PNEUMATIQUE (MACHINE
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cet air dans l'atmosphère. Il en résulte évidemment qu'après un certain nombre de coups de piston on aura beaucoup raréfié l'air du récitent.
On comprend à priori qu'on ne puisse pas arriver à l'épuisement absolu puisqu'on n'enlève jamais qu'une fraction de ce qui reste dans le récipient. Mais la loi de la raréfaction de l'air met ce fait absolument hors de doute. Si on appelle V le volume du récipient jusqu'à la soupape conique, v le volume du corps de pompe jusqu'à la position supérieure du piston, H la pression initiale de l'air: quand le piston est au bas de sa course, le volume d'air est V, la pression H; quand il est en haut, le volume est V+t', et la pression devient, d'après la loi de Mariotte :
Donc, pour avoir la pression de l'air après un coup de piston, il faut multiplier la pression du coup précédent par la fraction constante :
On en conclut que les pressions successives de l'air dans le récipient sont exprimées parles termes d'une progression géométrique décroissante dont la raison est :
Après n coups de piston, la pression finale est :
La pression tend vers zéro à mesure que n tend vers l'infini. Si donc, comme la théorie l'indique, la pression peut devenir aussi petite que possible, on voit en même temps qu'elle ne peut jamais devenir nulle.
Ajoutons que les imperfections du mécanisme ne permettent pas de pousser la raréfaction aussi loin que l'indique la théorie. L'une des plus importantes est l'espace, si faible il soit, qui reste entre la base du piston parvenu au bas de sa course et le fond du corps de pompe; on l'appelle V espace nuisible. Voici comment il limite le vide. Quand la pression de l'air sous le récipient est devenue très faible, l'ascension du piston n'attire plus dans le corps de pompe qu'une faible masse de cet air. Si alors tout cet air ainsi attiré dans le corps de pompe et refoulé par le piston descendant peut tenir entièrement dans l'espace nuisible sans y avoir une pression supérieure à celle de l'atmosphère, il ne peut plus soulever la soupape du piston ; il reste là, et le coup suivant on n'extrait plu> d'air du récipient.
Quelque soin que prennent les constructeurs pour diminuer cet espace nuisible, les meilleures machines ordinaires ne font le vide qu'à 2 ou 3 millimètres; autrement dit, l'air resté dans le récipient a encore une pression de 2 à 3 millimètres de mercure.
Babinet a imaginé une disposition qui permet de reculer encore la limite du vide. Elle consiste a Intercepter la communication entre le récipient • t l'un des corps de pompe, quand la machine a atteint sa première limite, et à employer exclusivement ce corps de pompe à extraire du deuxième l'air qui sou le piston descendant tend à y acquérir une force élastique égale à celle de 1
sphère. C'est par une modification dans la forme , , dans la disposition du robinet placé sur h; conduit du corps de pompe à la platine que l'on obtient
ce résultat. On arrive alors à ne laisser dans le récipient qu'une pression d'un demi-millimètre de mercure.
Machine à mercure dite barométrique. — Le vide obtenu par une machine pneumatique à corps de pompe et munie du robinet de Babinet est encore loin du vide barométrique. On a eu l'idée de mettre le récipient dont on veut extraire l'air en communication avec la chambre d'un baromètre, et de cette manière on a pu obtenir un vide bien plus avancé.
L'appareil se compose d'un long tube terminé à la partie supérieure par un robinet à trois voies qui peut le fermer, ou le mettre en communication par un tube coudé avec le récipient, ou enfin l'ouvrir à l'air. Ce tube principal communique par sa partie inférieure, à l'aide d'un long tube de caoutchouc solidement fixé, avec un ballon ou une cuvette remplie de mercure que l'on peut à volonté élever ou abaisser. Quand on soulève cette cuvette, le mercure monte dans le tube principal jusqu'à la base du robinet.
Si donc on tourne le robinet pour mettre le grand tube en communication avec l'atmosphère et que l'on monte la cuvette, le grand tube se remplit de mercure et l'air qu'il contenait s'en va. On tourne le robinet pour mettre le tube en rapport avec le récipient et on descend la cuvette, le mercure descend dans le tube que vient remplir à sa suite l'air du récipient ; cet air est donc raréfié par cette manœuvre. On ferme le récipient, ou ouvre la communication avec l'atmosphère ; on remonte la cuvette ; le mercure remonte dans le tube et chasse devant lui l'air qui y avait été attiré.
On comprend qu'il suffise de répéter la même manœuvre un certain nombre de fois pour faire dans le récipient un vide très avancé. En employant du mercure très sec, on arrive à ne laisser dans le récipient qu'un gaz n'ayant plus pour force élastique que quelques centièmes de millimètre, et même quelques millièmes avec les appareils bien agencés.
Voilà les deux machines que l'on emploie dans les laboratoires pour faire le vide, la dernière de préférence à l'autre quand il s'agit de vider de petits tubes le plus complètement possible. Lorsqu'on veut dans l'industrie extraire des gaz de grands récipients, on emploie des pompes.
[Haraucourt.]
POESIE. — Littérature et style, III. — Ouvrons nos meilleurs dictionnaires, nous y trouverons toujours, à peu près dans les mêmes termes, la définition adoptée par l'Acamédie française : « La poésie est l'art de faire des ouvrages en vers. » Mais tous les dictionnaires reconnaissent aussi que ce mot peut recevoir une acception plus générale, et qu'il signifie tantôt l'œuvre poétique elle-même, tantôt les qualités spéciales qu'cwi lui demande, tantôt l'inspiration d'où elle est sortie. Néanmoins, pour la grande majorité des lecteurs, qui ont l'esprit peu cultivé et ne diffèrent guère, en un pareil sujet, des écoliers et des enfants, le vers môme, le vers seul est le signe visible, la marque de la poésie. Ii en faut toujours revenir à la leçon que le professeur de philosophie fait à M. Jourdain : « Tout ce qui n'est point prose est vers, et ce qui n'est point vers est prose. » Voilà la notion première, dans sa naïve simplicité. C'est par là qu'il faut débuter. Mais si nous avions à donner aux enfants et aux illettrés une idée de cette langue qu'on ne parle DOI Couramment, connue dit Molière, comment faudrait-il nous y prendre? Il faudrait partir des Idée! générales de rythme et décadence; appeler à notre aide le pas militaire ou gymnastique, le tic tac da moulin, les sons de la cloche, tous les bruits réguliers des machiues en mouvement, des
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outils qui travaillent, tout ce qui marque la mesure, tout ce qui donne la sensation d'un arrangement ou d'une rencontre symétriques, tout ce qui constitue une alternance et une assonance, tout ce qui, dans la danse et dans la musique, est nécessaire à toutes deux sans être ni l'une ni l'autre. On arriverait ainsi, par analogie, à faire voir que les sons de la voix, non pas seulement quand elle chante, mais simplement quand elle parle, peuvent être mesurés, rythmés, groupés selon des intervalles égaux et différents; qu'il y a comme une marche syllabique des mots et des phrases, que l'on peut battre la mesure de la parole, comme on ferait celle du chant; et de même qu'avec les lignes on peut tracer des figures régulières, des ornements, juxtaposés, alternés, accouplés, pareils ou divers, on peut, avec les mots, avec les syllabes, imaginer des combinaisons de rythmes, des figures sonores, sur lesquelles on appliquera ou non la musique ou la danse, qui ont une existence propre et produisent sur l'oreille une impression déterminée, plus précise, plus appréciable, plus intense ou plus délicate, à mesure que l'on s'est accoutumé davantage à la percevoir.
Ce premier point établi, on prendrait successivement des vers bien frappés, d'un rythme bien franc, d'abord des vers isolés, puis des vers accouplés, puis des stances, des strophes, avec leurs combinaisons variées de syllabes et de rimes, semblables à autant de figures géométriques distinctes; on ferait compter les pieds, marquer les repos, accentuer les rimes; on désarticulerait le vers, la phrase mesurée ; on grossirait, on simplifierait à dessein tous les effets pour les rendre plus sensibles; on ferait l'éducation de l'oreille, au point qu'un vers défectueux blesserait, comme un accord incorrect, et une mauvaise rime comme une fausse note. Puis, poussant plus loin ces notions et ces exercices, expliquant que les différentes langues peuvent avoir des procédés différents, on ferait voir que dans celles de ces langues où la quantité, c'est-à-dire la durée des syllabes pendant leur énonciation, est. très sensible à l'oreille, elle fournit, avec le nombre, un nouvel élément de combinaisons rythmiques; qu'il est d'autres sonorités finales que celles de la rime, d'autres valeurs prosodiques que celles de la syllabe ; qu'enfin les règles mêmes peuvent être plus ou moins sévères et les artifices de la parole mesurée plus ou moins perfectionnés. Voilà l'instrument de la poésie, voilà sa gamme et son annotation, son solfège et sa grammaire; voilà cet art de poésie, qui est d'abord et avant tout l'art, plus ou moins grossier, de fabriquer des vers. Mais quand on sait bien ce métier, quand on est devenu expert à compter les pieds, à fixer les rimes, à aligner les vers, à les entre-croiser, à les diversifier, quel nom mérite-t-on? Est-ce là le poète? Non, c'est là le versificateur, et chacun peut le devenir.
N'aurions-nous donc point encore fait un pas dans la question, et ne savons-nous pas ce que c'est que la poésie? Est-ce à un autre point de vue qu'il faut nous placer? L'histoire de la littérature chez les peuples civilisés nous fait voir qu'on a généralement admis différents genres de poésie, comme on a distingué différents genres de peinture. On a dit que la poésie était épique ou dramatique, lyrique ou élégiaque, satirique ou didactique, etc. Faut-il, pour trouver la poésie, étudier chacun de ces genres, et serait-ce dans le caractère propre à chacun d'eux que résiderait la poésie véritable ? Y aurait-il autant de poésies différentes que de genres, et n'auraient-ils de commun que le vers? Enfin, ne pourrait-on définir la poésie avec quelques développements qu'en la prenant dans une des formes distinctes qu'elle choisit, de sorte qu'il nous suffirait, dès à présent, et sans pousser plus loin notre tâche, de renvoyer aux articles où
l'on traite de ces genres? Mais cette distinction des genres, pour être généralement admise, estelle légitime? est-elle absolue? a-t-elle été reconnue de tout temps? a-t-elle été maintenue par la critique moderne? Ces divisions, ces distinctions, commodes comme tout classement, ne sont-elles pas un nouvel embarras, dès qu'on veut approfondir cette étude? La difficulté ne se présentet-elle pas sous une autre forme, dès qu'on veut définir chacun de ces genres et pour chacun d'eux? Ne se touchent-ils pas en plus d'un point? Et pour ne prendre qu'un exemple, a-t-on pu donner seulement une bonne définition de l'épopée? Rappelons-nous ce mot de Voltaire, si profond et si vrai : « Il faut, dans tous les arts, se donner bien de garde de ces définitions trompeuses par lesquelles nous osons exclure toutes les beautés qui nous sont inconnues ou que la coutume ne nous a point encore rendues familières. » Cette distinction des genres, elle n'a été acceptée ni dans tous les temps, ni chez tous les peuples; des littératures entières ne pourraient s'y astreindre et se les appliquer. En ces matières, tout est factice et de convention. Si tous les genres ne sont pas arbitraires, tous, même le théâtre, se font des emprunts mutuels; ils empiètent, quand ils ne se confondent pas. On a essayé de simplifier, en ne reconnaissant que trois genres véritables, le lyrique, l'épique et le dramatique. Mais qu'on restreigne ou qu'on multiplie les cadres de la poésie, on n'a pas résolu le problème. Combien se complique-t-il davantage quand on remarque que la prose aussi, enrichissant sa palette, a fait à la poésie l'emprunt de bien des couleurs : de sorte qu'on a pu refuser à des versificateurs le don de la poésie, et qu'on accordait ce don, sans conteste, à des écrivains qui n'avaient jamais manié le vers, ou qui n'y faisaient preuve que de maladresse et d'insuffisance !
Serait-ce donc que la poésie ne réside ni dans le vers, ni dans la forme consacrée à chaque genre? Et pour arriver à connaître enfin ce qu'elle est, dans son essence, ne faudrait-il pas laisser un instant les œuvres mêmes, et observer celui qui les produit, le poète? « L'élément humain, a dit Schiller dans sa correspondance avec Gœthe, est toujours le commencement de la poésie, qui n'en est que la plus haute expression. » C'est dans l'homme, en effet, dans ses facultés, dans quelques-unes de ses dispositions les plus intimes qu'est la solution cherchée. C'est à la psychologie qu'il faut s'adresser; c'est à la source des lois esthétiques qu'il faut remonter; c'est à tous les arts, et non pas à un seul, qu'il convient de demander d'abord le secret des belles œuvres de poésie, comme de toutes les belles œuvres. Le langage des esprits cultivés ne s'y trompe pas. Ils n'ont point réservé exclusivement à l'art des vers ce mot de poésie, qui veut dire création; ils ont reconnu que dans chaque art il y avait, au-dessus des procédés particuliers qu'il emploie, un élément commun, l'inspiration, un langage commun aux poètes, aux peintres, aux sculpteurs, aux musiciens, s'adressant, par des moyens différents, à la sensibilité humaine, communiquant la notion du beau sous des lormes variées, mais à des conditions identiques. Il en est de l'idée de la poésie comme de l'idée de la science, comme de l'idée du droit, comme de toutes les idées générales : elles s'élèvent avec le progrès des lumières, avec l'éducation, avec la comparaison ; elles sortent de l'inconscient; chacune do ces idées s'enrichit, se complète, s'éclaire. La pratique des arts est ancienne ; la théorie qui les explique est récente. Laissons donc un instant de côté les procédés mêmes, les lignes et les couleurs, les sons et les mots. L'objet de tous les arts étant l'expression des sensations et des sentiments, la traduction par
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l'homme et pour l'homme des choses du dehors et de celles du dedans, depuis la représentation matérielle des aspects ou des phénomènes de la nature jusqu'à l'analyse des mouvements les plus secrets de l'âme, voyons ce qui se passe chez ceux qu'on appelle artistes, et parmi lesquels il faut ranger les poètes. Il n'est pas contestable que certains hommes, doués de facultés mystérieuses et spéciales, aperçoivent mieux les formes et les contours des choses, en sont plus vivement affectés, saisissent plus exactement les attitudes, les gestes, l'expression des visages, sont plus frappés de l'ensemble ou des détails d'un site et d'un aspect de la nature, plus profondément touchés d'un son de voix, plus émus d'une façon d'agir ou de parler, plus sensibles à la joie ou à la douleur d'autrui, plus attentifs aux rapports des choses entre elles, plus ardents à l'amour et à la haine, ou plus aptes à en surprendre chez d'autres les traits distinctifs et les manifestations multiples. L'homme ainsi doué voit vite et juste; il conserve, il reproduit, il transforme. Si les circonstances l'ont favorisé, et qu'il ait à sa disposition l'instrument nécessaire dont on lui a appris ou dont il a reconnu l'usage, crayon, pinceau, ébauchoir, clavier, parole, il fait pusser dans une œuvre tout ce qu'il ressent, tout ce qu'il aperçoit, tout ce qu'il pénètre; il crée, il est poète, qu'il soit Dante, Puget, Raphaël ou .Mozart. Création, expression : c'est ce qui constitue son génie; c'est par là qu'il sera dans le groupe d'élite, tandis que d'autres manieront toute leur vie le pinceau, tiendront la plume, frapperont le clavier, modèleront l'argile, pour ne faire que des œuvres sans valeur, sans originalité, sans poésie ; car l'instrument ne vaut que par celui qui l'emploie ; le procédé, le métier est, sans doute, la condition de l'œuvre, mais il n'est pas plus l'œuvre même que la navette et les fils ne sont le tissu brodé, que les sept notes de la gamme, dans leurs mille combinaisons, ne sont la musique.
Ainsi, pour mériter ce nom d'artiste, il faut être doué d'abord, d'une façon générale, des facultés dont tous les arts ont un égal besoin, et par dessus tout, de la faculté mère, l'imagination inspiratrice ; puis, posséder, grâce à un autre don spécial, le maniement plus sûr et plus parfait de tel ou tel outil particulier ; mais ce maniement, qui est un art aussi, est peu de chose, si la faculté première manque. Il faut voir et sentir d'une certaine manière; faire vivre en soi, pour y mettre sa marque, le monde extérieur et le monde intérieur; il faut, par un phénomène unique, être à la fois en soi et hors de soi, sentir d'une façon personnelle et impersonnelle afin d'être à la fois fidèle à soi-même et intelligible aux autres. Ainsi s'explique cet emploi que l'on fait si justement du mot poésie, pour l'appliquer aux oeuvres d'art les plus diverses, aux objets naturels les plus dissemblables.
Le point de rencontre de tant de sensations qui diffèrent est dans l'âme humaine qui les éprouve fortement, qui les épure, qui les fixe et qui les restitue. La foule, plus ou moins apte à recevoir ces sensations répercutées, ne comprend rien au phénomène qui les produit chez celui dont elle salue le génie. Elle voit, elle admire la nature, ^ans y découvrir elle-même ce que l'artiste lui en montre; elle connaît, pour les avoir éprouvés, les mouvements de l'amour, mais sans l'artiste, elle n'en pénétrerait souvent ni les agitations passionnées, ni les émotions délicates, ni [es douceurs infinies; elle a les élans du patriotisme ou do la loi, mais elle en trouve la plus haute expression dans les conceptions de lart. Ainsi l'art est l'interprète supérieur de toutes les émotions dont l'homme est susceptible : l'art est la pensée, ! ! sibilité, l'imagination de l'humanité, fixées et cris-
tallisées pour toute la suite des générations: il est m poési?, dans son acception la plus générale. Mais si, parmi ces instruments dont l'art fait usage, il en est un plus riche, plus souple, plus approprié à toutes les nuances de la pensée, qui peigne sans couleurs, chante sans musique, pénètre au delà des surfaces apparentes, précise les idées, approfondisse les sentiments, voyage dans le passé, devance l'avenir, exprime le visible et l'invisible, le fini et l'infini; qui puisse s'étendre et se restreindre, se proportionner à tous les objets, traduire tous les phénomènes, parcourir le ciel et la terre, refléter l'âme et deviner Dieu : cet art-là ne sera-t-il pas le premier de tous, l'art vraiment créateur, et ne méritera-t-il pas plus oue les autres de s'appeler la poésie, et ceux qui îe cultivent les poètes ?
Être poète, ce n'est donc pas seulement faire des vers, c'est avoir, avant tout, une sensibilité plus exquise et plus affinée, ou une imagination plus abondante, ou des impressions qui se prolongent et s'engendrent les unes les autres, ou tous ces dons ensemble, et, avec eux, un goût particulier de l'harmonie, un besoin de moduler les pensées ou les images et de les soumettre aux lois d'une musique spéciale.
La poésie a pu, dans le principe, et depuis encore, s'associer à la musique et à la danse. Mais elle est un tout, elle se suffit à elle-même, et, selon les temps et les lieux, elle traduit à sa façon ce que l'humanité lui offre de plus expressif. On ne circonscrit pas le champ de la poésie : elle raconte, et nous avons l'épopée ; elle agit par des personnages, et nous sommes au théâtre; elle invective, et 1 ïambe apparaît; elle aime, elle chante, elle rit ou pleure, s'exalte ou se décourage, et voilà l'élégie ou l'ode; elle se joue en pièces gracieuses, et la poésie légère voltige au front des littératures; elle s'impose des règles et les transgresse; elle imagine des genres et s'en affranchit ; elle peut être abondante ou laconique, attendrie ou cruelle, souriante ou irritée, hautaine ou familière, flottante et vague ou précise et à contours rigoureux; elle sera puissante et impétueuse ou calme et sereine; religieuse ou sceptique; pacifique ou guerrière : et ce sera toujours la poésie. Elle pourra vibrer comme une cloche, sonner comme une fanfare, soupirer comme une plainte, éclater comme un sanglot; caresser, crier, maudire; chanter la joie, le deuil, l'ivresse, la gloire : et ce sera toujours la poésie. Rien de plus capricieux qu'elle : tantôt elle fuira l'histoire, tantôt elle y reviendra; elle dédaignera pendant des siècles la nature extérieure, et, tout a coup, ne verra plus qu'elle, s'absorbera en elle ; elle sera générale, abstraite, idéale, créant des types, planant audessus de la réali'é, ou bien elle s'enfoncera dans le réel, se nourrira des menus détails de la vie, sera exacte jusqu'à la brutalité, et, dans ses peintures, marquera fortement, uniquement, la personnalité restreinte du poète; elle dessinera de grandes figures historiques, ou de petites figures contemporaines ; elle peindra au naturel César, Néron, Richard III, ou imaginera un Achille, une Didon, une Béatrix, un Ilamlet; elle sera toute noblesse et toute harmonie avec Lamartine, mais peu accessible au vulgaire, ou franchement populaire et intelligible pour lous avec Béranger; elle s'élèvera, s'abaissera, so dissipera, se concentrera; elle sera pour les passions un stimulant ou un correctif; elle inspirera un poème de vingt mille vers ou un sonnet de quatorze vers, un long drame ou une courte chanson: et ce sera toujours la poésie, c'est-à-dire un instrument h mille cordes, toujours accordé dans toutes les langues, et dont le génie ou le talent se pi ail à jouer de mille manières, selon la disposition et le caprice du moment. Qui ressemble moins à Homère qu'Anacréon, à Virgile
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qu'Horace, à Dante que l'Arioste, à Ronsard que Boileau, à Pope que liyron, à la Fontaine que Lamartine, à Voltaire que Victor Hugo? Et tous sont poètes. La Palestine et l'Inde, la Grèce et Rome, 1 > nord et le midi, le dix-septième et le dix-neuvième siècle ont conçu la poésie de bien des façons différentes : mais c'est toujours la poésie. Et ces formes dont nous avons parlé, qu'elles sont diverses, pour ne prendre que celles dont notre littérature nous offre des spécimens : épopées, tragédies, comédies, drames, mystères, odes, stances, chansons, ballades, idylles, élégies, allégories, cantates, héroïdes, dithyrambes, épithalames, fables, madrigaux, rondeaux, épîtres, poèmes de tout genre, didactiques, satiriques, erotiques, bachiques ! Toutes ces formes peuvent contenir la poésie et la répandre, comme toutes aussi peuvent n'en offrir que l'image trompeuse, le moule vide, le flacon sans la liqueur, le foyer sans la flamme intérieure, sans l'âme et la vie.
Pourtant, comme tous les arts, la poésie a ses degrés, et ceux qui la cultivent sont placés à des niveaux différents. Ce n'est ni l'étendue d'une œuvre ni la nature du sujet qui y est traité qui font la renommée du poète : un long poème n'est môme pas une présomption favorable, car il n'y a rien au-dessous de certains poèmes épiques du dixseptième siècle; mais on est poète avec une ode, avec une élégie, avec un sonnet, avec quelques strophes heureuses. Quant aux grands poètes, on le- reconnaît à la puissance d'une imagination extraordinaire qui se répand dans tous les genres, à ce don d'assimilation ou de propagation qui leur permet d'embrasser leur temps et tous les temps avec une même intelligence, et de mettre en circulation des vérités générales, de créer des types éternels, de sorte que dans leurs vers se reflète quelque chose de l'humanité tout entière. Ce sont là les vrais génies, qui dominent les littératures.
Quand l'inspiration atteint son degré le plus intense, que l'émotion est suraiguë, elle s'appelle le lyrisme; il apparaît parfois dans des œuvres étrangères à la poésie pour les illuminer tout à coup d'une beauté supérieure; mais il est presque inséparable de la grande poésie. On trouve des élans lyriques dans tous les genres de compositions : il y en a dans un mouvement oratoire, dans le dé\eloppement religieux et moral d'un sermon, dans l'invective d'un pamphlet, dans une démonstration philosophique, dans les peintures émouvantes d'un roman, dans la chaleur môme d'un développement scientifique. Mais, de plus en plus, c'est la poésie lyrique qui, dans son acception la plus générale, embrassant, absorbant tous les genres, est devenue le fond même de toute poésie. Le poète dramatique est à part : un Sophocle, un Shakespeare, un Corneille, un Molière ont eu un don spécial; ils sont doublement poètes. C'est par l'élément lyrique que la poésie marque le mieux sa parenté avec la musique; c'est par là qu'elle prend un accent plus personnel et plus sincère, et qu'elle échappe aux froides inventions des formes moins libres. Pour avoir une idée complète de cette poésie, dont il faudrait chercher les inspirations similaires dans les psaumes de David ou les extases douloureuses de l'Imitation, plutôt encore que chez Pindare ou Horace, on peut se représenter un Schiller écrivant le Chant de la cloch*, un Lamartine composant les Harmonies ou Jocelyn, un Victor Hugo détachant ses Feuilles d'automne, un Musset s'enfiévrant luimême de la poésie de ses Nuits. Le vers alors, presque aussi harmonieux que la musique, et plus précis, plus clair, plus substantiel qu'elle ne peut être, devient la langue par excellence, à la fois sentiment et sensation, esprit et matière. Alors se produit un phénomène extraordinaire comme 2e Partie.
toutes les manifestations dw génie : il crée, il sait ce qu'il fait et ce qu'il veut faire, et pourtant il n'est qu'à moitié dans le secret de son inspiration. Il y a une part d'effort et de travail que la matière tyrannique impose au mieux doué, que le vers réclame, comme ailleurs le marbre qui résiste ou le pinceau qui tâtonne; mais il y a surtout une force interne, un élan spontané, une flamme jaillissante qui est le don même et l'impénétrable mystère. Platon déjà comparait le poète à un instrument sonore, vibrant sous la main de Dieu. Shakespeare disait que la poésie doit couler du cœur de l'homme aussi naturellement que la somme de l'arbre. Corneille écrivait ces deux beaux vers :
Je me sens tout le cœur plein de grandes idées ; Je les sens à l'envi s'en échapper sans moi.
Lamartine montre le poète ravi comme Ganymède par l'aigle de Jupiter; Hugo le compare à Mazeppa emporté sur un cheval indompté et tombant roi au bout de sa course furieuse. Tous les poètes, d'ailleurs, anciens et modernes, ont admis et consacré l'enthousiasme poétique; les plus froids ont parlé de ce délire qu'ils n'ont pas connu. Mais les modernes surtout ont, depuis un siècle, en étendant le champ de la poésie, marqué le rôle du poète. Il semble qu'il redevienne, comme à l'origine obscure des sociétés, un chantre, un prophète, un voyant ; il faut lire tout ce que Schiller a écrit, à ce sujet, en prose et en vers ; le prologue du premier Faust de Gœthe est justement célèbre ; il n'y a point de plus admirable profession de foi pour les poètes que le fameux morceau de Lamartine sur les Destmées de la poésie.
Il serait pourtant juste de dire que de tout temps les grands poètes ont personnifié, idéalisé les vérités ambiantes, et marqué dans leurs œuvres une des étapes de l'humanité. Ils n'ont pas attendu le xvnr2 £et le xixe siècle pour être les échos des émotions ou des aspirations contemporaines : ils l'ont fait dans des proportions, dans des conditions différentes ; mais ils n'auraient pas survécu, s'ils n'avaient fait aux idées générales la part nécessaire. Aristote, comparant, dans sa Poétique, la poésie et l'histoire, a dit : « La poésie a pour objet le général, et l'histoire le particulier. » Qu'il ait eu surtout en vue le théâtre, peu importe : il a reconnu la portée de la poésie et son caractère d'universalité. C'est dire qu'elle peut s'adapter à toutes les opinions, à toutes les doctrines, à toutes les conditions sociales, comme à tous les sentiments et à toutes les passions. On a dit que le matérialisme tuait la poésie : Lucrèce est là pour répondre ; que la science et le sens critique s'accordaient mal avec elle : Gœthe est la preuve du contraire. Pourtant, l'expression de la foi passionnée est son triomphe, et ses plus délicieux accents sont ceux de l'amour. Quelles conceptions que Didon.Laure, Francesca, Juliette, Othello, Desdémone, Marguerite! La poésie ne peut aller au delà; qui a mis en vers un vrai cri de la passion est sûr d'être immortel.
Voilà le fonds de la poésie : son caractère essentiel est d'être indépendant de la versification, puisque le phénomène de l'inspiration poétique est d'abord tout entier dans l'âme, et qu'il y a parfois disjonction entre cette richesse de l'imagination créatrice et le don des vers, comme on en voit des exemples chez Fénelon, chez Rousseau, chez Chateaubriand, chez Michelet ou Quinet, chez Georges Sand. Certains poètes, qui ont aussi écrit en prose, continuent à être poètes, là comme dans leurs vers ; d'autres, par une bizarrerie de nature, sont plus poètes dans la prose que dans le vers même; mais, en tout cas, il faut que le vers ait en soi, quand on le désarticule et qu'on le détruit, lé-
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lément poétique qui surnage, le disjecti membra po t.-e. ht combien de poètes ont laissé des volumes entiers, qui n'ont été vraiment et absolument poètes qu'une fois ou deux, par rencontre, en quelques vers, heureuse inspiration d'un jour, d'une heure, d'une minute, qui démontre assez que la poésie est chose à part, étrangère et supérieure au procédé, comme un jet de lumière, éclipsant tout le reste.
Et, puisqu'il s'agit ici d'enseignement, un bon maître donnera sans peine la preuve à ses élèves de cette présence de la poésie dans la prose, de cette absence de la poésie dans les vers, et enfin de cette véritable inspiration dont les beau\ vers s'illuminent. Une gradation ingénieuse, partant des morceaux les plus simples, des beautés poétiques les plus accessibles aux débutants, conduira jusqu'aux cimes de la grande poésie lyrique, et comme aux sources d'où elle jaillit.
Le maître devra faire voir, en même temps, que, pour être parfois inconsciente dans ses profondeurs, la grande poésie n'a rien de commun avec le désordre : que cette ivresse et ce délire, dont on parle pour expliquer un mystère, n'existent nulle part; que ni un Eschyle, ni un Dante ni un Shakespeare n'ont perdu un instant la possession d'eux-mêmes; que Corneille sait ce qu'il fait autant que Molière ; que le génie de Goethe plane sur son œuvre entière et semble la surveiller; que Lamartine se néglige, mais ne s'égare pas ; que, chez d'autres, l'apparence du désordre et de la confusion n'est que l'incapacité d'ordonner un ouvrage et d'y porter assez d'unité. Quand le vertige commence et que le jugement faiblit dans une imagination surexcitée, la poésie s'obscurcit en même temps. La folie créatrice du Tasse est une pure légende. En prose comme en vers, la plénitude du génie est la plénitude même de la raison.
Et maintenant nous pouvons revenir à notre point de départ, et reparler des vers. Toute œuvre d'art n'arrive à la perfection ou ne s'en rapproche que par la forme, par l'exécution, par le style. Pourquoi les vrais musiciens trouvent-ils que l'enchaînement seul des mélodies les plus heureuses ne saurait faire un musicien digne de ce nom ? Pourquoi les peintres n'ont-ils aucune estime pour des tableaux dont l'idée première peut être forte ou agréable, dont la conception peut avoir sa poésie et sa grandeur même ? Sinon parce que, dans l'un et l'autre cas, la science propre à chaque art a fait défaut, parce que ce musicien manque d'étude et de style, parce que ce peintre sait rêver une œuvre, mais ne sait point la peindre; et que rien ne peut dispenser l'un de connaître les secrets de i'harmonie, l'autre de pratiquer l'art des lignes et des couleurs. En un mot, le génie ne supprirne pas le métier; au contraire, il s'identifie avec lui, il en fait sa chose, il est maître des procédés et les tourne à sa guise. Il est permis aux versificateurs de n'être point poètes; il n'est pas per nis aux poètes de mal faire les vers. Chaque art peut s'inspirer aux mêmes sources que tous les autres, niais chaque art aussi, ayant sa langue propre, doit savoir la parler. La langue de la poésie, ce Bont les vers; il y a là plus qu'une convention arbitraire: cette symétrie, ce nombre, cette ca lonce, ce rythme, ces rimes, tonl ce méca dame harmonieux, complète la poésie, lui fait un domaine à part, lui permet de dire plus <|ue la prose et .souvent en moins de paroles, ajoute ï la puissance de l'inspiration ce quelque chose de précis et de définitif que la plus belle prose ne peul donner. Quac i on a bien . [scuté sur l'essence de la poésie, il faui toujours en revenir au vers, an vers bien fait, correct et libre, souple et ferme a la fois: aux rè li tvamment observées, a la rime bien choisie ; au tour heureux, à l'image frappante.
à la cadence, à la coupe, au rejet, à la suspension, à tous les effets, à tous les détails, à toutes les ?;ràc s et à toutes les finesses de la facture. Il faut qu'après avoir admiré l'œuvre poétique dans sa conception première et dans ses développements, on puisse l'admirer encore dans sa forme, l'étudier et la commenter dans les ornements qu'elle comporte, dans les nuances infinies de style qu'elle présente. Après avoir bien généralisé, il faut en arriver toujours à prendre un poète, à le lire, surtout à haute voix, pour affirmer, avec preuve, que les vers sont beaux et bons, faits de main d'ouvrier, dignes du sentiment, qui les inspire. Nous ne dirons pas avec J.-B. Rousseau, qui ne fut guère qu'un habile versificateur, que « c'est l'expression qui fait le poète et non la pensée, » erreur que toute son école poétique a partagée; mais nous dirons que la langue, l'expression, le style, toutes les qualités de la belle prose relevées encore par toutes les qualités des bons vers, sont la marque même du talent et du génie. Le reste n'est que la copie et la parodie de l'art, ce n'est point l'art même. Quant à la prose poétique, qui n'est pas sans charme, elle n'est pas plus la poésie, qu'une mélopée sans contour n'est un chant, qu'un récitatif n'est un grand air. La prose peut être harmonie; la poésie seule est harmonie et mélodie à la fois.
Ce n'est pas ici le lieu de traiter des règles de la versification en français et dans les diverses langues. On en parlera ailleurs (V. Prosodie). Ce n'est pas non plus la place d'une étude sur les divers genres de poésie, qui sont l'objet d'autant d'articles; ni dune histoire de la poésie, qui est une partie de l'histoire des littératures. Ajoutons seulement que l'histoire de la poésie est celle même des grands courants d'idées et de sentiments, de croyances et d'espérances, qui traversent chaque siècle ; c'est aussi l'histoire du goût dans ses altérations et ses transformations ; c'est surtout l'histoire des plus nobles émotions que l'homme connaisse : car c'est la poésie qui les recueille, et c'est elle qui les transmet d'âge en âge. Dans quelle direction va-t-clle marcher, après avoir pris tant de formes et chanté tant d'objets différents ? Il semble qu'elle aille vers la science. Elle commence à en comprendre la grandeur et la fécondité, et c'est à ce contact qu'elle parait appelée à subir une nouvelle et dernière transformation. [Eugène Manuel.]
POISONS. — Chimie, I-XXVII. — On appelle communément puisons toute substance solide, liquide ou gazeuse, d'origine animale, végétale ou minérale, qui, introduite dans un organisme vivant, peut donner plus ou moins rapidement la mort, ou tout au moins produire des désordres graves.
La toxicologie est la science qui étudie l'action des poisons sur l'organisme, les remèdes appropriés à chacun d'eux, et aussi la recherche scientifique des poisons lorsqu'il y a eu crime.
Le Code pénal (art. 30 1) définit ainsi l'empoisonnement : « Est qualifié d'empoisonnement tout attentat à la vie d'une personne par l'effet de substances qui peuvent donner la mort plus ou moins promptement, de quelque manière que ces substances aient été employées ou administrées, et quelles qu'en aient été les suites. »
Scientifiquement nous dirons que l'cmpoisonnement est l'état général physiologique qui résulte de l'absorption d'une BUbstance toxique.
Un poison ne peut agir que lorsqu'il est dissous, ou au moins soluble on gazeux, c'est-à-dire qu'il doit toujours entrer en contact soit avec les humeurs, soit avec les éléments anatomiques les plus profondément situés. L'absorption peut se faire de différentes manières : 1° par les voies respiratoires : respiration des vapeurs d'oxyde de carbone, d'hy-
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drogène sulfuré, d'acide cyanhydrique, etc., et en général de tous les gaz délétères; 2° par l'absorption gastro-intestinale, c'est-à-dire par les parois de l'estomac ou celles de l'intestin ; 3" par l'absorption cutanée, c'est-à-dire à travers la peau ; 4° par l'injection dans le tissu cellulaire souscutané, c'est-à-dire à travers une blessure ou une écorchure de la peau ; et enfin 5" par l'injection directe dans le système circulatoire; ce dernier mode est le plus employé dans les expériences physiologiques.
Nous n'avons pas l'intention de donner ici des détails sur les principaux poisons, puisque la plupart d'entre eux ont trouvé leur place dans ce Dictionnaire ; nous indiquerons seulement les diverses classifications des poisons.
Aujourd'hui, on ne peut plus, comme autrefois, considérer un poison comme une substance ayant la propriété spécifique de donner la mort. Scientifiquement, il n'y a pas de poisons, il n'y a que des corps produisant des actions chimiques modifiant ou pouvant modifier les éléments constituants des tissus organiques. Telle substance qui, à une certaine dose, est un poison, devient un remède à une autre dose. Un poison devient l'antidote d'un autre poison ; c'est ainsi que les acides sont employés comme contre-poisons dans l'empoisonnement par les alcalis.
Au point de vue de la rapidité de l'action, les poisons peuvent être divisés en poisons aigus et pois us lents. L'acide prussique est un poison aigu; l'alcool ordinaire est un poison lent. Considérés sous le rapport des symptômes qu'ils provoquent, les poisons se distinguent en : irritants, convulsifs, paralysants, narcotiques, suffocant*, desséchants, septiques.
On divise aussi les poisons, d'après leur origine, en poisons animaux, végétaux, et minéraux.
Le célèbre Orfila donnait des poisons la classification suivante :
Poisons
lniUTATSTS
Minéraux
( Phosphore, iode, brome .chlore, acides, bases, arsenic, antimoine, et composés métalliques divers.
Végétaux j Br>fonet,: <rol°q«inte, sabine, " ( ïtaphisaigre, etc.
Animaux \ Cantharides, huîtres, pois- ( sons, etc.
Poisotb «arcotiqobs . . ..>' Alcaloïdes de l'opium, acide ( cyanhydrique.
Scille et scillitine, aconitine, \ératrine, atropine, nicotine, digitaline, strychnine, camphre, alcool, éther, chloroforme, ergot de seigle, hydrogène phosplioré, oxyde île carbone, gaz de l'éclairage.
PoiiONS NiBCOTICO-ACRES. .
Toisons septiques
Acide sulfhydrique, gaz des fosses d'aisances, venin des serpents, scorpions, abeilles, guêpes, etc.
Le docteur Rabuteau, fort compétent en ces matières, donne dans son excellent Traité detoxicologie une nouvelle classification des poisons plus scientifique que les précédentes, en ce qu'elle repose sur les effets que produisent les substances toxiques dans les tissus organiques.
11 distingue : les poisons hématigues, qui agissent sur les globules du sang : tels sont l'oxyde de carbone, l'acide prussique, le phosphore, l'arsenic, les vapeurs nitreuses et les sels métalliques en général.
Les neurotiques, qui agissent sur le système nerveux : le curare, la strychnine, l'oxygène com-
primé, les cantharides, le chloroforme, l'éthcr, l'opium.
Les névro-musculaires : la digitale, le tabac.
Les musculaires : l'acide carbonique, la vératrine, les sels de cuivre, de zinc, d'étain, de plomb, de mercure.
Les irritants corrosifs : les acides sulfurique, azotique, chlorhydrique, oxalique ; la potasse, la soude, l'iode, le chlore. [Alfred Jacquemart.]
POISSONS.— Zoologie, XXI, XXIL— Dans l'embranchement des Vertébrés, les Poissons occupent à juste titre un rang tout à fait inférieur. Par certains traits de leur organisation et de leur développement, ils se rattachent aux Batracier.s, avec lesquels ils sont généralement réunis dans les classifications récentes sous le nom d'Anallantoidiens, par opposition aux vertébrés supérieurs, les Mammifères, les Oiseaux, les Reptiles, qui sont des Allantoidiens. 11 existe toutefois entre les Batraciens et les Poissons de notables différences, non seulement au point de vue de la structure intime, mais encore du régime et des mœurs. Les Batraciens en effet sont, pour la plupart, organisés en vue d'une existence amphibie ; les Poissons, au contraire, sont des animaux essentiellement aquatiques à toutes les périodes de leur existence.
Caractères généraux. — Le milieu pour lequel ils sont faits a imprimé chez les poissons un caractère tout particulier à l'organisme; chez eux les appareils de la circulation, de la respiration et de la locomotion sont profondément modifiés.
Tandis que chez les vertébrés supérieurs il existe en réalité deux cœurs accolés l'un à l'autre, l'un droit, ou veineux, l'autre gauche, ou artériel, cœurs qui, du reste, au point de vue physiologique, se fusionnent plus ou moins chez les reptiles; chez les poissons, au contraire, le cœur droit, c'est-à dire la partie du cœur qui reçoit le sang venant des veines, est seul développé ; le sang se rend, en effet, directement dans l'organe central de la circulation avant d'avoir subi l'influence vivifiante de l'air ; en parcourant le cercle circulatoire, il ne traverse qu'une seule fois le cœur, et cela à l'état de sang veineux.
De ce que nous venons de dire, il résulte que le cœur des poissons ne présente que deux cavités, une oreillette dans laquelle se déverso le sang revenu de toutes les parties du corps dans un vaisseau connu sous le nom de sinus de Cuvier, et un ventricule placé derrière l'oreillette et donnant naissance à une artère dont la base est renflée et contractile, parfois même garnie de valvules ou replis membraneux empêchant le retour du liquide sanguin. Cette artère se divise tout de suite en branches latérales qui se rendent dans les branchies ou organes de la respiration, et se réunissent ensuite pour former une grande artère ; véritable aorte au point de vue physiologique, cette artère, qui est située le long de la colonne vertébrale, donne naissance aux divers vaisseaux du corps. Il faut, du reste, faire remarquer que tout le sang veineux ne se jette pas directement dans le sinus de Cuvier ; le sang qui vient des intestins et de quelques viscères passe par les reins et le foie; les veines qui le contiennent forment dans ces organes des réseaux d'épuration très compliqués connus sous le nom de systèmes portes. Quant au cœur lui-même, il est placé sous la gorge, un peu plus reculé cependant chez les Apodes ou Anguilles. Les globules du sang ont une forme elliptique.
Chez les animaux qui vivent dans l',;r, le gaz vivifiant se rend au-devantdu sang, et la respiration se fait dans des cavités connues sous le nom de poumons; chez les êtres dont la vie est exclusivement aquatique, le sang va au-devant de l'air et la respiration a lieu àla surface de pe ites lamelles que l'on désigne sous le nom de branchies. Chez
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les poissons, l'eau nécessaire à la respiration entre dans la bouche et, par un mouvement de déglutition, passant par les fentes que les arcs des branchies laissent entre eux, s'échappe en dehors par les ouvertures des ouïes.
Chez les poissons osseux, ou poissons proprement dits, l'eau qui a servi à la respiration se rend dans une cavité commune et sort de là par une large fente ou ouïe, parfois cependant par un trou plus ou moins large. Chez les poissons cartilagineux (raies, requins), l'appareil respiratoire présente un caractère fort remarquable : les branchies, au lieu d'être libres par leur bord externe et comme suspendues dans une cavité unique, sont adhérentes par leurs deux bords, de telle sotte qu'il faut autant d'ouvertures extérieures qu'il y a d'intervalles entre les branchies. Il est vrai que la chimère ou roi des harengs, qui fait partie du même groupe, n'a qu'une seule ouverture pour la sortie de l'eau, mais cette disposition, qui rappelle ce que l'on voit chez les poissons osseux, n'est qu'apparente ; la peau passe au-devant des cinq fentes des branchies, de telle sorte qu'au-dessous d'elle il y a en réalité autant d'ouvertures qu'il exi-te de lamelles respiratoires. Les poissons tout à fait inférieurs, ou lamproies, ont les organes de la respiration disposés en forme de petits sacs ou bourses, s'ouvrant chacun à l'extérieur par des ouvertures distinctes dont le nombre peut être de sept.
La respiration, avons-nous dit, est essentiellement branchiale chez tous les poissons ; aussi voit-on ces animaux périr en général rapidement lorsqu'ils sont retirés de l'eau : les feuillets des branchies s'affaissant et se desséchant ne se laissent plus traverser par le sang, et l'asphyxie arrive très vite. Chez quelques poissons toutefois que l'on désigne sous le nom de Pharyngiens labyrinthiformes, il existe une disposition très remarquable qui permet à ces animaux, vivant dans des marais qui assèchent souvent, de rester assez longtemps hors de l'eau: au-dessus des branchies sont de vastes cellules dans lesquelles l'eau s'amasse dans des organes spongieux, pour de là tomber goutte à goutte sur les lamelles branchiales et les maintenir humides. Quelques poissons aussi, et la Carpe en est un exemple, ne se contentent pas de l'oxygène dissous dans l'eau; ils viennent à la surface prendre l'air en nature ; il en est même, comme la loche des étangs, qui convertissent l'oxygène de l'air en acide carbonique en le faisant passer au travers de leur intestin, de telle sorte que chez eux cet appareil sert à une respiration supplémentaire.
Les organes de la digestion ne présentent rien de bien remarquable à signaler. L'estomac est ralement vaste, le foie grand; la longueur de l'intestin diffère selon le régime, de telle sorte que la position de l'anus est très variable, cet orifice se trouvant parfois sous la gorge, d'autres fois à la base de la queue. Presque tous les poissons se nourrissent de proie vivante ; il n'en est que peu qui vivent de matières végétales. La forme, la disposition, le nombre des dents varient beaucoup ; elles sont tantôt comprimées, tranchantes et dentelées Bur les bords, comme chez certains requins, tantôl longues, aiguës et pointues, comme riiez les Spbyrènes, tantôt en pavés, ainsi qu'en le remarque chez les Daurades, tantôt eu soies lines et flexibles, ,'• chez certains Hqu.-miniipennes. Les dents peuvent se trouver sur toutes les pièces qui comt le palais et l'arriere-bouche ; elles existent souvent sur h-s os pharyngiens qui entourent rentrée «le l'œsophage. I ne à position toute particulière de loaverture buccale existe chez des ona inférieurs, les Lamproies; la bouche esl entourée d'un disque charnu soutenu par d< neaux cartilagineux et armé de dents; la langue,
également garnie de dents, peut se mouvoir à la manière d'un piston, de telle sorte que cet appareil sert de venteuse.
La cavité du crâne, bien que petite, n'est cependant pas remplie en entier par la masse cérébrale ;. entre elle et les os existe un amas de matière grasse et spongieuse. Les lobes qui forment l'encéphale sont disposés en double chapelet les uns derrière les autres; on y distingue d'avant en arrière des lobes olfactifs, souvent très développés, des hémisphères cérébraux, des lobes optiques, un cervelet et une série de petits tubercules appartenant à l'origine de la moelle allongée. Celle-ci ne présente rien de particulier à signaler; sa structure et sa disposition générale sont ce que l'on voit chez tous les Vertébrés.
Par suite du milieu dans lequel ils vivent, lespoissons ont le cristallin volumineux et sphérique; la cornée est presque plane, la pupille très large et peu contractile ; les yeux sont, en général, grands et peu mobiles; il n'existe ni paupières, ni appareil lacrymal. Chez quelques poissons que l'on connaît sous le nom de Pleuronectes (soles, plies, turbots), les yeux ne sont pas placés, comme d'ordinaire, des deux côtés de la tête; ils sont situés tous deux du même côté, et cette disposition coïncide avec un défaut de symétrie dans d'autres parties du corps; il est, du reste, à remarquer que chez les très jeunes Pleuronectes les yeux sout symétriques.
L'oreille externe et l'oreille moyenne font défaut, l'oreille étant tout entière logée dans lacavité du crâne, directement sur les côtés du cerveau; elle se compose d'un vestibule surmonté de trois canaux semi-circulaires; l'on y trouve des concrétions parfois volumineuses, nommées otolithes, sur lesquelles se terminent des filets du nerf auditif, concrétions qui servent à renforcer les sons. Le goût est presque nul, l'odorat étant. au contraire, le plus souvent développé. L'appareil de l'odorat n'est pas disposé, en général, de façon h ce que l'eau servant à la respiration puisse le traverser; les fosses nasales consistent, en effet, en deux cavités se terminant en cul-de-sac.
Par la nature même des téguments, le tact est très obtus; la peau est, en effet, presque toujours protégée par des écailles; chez les raies et les squales, les scutelles ouïes boucles qui garnissent la peau ont la structure des dents. Ce n'est guère qu'au moyen des lèvres que les poissons peuvent exercer le sens du toucher : chez certains d'entre eux existent autour de la bouche ou sur différents points du corps des appendices qui servent au tact; tels sont les barbillons de la loche, du rouget, des silures, du barbeau, les filaments pêcheurs de, la baudroie, les lambeaux charnus des rascasses, les doigts des trigles ou grondins. Les écailles spéciales qui garnissent une partie des flancs et que l'on connaît sous le nom de ligne latérale sont en rapport avec le sens du toucher.
C'est sous l'influence directe du système nerveux que se trouvent ces curieux appareils électriques qui existent chez quelques espèces. Le mieux connu de ces appareils est celui de la torpille, poisson qui ressemble beaucoup aux raies, à cela près que son corps, de forme sensiblement circulaire, est absolument lisse. L'appareil, logé à la partie antérieure du corps, de chaque côté du cerveau, consiste en une multitude de tubes verticaux, disposés comme des rayons d'abeilles et cloisonnés en une série de petites cellules remplies d'un liquide gélatineux; cet appareil reçoit quelques branches très grosses d'un nerf partant de l'origine de la moelle allongée et connu sous le nom de pneumogastrique, ce nerf se rendant au cœur, aux poumons et à une partie de l'appareil digestif. L'électricité développée dans ces appareils unie non seulement de violentes secou
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à ceux qui saisissent l'animal, mais produit encore tous les effets résultant du dégagement de l'électricité dans nos appareils de physique. Chez nos raies communes un appareil électrique, mais de faible puissance, existe de chaque côté de la queue. Entre la peau des flancs et les muscles Bous-jacents se trouve, chez un poisson du Nil et du Sénégal, le malaptérure, un tissu particulier qui a la propriété de donner des commotions d'une grande énergie. L'anguille électrique ou gymnote, qui habite l'Amérique du Sud, et principalement les mares que l'on rencontre dans les plaines qui sont situées entre la Cordillère et l'Orénoque, possède au plus haut degré la propriété de produire de l'électricité, les commotions suffisant à abattre un homme et même un cheval; l'appareil règne tout le long du dos et de la queue; il consiste en quatre faisceaux composés d'un grand nombre de lames membraneuses très rapprochées et unies par une multitude de petites lamelles placées de champ; ces petites cellules sont remplies d'une matière gélatineuse; tout l'appareil reçoit de gros filets nerveux.
Chez les poissons, les appareils de la locomotion sont profondément modifiés et transformés en nageoires, situées les unes sur la ligne médiane du dos et du ventre, et par conséquent impaires, les autres, paires, placées sur le côté; ces dernières, qui représentent les membres des vertébrés supérieurs, sont les unes insérées latéralement derrière la tête (nageoires pectorales), les autres attachées sur la ligne du ventre (nageoires ventrales). Ces dernières nageoires, qui manquent chez les anguilles et chez quelques autres poissons, peuvent s'insérer plus ou moins en avant et en arrière, depuis le dessous de la gorge jusqu'à l'origine de la queue. Les nageoires impaires occupent, ainsi que nous l'avons dit, la ligne médiane du corps; on les désigne sous le nom de nageoire caudale, de nageoire anale, de nageoires dorsales, suivant qu'elles se trouvent à l'extrémité du corps, sous la queue ou sur le dos. La nageoire caudale, qui agit à la manière d'une hélice, est le principal agent de la locomotion; c'est, en effet, en frappant latéralement l'eau par des mouvements alternatifs de la queue et du tronc que se meuvent les poissons ; aussi les muscles destinés à fléchir la colonne vertébrale sont-ils très développés. Les nageoires latérales (pectorales et ventrales) servent surtout à maintenir l'animal en équilibre; les autres nageoires remplissent le rôle de gouvernail, en dirigeant le poisson dans sa course. Il existe, du reste, le long et en dessous de l'épine dorsale, une sorte de poche membraneuse remplie de gaz et connue sous le nom de vessie natatoire ; cette vessie communique souvent, soit avec l'arrière-bouche, soit avec l'estomac au moyen d'un canal par lequel, lors de la compression de la poche, le gaz en excès peut s'échapper, de telle sorti; que, suivant le volume qu'elle occupe, le poids spécifique du poisson est égal, supérieur ou inférieur à la densité du liquide ambiant, et fait qu'ainsi l'animal reste en équilibre, descend ou monte. Cette vessie manque presque toujours chez les animaux qui vivent au fond de l'eau, enfouis dans la vase, tels que les anguilles, les soles, les raies. Chez certains poissons qui ont été autrefois rangés parmi les Batraciens et que l'on désigne dans les classifications actuelles sous le nom de Dipnés, ce qui veut dire deux respirations, la vessie natatoire, très développée, est parcourue par de nombreuses brides, formant des cellules sur les parois desquelles se rendent des vaisseaux sanguins, de telle sorte que le rôle physiologique de cette vessie est celui d'un véritable poumon.
Certaines nageoires sont modifiées au point de vue de la forme et de la fonction. Chez quelques espèces, et le poisson volant en est un exemple,
les pectorales atteignent un développement tel nue l'animal peut s'en servir comme d'une aile lorsqu'il s'élance hors de l'eau ; chez ceux qui habitent les eaux torrentueuses, les nageoires du ventre se réunissent pour former un organe d'adhérence ; chez d'autres, à certains moments de l'année, la nageoire anale ou les ventrales forment une sorte de poche dans laquelle sont déposés les œufs. La modification la plus curieuse est celle que présente la première dorsale chez certains poissons du groupe des Scombéroïdes, que l'on connaît sous le nom d'échéneis ou rémoras; l'on remarque chez eux un disque aplati composé de lames cartilagineuses mobiles et situé sur le dessus de la tête ; grâce à ce disque, les rémoras ont la faculté d'adhérer fortement aux corps étrangers.
Le squelette des poissons diffère essentiellement de celui des Vertébrés supérieurs en ce qu'il contient rarement l'élément fondamental du tissu osseux ou ostéoplaste; il est formé plutôt de cartilage endurci par des sels calcaires que par de l'os véritable, bien qu'il puisse acquérir une grande dureté; beaucoup d'os, ceux de la tête surtout, sont du reste bien manifestement des endurcissements de certaines parties de la peau. Chez les poissons dits à cause de ce fait poissons cartilagineux, le squelette reste à l'état fibro-cartilagineux ou cartilagineux, la matière calcaire ne se déposant que par petits grains isolés. Chez certaines lamproies, le squelette demeure complètement membraneux. Quant aux os des membres, ils ne présentent pas de cavité intérieure ou canal de la moelle, même chez les poissons dits osseux.
Dans le squelette nous avons à considérer la colonne vertébrale, la tête à laquelle est joint un appareil fort compliqué servant à la respiration {appareil hyoïdien), et les membres.
La colonne vertébrale ne comprend que deux parties distinctes, le tronc et la queue. Les vertèbres elles-mêmes sont plus ou moins aplaties dans le sens longitudinal et creusées en arrière et en avant d'une cavité conique, de telle sorte qu'elles sont biconcaves ; le double cône qui résulte de la juxtaposition de deux vertèbres est rempli par une matière semi-gélatineuse renfermant les éléments essentiels du cartilage. La moelle épinière est protégée par des séries d'apophyses épineuses ; dans la région caudale l'on voit à la face inférieure des vertèbres une série d'apophyses semblables aux apophyses supérieures et renfermant les gros vaisseaux. Les côtes existent en général et encei-, gnent souvent tout l'abdomen. L'on trouve, enfin, sur la ligne médiane du corps, un certain nombre d'osselets dits inter-épineux qui supportent les nageoires impaires.
La structure de la tête est fort compliquée et comporte un grand nombre d'os. La portion fondamentale est constituée par une sorte de pyramide a trois pans dont le sommet est dirigé en avant ; la partie postérieure de cette boîte osseuse protège le cerveau et l'organe de l'audition, la partie moyenne est évidée pour contenir les yeux ; l'on remarque en avant les fossettes appartenant à l'appareil de l'olfaction et une sorte de renflement servant à la suspension de la mâchoire supérieure ; cette pyramide est formée par les occipitaux, les temporaux, le sphénoïde, les pariétaux, les frontaux, l'ethmoîde et le vomer. La mâchoire supérieure elle-même se compose, de chaque côté, d'un os intcrmaxillaire placé sur la ligne médiane et d'un maxillaire ; ces os sont plus ou moins développés; chez certains poissons ils sont fixés de manière à rester immobiles. Une série de pièces osseuses forme une chaîne qui complète en bas le cadre de l'orbite; l'appareil des pièces de l'opercule protège les ouïes et s'ouvre ou se ferme, selon que l'exige le mouvement de 1 eau
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