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approvisionnements. L'hectare de terre, bien exploité en culture maraîchère, peut donner, dans une année, 4 000 à 5 000 francs de produits; aucune autre culture, sauf la vigne, ne peut atteindre ce résultat.
D'un autre côté, la consommation est devenue partout plus difficile à satisfaire ; son goût est plus délicat, il lui faut des produits plus fins. Le succès sera, dans l'avenir, pour ceux qui sauront répondre à ces besoins. Ces quelques considérations suffisent pour montrer le rôle que la production des légumes peut jouer dans beaucoup d'exploitations agricoles.
Production des fleurs. — Les fleurs sont le plus bel ornement des modestes habitations de la campagne. Leur variété est infinie : quelques-unes demandent des soins assidus, d'autres sont moins exigeantes. C'est à chacun de choisir, parmi les innombrables cultures florales, celles qui conviennent le mieux à ses goûts et qui orneront le mieux son jardin, suivant les dimensions de celuici et suivant les saisons.
Les plantes d'ornement sont des arbustes, ou des plantes vivaces qui chaque année poussent des tiges, ou enfin des plantes annuelles.
Les arbustes d'ornement demandent, pour la conduite et pour la taille, des soins analogues à ceux que réclament les arbres fruitiers. Ils se multiplient soit par greffe, soit par bouture, soit par drageon ou rejet qui s'enracine naturellement en poussant à une certaine distance de la souche, et qu'on peut séparer de celle-ci pour faire un sujet spécial.
Les plantes vivaces sont celles dont le pied ou la racine vit pendant un certain temps, en développant chaque année des tiges annuelles. Elles se multiplient par éclat, en détachant de petites portions de la souche, ou bien quelquefois par bouture, ou enfin par semis.
Quant aux plantes annuelles ou bisannuelles, elles ne peuvent être propagées que par graines. Les semis se font, soit sur place, soit en pépinière. Pour ces plantes, aussi bien que pour les autres, les conditions suivantes sont nécessaires à la réussite du semis : les graines doivent être de bonne qualité ; le sol doit être convenablement préparé, et les semailles doivent être faites par un temps propice, à une époque convenable. Les fleurs les plus rustiques peuvent être semées dans le courant d'avril ; quant à celles qui sont plus délicates, elles le seront à la fin de ce mois ou dans le courant du mois de mai.
L'arrosage doit être une des préoccupations pour la culture des fleurs. Celles-ci ont besoin d'eau pour se développer régulièrement. Plus les plants sont petits, d'une manière générale, et plus ils ont besoin d'être arrosés souvent.
Quelques fleurs exigent, pour bien venir, le terreau dont la formation a été indiquée plus haut; d'autres demandent une terre spéciale, appeléo terre de bruyère. C'est une terre noire, légère, que l'on recueille dans quelques parties de bois, où elle est formée par l'agglomération des débris végétaux. Elle tire son nom de ce fait que la bruyère y vient d'une manière spéciale-
L'exposition du levant est la plus favorable pour la culture de la plupart des plantes florales ou potagères ; mais celles qui demandent beaucoup de chaleur se trouvent mieux de l'exposition du midi.
Rappelons, en terminant, les services que peut rendre le jardin de l'instituteur, pour la propagation des bonnes variétés de légumes et d'autres plantes potagères, ainsi que pour les essais sur les nouveaux procédés de culture.
[Henry Sagnier."|
JAUGEAGE DES FUTS.— Géométrie, XXVIII.
— La capacité intérieure d'un tonneau a la forme
d'une surface de révolution, divisée en deux par ties égales par le plan perpendiculaire à l'axe mené par le centre de la bonde. Si l'on pouvait négliger la courbure des douves, chaque moitié du tonneau pourrait être assimilée à un tronc de cône. En nommant, dans ce cas, R le rayon du bouge (cercle mené par la bonde), r le rayon du jable (cercle formant le bout du tonneau), et h la demi-longueur de la pièce, on aurait pour l'expression du demivolume :
i7r/((R2+Rr-fr2).
Mais cette expression donne un résultat trop faible, puisqu'on a négligé la courbure des douves. Pour en tenir compte, on remplace le produit Rr par le carré R2. Si alors H désigne la longueur totale du tonneau, D et d les diamètres du bouge et du jable, et V la capacité cherchée, on trouve, en faisant les substitutions :
C'est la formule d'Oughlred, qui y est arrivé en assimilant la courbe de la douve à un arc d'ellipse. Elle donne un résultat un peu fort.
On emploie aujourd'hui la formule de Dez :
V=*HJfi--j(R-r)]!
Si, par exemple, on suppose D=0a,,61, d=Qm,b'~ et H=0m,lJ0, on trouvera :
Par la formule du tronc de cône Gm°b,226l2 ou 2261U,12 :
— d'Oughtred 0 ,23924 ou 239 ,24:
— de Dcz 0 ,23486 ou 234 ,86
[II. Sonnet.]
JEAN. — Histoire de France, XI, XII. — Nom de deux rois de France.
Jean Ie', fils posthume de Louis X le Hutin. naquit en 1316, mais ne vécut que quelques jours. Son oncle, Philippe de Poitiers, prit alors la couronne sous le nom de Philippe V. Une fille que Louis X avait laissée, Jeanne (néo en 1311), fut exclue de la succession paternelle au nom de la loi salique (V. Guerre de Cent ans, p. 9J0).
Jean II le Bon, fils de Philippe VI de Valois, monta sur le trône en 1350. La guerre avec l'Angleterre, suspendue par une trêve, recommença en 1351. Elle se borna d'abord à quelques escarmouches sans importance. Le roi de France, qui aimait les plaisirs et les parades chevaleresques, avait dissipé ses ressources; il essaya vainement de remplir son trésor en altérant les monnaies, comme avait fait son père, et dut enfin avoir recours aux Etats-Généraux. Ceux-ci, assemblés en 1355, accordèrent des subsides pour les frais d<' la guerre, mais à la condition de contrôler eux mêmes les dépenses. Cependant, le prince d Galles, fils d'Edouard III, s'avançait vers la Loire Jean marcha contre lui, fut battu à Poitiers, rt demeura prisonnier des Anglais avec la plus grand partie de sa noblesse (1366). La conduite chevale resque du prince de Galles envers les vaincus et< racontée dans une page célèbre de Froissart, qu rous donnons ci-dessous. Conduit à Londres, Jeaj y resta captif jusqu'à la signature du traité de Brf tigny (1360). Eu recouvrant la liberté, il avait d i livrer pour otages deux de ses fils ; l'un de ceux-< s'étant échappé, Jean retourna se constituer pri sonnier des Anglais, et mourut à Londres en 1 6'i Les événements qui suivirent la bataille de Poitiers sont racontés à l'article Guerre de Cent ans , p. 921 et 922.
Lectureset dictées. — Réception du roi Jean par le prince de Galles, le soir de la bataille de
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Poitiers. — Puis le comte de Warwick et messire Regnault de Cobham (qui amenaient le roi Jean prisonnier) entrèrent au pavillon du prince de Galles, et lui firent présent du roi de France ; lequel présent ledit prince dut bien recevoir à grand et à noble. Et aussi fit-il vraiment, et s'inclina tout bas contre le roi de France, et le reçut comme roi, bien et sagement, ainsi que bien le savait faire; et fit là apporter le vin et les épices; et en donna lui-même au roi, en signe de très grand amour.
Quand ce vint au soir, le prince de Galles donna h souper au roi de France et à monseigneur Philippe son fils, à monseigneur Jacques de Bourbon , et à la plus grand partie des comtes et des barons de France qui prisonniers étaient. Et assit le prince le roi de France et son fils monseigneur Philippe, monseigneur Jacques de Bourbon, monseigneur Jean d'Artois, le comte de Tancarville, le comte d'Etampes, le comte de Dampmartin, le seigneur de Joinville et le seigneur de Parthenay, à une table moult haute et bien couverte, et tous les autres barons et chevaliers aux autres tables. Et servait toujours le prince au devant de la table du roi, et par toutes les autres tables, si humblement comme il pouvait. Ni oncques ne se voulut seoir à la table du roi, pour prière que le roi sut faire; ains (au contraire) disait toujours qu'il n'était mie (pas) encore si suffisant qu'il appartenist de lui seoir à la table d'un si haut prince et de si vaillant homme que le corps de lui était, et que montré avait à la journée. Et toujours s'agenouillait par devant le roi, et disait bien : « Cher sire, ne veuillez mie faire simple chère, pour tant si Dieu n'a voulu consentir huy (aujourd'hui) votre vouloir; car certainement monseigneur mon père vous fera tout l'honneur et amitié qu'il pourra, et s'accordera à vous si raisonnablement, que vous demeurerez bons amis ensemble à toujours. Et m'est avis que vous avez grand raison de vous esliescer (réjouir), combien que (quoique) la besogne ne soit tournée à votre gré; car vous avez aujourd'hui conquis le haut nom de prouesse, et avez passé tous les mieux faisants de votre' côté. Je ne le dis mie, cher sire, pour vous lober (railler); car tous ceux de notre partie, et qui ont vu les uns et les autres, se sont par pleine science à ce accordés, et vous en donnent le prix et le chape- 'et, si vous le voulez porter. »
A ce point commença chacun à murmurer (à faire entendre un murmure d'approbation) ; et disaient entre eux, Français et Anglais, que noblement et à point le prince avait parlé. (Froissart.) JEAN- SANS-TERRE. —V. Plantogenet.
JEANNE it'AIlC. — Histoire de France, XIV. — Etat de la France. — Depuis 1 4 19, la France était en agonie, frappée du môme coup que le duc Jean-Sans-Peur; le crime de Montereau avait eu pour résultat l'alliance anglo-bourguignonne, et le traité de Troyes (1420), que la moitié des Français avait accueilli en silence. En 142"-', après la pompe funèbre de Charles VI à Saint-Denis, Paris avait entendu sans révolte les hérauts d'armes anglais crier « Longue vie au roi Henri VI, par la grâce de Dieu roi de France et d Angleterre, notre souverain seigneur. »
Pendant ce temps, le vrai dauphin, Charles de Valois, était proclamé roi par quelques Berviteurs fidèles, au fond d'un château obscur, à Espaly en Velay. Mais depuis, vaincu encore à Crevant et à Verneuil, le prince national demeurait inactil dans sa cour de Chinon, pleine d'intrigues. En vain le patriote connétable de Richemont avait cousu dans un sac et noyé dans l'Indre un malfaisant favori. le sire deGiac. LaTrémnuillc avait pris la place de Giac et faitéloignerRichemont. Désespérantde luimême et des autres, Charles s'abandonnait Jusqu'à douter des droits de sa naissance. « Un jour, de-
dans son cœur, il pria Dieu, s'il n'était vrai hoir de la noble maison de France, de lui donner la grâce d'échapper sans mort ni prison, et qu'il se pût sauver en Espagne ou en Ecosse. »
Hors de la cour, la misère semblait avoir abattu l'espoir et le courage. Depuis quinze ans, le temps des Grandes Compagnies était revenu; les gens de guerre de tous les partis, Armagnacs, Bourguignons, Anglais, vivaient sur le paysan, de rapines et de brigandages. « Quelques-uns de ces capitaines étaient peut-être les hommes les plus féroces qui eussent jamais existé. Il suffit d'en nommer un, dont le nom seul fait horreur, Gilles de Retz, l'original de Barbe-bleue. » (Michelet.) Livrés sans défense à ces hommes de proie, les paysan» « fuyaient au bois avec les bêtes fauves. Adieu les femmes et les enfants... faisons le pis que nous pourrons et remettons-nous dans la main du diable. » Et les champs restaient en friche et la famine suivait la guerre. Dans les villes, la vie n'était ni plus sûre ni meilleure. A Paris, les hôtels des seigneurs n'étaient que des forteresses garnies de herses, de mâchicoulis, et pleines de soldats; la nuit, 6o<> chaînes tendues barraient les rues et la Seine. Et la misère décimait le peuple. En 1418, la famine et la peste avaient fait 80 00D morts. « Il fallait faire dans les cimetières de grandes fosses où on les mettait par trente et quarante, arrangés comme lard, à peine poudrés déterre. » (Monstrelet. ) Et depuis, le fléau avait reparu chaque année. Aussi, c'est en 1424 que ce peuple démoralisé par le désespoir inventait la danse macabre, la danse lugubre des morts, au cimetière des Innocents, au milieu des charniers, où l'on avait jeté d'innombrables squelettes arrachés trop tôt de la tombe.
C'est à ce point que la folie d'un roi, vingt ans de factions furieuses et la défaite d'Azincourt avaient poussé la France. Il n'y avait point de roi, point de gouvernement, et il semblait qu'il n'allait plus y avoir de peuple. Les Anglais s'apprêtaient à un décisif et dernier effort pour achever la conquête.
Siège d'Orléans. — Orléans était le vrai boulevard des provinces fidèles, la clef de la Loire, dont le cours marquait en 1429 la frontière de la France restée française. Le régent anglais, Bedford, envoya pour la prendre 6 OuO de ses meilleurs soldats. En quelques jours, malgré son courage, la ville était cernée par les bastilles anglaises dont l'artillerie la battait en brèche : bientôt, la défaite de la Journée des Harengs venait, décourager les plus braves qui désertaient la résistance. L'amiral de France et 2 000 soldats se retirèrent d'Orléans le 13 février 1429. Cette fois la fin de la France semblait prochaine et irrémédiable.
Mais une indestructible espérance vivait dans le peuple acculé à la mort et qui pourtant refusait de mourir. Des moines, des visionnaires parcouraient les campagnes et y répandaient des prédictions merveilleuses. L'enchanteur Merlin n'avait-il pas annoncé qu'il viendrait, pour sauver le royaume, une « vierge douée par les fées et qui sortirait du bois Chenu? » Et la croyance populaire ajoutait que le « bois Chenu » était situé « vers les marches de Lorraine. » L'agitation patriotique gagnait de proche en proche. «11 régnait une de ces grandes attentes qui appellent et suscitent le prodige attendu. » (H. Martin.)
Enfance de Jeanne d'Arc. — Domrémy est sur la rive gauche de la Meuse, à cinq lieues en amont de Vaucouleurs. Au commencement du xv' siècle, c'était un village de frontière, entre le Barrois.dont 1rs habitants avaient suivi le parti français, et la Lorraine, dont le duc servait le parti de Bourgogne. '< Le village était à deux pas des grandes forêts des Vosges. De la porte de la maison do son père, Jeannevoyait le vieux bois des chênes : les fées hantaient ce bois ; elles aimaient surtout une certaine l'on-
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taine, près d'un grand hêtre qu'on nommait l'arbre des Fées, des Dames. Les petits enfants y suspendaient des couronnes, y chantaient. Jeanne naquit parmi ces légendes, dans les rêveries populaires... Née sous les murs mêmes de l'église, bercée du son des cloches et nourrie de légendes, Jeanne fut une légende elle-même, rapide et pure, de la naissance à la mort. »> (.Vichelet.) Elle était née le 6 janvier 1412, de Jacques d'Arc et d'Isabeau Roniée. L'enfant, rêveuse et un peu sauvage, veillait aux champs sur le troupeau de son père, écoutant le son des cloches que lui apportait la brise ■et les mystérieuses voix de la forêt qu'elle croyait ■entendre. Le dimanche, elle s'agenouillait en extase au pied des images saintes. Mais un jour cette paix fut troublée ; les Anglais avaient pénétré jusqu'à Vaucouleurs, ils ravageaient ce pays épargné jusque-là. Il fallut fuir dans une île de la Meuse. Et, au retour, on vit le pauvre village pillé et brûlé par les soldats étrangers. Désormais Jeanne sentit u la grand pitié qui était au royaume de France» ; et dans l'église, aux champs, sa prière appelait ardemment « les anges du ciel » à susciter un libérateur. « La jeune fille, à son insu, créait, pour ainsi parler, et réalisait ses propres idées; elle en faisait des êtres, elle leur communiquait, du trésor de sa vie virginale, une splendide et toutepuissante existence. » (Michelet.) De là son rêve grandiose et poétique qu'elle avait conçu et qu'elle exécuta ; de là ses « voix » qui venaient l'entretenir de sa mission sainte et l'avertir que le peuple de France attendait l'héroïne promise de sa délivrance.
La mission. — C'est un jour d'été, en 14?5, qu'elle entendit « ses voix» pour la première fois. L'archange Michel lui ordonnait o d'aller en France, au secours du Dauphin, afin que par elle il recouvrât son royaume. » Et souvent depuis, durant plusieurs années, les voix se firent entendre plus pressantes à chaque retard. En vain son père essaya-t-il de s'opposer à son dessein, elle obtint de se rendre chez son oncle qu'elle sut convaincre et qui la conduisit à Vaucouleurs. « Je viens de la part de mon Seigneur, dit-elle au sire do Baudricourt, capitaine du bailliage, vous charger de mander au Dauphin que mon Seigneur lui donnera bientôt du secours. — Et qui est ton Seigneur? — Le roi du ciel. » Baudricourt la repoussa. Mais, à la nouvelle du siège d'Orléans : « Il faut que je parte, dit-elle. J'irai, dussé-je user mes jambes jusqu'aux genoux. » Cependant on parlait d'elle dans le peuple. Peut-être était-elle « la vierge douée des fées » dont Merlin avait prédit la venue. « Va donc, Jeanne, lui dit enfin Baudricourt, et advienne que pourra. » Le 25 février 1429, elle quitta Vaucouleurs. « J'aimerais pourtant mieux, disait-elle en prenant son costume d'homme d'armes, rester à filer auprès de ma pauvre mère ; car ce n'est pas là mon ouvrage ! mais il faut que j'aille; Messire le veut... c est pour cela que je suis née. » — Elle commençait la mission qui la conduisit au martyre. Le dauphin Charles tenait toujours sa cour à Chinon en Touraine. a Dieu faisait la route de Jeanne, » elle arriva rapidement. Mais Charles, poussé par ses favoris, hésitait à la ■voir. Enfin, le 9 mars 1429, elle fut introduite dans la grande salle du château de Chinon, dont on voit encore un pan de mur et la cheminée; Charles se dissimulait au milieu de ses courtisans : « Gentil dauphin, lui dit-elle, j'ai nom Jeanne la pu- ■celle; le roi des cieux vous mande par moi que tous serez sacré et couronné en la ville de Reims, et vous serez lieutenant du roi des cieux, qui est Toi de France. Baillez-moi gens pour que je fasse lever le siège d'Orléans et vous mène sacrer à Reims. C'est le plaisir de Dieu que vos ennemis les Anglais s'en aillent... le royaume vous doit demeurer, jo Le roi doutait encore. Jeanne alors.
dans un entretien particulier, répondant aux dou tes les plus secrets du prince. « Je te dis, de \ part de Messire, que tu es vrai héritier de France, et fils du roi. » « Ce qu'elle lui a dit, nul ne le sait, écrivait Alain Chartier bien peu après ; mais il est bien manifeste qu'il en a été tout rayonnant de joie, comme à une révélation de l'Esprit saint. » Cependant, les épreuves n'étaient point finies . On la conduisit à Poitiers devant plusieurs évoques et docteurs qui l'interrogèrent. « Ce fut un beau spectacle que de la voir discuter, femme contre les hommes, ignorante contre les doctes, seule contre tant d'adversaires. » (Ai. Chartier.)
Délivrance d'Orléans. — Cependant l'enthousiasme était devenu général ; La Hire et les soldais « juraient qu'ils la suivraient partout où elle voudrait les mener. » Les favoris cessèrent leur opposition, malgré leur jalousie contre Jeanne; 12 000 hommes furent réunis. Ils partirent le 27 avril 1429, suivant l'étendard de Jeanne qui portait ces mots, Jhésu Maria, pour la croisade qui devait délivrer la patrie. Mais « vingt ans de guerres avaient changé ces hommes en bêtes sauvages. Il fallait de ces bêtes refaire des hommes. Grand et difficile changement... Dans la route, le long de la Loire, elle fit dresser un autel, elle communia, et ils communièrent. La beauté de la saison, le charme d'un printemps de Touraine devaient ajouter singulièrement à la puissance religieuse de la jeune fille. » (Michelet.) Plus de débauches, ni de pillage ni de violence. La sainteté de Jeanne avait comme purifié l'armée. Désormais le peuple vit avancer sans crainte et accueillit les soldats de France, redoutés longtemps à l'égal des Anglais
Le 29 avril, on était devant Orléans. Pendant que l'armée retournait passer la Loire à Blois, Jeanne entra dans la ville, où tous étaient venus à sa rencontre, « avec une aussi grande joie que s'ils avaient vu Dieu descendre parmi eux. » (Journal du siège.) Dès le lendemain, elle voulait combattre. Dunois lui fit attendre l'arrivée des renforts qui venaient de Blois. Mais les Orléanais ayant attaqué la bastille Saint-Loup, Jeanne courut les soutenir de sa présence ; car elle ne frappa jamais qu'à toute extrémité ; dans son proa.s même elle déclara qu'elle « n'avait oneques tuô homme. » « Derrière elle tout homme sortit hors d'Orléans pour aller enclore les Anglais. «(Journal du siège.) Et la bastille fut promptement enlevée, démolie et brûlée. C'était la victoire du peuple, remportée sans ordres et en dehors des capitaines. L'enthousiasme populaire, véritable appui du Jeanne, monta à son apogée. Ce succès devint le signe de sa mission. Le 6 mai, un conseil de guerre résolut l'attaque de la bastille des Tournelles : dans l'assaut, « Jeanne, exhortant les soldats à avoir bon cœur et bon espoir en Dieu » (Journal du siège), appliquait aux murs une échelle, quand elle fut percée d'une flèche entre le cou et l'épaule ; on l'emporta, et les Français plièrent. A cette nouvelle, elle reprend ses armes et court aux Tournelles. On la croyait morte, sa vue abat la confiance des Anglais qui reculent, et exalte la confiance des nôtres; « ils combattirent comme s'ils se fussent crus immortels, » la bastille fut prise. Le lendemain, les Anglais, inférieurs en nombre (6 000 contre 12 000 soldats et les Orléanais), fatigués d'une longue campagne, laissés sans renforts par Bedford qui était lui-même sans ressources, enfin démoralisés par la présence de Jeanne, abandonnèrent le siège. Orléans était délivré, en dix jours. Bien que la mauvaise situation des Anglais suffît à l'expliquer, ce succès parut à tous un prodige.
Sacre de Reims. — Mais Jeanne en voulait faire un second plus considérable encore. « Je ne durerai guère qu'un an, disait-elle ; il faut songer à bien besogner cette année, car il y a beaucoup à faire. » Quand elle revit Charles à Tours, elle
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te pressa instamment de se laisser conduire à Iteims pour le sacre. Mais les chefs de guerre et les favoris s'y opposaient. Sagement, ils voulaient une base d'opérations pour agir contre les Anglais ; ils condamnaient avec colère la folie d'une expédition à travers cinquante lieues de territoire ennemi. Mais Jeanne était plus sage encore. Sortie du peuple, elle sentait comme lui. Or, depuis 1422, le peuple hésitait entre deux princes, Henri VI et Charles MI. Jeanne elle-même appelait encore Charles VII du seul nom de dauphin. Il fallait montrer au peuple son vrai roi en le sacrant à Reims, au nom de l'Église.
Heureusement Jeanne n'était pas seule. Le connétable de Richemont était venu la rejoindre malpré le roi. Les deux petits-fils de Du Guesclin, le duc d'Alençon, une foule de volontaires accouraient chaque jour. On emporta rapidement toutes les villes de la Loire, Meung. Beaugency, Jargeau. Bien plus, le 18 juin 1429 on se heurta à I armée anglaise à Patay, entre Orléans et Châteaudun. « En nom Dieu, s'écria Jeanne, il faut combattre : quand les Anglais seraient pendus aux nues, nous les aurons, car Dieu nous a envoyés pour les punir... Mon conseil m'a dit qn'il étaient à nous. » Quelques heures plus tard, les Anglais fuyaient et l'un de leurs plus glorieux chefs, Talbot, était prisonnier. Jeanne rentra en triomphe dans Orléans. C'était elle décidément la « vierge douée des fées » ; le peuple ne voyait qu'elle dans le grand œuvre de la délivrance qui commençait ; et les soldats juraient de la suivre sans regarder où elle les mènerait. « Le cri de l'armée était trop fort. Elle se fût débandée plutôt que de se laisser conduire à toute autre entreprise. Il fallut céder. Le roi se mit en route, le 29 juin, à la tête de 12 000 combattants, presque tous à cheval... Quatre mois à peine s'étaient écoulés depuis que Jeanne était entrée, humble et ignorée, dans cette même ville de Gien, d'où elle partait maintenant pour sa glorieuse croisade. » (H. Martin.)
Sur la route, les villes hésitaient ; Auxerre n'offrit que des vivres. A Troyes, la garnison ferma les portes. On n'avait pas de machines; le conseil délibérait déjà de retourner ; mais auparavant on appela Jeanne. « Gentil dauphin, dit-elle, si vous voulez demeurer ici devant votre ville de Troyes, elle sera en votre obéissance avant deux jours. » On attendit, en préparant l'assaut. Le lendemain, on lançait déjà les fascines dans les fossés, quand la ville effrayée demanda à capituler; le roi y entra le 11 juillet. Le 15, l'armée «tait à Châlons ; enfin le 16 elle franchit les portes de Reims. « Le lendemain Charles VII fut oint de l'huile de la Sainte-Ampoule qu'on apporta de Sairit-Remy. Il fut, conformément au rituel antique, soulevé sur son siège par les pairs ecclésiastiques, servi par les pairs laïques au sacre et au repas. Toutes les cérémonies furent accomplies, sans qu'il y manquât rien. » (Michelet.) Quand il eut reçu l'onction sainte, Jeanne, qui était à l'honneur après avoir été à la peine, embrassa les genoux du prince : « Gentil roi, lui ditdie, ores est exécuté le plaisir de Dieu, qui voulait que vous vinssiez a Reims recevoir votre dipne Bacre, en montrant que vous êtes vrai roi et celui auquel lé royaume doit appartenir. » L'effet du j saere fut. immense; le peuple n'hésita plus, tout allait s'ouvrir au roi « marqué de Dieu ».
Attaque sur Paris. — Malheureusement la con- ' fiance enthousiaste du peuple et des soldats n'était point partagée par les courtisans et la plupart des capitaines. Jaloux de Jeanne dont la gloire les ''clipsait, ils contrariaient ses desseins, et le roi suivait leurs conseils. Jeanne elle-même, depuis le sacre, ne montrait plus la même décision impérieuse pour imposer les ordres de « ses voix ». Placée dans un milieu de guerre et de
violence, elle changeait malgré elle. Un jour, en- 1430, elle laissa pendre un capitaine bourguignon, vrai scélérat, mais prisonnier. Autrefois, elle n'eût pas ainsi versé le sang. Dans le camp, elle dut tolérer les débauches des soldats qui n'avaient pu longtemps soutenir l'austérité de l'héroïsme. « Malheureuse condition d'une telle âme tombée dans les réalités de ce monde. Elle devait chaque jour perdre quelque chose de soi. » (Michelet.)
Cependant, au sortir de Reims, elle montrait au roi le vrai chemin, celui de Paris. Bedford était sans argent ni soldats. Il fallait en profiter pour mettre le roi dans sa capitale avant l'arrivée des renforts qu'amenait de Londres le cardinal Winchester. Mais Charles mena lentement l'armée à Soissons, puis à Provins où il conclut une trêve de quinze jours avec Philippe de Bourgogne, puis à la Ferté-Milon, pendant que Senlis et Compiègne appelaient les Français et que Beauvais chassait son évêque, Pierre Cauchon, chef du parti bourguignon. En même temps. Richemont, avec ses propres forces, entamait la Normandie et menaçait Evreux.
Alors, irritée de son inaction, Jeanne résolut d'entraîner le roi ; elle quitta le camp « avec une belle compagnie de gens de guerre, » etcourut surprendre Saint-Denis pour attaquer Paris. Mais sur cette population moqueuse, « la poésie de Jeanne devait avoir peu de prise; » pour les Parisiens, en outre, Charles VII n'était toujours que le chef des Armagnacs. Cependant l'attaque était impossible sans le roi, qui gardait le gros de l'armée. Il fallut aller le chercher deux fois à Senlis pour l'amener a à grand regret» à Saint-Denis. Mais Parisavaitorganisé sa défense. L'assaut fut enfin donné le 8 septembre, malgré les conseillers du roi. Jeanne emporta le boulevard Saint-Honoré et réussit à franchir le premier fossé. Mais, en tentant le passage du second qui était plein d'eau, elle fut grièvement blessée. Elle restait néanmoins pour encourager les nôtres, quand la Trémouille fit sonner la retraite. Il fallut la ramener de force en arrière, dans son camp, à la Chapelle. Le lendemain elle voulait recommencer, mais l'armée avait perdu 1 500 hommes, et en voulait à Jeanne de ce combat déclaré inutile par les chefs. Le roi qui, la veille, n'avait pas quitté Saint-Denis, leva le siège; et, profitant de l'échec subi par Jeanne, il reprit le chemin de la Loire, sur les bords de laquelle son armée formée de volontaires allait se disperser. Jeanne avait suivi la retraite, en pleurant son impuissance. A Gien, elle voulut quitter la cour pour aller guerroyer en Normandie ; on refusa et elle partit assiéger la Charitésur-Loire. Mais la jeune fille n'était point un chef de guerre ; ce n'était pas pour conduire une campagne méthodique et régulière que « ses voix » l'avaient appelée; elle échoua.
Jeanne à Compiègne. — Cependant Bedford avait confié la garde de Paris au duc de Bourgogne; Philippe avait Meaux qui commandait le cours de la Marne, il voulut Compiègne pour tenir la vallée de l'Oise et communiquer librement avec la Picardie. Une armée bourguignonne vint assiéger la ville (143n). Mais Jeanne résolut d'aller défendre ceux qui s'étaient mis en péril pour le roi et que le roi oubliait. « Vers le milieu d avril 1430, elle fit semblant d'aller en aucun ébat et sans retourner s'en alla en la ville de Lagni-sur-Marne, pour ce que ceux de la place faisaient bonne pierre aux Anglais... » « Suivie d'une petite troupe, elle partit sans congé, l'âme disputée entre les éclatantes promesses du passé et les pressentiments funèbres de l'avenir. . Ses voix se firent entendre à elle sur les fossés de Melun : « Jeanne, tu seras prise avant la Saint-Jean. Il faut qu'il soit ainsi fait ! ne t'étonne point, prends tout en gré! Dieu t'aidera. » (H. Martin.)
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