V. — POINT D'INTERROGATION
En français, les phrases interrogatives peuvent affecter deux formes : 1" la forme interrogative directe, qui est la plus fréquente: 2" la forme affirmative, beaucoup moins usitée. '
Dans le premier cas, la construction même de la phrase indique qu'il y a interrogation, et lors même que l'on supprimerait le signe, l'interrogation n'en subsisterait pas moins. Si l'on écrivait Pourquoi vims-tu ici (sans mettre le point d'interrogation), au lieu de Pourquoi viens-tu-ici? il n'y aurait aucun doute possible, parce que l'inversion du pronom est la marque caractéristique des phrases interrogatives. En outre, la personne qui interroge prend un ton particulier, commun à toutes les langues, ton qui empêche de confondre les phrases interrogatives avec celles qui ne le sont pas : de sorte qu'il est vrai de dire que le point d'interrogation est une ponctuation parlée.
Dans le second cas, le signe est absolument nécessaire ; sans cette indication, rien ne distinguerait l'interrogation de la simple affirmation. Les mots vous voyez peuvent, suivant la manière dont on les prononce, représenter soit une affirmation : vous voyez; soit une interrogation : vous voyez? soit même une exclamation : vous voyez! Dans le langage parlé, le ton traduit l'intention de la personne qui parle ; dans la parole écrite, la ponctuation vient au secours de la pensée de l'écrivain.
Examinons les divers cas qui peuvent se présenter.
Forme interrogative directe. — On met un point d'interrogation à la fin de toute phrase interrogative :
Avez-vous oublié tout ce que les dieux ont fait pour vous ramener dans votre patrie? Comment êtes-vous sorti de la Sicile ? Les malheurs que vous avez éprouvés en Egypte ne se sont-ils pas tournés tout à coup en prospérités ? Quelle main inconnue vous a enlevé à tous les dangers qui menaçaient votre tête dans la ville de Tyr ? Apres tant de merveilles, ignorez-vous ce que les destinées vous ont préparé?
Lorsque les mots quel, comment, combien, pourquoi font partie d'une proposition subordonnée, on ne doit pas mettre de point d'interrogation à la fin de la phrase. Dans ce cas en effet il n'y a point d'interrogation réelle, ni dans la forme, ni dans la pensée, la proposition subordonnée n'étant autre chose que le complément direct de la proposition principale :
On leur a demandé quel est le fleuve qui passe à Paris. Dites-moi pourquoi vous ne savez pas votre leçon.
Quand on rapporte une phrase interrogative suivie d'une des locutions dit-il. reprit-i', répondit-il, etc., le point d interrogation se place toujours à la fin de la partie interrogative de la phrase :
De quelle ville de Phénicie êtes-vous? me dit-il.
Cependant, lorsque le membre de phrase final fait partie de la proposition interrogative, le signe doit être placé à la fin :
Vous ne sortirez pas d'ici, dites-vous ? Vous n'allez pas vous mettre en route par le temps qu'il fait, je pense ?
Interrogation sous forme affirmative. — Comme nous l'avons dit plus haut, une phrase peut être affirmative dans la forme, tout en étant interrogative dans la pensée de la personne qui parle :
C'est là ce dont vous parlez ?
Vous venez avec moi?
Affirmation sous forme interrogotive ou fausse interrogation. — Quelquefois, pour donner plus de vivacité à la phrase, on remplace la forme con-
PONCTUATION
PONCTUATION
ditionnelle ou subjonctive par une tournure interrogative :
Aimez-vous la muscade, on en a mis partout.
Avait-il soupe, il s'en allait.
C'est comme si l'on disait : Si vous aimez la muscade; lorsqu'il avait soupe. Voici des exemples de cette tournure :
Aperçois-je une rivière, je la côtoie ; un bois touffu, je vais sous son ombre ; une grotte, je la visite ; une carnu', j'examine les minéraux.
Toutes les fois que les Romains se crurent en danger ou qu'ils voulurent réparer quelque perte, ce fut une pratique constante chez eux d'affermir la discipline militaire. Ontils à faire la guerre aux I.ntins. peuples aussi aguerris qu'eux-mêmes, Manlius songe à augmenter le commandement, et fait mourir son fils, qui avait vaincu sans son ordre. Sont-ils battus à ISumance. Scipion Emilien les prive rd de tout ce qui les avait amollis. Les légions romaines ont-elles passé sous le joug en Numidie, Metellus repare cette honte dés qu'il leur a fait reprendre les institutions anciennes.