PROVERBES
communes, qui colore en vert les eaux stagnantes : des mares et des étangs ; les Pèridi7iies, qui sont phosphorescentes, et qui contribuent avec les Soctiluques, êtres plus élevés, à produire le phénomène de la phosphorescence de la mer, etc. j Plusieurs espèces forment des colonies relativement volumineuses et remarquables par la régularité de l'arrangement des individus qui les composent : tels sont les Dendromonas, les Rhipidodendron, etc.
Parmi les Infusoires suceurs, nous mentionnerons les Acinètes, qui vivent principalement aux dépens d'autres infusoires et dont les différents individus demeurent isolés ; les Solenophryes et les Dendrosomes, qui forment des colonies ramifiées, etc.
Les Infusoires ciliés sont pourvus de véritables cils vibrantes. C'est à cet ordre qu'appartiennent les VorticelUs, qui sont ordinairement portées sur un pédoncule contractile ; les Steîitors, remarquables par leur grande taille et la forme turbinée de leur corps; les Paramécies, qui sont également d'assez grande taille et sa développent parfois en telle quantité dans les eaux douces et salées qu'elles les rendent absolument troubles ; une espèce de ce genre, la Paramécie du colon, vit en parasite dans le gros intestin et le caecum du porc et de l'homme.
Il faut encore rattacher aux Protozoaires les Grégarines, organismes parasites, généralement restreints à une seule cellule; les Noctduques, qui se rapprochent des Radiolaires dont tout le protoplasma serait contenu dans la vésicule centrale, et un certain nombre d'êtres ambigus formés par des groupes de cellules toutes semblables entre elles et capables de se séparer pour fonder ensuite d'autres groupes semblables: telles sont les Magosphœra, les Labyrinthules, etc.
[Victor Bertin.]
PROVERBES. — Connaissances usuelles, XII. — Le proverbe est une courte sentence résumant soit une vérité d'expérience, soit un conseil pour la conduite de la vie. Il y a différentes sortes de proverbes : les uns n'ont pas d'auteur connu ; ils sont, comme on l'a dit justement, la sagesse des nations. Quelque tête bien organisée a trouvé le tour original, la figure expressive, l'image plaisante ou la rime naïve qui a pour toujours fi\é une idée. Telle est, par exemple, cette pensée: « Pour connaître un homme, il faut manger un minot de sel avec lui. » Ou cette autre : « Compagnie fait pendre les gens. » Quelquefois, au contraire, nous connaissons l'auteur de la pensée devenue proverbiale. Ce sont surtout les poètes, et parmi les poètes les plus grands et les plus fins, qui mettent cette monnaie en circulation. A La Fontaine appartiennent : « Chassez le naturel, il revient au galop. — Le sage dit, selon les gens : Vive le roi, vive la Ligue ! i A Molière: « Il y a fagots et fagots. — Le véritable amphitryon est l'amphitryon où l'on dîne. » A Boileau : « L'ennui naquit un jour de l'uniformité. » Quelquefois enfin les proverbes ont une origine historique et sont des mots qui ont été prononcés dans une circonstance connue, comme cette réponse des Suisses enrôlés au service de la France durant les guerres d'Italie : « Point d'argent, point de Suisses. »
De ces différentes sortes de proverbes, celle qui nous intéresse le plus est la première. Les proverbes sertis du peuple nous montrent au vrai quelles sont les préoccupations principales d'une population et d'une époque. Il n'y a qu'à prendre les proverbes sur Dieu, sur les saints et sur le diable pour Be faire une idée de la religion moitié oalve, moitié Bceptique de nos pères : « A qui Dieu aide, nul ne p"ut nuire. — Contre Dieu, nul ne peut. — Ce que Dieu garde, est bien gardé. — En peu d'heures, Dieu labeure. — Lais-
sez faire à Dieu, qui est homme d'âge. — Mieux vaut avoir affaire à Dieu qu'à ses saints. — Il n'y a si petit saint qui ne veuille sa chandelle. — Derrière la croix souvent se tient le diable. »
Les proverbes de cette sorte forment une partie importante de la littérature populaire. Ainsi les fabliaux du loup et du renard, si chers au moyen âge, ont comme un dernier écho dans des adages tels que : « Ne donne pas au loup la brebis à garder. — C'est folie à la brebis de se confesser au loup. — Le loup et le renard tiennent ensemble conseil. — Conseil de renards, massacre de poules. — Le renard prêche aux poules. — A la fin sera le renard moine. »
Les proverbes s'appliquent aux objets les plus divers. Il y en a qui concernent les occupations des champs, les saisons, la nature et les éléments, les animaux et les végétaux. D'autres, et c'est le plus grand nombre, concernent l'homme en ses divers états, avec ses bonnes et ses mauvaisesqualités, aux prises avec les difficultés de la vie ou avec ses propres passions. C'est là qu'on peut étudier la philosophie populaire, qui est ellemême fort mélangée, prêchant tantôt la morale du devoir, tantôt la morale de l'intérêt. A côté des maximes comme : « Fais ce que dois, advienne que pourra. — Vis où tu peux, meurs où tu dois, » il en est d'autres d'une inspiration moins élevée. Cependant les proverbes honnêtes et de bon aloi forment la majorité; voici un certain nombre de maximes sur l'amitié : « Aime qui t'aime. — Mieux vaut être aimé qu'admiré. — Qui s'aime trop n'a point d'ami. — L'amitié est une seconde parenté. — Vieille amitié ne craint pas rouille. — Ceux-là sont riches qui ont des amis. — L'ami par intérêt est une hirondelle sur les toits. — Il est toujours fête quand amis s'entre-assemblent. — Plus font deux amis que ne font quatre ennemis. — Il n'y a pas de meilleur miroir qu'un vieil ami. »
Il est vrai qu'en regard de ces saines maximes on en peut citer quelques-unes de moins louables: « On n'a pas de plus prochain que soi-même'. — Qui ne se fie, n'est pas trompé. » C'est l'expérience de la vie qui a dicté ces sentences qui, entendues non comme une règle générale de conduite, mais comme avertissement en telle circonstance donnée, ont elles-mêmes leur vérité.
Toutes les nations ont leur collection de proverbes : la France en possède un grand nombre, parmi lesquels beaucoup de remarquables par le tour vif et dégagé de la pensée. Nos vieux écrivains, Villon, Marot, Rabelais en faisaient grand usage. Plus tard la mode s'en est un peu passée : mais quand on lit les développements qui ont remplacé ces anciens adages, on constate que le peuple a souvent l'avantage sur nos moralistes modernes. Combien de bon sens est ramassé en de courtes phrases telles que : « Par savoir, vient avoir. — Chacun est l'artisan de sa fortune. — Qui rien ne sait, de rien ne doute. — Tout passe, fors le mérite. — Qui fait la faute, la boit. — Mets raison en toi, ou elle s'y mettra. »
Nous avons à dire un mot des proverbes au point de vue pédagogique. L'école n'en fait peutêtre pas assez usage. Ils fourniraient d'excellents sujets de composition dans les hautes classes, surtout si le maître prenait d'abord la précaution de les discuter avec ses élèves et de leur en faire entrevoir la portée. Quelquefois il pourrait donner deux proverbes de signification opposée, et charger les élèves de montrer la part de vérité contenue dans l'un et dans l'autre. Ainsi l'audace est vantée en ces maximes : <• Qui ne risque rien, n'a rien . — Il faut donner quelque chose au hasard. — Qui- ne se met à l'aventure ne trouve cheval ni monture. » Mais la prudence n'est pas moins recommandée par celle*-ci : « Dans le doute.
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abstiens-toi. — Hasard n'est pas sans danger. — Deux sûretés valent mieux qu'une. » Comment concilier ces conseils opposés? en quelles occasion doit-on donner le pas à l'un sur l'autre? Parmi les exercices de réflexion qui sont justement prescrits par la pédagogie moderne, il n'en est pas de meilleur que cette sorte d'analyse, qui peut être accompagnée de récits et d'exemples.
Les proverbes ont encore pour l'école un autre genre d'utilité. Comme ils renferment beaucoup de vieux mots, ils sont une occasion de remonter vers les sources de notre langue. Ainsi cette maxime pourra donner lieu à d'intéressantes explications : « Où fault mémoire, jambes travaillent. » Ce sera le cas de montrer la parenté de falloir, faute, défaut. Cette autre : « Oignez vilain, il vous poindra; poignez vilain, il vous oindra, » pourra, outre les enseignements historiques et moraux qui y sont contenus, donner lieu à des rapprochements grammaticaux que nous n'avons pas besoin d'indiquer en détail. On y joindra ce proverbe d'origine rustique, mais à signification morale : « Qui ne point en herbe, ne croît pas en épi. » Comme l'école ne peut mettre entre les mains des élèves ni Montaigne, ni Amyot, elle atteindra au moyen des proverbes le même but, qui est d'éveiller la curiosité des enfants sur les vieilles formes du langage.
Mais le principal fruit de cette étude sera de donner aux enfants une provision de règles de conduite qu'ils seront habitués, non à accepter aveuglément, mais à examiner et à discuter, de manière à ne pas les employer au hasard et à ne pas les appliquer à contre-sens. Ainsi cette part de l'expérience de nos aïeux ne sera point perdue ni dédaignée, mais au contraire utilisée et honorée par l'école, et mise au service des générations nouvelles.
Un recueil complet des proverbes français a été fait par Leroux de Lincy dans la Bibliothèque Janet. Un recueil abrégé, qui trouverait utilement sa place entre les mains des instituteurs, a été publié sous le titre : Le véritable Suncho- Panza, dans la Bibliothèque des chemins de fer (maison Hachette). [Michel Bréal.]
PROVIACES. — Géographie de la France, IV. — Avant que l'Assemblée constituante ne partageât le territoire français en département*, aussi équivalents que possible sous le rapport de la superficie et de la population, le royaume était divisé en un certain nombre de gouvernements correspondant pour la plupart aux anciennes provinces, dont l'origine remontait aux temps de la féodalité et qui concordaient plus que les départements avec les régions physiques du sol.
C'est par la réunion de ces diverses provinces ou pays entre les mains des rois de France, puis sous l'autorité des gouvernements qui les ont remplacés, qu'a été constituée l'unité territoriale de la France. Nous allons les passer successivement en revue sous ce rapport.
L'Ile de France comprenait le pays entouré par la Seine, la Marne, la Nonette f affluent de l'Oise qui passe à Senlis et Chantilly) et lOise. C'était l'ancien pays des Parisii, dont la capitale de la France a tiré son nom. Toutefois les limites de cette province s'étendirent davantage par la suite : à l'ouest, jusqu'à l'Epte et l'Eure, qui la séparaient de la Normandie ; au sud jusqu'au pied des campagnes de la Beauce et du plateau d'Orléans, qui faisaient partie de l'Orléanais ; au sud-est et à l'est, jusqu'au pied des contreforts du Morvan et aux plaines de la Champagne ; au nord enfin jusqu'aux hauteurs du Vermandois (Saint-Quentin) et à la vallée de la Somme, qui faisaient partie dé la Picardie.
Plusieurs pays se partageaient entre l'Ile de
France et les provinces voisines. Le Vexin (plateau de la rive droite de la Seine entre Pontoise et Bouen) se partageait entre l'Ile de France et la Normandie, la Brie entre l'Ile de France et la Champagne.
Sous les derniers Carlovingiens, l'Ile de France appartenait aux ducs de France, qui s'étaient illustrés par leur courage contre les Normands, et que les grands seigneurs de la Neustrie, le pays le plus exposé aux attaques de ces barbares, élevèrent à la dignité royale, en la personne de Hugues Capet, à la place des Carlovingiens, dégénérés et du reste Austrasie?is de race et de moeurs, et résidant hors de la Neustrie.
La convergence des rivières, qui descendent de toutes les directions vers l'Ile de France, la communication facile que la Seine lui ouvre vers la mer, ont fait depuis longtemps de cette région le pôle attractif de toute la France. De là résultent son rôle historique et l'importance de sa capitale, qui est devenue celle de toute la France, bien que n'y occupant pas une position centrale.
Au xvme siècle, Paris formait un gouvernement militaire enclavé dans celui de l'Ile de France. Au point de vue judiciaire, le ressort de son parlement était fort étendu. Il allait depuis Dunkerque jusqu'à l'Auvergne.
L'Orléanais, traversé par la Loire, comprenait, au nord de ce fleuve, les campagnes fertiles d? la Beauce, la grande forêt d'Orléans, les gatines de Montargis, et au sud du fleuve, les marais de la Soigne. Comme l'Ile de France, l'Orléanais faisait partie du domaine de Hugues Capet; non pas entièrement toutefois, et il fallut, à diverses reprises, que les rois acquissent par voie d'achat, ou par tout autre moyen, les fiefs enclavés dans leurs domaines, pour arriver à l'unité complète de tout le territoire. C'est ainsi que Philippe Ier acquit le Vexin français et le Gatinais.
Apanage sous les Valois à la famille d'Orléans, l'Orléanais fit retour à la couronne à l'avènement du duc d'Orléans, sous le nom de Louis XII. Depuis, le premier prince du sang après l'héritier de la couronne a continué à porter le titre de duc d'Orléans, mais sans avoir de droit effectif sur cette province.
Louis XII apporta en même temps au domaine royal le Blaisois, ou comté de Blois, qui, longtemps indépendant du reste de l'Orléanais, avait été momentanément dans la suite réuni à la Champagne, puis acquis par l'aïeul de Louis XII.
La Normandie forme une région bien distincte. Elle commence, au nord, avec le plateau élevé de Caux, que la Bresle (rivière qui aboutit dans la Manche au Tréport) sépare des plaines basses de la Picardie. Les côtes normandes se développent en falaises élevées le long de la Manche jusqu'à l'embouchure de la Seine : c'est la Haute-Normandie, que le pays de Bray (Neufchatel et Gournay), tout couvert de pâturages, rattache au Vexin et au Beauvaisis. Au sud de la Seine, la Hasse-Normandie offre de riants pâturages, au milieu desquels se distinguent ceux de la vallée d'Auge (entre Caen et Honfleur) où l'on élève beaucoup de bestiaux. Puis vient la presqu'île du Cotentvi, que la baie du mont Saint-Michel et le cours du Couesnon, son tributaire, séparent de la Bretagne. Au sud, la Normandie s'étend jusqu'aux collines du Maine et du Perche.
La Normandie tire son nom des Noimands, pirates Scandinaves qui s'y établirent et s'en firent concéder la possession par les Carlovingiens, au début du Xe siècle. A la fin du siècle suivant, le duc de Normandie devint roi d'Angleterre par la conquête qu'il fit de ce royaume sur les Saxons, mais il resta vassal du roi de France pour la Normandie et les autres possessions continentales qui lui échurent successivement.
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Philippe-Auguste confisqua la Normandie sur le roi Jean-Sans-Teire, au commencement du xmc siècle. Depuis, elle fut reprise par les Anglais pendant la guerre de Cent Ans, définitivement reconquise par la France en 1450, sous Charles VII. Rouen, la capitale de la Normandie, devint le siège d'un parlement à partir de I4'.)9. Le Havre formait un petit gouvernement distinct du reste de la Normandie, comme Paris dans l'Ile de France.
La Bretagne forme à l'extrémité occidentale de la France une presqu'île baignée par la Manche et l'Océan Atlantique, qui s'étend depuis la baie du mont Saint-Michel jusqu'à l'embouchure de la Loire. La vieille nationalité celtique, semblable à celle du pays de Galles, en Angleterre, s'est maintenue en Bretagne plus pure que partout ailleurs sur le continent. Les Bretons ont longtemps maintenu leur indépendance contre les Francs. Ce n'est que par exception que les rois Mérovingiens pénétrèrent chez eux à la fin du vne siècle. Après Charlemagne,la Bretagne devint duché bénéficiaire, puis royaume indépendant et enfin duché vassal de la Normandie. Pendant la guerre de Cent Ans, la Bretagne fit souvent cause commune avec les Anglais à qui elle offrait de nombreux ports de débarquement. Enfin le mariage de Charles VIII avec Anne, duchesse de Bretagne, prépara la réunion de cette province à la couronne. Louis XII épousa à son tour Anne de Bretagne après la mort de Charles VIII qui ne laissait point d'enfants. Pendant ces deux mariages, la reine Anne continua à gouverner son duché d'une manière indépendante. Enfin, François Ier, ayant épousé, un an avant de monter sur le trône, Claude, fille d'Anne de Oretagne, le duché se trouva, pour la seconde fois, entre les mains de la reine de France. Après la mort de la reine Claude en 1524, son époux se fit reconnaître comme souverain par la noblesse bretonne, et la réunion du duché à la France devint définitive, quelques années après. Rennes, capitale de la Bretagne, fut dès ce moment le siège d'un parlement français, et la Bretagne conserva ses Etats provinciaux jusqu'en 1789.
La Champagne occupe à l'est de l'Ile de France de grands plateaux calcaires, souvent peu fertiles ou couverts de forêts, qui commencent au revers occidental de l'Argonne et s'abaissent graduellement à l'ouest vers le bassin de Paris. L'Aisne, la Marne, l'Aube, la Seine traversent la Champagne, à peu près parallèlement de l'est à l'ouest. La Champagne formait un comté indépendant depuis le milieu du ixe siècle. En 1V34, sous saint Louis, le comte de Champagne, qui était un des plus grands et des plus puissants seigneurs territoriaux de France, hérita de la couronne royale de Navarre. Philippe le Bel, par son mariage avec la fille de ce comte, réunit la Champagne à la couronne.
Dans le nord de la Champagne, Sedan, qui appartenait au duc de Bouillon, fut vendu par celuici à Louis XIII, et formait un petit gouvernement distinct du reste de la Champagne, (jùi avait Troyes pour capitale.
Au nord de l'Ile de France, la Picardie, dont la Somme forme le principal cours 'd'eau et le trait d'union entre ses diverses parties, commençait avec le Vermandois, capitale Saint-Quentin, où ce fleuve prend sa source. A l'ouest du Vermandois, on trouve successivement le Santerre, cap. Péronne, l'Amiénois, Le Ponthieu, cap. Abbeville, le Vimeu, cap. Saint-Valéry, puis, en remontant au nord le long de la côte, le Calaisis, qui enveloppe les hauteurs du Boulonnais, appartenant au plateau de l'Artois. Au sud do la Somme, le Beauvaisis, le Noyonnais, le Laonnais, le Soissonnais, groupés autour des villns de môme nom, et le Valois, cap. Scnlis, étaient encore situés dans la
Picardie, mais faisaient partie du gouvernement militaire de l'Ile de France. Le reste de la Picardie formait un gouvernement, cap. Amiens. Ces divers pays ont suivi des destinées différentes, avant d'être définitivement rattachés à la couronne de France.
Le Vermandois formait à la fin du ixc siècle un comté qui, cent ans plus tard, fut uni au Valiii et fit retour à Philippe-Auguste par voie d'acquisition et de conquête en même temps que l'Amiénois et le Valois. Ce dernier pays, apanage à la branche d'Orléans, revint à la couronne avec Louis XII. Quant à l'Amiénois, Charles VII dut le céder au duc de Bourgogne, en 1435, au traité d'Arras, pour obtenir du duc les moyens de chasser les Anglais de France.
Le comté de Ponthieu avait momentanément appartenu à Philippe-Auguste. Apporté en dot à un roi d'Angleterre, le Ponthieu fut reconquis pendant la guerre de Cent Ans, puis abandonné au duc de Bourgogne par le traité d'Arras. Mais après la mort du duc Charles le Téméraire, Louis XI mit la main sur la partie des Etats du duc qui étaient situés le long de la Somme et réunit ainsi à la France l'Amiénois et les villes de la Somme.
On connaît l'histoire de Calais, qui pendant plus de deux cents ans fut entre les mains des Anglais, resta leur dernière possession sur le continent, où elle leur offrait un point sur de débarquement, et fut enfin repris par le duc de Guise sous le règne de Henri IL
Au sud-est de l'Ile de France, la Bourgogne occupe les passages qui conduisent du bassin de la Seine dans celui de la Saône, et s'étend jusqu'aux rives de cette rivière. Les eaux de la Bourgogne se partagent entre la Seine , où les portent l'Aube, l'Armançon , l'Yonne; la Loire, où elles descendent par l'Arroux ; la Saône, qu'elles grossissent de la Tille, de l'Ouche, de la Dheune.
La Bourgogne tire son nom des Burgondes, qui occupèrent tout le bassin du Rhône et de la Saône au moyen âge. Le roi Robert, l'un des premiers Capétiens, occupa le duché de Bourgogne au xie siècle. Son fils fut le fondateur de la première maison de Bourgogne, dont l'héritage revint au roi Jean le Bon quelques années après la bataille de Poitiers. Le roi l'apanagea en faveur de son fils Philippe le Hardi, qui s'était distingué par sa valeur à Poitiers. Celui-ci fut le fondateur de la seconde maison de Bourgogne, dont les chefs, par leur puissance et leur richesse, éclipsèrent bientôt les rois de France. Il n'y eut que quatre ducs de cette maison : Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon, et Charles lo Téméraire. Après la mort de ce dernier, Louis XI enleva à sa fille unique, Marie, le duché de Bourgogne en même temps que les villes de la Somme. Il ne laissa en Bourgogne à Maximilien d'Autriche, époux de Marie de Bourgogne, que le Charolais. Celui-ci passa de la maison d'Autriche à celle d'Espagne, et après le traité des Pyrénées fut donné au grand Condé. Il revint de la maison de Bourbon à la couronne en 1761.
Comme la Bretagne, la Bourgogne avait ses Etats provinciaux et sa capitale. Dijon était le siège d'un parlement.
De l'autre côté de la Saône, la Bresse (Bourjr , le /<(/#<?// (lîelley ,1e Valromey iSeyssel), et le pa\s deGex, qui sont réunis aujourd'hui dans le déparicment de l'Ain, faisaient partie du gouvernement militaire de la Bourgogne. Ils appartenaient primitivement au duc de Savoie, et Henri IV les acquit de ce prince en lui donnant en échange le marquait do Saluées, qui avait été conquis par les Français pendant les expéditions d'Italie.
A l'ouest de la Bresse, sur le plateau qui domine la rive gauche de la Saône et la droite du
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Rhône, au-dessus de Lyon, le sol est tout couvert d'étangs. C'est le pays de Dombes, qui appartenait au connétable de Bourbon et fut confisqué sur lui par François Ier. Sa capitale Trévoux éiait le siège d'un parlement particulier. Rendu plus tard en toute souveraineté à la famille de Montpensier, le pays de Dombes fut échangé par Louis XV contre des domaines à revenus utiles et fit retour à la couronne.
Le Lyonnais, groupé autour de Lyon, à cheval sur le Rhône et la Loire, formait un comté dès la fin du ixe siècle et fit partie du royaume d'Arles. La ville devint plus spécialement le domaine des archevêques, tandis que les comtes prenaient le titre de comtes de Forez (Feurs. entre Lyon et Montbrison). Philippe le Bel se fit céder Lyon par son archevêque (1307). Quant au Forez, il devint, comme le Beaujolais (Beaujeu, Villefranche, entre Lyon et Mâcon) et plusieurs autres provinces du centre de la France, le domaine des sires de Bourbon, et fut confisqué par François Ier à la suite de la trahison du connétable.
Le Daiphiné est compris entre le Rhône au nord et à l'ouest, la Durance au sud, les Alpes à l'est. Formé de plaines au nord-ouest, dans le Viennois, le Dauphiné est en grande partie couvert de montagnes. L'Isère, qui arrose la fertile vallée du Graisivaudan, et se grossit du Drac, torrent descendu du Champsaur, est la principale rivière du Dauphiné.
La Durance, sortie du Briançonnais et de YEmorunais, reçoit le Buech. autre rivière dauphinoise. Entre l'Isère et la Durance, la Drôme, qui arrose le Diois et le Valentinois, appartient aussi tout entière au Dauphiné. L'héritage de ces divers pays fut laissé au roi de France sous Philippe M de Valois, à condition que l'héritier de la couronne de France porterait désormais le titre de Dauphin. Charles V a été le premier prince français à porter ce titre dans ces conditions. Le Dauphiné avait ses Etats provinciaux comme la Bretagne, la Bourgogne, et sa capitale, Grenoble, était le siège d'un parlement.
Au sud de la Durance, la Pkovexce, couverte de montagnes brûlées par le soleil, mais moins élevées que celles de la Savoie et du Dauphiné, jouit d'un climat très doux. Elle s'étend à l'ouest jusqu'au Rhône, au sud jusqu'à la Méditerranée. Elle tire son nom de ce qu'elle fit partie de la province de Gaule romaine. Elle entra dans le royaume d'Arles, après la dissolution de l'empire de Charlemagne, puis, quand le royaume d'Arles fut absorbé nomiro.ement dans l'empire d'Allemagne, la Provenre forma un comté, qui arriva par héritage entre les mains de la maison capétienne d'Anjou, fondée par un frère de saint Louis. Cette maison finit avec René, qui portait le titre de roi, par suite de ses prétentions sur le royaume de Naplcs. Ce roi René institua Louis XI pour son héritier, et la Provence se trouva dès lors réunie à la couronne de France, en même temps que les autres possessions de René, le Maine et l'Anjou. Aix, la capitale de la Provence, était le sh'ge d'un parlement, et la province avait ses Etats particuliers.
Au nord de la Durance, il y avait un domaine appelé marquisat de Provence, et qui appartenait aux comtes de Toulouse. Il passa à la couronne à la suite de la guerre des Albigeois.
Dans le nord de la Provence, la vallée de Bart ?.'onnette, dans les Alpes, ne fut réunie à la France que sous Louis XIV, et la possession en fut confirmée à ce roi par le traité d'Utrecht.
A l'ouest du Rhône commence le Languedoc, qui occupe le col de Naurouze, passage bas et facile entre le bassin de la Méditerranée et celui de la Garonne. A cheval sur ces deux bassins, et
touchant au sud la chaîne des Pyrénées, le Languedoc couvre au nord toute la chaîne des Cévenn es et déborde à la fois sur la Loire et le Rhône. C'est donc une des plus vastes provinces de France. Elle tire son nom de ce que oui s'y disait oc, tandis que les pays au nord de la Loire sont les pays de langue d'oil.'
C'est dans le Languedoc que l'ancienne civilisation romaine s'est le plus longtemps conservée, c'est le pays qui a le plus lutté contre la domination franque venue du nord, et celle des rois de France qui la continuait. Toulouse était une capitale florissante sous les Visigoths, et à l'époque des croisades, les comtes de Toulouse étaient plus riches que les rois de France. L'un d'eux pouvait mettre 100 000 hommes sous les armes.
La guerre dite croisade des Albigeois, entreprise sous un prétexte religieux, mais envenimée par la haine et la jalousie des gens du Nord contre ceux du Midi, se termina par la victoire des premiers et la ruine de l'indépendance méridionale. Louis VIII acquit le Bas-Languedoc (c'était la partie riveraine, cap. Montpellier) et y établit les sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne. C'est ainsi que l'autorité royale atteignit, pour la première fois depuis Charlemagne, les bords de la Méditerranée, et que saint Louis put s'embarquer pour la croisade dans un port à lui appartenant, Aiguës-Mortes.
Ce dernier roi, à la suite de la guerre entre Amaury et Simon de Montfort, chefs des croisés, et Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, acquit encore pour lui-même le Gèvaudan (Mende et la Lozère\, le Velay (haute vallée de la Loire), le Vivarais (Viviers), et maria son frère, Alphonse, comte de Poitiers, avec l'héritière du comte de Toulouse.
Sous Philippe HI le Hardi, Al phonse de Poitiers et sa femme moururent sans postérité, et leurs vastes domaines, comprenant, avec le Poitou, le Toulousain, l'Albigeois, le Quercy (Cahors), le Rouergue (Rodez) et l'Agénois, furent réunis à la couronne de France.
Le Languedoc possédait des états provinciaux, et sa capitale Toulouse eut le premier parlement créé après celui de Paris, quand ce dernier devint sédentaire en 1302.
La Gascogne occupe principalement le triangle compris entre la Garonne à l'est et au nord, et l'Adour à l'ouest. Le sommet de ce triangle est au plateau de Lannemezan, entre Tarbes et Toulouse, et le terrain descend de ce plateau en forme de cône d'éboulement vers les deux fleuves que nous avons nommés. De nombreuses rivières très peu abondantes sillonnent ce triangle en formant l'éventail autour de son sommet. Le duché de Gascogne a conservé le nom des anciens Vascons que Charlemagne eut à combattre et qui représentaient l'ancienne nationalité ibère, autrefois maîtresse de tout le sud de la France.
Le duché de Gascogne, héréditaire et indépendant sous les derniers Carlovingiens, fut uni à la fin du xie siècle avec l'Aquitaine, dont hériia Eléonore. épouse de Louis VIL Mais après le divorce de ce roi, Eléonore se remaria avec Henri Plantagenet, roi d'Angleterre et lui apporta la possession de ses vastes domaines, c'est-à-dire de la plus grande partie de la France occidentale, au sud de la Loire. La réunion de l'Aquitaine avec les biens de la maison d'Anjou et la Normandie fit du roi d'Angleterre sur le continent un vassal du roi de France plus riche que lui en puissance territoriale.
La Gascogne se morcela en un grand nombre de domaines distincts, dont la plupart échurent en héritage à Henri IV, qui les apporta à la France en montant sur le trône. C'étaient le Labour, capitale
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Saint-Jean-de-Luz : les Landes, capitale Dax ; la Chalosse, capitale Saint-Sever ; le .Marsan, capitale Mont-de-Marsan; l'Albret, capitale Nérac; l'Armagnac, capitale Auch ; le Bigorre, capitale Tarbes ; le Couserans, capitale Saint-Lizier. Beaucoup de ces petits pays avaient leurs états particuliers. De la Gascogne faisait aussi partie la Soûle, capitale Mauléon, qui, comme le Labour et la Basse- Xavarre, se distingue par la nationalité basque de ses habitants.
Au gouvernement de Gascogne était uni celui de Guyenne, capitale Bordeaux. Cette province, partie de l'ancienne Aquitaine, comprenait le Roucrgue, le Quercy, l'Albigeois, l'Agenois, le bordelais, le Périgord, c'est-à-dire les bassins des rivières qui, du revers sud du plateau central, convergent vers Bordeaux et le bassin de la Gironde.
La Guyenne, longtemps disputée entre les Français et les Anglais pendant la guerre de Cent Ans, fut enfin reconquise pour la France sous Charles VII : la victoire de Castillon, sur la Dordogne, et la prise de Bordeaux terminèrent enfin cette terrible guerre. Bordeaux devint alors le siège d'un parlement.
Le Périgord, apanage depuis à la famille d'Orléans, puis à celle d'Albret, revint à la France à l'avènement d'Henri IV, héritier de la maison d'Albret.
Les douze provinces que nous avons passées jusqu'à présent en revue : Ile de France, Orléanais, Normandie, Bretagne, Picardie, Champagne, duché de Bourgogne, Lyonnais avec le Beaujolais et le Forez, Dauphiné, Provence, Languedoc, Guyenne et Gascogne formaient les douze grands gouvernements militaires organisés sous François 1".
Au nord de la Guyenne, la Charente traverse successivement I'Axgoimois , capitale Angoulême ; la Saintonge, capitale Saintes ; et l'Auxis, capitale La Rochelle. Ancien comté au ixe siècle, devenu propriété de la famille de Lusignan, l'Angoumois tomba par déshérence dans les mains de Philippe le Bel. Pris par les Anglais, puis apanage aux Valois- Orléans, il fut apporté à la couronne par François Ier à son avènement.
Quant à la Saintonge et à l'Aunis, pays riverains de l'Océan, riches en vignes et en marais salants, ils avaient été conquis sur les Anglais par Louis VIII. Lorsque saint Louis restitua aux Anglais une partie des conquêtes de son père et de son aïeul, la Charente devint la limite des possessions françaises et anglaises, et ce fut pendant la guerre de Cent Ans que ces provinces furent entièrement reconquises par la France.
L'Angoumois et la Saintonge formaient un gouvernement militaire. capitale Angoulème, et l'Aunis un autre, capitale la Rochelle.
Au nord de la Saintonge, de l'Aunis et de l'Angoumois, s'étend le Poitou, bas et marécageux du coté de l'Océan, où existait autrefois le golfe de Poitou, plus élevé et boisé dans le Bocage, qui occupe le faîte de partage entre le bassin de la Vienne, affluent de la Loire, et celui de la Sevré Xiortaise et des autres affluents directs de l'Océan.
Le Poitou formait un comté dès le règne des premiers Carlovingiens, et les comtes de Poitiers, sa capitale, devinrent bientôt ducs d'Aquitaine, maîtres de la Guyenne, et les plus puissants seigneurs de la France méridionale avec les comtes de Toulouse. Possession d'Eléonore de Guyenne, le Poitou fut apporté successivement en dot à Louis VII, roi de France, puis à Henri Plantagenet, roi d'Angleterre. Conquis par Philippe-Auguste, il fut apanage par Louis VIII en faveur d'un de ses Bis, Alphonse, qui devint comte de Toulouse. A la mort de ce dernier il revint à Philippe le Hardi. Pris par les Anglais pendant
la guerre de Cent Ans, reconquis par Charles V, il fut encore une fois apanage en faveur de l'oncle, puis du fils de Charles VI, et fit définitivement retour à la couronne avec l'avènement de Charles VII.
L'Anjou, capitale Angers, occupecetteplainebasse et fertile, souvent inondée, que parcourt la Loire et où elle se grossit de la Maine, formée par la réunion de la Mayenne, du Loiret de la Sarthe. Sous les Carlovingiens, l'Anjou formait un comté dont les seigneurs montèrent sur le trône d'Angleterre, où ils commencèrent la dynastie des PlantagenetSj au milieu du xne siècle. Confisqué par Philippe- Auguste sur le roi Jean sans Terre, en même temps que la Xormandie, l'Anjou fut apanage, sous saint Louis, à un frère du roi, Charles. La maison d'Anjou régna à Naples, d'où la chassa la maison d'Aragon, et en Provence. Le roi René de Provence, célèbre par son culte pour les arts et les lettres, qui florissaient à sa cour, mourut en laissant son héritage à Louis XI, ainsi que nous l'avons vu à propos de la Provence.
Le Maine, capitale le Mans, occupe le nœud élevé de collines, d'où la Mayenne et la Sarthe descendent vers la Loire, la Vire et l'Orne vers la Manche. Le Maine formait un comté sous les Carlovingiens, mais bientôt uni à l'Anjou, au commencement du xne siècle, il suivit le sort de cette province. Le roi René le laissa à son neveu Charles du Maine, qui mourut peu de temps après en l'abandonnant à Louis XI.
Entre le Maine, la Xormandie et l'Orléanais, le Perche forme une région accidentée, où la maison d'Alençon fut souvent puissante. Ce fief fit retour à la couronne par déshérence sous Philippe-Auguste. Apanage de nouveau, il fut confisqué par Louis XL
La Tocraixe, capitale Tours, surnommée le jardin de la France, est arrosée par la Loire et ses deux affluents le Cher et l'Indre, dont les rives riantes sont bordées de superbes châteaux, comme celles du fleuve auquel ils vont s'unir. Comté au ixe siècle, sous les premiers Carlovingiens, puis devenue la propriété de la maison d Anjou, la Touraine fut réunie à la couronne par Philippe-Auguste, en même temps que l'Anjou, et depuis elle n'est plus sortie de la possession des rois de France. Même à l'époque la plus funeste de la guerre de Cent Ans, quand un roi d'Angleterre se faisait proclamer roi de France à Paris, c'est en Touraine que le pauvre Charles VII tenait sa cour et que Jeanne d'Arc vint le trouver.
Charles VII était alors appelé le roi de Bourges. Cette ville, déjà importante sous les Romains, et qui occupe à peu près le centre de la France, était la capitale du Berri. Cette province, arrosée par le Cher et l'Indre, est limitée à l'est par !a Loire. Fertile dans les vallées de ces rivières, le Berri renferme de grandes plaines calcaires peu productives, puis, à l'ouest, une contrée couverte d'étangs, qu'on appelle la Brenne.
Le Berri forme une des plus anciennes possessions des Capétiens. Philippe Ier en commença l'acquisition en achetant le vicomte de Bourges à un seigneur qui partait pour la croisade.
Cette province fut apanagée à l'un des oncles de Charles VI, puis à un frère de Louis XI, et revint définitivement à la couronne sous ce dernier roi.
Vis-à-vis du Borri, sur la rive droite de la Loire, le Nivernais, capitale Xevers, s'étend au pied des monts du Morvan, à cheval sur le bassin de la Loire et sur celui de l'Yonne, tributaire de la Seine. La maison de Xevers fut une des dernièreB maisons féodales subsistant en France. Ses domaines, acquis par le cardinal Mazarin et cédés à son neveu, ne furent réunis à la couronne qu'en 1789.
L'Ai verone, capitale Clermont Ferrand, occupe le
PROVLNCES
PROVINCES
nœud principal et le plus élevé du plateau central de la France. Les eaux s'y partagent entre la Dordogne, tributaire de la Gironde, et l'Allier, affluent de la Loire. C'est là, par opposition à Paris, le pôle répulsif de la France, d'où les populations s'écoulent constamment au dehors.
Au nord de l'Auvergne, on descend dans les plaines fertiles de la Limagne et du Bourbonnais, arrosées par l'Allier et où le Cher prend sa source.
Au nord-ouest, le plateau central se continue en a'abaissant dans la Marche, capitale Guéret, dont la Creuse porte les eaux à la Vienne.
A l'ouest, le Limousin, capitale Limoges, partage ses eaux entre la Vienne, tributaire de la Loire (c'est le Haut-Limousin), et la Vézère, tributaire de la Dordogne (c'est le Bas-Limousin).
Le duché d'Auvergne, qui appartenait au connétable de Bourbon, fut confisqué par François Ier. Le comté d'Auvergne, capitale Vic-le-Comte (entre Clermont et Issoire), apanage en faveur de Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, échut en héritage à Louis XIII. Le Bourbonnais et la Marche furent aussi confisqués par François Ier sur le connétable de Bourbon. Avant d'appartenir à la maison de Bourbon, la Marche avait formé un comté dès le xe siècle et avait appartenu à la famille de Lusignan, d'où elle avait passé par déshérence à Philippe le Bel.
Une partie du Limousin fut reconquise par Charles V sur les Anglais. La vicomte de Limoges, propriété de la maison d'Albret, fut réunie à l'avènement de Henri IV au trône de France. Quant à la vicomte de Turenne, dans le Bas-Limousin, elle appartenait à la maison de Bouillon depuis le xv* siècle et ne perdit son indépendance féodale, comme la Dombes, que sous Louis XV.
Le long des Pyrénées, la Navarre avait appartenu a la France sous Philippe le Bel, héritier des biens de la maison de Champagne. Mais la succession de ce royaume n'étant pas réglée par la loi salique, il ne passa pas aux Valois et ne fit retour à la France que sous Henri IV, héritier de la maison d'Albret ; cette dernière maison possédait la Navarre depuis 1483, mais avait perdu la partie de ce royaume située au sud des Pyrénées et qui a appartenu depuis ce temps à l'Espagne.
Le Béarn, capitale Pau, également réuni par Henri IV, et la Basse-Xavarre, capitale Saint-Jean Pied de Port, formaient un seul gouvernement militaire, capitale Pau. Cette ville était le siège d'un parlement.
Le comté de Foix, situé dans la haute vallée de l'Ariège, était uni au royaume de Xavarre depuis la fin du xve siècle. Il fut donc apporté à la France cent ans plus tard par Henri IV et formait un gouvernement, capitale Foix.
A l'extrémité orientale de la chaîne des Pyrénées, Charlemagne avait fondé la marche de Gotliie. Saint Louis, en annexant le comté de Toulouse, abandonna cette marche dite de Boussillon à l'Aragon. Louis XI occupa temporairement cette province, qui fut définitivement conquise sur l'Espagne par Louis XIII. La possession en fut confirmée à la France par le traité des Pyrénées. La capitale du Boussillon était Perpignan
Du côté du nord, I'Artois forme un plateau calcaire et fertile, dont la pente tournée vers l'Escaut regarde les plaines de la Flandre et les rivages de la mer du Xord. La Scarpe et la Lys en sont les principales rivières. Philippe-Auguste avait hérité de cette province. Apanagée sous saint Louis, elle revint à la couronne sous Philippe le Bel, qui conquit une partie de la Flandre. Charles VII, au traité d'Arras abandonna ces conquêtes au duc de Bourgogne. A la mort de Charles le Téméraire, Louis XI réunit pour la troisième fois l'Artois à la couronne. Mais quelques années plus tard. Charles VIII, sur le point d'entreprendre ses
guerres d'Italie, renonça encore à ces provinces du nord en faveur de Maximilien d'Autriche, aïeul de Charles-Quint. L'Artois ne fut reconquis sur les Espagnols que sous Louis XIII et Louis XIV, et forma un gouvernement, capitale Arras.
Au nord de l'Artois commencent les plaines de la Flandre, à peine plus élevées que le niveau de la mer et qu'aucune limite naturelle ne sépare des pays appartenant aujourd'hui à la Belgique et qui ont conservé le nom de Flandre. Philippe le Bel commença la conquête de ce pays. Charles V en apanagea la partie française à son frère Philipe le Hardi, fondateur de la seconde maison de Bourgogne, qui épousa l'héritière du comte de Flandre. La Flandre entière passa entre les mains de Maximilien d'Autriche, gendre du Téméraire, puis à son petit-fils Charles-Quint, et resta à l'Espagne. Louis XIV revendiqua cette province en paiement de la dot de la reine son épouse, qui était infante d'Espagne. Il en assiégea, prit et reperdit les diverses places-fortes à plusieurs reprises. Enfin le traité d'Aix-la-Chapelle, en 16G8, lui reconnut la possession de la Flandre française.
Au sud-est, la Flandre touche au Hainaut, dont les terres sont plus élevées. L'Escaut l'arrose et passe à Valenciennes, capitale du Hainaut français, après avoir traversé Cambrai. Le Hainaut et le Cambrésis furent conquis sous Louis XIII et Louis XIV et, réunis à la Flandre française, formèrent un gouvernement militaire, capitale Lille. Douai était le siège du parlement.
La Lorraine forme un plateau élevé, limité à l'ouest par l'Argonne et les Ardennes, à l'est par les Vosges. La Meuse et la Moselle en sont les principaux cours d'eau et descendent au nord vers le Bhin et la mer du Nord, tandis qu'au sud la Lorraine s'appuie aux monts Faucilles. La Lorraine tire son nom de Lothaire, à qui elle appartint dans le partage fait au traité de Verdun. Sa situation entre la France et l'Allemagne en fit le but commun de l'ambition des souverains de ces deux pays, mais leur rivalité permit, d'autre part, aux Lorrains de maintenir leur indépendance. Après avoir été la propriété de plusieurs maisons diverses, le duché de Lorraine fut occupé par les armées françaises sous Louis XIII et Louis XIV, et ne fut restitué à son duc qu'au traité de Byswick. Après la guerre de la succession de Pologne, François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse d'Autriche, échangea, au traité de Vienne, son duché de Lorraine contre la possession de la Toscane. La Lorraine et le Barrois furent donnés au roi Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV et roi détrôné de Pologne. A la mort de Stanislas, la Lorraine fut définitivement réunie à la France en 1766.
Dans la Lorraine se trouvent enclavés les trois évêchés de Toul, Metz et Verdun, qui furent conquis et réunis sous Henri IL Ces trois évêchés sont en même temps trois places-fortes. Metz ne nous appartient plus depuis 1870. Nancy, capitale de la Lorraine, et Metz étaient chacune le siège d'un parlement.
L'Alsace, perdue par la France en 1870, est comprise entre le Bhin et les Vosges, et tire son nom de 1T11, l'affluent principal qu'elle envoie à ce fleuve et qui la traverse dans presque toute sa longueur. Ancien domaine de la maison d'Autriche, l'Alsace fut occupée par les troupes françaises pendant la guerre de Trente Ans, et la possession en fut reconnue à la France au traité de Westphalie. Strasbourg, qui formait une ville impériale, une sorte de république distincte, ne fut réunie que sous Louis XIV, et devint capitale du gouvernement.
Mulhouse, ville libre, ne s'annexa à la France qu'en 1798, pour être perdue 72 ans plus tard.
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Au sud de l'Alsace, le Siaidgau, capitale Belfort, est au contraire reste en partie français.
Au sud des Faucilles, à l'ouest du Jura, la Comté de Bourgogne ou Franche-Comté occupe les plateaux qui descendent en gradins vers la plaine de la Saône et la Bourgogne. La haute Saône, l'Oignon, le Doubs, l'Ain en sont les rivières principales. Cette province a souvent suivi les destinées du duché de Bourgogne, dont elle n'est séparée par aucune limite naturelle. Comme ce duché, elle fit partie des divers royaumes de Bourgogne au moyen âge. Elle fut apportée en dot par l'épouse de Philippe V, puis apanagée à Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, prise par Louis XI à la mort de Charles le Téméraire, abandonnée par Charles VIII en faveur de Maximilien d'Autriche au traité de Senlis. La Franche-Comté passa comme les Pays-Bas à la branche espagnole de la maison d'Autriche ; elle fut conquise deux fois par Louis XIV et définitivement réunie à la France sous ce roi. Le parlement de Franche-Comté fut transféré de Dôle à Besançon, qui devint capitale de la province.
La ville de Montbiliard, enclavée dans la Franche- Comté et possession de la maison de Wurtemberg jusqu'à l'époque de la révolution française, lut alors conquise par la France.
Le Comtat-Venaissin occupe le pays groupé au pied du mont Ventoux entre le Rhône à l'ouest et la Durance au sud. Avignon, la capitale, était au moyen âge une république comme beaucoup d'autres villes du midi. Elle devint, sous Philippe le Bel, la résidence des papes, qui y passèrent environ un siècle et en conservèrent la possession jusqu'à la fin du xvme siècle. Ils la rendirent à la France au traité de Tolentino, en 1797.
La. principauté d'Orange, enclavée dans le Comtat, fut confisquée par Louis XIV sur la maison d'Orange devenue souveraine en Hollande. Elle fit dès lors partie du gouvernement militaire du Dauphiné.
La Savoie, comprise entre le lac de Genève, au nord, le Rhône et le Guiers à l'ouest, les grandes Alpes à l'est, depuis le Mont-Blanc jusqu'au Mont- Cenis, appartenait à la maison de Savoie devenue maison royale de Sardaigne, puis d'Italie. Elle a été cédée à la France en 186U en retour de l'alliance fournie par les armes françaises aux Sardes contre les Autrichiens. Cette annexion a été confirmée par un vote plébiscitaire, de même que celle du comté de Nice.
En grande partie couverte de montagnes, la Savoie est tout entière comprise dans le bassin du Rhône. Elle lui envoie l'Arve, descendue du Mont-Blanc, les eaux des lacs d'Annecy et du Bourget, et l'Isère, son principal cours d'eau. Cette rivière, après avoir parcouru la vallée de la Tarantaise, se grossit de l'Arc, qui recueille les eaux de la Maurienne. La capitale de la Savoie était Chambéry, devenu chef-lieu du département de Savoie.
Le comté de Nice, situé à l'est du Var, participe du doux climat de la Provence, qu'il continue du côté de l'Italie. Du haut de ses montagnes, par un temps clair, on aperçoit celles de l'île de Corse, qui, longtemps propriété des Génois, a été vendue à la France sous Louis XV, un an avant la naissance de Napoléon Ier. La capitale de la Corse était Bastia. [G. Mcissas.J
PHUSSE. — Histoire générale, XXVII. — Le nom de Prusse a changé de sens si souvent, soit par l'enchaînement des événements, soit par les calculs d'une politique habile, qu'il est aujourd'hui impossible d'en donner une définition simple et unique. La Prusse, dans le sens primitif du mot, c'est le pays compris entre l'embouchure de la Vistulo et celle du Ni< Bien, de Dantzig à Meniel, et faisant géograpliiquouicnt partie de la région po-
lonaise. Les Prussiens véritables, les seuls à rjuï l'ethnographie permette de porter ce nom anti'iu", sont les habitants primitifs de cette contrée do Prusse, frères de race des Lithuaniens, Vendes et Lettons comme eux, et leurs descendants actuels très peu nombreux et disséminés surtout dans les campagnes entre Kœnigsberg et le Niémen. Comment donc se fait-il que ces noms de Prusse et de Prussiens, si modestes dans leur sens véritable, aient pris depuis deux siècles une acception si différente, et servent à désigner aujourd'hui un royaume et un peuple ou une agglomération de peuples dépassant tellement les limites premières et ayant leur centre, leur foyer et leur rayonnement en pleine Allemagne germanique? C'est ce que ce résumé historique va essayer de mettre en lumière.
La Prusse païenne (980-1220). — C'est vers la fin du xe siècle que le nom de la Prusse et des Prussiens apparaît dans l'histoire, lorsque l'apôtre tchèque saint Adalbert passe de Pologne dans leur pays pour les évangéliser et tombe sous les coups de ces païens rebelles à ses enseignements. S'il faut en croire le chroniqueur polono-latin Gallus,h l'élément letton se serait déjà jointe au vme siècle une colonie saxonne échappée au glaive de Charlemagne et arrivée par mer dans le pays prussien. Pendant deux siècles, les Prussiens restent dans le paganisme, tour à tour attaqués par les rois polonais de la dynastie des Piasts et prenant leur revanche par des incursions sur les terres polonaises et surtout dans la Mazovie. Leur dernière invasion est de 1217:1e duc de Mazovie Conrad (un Piast polonais) fit comme Charles le Gros, il acheta à prix d'or la retraite des envahisseurs. Mais le pape Honorius III proclama la croisade contre eux, et une expédition dont la date coïncide avec la croisade des Albigeois (1222) eut lieu sans grands résultats. Conrad fonda d'abord un ordre de chevalerie polonais contre les Prussiens sous le nom de frères de Dobrzyn (ainsi s'appelait le château qu'il leur concéda; ; mais cet ordre ayant été exterminé par les païens, Conrad appela les chevaliers de l'ordre Teutonique (1226).
La Prusse teutonique (1226-14G6). — L'ordre Teutonique, composé presque exclusivement d'Allemands, allait donc, sous couleur de convertir les Prussiens au christianisme, conquérir leur pays, les exterminer et les remplacer par des colons allemands.
Fondé en 1190, lors de la troisième croisade, cet ordre, après une brillante carrière en Palestine, avait obtenu en 1217 d'André, roi de Hongrie, un établissement en Transylvanie pour combattre les hordes des Koumans; mais, les jugeant dangereux, André s'en était débarrassé, et c'est alors qu'ils avaient trouvé un nouvel emploi de leur zèle de convertisseurs armés. Conrad leur cédait la terre de Chclmno (Kulm), sans renoncer à sa suzeraineté sur cette terre, non plus que sur les conquêtes à faire dans le pays prussien.
Les chevaliers teutoniques commencent par s'approprier les terres de l'ordre de Dobrzyn, puis leur maître provincial Hermann Balk commence en 1231 la guerre contre les Prussiens; alors est fondée la ville de Thorn (Torufi), puis celles de Chelmno (Kulm) et de Marienwerder, toutes fortifiées contre les païens et peuplées d'Allemands à qui on accorda de grands privilèges et l'usage du droit municipal dit de Magdebourg. De 12;i5 à 1237, les Teutoniques s'avancent vers le nord, fondent le château fort d'Elbing, qui devient bientôt une ville, et imposent le christianisme aux vaincus; ils s'adjoignent ensuite l'ordre des chevaliers Porte-glaives qui évangélisait alors et germanisait la Livonie.
La Prusse une fois vaincue, les Teutoniques veulent franchir le Niémen et convertir les Li-
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thuaniens en conquérant leur pays. Mais ils ont affaire à plus forte partie et sont repoussés à plusieurs reprises.
De 1264 à 1311 Tordre Teutonique reste stationnaire. Mais en 1.311, profitant des embarras du roi de Pologne Ladislasle Bref, les Teutoniques s'emparent de la Poméranie et de la ville de Dantzig : j c"est alors qu'ils s'abouchent pour la première | fois avec le margrave de Brandebourg, qui leur ; cède ses prétendus droits sur la Poméranie. | L'ordre Teutonique, par cette audacieuse usurpation, avait jeté le gant à la Pologne. Il en résulta une guerre assez longue qui se termina par la paix de Kalisz en 1343: le roi de Pologne cédait aux Teutoniques la terre de Kulm et quelques places, et leur concédait la Poméranie à titre de fief. De nouvelles guerres remplissent la fin du xive siècle et la première moitié de xvc. La puissance de l'ordre Teutonique, ébranlée par la terrible défaite de Grùnwald (1410;, décline peu à peu ; les sujets de l'ordre, que lasse sa tyrannie, font cause commune avec les Polonais; et enfin les Teutoniques sont contraints de signer la paix de Thorn (14C6), qui leur enlève la plupart de leurs conquêtes :la Pologne reprend la Prusse occidentale (Kulm, Elbing, Danizig) et la Poméranie ; elle laisse à l'ordre Teutonique la Prusse orientale avecKônigsberg pour capitale, mais à la condition pour le grand-maître de prêter hommage au roi de Pologne.
La Prusse polonaise ou vassale de la Pologne (1466-1650). — A partir de ce mémorable traité, la Prusse occidentale ou royale, admise à tous les privilèges de la noblesse polonaise, fut d'autant plus attachée à la Pologne qu'elle lui dut une prospérité toujours croissante. Quant à la Prusse orientale ou teutonique, elle tâcha toujours de se soustraire à l'obligaiion de l'hommage, invoquant à cet effet l'appui de l'empereur d'Allemagne, de Maximilitn surtout. En 1510, à la mort du grand- maître Frédéric de Saxe, le roi de Pologne Sigismond fit élire grand-maître son neveu Albert de Brandebourg, fils de sa sœur Sophie Jagellon, espérant trouver en lui un vassal plus docile.
Mais c'était une illusion ; Albert de Brandebourg hérita des prétentions de ses prédécesseurs, qui n'avaient obéi qu'en murmurant aux clauses du traité de Thorn. Il fit la guerre, et fut vaincu. Alors, abandonné de ses alliés et de ses sujets, après avoir en vain mendié des secours dans toute l'Europe, il rêvait de se mettre à la solde soit du roi détrôné de Suède Christian, soit du roi de France François Ier, quand l'idée lui vint de séculariser l'ordre Teutonique et d'embrasser le luthéranisme à l'exemple des autres membres de sa famille. Georges, margrave de Brandebourg, servit d'intermédiaire entre Albert et le roi de Pologne Sigismond, et obtint le droit de succession au duché de Prusse sous la suzeraineté de la Pologne pour la ligne de Brandebourgetd'Anspach, jusqu'à l'extinction du dernier rejeton mâle (8 avril 1525) : le jour même où fut signée cette convention, Albert de Brandebourg reçut, comme duc de Prusse, sur le marché de Cracovie, l'investiture de la main de Sigismond Ier dit le Vieux.
Ce fut de la part de Sigismond I«* une grande faute politique d'avoir prêté les mains à cet arrangement, et surtout d'avoir consenti à ce qu'Albert de Brandebourg transmît ses droits à la famille ambitieuse qui devait un jour non seulement refuser l'hommage à ses successeurs, mais encore donner l'idée du partage de la Pologne.
Les règnes d'Albert Ier de Brandebourg et de son fils Albert II ne présentent pas d'événements importants, non plus que celui de leur successeur Jean-Sigismond, électeur de Brandebourg, qui réunit le duché de Prusse à son électorat (1610). L'é-
lecteur Georges-Guillaume, successeur de Jean- Sigismond, favorisa la descente de Gustave- Adolphe en Poméranie et lui facilita la conquête momentanée de la Prusse royale (polonaise), à l'exception de Dantzig qui résista à la flotte suédoise (1626-1629) ; la province fut rendue à la Pologne quand Bichelieu eut lancé Gustave- Adolphe contre l'Allemagne.
Le successeur de Georges-Guillaume, Frédéric- Guillaume, surnommé le Grand-Electeur, profita de la guerre entre la Suède et la Pologne pour refuser l'hommage au roi de Pologne pour le duché de Prusse orientale: le traité de Wehlau (1657) reconnut l'indépendance de ce duché. Le traité de Westphalie avait donné en outre au Grand-Electeur la Poméranie orientale , et les évêchés sécularisés de Magdebourg, de Halberstadt et de Winden.
Il faut maintenant revenir en arrière pour dire ce qu'étaient ces électeurs de Brandebourg, qui, après être devenus les maîtres de la Prusse ducale, allaient prendre bientôt le titre de rois de Prusse.
La maison de Brandebourg ou de Hohenzollern (1164-1701). — C'est le comte Conrad de Hohenzollern qui avait fondé cette maison. Il acheta en 1164 le burgraviat de Nuremberg, auquel ses successeurs ajoutèrent successivement Anspach, Culmbach et Bayreuth (1248-1331). En 1411, le burgrave Frédéric IV reçut de Sigismond de Luxembourg la marche de Brandebourg, et en 1415, moyennant finance, il obtint le titre d'électeur sous le nom de Frédéric 1er. Son successeur fut Frédéric II, dit Dent de Fer, qui arrondit ses Etats par l'acquisition de la Nouvelle-Marche (1445). En 1471, Albert l'Achille réunit les possessions que Frédéric II avait divisées entre ses fils. En 1614, Jean-Sigismond se fait donner par le traité de Xanten la moitié de la succession de Juliers et obtient, comme nous l'avons vu, le duché de Prusse à la mort d'Albert II (1616). Enfin, le Grand-Electeur Frédéric-Guillaume devient, en 1<;57, duc indépendant de Prusse et fonde la grandeur du nouvel Etat, qui, enrichi par l'émigration protestante après la révocation de l'Edit de Nantes (1685), joue déjà un rôle important dans la lutte de l'Europe contre Louis XIV, et, sous l'électeur Frédéric III, devient le royaume de Prusse (1701).
Monarchie prussienne (1701-187 I). — Frédéric 1" (Fréuéric III comme électeur) prit le titre de roi avec la permission de l'empereur Léopold Ier, toujours besoigneux et craintif, moyennant la somme de 6 millions d'écus (1701). Rien de plus curieux que d'étudier le détail des intrigues diplomatiques par lesquelles, s'appuyant surtout sur les Jésuites, il parvint à obtenir ce titre qui flattait tant sa vanité. Frédéric Ier ajouta à ses Etats le comté de Mcers, la principauté de Neuchàtel, et une partie de la Poméranie. Sa femme Sophie-Charlotte, l'amie de Leibnitz, lui fit fonder l'université de Halle et la société royale des sciences et des belles-lettres de Berlin, dont Leibnitz fut le premier président.
Frédéric- Guillaume I" (1713-1740) monta sur le trône au moment où Louis XIV lui-même reconnaissait la nouvelle royauté au traité d'Utrecht. Le nouveau roi s'appela le servitew de Dieu et n'estima que les théologiens et les soldats. Il déclara la guerre à la mode française, à la philosophie et aui lettres. « L'Athènes du Nord en devint la Sparte. » Le roi sergent confisqua pour l'armée les fonds de la Bibliothèque royale et paya jusqu'à 2(00 écus par tête des soldats hauts de six pieds, qu'il recrutait même dans les pays voisins, et surtout en Russie. Il n'avait que du mépris pour son fils le jeune Frédéric, lettré et corrompu, qui, s'étant enfui pour échapper à la tyrannie paternelle, fut condamné à mort comme déserteur, puis gracié après avoir assisté au supplice de son complice le
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lieutenant Katt. La principale passion de ce roi, comme celle du Grand-Electeur son aïeul et de tous les Hohenzollern, fut la haine de la France. Dans la guerre de succession de Pologne (1733-35), la seule qui eut lieu pendant son règne, il fut l'allié fidèle de l'Autriche et de la Russie contre la France et l'Angleterre. Il désirait ardemment justifier par l'annexion de la Prusse polonaise le titre anticipé de roi de Prusse que lui avait légué son père, et en 1T32, il fit des propositions de partage à Auguste II ; mais ce vœu ne devait être réalisé que par ses deux successeurs, Frédéric II et Frédéric-Guillaume II.
Frédéric II (1740-178G) trouva à son avènement une armée puissante et un trésor bien garni. Il se posa dès l'abord en protecteur du protestantisme, en recueillant avec ostentation tous les persécutés d'Allemagne et de Pologne, puis il proclama pour tous ses sujets la liberté de conscience. Pour donner à ses soldats un autre mobile que la crainte, il fonda l'ordre du Mérite. Enfin, pour se concilier l'opinion des philosophes, il fit de Maupertuis le président de son académie et de Voltaire son ami et son confident. Puis la fortune, le servant à souhait, lui fournit l'excellente occasion de la guerre de succession d'Autriche, qui valut à Frédéric la Silésie (V. Guerre de la succession d'Autriche). En Silésie, Frédéric II supprima toute liberté politique, et celte province, polonaise de race, n'eut jamais lieu de se féliciter de l'annexion prussienne : elle est encore économiquement la plus malheureuse du royaume.
Dans l'intervalle des deux guerres qui ont marqué son règne (de 1748 à 175G). Frédéric fit faire dans ses Etats de grands travaux (canaux entre l'Elbe et l'Oder, port de Stettiu) ; il fertilisa les plaines sablonneuses du Brandebourg en y faisant transporter les boues de Berlin, il créa 280 villages. Econome pour sa cour, il n'épargnait pas les dépenses pour agrandir Berlin et relever l'Académie des sciences. Sa puissance devenait inquiétante pour l'Europe entière.
L'Autriche n'avait pas attendu jusque-là pour se repentir de la faute de Léopold Ier, qui avait laissé grandir les électeurs de Brandebourg. La France s'aperçut a son tour qu'elle n'avait plus intérêt à affaiblir l'Autriche pour fortifier en Allemagne une puissance plus redoutable encore. De là, bien plus que des intrigues féminines au récit desquelles se complaisent les historiens, naquit l'alliance franco-autrichienne et la guerre de sept ans ^1756-1703). On sait comment Frédéric attaqua le premier la coalition, comment tour à tour vaincu et vainqueur, au moment d'être écrasé, il fut sauvé par la mort de la tsarine Elisabeth et l'avènement de son admirateur Pierre III (V. Guerre de sept ans). S'il n'avait pas gagné de territoire aux traités de Paris et d'Hubertsbourg, dont profitèrent seules l'Angleterre et l'Autriche, il acquit du moins une gloire nouvelle. D'ailleurs, il reçut de l'Angleterre en six ans 24 millions d'écus. Mais son armée permanente, à laquelle il sacrifiait tout, absorbait les ressources de l'Etat. Il s'appliqua alors à réparer les maux de la guerre. Il attira dans son royaume 300000 colons et fonda SO.i nouveaux bourgs et villages. Il établit une banque nationale en 1765 et développa l'industrie. 11 fit peu de chose pour l'instruction; il méprisait trop son peuple pour l'éclairer, disant que ce peuple n'avait jamais su que manger, boire et se battre. En revanche, il réforma la législation ; mais il avilit la magistrature en se substituant trop souvent à elle dans son despotisme suis appel. Il y avait « des juges à Berlin, » mais des juges forcés de rendre des services plutôt que des arrêts.
Protecteur dos privilèges de la noblesse qui lui sjmblait le plus fervent appui de sa puissance
absolue, il laissa les bourgeois s'enrichir et 6ut maintenir l'équilibre entre les castes. Indifférent en matière de religion, il n'en persécuta aucune, tout en éloignant les catholiques des hautes charges ; mais, par politique, il se fit partout le défenseur du protestantisme, et son grand griof contre la Pologne, qu'il voulait démembrer, fut précisément qu'elle refusait aux dissidents ces mêmes hautes charges que lui-même n'accordait pas aux catholiques.
Ses plus ardents admirateurs, et l'admiration de Frédéric II est un des nombreux legs que Voltaire a laissés à la France, ne sont arrêtés dans leurs éloges que par la part prépondérante qu'il prit au partage de la Pologne, et qu'ils ne savent comment justifier, puisque Frédéric luimême, dans ses lettres à Voltaire sur ce sujet, se contentait de plaider les circonstances atténuantes, tout en reconnaissant qu'il ne « répondait pas de l'avenir. » C'est de la Prusse que partit l'idée du partage, et cela devait être. Depuis le jour où l'ordre Teutonique avait été appelé en Prusse par un prince polonais, le germanisme avait rêvé cette conquête, et les défaites des Teutoniques, ainsi que les humiliations des ducs de Prusse forcés de prêter hommage aux rois de Pologne, avaient enraciné la haine de la Pologne et le désir de s'enrichir à ses dépens dans le cœur des souverains du Brandeboug. D'ailleurs, un roi de Prusse ne devait-il pas posséder la Prusse tout entière ? Cette spoliation ne se fit pas cependant d'un seul coup. Frédéric II ne fit et ne vit que le premier partage, celui de 1773, et ne réunit à ses Etats que la Prusse occidentale sans les villes de Thorn et de Dantzig.
Frédéric-Guillaume II (17<s6-1797), neveu de Frédéric II et son successeur, eut la joie de compléter cette œuvre en prenant part au second et au troisième partage de la Pologne (1793 et 1795). Le partage de 1793 lui donna Thorn et Dantzig ; et il se fit adjuger en 1795 toute la rive gauche de la Vistule et du Niémen avec Varsovie.
En même temps, il prenait part à la coalition contre la Révolution française. Il fut moins heureux de ce côté. Après la déclaration de Pilnitz (1791) vint l'insolent manifeste du duc de Brunswick (juillet 1792), l'invasion de la France par les troupes prussiennes et la prise de Longwy et de Verdun; mais lorsque Paris semblait près de tomber aux mains des alliés, la bataille de Valmy (2<> sept. 1792) sauva la France, et les Prussiens battirent en retraite. C'en était fait du projet de partage de la France, conçu par Frédéric-Guillaume II et son ministre Hertzberg. Néanmoins la Prusse reste dans la première coalition. Après la prise de Mayence, Hoche bat les Prussiens à Frœschwiller et à Wœrth, puis à Geisberg; et Frédéric-Guillaume ordonne à ses généraux une immobilité complète pendant la campagne de 1794 et de 1795. Enfin, son représentant II. de Goltz signe la paix de Bâle : Frédéric-Guillaume II consent à la réunion de la rive gauche du Rhin tout entière au territoire français (5 avril 1795).
Frédéric-Guillaume III (1797-1840) resta d'abord neutre dans les guerres contre la République française : la Prusse ne prit point part à la seconde coalition (1199); ce fut même le ministre do Prusse à Rastadt qui recueillit Jean Debry, le plénipotentiaire français qui avait échappé à l'attentat des hussards autrichiens. Frédéric-Guillaume III assista de même en témoin impassible aux guerres du Consulat. Il n'entra pas davantage sous l'empire dans la troisième coalition, et à la bataille d'Austerlitz, l'envoyé prussien, M. de Haugwitz. vint féliciter Napoléon, qui lui répondit : « Voilà an compliment dont la Fortune a changé l'adresse. » En effet, Frédéric-Guillaume avait signé avec la Russie un traité secret par le-
PRUSSE
PRUSSE
quel il s'engageait à proposer sa médiation, et, en cas de refus de la part de Napoléon, à se joindre aux Autrichiens et aux Russes. Après Austerlitz, Napoléon céda à la Prusse le Hanovre en échange du duché de Clèves, de Berg, d'Anspach et de Neuchàtel, et plus tard de Bayreuth. Mais bientôt la formation de la Confédération du Rhin, la promesse faite par Napoléon aux Anglais de leur rendre le Hanovre, et l'exécution du libraire Palm à Nuremberg ( 1 806; surexcitèrent l'opinion publique, et le roi de Prusse fit remettre un ultimatum réclamant l'évacuation de l'Allemagne. On sait avec quelle rapidité les batailles d'Iéna et d'Auerstœdt (1800) détruisirent l'armée prussienne, comment la campagne de 1807 contre les Russes et ce qui restait des Prussiens se termina à l'avantage des Français par la victoire de Friedland, et comment la paix de Tilsitt rétablit Frédéric-Guillaume dans une partie de ses Etats, à savoir le Brandebourg, la Silésie, la Prusse proprement dite et la Poméranie prussienne, qui ne devaient être évacuées qu'après l'acquittement des contributions de guerre montant à 600 millions de francs ; Napoléon forma avec le reste le royaume de Westphalie donné à Jérôme, et lfe grand-duché de Varsovie donné à l'électeur de Saxe qui recevait le titre de roi. Dantzig était déclarée ville libre.
C'est pendant cette période d'humiliation pour la Prusse (1807-1813) que des hommes d'Etat (le baron de Stein) opérèrent une révolution administrative et abolirent les abus féodaux. Cependant, dès 1808, le roi de Prusse était forcé par Napoléon de renvoyer Stein du ministère et le prince Guillaume signait la convention de Paris, par laquelle le gouvernement prussien s'engagpait, entre autres, à ne pas avoir sur pied, pendant dix ans, plus de 42 000 soldats, et laissait les Français tenir garnison à Glogau, Custrin et Stettin, aux frais de la Prusse, jusqu'à l'entier acquittement de la dette.
L'Allemagne, humiliée par Napoléon, préparait sa délivrance. Le Tugend-Bund (Ligue de la vertu) avait été formé par le professeur Maurice Arndt, secondé par l'ancien ministre prussien Stein, des généraux et des princes. Néanmoins, non seulement la Prusse ne put prendre aucune part à la coalition de 1809, mais encore en 1812 les Prussiens durent fournir leur contingent à la grande armée dans la campagne de Russie. Aussi quand vint le désastre et la retraite, ce fut dans toute l'Allemagne un tressaillement d'espérance. Frédéric-Guillaume III ouvrit les rangs prussiens à tous les Allemands contre l'étranger, et le 17 mars 1813, la Prusse déclara officiellement la guerre à la France. Battus à Lutzen, à Bautzen, à Wurschen, les alliés obtiennent l'armistice de Pleiswitz, et, renforcés des troupes de l'Autriche, recommencent la lutte. La bataille de Dresde est le dernier succès de Napoléon en Allemagne. A Leipzig Napoléon est vaincu, et c'est le général Blùcher qui a le plus contribué à sa défaite. L'Allemagne est délivrée, la France va être envahie.
On connaît les événements de la campagne de France (V. 'Napoléon 1").
Le 30 mai 1814, Paris capitula. Le 0 avril, Napoléon abdiquait, le 3 mai Louis XVIII était rentré à Paris.
Mais une année ne s'était pas écoulée que s'effectuait le retour de l'île d'Elbe, et que la coalition se reformait contre Napoléon et la France. La Prusse se montra la plus acharnée.
Blucher, dont l'armée occupait la Belgique, fut d'abord vaincu à Ligny (10 juin 1815); mais à Waterloo ce fut lui qui porta le dernier coup à l'armée française en arrivant à la fin de la journée sur le champ de bataille (18 juin).
Après la lutte, vint le partage des dépouilles;
japrès Waterloo, les traités de Vienne. La Prusse laurait voulu se faire une part léonine en annexant tous les États du roi de Saxe, et elle était appuyée dans ses prétentions par la Russie, qui espérait obtenir ainsi toute la Pologne prussienne y compris le duché de Posen. Mais ces deux puissances restèrent isolées, et l'on transigea. La Prusse n'eut qu'une partie de la Saxe et garda le duché de Posen, en laissant Varsovie et Kalicz à la Russie. Elle obtint de plus la Poméranie occidentale avec Stralsund et l'île de Rûgen, et sur le Rhin de nombreux territoires qui formèrent la Prusse rhénane; enfin elle avait pris à la France Sarrebrùck et Sarrelouis. Il lui restait encore à réunir en un seul tout ses États morcelés, et à conquérir en Allemagne l'hégémonie qui avait jusque-là appartenu à 1 Autriche.
De 1815 à 1830, nous avons à noter le refus de Frédéric-Guillaume III de donner à ses sujets une constitution, le rétablissement dans les provinces rhénanes des privilèges et des droits féodaux, les congrès de Carlsbad et de Vienne qui réagissent contre le mouvement libéral (1819 et 1820), la loi de 1820 qui accorda des assemblées provinciales, représentant les trois ordres de la noblesse, des villes et des paysans et n'ayant qu'une voix consultative, et la création du Zollverein (Union douanière) qui, fondé en Prusse (1818), s'est étendu peu à peu sur toute l'Allemagne et a préparé sur le terrain économique l'unité politique que la Prusse cherchait à réaliser à son profit. Ajoutons la part prise par le roi de Prusse à toutes les œuvres de réaction de la Sainte-Alliance, entre autres aux congrès de Troppau, de Laybach et de Vérone.
En 1830, lorsqu'éclata à Varsovie l'insurrection polonaise contre la Russie, à laquelle prirent part un grand nombre des habitants du duché de Posen et de la Prusse royale, la Prusse rendit de grands services à la Russie en lui livrant des réfugiés et en interceptant les convois d'armes des insurgés.
L'Allemagne avait ressenti à son tour le contrecoup des révolutions de France, de Pologne et de Belgique; mais au mois de juillet 1832 la diète de Francfort, sous la pression de l'Autriche et de la Prusse, réagit violemment contre toute velléité de liberté. En 1833, la Prusse, l'Autriche et la Russie, à la suite des conférences de Munchen- Grœtz, enjoignirent même au gouvernement français de bannir de son territoire les réfugiés politiques, ce qui leur attira de la part du duc de Broglie un refus énergique.
Frédéric-Guillaume IV (1840-1861), fils aîné de Frédéric-Guillaume III, succéda à son père en 1840, au moment où la question d'Orient semblait devoir faire éclater une guerre européenne. Le traité des détroits (juillet 1841) mit fin à la crise provoquée par les velléités belliqueuses de M. Thiers (V. Louis-Philippe).
A lintérieur Frédéric-Guillaume IV se trouvait aux prises avec les réclamations de ses sujets, qui espéraient enfin le voir réaliser la promesse d'une constitution faite en 1815. Le nouveau roi se contenta de développer l'institution des états provinciaux et de créer un comité général des états de toutes les provinces (1841); les assemblées provinciales furent d'ailleurs convoquées plus régulièrement. Cependant il refusait toujours une constitution, et sa dernière concession fut de créer (1847) la Diète réunie, assemblée composée des membres des états provinciaux. Cette concession fut fatale : la Diète réunie (avril 1847) déclara que la nation attendait toujours l'exécution des promesses de 1815 et de la loi de 1820. et repoussa tous les projets financiers qui lui furent soumis.
Sur ces entrefaites éclate la révolution fran-
PSYCHOLOGIE
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çaise de 1848, et toute l'Allemagne s'agite: le grand-duché de Bade , la Hesse-Darmstadt, la Hesse électorale, le Wurtemberg, le duché de Nassau conquièrent leur constitution. Le roi de Bavière est détrôné. L'insurrection triomphe à Berlin (18 mars) ; Frédéric-Guillaume IV, forcé par le peuple de se découvrir devant les cadavres des insurgés, se voit bientôt obligé de convoquer une assemblée constituante. Mais des conflits surviennent entre le roi et l'assemblée ; celle-ci est dissoute le G décembre, et le roi octroie une constitution. Mais les chambres chargées de la réviser (1849) ne peuvent s'entendre avec le roi. La seconde chambre demande que Frédéric-Guillaume IV accepte la couronne impériale d'Allemagne, qui lui est offerte par le parlement de Francfort: le roi de Prusse ne voulait rien devoir à la Bévolution, il refusa, et la seconde chambre fut encore dissoute. Cependant des insurrections avaient éclaté dans le duché de Posen et dans la Prusse rhénane; elles furent promptement réprimées. De nouvelles chambres terminèrent enfin la révision de la Constitution, et, le 6 février 18ô0, le roi prêta serment à la charte. C'est cette constitution qui est encore en vigueur. Tous les sujets prussiens sont égaux devant la loi et admissibles aux emplois publics, la liberté de la presse et des cultes sont proclamées. Le roi a le pouvoir exécutif et partage l'initiative des lois avec le parlement, composé de la Chambre des seigneurs (Herrenhaus) et de la Chambre des députés (Haus der Abgeordneten). Tout Prussien âgé de vingtquatre ans fait partie des assemblées primaires qui nof...nent les électeurs du second degré, chargés d'élire les députés. Les ministres sont responsables.
Frédéric-Guillaume IV régna jusqu'en 1861. Il a eu pour successeur son frère,
Guillaume I", dont le règne doit son importance et sa grandeur à un ministre célèbre, M . de Bismarck-Schœnhausen. Il est à peine besoin de rappeler ici la suite heureuse des entreprises de cet homme d'Etat : la conquête du Schleswig- Holstein, faite de concert avec l'Autriche, mais au profit exclusif de la Prusse (1864); la défaite de l'Autriche à Sadowa et l'hégémonie de l'Allemagne définitivement acquise à la Prusse (1866); l'organisation de la Confédération du Nord et la confiscation du Hanovre, de la Hesse-Cassel, du duché de Nassau et de la ville de Francfort-sur-le- Mein (1866); la convention militaire avec les Etats de l'Allemagne du Sud, la terrible guerre de 1870-7 1 ; la proclamation de l'empire d'Allemagne le 18 janvier 1871 au palais de Versailles et la couronne impériale mise sur la tète du descendant des électeurs de Brandebourg, des vassaux de la Pologne; enfin, l'annexion de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine par la paix de Francfort (19 mai 1871). L'œuvre paraissait achevée; grâce à M. de Bismarck et à son collègue M. de Moltke, la Prusse semble avoir couronné l'édifice de sa politique, être parvenue à l'apogée de sa grandeur. Mais rien ne se termine dans l'histoire : sans parler des complications extérieures, ni des dangers du socialisme militant si puissant en Allemagne, que de causes do faiblesse dans cet empire créé par la violence, où les querelles religieuses, rallumées par les lois de mai, ne semblent pas près de s'éteindre, où la rivalité entre le Nord et le Sud couve sans cesse. Ce que le génie d'un homme a élevé tombe souvent avec lui : qui sait si l'organisation politique et militaire imposée par M. de Bismarck à l'Allemagne, sera longtemps celle que préférera la nation allemande? [V. Gasztowtt.]
FRL'SSIATE et PRVSSIQUE (Acide). — V. Cyanogène.
PSYCHOLOGIE. — Psychologie \c\ildirc science
de l'âme : le domaine de la psychologie varie selon la façon d'entendre l'âme, et selon ce qu'on croit pouvoir connaître d'elle scientifiquement.
Quand on entend par à/ne simplement l'ensemble des faits de conscience, et quand on croit ne pouvoir connaître de notre vie mentale rien de plus que les phénomènes qui la composent, on est conduit naturellement à exclure de la science psychologique les grandes questions métaphysiques de la nature, de l'origine et de la destinée de l'âme. Ainsi conçue, la psychologie prend le nom de psychologie expérimentale. Simple science de faits, elle prétend regagner en rigueur scientifique ce qu'elle perd en intérêt métaphysique et en portée ; elle aspire à se fonder sur l'expérience seule, à l'image des sciences physiques et naturelles, c'est-à-dire à découvrir, par l'observation et l'analyse, des relations constantes ou lois des phénomènes moraux, aussi certaines que les lois physiques ou physiologiques. Ces lois, bien connues, ne pourraient manquer de fournir des lumières pour la pratique, puisque la première condition pour agir sur un ordre quelconque de phénomènes est d'en connaître la marche naturelle et le mécanisme. C'est pourquoi cette manière de concevoir la psychologie est celle qui importe le plus à l'éducation. Elle a prévalu dans les pays où les esprits sont surtout préoccupés de la pratique, notamment en Angleterre, où depuis longtemps la philosophie est, pour ainsi dire, tout orientée vers les intérêts moraux et les questions sociales. Chez nous, elle a gagné du terrain à mesure qu'ont été connus les travaux étrangers, à mesure aussi que s'est accentuée, sous l'influence de l'école positiviste d'un côté et de l'école kantienne de l'autre, la tendance à nous défier de nos forces en métaphysique et à donner le pas à la morale.
Cependant, tel est l'attrait des questions dernières, et en particulier de celles qui concernent l'âme humaine, que c'est sans doute une tentative chimérique (d'ailleurs inutile) d'en vouloir désintéresser les esprits. S'il n'est pas facile déjà de se résigner à ne savoir jamais ni l'essence de la matière, ni d'où vient ce monde, ni où il va, et si, en fait, la science même ne sait pas s'interdire absolument ces problèmes, à plus forte raison se posent-ils, bon gré mal gré, et reviennent-ils obstinément quand c'est de nous-mêmes qu'il s'agit. Or, dès qu'on leur ouvre la porte, ils envahissent toute la psychologie, et en changent radicalement le caractère. La psychologie qui n'exclut pas la métaphysique de l'âme devient aussitôt une psychologie métaphysique, c'est-à-dire tout le contraire de la psychologie expérimentale. Tout autre est l'objet, en effet, car il ne s'agit plus des phénomènes, mais bien de la substance même de l'âme ; et tout autre aussi la méthode, car, si l'on observe encore, ce n'est plus pour enregistrer des faits et en dégager la loi, c'est dans la conviction que l'âme peut saisir par l'effort de la réflexion son essence même, et que ce faitunique, sans analogue, l'introspection de l'âme par l'âme, est à lui seul ou contient la psychologie tout entière, bien plus, nous donne jour sur l'absolu même, qui se révèle ainsi directement à chacun de nous. Cette psychologie a été, en Krance, mise, ou plutôt remise en honneur par Maine de Bilan, au commencement do ce siècle, et y a toujours eu, surtout dans l'enseignement, des représentants éminents. Elle n'a jamais cessé de combattre et de contre-balancer l'influence de l'école empirique qui perpétue chez nous la tradition de Locke et de Condillac.
Peut-être néanmoins n'est-il pas nécessaire, en optant pour une de ces deux psychologies, d'exclure entièrement l'autre. Ne pourrait-on pas, sans les mêler, sans leur accorder la môme valeur
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scientifique, compléter l'une par l'autre, s'élever, par exemple, des certitudes de la première aux problèmes qu'agite la seconde ? Il n'est guère possible, à la vérité, qu'un même esprit réunisse les qualités si différentes requises par les deux méthodes opposées ; mais il n'en est pas moins vrai qu'une psychologie complète, que la psychologie sans épithète et sans restriction, comporte à lafois les deux ordres de problèmes. Scientifique par un côté, elle peut sans doute, elle doit avant tout aspirer à se constituer comme science ; elle n'est, à ce titre, que la plus élevée des sciences naturelles. Mais comment nier qu'elle conduit plus nécessairement, plus directement qu'aucune autre science aux inévitables interrogations de la métaphysique? Comment éviter que la question suprême de l'existence en général et de l'intelligibilité des choses se pose avec une force particulière à qui étudie précisément l'intelligence et ses lois, c'est-à-dire à qui se trouve ainsi d'emblée au cœur même de la philosophie et à la racine de tous les problèmes? Quel avantage y aurait-il, après tout, à décourager par des fins de non-recevoir la plus naturelle, la plus invincible des curiosités ? Il suffit, semble-t-il, d'éviter avec soin toute confusion en traitant scientifiquement la psychologie scientifique et à part la métaphysique de l'âme, en s'-imposant, surtout, de savoir autant que possible comment toutes choses se passent en nous, avant de chercher ce que nous sommes en dernière analyse et quel sort est le nôtre.
Dans la présente étude, il ne s'agit pas de donner en abrégé un traité de psychologie : tout ce qu'on peut faire est d'indiquer à grands traits les questions qu'il devrait comprendre et l'ordre (un ordre entre autres) dans lequel ces questions pourraient être rangées. Insister sur toutes serait impossible ; insister sur quelques-unes de préférence aux autres serait sans raison. Tous les points importants sont d'ailleurs, dans ce Dictionnaire, l'objet d'articles particuliers, auxquels le lecteur peut se reporter. Il est clair, par exemple, que de longs développements sur les sens, ou l'imagination, ou la mémoire, feraient ici double emploi.
La première chose à faire est de déterminer la place de la psychologie dans le cadre général des sciences, au premier rang ou plutôt au centre de la grande famille des sciences philosophiques. Rien n'est plus facile que de repousser les attaques de certains savants contre la psychologie comme science originale, ayant son objet propre et sa méthode. Sans doute les phénomènes qu'elle étudie ont une face physiologique, et l'idéaliste Leibnitz le proclame aussi haut que les positivistes, « tout ce qui se passe dans l'âme de César est représenté dans son corps ; » mais de là à ne voir en elle qu'un chapitre de la biologie, il y a loin . Pour qui pose la question comme il faut, aucune prétention ne paraît, plus chimérique que celle d'absorber la psychologie dans la physiologie cérébrale. C'est un fait bien remarquable, que ceux qui affichent cette prétention n'ont encore pour ainsi dire rien fait pour la connaissance de l'homme moral, tandis que les vrais psychologues, les disciples de Locke en Angleterre jusqu'à Stuart Mill et Bain, ceux de Condillac en France, jusqu'à M. Taine, ont toujours cru à une psychologie analytique, aussi sûre, aussi positive que la physiologie elle-même, mais indépendante, hétérogène, par la nature des phénomènes qu'elle étudie, comme par sa manière de les atteindre. Il faut bien entendre, en effet, qu'il ne s'agit ici que des phénomènes, non des substances. Le débat n'est pas entre le spiritualisme et le matérialisme ; la question métaphysique de la nature du principe pensant est ajournée. Peu importe qu'il y ait une âme distincte du corps ou qu'il n'y en
ait pas; quand il serait démontré que les opérations mentales ne sont rien de plus que les fonctions mêmes du cerveau, cela n'empêche pas les faits de conscience d'être, comme tels, des faits à part, et sui gemris : c'est là le plus certain des lieux communs pour quiconque a tant soit peu de philosophie. Les faits psychologiques sont essentiellement les faits de conscience ; car, même s'il y a des faits psychologiques inconscients (comme il est difficile de ne pas l'admettre), ils ne sont connus que par induction, ils sont interprétés à la lumière et conçus à l'image des faits de conscience. Or, un fait de conscience, un sentiment, une pensée, une décision est tout autre < hose que le mouvement qui peut y correspondre dans le cerveau; même une sensation de brûlure est pour celui qui l'éprouve, et en tant que douleur ressentie, fort distincte de la lésion qui la cause. Quelle ressemblance y a-t-il, je ne dis pas entre le sentiment du devoir et la circulation du sang ou de la digestion, mais, dans un seul et même événement, comme un accès dans une maladie, entre les émotions du malade et les désordres physiologiques qu'elles accompagnent. Le fait psychologique, essentiellement conscient, n'est connu, à parler rigoureusement, que par la conscience, c'est-àdire par le sujet même qui l'éprouve ; et il n'est, qu'autant qu'il est connu ou senti. On pourra l'analyser de mieux en mieux, mais on n'a pas à le découvrir. Aucune peinture, aucun signe extérieur n'en donnerait, jamais l'idée à qui n'aurait éprouvé rien de tel; il échappe à l'observation des sens, parce qu'il n'occupe aucune place, du moins aucune place directement assignée : il dure, mais il n'a pas d'étendue ; il est dans le temps, non dans l'espace. Tout fait physiologique, au contraire, est saisi dans l'espace, occupe un lieu, offre une figure, peut être représenté schématiquement, parce qu'il tombe essentiellement sous le sens et n'est même connu que par les sens; c'est au dehors qu'on l'observe, rarement et difficilement sur soi-même ; il peut s'accomplir dans nos organes à notre insu : la circulation du sang a dû être découverte; presque toutes les fonctions s'exécutent chez l'immense majorité des hommes sans que rien les révèle dans la conscience, et le plus savant physiologiste ignore encore aujourd'hui la fonction de plus d'un organe : si on l'observe un jour, ce sera dans quelque laboratoire, avec le scalpel et la loupe et tout l'appareil des vivisections dont n'a que faire le psychologue.
Les deux sciences, en effet, diffèrent de méthode comme d'objet. Il est vrai que l'étude portant départ et d'autre sur des faits, la méthode est, de part et d'autre, celle des sciences naturelles, l'observation. Constater ce qui se passe dans tels cas déterminés, pour arriver à savoir comment les choses se passentdanstousles cas de même genre, en d'autres termes, s'élever des faits particuliers aux causes générales et aux lois, voilà des deux côtés la tâche qu'on entreprend. On cherche à suvoir, afin de prévoir et de pourvoir. Mais, en psychologie, les moyens de savoir ne sont pas les mêmes qu'en biologie. L'observation par la conscience, première et nécessaire ressource du psychologue, n'atteignant directement que l'individuel, ne suffirait en aucune manière à donner des connaissances scientifiques, puisqu'il n'y a de science que du général ; d'autre part, cette observation intime ne peut s'étendre, se dépasser elle-même, par l'expérimentation qui donne aux sciences physiques leur caractère de précision en y introduisant l'exactitude et la mesure. On a bien essayé de soumettre- à l'expérience proprement dite les faits de conscience, par exemple de mesurer la vitesse de la pensée, le rapport entre l'excitation et la sensation, etc. Mais ces expé-
PSYCHOLOGIE
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riences de Donders, de Fechner, de Weber, de Delbœuf, mettent en lumière beaucoup moins les opérations mentales elles-mêmes que leur relation avec ce qui les précède ou les suit ; la science qu'elles constituent (car partout où il y a des rapports d'un certain ordre à étudier, il y a matière à une science) est très proprement appelée pst/cho-physique, mais n'est point la psychologie proprement dite. La psychologie proprement dite n'expérimente pas, et c'est là, on peut l'admettre, ce qui fait la lenteur de ses progrès. C'est aussi ce qui met en défiance d'elle les esprits qui se disent positifs. Elle est pourtant en mesure d'atteindre à des vérités générales. De même que la conscience individuelle n'est pas bornée à un moment unique, mais se prolonge en quelque sorte par la mémoire, ce qui rend déjà possible à qui veut s'étudier une certaine connaissance générale de lui-même, de même l'observation psychologique n'est point bornée à l'individu, mais peut s'étendre indirectement à toute l'espèce, car les signes de tout genre, la parole, la littérature, l'art, l'histoire, l'étude des langues, le témoignage des médecins, des voyageurs, permettent au psychologue de contrôler ce qu'il a observé en lui, de passer par conséquent de la connaissance de soi à la connaissance de l'homme.
Ce n'est pas tout; comme on peut par l'induction et l'analogie projeter sur les régions inférieures de la vie psychologique la lumière de la réflexion, et faire de la sorte une psychologie de l'enfance, de la folie, du sommeil, de l'hallucination, de l'extase, on peut aussi, et par les mêmes procédés, descendre au-dessous de l'humanité même, et par la psychologie comparée étendre infiniment le champ des recherches. Jusqu'à quel point est légitime cette extension de la psychologie à l'animal, jusqu'où est-elle possible en descendant l'échelle des vivants? question neuve et des plus intéressantes, mais qui mène en droite ligne au cœur de la métaphysique. Tout porte à croire, en effet, que partout où il y a organisation, il y a aussi quelque lueur de vie intérieure répondant (d'une manière de plus en plus imparfaite à mesure qu'on s'éloigne de l'homme) à ce qu'est chez l'homme la vie mentale. Mais que peut être la conscience d'un reptile, d'un mollusque, d'une plante? Et quel moyen avons-nous d'en savoir quoi que ce soit, quand c'est déjà par une induction, illégitime aux yeux de quelques-uns, que nous parlons de celle des animaux supérieurs? Cette conscience inférieure, indéfiniment décroissante et évanouissante, nous n'en pouvons rien dire qu'à la condition de la concevoir partout à l'image de la nôtre. Or, dans cette voie, il n'y a pas de limite où s'arrêter. Nulle raison de s'arrêter même où cesse la vie, car où cesse-t-elle, et qui peut assigner la borne? Mais concevoir l'être à tous les degrés, l'être en général, « à l'image de l'âme», comme Leibnitz fait ses monades, n'est-ce pas tout un système métaphysique, ou mieux, selon plusieurs, la méthode même de la métaphysique?
La psychologie confine ainsi à la métaphysique plus que toute autre science et y conduit plus directement; libre à chacun de céder ou de résister à la tentation de s'aventurer plus ou moins sur cette pente. Ce qui est certain, c'est que la psychologie proprement dite et qui veut rester scrupuleusement scientifique, c'est que- surtout la psychologie dirigée en vue de la pratique morale < i de I éducation, a tout intérêt, après avoir établi ses droits ;i l'existence en revendiquant son objet et sa méthode propres, à ne point creuser à ir un abîme imaginaire entre elle et la physiologie. Pour être à un rang supérieur dans la nature, l'homme moral n'en est pas moins un être naturel, et la science qui 1 étudie n'est que la
plus haute des sciences naturelles. « Ni anges ni bêtes », comme dit Pascal, nos facultés mentales sont étroitement liées à l'organisme et aux fonctions animales : le nier ne sert à rien, et l'ignorer volontairement est une pauvre ressource. Le mieux est de connaître notre condition telle qu'elle est et d'en prendre notre parti, ou plutôt, d'en tirer le meilleur parti possible. La relation entre le physique et le. moral étant certaine, comment douter qu'elle donne lieu à des observations utiles? Ces relations apparemment ont leur constance, c'est-à-dire leurs lois : et, s'il en est ainsi, comment ne pas avouer que ces lois sont intéressantes, sont urgentes à connaître s'il en fut? Est-ce que la devise « savoir, afin de prévoir et de pourvoir, » ne s'applique pas là comme partout? L'éducateur n'a pas le droit d'écarter par des fins de non-recevoir une seule vérité concernant le mécanisme de la vie humaine. D'abord parce que l'organisme, quand on ne tient pas compte de ses exigences et de ses droits, se venge en quelque sorte et nous fait payer cher nos ignorances ou nos dédains ; c'est le sens profond du mot de Pascal : « qui veut faire l'ange fait la bête. » Ensuite, à supposer qu'on fût en droit de mépriser son propre corps, ce qui n'est point, on a certainement le devoir de respecter celui des autres. Le respecter, c'est'trop peu dire, puisqu'il faut le cultiver et le fortifier, puisqu'il y a, en un mot, une éducation physique. En réalité personne n'a jamais admis l'indépendance des fonctions corporelles et des opérations mentales; cette chimère, fruit de l'abstraction, ne répond a rien dans le bon sens public ni dans la pratique universelle. Elle a été inventée par crainte du matérialisme, pour sauver la spiritualité de l'âme. Mais la spiritualité de l'âme n'est point ici en cause; elle ne peut rien gagner à être établie sur la négation des faits. Pauvre spiritualisme que celui qui ne pourrait s'accommoder des vérités que tout le monde constate, et qui tomberait en poussière au contact de la réalité! Que la matière vivante, que la substance cérébrale en particulier soit la chose même qui sent et qui pense, ou que le cerveau ne soit que la condition temporaire, l'instrument actuel de la pensée, les faits s'expliquent également bien dans les deux cas; les deux hypothèses métaphysiques sont donc possibles; le spiritualisme et le matérialisme ne sont pas plus impliqués l'un que l'autre dans la franche et simple reconnaissance des faits. Aucune de ces doctrines n'a le droit de se dire scientifique à l'exclusion de l'autre; elles se valent aux yeux du savant; et, quand il faudra choisir entre elles, ce sont des raisons d'un autre ordre, des nécessités morales qui devront dicter le choix. Ainsi l'éducateur n'a à craindre pour aucune croyance raisonnable, pour aucun credo métaphysique : il a toute liberté d'esprit pour voir les choses comme elles sont. Or son devoir est de se tenir ouvert à tous les enseignements de la science sur les rapports du physique et du moral : il serait inexcusable de négliger une étude plus riche peut-être que toute autre en applications pédagogiques. Pourrait-il ignorer impunément qu'il y a une hygiène morale et intellectuelle, des conditions physiologiques nécessaires au travail mental, d'autres favorables, d'autres nuisibles au bon équilibre des facultés? Le lien entre le tempérament et le caractère est sans doute fort mal connu, mais, s'il venait à l'être mieux, qui se pardonnerait d'ignorer un seul jour la moindre découverte sérieuse, la moindre indication probable sur un point de si grande conséquence? Ce qui est sûr, c'est qu'il y a littéralement des aliments de l'intelligence, et surtout ce qu'on a pu appeler d'une expression singulièrement éloquente des poisons de l'intelligence : imagine-t-on un pire nu un
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maître ignorant à plaisir de tels faits, ou négligeant d'en instruire ceux dont il a charge? Enfin qu'on pense ce qu'on voudra de ïhérédité psychologique. Quand elle serait moins certaine qu'elle n'est, quand la transmission des aptitudes mentales et des dispositions morales en germe avec la vie ne serait que probable ou seulement possible, quel phénomène serait plus digne d'une étude attentive? Quelle étude plus digne d'être suivie avec un intérêt passionné par celui qui a pour mission de préparer l'avenir de notre espèce ? La pensée de l'hérédité est si salutaire, si propre à nous faire réfléchir sur la portée de nos actes, qu'il faudrait tenir pour certaine, quand elle serait douteuse, cette loi qui lie entre elles les générations successives. Quiconque agit de quelque manière sur l'opinion devrait professer et répandre cette croyance que de nos œuvres rien ne se perd, que toute qualité fixée dans les parents «t passée en habitude tend à se transmettre avec le sang, que tout vice qu'ils contractent tend à infester leur descendance.
Ces questions mi-partie physiologiques et psychologiques une fois traitées, étant bien établi que la distinction profonde des deux sciences n'entraîne ni leur désaccord ni leur scission, on peut aborder l'objet propre de la psychologie, c'est-àdire l'étude des faits de conscience. Si compliqués qu'ils soient, ces faits se rangent assez bien d'euxmêmes en trois catégories : actes proprement dits, dont le mouvement est le signe extérieur, et dont le vouloir est psychologiquement le type ; — phénomènes affectifs caractérisés par l'émotion déplaisir ou de peine; — phénomènes intellectuels ou pensées. Il n'échappe à personne que ces trois groupes de faits, indissolublement unis et mêlés dans la vie consciente, ne sont séparés que par abstraction, qu'agir est, au fond, toute la vie psychique, que sentir et penser ne sont que des modes divers d'une seule et même activité. Si donc on maintient cette division, nécessaire à la science du moi, consacrée par le langage, ce doit être à condition de n'en être pas dupe. Et si le psychologue continue (ce qui est peut-être moins nécessaire) à compter aussi, avec le commun langage, trois facultés, répondant à ces trois catégories de faits, Volonté, Sensibilité, Intelligence, il ne saurait trop résister à la tentation de prendre pour trois causes réelles ces trois abstractions. Il est plus difficile qu'on ne croit de ne pas prêter inconsciemment une réalité distincte à ce qui porte un nom distinct, et, par suite, de ne pas croire qu'on a expliqué suffisamment un fait de conscience quand on l'a rapporté à sa faculté. Comme les propriétés réalisées et données pour des explications ont été une grande cause de retardement pour la physique, de même les facultés ont pu être dénoncées comme le fléau de la psychologie. Mais, le charme une fois rompu et le péril signalé, il n'y a pourtant pas d'inconvénient irrémédiable à conserver le langage reçu; et, en fait, personne n'a pu tout à fait l'abandonner. Les facultés après tout ne sont pas de pures chimères, de simples dénominations arbitraires pour des groupes de faits artificiellement distingués. Ce ne sont que des modes d'une même activité, mais des modes naturels, qui diffèrent vraiment et notablement dans la conscience. Agir ou vouloir est autre chose que sentir et que penser; sentir et penser ne sont pas des phénomènes identiques. Les personnes les plus intelligentes ne sont pas nécessairement les plus résolues ni les plus sensibles; le moment où je suis le plus ému n'est pas celui où j'ai les pensées les plus claires. La synthèse naturelle des trois ordres de faits (synthèse qu'il faut commencer par considérer en prenant une vue d'ensemble de la vie intime, où tout se tient) n'empêche donc pas, mais appelle
au contraire l'analyse, sans laquelle il n'est point de science. Il sera seulement bon de refaire de temps en temps des synthèses partielles, pour ne pas perdre de vue le concret et le vivant, et surtout de faire succéder à toutes les analyses une synthèse finale. L'ordre à suivre dans l'analyse peut varier selon le point de vue où l'en se place, mais il n'est point indifférent. Le mieux sembla être de commencer par l'étude de ce qui est le plus général et le plus essentiel, savoir l'activité. Si penser et sentir sont des modes divers de l'activité consciente, il ne peut qu'être bon d'étudier d'abord cette activité en elle-même : ce qui est vrai d'elle d'une manière générale ne manquera pas de se retrouver en toutes ses manifestations, soit affectives, soit intellectuelles : peutêtre obtiendra-t-on de la sorte un ordre plus profond et plus vraiment naturel que ne serait un prétendu ordre chronologique. Bien que les trois facultés, en effet, ne se développent pas d'une façon rigoureusement parallèle, n'atteignent pas en môme temps leur plus haut période, leur croissance est si bien simultanée en réalité, et leur mutuelle solidarité est telle, qu'il semblera toujours un peu arbitraire d'étudier, comme quelques auteurs l'ont proposé : d'abord la sensibilité, sous prétexte qu'elle apparaît et domine la première, ensuite l'intelligence, comme n'étant mûre qu'après l'âge des passions, enfin la volonté comme n'assurant qu'en dernier lieu son empire. A cet ordre factice, une bonne méthode devrait, semble-t-il, substituer le suivant.
L'activité proprement dite (dont le vouloir humain est le type parfait, et qui, à ses degrés inférieurs, est peut-être déjà la volonté s'ignorant elle-même) affecte trois degrés et comme trois phases : elle est d'abord tout instinctive et aveugle, puis devient réfléchie et volontaire, puis, par l'habitude, redescend vers l'instinct. Commençant, en d'autres termes, dans la région de la pure nature, elle s'élève au-dessus, jusqu'à la personnalité, pour revenir bientôt à l'automatisme, qui caractérise la seconde nature comme la première. Or dans la sensibilité aussi, ou activité affective, quelque chose répond à l'instinct, ce sont les besoins primitifs ou penchants ; quelque chose à la volonté, ce sont les émotions conscientes; quelque chose à l'habitude, les passions. Et l'intelligence de même a ses instincts, puisque les principes de la raison ne sont autre chose que des exigences à priori de l'esprit, besoins universels et éternels de la pensée; elle a ses opérations proprement dites, par lesquelles elle acquiert, combine, élabore les connaissances, s'élevant de la sensation brute à l'idée pure, de la perception actuelle au raisonnement abstrait; elle a enfin ses habitudes, car le souvenir et les associations d'idées sont, à la lettre, des habitudes mentales.
A propos des instincts on rappellera seulement ici que deux théories sont en présence : la théorie traditionnelle, suivant laquelle l'instinct est immuable et imperfectible; la théorie transformiste contemporaine qui le représente au contraire comme modifiable et susceptible de progrès lents à l'infini, mieux encore, comme formé de toutes pièces au cours des siècles par l'habitude, l'adaptation au milieu, la sélection, l'hérédité. Point de doute, selon nous, que ces deux théories ne doivent être corrigées, complétées l'une par l'autre. Il y a certainement des instincts acquis, comme il y a des formes organiques produites et fixées par les causes qu'on allègue; l'acclimatation, la domestication, le dressage, seraient impossibles sans la variabilité des formes et des instincts. Mais certainement aussi, il y a, dans la constitution psychique comme dans l'organisation des vivants, un fonds naturel, antérieur à toute
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acquisition, résistant à toute cause de modification. Pour prendre des habitudes nouvelles, pour s'adapter peu à peu à un nouveau milieu, pour transmettre ses caractères avantageux, il y a au moins deux conditions nécessaires, c'est de vivre et de se reproduire, ce qui suppose au moins deux genres d'instincts fondamentaux aussi rudimentaires qu'on voudra, ceux qui assurent la conservation de l'individu, ceux qui assurent la perpétuité de l'espèce. Et, pratiquement, il n'y a pas moins d'enseignements à tirer d'une théorie que de l'autre. La connaissance des instincts premiers, vraiment irréductibles et sans doute indestructibles, doit nous rendre modestes en présence de la nature et respectueux de ses lois, qu'il serait insensé d'espérer ni changer ni contrarier impunément; mais par la connaissance de la variété infinie que la nature produit elle-même avec ses lois immuables, on comprend mieux ce que peut faire l'art humain opérant selon la science, et en particulier l'éducation éclairée par la psychologie. De même que l'éducation physique, sans pouvoir jusqu'ici entamer les espèces, tire pourtant de leur sein des variétés de plus en plus belles et avantageuses, de même l'éducation morale ne changera sans doute pas l'humanité, mais elle peut améliorer singulièrement l'homme.
Le propre de l'homme n'est pas d'obéir à l'instinct, ce que l'animal fait comme lui, mais d'agir avec volonté. Vouloir est le fait des personnes. C'est se résoudre en connaissance de cause. Tandis que les mouvements instinctifs sont assimilables à des réflexes plus ou moins compliqués, le vouloir est essentiellement spontané. Par lui on s'élève de l'automatisme à l'activité autonome, de la vie animale à la vie proprement humaine. Il y a la même distance, et plus grande encore, entre l'instinct et la volonté, qu'entre le pur mécanisme et l'instinct. La volonté est pour nous le type même de l'activité, l'activité par excellence ; bon gré mal gré, c'est sur ce modèle que nous imaginons toute force. En réalité, l'être qui veut ne fait pas autre chose que produire des actes appropriés aux circonstances, et vouloir, en dernière analyse, ce n'est toujours que réagir contre les impressions reçues. Mais un intervalle parfois très grand sépare ici les impressions des actes qui en résultent ; et le vouloir occupe précisément cet intervalle. Le résultat, c'est-à-dire l'acte, n'est plus une simple résultante mécanique ; il n'apparaît pas sans doute ex nihilo, puisqu'il est motivé par toutes sortes de pensées et de sentiments provenant de notre expérience antérieure ; mais ces sentiments, ces pensées sont quelque chose de nous-mème et portent notre marque, et quand la résolution apparaît, elle émerge vraiment de notre propre fonds. Nous touchons ici à un des problèmes les plus graves de la psychologie et tout ensemble de la métaphysique : Le vouloir n'est-il que le concours ou le conflit plus ou moins compliqué des pensées et des désirs, le produit indirect et conscient des impressions passées ; ou bien révèle-t-il, sous les émotions mêmes et les jugements qui le déterminent, une spontanéité pure, une liberté absolue ? On ne peut ici avoir la prétention de trancher en quelques mots un tel débat ; nous signalerons seulement quelques points importants dans l'analyse du vouloir. Le premier point est la différence du désir et du vouloir, que le langage tend à confondro, mais qui ne semblent pouvoir être pris pour identiques en dépit de leur étroite union. Sans parler des cas où l'on veut ce qu'on ne désire nullement, le vouloir, même conforme au désir, est toujours un peu autre chose que lui ; c'est tout au moins un désir contrôlé, sciemment autorisé à passer à lacté. Mais ceci nous amène à un second point difficile:
le vouloir est-il autre chose qu'une pensée dominante ? Certes l'intelligence est une pièce néces saire de la volonté, laquelle pourrait se définir l'activité consciente, clairvoyante et maîtresse d'elle-même; mais ici encore, l'indissoluble union n'est peut-être pas la pure identité. En tout cas, la question du libre arbitre est toute là ; la solution du problème de la liberté (autant qu'il peut être résolu par la psychologie) ne dépend de rien tant que des résultats que donnera sur ce point l'analyse. Si, des quatre moments qu'on a couti.me de distinguer dans le phénomène complexe de la volonté, conception des possibles, délibération sur tes motifs, résolution, exécution, on considère le troisième seul, ou les deux derniers, comme manifestant le vouloir, on donne par cela même cause gagnée au déterminisme. Il est indubitable, en effet, que la décision résulte nécessairement des possibles conçus et des motifs pesés ; et si l'on n'a point de volonté avant d'être décidé, on n'est point libre. Mais c'est depuis longtemps, depuis Duns Scott et Descartes tout au moins, une idée familière aux logiciens, que la volonté domine l'intelligence elle-même et préside déjà à nos jugements. Pour le psychologue de même, il semble bien qu'en fait la volonté entre d'abord en jeu dans l'évocation des possibles, puis dans l'évaluation desmotifs tour à tour appelés, retenus, écartés, rappelés encore. Loin donc de n'apparaître que dans la décision, c'est elle-même qui la prépare, la diffère, la prononce et lui imprime son sceau, comme c'est elle encore qui l'accomplira, pourra en interrompre, en reprendre, en arrêter ou achever l'exécution. Il n'y a pas d'ailleurs d'illusion à se faire : admettre le libre arbitre, c'est admettre le choix absolu, c'est par conséquent admettre des cas ^en aussi petit nombre qu'on voudra) où deux ou plusieurs actes sont également possibles, entre lesquels celui-là seul sera réalisé que la volonté aura choisi. Elle ne l'aura pas choisi sans raison, et le principe de raison suflisante ne peut jamais être en défaut ; mais elle aura été ellemême la dernière raison déterminante. S'écrierat-on pour cela que la science est dès lors impossible, car elle exige le déterminisme absolu des phénomènes? Il faut répondre sans hésiter que la liberté est, en effet, le contraire du déterminisme absolu, qu'elle consiste essentiellement dans la possibilité de déjouer les prévisions et d'échapper au calcul ; l'admettre, ce n'est rien moins qu'admettre des futurs contingents dans l'ordre des actions humaines. La science n'a nullement besoin que toutes nos actions soient nécessaires, et surtout neprouve pointqu'elles le soient. Le déterminisme n'a pas le moindre droit à se donner pour scientifiquement établi. Ce qui est établi, c'est qu'il y a une part de détermination dans nos actes, c'està-dire des éléments donnés avec lesquels la volonté doit compter, ce qui rend jusqu'à un certain point possibles les prévisions; mais les prévisions ne sont jamais d'une rigueur mathématique; et si l'on prétend que leur incertitude ne tient qu à notre ignorance, on préjuge précisément ce qui est en question. Ainsi la libertén'est ni impossible à priori, c'est-à-dire absurde, ni condamnée par les faits : chacun peut à son gré la rejeter ou l'admettre. Or des raisons morales peuvent seules nous décider, mais elles sont impérieuses et nous obligent de prendre parti. Scientifiquement la liberté n'est pas prouvée, elle n'est que possible, mais moralement il faut y croire. Condition sine quà non de la moralité et du devoir, on pourrait dire que c'est déjà un devoir et notre premier devoir de l'admettre. C'est un acte de foi rationnel que Kant demande à notre bon vouloir. Ceux qui le refusent en théorie l'accordent dans la pratique, car il n'y a guère qu'eu Orient qu'on s'en tienne pratique-
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ment au fatalisme, à ce falum mahumetanum dont parle Leibnitz. Chez nous, tout le monde croit sans doute que ce qui doit arriver arrivera (c'est une pure et simple tautologie) ; mais on croit que cela seul doit arriver, dont les conditions seront réalisées, et que parmi ces conditions il en est qui dépendent de nous. Aussi n'est-il pas de déterministe qui ne continue à admettre, au moins dans certaines limites et dans certains cas, la responsabilité des personnes.
La responsabilité n'est pas plus illimitée que la liberté; elle a ses bornes et ses degrés; elle varie d'un individu à l'autre et d'un moment à l'autre pour un même individu. Si en effet le choix ne peut être qu'absolu là où il est, et l'arbitre absolument libre quand il a lieu, il ne s'ensuit nullement que nous ayons tous et toujours le choix entre un égal nombre de possibles, que nous soyons tous et toujours également bien informés, également clairvoyants, également maîtres de nous. Il suffit moralement que chacun n'ait à répondre que de ce qu'il a vraiment et proprement voulu. Une fois écartées les prétentions du déterminisme radical et pseudo-scientifique, il y a tout avantage à ne point nous exagérer l'étendue de notre liberté, à en reconnaître au contraire les conditions. Il est certain que la liberté d'indifférence que chacun s'attribuerait à lui-même comme infinie, constante, inaliénable, est une pure chimère. La liberté s'affermit ou se compromet, s'acquiert ou se perd au cours de la vie, par l'usage même qu'on en fait; elle dépend de mille circonstances qui la favorisent ou la contrecarrent ; elle grandit par l'instruction et les bonnes habitudes, diminue dans les passions vicieuses, est toujours menacée par l'influence du milieu, de l'opinion, de la coutume. C'est raison de plus pour veiller sur elle à chaque instant, et en cela même consiste avant tout la moralité. Se •croire trop libre est le plus sûr moyen de l'être fort peu.
La personnalité consiste essentiellement dans la volonté : une personne est un être qui veut réellement, par opposition aux choses qui ne font que répercuter mécaniquement les impulsions reçues, et aux animaux menés par l'aveugle instinct. La dignité, l'inviolabilité de la personne libre, voilà le fondement de la morale : respecter les personnes, c'est toute la justice; faire mieux encore et les prendre pour /S»s, c'est la charité. Car si la personne a une valeur infinie, la plus grande preuve qu'elle en puisse donner, c'est de relâcher en faveur des autres quelque chose de ses droits stricts, c'est de se sacrifier volontairement. Elle n'a tout son prix que lorsqu'elle s'oublie. L'idéal social est une communauté où chaque personne respectée par toutes (car il faut commencer par exiger le respect) serait toute dévouée aux autres et prête à faire don de soi pour le bien commun. L'ordre ainsi obtenu par le concours des volontés, sans compression d'aucune sorte, serait inaltérable et ferait la nation la plus heureuse comme la plus forte : réaliser autant que possible un tel état est la tâche que la morale assigne à la politique.
Le plus grand danger que coure la volonté libre vient de Yhabitfde. Toute activité contracte en agissant une tendance à répéter son acte : cette tendance est l'habitude même. Elle devient de plus en plus impérieuse à mesure que le même acte a été puis souvent répété; elle peut à la fin devenir irrésistible. « C'est, dit Montaigne, une violente et traistresse maîtresse d'eschole, que da coutume. Elle establit en nous peu à peu, à la -desrobée, le pied de son auctorité, mais par cet humble commencement, l'ayant rassis et planté ■avec l'aide du temps, elle nous descouvre tantôt .un furieux et tyrannique visage, contre lequel
nous n'avons plus la liberté de hausser seulement les yeux. Nous lui voyons forcer à tous les coups les règles de la nature, » Par là nos actes, d'abord délibérés, tendent à se produire bientôt mécaniquement : partis du mécanisme de l'instinct pour nous élever à la liberté, nous risquons à chaque instant de retomber de la liberté dans le mécanisme de l'habitude. Comme si un être naturel ne pouvait que rarement et par exception agir en pleine possession de soi, à la claire lumière de la réflexion, à peine échappons-nous aux liens de la première nature que ceux de la seconde nous enlacent. Se défendre de la tyrannie des habitudes, se maintenir libre autant que possible, se soustraire à toute routine est si difficile, qu'il faut sans doute en désespérer, quoique ce doive être notre continuelle étude. Il y a pourtant une consolation à cette loi de notre nature. Les habitudes ne sont pas toutes également contraires à la liberté, et s'il faut en contracter quoi qu'on fasse, au moins tient-il à nous d'en prendre qui ne nous fassent pas déchoir. A tout prendre, la loi de l'habitude est celle de notre perfectionnement en même temps que celle de notre chute; tout dépend de ce que la volonté lui livre. Elle conserve, amplifie, accumule, reproduit avec une facilité croissante le bien comme le mal. Elle mène indifféremment à la parfaite sagesse quasi infaillible, et à l'extrême abjection à peu près irrémédiable. Si d'une part les associations d'idées étroites et aveugles, las passions animales, les fautes répétées engendrent la fatalité du vice, en revanche l'habitude de réfléchir et de raisonner, d'obéir aux sentiments généreux, de faire ce qu'on doit, loin d'enchaîner la liberté, la fortifie, loin de diminuer la personne, l'affermit dans sa dignité. Former de bonnes habitudes d'esprit, de cœur, et de conduite, et empêcher les mauvaises de naître ou de durer, c'est, en somme, tout l'objet, de l'éducation. Nul chapitre de psychologie ne peut être plus important que celui qui traite des habitudes, et des lois selon lesquelles elles se forment, se fixent ou se perdent.
La sensibilité et l'intelligence n'étant que des modes de l'activité, on y retrouve les trois mêmes degrés, savoir : un fond primitif fourni par la nature même, des phénomènes conscients, occupant le champ de la réflexion, des di-positions acquises devenues comme une seconde nature.
La sensibilité est le pouvoir de jouir et de souffrir, mais les émotions de peine et de plaisir présupposent des tendances ou inclinations, et ne peuvent ni durer beaucoup ni se renouveler souvent sans engendrer des passions.
Dans l'étude de ces inclinations ou penchants primitifs, qui sont comme nos instincts affectifs, le difficile est de distinguer ce qui est véritablement naturel et originel, de ce qui est acquis et maintenant héréditaire. Deux besoins au moins semblent se rencontrer chez tout vivant, celui de persévérer dans son être et celui de développer son être. Chez l'homme, dont l'être est à la fois physique et moral, les biens pressentis et recherchés pourront se diversifier à l'infini. Ce qui paraît hors de doute, c'est que la nature nous a donné, au-dessus des appétits et des inclinations égoïstes, la sympathie, lier, de la vie sociale, et certaines aspirations rationnelles ou idéales, sources de la science, de l'art et de la moralité.
L'émotion résulte immédiatement de l'inclination satisfaite ou contrariée, et seule nous la révèle. Tout déploiement d'activité normal en quantité et en qualité cause le plaisir; l'activité empêchée ou surmenée, ou dépensée dans des voies contraires à celles de la nature, c 'eu la I douleur. Il n'est pas vrai par conséquent que le \ plaisir soit tout négatif; il est lié à l'activité même
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et à la vie; il en est l'épanouissement et, comme dit Aristote, la fleur. Le jeu n'est agréable que parce qu'il est, en tout genre, un libre et vif exercice de nos énergies; le travail et l'effort sont agréables au même titre et aux mêmes conditions: il ne faut que les varier et en éviter l'excès. Sur la relativité du plaisir et de la douleur, sur leur rôle dans la vie, sur les mille degrés de la sensation et les mille nuances du sentiment, il y a une somme inépuisable d analyses et de documents. Les passions son'o des dispositions du cœur en partie naturelles, f.iais en partie acquises : ce sont tantôt des inclinations devenues dominantes et tyranniques, tantôt des émotions violentes devenues habituelles. Il importe tout particulièrement de bien décrire leur formation, pour voir si la volonté y intervient concurremment avec le tempérament héréditaire, le milieu, l'éducation, l'exemple; car si nous n'étions pas responsables de les laisser naître, nous le sommes encore moins de ce qu'elles nous font faire une fois formées. La description de la genèse des passions et de leur mécanisme fait l'objet d'un chapitre de la psychologie important entre tous pour l'éducation et la morale.
Reste l'étude des opérations intellectuelles : elle est si vaste qu'on ne peut pas même l'ébaucher ici, à peine peut-on en tiicer le plan. Ce qui dans la fa culte de juger et de comprendre répond aux instincts et aux besoins, ce sont les données à priori de la raison, les exigences nécessaires et universelles de la pensée, les principes. Il faut d'abord établir qu'il y a de telles données antérieures et supérieures à l'expérience et sans lesquelles l'expérience même ne serait pas possible. Il semble difficile de ne pas compter comme telles au moins les formes de temps et d'espace, sans lesquelles l'intuition ne se conçoit pas, certaines catégories sans lesquelles l'entendement ne serait qu'un chaos, enfin les principes pratiques et spéculatifs, en aussi petit nombre qu'on voudra. Le principe pratique est l'impératif moral. Les principes spéculatifs sont : ou analytiques, comme les principes d'identité et de contradiction, qui forcent simplement l'esprit à rester d'accord avec lui-même; ou synthétiques, comme les principes de raison suffisante, de causalité, de finalité, qui le poussent à chercher l'explication des choses. Ceux-là sont le fondement des axiomes, des sciences exactes et du raisonnement déductif; ceux-ci des sciences de faits et de l'induction. A 1 empirisme rajeuni qui prétend ramener tous ces principes à des habitudes héréditaires, il faut répondre que, sans doute, bien des tendances mentales, aujourd'hui générales et vraiment innées, ont pu être acquises au cours des siècles; mais que pour prendre des habitudes de pensée il faut d'abord que l'esprit pense, et que la pensée pas plus que la vie n'a jamais pu être tout à fait sans lois.
La raison est ce qui donne à l'intelligence humaine son caractère et rend possible tout le travail delà pensée par lequel, de la simple sensation, elle s'élève à la science et à la philosophie. Ce travail commence par l'intuition des sens et de la conscience; l'acquisition des premiers matériaux de la connaissance est le fait de la double expérience.
Vingt questions du plus vif intérêt so posent dans la théorie des sens : Faut-il aux cinq sens universellement reconnus ajouter, comme on le fait souvent aujourd'hui, le sens organique et le sens musculaire ? Les sens nous trompent-ils, ou n'y a-t-il point d'erreurs des sens? Comment distinguer pour chaque sens les perceptions primitives des perceptions acquises? Comment se fait l'éducation d'un sens par le concours des autres? Comment nos sensations sont-elles rap-
portées à quelque, chose hors de nous? Les sens nous renseignent-ils sur la réalité et la nature des objets? etc., etc. Parti de simples descriptions physiologiques, on est bientôt conduit aux problèmes derniers de la légitimité et des limites de la connaissance.
Les données des sens sont reçues dans la conscience, et le sujet qui les reçoit n'est point passif : il réagit contre les impressions, et dans l'effort qu'il fait contre ce qui n'est pas lui, se connaît, devient pour lui-même objet de réflexion. La question se présente alors, de savoir ce que la réflexion ajoute à la sensation, et quelles données le moi trouve en lui par l'analyse. Est-il cause et le type premier de toute causalité, ou l'idée de cause se réduit-elle à celle d'une simple succession de sensations? Est-il une substance ou seulement une suite ininterrompue de phénomènes reliés par la mémoire, laquelle produirait l'illusion de 1 identité, loin de supposer elle-même un sujet identique? Une fois de plus on voit la psychologie confiner à la métaphysique. L'idéalisme de Hume n'est que le phénoménisme de Berkeley poussé à ses conséquences, transporté de l'objet au sujet.
Quand l'expérience a donné les matériaux bruts de la connaissance, l'esprit les combine par Y imaginât ion, et les élabore par Yabstraction, la généralisation, le raisonnement.
L'image, au plus bas degré, n'est que l'écho de la sensation; Yimagination n'est d'abord, selon le mot de Eossuet, qu'un sens intérieur. Dans la rêverie, le rêve, le somnambulisme naturel ou provoqué, 1'halluciuaiion, l'extase, la folie, le champ de la conscience est tout occupé parle jeu des représentations involontaires; le sujet s'abandonne sans contrôle au cours de sa fantaisie. Mais réglée par la rai- 'son, soumise à la volonté, l'imagination est la faculté inventive par excellence : elle crée, dans l'ordre spéculatif, les hypothèses si nécessaires au progrès et à la vie de la science, dans l'ordre pratique et moral les inventions et innovations de tout genre, dans l'ordre esthétique les arts. Si l'on ne fait pas de l'esthétique une science à part, mais seulement un chapitre de la psychologie, c'est ici mieux qu'ailleurs que se place l'étude du beau. Le beau est essentiellement l'idéal prenant forme et vie, l'intelligible devenant sensible, pour ravir l'imagination et toucher le cœur.
L'abstraction dégage de la sensation l'idée, qui est tout autre chose que l'image : l'étude des idées abstraites et de leur rôle dans la vie mentale est inséparable de celle des mots et de leur fonction. Par ce point la psychologie touche à la logique, à la linguistique, voire à la mythologie.
La formation des idées générales n'est pas identique à celle des idées abstraites; la généralisation n'est pas l'abstraction, quoiqu'elle la suppose. Les idées d'espèces, de genres, de classes, etc., ne sont qu'à demi abstraites; la nature même nous les offre ou du moins nous invite à les former. Mais on retrouve ici sous une forme rajeunie l'antique débat du réalisme et du nominalisme; et la tentative du transformisme contemporain pour supprimer toutes barrières entre les espèces donne un regain d'intérêt à la question de savoir si le besoin qu'a notre esprit de penser par catégories et de ranger toute multiplicité dans des cadres est purement subjectif, ou bien si les choses offrent effectivement un ordre, intelligible répondant au vœu de notre intelligence.
Le dernier degré d'élaboration de la connaissance est le raisonnement qui consiste à passer du connu à l'inconnu. Quand on s'élève d'expériences particulières à des affirmations générales, on ind d ; quand on tire d'affirmations générales des conclusions qui s'y trouvaient impliquées, cela s appelle déduire. La déduction en forme est le syllogisme.
PSYCHOLOGIE
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C'est une question, de savoir si les deux espèces de raisonnement se ramènent à une seule, et laquelle est la plus fondamentale. Elles diffèrent comme le principe de contradiction et le principe de causalité, et restent distinctes au même titre. L'induction a seule un caractère synthétique et est seule instructive; la déduction doit sa rigueur formelle à son caractère purement analytique. Au reste l'une et l'autre ne sont que la raison en acte, la raison discursive, et s'expliquent, en dernière analyse, par un même besoin d'unité et de liaison, qui est l'essence même de la pensée.
Il est clair qu'aucune des opérations qu'on vient de voir ne serait possible sans la mémoire. La mémoire est à l'activité intellectuelle ce qu'est l'habitude à l'activité proprement dite. Le souvenir est littéralement une habitude de l'esprit : il s'acquiert, se conserve et se perd comme une habitude : la répétition fréquente, l'effort intense, l'émotion vive, la méthode contribuent à graver et à fixer les souvenirs comme à créer et à fixer les habitudes; l'oubli de part et d'autre est produit par les mêmes causes. Toutefois le souvenir n'est qu'une espèce dans le genre habitude; il a un caractère distinctif, c'est une habitude reconnue; en le pensant de nouveau, on le rapporte au passe. Le souvenir le plus parfait est celui qu'on replace le plus exactement au milieu de ses circonstances : la réminiscence est le souvenir peu ou point reconnu.
L'association des idées est la loi commune de toutes nos conceptions : selon Stuart Uill, elle est en psychologie ce qu'est en astronomie la loi de la gravitation universelle. Non seulement toutes nos pensées se suivent et se lient de telle façon qu'il n'y a jamais de vide entre elles, mais elles se lient et s'appellent selon des rapports déterminés. Le plus général de ces rapports est celui qui résulte d'une expérience antérieure : « deux idées qui ont été précédemment en connexion étroite dans IVsprit tendent à y revenir ensemble et à se rappeler mutuellement; » c'est une conséquence de l'habitude. C'est pourquoi le signe nous fait penser à la chose signifiée, un certain lieu aux lieux voisins, un certain temps au temps qui précède ou qui suit. Mais on discute pour savoir si toute association d'idées se ramène ainsi à une liaison de fait dans les états de conscience antérieurs, ou s'il n'y a pas, en quelque sorte, des associations de droit, autrement dit, des rapports rationnels entre certaines idées (comme celles de fait et de cause, de principe et de conséquence, de fin et de moyens) . C'est, sous une nouvelle forme, le grand débat du rationalisme et de l'empirisme.
Après une étude complète de la vie psychologique considérée en elle-même, il reste à la considérer dans ses manifestations : la théorie des signes et du langage suppose la connaissance des faits de conscience, mais ajoute beaucoup à cette même connaissance, car si les signes servent à traduire les sentiments, les pensées et les résolutions, on sait combien est grande l'influence réciproque du langage sur la pensée d'abord, puis sur les affections et la conduite même. Cette partie de la psychologie touche aux sciences les plus diverses; à la linguistique, à la philologie, à la grammaire comparée, par l'étude des lois les plus hautes qui régissent les langues; à la physiologie et à l'histoire naturelle par l'étude de la physionomie On sait que les recherches les plus neuves sur ce point sont dues à des savants, comme Gratiolet en France, Darwin en Angleterre.
La psychologie comme science positive pourrait être regardée comme épuisée quand on aurait traité, dans cet ordre ou dans un autre, toutes les questions jusqu'ici énumérées: mais c'est alors que peut-être la curiosité métaphysique pourrait
être admise à se donner carrière. Qu'est donc, en fin de compte, ce moi, qui s'étudie lui-même, qui s'attribue les faits si divers de la vie psychique? Substance, ou simple suite liée de phénomènes? Substance immatérielle et impérissable, ou résultante éphémère, presque accidentelle, du consensus des fonctions cérébrales? Ces questions et les pareilles, on peut assurément se les interdire, et il faut savoir qu'en se les posant on quitte le terrain de la science proprement dite ; mais chacun aussi a le droit de les agiter, d'y appliquer toutes les ressources de la dialectique, toutes les forces de la méditation intérieure et de l'induction. Les conclusions vaudront ce que vaudront l'esprit et la méthode de chacun; mais elles seront toutes légitimes dans la mesure où elles respecteront la logique et les faits. Non seulement il n'est ni désirable ni possible de désabuser de tels problème' les esprits qu'ils tentent; mais tous sans exceptioj nous devons les avoir une bonne fois regardés en face, et, soit que nous les ayons écartés ou résolus à notre satisfaction, être à leur égard dans un état d'esprit compatible avec les exigences de la morale et la pratique du devoir.
[Henri Marion.] Comme l'indique l'article qu'on vient de lire, les questions qu'embrasse la psychologie peuvent être traitées soit dans l'ordre mentionné ci-dessus, soit dans un autre ordre, suivant les convenances de l'enseignement. Nous avons cru devoir joindre, dans ce Dictionnaire, à la psychologie proprement dite, quelques nouons élémentaires de logique, de morale, de théodicée, et d'histoire de la philosophie. On trouvera ci-dessous l'énumération des articles du Dictionnaire entre lesquels nous avons réparti les matières de ce programme ; nous avons rattaché la logique aux leçons sur l'intelligence, la morale et la théodicée aux leçons sur la volonté, la responsabilité et la conscience, et terminé le cours par quelques notions sommaires d'histoire de la philosophie.
PROGRAMME
DU COURS DE PSYCHOLOGIE (COMPLÉTÉ PAR DES !SOTIO:\S DE LOGIQUE, DE MORALE, DE THÉODICÉE ET D'HIS- TOIRE DE LA PHILOSOPHIE).
I. — Définition de la psychologie : son domaine, sa méthode, ses divisions. — Rapports de la psychologie avec l'éducation. — V. P*yc' o'ogie.
IL — Les facultés de l'âme : sensibilité, intelligence, volonté. — V. Facultés de t'âme.
III. — La sensibilité. — Le plaisir et la peine. — Différentes catégories de plaisirs et de peines. — Les sensations et les sentiments, — V. Sensibilité.
IV. — Diverses formes des phénomènes sensibles : instincts, inclinations, passions. — V. Instincts, Inclinations, Passions.
V. — Les facultés intellectuelles, ou l'intelligence. — Division générale des faits intellectuels et des facultés correspondantes. — Des éléments de la pensée. Le jugement, ses diverses formes. Les idées. — Intelligence, Jugement, Idée.
VI. — La perception extérieure : les sens. — Perceptions naturelles, perceptions acquises. — Education des sens. — Idées fournies parles sens. — Du rôle des connaissances sensibles dans le développement de l'esprit. — V. Sens.
VIL — La conscience, la perception intérieure; divers degrés de la conscience. — Les notions qu'elle nous permet d'acquérir. — V. Conscience.
VIII. — La mémoire. Notions de durée et d'identité personnelle. Rôle de l'imagination et de l'association des idées dans la mémoire. Culture de la mémoire. — V. Mémoire.
IX. -— L'imagination. — Comment les images so produisent. — Passage de l'imagination représentative a l'imagination créatrice. — Comment on
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développe l'imagination. — Comment on la règle.
— Son emploi dans les arts, dans la vie pratique, dans la science. — V. Imagination.
X. — L'association des idées. — Les idées acquises par les sens, par la conscience, conservées parla mémoire et par l'imagination, se réveillent et se représentent à l'esprit en vertu des lois de l'association des idées. — Comment tout se tient dans l'esprit. Influence des premières impressions. — V. Association des idées (au Supplément), Mémoire, Imagination.
XL — De l'attention : son influence sur les diverses facultés intellectuelles. — Des moyens pratiques h employer pour exciter et fixer l'attention.
— Des différentes formes de l'attention ; la distraction et ses causes. — Les idées abstraites et générales. Leur rôle et leur importance. — V. Attention (dans la Ire Partie), Abstraction, Idée, Volonté.
XII. — Le raisonnement : ses diverses formes. Raisonnement instinctif et réfléchi. — Inférence du particulier au particulier, du particulier au général, ou induction ; des lois aux cas particuliers, ou déduction. — V. Raisonnement.
XIII. — La raison, ou les principes directeurs de l'intelligence. — Discussion sur leur origine.
— Sont-ils indépendants des notions expérimentales, et irréductibles au travail de l'abstraction et du raisonnement. — Le principe de causalité, etc.
- V. Raison.
XIV. — Le langage. — Formes du langage. — Ses rapports avec la pensée. — Origine du langage. — V. Langage.
XV. — Logique ou étude des lois de l'intelligence. — Définition. — Histoire de la logique. — Division de la logique. — Son utilité. — V. Logique.
XVI. — L'activité, ses diverses formes : l'instinct, la volonté, l'habitude. — De l'instinct : ses caractères. — Tous les instincts sont-ils originellement bons? — Origine du vice et du mal.
L'activité volontaire : ses conditions, réflexion, délibération. — Education de la volonté : comment on la fortifie. — Moyens pratiques, examen de conscience, etc.
L'habitude. — Sa puissance. — Les bonnes et les mauvaises habitudes : comment peut-on former les unes et réformer les autres. — V. Activité, Instinct, Volonté, Habitude.
XVII. — La responsabilité, conséquence de la liberté; limites de la liberté. — Le fatalisme. — V. Responsabilité.