‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 281 sur 534 · POUSSIÈRES · texte numérisé non relu

POUSSIÈRES

la nature ou l'importance de son rôle, a toujours été si bien reconnue que non seulement l'idée n'est pas venue de tendre à en supprimer aucune, mais encore qu'il n'y a jamais eu que de légères variantes dans les proportions d'abord fixées pour le mélange. A une certaine époque cependant, et dans le but d'ailleurs illusoire d'en accroître la puissance, on y introduisit une certaine proportion d'arsenic. C'est même à cela qu'il faut attribuer, bien que cette adjonction ait été presque aussitôt abandonnée, l'ancien préjugé prêtant un caractère vénéneux aux blessures faites par des projectiles lancés à l'aide de la poudre. En vertu de cette opinion, les chirurgiens se croyaient tenus d'arroser d'huile bouillante les plaies ainsi faites, cruauté inutile dont Ambroise Paré eut la gloire d'abolir la pratique. Aujourd'hui les variantes de composition sont surtout déterminées par l'emploi auquel les poudres (car il y en a de plusieurs sortes) sont destinées. Etant reconnu, par exemple, que c'est au soufre que sont principalement dus les résidus produisant l'encrassement des instruments de tir, il va de soi que l'on tend à en diminuer le plus possible les quantités pour les poudres destinées au service des armes de petite dimension, tandis qu'on pourra sans inconvénient les augmenter pour le tir du canon, et bien plus encore quand il s'agira de la poudre de mine, dans l'usage de laquelle il ne saurait être question d'encrassement des blocs à faire sauter. En France donc les formules actuelles de composition des poudres sont les suivantes : poudre à canon, pour 10(> parties, salpêtre 75, soufre 12,5, charbon 12,5; poudre à fusil de guerre (dite à mousquet), salpêtre 74, soufre 10,5, charbon 15,5; poudre de chasse, salpêtre 78, soufre 10, charbon 12; poudre de mine, salpêtre 62, soufre 18, charbon 20. Dans les principaux pays d'Europe les formules de la poudre de guerre ou à fusil sont les suivantes (le premier chiffre se rapportant au salpêtre, le second au soufre, le troisième au charbon) : Allemagne 75, 11,5, 13,5; Suisse 76, 10, 14-, Espagne 70,5, 10,8, 12,7 ; Russie 75, 10, 15; Angleterre 75,9, 16; Portugal 75,7, 10,7, 13,6. La poudre chinoise, toujours la même depuis bien des siècles, a pour formule : salpêtre, 75,7 ; sou- Ire, 9,9; charbon, 14,4.

Etant donnés ces divers dosages, qui, on le voit, diffèrent bien peu, et dont l'observation précise est d'une grande importance pour la qualité des poudres, nous devons remarquer une autre condition de fabrication qui ne concourt pas moins à l'excellence des résultats. A l'origine, et longtemps même après l'intention, le mélange intime des substances était fait par la pulvérisation ; on employait la poudre en cet état primitif (auquel d'ailleurs elle doit son nom). Plus tard on eut la preuve qu'il y avait avantage à granuler la poudre, l'inflammation étant beaucoup plus rapide quand le feu venant d'un grain peut se répandre dans les interstices des autres, que quand le pulvérin forme masse. Depuis, la granulation a toujours été l'objet d'un soin particulier. On la fait varier toutefois pour les diverses espèces de poudres. Par exemple, la poudre à canon et la poudre de mine sont en grains mesurant jusqu'à 2 millimètres et demi, tandis que les grains de la poudre à mousquet ne dépassent jamais 1 millimètre, et ceux de la poudre de chasse surfine un quart de millimètre.

La fabrication de la poudre nécessite des matières de premier choix. Le salpêtre doit être amené au plus parfait degré de raffinement. On n'emploie que du soufre obtenu par distillation du soufre brut du commerce. Quant au charbon, qui, selon la qualité de poudre, est fourni par de jeunes branches de châtaignier, bourdaine, saule, fusain, peuplier, tilleul, etc., que l'on a eu le soin d'écorcer, il est ordinairement préparé dans des cylin-

dres de fonte, où il y a souvent même moins carbonisation proprement dite qu'extraction des parties aqueuses et torréfaction du ligneux. Les trois substances ayant été d'abord triturées, on en opère le mélange intime en les plaçant d'abord dans des tonneaux où elles tournent pendant huit ou dix heures, en compagnie d'un certain nombre de billes de bronze. On soumet ensuite ce mélange humecté soit à des pilons, soit à des meules d'un poids énorme, qui le broient longuement. L'on a alors une masse malléable qu'on laisse se ressuyer un peu de son humidité et que l'on soumet à la granulation, qui commence par un mouvement de la masse sur un crible où va et vient un bloc jouant le rôle de brisoir. C'est par des tamisages successifs que l'on arrive à la dimension égale des grains, que l'on met ensuite à sécher sur des toiles, quand ils sont à la grosseur voulue. La siccité obtenue, la fabrication est terminée pour les poudres de guerre ou de mine ; mais pour la poudre de chasse on procède à l'opération dite du lissage, qui doit donner du brillant aux grains, et qui consiste à faire tourner la poudre pendant quelques heures dans un cylindre dont le pourtour intérieur est garni de baguettes obligeant les grains à un frottement continuel les uns contre les autres. En dernier lieu toujours, les poudres sont soumises à Yépoussetage, qui se fait sur des tamis à très petits trous, et qui a pour but d'enlever toutes les poussières pour ne laisser que des grains bien distincts.

En France, la fabrication et la vente de la poudre sont exclusivement réservées à l'Etat, et des peines graves sont applicables à la fabrication ou à la vente clandestines de ce produit. Il y a également interdiction d'introduire sur le territoire les poudres étrangères. Une administration spéciale, d'ailleurs fort importante, est chargée du service des poudreries, qui comprend une vingtaine d'établissements, tant usines épurant le salpêtre ouïe soufre que procédant à la fabrication proprement dite des poudres, lesquelles ne peuvent être livrées au public que par des entrepositaires débitants dûment autorisés.

Depuis quelques années la poudre à canon, jusque-là chargée à peu près seule de tous les effets balistiques ou explosifs nécessites par la guerre ou les travaux du génie civil, a cédé une grande et importante partie de sa tâche à de nouvelles combinaisons: nitro- glycérine, dynamite, lithofracteur, matasiette, etc., qui ne sont autres, du reste, que des applications du même principe sous des noms divers. Quoique récemment découvertes, ces substances ont déjà une histoire si féconde en terribles épisodes que le temps n'est pas loin où nous nous surprendrons à regretter le règne exclusif de « la vieille et bonne poudre à canon ». Puisse l'heure ne pas sonner où les regrets seront pour ces nouveaux venus.

[Eugène Muller.]

POUMONS. — V. Respiration et Circulation.

POUSSIÈRES DE L'ATMOSPHÈRE ET DES EAUX. — Météorologie, I-IV; Hygiène, XVII. — L'air, en dehors de ses composés accidentels gazeux, tient presque toujours en suspension des poussières minérales, des poussières organiques mortes et des poussières organiques vivantes.

Poussières minérales. — Elles varient beaucoup suivant les pays et la force du vent. Elles peuvent être incommodes; il est très rare qu'elles nuisent à la santé, à moins qu'on ne vive habituellement dans une atmosphère qui en soit chargée, ou qu'elles ne proviennent de substances vénéneuses. Les vents peuvent les transporter à de très grandes distances. Assez souvent on y remarque des globules microscopiques de fer qui proviennent des aérolithes portés à l'incandescence par leur passage rapide au travers de notre atmosphère.

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