I. Pronoms personnels
Les pronoms personnels sont ceux qui désignent les personnes, en indiquant le rôle que ces personnes jouent dans le discours.
Dans cette phrase : « Je devine que tu viens de chez lui, » on distingue trois personnages différents : je, tu et lui, qui sont les trois acteurs de ce petit drame. Ces acteurs ont des rôles différent-, que nous trouvons marqués ici par trois mots distincts : le premier rôle Ije) est celui de l'acteur qui parle de lui-même ; le second [tu), celui de l'acteur à qui l'on parle; le troisième (lui), celui de l'acteur dont on parle.
En termes de grammaire, on appelle ces trois rôles des personnes (du latin persona, rôle, personnage de théâtre).
Les pronoms personnels sont :
SIXGCLIER
1™ personne Je, me, moi.
2e — Tu, te. toi.
3e — 77. elle, lui, le. la, se, soi, en, y.
lre personne Nous.
2e — Vous.
3* — Ils, elles, eux, les, leurs.
a Tous ces pronoms viennent directement du latin; les deux premières personnes, des personnes correspondantes en latin ; la troisième personne a été empruntée aux pronoms démonstratifs latins.
Je, au xiie siècle jo, au xe io, au ixe io et aussi eo dans les fameux serments de Strasbourg de 842, vient du latin ego (je) ; par la chute du g, e[g)o devient eo, comme li(g)are est devenu lier : eo s'adoucit en v>, comme leonem en lion : io est postérieurement devenu jo (comme Dibionem est devenu Dijon). Enfin, jo s'est adouci en je. Nous avons vu le vieux français lo, ço, adouci en le, ce. — Me est le latin me (moi . — Moi vient ( gaiement du latin me, comme toile vient de tela, voile de vélum. — Nous est le latin nos (nous). — Tu, te, représentent le latin tu (tu), le (toi). — Toi vient également de te. — Vous est le latin vos (vous).
Le pronom de la troisième personne latine is (il), eu (elle), a été abandonné par le français, sans doute à cause de son peu d'ampleur, et notre langue a emprunté sa troisième personne au pronom démonstratif il le (celui-là), itla (celle-là :, illud 'cela) : ille est devenu il, comme mille a donné mil; Ma a donné elle, comme axi la, aisselle; le pluriel illi a donné le vieux français il, auquel la langue moderne a ajouté un s, d'où ils; elles vient de illas. — Eux vient de illos, comme cheveux, de capillos. — On a vu (V. Article) l'origine de le, la, les. — Me, le, se, viennent du latin me, te, se. — Lui est le latin illihuic (à ce-
lui-ci) qui, contracté en illuic, se trouve déjà sous la forme illui dans une inscription romaine publiée par Muratori. Illui est devenu lui, comme illui/i est devenu la, comme illorum est devenu leur, par la chute de la première syllabe.
Quand le ne désigne pas les personnes, mais les choses icomme dans cette phrase : la Pologne périra, je le prévois), il signifie cela, vient du neutre latin illud (cela), et nous représente à peu près le seul débris du genre neutre que nous possédions en français. Ce qui nous explique pourquoi aux questions : « Etes-vous la mère de cet enfant ? » ou «. Etes-vous la malade ? » il faut répondre je la suis 'c'est-à-dire, je suis la personne dont vous parlez), — tandis qu'aux questions : « Etes-vous mère ? Etes-vous malade ? » il faut répondre je le suis, c'est-à-dire, je suis cela, (illud,, c'est ce que je suis, ce que vous m'avez demandé; je possède la qualité de mère ou l'état de malade. — En, dans le vieux français ent, vient du latin inde (en, de là) comme souvent vient de subinde. — Y, dans le vieux français i, vient du latin ubi (là). » (Brachet, Nouvelle grammaire.)
Remarque. — 1° Les pronoms il, ils, eux, le, remplacent les noms masculins ; elle, elles, lot remplacent les noms féminins; les autres servent pour les deux genres.
2° Nous s'emploie parfois au lieu de je, soit comme marque d'autorité : Nous décrétons ; soit pour donner à la phrase un ton moins tranchant : Nous sommes prêt à vous écouter; soit dans le langage familier : On l'a réprimandé souvent, mais nous sommes opiniâtre. Alors l'adjectif reste au singulier.
:]» ]'ous s'emploie par politesse au lieu de tu, et L'adjectif reste au singulier : Paul, vous êtes sage.
•i0 Le, la, les, pronoms, ne doivent pas être confondus avec le, la, les, articles. — Le, la, les, pronoms, sont toujours placés avant ou après un verbe : Je te le donne, prends-/a. — Le, la, les, articles, accompagnent toujours un nom : Ni /'or, ni la grandeur ne nous rendent heureux ;
5° Leur est pronom lorsqu'il signifie à eux, à elles; il accompagne alors le verbe et ne prend jamais de s. Ex. : Je leur ai donné un livre. Il est adjectif lorsqu'il signifie d'eux, d'elle*, et il peut alors prendre la marque du pluriel : J'ai donné leurs livres à ces enfants ;
6" En est pronom lorsqu'il est mis pour de luiT d'elle, d'eux, d'elle?, de cela. Ex. : J'aime cet enfant et j'en suis aimé. Autrement il est adverbe : i' en viens ; ou préposition : Je suis en France ;
7° Y est pronom quand il signifie à cette chose, à ces choses, à cala. Ex.: L'affaire est importante, l'y donnerai tous mes soins. Autrement il est adverbe : Tu ;/ cours.
8° Se, soi, s'appelle aussi pronom réfléchi parce qu'il rappelle toujours le sujet de la proposition. Ex. : On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
9° Lorsque le pronom il ne se rapporte à aucun nom, comme dans ces phrases : // pleut, il faut aimer ses parents, on dit qu'il est impersonnel. Il est alors véritablement le neutre latin illud. (On sait que neutre ,neutrum, signifie ni l'un ni l'autre, c'est-à-dire ni masculin ni féminin.)
10' Pour donner plus de force à l'expression, on joint aux pronoms personnels l'adjectif mène ; on a alors les pronoms composes : moi-même, toimême, lui-même, nous-mêmes, etc. Ex. : Il a lu lui-même ma lettre; je viendrai moi-même.
Pronoms démonstrat^s.
Les pronoms démonstratifs sont des mots qui servent à montrer la personne ou la chose dont on parle. Ex. : Mon cheval est moins beau que
PRONOM
PRONOM
Les pronoms démonstratifs sont :
SINGULIER PLCRISL
Ce, celui, celle. Ceux, celles.
En ajoutant les adverbes ci et là à ces pronoms, on forme de nouveaux pronoms démonstratifs, qui sont :