‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 282 sur 534 · POUSSIÈRES · texte numérisé non relu

POUSSIÈRES

Poussières organiques mortes ou non vivantes. — Elles sont généralement composées de grains d'amidon cuit ou non cuit, de débris d'épithélium de la peau de l'homme ou des animaux, de débris de poils ou de tissus, etc. Elles sont, comme les précédentes, généralement sans aucun danger par elles-mêmes.

Poussières organiques vivantes. — On les distingue en deux classes : les spores de cryptogames, et les bactériens.

Les spores sont des sortes d'œufs ou de graines rudimentaires par lesquels certaines espèces végétales, les algues, les mousses, les lichens, les champignons, se propagent au loin. Plusieurs de ces plantes ont des dimensions relativement considérables ; beaucoup d'entre elles, connues sous le nom vulgaire de moisissures, ont au contraire des proportions extrêmement petites et jouent un rôle considérable soit dans nos habitations, soit dans la préparation ou la conservation de nos aliments. Certains fromages n'acquièrent leurs qualités que quand leur pâte est envahie par le mycélium de certains champignons microscopiques; au coniraire, les conserves alimentaires périssent souvent par suite de l'invasion d'autres champignons. Le charbon et la carie du blé sont dus à des champignons dont les spores forment la poussière noire qui remplit les grains attaqués. Or c'est du sol que part la plante; sa tige extrêmement ténue se prolonge au travers du chaume jusqu'à l'épi, où sa fructification s'effectue.

Les fructifications étant aériennes et les spores étant très légères, celles-c i sont prises et enlevées par les moindres brises ; l'humidité ainsi que la 'Valeur étant d'autre part favorables au développement des moisissures, on comprend que le nombre des spores cryptogamiques contenues dans l'air augmente en été et diminue en hiver par l'effet de l'inégalité des températures dans ces deux saisons; on comprend aussi qu'à égale température les temps humides en donnent plus que les temps . Les moyennes des nombres des spores cryptogamiques renfermées dans 1 mètre cube dlair du parc de "Montsouris, à Paris, ont été de 3 000 en mars 1880, de 7 600 en avril, de 4 700 en mai et de b't 500 en juin de la même année.

Les bactériens et surtout leurs germes sont beaucoup plus petits que les spores de cryptogames ; il en pourrait tenir huit ou neuf cents côte à côte dans la longueur d'un millimètre; aussi passent-ils sans difficulté au travers de tous les filtres quand ils sont mêlés à l'eau. C'est parmi eux qu'on trouve les micrococcus du choléra des poules, de la vaccine, du croup (diphthérie) ; les bacilles du charbon et de la putréfaction; le vibrion de la pourriture d'hôpital, etc., et en général les germes des diverses maladies infectieuses.

Les bactériens, comme les spores de cryptogames, croissent en nombre avec la température; mais, contrairement à ce qui a lieu pour les spores, leur nombre est d'autant plus grand dans l'air que le temps est plus sec, d'autant moindre que le temps est plus humide. Ils sont généralemeat beaucoup moins nombreux à l'air libre que les spores, et leur nombre moyen par mètre cube

is le parc de. Montsouris, de mars, do .')(; en avril, de 181 en mai et de 39 en juin de l'année 1880. Mais il peut être de cinquanti lis pins élevé dans Isa salles mal

trMiiic- renfermant un grand nombre deporsonnes. i poration Bpontanée d'un liquide en putréfaction n'en donne point à l'air: les émanations qui se dégagent d un sol infect n'en donnent pas davantage, '■'" ; qu ce ol esl bumide. L'humidité fait adhérer fortement les bactériens au\ particules solides .sur lesquelles lia se axent Hais, dès que le sol se dessèche, les vents le.-* entraînent avec les poussières auxquelles ils adhèrent. Les

miasmes paludéens sont peu à craindre pendant les hautes eaux; ils sont surtout dangereux à l'arrière-saison, quand le niveau des eaux marécageuses baisse et que les sédiments qu'ils déposent sur leurs bords se dessèchent et livrent leur poussière aux vents. Le nombre relativement très grand de bactériens qu'on trouve dans l'air des hôpitaux, des casernes et de certains appartements, provient des poussières qui s'en détachent du sol et des murs et qu'un nettoyage à sec, non accompagné d'une aération suffisamment large, rejette périodiquement dans l'atmosphère. Sous ce rapport, le blanchiment des murs à la colle et au blanc d'Espagne est absolument mauvais, surtout si on le compare au lait de chaux de nos campagnes. Mais, au blanchiment des murs à la chaux, répété au moins deux fois par an, dans les salles où séjournent beaucoup de monde, il faut joindre : le lavage du sol au moins une fois par semaine; son nettoyage quotidien soit au balai sec après arrosage, soit avec des linges humides, et une large aération par les fenêtres toutes grandes ouvertes chaque fois que la salle est inoccupée ou vient d'être nettoyée. Ces précautions, nécessaires en tout temps, le sont particulièrement en temps d'épidémie.

Les bactériens sont beaucoup plus nombreux dans les eaux que dans l'air. Les eaux des sources limpides en contiennent fort peu quand on les prend à leur sortie même de la terre. Mais dans la plupart des villages de France, le lavoir public est mis à la source même, et les eaux pures qui s'en écoulent sont presque immédiatement contaminées parles microgermes des vêtements qu'on y lave. Puis, on jette à l'eau toutes les ordures du village. Aussi, tandis que les eaux de source, même celles qui proviennent des terres de Gennevilliers largement irriguées depuis huit ou dix ans avec les eaux des égouts de Paris, renferment de 10 à 20 bactéries par centimètre cube, que l'eau de pluie recueillie dans le parc de Montsouris en renferme 30 à 40, l'eau de la Vanne en arrivant à Montrouge en contient déjà 60. Mais l'eau de Seine avant d'entrer à Paris en renferme de 1 200 à 1 500, et plus de 3 000 par centimètre cube à sa sortie de Paris. Pour les eaux des égouts de Paris le nombre est de 20U00. Fort heureusement, tous ces microgermes sont loin d'être nuisibles pour nous. Le plus grand nombre nous vient, au contraire, en aide en activant la nitrification de tous les déchets de la vie animale et végétale et en les préparant pour de nouvelles vies. Mais il en est, les uns connus et admirablement étudiés par M. Pasteur, les autres encore inconnus, qui, non contents de s'attaquer aux déchets de la vie. s'attaquent encore aux êtres vivants et les tuent. Tels sont entre autres les microgermes du charbon, du sang de rate, du choléra des poules, etc. Les animaux qu'ils ont fait périr, s'ils sont jetés à l'eau, y sèment leurs germes qui s'y multiplient et se propagent. Enfouis dans le sol, ils y déposent encore leurs germes qui y sont retenus avec une grande énergie; mais le travail de la terre par l'homme ou par les animaux îles vers de terre d'après les beaux travaux de M. l'a> pi 'in les ramener à la surface où la sécheresse les livre aux vents. Les plantes, qui seraient impuissantes h les retirer du sol, peuvent se charger de <> - poussières empoisonnées, et si les animaux qui s'en nourrissent ont quelque solution de continuité, quelque éraillure dans la muqueuse de la bouche ou de l'intestin, ils s'inoculent le microgerme de l'infection. Il faut enfouir l'animal mort des atteintes du mal, et l'enfouir dans un terrain choisi, aride ou sableux, et interdire aui autres d'aller paître sur ci t emplaoe nt.

Des épidémies graves peuvent incontestable* ment se transmettre par les micr ranta

PRAIRIES

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de l'air ; mais ceux qui adhèrent aux poussières des lieux habités et aux vêtements mêmes, ou coux qui se trouvent mélangés aux boissons ou .-nix aliments, sont bien plus à craindre, en temps d'épidémie surtout, et ce sont ceux dont souvent on se défie le moins. Les désinfectants chimiques, les feux de plantes aromatiques dans les rues et les habitations, ne sont que des palliatifs sans efficacité réelle. Une propreté rigoureuse du corps et des habitations ; une aération large, prolongée et fréquente des chambres à coucher; une vie sobre, active, le plus possible au grand air ; l'usage d'aliments cuits et de boissons bouillies, telles que des infusions; telles sont les précautions les plus efficaces en temps d'épidémie, comme en temps ordinaire. A cela se joint naturellement l'inoculation de la vaccine contre la seule maladie qui le comporte actuellement : la variole. | Marié- Davy.]

PRAIRIES. — Agriculture, X. — On appelle prairie toute surface produisant du fourrage à faucher ou à pâturer, que ce fourrage provienne de semis ou qu'il ait poussé naturellement. On distingue les prairies naturelles ou permanentes, dans lesquelles l'ensemencement a été fait par la voie de dissémination naturelle des graines, et les prairies artificielles ou temporaires, semées par l'homme et durant seulement un petit nombre d'années. Il y a lieu de distinguer aussi entre les prairies à faucher et les prairies à pâturer ; les premières sont communément appelées simplement prairies , et les secondes sont désignées par le nom de pâtures. Le produit des prairies fauchées est le plus souvent converti en foin, c'est-à-dire desséché par l'action du soleil, de manière à pouvoir être consommé en toutes saisons et dans toutes les circonstances.

Prairies naturelles. — Les prairies naturelles ou permanentes ne sont jamais formées par une seule espèce de plantes; elles sont constituées par des mélanges, en proportions variables, de plantes herbacées appartenant à un grand nombre de familles naturelles, mais dans lesquelles les graminées et les légumineuses entrent pour la plus grande part. Chaque nature de terrain se couvre, suivant le climat, d'une végétation qui lui est propre ; c'est cette végétation qui fait le plus souvent le fond de la prairie. Les plantes qui constituent les prairies ont des valeurs très diverses au point de vue de l'alimentation du bétail. Suivant leur prédominance, elles donnent leurs qualités ou leurs défauts à l'ensemble du fourrage. Ces plantes forment trois grands groupes suivant qu'elles viennent principalement dans les terrains humides, les terrains frais ou les terrains secs; on pourrait y ajouter un quatrième groupe, celui des plantes propres aux terres acides.

Dans le premier groupe, on trouve comme plantes principales les fétuques, les pâturins, les fléoles, les phalarides, les agrostides, et des légumineuses. Quand il y a excès d'humidité, on voit prédominer des espèces plus grossières, les fétuques, les joncs, les carex et autres plantes d'une valeur très médiocre.

Le deuxième groupe comprend quelques-unes des plantes déjà indiquées, et en outre la houlque, le fromental, le dactyle, la canche, etc.

Au troisième groupe appartiennent d'une manière spéciale plusieurs espèces de fétuques, de bromes, de chiendent, de dactyle, de lotus, de trèfle.

Enfin, la végétation des terres acides est caractérisée par la présence de plantes des familles des cypéracées et destyphinées, qui ne donnent qu'un fourrage de qualité tout à fait secondaire.

Les plantes qui forment les prairies n'arrivent pas ensemble au degré de maturité nécessaire, soit pour la pâture, soit pour la fauchaison. Lue

prairie est d'autant meilleure que le plus grand nombre des plantes qui la forment, passent à peu près en même temps par les diverses phases de leur végétation.

Pour créer une prairie, on peut suivre diverses méthodes. Dans les terrains de qualité médiocre, on se contente le plus souvent de répandre sur le sol le fond des greniers à foin et de laisser pousser les herbes, en ayant toutefois le soin d'enlever les arbustes, les chardons et autres plantes nuisibles, en même temps qu'on nivelle les taupinières. Mais, pour avoir un produit plus rapide, en même temps que plus certain, il convient d'avoir recours à des semailles directes de graines de plantes des prairies.

Suivant la nature du sol, les mélanges de graines sont variables. En voici plusieurs exemples qui ont été plusieurs fois recommandés. Les quantités de graines à semer sont indiquées pour un hectare.

Dans une terre humide et tourbeuse : ray-grass d'Italie, 15 kilog. ; agrostide traçante, 3 ; fléole des près, 3; vulpin, 2; houlque laineuse, 2; trèfle blanc, 3; trèfle hybride, 2; mélilot, 2. — Dans une terre argileuse : ray-grass commun, 15 kilog. ; fétuque des prés, 3 ; vulpin des prés, 3 ; fléole, 3 ; houlque laineuse, 2 ; agrostide traçante, 2 ; dactyle, 1 ; flouve, 0,5 ; trèfle ordinaire, 4 ; trèfle blanc, 3 ; trèfle hybride, 2 ; mélilot, 1. — Dans une terre calcaire et sèche : ray-grass commun, 20 kilog. : brome des prés, 10; fromental, 10; dactyle, 6; lupuline, 3; trèfle ordinaire, 2; trèfle blanc, 2; mélilot, 2 ; sainfoin, 20.

Il faut ajouter que, en faisant les semailles, on ne doit réunir ensemble que les graines ayant à peu près le même poids et le même volume ; on fait ainsi deux ou trois mélanges qui sont semés séparément, afin que chaque nature de graine soit uniformément répandue sur toute l'étendue. On a eu soin de niveler le sol et d'en ameublir la surface. La semence est recouverte par un léger coup de herse. L'automne est le moment le plus favorable pour faire ce travail. La première pousse des jeunes plantes, au printemps suivant, doit toujours être fauchée ; après cette opération, on peut y mettre des moutons à pâture, mais en les surveillant bien afin de voir s'il n'y a pas de plantes arrachées. La deuxième année, on peut faire pâturer la prairie dès le printemps.

Dans la formation d'une prairie, il arrive toujours que les plantes qui la composent définitivement ne conservent pas les proportions relatives indiquées par les quantités de graines employées. Quelques plantes sont étouffées par la végétation des autres; il en vient d'ailleurs qui ne sont pas semées, et qui parfois même deviennent dominantes.

Les soins de conservation des prairies varient suivant qu'il s'agit de prairies à faucher ou de prairies à pâturer. En ce qui concerne les prairies fauchables, les soins les plus indispensables consistent à pratiquer des sarclages afin de détruire les mauvaises plantes, surtout les chardons ; à faire la chasse aux taupes et à détruire les taupinières, à entretenir les rigoles quand les prairies sont soumises à l'irrigation. La fauchage doit être fait au mois de mai ou au mois de juin, quand la plus grande partie des graminées sont en fleur. Il ne faut ni trop avancer ni trop reculer cette importante opération. Si on la fait de trop bonne heure, on perd sur la quantité ; si on la retarde au delà du point le plus favorable, on obtient, il est vrai, un plus grand rendement, mais le foin n'est que de médiocre qualité. 11 ne faut pas répéter les fauchages à des intervalles trop rapprochés, car on court le risque d'étouffer dans leur croissance les plantes les plus abondantes et les plus fortes. Dans les circonstances ordinaires,

PRAIRIES

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deux ou trois coupes sont, pour la plupart des saisons et des climats, la meilleure proportion à adopter.

Pour les pâturages, les soins d'entretien en ce qui concerne la destruction des mauvaises plantes sont à peu près les mêmes que pour les prairies fauchâmes ; mais ils sont encore plus importants. Quant à la conservation et à l'amélioration des pâturages, elles dépendent surtout de la nature des animaux qui y vivent. Les meilleurs pâturages sont consacres aux vaches ou aux bêtes bovines à l'engrais ; les autres sont réservés aux moutons. Un pâturage ne peut être considéré comme propre aux bêtes à cornes que lorsque chaque vache peut y être nourrie sur une surface d'un hectare et demi. Afin de juger si un pâturage convient à un troupeau, le comte de Gasparin a conseillé la méthode suivante : on choisit dix bêtes, parmi les grosses, les moyennes et les petites ; on les pèse avant de les mettre sur une partie déterminée du pâturage, et on les y laisse pendant dix jours. Si, au bout de ce temps, elles n'ont pas perdu de leur poids, le pâturage sera réputé suffisant; si elles ont gagné sensiblement, le pâturage sera réputé bon ; si enfin l'accroissement a été de 3 pour 100 du poids, le pâturage peut être considéré comme pâture d'engrais ou d'embouche. Lorsque le terrain a été rendu humide au point que les animaux laissent sur le pâturage l'empreinte de leurs pas, il convient de ne pas les y faire entrer. Des enclos sont ménagés, afin que les bêtes parcourent successivement toutes les parties de la pâture, pour revenir à la première lorsque toute l'étendue a été une fois tondue. Si l'on n'a que de faibles étendues de pâtures et peu d'animaux, on fait pâturer au piquet : chaque animal est relié par une corde à un piquet fixé en terre, et on lui livre chaque jour la surface nécessaire pour sa nourriture.

Les pâturages reçoivent les déjections des animaux qu'ils nourrissent, et par suite ils n'ont que rarement besoin d'engrais. Mais il est toujours utile de les soumettre à l'irrigation (voir ce mot), si on le peut. Quant aux prairies à faucher, l'emploi des engrais ou des amendements est indiqué, soit qu'on veuille accroître le rendement, soit qu'on veuille faire disparaître des plantes nuisibles en les étouffant par une végétation plus forte. On comprend aussi que, pour une prairie fauchée, comme pour toute terre à laquelle on enlève la récolte qu'elle a produite, il est nécessaire de restituer l'équivalent des principes qui ont été enlevés ; la fertilité ne peut pas se maintenir indéfiniment. Les engrais à employer varient suivant la nature du sol. D'une manière générale, les engrais liquides, tels que le purin, l'urine, les eaux grasses, etc., sont excellents pour les prairies. De même les engrais pulvérulents, qui sont d'un épandage facile, tels que les tourteaux, le guano, la poudre d'os ; les composts bien consommés peuvent aussi produire de très bons effets. Dans les terres acides, ou dans celles qui sont marécageuses, les phosphates modifient d'une manière très heureuse la végétation des prairies. La saison à adopter pour répandre les engrais sur les prairies est l'hiver, avant la pousse de l'herbe; la raison en est facile à comprendre. C'est aussi la saison qui convient pour les travaux de nivellement, de curage des fossés.

Une pratique répandue dans quelques contrées est de « déprimer u les prairies au printemps. C'est y mettre les animaux convalescents ou même tout le troupeau, de telle sorte qu'ils pâturent la première herbe poussée. Le rendement de la prairie au fauchage est diminué, mais il est de meilleure qualité, car les plantes les plus précoces ont été arrêtées par le pâturage. C'est une méthode qu'on ne peut adopter que lorsqu'il est

impossible de faire autrement; car, au printemps, le sol est souvent humide, et la prairie peut être détériorée par le piétinement des animaux.

Le fauchage des prairies est fait soit avec la faux, soit avec la faucheuse mécanique. On a indiqué plus haut l'époque qui est la plus convenable pour cette opération. Il est inutile d'insister sur la nécessité de couper aussi près de terre que possible. En effet, près du sol l'herbe est toujours plus fournie, et c'est la base des tiges qui fournit le plus de fourrage. Après la coupe, l'herbe doit être fanée pour être transformée en foin ; faner, c'est rendre l'herbe propre à se conserver, en lui enlevant la plus grande partie de l'eau qu'elle contient. L'herbe, après avoir été coupée, est disposée sur le sol en lignes qu'on appelle andains. On la laisse ainsi pendant deux ou trois jours, puis on la retourne sans la secouer trop violemment, afin que les parties les plus fines ne se perdent pas. Dans la soirée, on dispose l'herbe à moitié desséchée en meulons, pour la soustraire à l'action de la rosée ; le lendemain, on l'éparpillé à nouveau sur le sol, et on répète ces opérations jusqu'à ce que la dessiccation soit complète. Ces opérations sont faites, soit avec des fourches et des râteaux, soit avec la faneuse et le râteau mécaniques. Si des pluies surviennent pendant l'opération du fanage, il faut mettre l'herbe en meulons, afin de la soustraire le plus possible à l'action de l'eau, qui est tout à fait nuisible pour la préparation du bon foin. Le foin fané doit exhaler son odeur caractéristique, ne pas être cassant, avoir une coloration légèrement dorée, tout en conservant un peu de la teinte verte de l'herbe. Le foin brun, qui a perdu en grande partie son odeur, et qui présente une couleur noirâtre, est celui qui a été fané par un temps excessivement humide ; sa valeur marchande est sensiblement amoindrie.

Le rendement des prairies varie suivant un très grand nombre de circonstances. Quand le printemps est très sec, les prairies qui ne peuvent pas être arrosées ne donnent presque rien ; si le printemps manque de chaleur, le même fait peut se manifester. Pour évaluer les rendements, il faut supposer une saison normale. Dans ces conditions, une prairie soumise à un bon système d'irrigation peut donner 8 000 à 10 000 kiiog. de foin sec par hectare ; quelquefois le rendement s'élève jusqu'à 12 000 et même 15 000 kilog. en trois ou quatre coupes. Dans la catégorie des prairies non arrosées, on considère comme très bonnes prairies celles dont le rendement peut atteindre, en deux coupes, 7 500 kilog. Les prairies ordinaires donnent 3 000 à 4 500 kilog. Les prairies médiocres sont celles dont le rendement n'atteint pas 3 000 kilog. On est généralement d'accord pour admettre qu'il ne faut pas laisser en gazon les terres qui ne donnent pas 1 000 kileg. de foin par hectare.

Quelquefois sur une partie de prairie on veut obtenir de la graine. Dans ce cas, on ne lauche que lorsque les plantes sont arrivées à maturité ; on fait sécher la coupe, et on en retire ensuite les graines.

Le foin est une denrée d'un transport difficile à raison du grand volume qu'il présente sous un faible poids. Le mètre cube de foin bottelé ne pèse pas plus de 90 à 120 kilog. Pour faciliter le transport, on a imaginé de le soumettre à une forte pression avec des appareils spéciaux, et d'en faire des balles dont le poids spécifique soit de 300 à 400 kilog. par mètre cube. Le foin pressé se conserve très bien pendant plusieurs années, avec toute sa valeur nutritive.

Prairies artificielles. — Les prairies artificielles, qu'on appelle aussi plus justement prairies temporaires, sont celles qui sont semées par le cultivateur en plantes spéciales, pour durer pen-

PRAIRIES

PRÉHISTORIQUES

dant un nombre d'années plus ou moins considérable, et qui entrent dans l'assolement des terres arables. Dans quelques régions, où la culture alterne est presque exclusivement adoptée, la production des fourrages est à peu près tout entière demandée aux prairies artificielles. Celles-ci sont divisées suivant les plantes qui les composent, ou bien suivant leur durée. C'est ainsi qu'on distingue d'une part les prairies artificielles de légumineuses et celles de graminées, et d'autre part celles qui sont vivaces, bisannuelles ou annuelles. Leur introduction dans les usages de la culture a été une véritable révolution pour un grand nombre d'exploitations; on a pu obtenir du bon fourrage en abondance sur beaucoup de points où l'on ne pouvait avoir de prairies naturelles. En fait, un bon terrain cultivé en luzerne ou en trèfle donne sensiblement plus de nourriture que s'il était en pré naturel, et sur des sols médiocres on obtient un produit que la prairie est incapable d'y donner.

Toutes les terres de la ferme sont tour à tour transformées en prairies artificielles. Suivant la durée qu'on donne à celles-ci, on les met dans l'assolement ou hors de l'assolement. Les soins de préparation consistent dans le nivellement du sol, l'enlèvement des pierres, le plombage, etc. Les semailles se font ensuite. Les principales plantes des prairies artificielles sont semées seules; ce sont, parmi les légumineuses, la luzerne, le trèfle, le sainfoin ; parmi les graminées, le ray-grass et le seigle. On se sert quelquefois de fourrages annuels pour protéger les plantes vivaces. Ainsi, avec la luzerne ou avec le sainfoin, on sème l'orge, le seigle, l'avoine, le brome, le sarrasin, la moutarde blanche, les fèves. La coupe de ces fourrages annuels donne un précieux accessoire de la plante principale. En général, il convient de semer épais: les prairies formées dans ces conditions deviennent plus rapidement productives, demeurent garnies malgré les circonstances extérieures et donnent un fourrage fin et abondant.

On attribue quelquefois aux légumineuses, semées dans les prairies artificielles, la qualification de plantes améliorantes. On suppose qu'elles laissent le sol plus riche, au bout de quelques années, que lorsqu'elles ont été semées. Aucune erreur n'est plus grave. Rien n'a jamais démontré que les plantes légumineuses aient le pouvoir, comme on l'a affirmé, d'absorber l'azote de l'atmosphère et d'en enrichir le sol. Ce qui est vrai, c'est que quelques-unes de ces plantes, notamment la luzerne, émettent des racines très longues et vont puiser leur nourriture dans les couches profondes du sous-sol. Elles se nourrissent aux dépens de celles-ci, et quand la prairie artificielle est rompue, les feuilles et les racines qui se décomposent dans les couches superficielles enrichissent en effet celles-ci, mais non pas de la manière que l'on suppose, par une absorption de l'azote atmosphérique. Au bout d'un nombre d'années variable suivant les plantes et les sols, le rendement des prairies artificielles diminue; c'est surtout sur les luzernes que ce fait se produit. Cette diminution prouve que la fertilité du sol à l'égard des légumineuses n'est pas indéfinie, et que, en dépit des fortes fumures, elle s'amoindrit à cause de la difficulté que l'on éprouve à faire pénétrer les engrais dans les couches profondes.

L'herbe des prairies artificielles formées par les légumineuses est mangée par le bétail en vert ou en sec. On fait du foin de trèfle ou de luzerne, comme du foin de prairie naturelle; seulement il faut prendre, au fanage, des précautions afin de ne pas détacher de la tige les jeunes pousses et les feuilles, toujours délicates. Quant à la consommation en vert, elle se fait soit à la pâture, soit à l'étable. Mais, dans ce cas, il faut encore prendre

des précautions spéciales. L'ingestion de l'herbe fraîche des prairies artificielles a parfois pour résultat d'occasionner des coliques et des météorisations qui peuvent entraîner la mort des animaux. Surtout quand cette herbe est humide, il faut ne la faire consommer que graduellement et ne pas laisser les animaux paître trop longtemps dans lesprairies de légumineuses.

Les principales plantes des prairies artificielles sont, parmi les légumineuses:

1° La luzerne ordinaire (Medicago sativa), qui vient bien dans la plupart des climats, mais se développe surtout sous les climats chauds. Elle demande un sol profond, exempt d'excès d'humidité ou de sécheresse. Une luzernière dure le plus souvent de six à huit ans, en la fumant et en la sarclant. On peut en prolonger la durée pendant quinze à dix-huit ans. Il est convenable de ne la faire revenir sur le même sol qu'après un temps égal à celui pendant lequel elle y est restée. Le rendement varie de 5 000 à 10 000 kilog. de fourrage sec par hectare : dans les prairies du Midi, fortement arrosées, il s'élève quelquefois jusqu'à 15 000 ou 18 000 kilog.

2° La minette ou lupuline, qui vient bien dans les sols secs et calcaires, et qui est remarquable par sa précocité. Elle dure généralement deux ans sur le même sol. On l'associe quelquefois à la luzerne dans les terres légères.

3° Le trèfle, dont trois espèces principales sont cultivées. La plus importante est le trèfle des prés ou trèfle violet, spontané en France. Le trèfle demeure dix-huit mois sur le même sol. Son rendement est de 6 000 à 10 <>00 kilog. de fourrage sec par année. C'est un fourrage excellent, sain pour tous les animaux. Le trèfle rampant est le plus souvent consommé en vert. Il s'accommode des terres légères et même de celles qui sont marécageuses. Le trèfle blanc est aussi cultivé, mais sur une petite échelle.

4° Le sainfoin, appelé esparcette, bourgogne, etc., et dont on distingue deux variétés: le sainfoin à une coupe et celui à deux coupes, dont les tiges sont plus longues et les feuilles plus larges. Il dure de cinq à six ans ; son rendement est de 4000 à 0000 kilog. de fourrage sec par hectare et par an.

Les principales plantes de la famille des graminées avec lesquelles on fait des prairies artificielles sont les diverses espèces de ray-grass, le fromental, les agrostides, les vulpins, les pàturins, etc. Ces prairies durent plus ou moins longtemps.

Aux prairies artificielles se rattachent les cultures de plantes fourragères annuelles : le seigle coupé en vert, le maïs fourrage, le trèfle incarnat, le lupin, la gesse, le mélilot, etc., ainsi que les cultures appelées dérobées, c'est-à-dire celles de plantes à croissance rapide qu'on obtient entre deux plantes se succédant dans l'assolement. Les cultures dérobées sont surtout avantageuses dans les années de disette fourragère. Le sarrasin, le moha, la jarosse, etc., sont les plantes qui conviennent le mieux pour faire les cultures dérobées.

L'introduction des prairies artificielles en France remonte à plusieurs siècles; mais c'est depuis la dernière moitié du siècle dernier qu'elles ont pris de l'extension et permis d'augmenter, dans d'immenses proportions, les ressources fourragères des exploitations rurales. [Henry Sagnier.]

PRÉHISTORIQUES (Populations). — Géologie, IX. — On sait comment les travaux successifs fies archéologues ont fait revivre jusque dans les particularités les plus intimes les civilisations les plus anciennes dont l'histoire fasse mention. L'art de déchiffrer les écritures antiques, hiéroglyphes, cunéiformes, etc., a étendu dans ce domaine le cercle de nos connaissances, et depuis

PRÉHISTORIQUES

PRÉHISTORIQUES

qu'à la tradition se sont jointes ainsi des données vraiment scientifiques, l'histoire a pris un caractère de précision et de certitude tout à fait nouveau.

C'est comme une conséquence des travaux de cette nature qu'il faut considérer la découverte de ce grand fait qu'avant tous les peuples dont l'histoire ou les traditions nous ont conservé le souvenir plus ou moins vague, il existait déjà des hommes sur la terre. Cette notion en effet ressort d'observations directes, aussi indiscutables que les observations astronomiques, et elles doivent précisément ce caractère de démonstration à la méthode même qui les a fournies.

Quoique des témoignages éloquents de l'existence de Y homme préhistorique aient de tous temps été à la disposition des observateurs, on s'est néanmoins refusé jusque dans ces dernières années à leur accorder l'intérêt qu'ils méritent, à leur attribuer leur vraie signification. Imbus d'idées fausses découlant de vieilles traditions auxquelles ils prêtaient une origine surhumaine, les naturalistes et le grand Cuvier à leur tête admettaient, comme une vérité dispensée de démonstration, que l'espèce humaine représente le dernier produit des forces créatrices ; que de son apparition date la dernière des périodes géologiques, et que depuis lors rien d'essentiel ne s'est modifié à la surface de notre planète. En d'autres termes, Cuvier regardait comme évident qu il n'y a pas d'hommes fossiles.

Pour bien comprendre la portée de cette grande question, quelques mots de géologie sont absolument nécessaires. Les couches superficielles du globe consistent en terrains d'alluvions ou de transport. Ces alluvions sont postérieures aux terrains tertiaires, elles les recouvrent. On les partage en deux grands groupes appartenant à deux époques consécutives : les alluvions anciennes et les alluvions modernes. Ces dernières datent des époques historiques; les autres rentrent dans la série des terrains quaternaires, appelés aussi et très improprement terrains diluviens ou diluvium.

Or, à l'époque quaternaire vivaient de grands mammifères qu'on peut classer en trois catégories sous le rapport de la destinée qu'ils ont eue. Les uns ont traversé la période quaternaire et prolongé leur existence jusqu'à nos jours ; tels sont le bœuf, le buffle, le cheval, le cerf commun, le renne, l'aurochs, etc. Les seconds ont également survécu à l'époque quaternaire et ils sont aussi devenus contemporains de l'alluvion moderne, mais le principe de vie de leur espèce s'est épuisé avant le moment présent et leurs restes se rencontrent dans les dépôts les plus récents ; tel est l'élan aux grandes cornes dont on trouve les restes dans les tourbes d'Irlande et que même, dit-on, les Iîomains faisaient venir d'Angleterre. Enfin, les derniers n'ont pas dépassé l'époque quaternaire ; ils se sont éteints pendant sa durée. Tels sont l'éléphant primitif, diverses espèces de rhinocéros, d'hippopotames, d'ours, de lions, d'hyènes, etc.

Le diluvium conserve les restes de tous ces animaux, tantôt soudés à des débris de roches par un ciment et formant avec eux les brèches qui remplissent certaines crevasses du sol comblées par les alluvions anciennes; tantôt enfouis dans les cavernes ; tantôt perdus au sein des couches stratifiées. On trouve des os épars, des portions d'os, des dents, des têtes entières, des squelettes entiers, dans certains cas même des cadavres. Exemple, ce mammouth et ce rhinocéros trouvés en Sibérie.

Eh bien, quand on recherche s'il existe des hommes fossiles, la question est réellement de savoir si l'homme a vécu en même temps que toute cette faune disparue ; s'il a été contemporain de ce grand mammouth dont le corps était couvert d'une toison composée de longs crins

noirs et d'une abondante laine rougeâtre ; s'il a rencontré dans presque toute l'Europe le lion, l'hyène et le grand ours des cavernes, le rhinocéros, l'hippopotame.

En d'autres termes, et en termes dont on comprend maintenant l'exacte signification, l'homme appartient-il à l'époque quaternaire?

C'est cette question que Cuvier, subordonnant la science à la tradition, résolvait négativement dans son célèbre Discours sur les révolutions du globe. C'est cette question qu'une foule d'observations ont fait entrer définitivement dans les faits les mieux démontrés.

Chose digne de remarque, ce qu'on découvrit d'abord, ce ne fut point des os, mais des vestiges de l'industrie humaine préhistorique.

Dès 1838, c'est-à-dire six ans après la mort de Cuvier, M. Boucher de Perthes, se fondant sur plusieurs ordres de considérations, émettait l'avis que le genre humain est antérieur à ce qu'on nommait alors la dernière révolution du globe. Où fallait-il en chercher la preuve? Là où l'on trouve les restes des animaux dont l'homme primitif aurait été le contemporain, dans le diluvium. La pensée que des silex travaillés pouvaient se rencontrer dans les terrains diluviens s'était présentée à notre auteur un soir de l'année 1 82s, en vue d'une carrière de sable, à l'extrémité du faubourg de Saint-Gilles à Abbeville. Cependant, aucun des cailloux qui gisaient à ses pieds n'offrait trace de main d'oeuvre. Il en chercha qui eussent gardé l'empreinte de la main de l'homme, et les chercha pendant des années sans succès. Quand enfin il en eut trouvé, il eut à lutter contre des résistances opiniâtres opposées à ses assertions par les idées préconçues des savants, et l'on doit rendre hommage à la fois au génie de H. Boucher de Perthes et à sa persévérance. Il explora personnellement les départements de la Somme, du Pas-de-Calais, de l'Oise, de la Seine, de la Seine-Inférieure, une partie de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie.

Pour donner une idée de l'abondance des silex taillés qu'il recueillit, disons que sur un parcours d'une dizaine de lieues, dans une vallée de la Somme, en moins de dix ans, plus d'un millier de haches furent extraites du diluvium, où elles gisaient avec des débris d'éléphants.

Aujourd'hui qu'on n'en conteste plus l'origine humaine, on constate entre ces silex et les instruments de maints sauvages contemporains une identité absolue, et c'est ainsi qu'on est parvenu à retrouver l'emploi de la plupart des silex taillés antéhistoriques.

Les plus simples sont des lames étroites et minces que leur forme générale a conduit tout de suite à qualifier de couteaux. On en trouve dans les régions les plus distantes; les Mexicains en fabriquent de tout semblables en obsidienne ou verre des volcans et les utilisent comme excellents rasoirs. Pour les obtenir, on n'a qu'à frapper avec une pierre sur l'angle d'un bloc de silex ou d'obsidienne : la cassure, qui est d'abord semi-conoidalc, devient bientôt tout à fait plane, et l'éclat séparé, qui peut atteindre 30 centimètres de longueur, offre une section sensiblement triangulaire. Il résulte de là qu'un éclat parfait présente toujours un petit bulbe de percussion qui permet de le distinguer des pierres qui, accidentellement, auraient pu affecter une forme analogue. Après avoir ainsi enlevé par éclats les quatre angles primitifs du bloc supposé cassé, on peut traiter de la même manière les huit nouveaux angles et ainsi de suite. Il se produit ainsi un bloc de forme caraciéristique, bien connu des antiquaires sous le nom de nueletu, et dont les collections renferment de magnifiques spécimens.

o II peut sembler très facile, dit Lubbock, de

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