Microscope composé
— OPTIQUE (INSTRUMENTS D
Dans sa plus grande simplicité, le microscope est constitué par une lentille convergente 6 (fig. 6), dite objectif, qui doit fournir, des très petits objets a à examiner, une image cd réelle renversée et agrandie : c'est dire que l'objet sera placé entre le foyer principal de la lentille objective et le double de la longueur focale. Cette image réelle est ensuite grossie par une seconde lentille B, par une vraie loupe, dite oculaire, qui la transforme en une image virtuelle CD portée à la distance de la vision distincte de l'opérateur. La lentille b est désignée sous le nom d'objectif, parce qu'elle est placée du côté de l'objet; la lentille B est appelée oculaire parce qu'elle est tournée vers l'œil. On comprend, sans qu'il soit nécessaire d'y insister, que l'objectif et l'oculaire devront être portés par des tubes de métal s'emboîtant l'un dans l'autre, et permettant de faire varier la distance des deux lentilles. De plus la distance du porte-objet a au microscope lui-même pourra changer au gré de l'opérateur, afin de réaliser la mise au point et d'obtenir le maximum de netteté.
Cette simple description et la marche des rayons lumineux indiquée dans la figure 6 permettent de comprendre tout de suite qu'il se produit ici un double grossissement de l'objet.
En premier lieu, par la lentille b. L'objet étant placé entre le foyer principal et le double de la distance principale, on sait (V. Réfraction) que le rapport de grandeur de l'image et de l'objet est
f égal à — - — . expression dans laquelle /"représente
p — f la distance focale principale de l'objectif et p la distance de l'objet à l'objectif. Or p étant par hypothèse < 2 /' et > /"; / est nécessairement plus grand que p — /et par conséquent l'image est plus grande que l'objet. Elle est d'autant plus grande que p a une valeur plus voisine de celle de f. Donc l'objet et par suite le porte-objet a seront toujours dans le microscope placés très près de l'objectif, attendu que la longueur focale de ce dernier est toujours très courte. — En second lieu, l'image réelle cd que donne l'objectif se transforme en image virtuelle CD par le fait de la loupe B ; l'on a donc, comme nous l'avons vu plus haut, pour le nouveau grossissement :
— == • D étant la distance de la vision dis-
ci f
tincte de l'observateur et f la longueur focale de
l'oculaire.
On a par suite : d'une part, par le fait de l'objectif :
cJ f
grandeur de l'objet p — f
d'autre part, par le fait de l'oculaire :
CD ou grandeur finale de l'image D
Td r
En multipliant ces deux égalités membre à membre, cd disparaît comme facteur commun et l'on
. , „ , grandeur de l'image arrive à ce résultat final : j r — ., . . . ou
rrossissement =
DA
grandeur de l'objet
blcs, il ne faut guère dépasser un grossissement de 500 qui correspond en réalité à une étendue superficielle égale à 250,000 fois celle de l'objet. Pour des études d'histoire naturelle dans une école normale primaire, par exemple, des grossissements de 10, 20, 30, 50 fois en diamètre sont toujours suffisants. Ce qu'il faut demander avant tout au microscope, c'est de donner des images bien éclairées, nettes dans leurs contours et nettes aussi quand elles correspondent à des couches un peu profondes de l'objet. Cette dernière qualité constitue le pouvoir de pénétration du microscope. On n'en parle pas assez, et c'est elle pourtant qui permet de fournir les appréciations les plus sûres sur la forme et la constitution des très petits objets que l'on a à observer.
Les usages du microscope sont des plus importants. En chimie, il permet une étude exacte et môme une séparation des cristaux les plus ténus qui quelquefois se mêlent et se confondent dans un même dépôt, si on se contente de les examiner à l'œil nu; il donne des indications exactes sur la constitution des liquides animaux : sang, urine, etc., sur les divers ferments qui interviennent pour modifier les substances organiques. Il est l'instrument favori du médecin et du naturaliste qui ne peuvent pénétrer sans lui dans la profondeur des tissus vivants quand il s'agit d'étudier leur constitution normale ou de constater leuraltération. Il sert dans l'industrie pour reconnaître les fraudes et aussi pour guider le fabricant qui a souvent intérêt à estimer avec précision la finesse des laines, des soies qui lui sont livrées et qui, s'il n'y prend garde, peut être victime de mélanges frauduleux, non reconnaissables à l'œil nu.
V. Lunette astronomique. — L'histoire de l'invention de la lunette astronomique est enveloppée de nuages comme le sont presque toujours les premiers faits qui se rapportent aux grandes découvertes. La légende se mêle infailliblement, dans ce cas, à la réalité, et il devient bien difficile, à deux cents ans de distance, de saisir avec exactitude la part de vérité qu'il serait intéressant et juste de mettre en évidence. C'est, nous dit la légende, le fils d'un fabricant de lunettes de Middlebourg qui fut conduit, par un heureux hasard, à placer des lentilles de verre dans des positions relatives telles que leur groupement constitua la lunette d'approche. Galilée aurait eu connaissance du résultat obtenu en Hollande ; il se serait aussitôt mis à l'œuvre et il n'aurait pas tardé à découvrir la lunette qui porte son nom. Elle est formée essentiellement par la combinaison d'une lentille biconvexe servant d'ob-
rip-n
On en conclut que pour un même microscope le grossissement dépend à la fois de la distance, de la vision distincte de celui qui l'emploie et, en outre, de la distance p de l'objet à la lentille objective.
On mesure habituellement ce grossissement par une expérience directe. Sur le porte-objet a est posé un micromètre divisé en centièmes de millimètre. C'est une lame de verre à la surface de laquelle on a tracé au diamant des traits opaques, distants l'un de l'autre d'un centième de millimètre. On met l'œil à l'oculaire : la distance des traits paraît plus grande. Si, pour l'observateur, elle est par exemple égale à un millimètre, on en conclut que le grossissement a pour valeur 100. Dans le cas qui nous occupe, la mesure du grossissement revient donc à ceci : déterminer en millimètres et fractions de millimètre quelle est la grandeur apparente de l'image virtuelle fournie par l'oculaire. Il suffit pour résoudre pratiquement ce problème de munir l'oculaire d'une petite chambre claire IV. plus haut) et de projeter l'image grossie du micromètre que donne le microscope sur une règle graduée en millimètres et que l'on a placée juste à la distance de la vision distincte. Si l'image de l'intervalle correspondant à deux divisions consécutives du micromètre recouvre exactement un millimètre et demi de la règle graduée, ou bien deux millimètres de cette règle, on en conclut que le grossissement est, dans le premier cas, de 150 en diamètre et de 200 dans le second. Cette détermination, on le voit, est des plus faciles.
Le microscope ramené au degré de simplicité que nous venons d'indiquer constituerait un mauvais instrument; les images qu'il fournirait seraient mal définies, mal arrêtées ; leurs bords présenteraient des irisations désagréables. Une bonne observation serait impossible avec un appareil aussi défectueux.
On a rendu le microscope achromatique en introduisant, entre l'objectif et l'oculaire,une troisième lentille, dite lentille de champ, qui ramène sur la surface d'un même cône, dont le sommet est à la pupille, les différentes couleurs simples que les premières réfractions avaient séparées (V. Lumière, p. 1223). Alors, toutes ces couleurs se superposant pour l'œil de l'observateur lui donnent la sensation de la lumière blanche ; les irisations disparaissent complètement.
On est même allé plus loin depuis 1823 : on achromatise à la fois l'oculaire et l'objectif. Grâce aux travaux persévérants des physiciens et des constructeurs que nous avons nommés plus haut, le microscope est devenu un excellent instrument, un appareil de précision qu'on peut se procurer aujourd'hui à un prix très modéré.
Quand l'objet à étudier est transparent, on l'éclairé fortement en dessous, en dirigeant sur lui la lumière des nuées concentrée par un miroir concave ; quand il est opaque, on l'éclairé par dessus à l'aide d'une lentille convergente convenablement disposée. On a construit des microscopes dont le grossissement dépasse 2,000 en diamètre. C'est une folie : l'image perd alors en clarté et en netteté ce qu'elle gagne en surface ; on ne voit plus aucun détail de l'objet d'une façon distincte, tout est nuageux, et c'est alors que, l'imagination aidant, on peut, tout à son aise, faire du roman en histoire naturelle et substituer la fantaisie à la Téalité. Pour se placer dans des condilions favora-
jectif avec une lentille biconcave placée à une distance convenable de la première et servant d'ocu laire. Ce qu'on peut affirmer, en tout cas, c'est que dès 1609 le célèbre astronome italien dont nous parlons était en possession d'une lunette d'approche qu'il venait de construire et à l'aide de laquelle il put faire dans le ciel de curieuses observations. Le plus fort grossissement qu'il employa était égal à 52. Peu après Galilée, Kepler remplaça la lentille biconcave de l'oculaire par une lentille biconvexe. Kepler est donc véritablement le premier auteur de la lunette astronomique telle que nous la construisons aujourd'hui.
La lunette astronomique étant destinée, comme son nom l'indique, à observer de la terre les astres qui peuplent le firmament, a par là même sa len tille objective placée à une immense distance de l'objet à observer. L'image réelle de cet objet viendra donc se former en avant de ladite lentïll et tout près de son foyer principal ; elle sera de plus renversée et infiniment plus petite que l'objet. Si l'on dispose alors, sur le trajet des rayons qui ont déjà donné naissance à l'image aérienne, un oculaire convergent, de telle façon que l'image
cette même circonférence de rayon 1 aurait pour expression — ; F étant la longueur focale de l'ob-
réelle en question se trouve placée entre le foyer principal de la lentille oculaire et cette lentille elle-même, limage de l'astre sera vue en réalité à travers une loupe, elle sera par suite amplifiée, conservera sa situation première, renversée comme elle l'était d'abord, et l'image virtuelle que donnera cet oculaire pourra sans peine être portée à la distance de la vision distincte de l'observateur. La figure 7
jectif. Donc le rapport
ÙO'a aOb
ou le grossissement
indique la marche des rayons lumineux. Ces rayons émis j^ parles diffé- ^T rents points * de l'objet ABquenous supposons situé à une très grande
distance, traversent
l'objectif et vont former en ba une image réelle et renversée. Ils continuent leur marche, traversent l'oculaire pour arriver à l'œil et prennent à leur sortie de l'oculaire des directions telles que leurs prolongements vont se couper en BA' pour constituer l'image virtuelle que l'observateur apercevra à la distance de sa vision distincte. Il lui suffira, en effet, pour obtenir ce résultat, de déplacer lentement le tube de l'oculaire, dans un sens ou dans l'autre, de manière à effectuer, par tâtonnement, la mise au point dans chaque cas.
Dans ces conditions, la longueur totale de la lunette sera sensiblement égale à la somme des longueurs focales de l'objectif et de l'oculaire.
Dans la lunette de Galilée, l'oculaire était, nous l'avons dit, formé par une lentille biconcave, mais dans ce cas, ledit oculaire devait être placé, pour jouer le rôle de loupe, entre ba et l'objectif lui-même ; et dès lors la longueur de la lunette était seulement égale à la différence des deux longueurs focales. De plus, dans la lunette astronomique ordinaire, l'image est renversée par rapport à l'objet, ce qui n'offre aucun inconvénient, quand on observe un astre ; tandis que, dans la lunette de Galilée, l'image est droite comme l'objet luimême.
Le grossissement s'évalue facilement par la théorie. On appelle ici grossissement le rapport de l'angle sous lequel l'objet est vu directement par l'observateur, sans l'interposition d'aucun instrument, à l'angle sous lequel il est vu à travers la lunette. En nommant O et O' les centres optiques de l'objectif et de l'oculaire, qui ne sont pas indiqués sur la figure, mais que le lecteur se représentera facilement, le grossissement
sera égal à ~ ou, ce qui est la même chose,
bO'a
aOb
Or, si les deux angles dont il s'agit avaient, l'un et l'autre, leur sommet au centre d une même circonférence, leur rapport serait égal au rapport des arcs compris entre leurs côtés, et comme ici les angles sont très petits, on peut prendre au lieu du rapport des arcs le rapport des cordes qui les soutiennent.
Cherchons donc la valeur de ce dernier rapport. — Soit décrite de O' comme centre une circonférence de rayon 1 ; sur cette circonférence, l'arc compris entre les côtés de l'angle bO'a pour-
rait être considère comme égal a —, en nommant
f la longueur focale de l'oculaire. Pareillement, l'arc compris entre les côtés de l'angle aOb sur
Fig. 7. — Lunette astronomique
ab ,. . , ab . .' représente par — divise par-p, cest-a-dire
par — • On
voit donc que le grossissement de la lunette astronomique sera d'autantplus fort que l'objectif sera à plus long foyer et l'oculaire à plus court foyer lunette de Galilée, ni celle de Kepler
Ni la
n'auraient jamais acquis l'importance qu'elles ont aujourd'hui, sans la découverte de l'objectif achromatique. Elle est due à un célèbre opticien anglais, Dollond, qui la fit connaître vers le milieu du dixhuitième siècle. Dans les lunettes d'approche primitives, les bords de l'image présentaient, comme dans le cas du microscope primitif, des irisations d'autant plus prononcées que le grossissement était plus fort ; il eût donc fallu forcément restreindre ledit grossissement et s'en tenir à de faibles instruments. Dollond eut l'idée d'accoler pour former son objectif une lentille convergente de crown à une lentille divergente de flint. En choisissant convenablement les courbures des deux verres et en tenant compte en même temps des valeurs de leurs indices de réfraction qui sont notablement différentes, il parvint à détruire la dispersion sans supprimer la réfraction. Celle-ci n'était que diminuée parle groupement du crown et du flint. On avait donc toujours dans l'objectif ainsi constitué un système lenticulaire qui demeurait convergent, mais qui, en même temps, et c'est là le point essentiel, éliminait dans les images toute coloration accidentelle. En réalité, la découverte de l'objectif achromatique a été le plus grand progrès en optique instrumentale qui ait été accompli dans le dix-huitième siècle. Sans exagérer la longueur de la lunette, on a pu dès lors obtenir des grossissements considérables, et conserver en même temps aux images une clarté suffisante.
Cette clarté, on le comprend aisément, dépend du diamètre de l'objectif; aussi, s'est-on efforcé avant tout d'obtenir de larges disques de crown et de flint bien homogènes, dépourvus de stries et de bulles. Par leur association, ces disques convenablement taillés pouvaient seuls donner de bons objectifs achromatiques. C'est un industriel suisse, M. Guinand, qui a rendu par l'excellente fabrication des deux sortes de verre le plus grand service à la science.
L'oculaire a été à son tour perfectionné. Au lieu de l'oculaire simple formé d'un seul verre, on emploie assez souvent un système de deux lentilles, se compensant l'une l'autre, au point de vue de l'aberration de sphéricité et de l'aberration de réfrangibilité. L'un des oculaires doubles le plus souvent utilisés dans ce but est celui de Ramsden, dit oculaire positif : il est formé de deux verres plan-convexes dont les faces convexes se regar dent.
La lunette astronomique ne sert pas seulement à l'observation des corps célestes ; elle sert encore, et cet autre usage a de l'importance, à la mesure des angles. Le cercle répétiteur, le théodolite,.
taposc deux lunettes pareilles, dites jumelles, pour rendre plus commode pour l'observateur la vision des objets peu éloignes, vision qui se l'ait alors sans aucune gêne par les deux yeux à la fois.
VIII. Télescope de Newton. — Les télescopes, dont la destination est la même que celle des lunettes, sont constitués par u:i système de miroirs et de lentilles. L'objectif y est représenté par un ' miroir concave, l'oculaire par une sorte de microscope. Gregory, Newton, Cassegrain et Herschell ont construit des appareils télescopiques offrant chacun une disposition spéciale, et qui portent leur nom. Le principe théorique est le même pour tous ; l'agencement des miroirs et des lentilles est seul différent. Nous nous bornerons ici à décrire brièvement le télescope de Newton, en signalant toutefois le perfec-
le cathétomètre portent une ou plusieurs lunettes dont les déplacements sur des limbes gradués permettent d'évaluer les distances angulaires de deux points donnés. Il fallait seulement, pour que cette mesure eût quelque exactitude, établir dans la lunette une ligne à points de repère fixes qui guidât sûrement l'observateur quand il dirigerait l'instrument vers un point déterminé. Cette ligne porte le nom d'axe optique ; elle est fixée, quant à sa position, par deux points invariables : 1° le centre optique de l'objectif; 2° le point de croisement de deux fils se coupant à angle droit, point de croisement que l'on met toujours au foyer de l'oculaire. L'ensemble des deux fils adaptés ainsi à la lunette constitue le réticule. Ce réticule est placé en avant de l'oculaire de Ramsden et en est, par 1?
même, rendu indépendant. Vise-t-on un point de la terre?
La ligne droite qui joint ce point à son image va passer nécessairement par le centre optique de la lentille objective.
Si donc, dans chaque observation, on fait mouvoir cette lunette jusqu'à ce que l'image du point extérieur coïncida avec la croisée des fils du réticule, on sera sûr que la ligne nommée axe optique et qui est invariable de position dans la lunette ira rencontrer le point examiné.
VI. Lunette terrestre. — La lunette astronomique, avons-nous dit plus haut, donne des images renversées des objets; son emploi serait donc fort incommode pour l'observation des objets terrestres. On l'a rendue propre à ce dernier usage en intercalant entre l'objectif et l'oculaire un système de deux lentilles convergentes dont la position et la distance sont calculés de façon à produire un redressement de l'image que donne l'objectif, et
Fig. 8. — .Lunette terrestre
tionnement de premier ordre que Foucault a introduit dans sa construction.
Un miroir concave M ;fig. 9) est placé au fond d'un long tube de métal , l'axe de ce miroir coïncide sensiblement avec l'axe géométrique du cylindre que le tube constitue. Quand on dirige le télescope vers un point du ciel, les rayons lumineux émanés de ce point arrivent parallèles entre eux et parallèles à l'axe principal du miroir. Ils iraient donc converger, aprè-> réflexion, à son foyer principal sensiblement placé au milieu du rayon de courbure ; mais avant que leur croisement ne s'effectue, les rayons réfléchis sont interceptés par un miroir plan m incliné de 45° sur l'axe, lequel les rejette latéralement vers la lentille oculaire. L'image ub obtenue est ensuite transformée par l'oculaire en une image virtuelle agrandie que l'observateur peut examiner tout à l'aise, lorsque, par la mise au point de l'oculaire,
cela, avant qu'elle n'aille se former au foyer de i il l'a portée à la distance de la vision distincte, l'oculaire. La figure 8 donne la marche des rayons Au miroir plan m, on substitue souvent un prislumineux dans ce nouveau cns. O" et O'" sont les ' me de verre à réflexion totale, prisme de très
deux lentilles supplémentai res; O' est la lentille oculaire ordinaire ; />a représente l'image réelle et renversée formée par l'objectif. Cette image est redressée par les deux verres O" et O'" et vient se former droite en a'U d'où l'œil l'aperçoit vir-
Fig. 9. — Télescope de Newton.
petite dimension qui remplit l'office du miroir plan, et dans de meilleures conditions que lui.
Le grossissement du télescope a la même expression que celui de la lunette astronomique. Sous sa forme la plus simple, il est représenté par
Tuelle et agrandie en A'B'. i
VII. Lonkttb de Gaulée. — La lunette de Galilée, le raPPort -, dans lequel F est la longueur dont il a été plusieurs fois question danseequi pré- focale prjncipale du miroir concave et f celle de cède, a, nous le savons, une lentille divergente, bi- l'oculaire supposé simple
concave d'ordinaire, pour oculaire ; elle présente i Le miroip uu télescope 'était, jusqu'à Foucault, l'avantage de donner directement limage droite | creuso- dans l'épaisseur d'une masse métallique, desobjets, mais elle necomporte pas an grossisse- j sorte dc bronzc form6 de ,)lusieurs méuux que ment aussi considérable que la lunette astronomi- r„n mélangeait dans des proportions déterminées que. On ne l'emploie guère aujourd nui que comme :ill ,„„„„.„, dc )cur rU8jon. i;alliagc dont il s'agit lunctlede spectacle. Habituellement moine, onjux- , était composé eu moyenne de 07 p. 100 dc cuivre
OPTIQUE (INSTRUMENTS D'
OR
et de 34 d'étain ; un disque obtenu par la voie du moulage, à la suite de la fusion préalable de l'alliage, présentait, à l'une de ses faces, une courbure à peu près sphérique. Puis, par une usure progressive exécutée à la main, on achevait de donner à la surface concave assez grossière que le moulage avait fournie la forme et le poli le plus parfait qu'il était possible d'obtenir. En tout cas, le miroir en question avait toujours malheureusement un poids considérable. Celui que construisit Lord Ross, et dont le diamètre dépassait lm,30. ne pesait pas moins de 3,800 kilogrammes. Ajoutez à ce poids celui du tube et des pièces annexes, et vous arrivez à un chiffre total de plus de 10,000 kilogrammes. Cette lourde machine était, on le comprend, d'un maniement des plus difficiles et l'emploi pu était forcément très limité. Le télescope d'Herschell, que le célèbre astronome anglais avait construit lui-même et dont il avait travaillé le miroir de ses propres mains, était moins lourd, il est vrai, que celui de Lord Ross, mais il fallait encore recourir à des cabestans pour le mouvoir.
Si, en dehors de cet inconvénient si grave du poids énorme de l'instrument, on tient compte de cette autre circonstance plus importante encore, à savoir l'impossibilité où l'on est de travailler convenablement une surface métallique quelle qu'elle soit ; si l'on sait que les miroirs d'Herschell et de Lord Ross présentaient, par suite, aux différents points de leur surface, des inégalités notables dans la courbure, inégalités qui étaient beaucoup de leur netteté aux images, on se rendra compte sans peine du progrès considérable que les travaux de Foucault ont amené dans la construction du télescope.
IX. Télescope de Foucault. — Foucault a substitué, en premier lieu, le verre au bronze pour la confection du miroir, c'est-à-dire un corps solide d'une densité de 2,5 à un corps d'une densité égale à 9. C'était déjà un grand pas de fait ; mais le point capital dans la découverte du savant français, c'est la méthode tout à fait originale à laquelle il a eu recours pour le travail du miroir de verre. Il est parvenu à donner à volonté à la surface réfléchissante, ou la courbure sphérique la plus parfaite qu'on puisse imaginer, ou la courbure parabolique ; et, dans ce dernier cas, nous le savons, l'abprration de sphéricité disparaît complètement. Foucault a construit des miroirs d'une surface tellement régulière que les variations de courbure les plus fortes qu'on pouvait y découvrir étaient inférieures à un dix-millième de millimètre. Aussi l'observation des astres à l'aide du télescope Foucault donne-t-elle le spectacle le plus admirable qu'on puisse concevoir. Les nébuleuses résolubles se montrent composées de milliers de petites étoiles d'éclat variable. On se croirait en présence du bouquet persistant d'un feu d'artifice. Les planètes sont vues avec une netteté de contours et de détails qui permet une étude approfondie de leur constitution physique. Les deux plus grands miroirs qui aient été construits dans le système Foucault ont, l'un, 80 centimètres de diamètre, l'autre im,20. L'exposé de la méthode de Foucault ne saurait entrer dans le cadre de cet article. Le lecteur devra se reporter aux traités spéciaux sur la matière.
C'est pourtant le verre, nous l'avons dit, qui fournit la surface réfléchissante, et l'on sait que le pouvoir réflecteur du verre est assez faible ; la clarté des images sera donc très réduite dans les nouveaux télescopes ? Il n'en est rien : la difficulté a été habilement tournée. On argenté la surlace du miroir après qu'elle a été amenée à la courbure voulue et au degré de poli le plus parfait. Cette argenture est dune facilité extrême. Foucault avait d'abord utilisé le procédé Drayton qu'on avait
mis en œuvre en Angleterre pour l'étamage desglaces.il l'abandonna plus tard pour lui substituer celui d'un de ses élèves, M. A. Martin, procédé quiest fondé sur la propriété que possèdent les solutions des sels d'argent de se réduire à froid en présence des alcalis sous l'action du sucre interverti. Le miroir de verre plongé dans une liqueur de ce genre se recouvre uniformément d'une coucha d'argent poli, couche tellement mince qu'elle demeure translucide.
Cette lame si ténue d'argent qui revêt le miroir de verre a un pouvoir réflecteur de 0,92 environ, tandis que le pouvoir réflecteur du métal des miroirs ne dépasse pas 0,64. Ainsi, ce n'est pas seulement au point de vue de la netteté des images, mais encore au point de vue de leur clarté, que le télescope de Foucault l'emporte de beaucoup sur ceux de Newton et d'Herschell.
Quant à l'agencement optique du miroir et de l'oculaire, Foucault a adopté le mode suivi par Newton, mais en perfectionnant encore l'instrument dans cette autre direction. [A. Boutan.]
OR. — Chimie, XX. — historique. — Les qualités remarquables de l'or ont fait rechercher de bonne heure ce métal, dont la valeur se trouve augmentée par la rareté.
C'était l'Inde, l'Afrique, l'Arabie, la Macédoine, la Thrace, l'Espagne, l'Italie, etc., qui fournissaient l'or aux peuples anciens. On en fit d'abord des vases, des ustensiles, des statues, etc.
L'or fut employé de très bonne heure comme monnaie, c'est-à-dire qu'il servit à représenter la valeur des objets et qu'il facilita les échanges ou le commerce.
Le métal précieux était employé tel que la nature le fournissait ; il n'était donc pas pur, et les monnaies d'or de l'antiquité ne pouvaient avoir des titres fixes comme les monnaies de nos jours.
A la découverte de l'Amérique, les gîtes aurifères du Pérou, du Mexique et du Brésil fournirent une telle quantité d'or, que la valeur de ce métal diminua d'environ les deux tiers.
La découverte de nouveaux gisements en Sibérie (1842), en Californie (1847) et en Australie (vers 1850) a augmenté encore d'une manière assez considérable la quantité d'or versée annuellement dans la circulation.
Aussi l'usage de l'or, qui d'abord était très restreint, s'étend-il chaque jour davantage, et la monnaie d'or est-elle aujourd'hui la monnaie courante.
État naturel. — L'or n'a qu'une très faible affinité pour les autres corps. C'est pourquoi on ne le rencontre guère que sous les trois états suivants : 1» à l'ét'it natif; 2° allié avec quelques métaux; 3° combiné ave: le tellure.
C'est à l'état natif que le métal précieux se trouve le plus communément. Il contient toujours, dans cet état, de l'argent et du cuivre. L'argent lui donne une teinte verdâtre, le cuivre augmente son éclat. Parfois l'or natif renferme aussi du fer qui le rend bleuâtre.
On trouve des filons d'or natif dans des roches cristallines ; on le rencontre également dans les mines d'argent, e~, surtout dans les terrains d'alluvions ou dans des sables de transport.
Dans ces sables, l'or se présente sous la forme de paillettes ou sous celle de petits grains arrondis. Quelquefois ces grains, que l'on désigne sous le nom de pépites, atteignent la grosseur d'une Doisette. On a même rencontré des pépites d'un poids considérable. La plus forte qui ait été découverte jusqu'à ce jour a été fournie par les mines de l'Australie (en 1858) ; elle pesait 6t5 kilog.
Certains fleuves et certaines rivières roulent, dans leurs sables, des paillettes d'or. Ces fleuves et ces rivières prennent leur source dans des tei-
OR
OR
rains formés de roches cristallines aurifères, et parcourent de longs espaces sur ces mêmes terrains.
On peut citer en France la Garonne, l'Ariège, le Rhône, le Rhin, l'Ardèche, l'Hérault, etc.
Extraction. — Peudant longtemps l'or charrie par ces cours d'eau a donné lieu à une exploitation plus ou moins active, suivant que la valeur de l'or recueilli offrait une rémunération suffisante aux orpailleurs ou chercheurs d'or.
Le procédé d'extraction était d'ailleurs des plus simples : l'orpailleur se bornait à tendre une pièce d'étoffe de laine sur une large planche; puis cette planche était inclinée vers la rivière et disposée de manière à ce que le poil de l'étoffe se trouvât tourné vers le haut de la planche.
L'orpailleur puisait ensuite de l'eau et du sable dans la rivière à l'aide d'une forte sébile en bois ou en corne, munie d'un manche solide. Il versait le tout sur la partie supérieure de la planche : le sable roulait au bas de l'appareil, entraîné par l'eau, tandis que les paillettes d'or, plus denses, étaient retenues par les poils du drap de laine.
Lorsque l'ouvrier jugeait que ce drap était assez chargé de poudre d'or, il le brossait et faisait tomber dans une autre sébile cette poudre, qu'il vendait d'autant plus cher qu'elle était plus riche en or pur.
La main-d'œuvre étant devenue très chère et les sables aurifères de nos rivières contenant fort peu de métal précieux, cette exploitation a complètement cessé en France.
Mais elle se continue en Russie (dans l'Oural) et en Californie, où l'on rencontre des sables offrant une teneur en or beaucoup plus forte. Le procédé d'extraction n'est d'ailleurs plus aussi primitif : les sables sont d'abord lavés pour être débarrassés des matières terreuses qui les accompagnent le plus souvent ; ils sont aussi séparés, par le criblage, des cailloux qu'ils peuvent contenir. L'or est ensuite enlevé soit à l'aide de la fusion, soit par Y amalgamation.
Le procédé de l'amalgamation consiste à mettre le sable aurifère en contact avec du mercure, qui dissout l'or.
L'amalgame une fois obtenu, il n'est pas difficile de séparer l'or et le mercure.
Pour extraire l'or des roches quartzeuses, on brise et l'on réduit en poussière ces roches, à l'aide de machines appropriées, qui opèrent en même temps, non seulement le lavage de la poussière aurifère, mais encore l'amalgamation du métal précieux.
Ce procédé perfectionné permet aujourd'hui de traiter avec avantage des terrains dont la teneur en or est très faible (1 kil. d'or par 4000 tonnes de minerai), et la production annuelle atteint le chiffre énorme de plus de 40 milliards de francs.
Propriétés physiques. — L'or a une couleur magnifique et caractéristique ; il acquiert par le poli un éclat des plus vifs. Il est inaltérable par la plupart des agents chimiques, même par les acides énergiques, tels que les acides sulfurique, azotique et chlorhydrique. Parmi les métalloïdes, il n'y a que le chlore et le bromo qui l'attaquent à froid.
L'or jouit d'une maVéatnlité et d'une ductilité extrêmes. Aussi l'on est parvenu à le transformer en feuilles d'un dix-m llième de millimètre d'épaisseur, et à le tirer en lit d'un diamètre si faible qu'avec 1 gramme d'or on obtient 3000 mètres de Mi.
Par contre il n'est pas très tenace, car un fil d'un diamètre de 2 millimètre* rompt sous le poids de 08 kilogrammes.
L'or a besoin d'être allié au cuivre pour devenir
plus dur et résister davantage à l'usure résultant de la circulation.
Il fond et se volatilise à la température d'environ 1200 à 1300 degrés.
Son poids spécifique rapporté à celui de l'eau est de 19,5.
Propriétés chimiques. — L'or a pour symbole Au; son équivalent rapporté à 100 d'oxygène est 12'.'7,75 ; rapporté à 1 d'hydrogène il est de 08,18.
L'or ne se combine pas directement avec l'oxygène, n'importe à quelle température ; néanmoins il existe deux oxydes d'or, un protoxyde Au20, et un sesquioxyde ou peroxyde, Au20!. On obtient ces deux oxydes indirectement, le premier en précipitante protochlorure d'or, Au2Cl, par une dissolution étendue de potasse, le deuxième en faisant bouillir une dissolution de perchlorure d'or, Au*Cl3, avec de la potasse en excès, et en ajoutant un peu d'acide sulfurique à la dissolution.
Ces deux oxydes ne se combinent pas avec le3 oxacides pour former des sels. Le protoxyde est indifférent ; le peroxyde joue le rôle d'acide lorsqu'il est mis en présence des bases alcalines, telles que la potasse. C'est ce qui le fait désigner encore sous le nom d'acide aurique.
Parmi les oxacides, il n'y a que l'acide sélénique et l'acide iodique qui puissent dissoudre l'or.
Les hydracides du chlore, du brome, de l'iode et du fluor, additionnés d'oxacides peu stables, tels que les acides azotique, chlorique, bromique, etc., dissolvent également l'or.
Mais le plus énergique dissolvant de ce métal est l'eau régale, composée de quatre parties d'acide chlorhydrique à 22° et d'une partie d'acide azotique à 40°.
L'or forme avec le chlore deux composés chimiques, le protochlorure (Au2Cl) et le perchlorure (Au-Cl3). Ce dernier, qui est regardé encore par certains chimistes comme un sesquichlorure, est le seul composé chimique important de l'or.
On se procure le perchlorure d'or en faisant évaporer la dissolution d'or obtenue à l'aide de l'eau régale.
Il cristallise et se présente sous la forme de paillettes; il est soluble dans l'eau et dans î'éther.
La médecine l'emploie dans le traitement de certaines maladies.
Il sert aussi à reconnaître les eaux qui renferment trop de matières organiques pour pouvoir être employées sans danger comme boisson.
Usages de l'or. — L'or étant doué d'une très grande malléabilité et d'une très grande ductilité, se laisse docilement façonner suivant les besoins de l'industrie et suivant les caprices du luxe le plus exigeant. L'industrie en fait des vases, des ustensiles, des bijoux, etc. Il enrichit les étoffes de soie et les divers articles de passementerie, tout en rehaussant leur éclat.
A cause de son inaltérabilité par la plupart des agents, tels que l'air, le soufre, les gaz, etc., il sert à recouvrir les autres métaux, comme le cuivre, le laiton, l'argent, etc., qu'il préserve contre les agents extérieurs, et auxquels il communique son poli et son éclat.
Le bois, le carton, la porcelaine, etc., sont également recouverts de minces couches d'or.
Pour appliquer l'or sur les autres métaux l'industrie a recours à divers procédés don£ les plus employés sont : 1° la dorure au mer cure ; 2" la dorure à la feuille et au bouchon ' 3° la dorure par immersion ; 4° enfin la dorure galvanique. Ce dernier procédé a remplacé tous les autres à peu près complètement depuis 1840, époque à laquelle il a reçu de remarquables perfectionnements de MAI. Elkington et de Ruolz. Y. Galvanoplastie.)
Comme cela a été indiqué plus haut, l'or n'est
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jamais employé seul ; il est toujours allié à une certaine quantité de cuivre.
L'or des monnaies françaises est un alliage de 900 parties d'or pur et de IÛ0 parties de cuivre. On dit pour cela qu'elles sont au titre de 0,900.
Les médailles d'or sont toutes au titre de 0,916, les bijoux à celui de 0,750. La loi reconnaît trois titres (0,920, 0,840 et 0,750) pour les autres ouvrages d'or (ustensiles et vaisselle).
Des agents de l'État sont chargés du contrôle des objets d'orfèvrerie. L'épreuve se fait approximativement (10 à 20 millièmes près) à laide de la pierre de touche, et d'une manière précise à l'aide de la coupe llation. [J. Bousquet.]
ORAGE. — Météorologie, XI-XII. — Trouble atmosphérique dont le caractère principal est fourni par les manifestations électriques de l'air : éclair, foudre, tonnerre.
Nature des orages. — L'explication des orages par l'électricité remonte à la découverte même de cet agent, et la première étincelle tirée de l'ambre par Wall fut immédiatement comparée aux éclats de la foudre. Mais c'est Franklin qui le premier fit connaître l'identité des deux phénomènes. Dans les premiers mois de 1750, Franklin développait, dans deux lettres adressées à P. Gollinson, ses opinions sur l'origine de la foudre, et il décrivait l'instrument qui devait préserver les édifices de ses atteintes, le paratonnerre. Il invitait en même temps les physiciens français à réaliser l'expérience qu'il se proposait de faire lui-même sur un clocher de Philadelphie alors en construction.
Dalibartfut prêt le 10 mai 1752, à Marly-la- Ville, un mois avantque Franklin, impatient des lenteurs apportées à la construction du clocher, y substituât un cerf-volant qu'il lança à l'approche d'un orage. Le cerf-volant réussit mal d abord ; mais une petite pluie fine étant survenue et ayant mouillé la corde, celle-ci devint conductrice de l'électricité et on put tirer de vives étincelles de son extrémité liée à un support isolant. Dalibart avait suivi la première idée de Franklin : il fixa dans un jardin situé au milieu d'une plaine élevée, et sur un support isolé, une barre de 13 mètres de hauteur et terminée par une pointe d'acier poli. Au moment où des nuages orageux passèrent au-dessus de la barre, celle-ci s'électrisa assez fortement pour donner de longues et brillantes étincelles.
Electricité atmosphérique. — L'atmosphère est constamment chargée d'électricité, même pendant les plus beaux temps, et les variations de cet agent sont régulièrement observées dans les principaux observatoires du globe. On n'obtient généralement aucun signe électrique dans les lieux bas ou couverts par des édifices ou des arbres ; mais dans les lieux même incomplètement découverts, ces signes commencent à se montrer à une petite distance du sol et des objets qui le recouvrent, et ils augmentent progressivement à mesure qu'on s élève plus haut au-dessus de la surface terrestre.
Sous un ciel sans nuages, les signes électriques sont toujours positifs, c'est-à-dire que l'atmosphère est chargée de l'électricité positive ou vitrée que le frottement de la laine développe sur le verre; mais quand des nuages apparaissent, et surtout quand la pluie tombe, même à plusieurs kilomètres de l'observateur, les signes deviennent le plus souvent négatifs. Sous l'influence des nuages orageux, ils peuvent acquérir une très grande énergie, tout en changeant rapidement de sens.
L'origine de l'électricité atmosphérique est assez mal connue; elle n'a pu être fixée par aucune expérience directe bien concluante, et il est probable qu'elle est multiple. Une des opinions les plus répandues la rattache à l'évaporation de l'eau, et peut-être au retour de la vapeur formée à son 5e Partie.
état aqueux primitif, nuage, pluie ou neige. C'est dans les régions intertropicales, là où l'évaporation est le plus active et où la condensation est le plus abondante, que les orages se montrent avec le plus de fréquence et d'énergie. Les aurores boréales, qui ne sont que de grandes et silencieuces manifestations électriques dans les régions voisines du pôle, sont toujours accompagnées du retour du courant équatorial vers ces hautes régions. Nos orages, enfin, se produisent dans des conditions analogues.
Electricité des nuages. — La plupart des nuages sont électrisés positivement, comme l'atmosphère au sein de laquelle ils se forment. Les nuages électrisés négativement sont cependant très nombreux; ce fait est dû à plusieurs causes. Le sol, soumis à l'influence de l'électricité positive de l'atmosphère, s'électrise négativement sur tous ses points en saillie. Les brouillards qui le recouvrent pendant certaines nuits, puis s'élèvent le matin dans l'air pour y former des nuages; les nuages qui naissent aux sommets des montagnes élevées par la condensation des vapeurs qu'y apportent les brises, sont généralement négatifs. Quand deux couches de nuages sont superposées, la plus élevée est le plus fortement électrisée ; l'électricité positive du nuage inférieur, refoulée vers le bas, s'écoule avec les premières pluies, et bientôt ce nuage inférieur se trouve chargé d'un excès d'électricité négative que l'influence y développe. Les pluies sont donc chargées tantôt d'électricité positive, tantôt d'électricité négative, comme les nuages d'où elles s'échappent.
Quand deux couches de nuages inégalement électrisées sont en présence, des éclairs peuvent jaillir entre eux ; quand un nuage électrisé dans un sens quelconque se rapproche de la surface du sol, des éclairs peuvent encore s'en échapper et venir foudroyer un objet terrestre. Mais il arrive très souvent que des éclairs jaillissent de la partie supérieure ou latérale d'un nuage entièrement isolé, mais surchargé d'électricité. Ces éclairs sont généralement très ramifiés et se perdent dans les hauteurs.
Sur terre et en rase campagne, le bruit du tonnerre peut être entendu à six ou sept lieues de distance, au plus, du point où part l'éclair. L'éclair au contraire, ou l'illumination qu'il produit, peut être aperçu à une distance de trente ou quarante lieues. De là les éclairs sans tonnerre, appelés éclairs de chaleur: ils sont dus à des orages lointains.
Formation des orages. — Les orages des régions intertropicales, dans la zone équatoriale des pluies, se forment généralement sur place, au milieu des nuages produits par la condensation des vapeurs de la nappe équatoriale ascendante. Ils y sont en permanence, comme les nuages et les pluies, et, comme eux, se déplacent annuellement à la surface du globe à la suite du soleil.
Dans nos régions tempérées, les orages sont beaucoup plus rares; ils sont loin d'accompagner toutes les pluies; mais on peut les entendre en toute saison, en hiver comme en été, bien que cette dernière saison soit plus favorable à leur production.
Les brises ascendantes le long des flancs méridionaux ou occidentaux des massifs montagneux produisent des nuages locaux assez fréquemment accompagnés d'orages également limités; mais le plus ordinairement, les orages de l'Europe ont un caractère plus général. C'est particulièrement sur le parcours du courant équatorial et sur la partie méridionale d'un mouvement tournant, plus ou moins accentué dans l'air, qu'on les rencontre (V. Courants, Tempêtes). Us parcourent donc à la surface de la France des bandes plus ou moins étroiies et longues, se propageant quelquefois des
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eûtes de l'Océan jusqu'en Belgique ou en Allemagne. Chaque département place leur origine vers su limite occidentale, alors que quinze ou vingt départements, quelquefois, peuvent être traversés non par les mômes nuages orageux, mais par le môme groupe d'orages qui se succèdent ou se relaient progressivement.
Pendant l'été, et sur le trajet du courant équatorial, le plus faible mouvement tournant peut faire naître des orages sur la partie méridionale de son disque tournant, et les semer tout le long de son parcours. Plus on avance dans la saison froide, plus ce mouvement tournant doit être intense pour provoquer de véritables orages.
Mais si les grandes manifestations électriques sont ainsi provoquées par les bourrasques tournantes de l'air dont le diamètre dépasse plusieurs centaines de lieues, elles peuvent aussi provoquer elles-mêmes des girations plus circonscrites et dont l'énergie atteint quelquefois des proportions redoutables. Ce sont les trombes qui dévastent le sol sur de longues bandes généralement très étroites. Le mouvement de giration, de tourbillonnement, qui caractérise tous les troubles de l'atmosphère, étroits ou étendus, énergiques ou faibles, est la conséquence directe du mouvement de rotation de la terre sur elle-même, ce qui produit leur généralité d'aspect et aggrave leurs effets comme leur durée totale. C'est en même temps aux circonstances de leur formation et de leur propagation que nous devons la possibilité de les prévoir et de prévenir de leur arrivée.
Grêle. — La grêle est un des fléaux les plus redoutables des orages. Son mode de formation est très obscur et très controversé. Pendant longtemps on admit avec Volta qu'elle prenait naissance entre deux couches de nuages superposés, électrisés en sens contraire et donnant lieu à un va-et-vient rapide, de l'un à l'autre, des grêlons qui pouvaient ainsi grossir par dépôts successifs et acquérir des poids souvent considérables. Mais des grêles redoutables se produisent même quand il n'existe qu'une seule couche de nuages.
Par contre, il n'est pas de grêles qui ne soient accompagnées d'une violente agitation de la masse nuageuse, et très souvent elles marchent avec de véritables trombes dont l'axe de rotation descend jusqu'à la surface du sol. Il est probable que ces trombes existent dans la région nuageuse alors même qu'elles ne se font pas sentir jusqu'à nous. Ces trombes, qui se produisent surtout quand la température décroît rapidement dans le sens de la hauteur, ont pour effet de. mélanger brusquement des masses d'air d'inégales températures ; d'accroître encore le froid par la raréfaction de l'air dans l'axe du tourbillon ; de brasser violemment les grains de neige, de grésil, de grêle, de les entrechoquer et de les souder les uns aux autres. Ce sont les chocs des grêlons les uns contre les autres qui produisent le bruit caractéristique qui précède les nuages à grêle, et tous les observateurs qui se sont accidentellement trouvés au milieu de ces nuages ont été témoins de la vio lente agitation produite en eux et dont l'apparence est encore visible à de grandes distances. Lf-s grêlons croissent par dépôts successifs d'eau congelée à leur surface et par soudures de plusieurs grêlons en un seul.
Fréquence des orages. — Très fréquents et même quotidiens dans les régions intertropicales, pendant la saison des pluies, ils sont rares dans les régions des alizés ; ils reparaissent en dehors des tropiques, et leur nombre annuel décroît progressivement à mesure qu'on s'approche des pôles. Voici le tableau des nombres moyens des orages annuels dans diverses localités du globe :
Sombre de jours d'orage en année moyenne.
Calcutta 60 Padouo 17.3
Rio Janeiro 50,6 Strasbourg 17
Maryland 41 Toulouse 15,4
Martinique 39 Utrecht 15
Abyssinie 38 Paris 13.6
Guadeloupe 37 Leyde 12,8
Viviers (Ardèche) 34,7 Athènes 11
Québec (Canada) 23,3 Polpéro(Cornouailles). 10
Huonos Ayres 22,5 Pétersbourg 1
Denainvilliers (Loiret). 20,6 Londres 8,3
Smvrne 19, Pékin 5,8
Berlin 18,3 Le Caire 3,5
[Marié-Davy.J
Hygiène, IV. — Toutes les actions chimiques, mécaniques et vitales qui se passent dans l'intérieur de la terre, à sa surface et dans l'atmosphère, donnent, lieu à des dégagements d'électricité. Nous sommes donc constamment soumis à l'influence de cet agent. Cette influence est encore peu connue. Elle se manifeste principalement lorsqu'il survient une perturbation dans les phénomènes ordinaires.
L'instrument appelé électroscope * permet de constater, même dans les temps les plus calme-, la présence de l'électricité dans l'atmosphère : au point de vue de l'hygiène, on pourrait la considérer comme un de ses éléments constitutifs. Cette électricité, comme celle des nuages, est ordinairement positive, tandis que le sol est électrisé négativement.
Notre corps, en contact avec le sol, sert de conducteur par lequel les deux électricités se recomposent. Nous n'avons pas conscience de ce passage continuel du courant électrique à travers nos organes, lorsque l'énergie vitale est assez forte pour dominer les causes légères de perturbation. Mais dans certains états de faiblesse, de langueur, et dans quelques maladies nerveuses, nous devenons de beaucoup plus impressionnables, et des changements presque insignifiants dans le milieu où nous vivons causent toute une série de troubles variables, selon les individus.
On ne peut nier l'influence des temps orageux sur l'organisme ; mais pour apprécier la part de l'électricité il faudrait expérimenter en dehors des conditions ordinaires. L'orage se complique toujours de changements dans la pesanteur de l'air, dans la température, la direction des vents, le degré d'humidité, etc., de sorte que les conséquences des temps orageux sont la résultante de tous ces éléments combinés avec les variations électriques. Pour l'hygiéniste, l'orage ou le temps orageux consiste donc en un certain nombre de perturbations du milieu qui réagissent les unes sur les autres et impressionnent l'organisme humain.
Sous l'influence des orages, les personnes malades, nerveuses, éprouvent du malaise, de l'agita tion, des douleurs dans la tète ou les articulations. Les rhumatisants, les névralgiques, sentent revenir d'anciennes douleurs ou augmenter celles dont ils souffraient. La respiration devient difficile pour les malades atteints de certaines affections des poumons ou du cœur. L'exacerbation des accidents morbides amène prématurément une crise fatale chez des malades qui auraient pu vivre encore quelque temps.
.Malheureusement nous sommes impuissants contre ces perturbations atmosphériques qui modifient et souvent compromettent notre santé. Il n'y a aucun moyen pratique de se soustraire à l'influence des temps orageux. Cependant nous pouvons beaucoup, par l'hygiène, pour nous prémunir. Rarement les gens sains, robustes, habitués à la vie en plein air et menant une vie régulière, ressentent les effets des orages. Par conséquent, tout ce qui contribue à préserver do l'étioleincnt, du nervosisme, devient un moyen de se
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préserver aussi des influences dépressives des temps orageux. Contre l'orage nous ne pouvons rien; nous pouvons beaucoup pour nous rendre insensibles à ses effets.
La foudre consiste dans la recomposition instantanée de deux excès d'électricités contraires soit entre deux nuages, soit entre un nuage et la terre. C'est une étincelle électrique semblable à celle que produisent nos appareils de physique, mais de dimensions infiniment plus considérables. Comme le fluide électrique parcourt l'atmosphère plus vite que la lumière, l'individu foudroyé est frappé avant même d'avoir vu l'éclair. Quant au tonnerre, ce n'est que le bruit inoffensif produit par un mouvement subit de l'air, répercuté par les nuages, la terre, les édifices, les forêts.
Rien de plus variable que les effets du foudroiement. Quelquefois la personne atteinte en est quitte pour une commotion plus ou moins forte; souvent le choc seul suffit pour tuer instantanément. On a vu des gens foudroyés conserver l'attitude, le geste dans lequel la mort les a surpris. Ou peut être tué par la foudre sans en être touché ; il suffit de se trouver à peu de distance de son trajet : on succombe alors à l'asphyxie, ou à ce que l'on appelle choc en retour qui produit une commotion analogue à celle de la foudre.
Dans quelques cas la foudre ne laisse aucune trace, mais le plus souvent on observe sur le cadavre des brûlures ou des plaies, les vêtements sont brûlés, lacérés, dispersés. Les personnes foudroyées restent d'ordinaire affligées de quelque infirmité : cécité, surdité, paralysie.
L'éclair est le plus souvent dirigé des nuages vers la terre, mais on a vu des gens frappés par un éclair ascendant, qui entraînait au sommet d'un arbre ou d'un édifice des parties de leurs vêtements.
L'usage de sonner les cloches pour écarter l'orage n'a pas encore disparu de nos campagnes. Il importe donc de détruire ce vieux préjugé qui a causé déjà bien des malheurs. L'ébranlement produit dans l'air par la cloche est sans doute négligeable, mais le métal est bon conducteur, il se trouve dans un lieu élevé où s'accumule l'électricité terrestre, et par conséquent dans les meilleures conditions pour attirer l'électricité des nuages et produire une étincelle. De plus, la corde de la cloche, pour peu qu'elle soit mouillée ou humide, devient un bon conducteur et porte l'étincelle jusqu'au sonneur, qui tombe foudroyé. En Bretagne, vingt-quatre sonneurs ont été tués ainsi pendant la même nuit.
On prétend généralement qu'il est dangereux, pendant l'orage, de courir à pied ou à cheval, de marcher contre le vent, de produire un courant d'air dans les maisons. 11 y a un fond de vérité dans cette croyance populaire. La forme en zig-zag de l'éclair nous prouve que l'électricité suit dans l'air les parties les meilleures conductrices. Or la moindre perturbation suffit pour créer des courants plus ou moins conducteurs qui viennent remplir le vide produit par un homme qui court, par un courant d'air, etc. Si faible que puisse être cette chance de danger, on fait bien de ne pas s'y exposer.
La foudre frappe de préférence les lieux et les objets élevés où s'accumule le fluide terrestre. On doit donc éviter leur voisinage. Le plus sûr est de rester tranquille en rase campagne, et d'éviter, en tout cas, l'abri des arbres ou des maisons un peu hautes. Rien ne justifie le préjugé populaire qui attribue à certains arbres, tels que le hêtre, le laurier, le bouleau, l'érable, une sorte d'immunité contre la foudre.
Les accumulations d'hommes et d'animaux, les dépôts de matières susceptibles de fermenter ou de dégager des vapeurs, produisent des courants
ascendants bons conducteurs de l'électricité, qui favorisent le passage de la foudre. Autant que possible il faut s'isoler pendant les orages, s'éloigner des groupes, des meules de foin et de paille, dont la forme conique et l'élévation favorise d'ailleurs l'accumulation du fluide terrestre.
Les vêtements de lin et de coton, surtout s'ils sont humides, conduisent assez bien l'électricité et deviennent dangereux pendant les orages. Ceux de laine et surtout de soie étant mauvais conducteurs peuvent préserver dans une certaine mesure.
Dans les maisons, la suie des cheminées, le tain des glaces, les dorures, les objets et ornements en métal étant bons conducteurs, constituent un voisinage dangereux pendant l'orage. Le mieux est de s'isoler autant que possible des murs, et même du sol. Pour cela, on pourrait interposer entre le corps et le sol un support mauvais conducteur, en soie ou en verre : le plus sûr serait de s'étendre dans un hamac suspendu par des cordes de soie bien sèche; mais évidemment ces précautions sont peu pratiques et le plus souvent superflues.
On a essayé avec succès de combattre les orages en allumant sur tout un district des feux de paille, de broussailles, etc., distants de 80 à 100 mètres. Ce moyen mériterait d'être essayé en grand, car on lui attribue la préservation de la foudre et de la grêle.
Quant aux maisons, il n'y a qu'un moyen de les préserver, c'est de les surmonter d'un paratonnerre établi selon les règles de l'art et soigneusement entretenu.
Les méfaits de la foudre sont incontestables, mais on a essayé de la réhabiliter par compensation, en prouvant qu'elle rend aussi de grands services : voici comment. Lorsqu'une étincelle électrique passe dans de l'oxygène, ce gaz acquiert une odeur et des propriétés spéciales, son pouvoir oxydant est singulièrement accru et il peut servir de désinfectant énergique. Les premiers expérimentateurs qui s'occupèrent de ce phénomène crurent que l'étincelle électrique formait, dans l'oxygène, un corps nouveau qui fut appelé ozone. Le nom est resté, mais il s'agit simplement d'oxygène électrisé.
Il y a dans la nature plusieurs sources d'ozone. Vraisemblablement tout ce qui produit de l'électricité au contact de l'oxygène donne naissance à de l'oxygène électrisé. On constate toujours sa présence dans l'air. L'atmosphère des bois, principalement des bois d'essences résineuses, est riche en ozone, ainsi que l'atmosphère maritime. La foudre en produit rapidement de grandes quantités.
On a cru pouvoir attribuer à un excès d'ozone l'exacerbation de quelques maladies catarrhales, mais le fait n'est pas prouvé, tandis qu'on peut raisonnablement supposer, avec le vulgaire, que les orages purifient l'air parce qu'ils accumulent en un point donné une quantité d'ozone capable d'oxyder et de rendre inoffensifs certains miasmes dangereux.
Il faut reconnaître, quant à présent, que cet agent modifie le milieu, le rend plus stimulant, peut-être même le purifie, mais que son action, favorable aux personnes bien portantes ou simplement affaiblies, peut être irritante pour des sujets atteints de certaines affections. Il serait prématuré d'affirmer autre chose. [Dr Saffray.j
ORATEURS. — Littérature et style, IV. — Le mot orateur, dans son sens primitif et étymologique, orator en latin, rhetor en grec, signifie « celui qui parle. » Il s'est appliqué d'abord à l'homme qui a pris la parole dans une assemblée, qui a harangué une foule, sans qu'on attachât à cette expression une idée d'habileté ou de talent. C'est encore en ce sens qu'aujourd'hui on désigne
ORATEURS
ORATEURS
par oc mot celui qui parle en public, bien ou mal, qu'il soit député, sénateur, membre d'un conseil municipal ou d'une réunion quelconque : « L'iionorablc orateur a dit ceci », «le précédent orateur pense cela. » Toutefois, dans son acception la plus étendue et la plus élevée, le terme d'orateur sert à désigner celui qui possède un certain talent d'élocuiion, naturel ou acquis par le travail, qui se sert ou qui est prêt à se servir habilement de la parole en toute occasion et qui arrive parfois à l'éloquence.
On rattache d'ordinaire l'idée d'éloquence à celle d'orateur. Cependant il n'existe pas entre elles une connexité nécessaire et constante. L'orateur vise à être éloquent, sansy réussir toujours. De même, on peut être éloquent sans être orateur. On a défini souvent l'éloquence le talent de persuader. Cette définition estincomplète:elle ne donne pas l'idée de cette flamme qui allume tout à coup les regards d'un homme, qui lui fait trouver des accents chaleureux et émus, et qui communique aune foule la passiou qu'il veut lui faire partager. L'éloquence est, pour ainsi dire, intermittente. Elle éclate à certains moments, et se soutient rarement dans toute la suite d'un discours. Elle existe parfois dans une phrase, dans un mot, dans un geste et peut se trouver même chez l'homme ignorant et grossier. Le vieux sauvage répondant aux Européens qui voulaient le chasser de son pays natal : « Dirai-je aux os de nos pères : levez-vous, et marchez devant nous vers une terre étrangère ! » prononce une phrase éloquente. De même le centurion Virginius brandissant le couteau avec lequel il a frappé sa fille Virginie, et menaçant le décemvir Appius, trouve des accents éloquents pour exciter le peuple à la révolte. L'indignation et la douleur paternelle animèrent ce jour-là sa parole. On l'eût étonné en le saluant du nom d'orateur.
L'orateur, au contraire, s'est formé peu à peu parle travail et l'habitude à l'usage de la parole. L'étude et la réflexion lui ont appris à trouver les meilleurs arguments pour porter la conviction dans les esprits, à les disposer de la manière la plus favorable, enfin à les présenter dans les termes les plus propres à persuader et à charmer ses auditeurs. S'il est réellement bien doué parla nature, il rencontrera au moment opportun l'inspiration qui doit rendre son langage vivant et animé, et l'enthousiasme qui conduit à l'éloquence.
De tout temps, il y a eu des hommes qui, sous l'empire d'une émotion puissante, ont prononcé un jour des mots ou même des discours éloquents. C'est ;iux époques seules de culture intellectuelle 4ue l'on voit des orateurs. L'examen rapide que nous allons faire des temps et des hommes remarquables par leur talent oratoire confirmera la justesse de cette observation.
Orateurs anciens. 1° Grecs. — Le peuple grec, si heureusement doué par la nature, a compté de tout temps des hommes diserts et habiles à parler. Dans l Iliade et Y Odyssée d'Homère, toutes les affaires se décident en conseil après délibération. Ulysse et Nestor y occupent la première place, et font prévaloir leur avis par la persuasion. Cependant les Grecs eux-mêmes ne leur donnaient pas le nom d'orateurs. Ils ont réservé cette désignation aux personnages d'une époque bien postérieure, (pii avaient perfectionné leurs dispositions naturelles par L'élude ci la connaissance des règles de l'art oratoire, qui n'ont pas été éloquents une fois
Beulement, mais qui, dan.s toutes les circonstances où ils ont eu à parler, l'ont fait avec méthode et avec habileté.
l'ériclès (né vers 494, mort en 129 avant notre ère, est le premier auquel les anciens s'accordèront à donner le titre d'orateur. Il a longtemps gouverné, par l'ascendant de sa parolo, la répu-
blique démocratique d'Athènes. On vantait entre autres discours son oraison funèbre des soldats morts pendant la première année de la guerre du Péloponèse.
Il serait trop long d'énumérer ici tous les orateurs qui ont brillé en Grèce au ve et au ive siècle avant notre ère ; nous nous bornerons à mentionner les noms des dix orateurs attiques que les grammairiens d'Alexandrie ont compris dans ce qu'ils appellent le Canon des orateurs classiques.
Antiphon de Rhamnonte en Attique (mort en 4 1 1 ) composa, le premier, des discours à prix d'argent pour les orateurs politiques et les plaideurs dans l'embarras. Il nous reste 15 discours de lui. — Andocide, né à Athènes en 4Gs, a laissé 4 discours consacrés à ses propres affaires. — Lysias, né à Athènes en 459, mort en 379, avait composé 233 harangues dont il nous reste seulement 34 consacrées à des causes judiciaires. — Isocrate ne prit jamais la parole en public. Ce fut le maître d'éloquence le plus renommé de toute la Grèce. Il écrivit des discours que d'autres devaient prononcer. Sur les 60 qu'on lui attribuait, 21 sont parvenus jusqu'à nous. Il était né en 4 10 et mourut en 338. — Isée, élève d'Isocrate et maître de Démosthène, a laissé 11 discours, qui sont tous relatifs à des affaires de succession. — Lycurgue, d'Athènes, né en 408, mort en 32C, fut, au contraire, un orateur politique. On a, avec quelques fragments, un admirable discours de lui, une accusation dirigée contre Léocrate. — Hypéride, d'Athènes, mort en 322, prit une grande part, aux côtés de Démosthène, à la direction des affaires politiques d'Athènes, mais ses discours ont péri; il ne nous reste que des fragments de l'oraison funèbre qu'il prononça en l'honneur des guerriers morts dans la guerre contre Antipater. — Dinarque, né à Corinthe vers 300, s'établit de bonne heure à Athènes, où il devint le chef du parti macédonien. Il nous reste de lui trois discours d'accusation, dont le plus remarquable est celui qu'il prononça devant le peuple contre Démosthène, son adversaire politique.
Les plus célèbres de ces dix orateurs attiques sont les deux rivaux d'éloquence, Eschine et Démosthène. Eschine naquit à Cothoce en Attique en 393, et mourut à Sanios en 314. Il n'avait écrit que les trois discours que nous avons. Les anciens les nommaient les trois Grâces. Bien qu'il soutienne contre Démosthène une cause funeste à sa patrie, celle du roi de Macédoine, on admire la grâce, l'abondance, le charme de sa parole. Toutefois il est inférieur à son rival, qu'on s'accorde à proclamer le premier des orateurs de l'antiquité.
Démosthène, né à Péanie en Attique en 385, mort en 322, est la personnification de l'éloquence grecque. Il prit part d'abord à des luttes judiciaires pour arracher les débris de sa fortune à des tuteurs infidèles. 11 écrivit ensuite des plaidoyers qui lui valurent beaucoup d'argent et commentèrent sa réputation. 11 aborda ensuite la tribune politique, après s'être préparé par de longs exercices. Il ne réussit pas d'abord, mais à force de persévérance, il parvint à vaincre sa timidité, et une sorte de bégaiement qui gênait sa parole. Il se fit le champion de la liberté de son pays, et essaya de lutter contre l'influence et les intrigues de Philippe, roi de Macédoine. Celui-ci, rendant justice à son adversaire, déclarait qu'il redoutait plus un discours de Démosthène que toutes les armées grecques réunies. 11 nous reste de lui 01 discours dent 30 sont consacrés à des causes judiciaires. Les 31 autres sont relatifs à des affaires publiques et ont été prononcés, soit devant l'assemblée du peuple, soit devant les tribunaux appelés à juger les causes politiques. Les plus célèbres sont les 11 harangues connues sous le nom do
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PhiUppiques et dirigées contre le roi de Macédoine. Mais le chef-d'œuvre de l'éloquence de Démosthène est le plaidoyer désigné sous le nom de Discours pour la couronne. Un ami de Démosthène, Ctésiphon, avait proposé de décerner à Démosthène une couronne d'or en récompense des services rendus par lui à Athènes. Eschine accusa Ctésiphon d'avoir proposé une mesure illégale, et attaqua la conduitepolitique de Démosthène. Celui-ci défendit Ctésiphon et justifia sa propre conduite par une longue harangue, que Cicéron traduisait pour se former à l'éloquence, et pour laquelle on a épuisé toutes les formules d'éloges et d'admiration. Eschine, vaincu dans ce débat, fut obligé de s'exiler d'Athènes.
Avec Démosthène périt la liberté de la Grèce. Il n'y eut plus après lui, sauf son contemporain Démétrius de Phalère, que des avocats aussi obscurs que les causes qu'ils plaidaient.
2° Latins. — A Rome, tant que dura laRépublique, la parole fut toute-puissante au Sénat et devant l'assemblée du peuple. Il y eut dès l'origine des iiommes éloquents. Nul doute que Brutus, le vengeur de la chaste Lucrèce, n'ait atteint la véritable éloquence en excitant les Romains à chasser les Tarquins de leur ville. Ménénius Agrippa, qui apaisa une sédition en racontant au peuple retiré sur le Mont Sacré l'ingénieux apologue des membres et de l'estomac, dut être aussi un harangueur habile. Toutefois la langue latine, longtemps rude et presque barbare, se prêtait difficilement à la grande éloquence. La tradition d'ailleurs interdisait l'emploi de l'art oratoire dans les discussions du Sénat ; d'un autre côté, les harangues agressives que les tribuns du peuple adressaient à la multitude ne visaient ni à l'élévation du sentiment ni à la beauté de la forme. Aussi Cicéron, qui s'est fait l'historien de l'éloquence romaine, ne compte de véritables orateurs qu'à une époque relativement récente.
Parmi eux, il place le premier Scipion Africain, le vainqueur d'Annibal(névers235,morten 184 av. J.-C.) qui, accusé de concussion par les tribuns, dédaigna de se défendre, et entraîna la foule derrière lui au Capitole pour rendre grâces aux dieux de la victoire de Zama. Caton l'Ancien ou le Censeur (234-149), outre les nombreux ouvrages qu'il avaitcomposés, avait laissé cent cinquante discours que Cicéron connaissait et dont il nous reste de nombreux fragments. Son éloquence était pleine de véhémence, de douceur, et mêlée de bonhomie. Cicéron ne craint pas de la comparer à celle de l'orateur attique Lysias.
Après Caton, le second Scipion Africain, qui détruisit Carthage et mourut en 129, se distingua par une éloquence simple et énergique. Les deux Gracques, Tibérius Gracchus (mort en 133) et son frère Caius Gracchus (mort en 121), furent des tribuns ardents et passionnés dont la parole généreuse excitait plus tard l'admiration de Cicéron. Mais ils ne nous sont connus que par des fragments insuffisants. Nous n'avons rien ou presque rien de l'orateur Marcus Antonius, né l'an 143, mort l'an 87, de Licinius Crassus (140-91). de Q. Hortensius, le rival de Cicéron (115-50 avant notre ère). Nous savons seulement par le témoignage de Cicéron lui-même qu'ils avaient un grand talent de parole, et qu'ils ont été les orateurs les plus éloquents de l'époque qui l'a précédé.
Cicéron, le plus grand orateur romain (né àArpinum, l'an 10G, mort en 43 av. J.-C), nous est connu comme écrivain par ses nombreux ouvrages de rhétorique, de philosophie, par sa correspondance volumineuse, et comme orateur par cinquante-six discours qui nous dévoilent sous toutes ses faces son admirable éloquence. Il se fit d'abord connaître au barreau, par ses plaidoyers, surtout par
ceux qu'il écrivit contre Verres, le magistrat prévaricateur de Sicile, et qu'on nomme les Ferrines. Consul, il démasqua et combattit la conspiration de Catilina par ses quatre Catilinaires. Enfin, après la mort de César, il prononça, comme sénateur, quatorze harangues principalement dirigées contre Antoine, et qu'on a appelées PhiUppiques par une allusion glorieuse aux discours composés par Démosthène contre le roi de Macédoine. Il n'est pas possible d'avoir plus d'art, d'abondance, d'esprit, de souplesse que n'en montre Cicéron dans ses œuvres oratoires. Aussi a-t-il exercé une grande influence sur la littérature romaine tout entière. Son nom est devenu, même pour les modernes, synonyme d'éloquence. On l'a souvent comparé et presque toujours préféré à Démosthène. Fénelon seul, au xvne siècle, mettait Démosthène au-dessus de lui. Les modernes, plus sensibles àla valeur des idées qu'au charme du style, semblent s'accorder à mettre en première ligne Démosthène « à qui on ne pourrait rien retrancher, » et à placer apivs lui Cicéron, « à qui on ne pourrait rien ajouter. » Aussi, contrairement à l'opinion ancienne qui admirait surtout les Verrines et les Catilinaires, plus abondantes et plus fleuries, on leur préfère aujourd'hui les PhiUppiques de Cicéron, moins ornées, où la préoccupation de l'homme politique lui fait oublier plus souvent les artifices et les règles de l'art oratoire.
Avec Cicéron finit l'éloquence politique à Rome, comme elle avait fini en Grèce avec Démosthène. Sous l'empire, il n'y eut plus que des avocats et des rhéteurs. On cite, au Ier siècle de notre ère, Quintilien, Pline le Jeune. Puis, bien que l'éloquence soit cultivée avec passion en Italie, en Espagne, en Gaule, on ne voit plus surgir de nom vraiment remarquable. De nombreux orateurs plaident des causes sans gloire, ou composent des panégyriques sans conviction, où la médiocrité des idées n'a d'égale que la faiblesse du style.
Eloquence sacrée. Eglise grecque. — Cependant, avec le christianisme, un nouveau genre d'éloquence, l'éloquence sacrée, s'était introduit dans le monde romain. On comprend sous ce nom les sermons prononcés par les prêtres et les évêques, les homélies, sermon d'un genre plus familier et plus simple, les panégyriques des saints, et les oraisons funèbres des membres de l'Eglise. Les principaux orateurs de l'Eglise grecque sont saint Athanase, évêque d'Alexandrie (296-373) ; saint Grégoire de Nazianze (328-3S9), archevêque de Constantinople, dont il nous reste, entre autres œuvres, cinquante sermons; saint Grégoire de Nysse.né à Sébaste vers 330, mort vers 400, auteur de nombreux sermons ; saint Basile, frère du précédent, né vers 329 à Césarée en Cappadoce, mort en 379, qui a laissé des sermons remarquables par l'élévation du style et la largeur des idées; saintJean Chrysostome, ou abouche d'or», dont le nom seul suffit à caractériser l'éloquence. Il naquit à Antioche vers 344, fut patriarche de Constantinople, et mourut en exil en 407. Il a laissé un grand nombre d'homélies, de discours et de panégyriques qui étincellent de beautés, malgré l'époque de décadence littéraire à laquelle ils appartiennent.
Eglise latine. — L'Eglise latine compte un moins grand nombre d'orateurs sacrés que l'Eglise grecque. En effet, la barbarie corrompit plus vite la langue latine. En outre, les prêtres ont affaire à des auditeurs plus grossiers, plus ignorants, qui comprennent à peine la langue qu'on leur parle et les enseignements religieux qu on leur donne. On cite cependant: saint Hilaire de Poitiers, né vers 300, mort vers 367 ; saint Jérôme caractérisait son éloquence impétueuse en appelant Hilaire le Moïse de l éloquence latine ; saint Ambroise, évêque de Milan (3i0-397), auteur de sermons et de
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traités qui font autorité dans l'Eglise ; saint Jérôme, né vers l'an 340 à Stiïdon dans la Dalmatie, mort, en 420, connu surtout par la traduction latine qu'il fit de la Bible et qu'on nomme la Vulgate; saint Paulin, évêque de Noie, né à Bordeaux en 353, mort en 431, sermonnaire et poète très remarquable ; enfin saint Augustin, le plus éminent des pères de l'Eglise latine, né en 354 à Tagaste en Numidie, mort évêque d'Hippone en 430 ; ses Confessions si célèbres, de même que ses nombreux écrits théologiques, ne doivent pas faire oublier qu'il a été l'orateur le plus éloquent de son temps; toutefois son style, par l'affectation et les ornements de mauvais goût, trahit une époque de décadence et de barbarie.
Orateurs modernes. — Nous n'avons pas eu lieu de partager en classes distinctes les orateurs anciens. Le même homme d'ordinaire brillait h la fois au barreau et à la tribune politique. Il n'en est pas toujours ainsi chez les modernes. Tel avocat illustre n'a jamais abordé la politique. Tel orateur éminent de la Chambre des députés n'a jamais plaidé de cause au Palais de justice. Nous partagerons donc ici les orateurs en trois grandes classes : 1° les orateurs sacrés, 2° les orateurs judiciaires, 3° les orateurs politiques. Nous dirons ensuite quelques mots de l'éloquence académique et de l'éloquence militaire.
1° Orateurs sacrés. — L'éloquence n'a pas manqué aux orateurs sacrés du moyen âge, malgré la barbarie et l'ignorance des temps où ils vivaient : il suffit de citer, avec Pierre l'Ermite, qui prêche la première croisade en 1095, saint Bernard, né à Fontaine en 1091, mort en 1153; saint Thomas Becket de Cantorbéry, 1119-1170 ; saint Thomas d'Aquin, 1227-1274; Gerson, né près de Rethel, en 1363, mort en 1429, àquion attribue Vlmitaiion de Jésus-Christ. Les temps orageux de la Ligue, au XVIe siècle, ont vu de nombreux orateurs, mais qui avaient plus de passion que de charité chrétienne et d'éloquence.
Le premier grand orateur digne de ce nom est saint François de Sales, né en 1567 en Savoie, mort en 1622. L'an 1602 il prêcha le Carême dans la chapelle du Louvre avec tant de succès qu'Henri IV voulut le retenir et le fixer en France. On vante encore Jean de Lingendes (1595-1666), aumônier de Louis XIII et auteur de sermons et d'oraisons funèbres estimés.
Mais tous les noms des orateurs sacrés pâlissent devant les grands hommes qui illustrèrent le xviie siècle, si fécond en génies de toute sorte.
Bourdaloue, né à Bourges (1622-1704), commença à prêcher à Paris en li;69. Il y obtint un succès si éclatant qu'il fut chargé dix ans de suite de prêcher l'Avent ou le Carême devant Louis XIV et toute la cour. On goûtait surtout les portraits et les peintures morales qu'il traçait dans ses sermons ; il en reste un grand nombre.
Bossuet, né à Dijon (1627-1704), fut surtout célèbre au xvii5 siècle par les oraisons funèbres qu'il a prononcées. Les trois plus remarquables sont celles de la reine d'Angleterre, de la duchesse d'Orléans, et du prince de Condé. On appréciait moins ses sermons qui, du reste, n'étaient pas imprimés. Aujourd'hui qu'ils ont été publiés, on les trouve aussi remarquables quo ses oraisons funèbres, et on met Bossuet comme sermonnaire au-dessus même de Bourdaloue.
Fléchier, évêque do Mines, né près d'Avignon en 1632, mort en 1710, se fit connaître par des sermons qui eurent beaucoup de succès, avant de composer des oraisons funèbres. La plus belle de ses oraisons, celle de Turenne, atteint souvint l'éloquence, bien qu'on reproche à l'auteur un style trop fleuri, et un abus des antithèses qui finit par fatiguer. Il a écrit aussi des panégyriques des saints, qui ne sont pas exempts des mêmes défauts.
Mascaron, évêque de Tulle, né en 1C3 4 h Marseille, mort en 1703, prêcha devant LouisXIV l'Avent de 1666 et le Carême de 1669. Il était très goûté du roi malgré la hardiesse de sa parole. 11 a composé plusieurs oraisons funèbres, entre autres celle d'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, où il eut à lutter contre le souvenir de celle de Bossuet, et l'oraison funèbre de Turenne, où il égala, s'il ne dépassa pas l'oraison de Fléchier. Son style est véhément et plein d'images, mais il n'évite pas toujours la subtilité et l'enflure.
Fénelon, archevêque de Cambrai, né au château de Fénelon dans le Quercy en 1651, mort en 1715, a composé beaucoup d'ouvrages pour l'éducation du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, entre autres le Télémaque. Il se livra toute sa vie à la prédication et y obtint par l'onction et la douce chaleur de sa parole les plus grands succès. Toutefois il écrivait rarement ses discours, et ceux qui nous restent nous donnent une faible idée de son éloquence abondante, familière et persuasive.
Massillon, évêque de Clermont, né à Hyères en 1663, mort en 1762, écrivait, au contraire, ses sermons avant de les prononcer. Il en a laissé plus de cent. Les plus célèbres sont ceux du Petit Carême, ainsi appelés parce qu'ils furent prêches pendant le Carême de 1717 devant le jeune roi Louis XV ; le sermon sur l'aumône et celui sur le petit nombre des élus sont les plus remarquables par leur éloquence. Il prononça aussi l'oraison funèbre de Louis XIV, qui offre de très grandes beautés.
Après lui, l'éloquence sacrée n'offre plus au xvme siècle que des noms secondaires, malgré la réputation du sermon sur l'Eternité, prononcé à Saint-Sulpice par le père Bridaine (1711-1767), et les 256 missions que cet infatigable prédicateur prêcha dans toute la France. Le cardinal Maury, né près d'Avignon en 1746, mort en 1817, a composé un Essai sur Péloquence de la chaire, des panégyriques et des sermons écrits dans une langue correcte et facile, mais d'une éloquence moyenne.
Le xixe siècle a compté beaucoup de prédicateurs élégants et estimables. Deux seulement ont montré un véritable talent, le père Ravignan, né à Bayonne en 1793, mort en 1858, et le père Lacordaire, né dans la Côte-d'Or en 1802, mort en
Les prédicateurs protestants les plus célèbres sont, en Allemagne, Luther, né en 1483, mort en 1546 ; Mélanchthon, son disciple, né en 1497 dans le Bas-Palatinat, mort en 1560. Calvin, né à Noyon en Picardie en 1509, mort à Genève en i564,a composé beaucoup d'écrits, et prononcé des sermons remarquables. En Angleterre, Sterne, né en 1713, mort en 1768, s'était fait connaître par des sermons avant d'écrire le Voyage sentin, entai ; on vante beaucoup aussi les sermons de Hugues Blair, né en 1718 à Edimbourg, mort en 1800; ils ont été traduits en français.
2° Orateurs judiciaires. — L'éloquence judiciaire ne remonte pas en France au delà du règne de Louis XIV. Avant le progrès du goût amené par les chefs-d'œuvre de la littérature du xvne siècle, les avocats parlaient une langue barbare, hérissée de termes de droit et de citations latines. Ceux qui eurent le plus de renommée sous Louis XIV se ressentent encore des défauts de leurs prédécesseurs, et ont une éloquence lourde et souvent pédantesque. Tels sont Olivier Patru, né à Paris en 1604, mort en 1681; Lemaistre, né à Paris en 1608, mort en 1658 ; Orner Talon, né à Saint-Quentin en 159.'), mort en 1652; l'avocat général Denis Talon, né en 1628, mort en 1698.
L'avocat Cochin, né à Paris en 1687, mort en 17 17, ouvre brillamment le xvinc siècle, et mar-
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que un progrès réel sur ses devanciers. Il brillait surtout dans l'improvisation ; aussi les plaidoyers qui nous restent de lui paraissent-ils inférieurs à sa réputation. Gerbier, né à Rennes en 1725, mort en 1788, surnommé l'aigle du barreau, a peu écrit. Ceux qui l'ont entendu ont fait le plus grand éloge de ses discours.
La Chalotais, procureur-général au parlement de Bretagne, né à Rennes en 1701, mort en 1785, se fit connaître par ses écrits contre les jésuites, et par les mémoires justificatifs qu'il écrivit pendant sa longue détention au cbàteau de Saint- Malo. Ces mémoires ont de l'éloquence et offrent un vif intérêt.
On cite encore avec éloges Servan, né à Romans en 1737, mort en 1807 : son discours sur la justice criminelle excita en 1766 le plus grand enthousiasme. Le président Dupaty, né à la Rochelle en 1744, mort en 1788, est moins connu par ses discours, qui sont excellents, que par ses Lettres sur l'Italie, ouvrage superficiel et ampoulé. Lally-Tollendal, né à Paris en 1751, mort en 1830, est célèbre par les mémoires qu'il écrivit pour obtenir la réhabilitation de son père, mort sur l'échafaud en 1766, et par le plaidoyer qu'il composa pour Louis XVI; Malesherbes, né à Paris en 1721, mort en 1794, s'illustra surtout par le touchant plaidoyer qu'il prononça à 72 ans pour Louis XVI dont il avait été ministre.
Portalis, né en Provence en 1745, mort en 1807, est moins connu par les éloquents discours qu'il prononça contre Beaumarchais et Mirabeau, que par la part importante qu'il prit à la rédaction du Code civil. Il eut pour principal collaborateur Tronchet, né à Paris en 1726, mort en 1806, qui fut aussi un orateur distingué.
Dans le xixe siècle, les plus célèbres orateurs judiciaires sont Lacuée, né à Bordeaux en 1767, mort en 1825 ; Berryer, né à Paris en 1790, mort en 1868, le défenseur du maréchal Ney, l'orateur du parti légitimiste, et aussi célèbre par ses discours politiques que par ses plaidoyers; Dupin aîné, né à Varzy en 1783, mort en 1865, célèbre comme jurisconsulte et comme personnage politique; Chaix d'Est-Ange, né à Reims en 1800, avocat habile, fécond en ressources, mais qui n'obtint pas, comme orateur politique, les succès qu'il avait mérités comme avocat.
Le barreau compte de nos jours un grand nombre d'avocats éminents, mais leurs noms n'appartiennent pas encore à l'histoire.
Les avocats les plus distingués de l'Angleterre contemporaine furent O'Connell, le célèbre agitateur irlandais, né en 1775, mort en 1847, qui débuta d'abord au barreau et y eut les plus grands succès avant de se lancer dans la politique ; et Lord Brougliam, né en 1778 àEdinbourg, mort à Cannes en Jb'68. Ses succès au barreau le firent nommer de bonne heure membre du Parlement. La cause la plus célèbre qu'il ait plaidée est celle de la reine Caroline, accusée d'adultère par le roi d'Angleterre Georges IV.
3° Orateurs politiques. — Malgrél'éloquence dont Robert Miron, prévôt des marchands de Paris (mort en 1641 J , fit preuve aux Etats généraux de 1614, malgré quelques orateurs dont la parole retentit avec éclat dans des circonstances semblables, l'éloquence politique ne date réellement en France que de la révolution de 1789. Fénelon en indiquait la raison dès 1715. « Chez nous, toutes les affaires publiques, dit-il, se décident en secret dans le cabinet des princes ou dans quelque négociation particulière : aussi notre nation n'est point excitée à faire les mêmes efforts que les Grecs pour dominer par la parole. L'usage public de l'éloquence est maintenant presque borné aux prédicateurs et aux avocats ».
Le premier et l'un des plus grands de nos ora-
teurs politiques est le fameux Mirabeau (Gabriel Honoré de Riquetti, comte de), né au Bignon près de Nemours en 1749, mort en 1791. Tout le monde connaît les paroles éloquentes qu'il répondit à M. de Dreux-Brezé : « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes «.Cependant ses plus beaux discours, même celui contre la banqueroute, perdent à la lecture. Ils devaient, en effet, une grande partie de leur valeur à la voix sonore de Mirabeau, à son geste véhément, à ses accents passionnés.
A côté de Mirabeau se placent son adversaire l'abbé Maury, que nous avons déjà nommé ; Barnave, né à Grenoble en 1761, mort en 1792, dont le plus éloquent discours est celui qu'il prononça devant le tribunal révolutionnaire; Cazalès, né dans la Haute-Garonne (1752-1805) ; Mounier, né à Grenoble, 1758-1806; Malouet, né à Riom en 1740, mort en 1814. Ensuite vinrent les orateurs connus sous le nom de Girondins : Vergniaud, le plus éloquent, né à Limoges en 1759, mort en 17s>3 : sa parole, moins ardente et moins passionnée que celle de Mirabeau, avait plus de finesse et de pénétration; Guadet, né à Saint-Emilion en 1758, mort en 1793; Gensonné, né à Bordeaux en 175S, mort en 1793; Brissot, né à Warville, près de Chartres en 1754, mort en 1793; Isnard, né à Grasse en 1751, mort en 1830; Louvet, né à Paris en 1764, mort en 1797.
Quelques-uns des adversaires des Girondins, Danton, né à Arcis-sur-Aube (1769-1794), Robespierre, né à Arras (1759-1794), et Saint-Just, ne à Decize (1768-1791), avaient aussi un grand talent de parole.
Sous l'Empire, il n'y eut plus de tribune politique. Avec la Restauration, l'éloquence reparut dans nos assemblées délibérantes. Les orateurs qui y montrèrent le plus de talent furent : le général Foy, né à Ham en 1775, mort en 1825, qui déploya à la tribune une éloquence remarquable, et la mit au service de la liberté et des principes constitutionnels; de Martignac, né à Bordeaux en 1776, mort en 1832, qui aurait sauvé la Restauration sans le ministère Polignac ; Benjamin Constant, né à Lausanne en 1767, mort en 1830, chef de l'opposition au gouvernement de Charles X; Royer-Collard, né à Sompuis, dans la Marne, en 1763, mort en 1845, qui prononça des discours admirables, notamment contre la loi d'aînesse et la loi du sacrilège, et obtint une telle popularité qu'en 1827 sept collèges électoraux l'envoyèrent spontanément à la Chambre des députés.
Le gouvernement de Louis-Philippe a compté aussi un grand nombre d'orateurs éminents qui ont illustré la tribune française. Il suffira de citer: Casimir Périer, né à Grenoble en 177 7, mort en 1832, qui montra autant de talent comme orateur que de décision et de fermeté comme ministre ; Guizot, né à Nîmes en 1787, mort en 1874, dont la parole élevée et hautaine sut maintenir une majorité trop docile, pendant son long ministère de 1840 à 1848; Berryer, déjà nommé parmi les orateurs judiciaires; enfin Lamartine, né à Mâcon en 1790, mort en 1869. La révolution de 1830 avait décidé le poète à entrer dans la politique. Son rôle devint des plus actifs vers la fin du règne de Louis-Philippe. Membre de l'opposition, il contribua à amener la révolution de 1848 et fut nommé au 2i février membre du gouvernement provisoire. Ses plus beaux discours politiques datent de cette époque.
Ledru-Rollin, né à Paris en 1807, se fit connaître d'abord sous le règne de Louis-Philippe par l'opposition ardente qu'il fit à son gouvernement. Organe du parti républicain, il enflammait par sa parole les passions populaires. Il contribua
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