraînées à leur tour dans le grand mouvement maritime, auquel elles n'ont pas encore participé. Déjà le Japon, renversant ses anciennes traditions, s'est lancé dans le progrès, et le vieil empire chinois lui-même a commencé à ébranler ses antiques institutions.
En ce qui concerne les flottes actuelles destinées à la guerre, l'introduction des cuirasses et des tourelles en a amené la transformation complète. Les anciens vaisseaux de cent et de cent vingt canons ont fait place à des bâtiments portant un petit nombre de pièces d'une artillerie formidable, destinée à percer les plaques de cuirasse, dont l'épaisseur atteint jusqu'à 60 centimètres. Un éperon terrible en acier, placé à une certaine profondeur sous la ligne de flottaison, arme le taillemer de ces colosses bardés de fer. L'adoption des torpilles pour la destruction instantanée de ces coûteuses constructions, dont le prix atteint plusieurs dizaines de millions, modifie également les conditions de la guerre maritime dont elle anéantit les anciennes tactiques.
Ces torpilles, dont la première application fut faite par les Russes, en 1855, dans la mer Baltique, sont aujourd'hui de plusieurs espèces selon leur destination : les unes, dites dormantes, reposent sur le fond ou sont mouillées entre deux eaux ; chargées de poudre ou de coton-poudre, elles sont enflammées soit par l'électricité, soit par le choc même des bâtiments ; d autres, dites automotrices, sont de véritables petits navires sousmarins, en forme de cigares ; lancées tout d'abord au moyen de l'air comprimé, elles continuent leur course dans une direction rectiligne ou circulaire prévue, à l'aide de petites hélices mises en mouvement par une machine à air comprimé placée à l'intérieur. Elles peuvent atteindre une vitesse de vingt-cinq nœuds (46 kilomètres à l'heure). D'autres sont remorquées parles bâtiments en marche dont elles défendent les approches; d'autres enfin sont portées au bout d'un mâtereau disposé à l'avant d'embarcations à vapeur filant jusqu'à vingt nœuds
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