‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 244 sur 534 · POLARISATION · texte numérisé non relu

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de prisme de manière qu'une des deux images auxquelles il donne naissance puisse seule le traverser, la seconde étant éliminée du champ de la vision par une réflexion totale ; le prisme est alors en apparence dépourvu de la double réfraction, et seul, il semble se comporter comme un morceau de verre ordinaire. Riais si l'on met l'un à la suite de l'autre deux de ces prismes sur le trajet d'un rayon, la lumière transmise par le premier pourra traverser intégralement le second, comme aussi elle pourra être complètement éteinte par ce second prisme, qui deviendra ainsi, pour les rayons qui le frappent, malgré sa transparence apparente, aussi opaque qu'un morceau de métal ou de bois. Dans ce cas, la lumière naturelle a manifestement acquis par son passage au travers du spath biréfringent des propriétés nouvelles et spéciales.

La réflexion et la réfraction simples peuvent aussi opérer la conversion de la lumière naturelle en lumière polarisée. Mais la quantité de lumière ainsi transformée dépend de la nature de la surface réfléchissante et de l'inclinaison du rayon lumineux.

Dans le cas d'un miroir de verre noir non étamé, on obtient le maximum d'effet quand le rayon incident fait avec la surface un angle d'environ 35°, que l'on appelle angle de polarisation de la substance.

Des rayons lumineux qui nous arrivent, il en est peu qui n'aient subi une réflexion ou une réfraction simple ou double. Il faut donc s'attendre à retrouver partout des phénomènes de polarisation. Et si l'on a été longtemps à les découvrir, c'est que l'œil est incapable de distinguer directement un ra\on de lumière naturelle d'un rayon polarisé. Il lui f;i ut pour cela des instruments spéciaux.

On donne le nom de polariseur à tout appareil destiné à convertir la lumière naturelle en lumière polarisée. On appelle analyseurs les instruments servant à reconnaître la polarisation soit partielle, soit totale, d'un faisceau lumineux et à assigner le plan de polarisation de ce faisceau. Le même appareil peut servir en général, suivant les circonstances dans lesquelles on l'emploie, ou de polariseur ou d'analyseur. Le plus employé est le prisme de Nicol; le plus simple est la pince à tourmalines.

La tourmaline est une substance naturelle que Ton trouve sous la forme de prismes à six pans très réguliers. Taillée en lame mince, elle est biréfringente et donne deux images des objets. Mais sous une épaisseur de quelques millimètres, elle éteint l'une des deux images et transmet seulement l'autre. Alors elle peut servir indistinctement d'analyseur ou de polariseur, et deux tourmalines superposées constituent un appareil complet de polarisation. On les dispose sur les branches d'une pince à ressort dans des anneaux qui permettent de les faire tourner sur elles-mêmes. Lorsque les deux cristaux ont leurs axes parallèles, ils se laissent traverser par la lumière incidente comme tout corps transparent. Mais si l'on fait tourner l'un de manière à croiser leur section principale, on produit une extinction complète du faisceau lumineux. Le rayon qui a traversé la première tourmaline en sort polarisé dans un plan perpendiculaire à l'axe; il ne peut traverser la seconde sous la forme de rayon extraordinaire, le seul qu'elle puisse transmettre.

Une des apparences les plus remarquables dues à la polarisation est celle que présentent les lames très minces de quelques cristaux, comme le mica et le gypse. Si l'on place une de ces lames dans la pince à tourmaline, elle y prend une très vive coloration. Si à la pince on substitue tout autre appareil de polarisation où l'analyseur est un prisme biréfringent, les deux images obtenues possèdent des couleurs complémentaires dont on fait varier l'éclat en tournant le prisme.

PolarisctioJi rotalmre. — Un certain nombre de substances jouissent de la propriété de faire tourner le plan de polarisation. Le quartz est la première sur laquelle on ait constaté le fait. Voici l'expérience qui donne une idée simple de ce phénomène. On reçoit sur un prisme de Nicol un rayon de lumière monochromatique et polarisée, on fait tourner le prisme analyseur jusqu'à l'extinction complète du rayon; on sait alors que la section principale du prisme est parallèle au plan de polarisation de la lumière. Si alors on interpose sur le trajet du rayon polarisé une lame de quartz taillée perpendiculairement à l'axe et épaisse seulement d'un millimètre ou deux, on reconnaît que le nicol n'éteint plus le rayon. Et, pour obtenir à nouveau l'extinction, il faut faire tourner d'un certain angle l'analyseur à droite ou à gauche de sa première position.

On admet alors que le plan primitif de polarisation du rayon lumineux, qui était parfaitement déterminé par la section du prisme analyseur, a tourné, sous l'influence du quartz, de l'angle dont on a dû déplacer 1 analyseur pour éteindre de nouveau le faisceau transmis.

Parmi les corps, et même seulement parmi les divers échantillons du quartz, les uns font tourner adroite le plan de polarisation; on les nomme clextrogyres; les autres le font tourner à gauche, on les appelle Ixvogyres.

L'étude de cette importante propriété a conduit Biot à une remarque intéressante : c'est que la rotation produite par la même lame dépend de la réfrangibilité de la source lumineuse. Il s'ensuit que, si l'on prend la lumière blanche comme source, et, comme analyseur, un prisme de spath biréfringent, on obtiendra deux images colorées complémentaires, et, dans la rotation de l'analyseur, aucune des deux ne s'éteindra complètement; mais pour la position correspondante à l'extinction que produirait un nicol, l'image aura une teinte gris de lin facile à reconnaître et que l'on, a appelée teinte sensible, parce qu'elle vire immédiatement au rouge ou au bleu pour la moindre rotation de l'analyseur.

La plupart ces substances organiques manifestent le pouvoir rotatotie : tels sont les acides, les essences, l'amidon et les sucres.

La détermination du pouvoir rotatoire des sucres a une grande utilité au point de vue industriel : on le trouve facilement au saccharimètrp, qui est fondé sur la polarisation et à l'aide duquel on estime dans un sucre du commerce la quantité de sucre cristallisable qui y est contenue et qui fait la valeur commerciale du produit examiné.

La lumière polarisée sert également au chimiste pour distinguer les modifications particulières d'un même corps, comme c'est le cas pour l'acide tartrique; elle est venue en aide au minéralogiste en plus d'un cas, non seulement pour lui fournir l'objet d'observations intéressantes, mais aussi pour lui permettre de sonder les mystères de la constitution de la matière. [Haraucourt]

POLOGNE. — Histoire générale, XXXIII. — On désigne généralement sous le nom de Pologne, bien que l'Etat qui porta ce nom depuis 8(50 jusqu'à 17:*5 n'ait jamais possédé à la fois tout ce vaste territoire, le pays limité : 1" au nord par la Duna du sud (Dzwina) et la Baltique jusqu'à l'Oder; 2° à l'ouest par l'Oder, une ligne de partage entre les eaux de la Baltique et celles de la mer du Nord, les Carpathes centrales et le bas Dniestr; 3" au sud par la mer Noire jusqu'à l'embouchure du Dniepr; 4° à l'est par le Dniepr et une ligne de partage entre les eaux de la mer Noire et celles de la mer Caspienne et de la mer d'Azov. Ce pays était habité, depuis la dernière invasion en Europe de la grande famille indo-européenne, r.'està-dire depuis une époque antehistorique, par des

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peuples de la race vendu, divisés en deux rameaux, les Slaves, et les Lettons ou Lithuaniens; les invasions des Sarmates dans l'antiquité, des Huns et des Avares au ve siècle de notre ère, n'avaient fait que traverser ces régions sans y laisser de trace. Les Lettons occupaient le littoral de la Baltique depuis l'embouchure de la Vistule jusqu'à celle de la Duna, et habitaient les rives boisées du Niémen et de son affluent la Wilia, dans les trois contrées qui portent le nom de Prusse proprement dite, de Samogitie et de Lithuanie; les Slaves vivaient dans les plaines occidentales et les steppes méridionaux du reste du pays, et formaient, à l'époque où commence l'histoire positive de ces régions, deux nations de même race et presque de même langue : les Polaniens ou Polonais {pôle, champ, plaine) de l'ouest, riverains de la Vistule et de l'Oder, et les Polaniens ou Polonais de l'est, riverains du Dniestr, du Bug et du Dniepr. C'est au milieu du ixe siècle que chacune de ces deux nations fut constituée politiquement et acquit droit de cité dans la famille européenne, les Polonais de l'ouest par L'avènement de la dynastie des Piasts et un siècle plus tard par la conversion au christianisme latin sous Miecislas Ier i960) ; les Polonais de l'est par l'invasion des Varègues-Normands ^ouss) qui donnèrent au pays conquis par eux le nom de Rus (Ruthénie) et furent convertis au christianisme par des missionnaires grecs. La Lithuanie ne devait jouer un rôle historique que vers le xrae siècle, et sa conversion au christianisme ne remonte qu'à la fin du xive, lors de sa réunion pacifique avec la Pologne (1386).

L'histoire de la Pologne est proprement l'histoire de la réunion en un seul corps de nations des trois peuples polonais, russien et lithuanien, et de la lutte que l'élément slave et letton eut à soutenir, pendant neuf siècles, d'une part contre le germanisme à l'ouest, d'autre part contre les Tartares et les Moscovites à l'est, les autres luttes (contre les Turcs et les Suédois) n'étant que des épisodes de ce grand drame, dont le dénouaient a été, au moins provisoirement, le triomphe du germanisme et de la Russie moscovite par les partages de la Pologne (1772, 17'.'3, 1795).

Les Piasts. La Pologne conquérante r860 à 1139). — Nous laissons de côté les légendes fabuleuses sur les premiers temps de l'histoire de Pologne et les suppositions des historiens sur l'origine de la noblesse polonaise (szlachta,, que les uns font venir de l'ancienne Dacie, les autres de la Scandinavie, les autres de l'Illyrie et de la Croatie, sans que ce problème ait pu encore être définitivement résolu. Le premier chef dont l'existence soit certaine, Ziemowit, fils de Piast, s'empare du pouvoir vers 860, et sis deux successeurs Leszek et Ziemomysl, païens comme lui, ajoutent à ses domaines, compris entre la Wartha et la Vistule, le pays des Mazoviens et des Lentchitzaniens. Le christianisme s'introduit secrètement dès 800; mais ce n'est qu'en 958 qu'est fondé le premier érêcbé, celui de Posen (sur la Wartha . et ce n'est qu'en 90.". que Miecislas, lilsde Ziemomysl, accepte avec toute la nation le christianisme romain, à l'instigation de sa femme Dombnhvka, princesse tchèque. Tous ces princes exerçaient sur leurs sujets un pouvoir absolu et luttaient à l'extérieur avec des succès divers contre l'empire germanique, qui, après avoir subjugué les Slaves de l'Elbe, tentait de soumettre à son joug ceux de L'Oder et de la Vistule.

Le fila de Miecislas, Boleslas surnommé le Grand ou le Vaillant (992-102.1 . est un- des li-ures les de ce moyen âge reculé. Ce contemporain de Hugues Capel el du roi Robert, loin de croire à la fin du monde, semble vouloir i< dans le Nord un monde nouveau, un monde slave.

11 réunit à ses domaines la Silésie avec Breslau ^Wroclaw), la Chrobatie avec Cracovie (Krakôwj, une partie de la Moravie et la Poméranie; il propage dans ses Etats le christianisme encore contesté, fonde l'archevêché de Gnesne (1000) et trois autres évêchés; lutte contre tous ses voisins, conquiert la Bohême sans pouvoir la garder, bat U s Allemands, qui dans leurs chroniques l'appellent «le lion dévorant» (Dietmar de Merseburg , s'empare de la Lusace, plante les poteaux-frontières de la Pologne dans l'Elbe et la Saale; puis, assuré à l'ouest, va faire sentir aux Russiens de Kiev le poids de son glaive (1018,, et mérite par ses exploits le titre de roi, que lui avait reconnu l'empereur OthonlII en l'an 1000 et qu'il prit solennellement en se couronnant lui-même en 1 024.

Mais l'œuvre de ce véritable fondateur de la monarchie polonaise est compromise par le règne de dix ans de son indolent successeur Miecislas II, (1025-1035), qui se laisse enlever la Moravie, la Chrobatie hongroise, la Poméranie, la Kiïovie (pays de Kiev) et la Silésie. Après sa mort (1035) sa femme l'Allemande Ryxa s'enfuit avec son jeune fils Casimir Ier, et la plus effroyable anarchie désole le pays. Les paysans se soulèvent contre les nobles et les prêtres, et retournent au paganisme ; le principal chef de la révolte, Maslaw, se déclare indépendant en Mazovie: et ce n'est qu'après cinq ans de désordre que le retour de Casimir, qui a étudié en France àCluny, met fin à l'anarchie (1040). 11 reconquiert successivement tous les lambeaux de la monarchie de Boleslas, y compris la Silésie et la Mazovie; il répand l'instruction en Pologne et y fonde des écoles où enseignent les bénédictins et le clergé séculier, et il mérite le surnom de Rénovateur. Son mariage avec une fille de Jaroslav, duc de Kiev, le même à qui le roi de France Henri Ier demanda aussi une de ses filles, permettra à son successeur d'intervenir dans les troubles et les divisions qui déchirent la Ruthénie. Le fils de Casimir, Boleslas II le Hardi, appelé tour à tour en Hongrie et en Ruthénie pour régler en arbitre les différends entre les prétendants, se couvre de gloire dans ces expéditions; mais son absence trop prolongée est la cause de nouveaux désordres et de nouveaux soulèvements, qu'il n'apaise à son retour qu'en excitant de violentes haines contre sa personne. Vivement réprimandé par l'évêque de Cracovie Stanislas Szczepanowski, plus tard canonisé, il le tue de sa main '1079); et, excommunié par Grégoire Vil, alors occupé à faire partout triompher le pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, il est obligé de quitter le pays et va mourir en Hongrie.

On peut considérer sa chute comme celle du pouvoir absolu en Pologne. Son frère Ladislas Hermann, appelé àlui succéder, perd la Ruthénie, confie le pouvoir à un favori nommé Sieciech, qui se fait détester des grands seigneurs, lesquels s'affranchissent de plus en plus de l'autorité royale. Cependant le fils de ce roi indolent, Boleslas III Bouche-torse (1102-1139), illustre encore ce nom glorieusement porté par deux de ses prédécesseurs : il repousse victorieusement en 1114, près de Breslau, l'invasion allemande provoquée par son frère révolté Zbigniew; il conquiert définitivement la Poméranie, qu'il convertit au christianisme, et, partout vainqueur, il meurt en 1139, mais en compromettant son œuvre parle e qu'il effectue entre ses fils. C'est de ce partage, plUB fatal encore que celui que firent en Franco Clovis et Clotaire 1er, que va dater la prépondérance de l'aristocratie et en même temps l'affaiblissement de la Pologne et l'intervention de l'étranger.

La Pologne divisée (1139 à 1305). — Les quatre domaines créés par le partage étaient : 1° le territoire de Cracovie ou Chrobatie occidentale avec la

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Silésie, auquel était attachée la suprématie ; 2° la Pologne de la Wartha ou Grande-Pologne, avec la Poméranie; 3° la Mazovie et les terres environnantes conquises en partie sur les Prussiens (Lettons) encore païens ; 4° la Chrobatie orientale ou duché de Sandomir. L'alné des fils de Boleslas, Ladislas, duc de Cracovie, voulut dépouiller ses frères et rétablir l'unité du royaume ; mais il échoua dans son entreprise et mourut en exil (1142) : ses fils n'obtinrent de leurs oncles qu'une partie de l'héritage paternel, c'est-à-dire la Silésie, désormais perdue, politiquement pour la Pologne, mais qui a jusqu'à présent conservé la langue et les usages polonais, au moins parmi le peuple des campagnes.

D'autres désastres frappent le pays. Pendant que les princes russiens portent, au delà du Dniepr dans la Zalésie (plus tard surnommée Grande- Russie) la langue slave et la religion grecque, les Polonais échouent dans une expédition contre les Prussiens païens (1161) ; d'autre part, la Poméranie se sépare de la Pologne par la fondation d'un duché vassal de Stettin. qui sera de plus en plus soumis à l'influence allemande et surtout brandebourgeoise. Les Allemands, outre les colonies pacifiques dont ils peuplent les villes de la Grande- Pologne, introduisant leurs lois et leurs usages municipaux, envoient des colons armés (Chevaliers porte-glaive) convertir et conquérir la Livonie. £n vain, en 1 1 77, le dernier des fils de Boleslas III, Casimir le Juste, réunit sous son sceptre toutes les parties du royaume paternel à l'exception de la Grande-Pologne ; en vain il cherche à établir l'unité dans la législation par le synode de Lenczyca (1180); ni l'institution d'un sénat, ni les efforts de Miecislas III dit le Vieux pour réprimer l'aristocratie, ne peuvent empêcher l'affaiblissement progressif et le désordre croissant. La Pologne est divisée en six parties entièrement indépendantes les unes des autres : la Poméranie, la Silésie, la Grande-Pologne, la Kiïavie, la Mazovie et la Petite-Pologne. Un morcellement semblable a d'ailleurs eu lieu simultanément dans la Ruthénie après la mort de Jaroslav : on y compte autant de princes indépendants que de villes ; Kiev comme Cracovie a perdu sa suprématie. Leszek le Blanc, duc de Cracovie, essaye cependant de profiter de l'anarchie russienne et occupe Przemysl, mais ses successeurs ne gardèrent pas longtemps cette conquête.

Alors, coup sur coup, deux fléaux s'abattent sur la Pologne. Le premier, plus funeste par la suite, semble d'abord un bienfait : c'est l'introduction par Conrad de Mazovie (1225-1228) des chevaliers Teutoniques, revenus de la Terre-Sainte, qu'il charge de convertir par les armes les Prussiens de la Baltique, et qui vont être l'avant-garde de la conquête allemande en Pologne; c'est le germe des partages que vient de semer ce prince imprudent. L'autre fléau, plus violent, c'est l'invasion des Tartares (1240; : le flot venu d'Asie inonde les steppes de Zalésie, toute la Ruthénie, toute la Petite Pologne, et va s'abattre en Silésie contre la poitrine des chevaliers de Henri le Barbu à Liegnitz [1240) et dans les plaines de la Hongrie.

La Pologne, qui n'a point pris part aux croisades asiatiques, inaugure ainsi sa croisade européenne contre les Tartares d'abord, et ensuite contre les Turcs. En effet, la horde établie entre la mer d'Azov et la Caspienne va sans cesse renouveler ses invasions et sera toujours arrêtée par la Pologne, qui en préservera l'Europe. .Mais, dominant sur tous les princes russiens au delà du Dniepr, la horde tartare va modifier le caractère de la nationalité russienne et en déplacer le centre. Moscou succédant à Kiev, c'est l'élément finnois et mongol substitué à l'élément slave dans l'hégémonie russienne ; et quand les Tartares propre-

ment dits auront été vaincus par les tzars de Moscou, ce sont en quelque sorte leurs successeurs légitimes qui les remplaceront et continueront leur œuvre avec plus de succès.

Le duc de Cracovie, sous le règne duquel s'accompliront ces grands événements, Boleslas V, prince vertueux, mais incapable, voit aussi grandir à ses côtés deux puissances nouvelles :1a Lithuanie, et la principauté de Halicz et bientôt de Lwôw (Lemberg). En Lithuanie, c'est le grand-duc païen Mendog, qui, obligé de lutter contre les chevaliers Teutoniques, maîtres de la Prusse et menaçant déjà la Lithuanie, accepte un instant le christianisme et la couronne ; à Halicz, Daniel, prince russien, fait de même, et, pour devenir roi, renonce à la religion grecque ; mais, déçus l'un et l'autre dans leurs espérances d'indépendance, ils rejettent tous les deux la religion romaine, et les successeurs de Mendog, tout en continuant la lutte contre les Teutoniques, vont bientôt conquérir les possessions russiennes des successeurs de Daniel et de son fils Lew (Lion ou Léon).

En Pologne, cependant, les successeurs de Boleslas V retrouvent quelque énergie : Leszek le Noir (1282) repousse les Lithuaniens, qui, réveillés par l'invasion teutonique, font sentir leur force à tous leurs voisins; Przemyslas (1295) reprend le titre de roi, abandonné par ses prédécesseurs depuis 1139, et se fait couronner.

En revanche, la Petite-Pologne passe sous la domination des Tchèques, dontleroi Venceslas, devenu également maître de la Grande-Pologne, prend la couronne de Boleslas le Grand et fait de la Pologne une province de la Bohême et un fief de l'empire allemand (i300).

La Pologne renaissante (!305 à 1386). — Mais alors que tout semblait perdu, le désordre touchait à sa fin. Chassé du trône de ses pères par Venceslas de Bohème, le prince piast Ladislas le Bref (Lokietekj ne perd point courage ; il se rend à Rome, assiste au fameux jubilé de 1300 institué par Boniface VIII, fait reconnaître par le pape ses droits à la couronne, et, fort de cette investiture morale, revient conquérir le trône laissé vide par la mort de Venceslas (i:;05). Comme autrefois Casimir Ier le Rénovateur, il reprend successivement toutes ses provinces, à l'exception de la Silésie. qui se donne aux Tchèques, et de la Mazovie toujours rebelle. Enfin en 1319, le 20 juin, il mettait la couronne sur sa tête, et la Pologne était sauvée. Restait à punir les chevaliers Teutoniques, qui avaient prêté leur appui aux rebelles. Ladislas comprit que, pour écraser cet ennemi, l'allié naturel de la Pologne était la Lithuanie, et il fit alliance avec l'un des successeurs de Mendog, le grand-duc Giedymin, dont son fils Casimir épousa la fille Aldona. Ei tandis que Giedymin étendait du côté de la Ruthénie la puissance toujours croissante de la Lithuanie, Ladislas le Bref, après avoir tenu à Chenciny, vingt-neuf ans après Philippe le Bel en France, la première diète nationale, les premiers états généraux (1331), s'en allait, âgé de soixante-dix ans, écraser à Plowce les Teutoniques, conduits par un traître, et leur tuait 20 000 hommes. Son œuvre était achevée, et il laissait en mourant (1333) à son fils Casimir un royaume uni et fort, qu'il s'agissait d'enrichir et de rendre florissant.

Ce fut l'œuvre à laquelle se consacra Casimir surnommé le Grand (1333-1370). Il sut sacrifier beaucoup au besoin le plus urgent, à savoir le maintien de la paix. Le successeur de Venceslas, Jean de Bohême, celui qui devait mourir aveugle en combattant bravement à Crécy (1346;, conservait le titre de roi de Pologne; il y renonça à condition que Casimir lui céderait la Silésie, qui depuis longtemps avait en fait cessé d'appartenir aux rois de Pologne. Les Teutoniques détenaient

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la terre de Dobrzyn et la Kiiavie, ils les rendirent à Casimir en échange de la Poméranie, dont la possession était aussi purement nominale. Casimir réunit d'ailleurs à la couronne la terre de Wieluiî et la Mazovie, et, après la mort de Boleslas de Halicz, il réunit aussi la partie de la Ruthénie appelée la Russie Rouge, non sans résistance de la part des Roumains de Yalacliie et du grand-duc lithuanien Olgierd, successeur de Giedymin, qui continuait les conquêtes de son père en Moscovie, et battait les Tartares et les Teutoniques avec l'aide de son frère Kiejstut, et plus tard de son fils Jagellon et de son neveu Vitold.

La richesse de la Pologne, sous Casimir, est déjà considérable. On cite comme exemple les fôtes données à Cracovie par le bourgeois Wierzynck, lors du mariage delà petite-fille du roi de Pologne avec l'empereur Charles IV de Luxembourg, fils de Jean, et les cadeaux princiers que Wierzynek fit aux souverains ses hôtes. C'est de ce règne aussi que date la fondation de l'Université de Cracovie (1304). De plus, continuant les traditions paternelles, Casimir convoqua souvent des assemblées provinciales et des congrès et diètes, dont la plus célèbre est celle de Wiglica (1347), où il publia le fameux statut de ce nom, qui codifiait toutes les lois antérieures. Enfin, par la protection qu'il accorda aux faibles, notamment aux villageois, il mérita le nom glorieux de Roi des paysans. Disons en passant que les paysans, bien que privés de droits politiques, n'étaient pas serfs en Pologne, et que les nobles, seuls citoyens, étaient égaux entre eux : la féodalité allemande n'avait point franchi la Vistule. Il fut aussi le protecteur des juifs, persécutés alors dans toute l'Europe. Il ne manqua au bonheur de Casimir le Grand et à celui de ses sujets qu'un fils qui pût succéder à ce grand roi. Avec lui s'éteint la dynastie des Piasts, qui avait régné sur la Pologne de 8G0 à 1370, c'està-dire un peu plus de 500 ans.

Casimir avait fait agréer des nobles, comme devant lui succéder, un descendant du frère de saint Louis, le roi de Hongrie Louis d'Anjou, fils de sa sœur, qui renonça, en faveur de la Pologne, à ses prétentions sur la Russie Rouge (Halicz et Lemberg). Devenu roi, bien que par l'acte solennel de Koszyce il eût renouvelé ses engagements, il se garda bien de les tenir, et par son mauvais gouvernement se rendit très impopulaire en Pologne. Cela n'empêcha pas la noblesse polonaise de repousser tous les autres compétiteurs qui se présentèrent à sa mort (1382), et d'appeler au trône sa fille cadette Hedwige d'Anjou, qui bientôt (138G) accepta pour époux, de la main de la nation, et malgré ses répugnances, le grand-duc de Lithuanie Jagellon, réunissant ainsi à son royaume et con quérant à la foi chrétienne et à la civilisation toute une nation pleine de vitalité et déjà puissante, dont les destinées seront désormais inséparables de celles de la Pologne.

On voit qu'à la fin de cette période, la Pologne avait rempli sa mission historique : sauf quelques exceptions, toutes les provinces comprises dans ses frontières naturelles étaient réunies sous un môme sceptre, la plupart volontairement ; le germanisme, représenté par l'ordre Teutonique et la maison de Luxembourg, était tenu en respect à l'ouest, et l'élément tartare et moscovite était refoulé parles grands-ducs lithuaniens, qui avaient enlevé à la fois aux Tartares de Pérécop et aux tzars de Moscou la domination sur les Slaves russiens. 1 a Pologne n'avait pas non plus entièrement délaissé, dans le tumulte des armes, toute culture intellectuelle. Si la langue nationale avait été négligée, comme dans presque tous les pays de l'Europe I cette époque, la littérature latinopolonaise du moyen âge présente une suite ,1,. chroniqueurs aussi longue et aussi brillante que

celle des autres nations civilisées. Nous avons vu que les écoles monastiques et ecclésiastiques y florissaient dès l'an mil, et enfin le règne de Casimir l'avait dotée d'une université qui, illustrée d'abord par le créateur de l'optique, Vitellin (en polonais Erasme Ciolek), devait cent ans plus tard donner à la science l'immortel Kopernik.

Les Jagellons. La Pologne florissante ( I 386-1572). — A la mort de Casimir le Grand, l'éligibilité des rois avait succédé en principe à l'hérédité. Mais, heureusement pour la Pologne, en fait la couronne resta héréditaire dans la famille qui était montée sur le trône à la suite du matiage d'Iledwige d'Anjou et de Jagellon ; et ainsi furent retardés de deux siècles les malheurs que l'éligibilité des rois devait attirer sur la nation ; ainsi fut assurée à la Pologne une ère de prospérité et de gloire sous cette nouvelle dynastie.

Le premier soin de Jagellon fut de recevoir le baptême ; devenu ainsi Ladislas II, il baptisa son peuple, et, renonçant au pouvoir absolu des grandsducs ses prédécesseurs, donna aux boiards lithuaniens et ruthènes de ses Etats, convertis à la religion romaine, des privilèges analogues à ceux de la noblesse polonaise. Il fonda l'évêché de Vilna en 1387. Hedwige sa femme reconquit elle-même la Russie Rouge sur les Hongrois, que Louis y avait installés, et poussa son mari à renouveler et à compléter l'université de Cracovie, qu'elle dota richement (lion). Hedwige mourut en 1390, trop vite pour la Pologne, qui a pieusement conservé sa mémoire. Jagellon continua seul l'œuvre commencée. Confiant le gouvernement de la Lithuanie à son frère Skirgiello, puis à son cousin Vitold, il porta tous ses efforts contre l'ordre Teutonique, excité contre la Pologne et soutenu en dessous par l'empereur Sigismond de Luxembourg, candidat évincé en 1383 au trône de Pologne. Alors (1410) eut lieu la mémorable bataille de Grûnwald, où Jagellon et son frère Vitold taillèrent en pièces les Teutoniques, désormais réduits à l'impuissance et qui, par le traité du lac Mielno (1422), renoncèrent à leurs prétentions sur la Samogitie. Pour régler les rapports de la Lithuanie et de la Pologne, Jagellon convoqua l'assemblée de Horodlo (1413), où il confirma les privilèges donnés à la noblesse lithuanienne, qui adopta les armoiries des familles nobles polonaises. Malheureusement le sort des paysans lithuaniens resta aussi misérable que par le passé, et celui des paysans polonais empira peu à peu à partir de cette époque. Cette liberté de la noblesse lithuanienne ne fut pas une réalité, tant que Vitold vécut. Jaloux de son cousin, rêvant de se rendre indépendant, fier des victoires qu'il avait remportées sur les Tartares et les Moscovites, il exerça en Lithuanie un despotisme de fer, et se laissa séduire par les propositions de l'empereur Sigismond, qui lui offrait la couronne de Lithuanie. Mais ces intrigues furent découvertes, et Vitold, déçu dans ses espérances, mourut en 1430. Swidrygajlo le remplaça comme gouverneur de la Lithuanie; s'étant révolté à son tour, il fut destitué ; enfin son successeur ne sut pas calmer les mécontents et eut à lutter contre une guerre civile, dont Jagellon ne vit pas la fin, car il mourut en 143'..

Son fils Ladislas III hérita de sa couronne, grâce aux effortsde l'évêque île Cracovie, Zbigniew < Uesnicki, l'homme d'Etat le plus habile de la Pologne à cette époque et ami dévoué du dernier roi. Le frère cadet de Ladislas III, Casimir, devint gouverneur de Lithuanie. C'est sous ce règne (1439 qu'eul lien au concile de Florence la fameuse union de l'Eglise, grecque et de l'Eglise latine. On se rappelle que la Ruthénie avait été convertie au christianisme par des missionnaires du rite grec ; depuis l'union de la Lithuanie avec

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laPologne.il importait d'établir l'unité religieuse: on laissa au clergé grec-uni le mariage et certains rites, à condition qu'il reconnût la suprématie du pape. Alors la noblesse de religion grecque fut admise aux mêmes privilèges que la noblesse polonaise et lithuanienne du rite latin. Le prestige des Jagellons était alors si grand dans l'est de l'Europe, que les Hongrois offrirent la couronne au jeune roi de Pologne, espérant trouver en lui un chef capable de résister aux Turcs qui. dès le milieu du siècle précédent, avaient pénétré en Europe, et qui, entourant déjà de leurs conquêtes Constantinople aux abois, vainqueurs de Jean sans Peur et des chevaliers français à Nicopolis (13%), Poussaient leurs incursions jusqu'au cœur de la Hongrie. Ce fut le premier acte de la longue lutte des Polonais contre les Turcs : il eut un fâcheux dénoùment. Ladislas III fut tué en 1444 à la bataille de Varna, et neuf ans plus tard, malgré les efforts d'Hunyade et de Mathias Corvin, Constantinople tombait au pouvoir des Turcs (1453).

Le frère de Ladislas, Casimir Jagellon (14i4- 1492), qui lui succéda, fut un politique comme Louis XI, son contemporain. Le double but qu'il poursuivit fut d'abord d'apaiser, par une sage temporisation, les différends prêts à éclater entre la Pologne et la Lhhuanie au sujet des provinces russiennes de Yolhynie. de Podolie et d'Ukraine, et ensuite de profiter de l'affaiblissement de l'ordre Teutonique, et du mécontentement des habitants de la Prusse occidentale soumis à sa domination, pour reprendre cette province et la réunir à la Pologne ( 1 »54) ; cette réunion devint définitive par le traité de Thorn avec l'ordre (liGO). Pendant que la Pologne s'affermissait au dedans et l'emportait sur les Allemands au nord-ouest, la puissance lithuanienne s'affaiblissait à l'orient. Novgorod la Grande et Novgorod-Sievierski se séparaient d'elle (1479-1490), et les tzars de Moscou, vainqueurs des Tartares du Don (1477), jetaient les fondements de leur future grandeur, pendant que les Turcs, maîtres de la mer Noire, s'emparaient de la Crimée et soumettaient les Tartares de Pérékop. C'est sous ce règne, c'est-à-dire en même temps qu'en France, que les premières imprimeries font leur apparition en Pologne (14G5 à Crccovie).

Des cinq fils de Casimir Jagellon, l'un, Ladislas, fut élu roi de Bohême (1471), et, plus tard, roi de Hongrie (1490), et trois autres lui succédèrent tour à tour en Pologne: ce sontJean-Albert(l4'J2-1501), vainqueur au nord dans une expédition contre Pskow, vaincu au sud par lesValaques en Bukovine; Alexandre (1501-1.06), sous le règne duquel les lois polonaises furent de nouveau réunies et publiées, après l'assemblée de Radnm, par le chancelier Jean Laski ; et enfin Sigismond Ier dit le Vieux (15()6-1548\ contemporain de François Ier et de Charles-Quint, et dont le règne fut un des plus glorieux de l'histoire de Pologne.

Sigismond sut d'abord réprimer la révolte de l'ambitieux Glinski, qui, voulant relever à son profit l'antique puissance russienne, amena les Muscuvites dans le pays et leur facilita la prise de Smolensk. Cette première lutte de la Pologne contre les tzars fut illustrée par la victoire du prince Constantin Ostrogski à Orsza (1514), un an avant Marignan ; toutefois Smolensk resta au tzar. L'empereur Maximilien, appliquant la politique matrimoniale autrichienne, obtint de Sigismond son consentement au mariage de son neveu Louis Jagellon, fils de Ladislas, roi de Bohême et de Hongrie, avec Marie, petite-fille de l'empereur, et à celui d'Anna, sœur de Louis, avec Ferdinand, le frère cadet de Charles-Quint, afin que l'Autriche pût hériter un jour de ces deux royaumes; ce qui arriva en effet. Cependant Maximilien meurt et

l'avènement de Charles-Quint coïncide avec la réforme de Luther. La Béforme pénétra de bonne heure en Pologne, mais sans y exciter d'autres guerres qu'une guerre de plume, d'autre persécution que la répression de quelques troubles sans importance : le plus grave événement auquel elle donna lieu fut la sécularisation de l'ordre Teutonique, et l'investiture du duché de Prusse accordée au dernier grand-maître Albert, de Brandebourg, devenu le vassal du roi de Pologne pour la Prusse orientale (1525). Il eût mieux valu pour la Pologne que Sigismond, profitant des circonstances, réunît simplement à ses Etats la Prusse orientale comme la Prusse occidentale, et la tolérance religieuse fut ici en contradiction avec la politique d'intérêt : nous verrons bientôt les Brandebourgeois, devenus ducs de Prusse par héritage, refuser d'abord l'hommage et ensuite se transformer de ducs en rois, de vassaux en ennemis, puis en maîtres.

Parmi les autres événements de ce règne, nous citerons encore la réunion définitive de la Mazovie par l'extinction de ses ducs (1526), les nouveaux essais de codification des lois polonaises, la publication du premier statut lithuanien (1529), la victeire d'Obertyn, remportée par l'hetman connétable) Jean Tarnowski sur les Valaques envahisseurs ; puis la très politique alliance de Sigismond avec le sultan Soliman, également allié de François Ier; enfin les intrigues de la reine, l'Italienne Bona Sforza, qui furent en partie cause de la ridicule révolte de la noblesse convoquée à Lemberg, connue sous le nom de guerre n'es poules (1537). C'est aussi sous ce règne que parut l'ouvrage du Polonais Kopernik, De revolutionibus orbium cœlestium (I5i3), qui devait renouveler la science de l'univers.

Avant de mourir, Sigismond Ier avait fait nommer grand-duc de Lithuanie, puis roi de Pologne, son fils Sigismond II, plus connu sous le nom de Sigismond-Auguste (1548-1572). Le nouveau règne commença par une tragédie de famille. Du vivant de son père, Sigismond-Auguste avait épousé Barbe Radziwill, veuve du palatin de Troki, Gasztold ; la noblesse protesta contre ce qu'elle appelait une mésalliance ; le roi resta sourd à ces protestations, mais sa mère Bona fit, dit-on, empoisonner la jeune reine, qui mourut quelques mois après son couronnement. D'autres difficultés naquirent de la question religieuse ; les évêques d'une part, la noblesse de l'autre, s'efforçaient, les uns, d'entralnerleroi à extirper l'hérésie, les autres de lui faire proclamer, à l'exemple de Henri VIII, une Eglise nationale dont il eût été le chef. Le roi résista à ces deux pressions en sens contraire; et, sans rompre le lien qui l'unissait à Rome, il continua la tradition de tolérance inaugurée par son père : aussi, tandis que les guerres de religion mettaient l'Europe en feu, en Angleterre, en France, en Hollande, en Allemagne, la Pologne devenait l'asile de tous les persécutés, calvinistes, luthériens, sociniens, etc. ; et leurs controverses religieuses ne contribuaient pas peu à développer le mouvement intellectuel et à donner l'essor à une littérature nationale.

Cependant la guerre allait recommencer avec la Moscovie, à l'occasion de la Livonie, qui venait de se soumettre à la Pologne et de recevoir pour duc l'exgrand maître des chevaliers Porte-glaive, Gottard Ketler, devenu le vassal de Sigismond-Auguste. Le tzar, irrité des progrès de la Pologne, s'empare de Polock et envahit la Livonie. Le roi, pour repousser cette invasion, fait appel à la noblesse lithuanienne et lui octroie de nouveaux privilèges politiques, entre autres l'élection de députes aux diètes. La diète de Piotrkôw (1562) réprima les abus, organisa les finances, fortifia 1 armée, malheureusement encore insuffisante, et favorisa

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le commerce qui, laisse aux mains des Allemands et des Juifs, ne fut jamais assez florissant en Pologne. Le statut lithuanien fut aussi refondu et publié en 1ÔG4. Enfin Sigismond, voulant consommer définitivement l'union de la Litbuanie et de la Pologne, renonça volontairement à ses droits héréditaires sur le grand-duché et put ainsi faire signer la mémorable Union de Luolin M 509), qui est un des rares exemples qu'offre l'histoire de la réunion volontaire de deux peuples sur les bases de la liberté et de l'égalité : liberi cum liheris, séquelles cum sequalibus. A la même diète de Lublin, le duc de Prusse, Albert II, prêta l'hommage au roi pour son duché. Jamais la Pologne n'avait été si prospère et si puissante. Mais Sigismond-Auguste mourait en 1572 sans enfants, et avec l'extinction des Jagfllons allait commencer la période des rois électifs et bientôt la décadence.

Les premiers rois électif*. Grandeur et décadence (1576 à 1028). — Au moment où va s'établir «n France, au sortir des guerres de religion, la monarchie absolue des Bourbons, le pouvoir royal en Pologne perd toute force et tout prestige, et la constitution polonaise, poussant à l'excès toutes les garanties de liberté conquises par la noblesse, va laisser la nation sans défense contre les attaques de voisins de plus en plus puissants. L'interrègne de 1572-1573 va décider de l'avenir de la Pologne. La noblesse se forme en confédération générale, sorte de ligue universelle de tous les citoyens, salutaire alors, mais qui dans l'avenir servira de modèle et de précédent à d'autres confédérations partielles et ennemies, la plupart du temps aussi funestes que le fut la ligue catholique en France au seizième siècle. Sur l'avis de Jean Zamojski, le véritable promoteur de tout ce mouvement quasi-républicain, l'Etat polonais prend le nom de République de Pologne, dans le sens antique du mot respublica ; tous les nobles ont droit de prendre part à l'élection du roi : le roi ne peut désigner son successeur de son vivant, ne peut ni se marier, ni divorcer sans le consentement du sénat, doit conserver la paix religieuse, n'a le droit ni de déclarer la guerre, ni d'envoyer des ambassadeurs aux puissances étrangères sans le consentement des Etats; il est assisté d'un conseil composé de sénateurs et de députés ; il doit convoquer une diète tous les deux ans; et, s'il viole les lois et les privilèges des citoyens, la nation est relevée de son serment de fidélité et d'obéissance. De plus tout roi élu accepte et jure de remplir certaines conditions spéciales appelées j-ncta conventa.

Le premier roi élu d'après la nouvelle charte fut un prince français, le dernier représentant de la race des Valois, le triste Henri III. L'ambassadeur français, de Montluc, jura qu'Henri n'avait pris aucune part à la Saint-IIarthélemy, promit qu'il tiendrait la balance égale entre catholiques et protestants, et Henri de Valois fut nommé, l'emportant sur l'archiduc Ernest et Jean Wasa, roi de Suéde, beau- frère de Sigismond-Auguste. Des ambassadeurs vinrent à Paris lui offrir la couronne. Henri arrive à Cracovie; son règne d'un an ne présente qu'un seulévénementdigne d'être mentionné, le meurtre du castellan Wapowski, assassiné pendant les fêtes du couronnement par le grand sei- Samuel Zborowski, condamné seulement au isseœ ru. Bientôt Henri apprend la mort de son frère Charles IX,* et B'enfuit en toute hâte pour revenir en France. Ce premier essai de roi étranger et élu n'était pas heureux.

Le second le fut davantage. Henri n'ayant pas tenu sa promesse de revenir en Pologne, on procéda a une nouvelle élection [1575). Les candidats n Maximilien d'Autriche, Jean Wasa, roi de Suède, ot le palatin de Transylvanie, Etienne Ba L'ai chevi que primat de Gnesne et son parti nommèrent Maximilien ; mais Zamojsld et la ma-

jorité proclamèrent reine la sœur de Sigismond- Auguste, Anne Jagellon, en lui donnant pour époux Etienne Batory, converti au catholicisme et devenu ainsi roi de Pologne.

Etienne Batory (1575-1586), pour mieux combattre les Tartares et les Turcs, fit aux Allemands des concessions dont il ne soupçonnait pas les conséquences ; il vendit aux margraves d'Anspach, de la maison de Brandebourg, le droit de succession au duché de Prusse. C'est la seule faute qu'on puisse lui reprocher. Contre les Tartares il organisa la milice des Cosaques Zaporogucs. composée d'aventuriers russiens et polonais établis dans h-s îles du Dniepr, en leur octroyant le droit d'élire leurs hetmans (généraux). Puis, de concert avec Jean Zamojski devenu chancelier, il exerça l'armée formée de la noblesse, et la conduisit à la lutte contre les Moscovites. Le tzar Ivan IV le Cruel avait pris toute la Livonie ; Batory et Zamoj-ki lui enlèvent Polock en 1579, puis nombre d'autres villes, et en 1581 mettent le siège devant Pskow. Ivan, réduit à l'extrémité, a recours à la ruse pour obtenir la paix. 11 feint de vouloir unir l'Eglise grecque à l'Eglise catholique, et le jésuite Possevin, trompé par ses promesses, décide Batory à lui accorder la paix de Kiwerowa Horka (1582). Polock est rendu à la Pologne, Ivan abandonne la Livonie qui devient entièrement polonaise. Mais l'occasion perdue d'écraser la puissance moscovite ne se retrouvera plus, et Ivan est justement le tzar moscovite, qui prend le titre d'empereur, et, adoptant pour armoirie l'aigle à deux tètes, se donne pour le successeur des empereurs de Constantinople. Le tzarat de Moscovie a fait le premier pas vers sa transformation en empire de tout'-s les Russies.

A l'intérieur, Batory fonde l'université de Vilna en 1579 et un très grand nombre d'écoles, que, dans sa ferveur de néophyte, il confie malheureusement à l'ordre des jésuites ; d'ailleurs, aidé de son chancelier Zamojski, en même temps connétable et staroste de Cracovie, il fait plier devant lui l'aristocratie rebelle : et la tête de Samuel Zborowski, l'assassin de Wapowski, tombe so .s la hache du bourreau. Etienne Batory avait d'autres projets ; il voulait supprimer l'élection des rois, rétablir l'ordre en réduisant les grands à l'obéissance, et d'abord écraser définitivement la Moscovie, lorsque la mort vint tout à coup (15811 interrompre tous ses projets: nouvelle ressemblance entre Batory et Henri IV, auquel on l'a souvent comparé, et qui, grand capitaine comme lui, devait comme lui trouver bientôt que « le trône vaut bien une messe. »

La mort de Batory précipite la décadence. Pas de Bichelieu, sous le règne suivant, pour reprendre son œuvre. Les deux principaux concurrents au trône étaient Maximilien. appuyé par le parti des Zborowski, et Sigismond Wasa, fils de Jean, roi de Suède, et neveu de Sigismond-Auguste, appuyé par Zamojski. Ce dernier l'emporta, et Maximilien, battu et fait prisonnier à Byczyna (1588). dut renoncer à ses prétentions. Le règne de Sigismond III Wasa (1587-1G-12; vit éclater à la fois toutes les causes de la ruine prochaine de la Pologne. En 159 1 , la mort de son père Jean lui donne la couronne de Suède : mais, ne pouvant résider à Stockholm, il confie la régence à son oncle (maries, qui bientôt (1599) le détrône et se fait proclamer roi de Suède à sa place sous le nom de Charles IX : de là, en II 00, guerre en Livonie entre l'oncle et le neveu ; l'hetman Chodkicwicz remporte, il est vrai, la brillante victoire de Kirchholm sur les Suédois (1605), mais les discordes civiles et d'autres guerres étrangères empêchent la Pologne il" profiter de ce Buccès. La noblesse, méconteute du roi, à cause de bod alliance avec la maison de Habsbourg et de son mariage avec une princesse autrichienne, se désintéressait de la

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guerre de Suède et des affaires publiques, et la mort de Zamojski priva le roi de son plus ferme appui (1G05). Aussi, dès 1607, une partie de la noblesse proclame l'insurrection contre le roi, puis l'interrègne, et c'est à grand peine que Sigismond, appuyé par la diète de Varsovie, parvient à vaincre les révoltes, auxquels il se pressa trop d'accorder l'amnistie (1608). Les diètes se tenaient maintenant à Varsovie (capitale de la Mazovie), point plus central que Cracovie, et que pour cette raison Sigismond choisit comme capitale du royaume. Le mécontentement contre le roi ne faisait qu'augmenter, à cause de sa politique autrichienne et de sa docilité pour les jésuites, dont l'influence devenait prépondérante.

Une nouvelle guerre avec la Moscovie apporta avec de nouvelles victoires de nouveaux embarras. Une partie de la noblesse polonaise, à la tête de laquelle étaient les Mniszech et les Wisniowiecki, avait en 1605 rétabli sur le trône de Moscou un des Dmitri connus sous le nom de fauxDémétrius; Vasili Chouiski l'ayant fait périr en 1606, Sigismond crut le moment propice pour attaquer la Moscovie; il assiégea Smolensk; l'hetman Zolkiewski, vainqueur de Chouiski à Kluzyn (IGiO), marche sur Moscou et fait élire tzar de Moscou le fils de Sigismond, Ladislas. Mais le roi, au lieu de profiter de ces succès, laisse aux Moscovites le temps de chasser son fils, et, satisfait d'avoir pris Smolensk (1012), revient triomphera Varsovie. La guerre avec les Moscovites recommence en 16 16 et se termine en 161Ï) par une paix qui laisse à la Pologne Smolensk et Novgorod-Sievierski, alors que Sigismond III eût pu facilement anéantir à jamais ia puissance moscovite.

La guerre contre les Turcs ne fut pas plus heureuse. Les effurts de l'hetman Zolkiewski pour conserver la Moldavie, depuis 150 ans vassale de la Pologne, furent impuissants, et, après avoir cédé la Moldavie à la Turquie en 1619, ce grand homme de guerre succomba à Cecora en 1020, quand il recommença la guerre contre les Turcs. Ses forces étaient trop peu considérables, et, au lieu de lui envoyer du renf >rt, Sigismond préférait lever des troupes pour défendre son allié l'empereur d'Allemagne.

En effet, la guerre de Trente ans (1618-1648) venait d'éclater en Bohème, et le roi de Pologne, loin de suivre la tradition des Jagellons, qui avaient au xve siècle protégé les Hussites et soutenu le parti national tchèque contre les Allemands, faisait cause commune avec Ferdinand II et lui envoyait la cavalerie polonaise des Lisowczyki. Cependant le fils de Charles IX, Gustave-Adolphe, avait succédé à son père sur le trône de Suède ; et les réclamations de Sigismond avaient amené une nouvelle guerre de Livonie entre les deux cousins. Gustave- Adolphe, presque partout vainqueur, ne cessa la lutte (1629) que lorsque Richelieu le jeta sur l'Autriche, et que commença la période suédoise de la guerre de Trente Ans. A tous ces malheurs il faut encore ajouter les invasions des Tartares, les émeutes des Cosaques, les réclamations de l'armée mal payée, les plaintes de la noblesse contre le roi, l'intolérance amenant la ruine de l'industrie. C'est au milieu de ces désastres, qui en présageaient de plus grands, que Sigismond III mourut à Varsovie '1632), la môme année où son cousin Gustave-Adolphe succombait glorieusement sur le champ de bataille de Lûtzen.

Sigismond laissait plusieurs fils : l'aîné, Ladislas, fut élu sans opposition et régna sous le nom de Ladislas IV (1632-1048). Après une guerre avantageuse contre la Moscovie, terminée par la paix de Wiazma 1634) et une trêve avec la Suède (Stumsdorf, 1635), Ladislas a à combattre une révolte des Cosaques irrités contre les jésuites qui les convertissent et les seigneurs qui les oppriment :

vainqueur à Korsun, il diminue jusqu'à 6000 le nombre des Cosaques armés, et réduit le reste à la condition de paysans. Ses projets de guerre avec la Turquie, ses projets de réformes intérieures et d'agrandissement des prérogatives royales furent interrompus par la mort comme ceux de Batory. Ladislas IV avait épousé en secondes noces une française, Louise de Gonzague, sœur de la princesse palatine Anne : et les mœurs françaises s'introduisirent alors à la cour de Varsovie; les rapports avec la France devinrent de plus en plus fréquents.

Pendant l'interrègne, les Cosaques se révoltent encore : leur chef, Bogdan Chmielnicki, est vainqueur à son tour à Korsun (1648) ; puis, vaincu à Zwiahel par Jérémie Wisniowiecki, il prend sa revanche à Pilawce et s'avance menaçant vers Lwôw (Lemberg). Alors on apprend l'élection du frère du précédent roi, Jean-Casimir Wasa, exjésuite, ex-cardinal, relevé de ses vœux par le pape et qui épousa la veuve de son frère, Louise de Gonzague.

La révolte des Cosaques continue de plus en plus terrible : les paysans russiens de l'Ukraine y prennent part; c'est une guerre à la fois sociale et religieuse. Le roi, assiégé à Zborôw, fait des concessions à Chmielnicki, promet des places au sénat pour les Grecs non-unis, et s'engage à débarrasser l'Ukraine des jésuites et des juifs. Chmielnicki, battu à son tour à Beresteczko, se contente de conditions moins avantageuses. Mais bientôt il reprend l'offensive ; vainqueur à Batôw, il force le roi à signer à Zwaniec une convention analogue a celle de Zborôw, et, voyant que la diète ne veut pas exécuter la convention, il se soumet (1654) au tzar de Moscovie: la Pologne perd ainsi l'Ukraine d'au delà du Dniepr et l'antique métropole russienne de Kiev.

La guerre contre les Moscovites commence en même temps. Leurs troupes s'emparent de Smolensk. De plus, les Suédois, poussés par un traître exilé, envahissent la Pologne sous les ordres de leur roi Charles X Gustave, neveu de Gustave- Adolphe, que l'abdication de sa cousine, la reine Christine, vient d'appeler au ttône. Charles-Gustave prend Varsovie, Jean-Casimir s'enfuit en Silésie. Cracovie succomba à son tour. « En même temps, comme dit Bossuet dans l'oraison funèbre d'Anne de Gonzague, la Pologne se voit ravagée par le rebelle Cosaque, par le Moscovite infidèle et plus encore par le Tartare, qu'elle appelle à son secours dans son désespoir. » Les Moscovites unis aux Cosaques s'avancent vers Lemberg, une autre armée moscovite occupe Vilna, capitale de la Lithuanie. Cette province se soumet en partie aux Suédois. Le duc de Prusse, électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume surnommé le Grand-Electeur, qui a déjà refusé l'hommage à Jean-Casimir, fait alliance contre la Pologne avec le roi de Suède. Tout semble perdu.

Mais la résistance s'organise. La noblesse de la province de Prusse d'une part, d'autre part les paysans polonais résistent aux Suédois. Le monastère fortifié de Czenstochowa les arrête ; la confédération de Tyszowce se forme sous les auspices d'Etienne Czarniecki (1655), un des héros les plus populaires de la Pologne. Jean-Cisimir revient à Lemberg, ramène la noblesse et le peuple par des promesses de tolérance, et Czarniecki, libérateur du pays, chasse les Suédois devant lui et fait rentrer le roi à Varsovie. L'allié de Charles-Gustave, le Grand-Electeur, est battu à Olesko; le prince de Transylvanie Rakoczy, venu au partage des dépouilles, est cerné et capitule. En même temps, le roi obtient une trêve de la Moscovie, des secours de l'empereur, fait allianceavec le Danemark, traite avec l'électeur de Brandebourg qu'il relève du vasselage ; et Czarniecki poursuit les Suédois en Po-

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méranie, en Holstein et dans les îles danoises (16ô8). Charles-Gustave meurt sur ces entrefaites, et le traité d'Oliva (1660), conclu par l'entremise de la France, ramène la paix entre la Suède et la Pologne, moyennant de mutuelles concessions.

Mais la guerre recommence bientôt avec la Mos- j covie; menée mollement par une armée sans solde, I elle se termine par la paix d'Andruszow (1667), I qui cède au tzar Smolensk, Novgorod-Siewierski, Tcliernigov, l'Ukraine d'au delà, du Dniepr et la ville de Kiev. Quant aux Cosaques, les uns restèrent soumis à la Moscovie, les autres se soumirent à la Turquie.

Aux guerres étrangères s'ajoutaient des discordes intestines : les intrigues de la reine, qui travaillait à l'aire reconnaître comme successeur présomptif de Jean-Casimir le prince de Condé, amenèrent des mécontentements, et l'hetman Lubomirski ayant été injustement dépouillé de ses biens et de ses dignités, une guerre civile éclata et le roi, battu à Montwy, fut obligé de céder.

Fatigué de tant d'humiliations, que d'ailleurs il devait surtout à sa faiblesse et à son manque d'initiative, Jean-Casimir prit le parti d'imiter sa cousine Christine, de Suède, et il abdiqua en

Il laissait la Pologne dans une situation déplorable : une dette publique énorme, des ruines partout, l'antique tolérance religieuse foulée aux pieds, le peuple opprimé les écoles laïques abandonnées et supplantées parles collèges des jésuites, la discorde entre les grands, l'anarchie dans la petite noblesse, qui, en 1652, a commencé à rompre les diètes par l'abus de la loi d'unanimité, de ce li' erum veto en vertu duquel l'opposition d'un seul député peut interrompre toute délibération , loi qui, restée jusque-là purement nominale, va devenir le véritable fléau de la constitution polonaise.

La littérature de cette période est aussi en décadence; si l'éloquence religieuse a eu clans Skarga son plus fameux représentant, si la poésie et l'histoire ont été encore cultivées avec succès sous Etienne Batory et Sigismor.d III, à partir de 1632 commence ce que l'on a justement appelé la période macaronique ; le système d'instruction des collèges de jésuites a généralisé l'emploi d'un latin souvent douteux, qui fait invasion dans les livres, dans la chaire et jusqu'à la tribune politique. C'est à peine si l'on compte quelques bons poètes, comme Venceslas Potocki, l'auteur de ia Guerre de Chocim, et le satirique Opalinski.

Les rois électifs indigènes Cl6(i8 à 1696). — La candidature du prince de Condé, proposée par Jean-Casimir à l'instigation de la reine, n'avait pas été abandonnée, etle primat Prazmowski l'appuyait vivement, ainsi que l'hetman Jean Sobieski. Mais la noblesse y était opposée : les rois d'origine étrangère lui déplai-aient, et elle porta son choix sur un seigneur polonais, le prince Michel \\ i 'niowiccki, d'une famille ruinée au service de la République dans les guerres des Cosaques. Le choix n'était pus heureux. Le nouveau roi pleura en apprenant son élection ; placé entre le parti autrichien et le parti français comme entre 1 enclume et le marteau, menacé par le primat et l'hetman Sobieski, défendu par la petite noblesse, il avait à porier un fardeau au-dessus de ses forces. Tout à coup, les 'fines entrent en Pologne [1672) et s'emparent de tamieniec, capitale de la Podolie Le roi ne Bonge qu'à traiter, et par le paix de Budczacz il cède une partie de l'Ukraine et de la Podolie avec la capitale de cette province, et s'engage à payer tribul . Mais Sobieski prend les aines, et, pendant que le nu Michel meurt subitement, l'hetman bal les Turcs à Chocim et revient prendre part à l'élection, routes les candidatures étransont encore éc irtées, et d'un commun accord

les voix s» portent sur le libérateur du pays, sur l'hetman Jean Sobieski.

Jean Sobieski (I<;7:j-1G9G), à peine élu, sans attendre son couronnement, court encore battre les Turcs en Ukraine. Après le couronnement, il retourne sur le champ de bataille : moins heureux cette fois, entouré à Zurawno par les Turcs et les Tartares, il conclut un traité qui laisse Kamienicc aux Turcs, mais leur enlève ce qu'ils avaient pris en Ukraine et annule la condition relative au trbut. La victoire de Chocim avait rendu le nom die Sobieski illustre dans toute l'Europe; en France, surtout, on ne parlait que du « roi polonais » ; et il y était d'autant plus aimé que, marié à une Française, Marie d'Arquien, il avait toujours été à la tète du parti français en Pologne. Mais, sa femme ayant été humiliée par LouN XIV dans son orgueil de reine et dans ses intérêts de fam/lle, Sobieski, toujours docile à ses inspirations, devint l'allié de l'Autriche. Quand Vienne, assiégée par les Turcs, allait tomber entre leurs mains (1683), on sait comment l'arrivée subite de Sobieski et de l'armée polonaise suffit à sauver la capitale de l'Autriche, et comment cette victoire, qui sauva en même temps la chrétienté, fut mal récompensée par l'empereur Léopold ; il ne voulut pas devoir de reconnaissance à un simple roi électif. N'ayant pas retiré de son expédition, sauf la gloire, tous les profits qu'il en espérait relativement à la conquête de la Moldavie, le roi de Pologne revint traiter avec la Moscovie et acheter, par la confirmation du traité d'Andruszow, l'alliance moscovite contre la Turquie. Aussi mauvais politique qu'excellent capitaine, Jean Sobieski sacrifiait ainsi les intérêts les plus vitaux de la République : à l'intérieur, il rencontra beaucoup d'obstacles dans l'hostilité de la puissante famille lithuanienne desPac; il ne réussit pas non plus dans ses projets matrimoniaux pour ses fils, et les reproches qu'il eut à essuyer dans les diètes, dont plusieurs furent encore rompues par le liberum veto, empoisonnèrent les dernières années de sa vie. Il mourut en ÎG'IG, après avoir donné un éclal sans pareil aux armes polonaises, mais sans avoir rien fait pour empêcher la ruine politique de la Pologne.

Les rois saxons (169G-1"03). — La diète de convocation se constitua en confédération pour empêcher l'effet du liberum veto, et, à la diète d'élection, les fils de Sobieski ayant été écartés, il ne resta en présence que deux candidats : le candidat français Louis de Conti, et l'électeur de Saxe Auguste. Les voix se partagèrent entre les deux concurrents : mais Conti tarda trop à venir et Auguste, arrivé le premier, calma les mécontents et força son rival à se retirer.

Le règne d'Auguste II s'annonçait sous d'heureux auspices. Il commença par obtenir de l'Autriche la rétrocession des mines de sel de VVieliczka, et de la Turquie, à la paix de Carlowitz ( 1 699), celle de Kamieniec et de la Podolie, exécutant ainsi les pacta contenta. Mais il s'était engagé aussi à reconquérir la Livonie sur la Suède-, et, sous ce prétexte, il entra dans la ligue fennec contre le nouveau roi de Suède Charles XII par le Danemark et le tzar Pierre Ier. Ce fut la cause do nouveaux malheurs. Charles XII ayant imposé aux Danois le traité de Travcnthal (i700) et ayant la même année battu les Russes à Narva, attaqu armées saxonnes qu'Auguste II a fait avancer à travers la Pologne jusqu'en Livonie. Une partie des mécontents lithuaniens, ayant à leur tête la famille des Sapieha, se joint aux Suédois. Charles MI chasse devant lui les Saxons (1701), entre à Varsovie (1702), bat Auguste à Kliszow et s'empare de Cracovie. A Sa idomir une confédération se forme en faveur d'Auguste; mais le primat Radriejowskl avec la noblesse de la Grande-Pologne appuie Charles Ml ei proclame l'interrègne. Le roi de Suèdo se

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hâte de faire élire le palatin de Posen, Stanislas Leszczynski (1703). C'est à cette époque que l'électeur de Brandebourg, Frédéric III, profitant des guerres qui d isolent le nord et l'ouest de l'Europe • succession d'Espagne), obtient de Léopold Ier le droit de porter la couronne royale et prend le nom de roi d" Prusse.

Le règne de Stanislas ne fut pas de longue durée Auguste II le chassa d'abord de Varsovie; mais Auguste, repoussé lui-même, se réfugie en Saxe, où Charles XII le poursuit et le force à signer son abdication et à reconnaître son rival par le traité d'Alt-Ranstadt (ITOGj. Cependant la guerre civile continue en Pologne; les armées russes et les armées suédoises ravagent la Lithuanie. Enfin Charles XII, après des marches et des contre-marches dont on trouvera le détail dans l'excellente histoire de ce prince par Voltaire, finit par être vaincu à Pultava ( 1 709), sans que l'hetman 11azeppa ait pu réaliser son projet de relever les Cosaques et d'arracher l'Ukraine à la Russie, avec l'aide du héros qu'il avait appelé. La bataille de Pultava renversa Stanislas et rétablit Auguste II sur le trône.

La fin de son règne ne fut signalée par aucun événement important, si ce n'est le seul acte d'intolérance que l'on puisse justement reprocher au gouvernement de la République, à savoir la répression sanglante des désordres de Thorn où les protestants avaienteu un différendavec les jésuites. D'ailleurs la paix régnait en Pologne : on avait traité avec la Suède (1720), les armées russes avaient évacué la Pologne ; l'union des églises grecque et catholique avait été renouvelée. Mais le désordre intérieur allait croissant; les mœurs s'altéraient de plus en plus, l'exemple du roi, qui ne songeait qu'à ses plaisirs, était trop docilement suivi par la noblesse : « Quand Auguste avait bu, la Pologne était ivre. » Les querelles entre les grands seigneurs trouvaient un écho dans les diètes, le plus souvent rompues par le liberum veto. Enfin, plusieurs seigneurs, inquiets de voir le roi manquer d'égards pour leurs privilèges, imploraient la protection d'abord de Pierre Ier, puis de Catherine I" et de l'impératrice Anne, et les armées russes se préparaient à pénétrer en Pologne, ce qu'elles firent aussitôt après la mort d'Auguste 11(1733).

On sait que cette mort fut le signal d'une guerre européenne, connue dans l'histoire sous le nom de guerre de succession de Pologne (1733-35). La diète s'était partagée encore une fois entre le candidat français, qui était maintenant le roi détrôné Stanislas Leszczynski, devenu le beau-père de Louis XV, et le candidat autrichien, également appuyé par la Russie, et qui était le fils du roi précèdent, l'électeur de Saxe Frédéric-Auguste. Nommés chacun par leurs partisans, ils arrivèrent tous deux en Pologne; mais Stanislas ne put se maintenir à Varsovie et s'enferma à Dantzig, où, assiégé par l'armée russe, il attendit des secours de France. Le cardinal Fleury n'envoya que 1 500 hommes, à la tête desquels l'ambassadeur français a Copenhague, le brave comte de Plélo, vint si; faire tuer sous les murs de Dantzig, pour sauver au moins l'honneur du drapeau. La ville capitula, et le roi Stanislas obtint, à la fin de la guerre qui continua sur le Rhin et en Italie, les duchés de Lorraine et de Bar, qui, après sa mort (1766 , revinrent à la France aux termes du traité de Vienne (1738). Stanislas, dans ses nouveaux Etats, se lit aimer de ses sujets et n'oublia pas sa patrie : il fonda à Lunéville une école pour les jeunes nobles polonais, qui portèrent ainsi en Pologne les idées de réformes alors si puissantes en France.

Son rival l'électeur de Saxe monta sur le trône de. Pologne sous le nom d'Auguste III. Intronisé

par les baïonnettes étrangères, il fut toujours impopulaire. Pendant et après l'interrègne, les diètes, tout en réclamant l'éloignement des armées russe et autrichienne, interdirent aux protestants et aux grecs, qu'on appelait les dissidents, l'accè- àtous les emplois : cette mesure malheureuse, qui avait pour but de combattre l'influence étrangère, fut taxée d'intolérance religieuse et devait servir de prétexte aux réclamations de la Prusse et de la Russie. La succession de Courlande, à l'extinction de la famille de Gottard Ketler (1737), donna lieu à une nouvelle ingérence de la Russie : l'impératrice Anne demanda ce duché pour son favori Biren, et quand une révolution de palais eut, sous îa tzarine Elisabeth, envoyé Biren en Sibérie, il fallut procéder à. une nouvelle élection ; le fils d'Auguste III, le prince Charles, obtint ce duché, dont Catherine devait le dépouiller à son tour en 1763, pour y replacer Biren rentré en grâce. Outre les affaires de Courlande, les guerres contre la Turquie et les guerres de succession d'Autriche et de Sept Ans fournissaient de continuels prétextes à la Russie pour demander le passage de ses troupes à travers la Pologne, qu'elles traitaient en pays conquis, tandis que le roi, mêlé aux événenients qui se déroulaient en Allemagne, restait indifférent aux destinées du royaume.

Cependant les idées de réforme progressaient en Pologne; l'éducation, jusque-là abandonnée aux jésuites, redevenait, grâce surtout à Konarski, plus nationale. Un parti de politiques se formait sous les princes Michel et Auguste Czartoryski pour réformer les institutions et mettre fin à l'anarchie. On commençait à sentir que la Pologne était sur le bord de l'abîme, mais on s'en apercevait trop tard. Tous les efforts qui suivirent la mort d'Auguste III (176() ne firent que précipiter la chute.

Stanislas-Auguste Poniatowski et le* partages (1763-1795). — La situation était effrayante. L'anarchie qu'il s'agissait de faire disparaître avait encore dans la grande et la petite noblesse des défenseurs soit aveugles, soit intéressés, qui lui donnaient le nom de liberté et prenaient le titre de parti républicain ; de plus elle était trop utile aux puissants voisins de la Pologne, la Russie, l'Autriche et la Prusse, pour qu'ils ne fissent pas tous leurs efforts afin de la conserver. La Prusse et la Russie commencèrent par exiger de la diète que la République reconnût à leurs souverains, ce qu'elle n'avait pas fait, jusque-là, les titres de roi et d'empereur; puis d'un commun accord elles firent tomber les voix des électeurs sur une créature de l'impératrice Catherine II, le comte Stanislas-Auguste Poniatowski (1764).

Le nouveau roi ne manquait pas de bonnes intentions. Il fit beaucoup pour l'instruction, pour les arts et pour les lettres. Une nouvelle renaissance littéraire date même de son règne : c'est alors que l'historien Naruszewicz, les poètes Krasicki.Trembecki, Kniaznin, etc , ressuscitèrent la littérature polonaise si négligée pendant 150 ans. Mais l'ambassadeur russe Repnin veillait à ce que ces réformes ne compromissent point les intérêts de sa souveraine. C'est lui qui, portant devant les diètes les réclamations relatives aux dissidents, fit enlever et transporter en Russie (1767) quatre sénateurs qui avaient osé se prononcer dans l'assemblée contre ses propositions. L'alliance avec la Russie et les lois sur lesdissidents furent acceptées de gré ou de force en 1768. Pour combattre l'influence russe, des confédérations se formèrent : la plus importante, à laquelle se réunirent bientôt toutes les autres, fut la coniédération de Bar (1768-1771). L'évèque de Kamieniec, Adam Krasin'ski, en avait été le promoteur : ses principaux chefs furent les Pulawski, surtoutCasimir quidevaitpérirplustard en combattant pour l'indépendance des Etats-Unis. Pendant trois ans les confédérés firent la guerre de parti-

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sans. On trouvera dans YHistoij-e de V Anarchie de Pologne de Rulhière le détail des actes d'héroïsme des confédérés et des cruautés des officiers russes et des paysans de l'Ukraine, soudoyés d'abord et massacrés ensuite par les troupes de Catherine II. La confédération de Bar recevait des subsides de Choiseul : celui-ci lui envoya même quelques officiers, comme le comte de Choisy, qui se conduisit bravement à Cracovie, Dumouriez qui ne sut qu'intriguer, et Vioménil qui arriva trop tard. Mais ces secours insuffisants et l'asile offert par l'Autriche à la généralité qui gouvernait la confédération, ne l'empêchèrent pas de succomber après un essai avorté d'enlèvement du roi : et cette tentative héroïque, qu'on peut regarder comme la première des insurrections nationales polonaises, eut pour résultat de précipiter le premier partage, déjà arrêté en principe à Berlin et à Pétersbourg et accepté avec une feinte douleur par la dévote impératrice Marie-Thérèse.

Chacune des trois cours fit valoir ses prétendus droits: l'Autriche sur la principauté de Halicz (Galicie), qui au xive siècle avait un instant appartenu à la Hongrie ; le roi de Prusse Frédéric II sur la province de Prusse occidentale, qui avait appartenu avant 1400 à l'ordre Teutonique dont il se prétendait héritier; la tzarine enfin sur les provinces russiennes d'au delà du Dniepr et de laDuna, qui devaient revenir à l'impératrice de toutes les Russies. Et la diète de Varsovie, sous la présidence d'Adam Poninski, et malgré l'opposition des patriotes Thadée Retjan et Korsak, dut ratifier le partage (13 sept. 1773). La même diète introduisit dans la constitution quelques changements, dont le résultat fut d'enlever au roi toute autorité politique. La Russie se porta garante de la nouvelle constitution, et les trois cours garantirent en même temps l'intégrité des nouvelles frontières.

Vingt années s'écoulent entre le premier et le second partage, vingt années de repos, de réformes intérieures. Les universités se relèvent, les écoles laïques se multiplient ; le mouvement littéraire s'accentue. Les grands propriétaires commencentà s'occuper d'améliorer le sort des paysans. Mais c'en était l'ait de toute initiative politique. L'ambassadeur russe Igaelstrôm faisait la loi à Varsovie. Le parti national voulut faire cesser cet état de choses; et, ayant la majorité dans la diète de 1787, il se mit résolument à l'œuvre. Il fallait d'abord rompre avec la Russie ; mais on ne pouvait le faire sans s'appuyer sur une autre puissance. La Prusse offrit son aide; le roi Frédéric-Guillaume II se porta garant de la future constitution. Stanislas- Auguste, malgré ses rcpugnances.finit par se rallier au parti national, et des délibérations de cette diète, surnommée la diète de quatre ans (1787-17!)!), sortit la constitution de 1-791, appelée aussi, de la date de sa promulgation, la constitutio)i du 3 mai. C'est après de longues études préparatoires, en s'inspirant des ouvrages des plus grands publicistes de l'époque. Mably et J.-J. Rousseau, sur le gouvernement de Pologne, en consultant surtout les besoins du pays, que les auteurs de la constitution, parmi lesquels les plus célèbres sont I. Potocki et H. Kollontay, rédigèrent cette charte nouvelle Leliberum veto fut supprime. en même temps que les confédérations, qui n'avaient d'autre; but. que d'en rendre l'application impossible; le trône, d'électif, devint héréditaire dans la famille de L'électeur de Saxe désigné comme futur successeur de Stanislas- Auguste* La religion catholique resta religion dominante, mais la lide conscience était assurée aux dissidents. Sans diminuer les droits de la noblesse, on augmentait ceux dos bourgeois, qui devenaient élecel on garantissait aux paysans la liberté individuelle: de plus, l'anoblissement des paj et des bourgeois était facilité par des dispositions

spéciales : de sorte que l'égalité civile et politique n'était plus qu'une question de temps.

La joie de la nation ainsi régénérée fut aussi grande qu'elle devait être éphémère. Le parti russe et soi-disant républicain, à la tète duquel étaient Félix Potocki et Fr.-X. Branicki, protesta contre cette atteinte aux antiques libertés et réclama l'appui de l'impératrice Catherine, qui s'empressa d'envoyer ses troupes au secours de la confédération de Targowica (1702). D'autre part le roi de Prusse manqua à sa parole, et, au lieu d'aider le roi et le parti national, il s'allia avec la Russie contre la révolution française : la Pologne fut le prix de cette alliance. L'armée polonaise, commandée par le neveu du roi, Joseph Poniatowski, et par Kosciuszko, qui s'était illustré en Amérique dans la guerre d'indépendance, se couvrit de gloire dans la brillante mais inutile affaire de Dubienka. Le roi, hésitant jusque-là, céda aux exigences de Catherine et accéda à la confédération de Targowica. Alors eut lieu le second partage. La Prusse s'adjugea Thorn et Dantzig, que le premier partage avait laissées à la Pologne; la Russie prit la moitié de la Lithuanie et avança sa frontière jusqu'au coeur de la Volhynie; et la diète de Grodno, délibérant sous la pression des baïonnettes russes, fut contrainte de ratifier le traité de partage et d'annuler la constitution du 3 mai (1793).

C'était trop d'humiliation, et les patriotes, ne pouvant plus sauver le pays, voulurent du moins sauver l'honneur. C'est ce qui explique l'insurrection de Kosciuszko (1793). La victoire de Baclawice, où parurent pour la première fois les fameux faucheurs, l'expulsion des Russes de Varsovie et de Vilna, furent bientôt suivies, faute de ressources en hommes et en argent, de la défaite de Szczekoeany, où les Prussiens vinrent au secours des Russes, et, après l'exécution des traîtres par le peuple de Varsovie, de la défaite de Maciejowice, où Kosciuszko, luttant contre des forces dix fois supérieures, fut battu par Fersen, blessé et emmené prisonnier en Russie (1794). Souvarov prit Varsovie après le massacre du faubourg de Praga. Le roi fut forcé d'abdiquer en 179'>, et la même année eut lieu le troisième et dernier partage. La Pilica, la Vistule, le Bug et le Niémen devenaient les frontières de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche. La Pologne était effacée de la carte de l'Europe. Le germanisme et le moscovitisme avaient vaincu.

La Pologne après les partages. Insurrections nationales (1795 à 1864). — Toutefois, parmi les patriotes polonais, il ne s'en trouva pas un seul pour répéter le fameux Finis l'oloniœ, faussement attribué à Kosciuszko après Maciejowice. La chute de l'Etat polonais avait, on l'a vu, coïncidé avec la régénération de la nation, et cette nation ne voulait pas et ne devait pas mourir. Elle suivit le conseil de J.-J. Rousseau : « Les Russes pourront vous engloutir, faites en sorte qu'ils ne puissent pas vous digérer. »

Aussitôt après le troisième partage, tandis que Paul Ier succède à sa mère Catherine II (179c), commence l'épopée des légions polonaises, qui, formées par Dombrowski et Kniaziewicz, luttèrent dans les armées de la République française pour la liberté des peuples et prirent une part glorieuse dans les guerres d'Italie et d'Allemagne (notamment à llohenlinden), jusqu'au jour où le premier consul en envoya la plus grande partie mourir de la fièvre jaune à Saint-Domingue. Cela ne découragea pas les patriotes polonais. Tandis que quelques-uns de leurs compatriotes, le prince Ad. un Czartoryski par exemple, comptaient sur Le Libéralisme du nouveau tzar Alexandre 1er (1801), persuadée que la Franco continuerait sous Napoléon son œuvre d'affranchissement des peuples, la jeunesse polonaise vint en masse s'enrôler dans

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ses armées, surtout lorsqu'en 1807, pendant la guerre de Prusse, il sembla vouloir reconstituer la Pologne pour triompher plus aisément de la Russie. Mais Kosciuszko, qui avait refusé en 1806 de signer des appels aux armes en faveur de celui qu'il regardait comme un tyran, avait bien prévu que Napoléon ne ferait rien pour la Pologne. Le traité de Tilsitt (1807), en instituant le grand-duché de Varsovie, ne fit qu'entretenir les illusions des patriotes; plus que jamais ils se dévouèrent à la fortune du conquérant : on connaît la fameuse charge de Somo-Sierra (1800). où les chevau-légers polonais ouvrirent à l'armée française la route de Madrid; on sait la part que prirent les corps de Dornbrowski et de Poniatovvski à la funeste campagne de 181V, qui ruina les espérances des Polonais sans affaiblir leur dévouement. Ce sont eux qui protègent la retraite de la grande armée ; ce sont eux qui les derniers quittent en 1813 le champ de bataille de Leipzig, où Joseph Poniatowski, nommé la veille maréchal de France, périt dans l'Elster. Sous les murs de Paris (1814) et enfin à l'ile d'Elbe, on retrouve encore des Polonais parmi les plus fidèles et les derniers amis du conquérant tombé.

Les traités de 1815 modifient quelque peu la situation de la Pologne. A la place du grand duché de Varsovie, qui a cessé d'exister, on organise un royaume constitutionnel de Pologne avec Varsovie pour capitale sous le sceptre de l'empereur de Russie, et l'on rend à la Prusse le duché de Posen ; Cracovie devient ville libre sous la protection des trois cours. Mais la constitution de 1815 ne contente personne, ni le gouvernement russe qui la viole à plusieurs reprises, ni les patriotes polonais qui veulent profiter des forces nouvelles que leur donnent l'armée et les finances du petit royaume pour reconquérir l'indépendance et reconstituer l'ancienne Pologne. La tyrannie du frère d'Alexandre, le grand-duc Constantin, lieutenant-général du royaume, l'avènement de Nicolas Ier (18.5), sont l'occasion de complots, qui aboutissent, en 183i>, lorsque le tsar se prépare à marcher sur Paris pour restaurer Charles X, à l'insurrection du 29 novembre, qui sauva peut-être la monarchie de Louis Philippe, mais qui, tout en donnant un nouvel éclat à l'antique renommée de la valeur polonaise, porta le dernier coup à ce semblant d'autonomie qu'avaient créé les traités de Vienne.

L'insurrection, malgré les tergiversations du dictateur Chlopicki, l'indécision des membres du gouvernement national présidé par le prince Adam Czartoryski, l'abandon où Ja laissa l'Europe, l'aide indirecte donnée par la Prusse à la Russie, les fautes des généraux en chef et notamment de Skrzynecki, résista victorieusement à toutes les forces de l'empire russe pendant neuf mois entiers. Les batailles de Wawer et de Grochow (19 et 20 février 1831), de Wawer et de Dembe (mars), les prodiges de courage des insurgés de Volhynie, de Lithuanie et de Samogitie, tout est inutile. La bataille sanglante d'Ostrolenka, l'expédition de Gielgud en Lithuanie ne font qu'accélérer la chute de l'insurrection. La population de Varsovie renouvelle le 15 août la faute commise en i"9i, elle massacre les suspects : enfin Krukowiecki, le président du gouvernement national, traite avec le feld-maréchal russe Paskievitch, Praga capitule et les Russes entrent à Varsovie (8 sept. 1831).

La plus grande partie de l'armée se réfugie en Prusse et de là en France, où l'émigration polonaise est accueillie avec une sympathie dont on trouve l'écho dans les beaux vers de Barthélémy, l'auteur de la Némésis.

En Pologne la répression fut sanglante. L'empereur Nicolas fit peser un joug de fer sur le pays; non seulement la constitution fut abolie et reni-

placée par le régime du bon plaisir : mais la langue et les usages polonais furent interdits, la religion catholique persécutée; la déportation et les confiscations dévastèrent le pays et le mirent à la merci des fonctionnaires russes. La vie nationale semblait devoir s'éleindre. Le sort des Polonais soumis à l'Autriche n'était pas moins déplorable. Par des moyens moins violents, mais plus funestes, le gouvernement de Vienne étendait partout le réseau de sa police et de sa bureaucratie soupçonneuse; il excitait les haines des paysans contre les nobles, des Ruthènes contre les Polonais, et préparait ainsi les massacres de Galicie (1840), qui pèseront toujours sur la mémoire du prince de Metternich. En 1846, la république de Cracovie fut envahie, et, au mépris des traités de Islô, incorporée à l'Autriche.

La germanisation des provinces soumises à la Prusse s'opérait par des procédés plus pacifiques, surtout par une invasion économique. La situation des habitants était infiniment plus heureuse qu'en Autriche et en Russie. Aussi est-ce à Posen, en même temps que dans l'émigration, que se concentra, de 1830 à 1848, la vie intellectuelle et politique de la nation. Les tempêtes politiques, en eflet, n'avaient pas arrêté la renaissance littéraire commencée sous Stanislas-Auguste. Les trente premières années du xixe siècle avaient vu naître en Pologne, comme dans le reste de l'Europe, une poésie vraiment nationale qui, sous le drapeau du romantisme, combattait pour la liberté et pour l'indépendance. A la suite de Mickiewicz, de B. Zaleski et de Goszczynski étaient venus Jules Slowacki, le Heine et le Musset de la Pologne, et Sig. Krasiîîski, connu longtemps sous le nom du poète anonyme de la Pologne. L'histoire avait eu Lelewel, et après lui Mochnaeki, Szajnocha, Moraczewski, Bielowski, etc. Les idées de progrès et de réformes démocratiques propagées par l'émigration pénétraient de plus en plus dans le pays. Mais les mouvements prématurés et avortés de 1846 et de 1848 à Cracovie et dans le duché de Posen, la défaite du général Mieroslawski à Xionz et à Miloslaw, compromirent le succès de cette propagande, et 1 émigration perdit son influence et son prestige.

La guerre d'Orient, la mort de Nicolas et l'avènement d'Alexandre II au trône de Russie avaient d'ailleurs réveillé les esprits dans la Pologne russe. Le gouvernement lui-même, sans encourager ce que l'empereur avait appelé des <* rêveries », crut qu'il devait faire quelques concessions à l'esprit public et chargea le marquis Wielopolski de préparer des réformes dans l'administration et dans l'instruction. Mais le caractère hautain du marquis lui aliéna les sympathies de la nation ; le mouvement national, surexcité par les manifestations de 1861 et leur répression sanglante, ne pouvait plus être enrayé : à la suite du recrutement forcé, décrété par le gouvernement russe, l'insurrection éclata le 21 janvier 1863. Jusqu'à la fin de 186 i un gouvernement national et secret dirigea la lutte contre la Russie; la guerre de partisans eut lieu sur tout le territoire de l'ancienne Pologne appartenant à la Russie, et la Galicie et le duché de Posen fournirent à l'insurrection leur contingent de combattants. Le gouvernement national proclama les droits des paysans à l'égalité civile et à la propriété. Mais, en dépit des victoires du dictateur Langiewicz et du Français Rochebrune, des exploits de Jejzicranski, de Kruk, de Bosak-Hauke, mort plus tard pour la France à la bataille de Nuits (1870, de l'héroïsme des Sierako\v>ki, des Padlewski, des Mackiewicz, cette lutte inégale ne pouvait durer bien longtemps, si l'insurrection était laissée à elle-même. L'appel de la France aux puissances euiODécnncs étant resté sans écho, la Pologne

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succomba encore une fois; et la répression des Mouraviev et autres rappela celle qui avait suivi 1830. Le royaume de Pologne du congrès de Vienne perdit jusqu'à ce nom qui lui était resté et prit celui de provinces de la Vistule. Il ne fut plus question de réformes ni de concessions.

Etat actuel de la Pologne 1864 à 1880). — Il semble que les malheurs de 18G3 aient clos désormais 1ère des insurrections, sans que les Polonais aient renoncé à recouvrer un jour leur indépendance ; ils pensent qu'une nation de 17 millions d'hommes, ayant un passé historique aus-i long et aussi brillant, ne peut pas mourir, tant qu'elle conserve le sentiment d'elle-même, et ils attendent leur heure, mais en la préparant exclusivement par le travail intellectuel, par le développement économique, et, là où ils le peuvent, par l'usage de leurs droits légaux, en continuant ainsi pacifiquement la lutte historique contre le panslavisme moscovite et le pangermanisme prussien.

Le foyer principal de la vie politique est actuellement la Galicie, qui jouit en Autriche dune autonomie presque complète, a sa diète provinciale, ses universités polonaises Lwow et Cracovie , son Académie des sciences polonaise 'Cracovie), une armée provinciale composée de Polonais, et la plus grande liberté pour tout ce qui concerne le développement de la nationalité. La seule ombre au tableau est dans l'antagonisme, d'ailleurs bien affaibli depuis quelque temps, des Ruthènes de la Galicie orientale avec les Polonais, et la situation économique, aussi peu florissante en Galicie que dans les autres provinces de l'empire austro-hongrois. Néanmoins, grâce à ses richesses naturelles (salines de Wieliczka, mines de pétrole, industries forestières), grâce aussi à son réseau de chemins de fer, elle améliorera sans doute sa situation même à cet égard. La population de la Galick- est de S 000 000 d'habitants, dont 4 100 000 Slaves, c'est-à-dire Polonais et Ruthènes, et 450000 Juifs.

La Pologne prussienne est encore moins heureuse au point de vue économique, et l'afflux de la population allemande y menacerait sérieusement la nationalité polonaise, sans les efforts énergiques des députés polonais à la diète de Berlin, sans le patriotisme des populations rurales et l'initiative féconde des grands propriétaires. Les Polonais du duché de Posen et de la Prusse rovale luttent surtout actuellement pour reconquérir les écoles séparées, afin que l'enseignement soit donné à leurs enfants dans la langue nationale ; ils ont eu à combattre aussi les lois de mai, qui, dans le duché de Posen, n'étaient pas seulement dirigées contre l'Église catholique, mais aussi et surtout contre la nationalité polonaise. La population du duché de Posen est d'environ 1 600 OUO habitants, dont 900 000 Polonais et 7 > 000 Juifs.

La Pologne russe (6 millions de Polonais, 6 millions de Ruthènes, plus d'un million de Juifs), se relève et s'enrichit de plus en plus : elle prend actuellement sur la Russie une sorte de revanche économique. Le travail et l'instruction semblent là plus qu'ailleurs le mot d'ordre de la génération actuelle. Les progrès de l'industrie (sucres, machines, draps, cuirs, etc.) sont véritablement surprenants, surtout dans le petit royaume du Congrès, et l'exposition universelle de 1878 en a été une preuve éclatante. Le mouvement littéraire dont Varsovie est le centre, et qui, en dépit des entraves de tonte Borteqn'y met le gouvernement et la censure, augmente de jour en jour, prouve une ardeur et une maturité d'esprit auxquelles les Varsoviens ne noua avaient pas accoutumés jusqu'à ce jour. Outre Les acii nci -, dans lesquelles la Pologne peut citer des noms jouissant d'une renommée européenne, comme ceui des naturalistes Kowalewski et Kopemkki, les arts sont aussi cultivés avec un succès attesté pour la

peinture par les expositions de l'Europe entière. Les deux maîtres de l'école de peinture polonaise, ilatejko (de Cracovie) et Siemiradzki, ont de nombreux imitateurs. Pour la musique, Chopin et Moniuszko ont également des disciples qui sont déjà des maîtres. Il serait trop long de citer ici tous les romanciers, poètes, historiens, critiques dont la Pologne peut se vanter aujourd'hui et qui, en 1880, réunis à Cracovie, récompensaient dans la personne du plus illustre d'entre eux, J.-I. Kraszewski, écrivain d'une inépuisable fécondité dans tous les genres (roman, poésie, archéologie, histoire, etc.1, le travail et la persévérance, les deux vertus dont la pratique peut seule, pensent-ils, permettre à leur patrie de se relever un jour. [V. Gasztowtt.]

Pour la géographie physique et administrative de la Pologne, V. Russie.

POLYÈDRES. — Géométrie, XXI-XMII. — tëtym. : Du grec polyedros, qui a plusieurs faces. — Il ne faut pas confondre le polyèdre avec 17mgfe polyèdre.

I. — Angles polyèdres. — On nomme ainsi la figure formée par plusieurs plans qui se coupent deux à deux, en passant par un point commun. Ce point est le somme de l'angle polyèdre; les droites d'intersection sont les arêtes; les plans limités aux arêtes sont des angles plans qui se nomment faces de l'angle polyèdre.

Nous n'avons à considérer que les angles polyèdres convexes, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas d'angle dièdre rentrant vers l'intérieur de la figure. Quand un angle polyèdre est convexe, il reste tout entier du même côté du plan de l'une quelconque de ses faces prolongée.

L'angle polyèdre qui n'a que trois faces est nommé angle trièdre: on en a un exemple dans l'encoignure formée par le plancher et deux murs consécutifs.

Ici les trois angles plans sont généralement des angles droits ; mais les faces d'un angle trièdre peuvent être des angles aigus et même des angles obtus. Cependant la somme des angles plans d'un angle polyèdre a une limite.

Théorfhb. — Dans tou> angle polyèdre convexe la somme des faces, c'est-à-dire des angles plans, est moindre que quatre angles droits.

En effet supposons qu'on veuille construire un angle polyèdre, à cinq faces par exemple, avec une feuille de carton. Après l'avoir découpée suivant cinq droites OA QB. etc. (fig. 1) partant

d'un même point 0, on sera obligé de retrancher un espace angulaire plus ou moins grand COH, pour qu'il soit possible d'obtenir un angle polyèdre, en amenant le côté O.M à coïncider avec le côté OC. Or la somme de tous les angles qui étaient formés autour du point O sur le plan vaut 4 angles droits ; donc la somme des angles qui forment l'angle polyèdre est moindre que 4 angles droits.

N "TA. — A cette démonstration si simple qui

suffit dans l'enseignement primaire, nous devons

ajouter la démonstration théorique, telle qu'elle

vposéc dans tous les traités classiques. Elle

repose sur le théorème suivant.

POLYEDRES

POLYEDRES

Théorème. — Dans un angle trièdre chaque face est plus p/'tite que la somme des deux autres. Soit AOBG (fig. 2) un angle trièdre dont la face

AOB est sur le plan du papier, l'arête OC étant dirigée en avant.

Sur AOB, la plus grande des trois faces, menons OD de manière à faire l'angle AOD égal à l'angle AOC, et tirons la droite AB dans une direction quelconque ; prenons ensuite OC = OD et joignons le point C aux points A et B. Les deux triangles AOD et AOC sont égaux, comme ayant un angle égai compris entre deux côtés respectivement égaux (angle AOD = angle AOC) ; donc le côté A.C est égal au côté AD.

Or du point A au point B la ligne droite AB étant plus courte que la ligne brisée, on a:

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