PHANÉROGAMES
PÉTROLE. — Chimie, IV. — Littéralement, huile de pierre. Le pétrole est une substance liquide, de la famille des bitumes, d'une consistance plus ou moins épaisse ; sa couleur varie selon son degré de pureté ; le pétrole brut, c'està-dire tel qu'il sort de la terre, est d'une couleur brune rougeâtre. Rectifié par la distillation, il est incolore et parfaitement liquide; on l'appeile alors quelquefois naph e ou huile de naphte. ou encore essence minérale, essence de pétrole. Comme l'asphalte, le malthe, et tous les bitumes, le pétrole est un mélange naturel, plus ou moins intime, et en proportions variables, d'hydrocarbures qui diffèrent surtout entre eux par ieur point de fusion ou par leur point d'ébullition.
Le pétrole possède une odeur empyreumatique caractéristique qui est fortement développée dans l'essence de pétrole.
Il est très combustible ; son inflammabilité dépend de sa volatilité. Le pétrole brut ne s'enflamme que très difficilement au contact d'une allumette lorsqu'il est à une température inférieure à 35° centigrades ; l'essence de pétrole, au contraire, peut prendre feu à l'approche d'une allumette à la température ordinaire. Cette propriété la rend dangereuse, aujourd'hui qu'on en fait un si grand usage pour l'éclairage.
Distillé jusqu'à épuisement, le pétrole laisse un résidu charbonneux tout semblable au coke. Le poids spécifique du péirole varie un peu avec son origine et son degré de pureté, mais il est toujours inférieur à 1. Celui de l'essence est à peu près 0.83. Un litre d'essence pèse donc environ 830 grammes.
Origine du pétrole. — La plus grande partie de l'énorme quantité de pétrole consommée actuellement en Europe provient de sources naturelles extrêmement abondantes qu'on a trouvées depuis trente ans dans l'Amérique du nord, principalement en Pensylvanie et dans le Devonshire. On connaît aussi des sources de pétrole en France, en Italie, en Russie. A la Condemine, et à la Sarcelière dans le département de l'Allier, on obtient le pétrole par la distillation de schistes bitumineux plus ou moins compactes. Avant la découverte des nombreuses sources de l'Amérique du nord, le pétrole provenait presque exclusivement des bords de la mer Caspienne, des environs de Bakou principalement. L'origine du pétrole est fort probablement la même que celle de tous les bitumes naturels. Comme ces diverses substances ressemblent beaucoup, par leur composition, aussi bien que par leurs propriétés, aux produits bitumineux extraits de la houille par distillation, on a été porté à croire que le pétrole et les bitumes provenaient d'une distillation naturelle, accomplie dans le sein de la terre, des dépôts houillers, ou des masses végétales qui en se transformant ont formé ces dépôts. De fortes objections se présentent contre cette manière de voir ; la principale, c'est qu'on rencontre ces substances dans les terrains dont la formation est antérieure à celle du terrain houiller; on les rencontre jusque dans les roches ignées. De plus on constate leur présence dans le voisinage des salses, des sources thermales, des volcans, des fontaines ardentes produites par des combustions de gris»u sortant de terre et enflammé accidentellement. En résumé. on peut dire que la manière dont s'est produit le pétrole est encore à l'état de problème; nous ajouterons seulement que l'illustre géologue Ornalius d'Hall y ramène son origine à la cause des phénomènes ignés.
Usages du pétrole. — De temps immémorial, le peup e, en Perse, se chauffe et s'éclaire avec le pétrole qui abonde, comme nous l'avons dit plus haut, sur les bords de la Caspienne. Dans tout l'Orient on l'emploie aussi depuis fort longtemps
comme spécifique contre les rhumatismes ; on l'appelle alors Moum. Le moum est aussi employé comme vermifuge, puis extérieurement il sert au pansage des blessures graves. La substance médicinale, encore si employée aujourd'hui dans le midi de la France, sous le nom d'huile d? Gabiaji, n'est autre chose que du pétrole provenant des mines du village de Gabian (Hérault). Depuis longtemps le pétrole est aussi employé à la confection de certains vernis. On peut dire, malgré tous ces usages déjà anciens, que la consommation du pétrole a été plus que centuplée, depuis un quart de siècle, grâce à la découverte des nombreuses mines américaines, qui en fournissent une si grande quantité, que maigre cette consommation véritablement prodigieuse, le prix du pétrole reste extrêmement bas, dans tous les pays où il entre en franchise. 11 est surtout employé à l'éclairage; l'usage des bidons et des lampes fabriqués exprès pour son transport et sa consommation a diminué considérablement le nombre des accidents qu'on enregistrait chaque année depuis» que ses usages sont devenus si nombreux.
L'Angleterre, la Belgique et la Hollande en font une immense consommation. Dans certains ports comme Rotterdam on sent le pétrole partout. En Amérique, il sert aussi au chauffage des locomotives et des autres machines à vapeur. En France, des essais ont été faits depuis quelques années pour cet usage, mais jusqu'à présent le nombre des machines chauffées au pétrole est extrêmement restreint. On commence à fabriquer et à vendre des foyers de cuisine se chauffant au pétrole et ne donnant presque point d'odeur; néanmoins la plus grande partie du pétrole consommée en France sert à l'éclairage; une seule compagnie française éclaire au pétrole plus de 2u0 villes. On introduit en France, chaque année et venant principalement d'Amérique, par Bordeaux, le Havre, Dunkerque, près d'un million de fûts de 180 kilogrammes chacun de pétrole brut, sans compter 100 000 fûts d'essence de pétrole. Les droits d'entrée en France s'élèvent à 25 francs les 100 kilog., et le pétrole se vend en détail 0f,S0 le iitre. A Anvers, où il n'y a pas de droit d'entrée, il se vend 27 francs les loO kilog., et dans toute la Belgique il est à0f,30 le litre raffiné. (Jette diïérence énorme du prix de vente entre la Belgique et la France n'est peut-être point l'unique cause qui fait qu'on en consomme proportionnellement beaucoup plus dans le premier de ces pays que dans le second. En France le pétrole a, plus qu'ailleurs, conservé la réputation exagérée d'une fort dangereuse substance lorsqu'il doit être employé aux usages journaliers. | Alfred Jacquemart.]
PHANÉROGAMES. — Botanique, XIII. — Etym.:
de deux mots grecs, signifiant mariage apparent. — Ce mot a été formé par opposition au mot Cryptogames, à une époque où la reproduction des végétaux de l'embranchement des Cryptogames était encore fort mal connue.
On désigne sous le nom de Phanérogames tous les végétaux dont la reproduction est assurée par le concours d'étamines et de pistils.
Les caractères généraux des Phanérogames sont les suivants : 1° Tous les phanérogames ont une tige * caractérisée par des faisceaux qui ne présentent qu'un seul centre de développement ou de formation trachéenne ; la terminaison inférieure de cette tige a reçu le nom d'axe hypocotylé. Les faisceaux de la tige sont peu nombreux en générai dans les phanérogames dicotylédones ; ils sont au contraire très nombreux dans les phanérogames monocotylédonés ; 2° Tous les phanérogames présentent des feuilles * ou appendices symétriques par rapport à un plan qui passe toujours par l'axe de la 'tige. Ces feuilles ne reçoivent qu'un petit nombre de faisceaux dans les dicotylédones;.
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elles en reçoivent au contraire un nombre considérable chez les monocotylédones ; 3" Presque tous les phanérogames présentent des racines *. Le premier de ces organes qui apparaît sur l'embryon en voie de développement se place souvent à l'extrémité inférieure de Taxe hypocotylc, dont il semble alors être le prolongement (dicotylédones) ; 4" La dispersion des grains de pollen et leur distribution sur le stigmate se fait toujours dans l'air; l>° Tous les phanérogames produisent des graines *, c'est-à-dire des appareils chargés d'assurer la dispersion des jeunes plantes.
[C.-E. Bertrand.]
PIIKMCIF. — Histoire générale, IV. — D'après ia tradition grecque, le nom de Phénicie viendrait de pkoinix, palmier, et signifierait le pays des palmes; d'après les conjectures de plusieurs savants modernes, il dériverait d'un vieux nom national, l'œni, Puni, conservé plus tard par les Carthaginois, et dont la forme originale Poun, Pounit, se trouve sur les monuments égyptiens, appliquée à des pays de l'Arabie et de l'Afrique orientale.
Géographie. — La Phénicie proprement dite s'étendait le long de la côte syrienne, de la pointe du Carmel au sud jusqu'en face de l'île de Chypre, sur une hauteur de cinquante lieues environ. Plus tard on appliqua ce nom à toute la partie du littoral située entre Juppé et l'embouchure de 10ronte. La Phénicie n'est à proprement parler que la bande de terre resserrée entre le Liban et la mer, et dont la largeur moyenne varie entre huit et dix lieues. Elle est coupée de ravins et de vallées profondes qui servent de lits à des torrents dangereux au moment de la fonte des neiges, le Nahr-el-Kcbir, le Nahr-cl-Kelb (Lyltos), l'Adonis ; la partie sud du pays possède une véritable rivière, le Litany (Léontès), dont le cours inférieur seul et l'embouchure se trouvent sur territoire phénicien. Des forêts couvraient le flanc des montagnes, pins, cyprès, cèdres d'une espèce particulière : le fond des vallées et le penchant des coteaux portaient le palmier, l'olivier, le figuier, la vigne, le grenadier, plusieurs espèces de céréales. Si petit qu'il fût, le pays pouvait nourrir une population nombreuse. Les villes, presque toutes situées au bord de la mer, étaient, en partant du nord, Marath, Arad et Simyra, Gebel (By blos), Bérythe et Sidon, ta fleurie, Tyr et Ako (Saint-Jean d'Acre). Tyr et Arad étaient bâties sur des îlots fort étroits : Tyr avait en face d'elle sur le continent un faubourg qu'on appelait Paleeo-Tyr, Tyr la Vieille.
Histoire. — Les traditions nationales plaçaient l'origine des Phéniciens sur les bords de la mer Erythrée et dans les îles du golfe Persique : deux des Bahrein portaient encore à l'époque gréco-romaine le nom de Tyros et d'Arados. Ils en vinrent avec le reste des tribus chananéennes, probablement à la suite du grand mouvement de migration qui produisit l'invasion des pasteurs en Egypte (V. Egypte), peut-être vers le vingt-cinquième siècle avant notre ère. Tandis qu'une partie des tribus occupaient la vallée du Jourdain et celle de l'Oronte, la partie qui devint plus tard la nation phénicienne s'empara de la côte et y fonda ou v agrandit les villes que nous venons d'ënumérer. Resserrés entre le Liban et la mer, les Phéniciens se jetèrent bravement à la mer et devinrent bientôt lis marins les plus expérimentés de la première antiquité. Le Liban leur fournit des bois de cor struction en abondance: ils chargèrent sur leurs navires les produits de leur sol ci surtout les produits de l'industrie, des nations voisines, et allèrent les porter aux peuples encore à moitié barbares qui v vaient sur les côtes de la Méditerranée.
Gebel paraît avoir été colle de leurs villes qui
iveloppa le plus anciennement. Située presque
en face de l'île de Chypre, ses marins y passèrent
attirés par les richesses forestières et parles mines do cuivre : ils commencèrent à y fonder <!"S comptoirs et inaugurèrent le régime de colonisation qui réussit plus tard aux autres villes du pays. Mais Gebel fut bientôt effacée par Sidon, a le premier-né de Canaan. » Sidon ne songea jamais à devenir puissance continentale. Elle se contenta d'exercer une sorte d'hégémonie sur le reste de la nation, sauf Arad et Simyra, et n'essaya même pas de résister aux Egyptiens quand ceux-ci conquirent la Syrie. Elle pensa qu'il valait mieux faire le commerce avec elle que de se ruiner à soutenir contre elle une lutte par trop inégale. Depuis Thoutmês Ier jusqu'à la fin de la xxc dynastie (V. Egypte), pendant six siècles, Sidon resta soumise aux Pharaons et profita de la sécurité que leur assurait leur protection sur terre pour reporter sur mer tout ce qu'elle avait de forces. Elle explora et colonisa toute la partie orientale de la Méditerranée. Chypre fut occupée tout entière, puis la Crète, puis Bhodes et les Cyclades. Tout au long des côtes de l'Asie Mineure, en Cilicie, en Pamphylie, en Lycie, des centaines de comptoirs dont beaucoup devinrent des villes importantes, des pêcheries, des exploitations de mines s'élevèrent : les flottes des Sidoniens, franchissant les détroits de l'Hellespont et du Bosphore, s'engagèrent dans l'orageuse mer Noire et atteignirent la Colchide, même l'embouchure des grands fleuves de la Russie actuelle. D'autre part, la Grèce n'échappa point à leur influence, et tandis que le Péloponèse les voyait s'établir à Cythère, à Corinthe, sur les côtes de ce qui fut plus tard la Laconie, l'Elide et l'Achaïe, une véritable colonie pénétrait dans le bassin du Céphise avec Cadmos et y fondait Thèbes. En même temps, la côte africaine recevait la visite de leurs vaisseaux; Leptis, Thapsus, Utique, devenaient le centre d'un véritable empire dont la population mêlée d'indigènes et de Chananéens porta chez les auteurs classiques le nom de Libyphéniciens. On croit qu'ils pénétrèrent plus loin, que la Sicile et l'Italie méridionale subirent leur influence : mais le souvenir de leurs expéditions s'effaça de bonne heure dans ces régions devant la suprématie de Tyr.
Tyr avait été d'abord la vassale de Sidon, et peut-être n'aurait-elle jamais réussi à se rendre indépendante, si les Sidoniens n'avaient pas été épuisés par ia grandeur même de leur colonisation. Un peuple, d'abord soumis à l'Egypte, celui des Philistins, profita de la faiblesse des grandsprêtres d'Ammon (V. Egypte) pour se livrer à la piraterie, et se mit en rivalité avec les Sidoniens: une de ses flottes battit la flotte phénicienne et s'empara de Sidon vers 1200. Tyr succéda presque aussitôt à Sidon dans le rôle de métropole. Le développement des tribus helléniques la força à renoncer en partie aux conquêtes que Sidon avait faites de ce côté : elle ne conserva guère dans la mer Egée que Thasos, Rhodes et Mélos. Elle reporta toute son énergie sur les pays occidentaux encore mal connus : la Sicile et Malte, la Sardaigne, la côte septentrionale de l'Afrique, les Baléares, la côte orientale de l'Espagne furent explorées et colonisées tour à tour ; enfin le détroit fut franchi et les flottes tyriennes débouchèrent dans l'Océan Atlantique. Elles trouvèrent là, entre le Xucaretle Guadiana, un pays d'une richesse et d'une fertilité merveilleuses, dont les mines d'or, d'argent et do plomb attirèrent bientôt une population nombreuse. Malacca Malaga),Tartessos, Gadès (Cadix) devinrent le centre de la domination tyrienne aux régions de Tarshish et servirent de point de départ à de nouvelles explorations. On ne sait jusqu'où 'es Phéniciens s'avancèrent le long des côtes d'Afrique ; mais au Nord, ils allèrent. ■ cher l'étain jusque sur les côtes de la C.ornouaii'e, aux îles Cas^térides (Sc'tlly). Quand on songe que
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tous ces voyages ont été entrepris et exécutés sans boussole par des navires dont les plus considérables avaient a peine la force de nos gros bateaux de pêche, on ne peut s*empêcher d'admirer l'énergie et l'habileté des pilotes tyriens : les grands peuples maritimes des temps modernes n'ont rien fait de plus audacieux et do plus grand.
Tyr, arrivée à l'apogée de la puissance, se donna des rois, dont le premier fut Abibal, contemporain, de David. Hiram I r, qui succéda à Abibal, fut l'ami constant de Salomon [D8f)-947) : il agrandit Tyr, fournit au souverain israclite des architectes et des sculpteurs qui bâtirent et ornèrent le temple de Jérusalem. En échange de ces services, il obtint la permission d'équiper à Esiongéber. sur la mer Rouge, une flotte qui alla au pays d'Ophir 'probablement l'Afrique tropicale) chercher l'or, l'ivoire et l'ébène. La bonne harmonie continua de régner entre les successeurs d Hiram et ceux de Salomon, même après que le schisme des dix tribus eut amené la ruine de la puissance israélite. Ithobaal (807-866) maria sa fille Izebel au roi d'Israël Akab, et la fille d'Izebel. Athaliah, fut plus tard reine de Juda (V. Juifs); on put croire un moment que le culte de Jéhovah serait remplacé chez les Hébreux par celui du Baal et de l'Astarté phénicienne. Mais des luttes sanglantes entre les nobles et le peuple affaiblirent Tyr au dedans et au dehors. Sous le règne de Pygmalion, Carthage fut fondée par un personnage mystérieux auquel la tradition a donné un nom de déesse, et bientôt la Ville-Nourelle (Kart-Hadshat, dont les Romains ont fait Carthage) enleva à sa métropole la possession de l'Afrique, de l'Espagne, de la Sicile (entre 850 et 820). Vers le même temps, les Assyriens commençaient à paraître en Syrie. Assour-nazir-habal (8S5-8G0) imposa le tribut à Tyr, à Sidon, à Gebel, à Arad. Tyr et Sidon résistèrent à ses successeurs, souvent avec bonheur. Tyr fut assiégée dix ans sans succès par Salmanasar V et par Sargon II (V. Assyrie), et ne fut réduite qu'en 700 par Sinakhéirib. Mais ces luttes, pour glorieuses qu'elles furent, achevèrent de ruiner l'empire colonial fies Phéniciens : Rhodes, Thasos furent conquises, et Chypre à moitié colonisée par les Grecs.
Désormais la Phénicie se borna à faire le commerce de commission, ou, comme on a dit, \eroulage des mers, pour le compte des différents peuples qui se partagèrent l'Orient. Alliée de l'Egypte, elle repoussa Xabou-Koudour-Oussour (V. Chaldée) vers 574, et fournit au Pharaon Néko la flotte qui fit le tour de l'Afrique pour le compte de ce prince. Conquise par Apriès, elle passa sous la domination d'Amasis, puis sous celle de Kyros,et fut à partir de ce moment une province de l'empire perse. Elle fournit à Darios etàXerxès la plus grande partie des flottes qui soutinrent contre les Grecs les batailles des guerres médiques. Elle faisait alors partie de la satrapie d'Arabie, mais ses villes avaient chacune leur roi indépendant: c'est ainsi que nous connaissons à Sidon Eshmounasar, dont le sarcophage est au musée du Louvre, et à Gebel Schavmelek. Une seule tentative de révolte contre Artaxerxès Ochos aboutit à la destruction de Sidon. Tyr, demeurée fidèle au grand roi, arrêta pendant sept mois Alexandre : il fallut, pour la prendre, joindre au continent, par une digue, l'îlot qui la portait (332 . Désormais enclavée dans l'empire macédonien, la Phénicie, après avoir été disputée pendant deux cents ans entre les Ptolémées d'Egypte et les Séleucides de Syrie, tomba définitivement, à la mort de Cléopâtre(29j, aux mains des Romains.
Religion. — La religion phénicienne était apparentée de très près aux cultes babyloniens et assyriens (V. Assyrie et Chaldée) ; mais pendant la durée de la domination pharaonique
elle paraît s'être imprégnée fortement de mythes égyptiens. Le dieu suprême, le dieu-soleil qui conserve et détruit tout a la fois, prenait comme à Babylone le nom de maître, Baal iBélos des Grecs) : ses formes locales joignaient à ce titre tantôt !e nom de la ville où elles étaient adorées, Bual-Tsour à Tyr (Tsour), Bial-Sid,m à Sidon. tantôt des épithètes, Meikarth (le roi de la ville, à Tyr), Adonis, etc. Meikarth, introduit en Grèce comme Mélicerte, fut de plus identifié avec l'Hercule hellénique, et devint comme une personnification de la colonisation tyrienne: son culte se retrouve sur tous les points de la Méditerranée où les Tyriens s'établirent. Les déesses qui ac ompagnaient ces dieux n'en étaient le plus souvent que la contre-partie féminine, et n'avaient pas toujours une forte personnalité : c'étaient Baalit (Eeltis) à Gebel, et surtout Astarté à Sidon. Le culte de ces divinités, que l'on désignait d'une manière générale sous le nom de Baalim, les maîtres, était parfois voluptueux et sanguinaire : certaines d'entre elles exigeaient le sacrifice humain par le feu, et demandaient dans des circonstances solennelles l'offrande des premiers-nés; la loi religieuse des Phéniciens se trouvait consignée dans des livres dont une rédaction, attribuée à un certain Sanchoniathon, nous est connue par quelques fragments en langue grecque. Les Phéniciens pensaient qu'il y avait eu au commencement un air trouble et venteux, un souffle (rouûh) et un chaos confus et sombre : le souffle devint amoureux de ses propres éléments, les mêla par le désir, et de ce mélange naquit la boue {môth) ; de cette boue sortit la semence et la génération de toutes choses.
Industrie, commerce, littérature. — Les peuples de l'antiquité classique attribuent la plupart des grandes inventions aux Phéniciens : c'est une exagération qui s'explique aisément, si l'on songe que les Grecs, ayant connu ces inventions par les Phéniciens, furent tout naturellement portés à leur en donner le mérite. En fait, les Phéniciens, placés entre les grandes nations civilisées du vieux monde, l'Egypte et la Chaldée, no firent guère que répandre et perfectionner ce qu'elles avaient trouvé. Ils empruntèrent l'art de fabriquer le verre à l'Egypte, dérivèrent leur alphabet des hiéroglyphes égyptiens, et apportèrent probablement avec eux du voisinage de la Chaldée la science astronomique et mathématique, qui fit d'eux les premiers marins de l'antiquité. Tout ce que nous connaissons de leur architecture et de leur industrie porte le sceau de l'imitation : leurs tombeaux, les débris de leurs temples, la figure de leurs divinités est surtout égyptienne, avec un mélange d'assyrien ou de perse selon les époques. C'est justement ce manque d'originalité qui explique la grandeur du rôle qu'ils ont joué dans le développement de la civilisation antique. Ils ont servi de lien entre le monde oriental déjà en décadence et le monde occidental encore barbare, et ont transporté pêle-mêle et sans choix tout ce qui pouvait développer chez les peuples méditerranéens le sentiment des arts et le goût des sciences. Par l'échange, ils leur donnèrent les modèles égyptiens et chaldéens, auxquels les Grecs et les Italiens empruntèrent certaines formes de leur architecture, de leur céramique, de leur orfèvrerie. Les comptoirs furent non seulement des marchés où l'on faisait le commerce, mais des écoles où les tribus barbares du voisinage apprirent peu à peu la navigation, l'industrie, et connurent certaines idées religieuses, qui influèrent sur la direction de leur développement moral ou philosophique. Les Grecs reçurent leur écriture de la Phénicie, et par les Grecs le monde entier.
Les principales industries purement phéniciennes étaient la fabrication de la pourpre, la construction des navires et l'exploitation des mines, La
PHÉNOMÈNES OPTIQUES