PROPRIÉTÉS DES CORPS — 1740 — PROPRIÉTÉS DES CORPS
père de famille : il y a destination du père de famille lorsque deux fonds actuellement divisés ont appartenu au même propriétaire, qui a créé entre eux un rapport de servitude.
Extinction des servitudes. — On ne peut avoir de servitude sur sa propre chose : la servitude s'éteint donc dès que les deux héritages entre lesquels elle existe se trouvent réunis sur la même tète. Le non usage pendant trente ans entraîne aussi extinction de la servitude : pour les servitudes discontinues, le point de départ du délai se trouve au jour ou a eu lieu le dernier acte d'exercice de la servitude ; pour les servitudes continues, le délai ne commence à courir que du jour où il a été fait par le propriétaire du fonds grevé un acte contraire à la servitude.
6. Différentes manières d'acquérir la propriété. — La propriété peut s'acquérir de différentes manières. La simple prise de possession ou occupation suffit pour faire acquérir la propriété d'une chose qui n'appartient encore à personne, comme un animal sauvage. Les choses qui sont déjà la propriété d'une personne peuvent être transmises et acquises par divers modes : les successions ab intestat, les donations entre vifs, les testaments, les contrats, comme la vente et l'échange, la prescription, c'est-à-dire la possession continue pendant un certain temps et avec certaines conditions. On trouvera au mot Droit privé les développements sur ces différents modes d'acquisition de la propriété. [E. Delacourtie.j
PROPRIÉTÉS DES CORPS. — Physique, I. — Les propriétés des corps sont les différentes manières d'être, les divers aspects sous lesquels les corps se présentent : les unes sont communes à tous les corps, aux solides comme aux liquides et aux gaz, aux êtres inorganiques comme aux êtres organisés ; on les appelle propriétés générales. Le nom de propriétés particulières est réservé à celles d'un corps ou d'un groupe de corps.
Les propriétés générales sont l'étendue, Yimpénétva'nlité, la divisibilité, la porosité et la compressibititè, la mobilité et l'inertie. Les deux premières sont essentielles, c'est-à-dire que sans elles on ne peut pas concevoir l'existence même de la matière.
1. L'cfe7idueest\aL propriété dont jouit tout corps d'occuper, dans l'espace, une place déterminée. Son étude fait l'objet d'une science rigoureuse, la géométrie, qui se rattache ainsi à la physique générale.
La portion limitée de l'espace qu'occupe un corps constitue son volume, la manière dont le corps est limité constitue sa forme ou sa figure. Le volume peut être compris sous des formes géométriques simples et évalué au moyen de longueurs mesurées dans la figure du corps. La forme est, dans beaucoup d'objets, ou symétrique ou parfaitement régulière, comme dans les fleurs, le corps des animaux et beaucoup de cristaux.
2. L'impénétrabilité est la propriété que possède chaque corps de remplir l'espace qu'il occupe à l'exclusion do tout autre qui ne peut, au même moment, occuper la même place. C'est cette propriété qui empêche un liquide de couler dans un vase plein d'air si on ne permet pas à celui-ci de sortir; elle explique également que le niveau d'un liquide s'élève quand on plonge un corps solide dans le vase qui le contient ; elle fait comprendre pourquoi l'eau ne monte pas dans une cloche renversée que l'on enfonce verticalement dans un liquide.
Il y a cependant des cas de pénétration appareille. Ainsi, le volume de l'alliage de plusieurs
métaux esl moindre que la Bomme des volumes métaux alliés. De même, l'alcool et. l'eau rendis occupent un volume moindre que la somme des deux liquides réunis. Mus ce phénomène
résulte de ce que les parties matérielles qui composent les corps ne sont pas juxtaposées, qu'il y a des vides entre elles, de sorte que la pénétrabilité apparente des corps peut se concilier avec l'impénétrabilité de leurs éléments.
3. La divisibilité. — Tous les corps sont divisibles, c'est-à-dire peuvent être partagés en parties très petites. Les exemples abondent pour mettre cette propriété en évidence. Tous les solides peuvent, sous des efforts mécaniques, être réduits en poudre impalpable, les métaux étirés en fils très fins ou étendus en feuilles très minces. Wollaston a pu obtenir des fils de platine qui n'avaient que un douze-centième de millimètre d'épaisseur, et on fait des feuilles d'or si minces que 250,000 superposées font à peine un centimètre d'épaisseur.
La divisibilité des liquides est très considérable ; en plongeant la main dans un liquide, on n'en peut sentir directement les particules, comme on sent encore celles du sable le plus fin ; la divisibilité y est donc poussée assez loin pour que les particules matérielles échappent à nos sens.
Les substances colorantes agitées dans l'eau atteignent à un très grand degré de division : un centigramme de carmin peut donner sa couleur à 10 litres d'eau, et chaque millimètre cube do. cette eau contient au moins une parcelle de la matière colorante; c'est donc en dix millions de parties qu'est divisé le granule primitif.
On pourrait multiplier beaucoup les exemples, en emprunter aux matières odorantes qui parfument d'énormes quantités d'air sans que nos balances puissent accuser leur perte de poids, citer les fils d'araignée, les globules du sang, les animalcules microscopiques ; ce qu'il importe le plus de remarquer, c'est que le raisonnement continue la divisibilité des corps au delà de celle que nos sens peuvent constater. Au point de vue mécanique, la divisibilité a des bornes; au point de vue rationnel, elle semble n'en pas avoir.
Doit-on conclure qu'elle est, en effet, sans limites? On ne l'admet pas. On croit que les corps sont formés de parties insécables, incomparablement plus petites que les dernières parcelles que nous saisissons avec le sens le plus délicat, même armé de l'instrument le plus grossissant; et on donne le nom d'atomes à ces corpuscules indivisibles des corps simples. Ces atomes des corps simples forment, en se combinant entre eux, les molécules des corps composés. Quant aux particules, si petites quelles soient, qui résultent d'une division mécanique poussée aussi loin que possible, ce sont des assemblages de molécules. Ainsi, on considère tous les corps comme résultant de l'association de molécules qui se groupent sans se toucher, laissant entre elles des espaces vides, qui peuvent, à leur tour, être remplis d'une substance autre que celle du corps.
4. Porosité, Compressibilité. — Ces espaces vides ont reçu le nom de pores ; ils sont invisibles comme les molécules qu'ils séparent. Il y a en outre, dans beaucoup de corps, des vides accidentels, des trous inoccupés, visibles avec ou sans le microscope, qui tiennent à un arrangement spécial de la matière; ce sont les pores sensibles. Ainsi l'éponge a des vides accidentels de très grandes dimensions, tandis qu'une plaque métallique n'en a pas d'apparents et ne possède que les pores intermoléculaires.
Tontes les substances possèdent cette propriété de la porosité. Elle est de toute évidence dans les gaz, évidente aussi pour les liquides qui <li^solvent les gaz. On peut également la démontrer avec facilité pour les solides. Ainsi les pierres, le iinis dur, les vases en terre cuite Don vernissés, le papier non collé, se laissent plus ou moins l'a-
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cilement traverser par les liquides; les métaux eux-mêmes sont poreux et laissent suinter à leur surface les liquides que l'on y comprime assez fortement : les savants de Florence avaient montré la porosité de l'or dès 16G1. Quant aux solides pour lesquels on ne peut constater aucune perméabilité aux fluides, comme le verre par exemple, si l'on remarque qu'ils possèdent la propriété de se dilater par la chaleur, on sera conduit à admettre qu'ils contiennent aussi des espaces vides entre leurs molécules.
D'ailleurs tous les corps diminuent plus ou moins de volume quand on les presse ; or, puisque la matière est impénétrable, cette diminution de volume ne peut avoir lieu qu'autant que les molécules se rapprochent ; c'est dire qu'il y avait entre elles, dans le premier état du corps, des vides assez grands que la première compression a diminués et qu'une compression plus forte peut diminuer encore.
5. Mobilité, inertie. — Tous les corps ont la propriété de pouvoir passer successivement du repos au mouvement et du mouvement au repos; c'est la mobilité: elle comprend le mouvement, c'est-à-dire l'état d'un corps qui occupe successivement plusieurs positions dans l'espace, et l'inerte, la propriété de la matière de ne pouvoir pas d'elle-même modifier l'état de repos ou de mouvement dans lequel elle se trouve.
Expériences. — Plonger la main ou un corps volumineux dansune éprouvette contenant de l'eau jusqu'à un niveau noté ; marquer le second niveau, retirer le corps, l'eau déplacée reprend sa place.
Verser un liquide dans un flacon surmonté d'un entonnoir qui joint bien, le liquide ne descend pas. — Placer une bougie allumée sur u:i bouchon flottant sur l'eau d'un cristallisoir profond; la couvrir d'une cloche que l'on enfonce peu à peu.
Mettre une égale quantité de sable fin dans deux verres ; ajouter de l'eau dans l'un, le volume n'augmente pas : l'eau s'est logée dans les vides. On met ceux-ci en évidence en tassant le sable du second vase dont le volume diminue.
Pulvériser un corps insoluble dans l'eau et séparer les poudres diverses par lévigation.
Verser sur une feuille de papier blanc de la fuchsine cristallisée; promener le solide sur la feuille ; le remettre dans son flacon ; secouer fortement la feuille ; il n'y reste aucune parcelle visible du solide ; de l'alcool versé sur la feuille retrouve les fines particules invisibles de fuchsine et colore fortement en rouge la feuille sur laquelle rien n'était apparent.
Montrer que l'huile tache le marbre non poli ou fraîchement cassé, et que l'argile enlève l'huile ainsi répandue dans un corps poreux.
Montrer la porosité des liquides les uns pour les autres par le mélange d'eau et d'acide sulfurique ou d'alcool et d'eau, la porosité des liquides pour les gaz parla solution dans l'eau du gaz ammoniac, la porosité des solides pour les gaz par l'absorption du gaz ammoniac par le charbon.
[Haraucourt.]
PROSE. — Littérature et style, IV. — Etym. : du latin prorsa, directe (sous-entendu « construction » ). — Les anciens regardaient la prose comme une forme du langage inférieure au discours rythmé : pour les Grecs, c'était le pézos logos, ce que les Latins traduisaient par sevmo pedestris, le style terre à terre; ceux-ci l'appelaient aussi oratio soluta, langage libre, non assujetti aux règles poétiques, et enfin prosa : ce dernier mot se trouve dans Quintilien. Dans l'histoire littéraire, l'emploi du langage rythmé précède celui de la prose : il était naturel que voulant composer des hymnes religieux ou guerriers, ou des narrations destinées à être apprises par cœur, les hommes eussent choisi une forme de langage qui
se distinguât du parler ordinaire, qui frappât l'oreille et qui s'imposât à la mémoire. Ce fut seulement lorsque l'usage de l'écriture fut devenu commun, que l'on vit paraître chez les Grecs des prosateurs à côté des poètes. Les premiers en date furent des chroniqueurs ou loguqrnphrs, qui recueillirent des souvenirs historiques : tels sont Hécatée de Milet, Phérécyde de Léros, Hellanicus de Lesbos, et bien d'autres, qu'Hérodote, leur continuateur et le père de l'histoire, a fait oublier. Puis la philosophie, qui d'abord avait parlé en vers avec Pythagore, Empédocle, Xénophane, Parménide, commença à se servir à son tour de la prose au temps d'Heraclite, de Démocrite, des sophistes et de Piaton. Enfin à côté des historiens et des philosophes vinrent se placer les orateurs : l'éloquence, devenue un art que des maîtres enseignaient, enrichit la prose d'un genre littéraire de plus. Chez les Romains, on vit aussi paraître d'abord les historiens, puis simultanément les orateurs et les philosophes; le genre épistolaire prit naissance avec les lettres de Cicéron. Enfin, chez les modernes, un genre nouveau, le roman, a fait son apparition; c'est lui qui dans la prose occupe aujourd'hui la première place.
Certains écrits, formant la transition entre la prose littéraire et la science proprement dite, ont été rangés dans un genre à par;, qu'on a appelé didactique : il en est parmi eux qui, par les qualités de leur style, relèvent décidément de la littérature : ainsi VHistoire naturelle de Buffon ou V Emile de Rousseau; d'autres, au contraire, n'appartiennent qu'à la science, comme certains traités d'Aristote ou la Gëograpltie de Strabon.
D'autre part, il n'existe pas entre la prose et la poésie une ligne de démarcation absolue ; la prose peut, aussi bien que le vers, servir à l'expression du sentiment poétique, et l'on trouvera dans Fénelon, dans J.-J. Rousseau, dans George Sand bien des pages descriptives ou lyriques pleines de la poésie la plus gracieuse ou la plus élevée.
Xous consacrons des articles spéciaux à l'histoire, à la philosophie, à l'éloquence, au genre épistolaire, au roman : nous y renvoyons le lecteur. — V. Histoire et Historiens, Philosophie (Histoire de la), Orateurs, Discours, Epistolaire (Genre), Roman.
PROSODIE. — Littérature et style, III ; Grammaire, XXIV. — Le mot prosodie, d'origine grecque, a désigné primitivement, dans cette langue, le chant dont on accompagnait un instrument, puis la cadence des vers et, spécialement, l'accent du mot : enfin la quantité longue ou brève des syllabes, qui déterminait, dans la versification grecque, la justesse des vers. C'est d'après cette origine que l'Académie française, après avoir défini la prosodie a la prononciation des mots conformément à l'accent et à la quantité », ajoute : a II se dit, dans les collèges, de la connaissance des règles de la quantité en grec et en latin, des syllabes qui sont longues ou brèves, de la mesure des différents vers. » La langue de la critique littéraire a pris pour elle ce terme de collège et élargi la définition, en appelant prosodie les règles de la versification en usage dans toutes les langues. C'est en ce sens que nous l'entendons ici, nous préoccupant, d'ailleurs, principalement des notions qui sont nécessaires a l'instituteur pour faire comprendre aux élèves les règles de la versification de notre langue nationale.
L'article Poésie, auquel les lecteurs devront se référer, montre comment les vers sont l'instrument propre de la poésie ; l'article Accentuation explique ce qu'est, en général, dans notre langue. le rôle de l'accent tonique: ils devront s'y référer aussi.
La langue française, qui doit tout au latin, ne lui a point emprunté sa prosodie.
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Voici, par exemple, le début de Y Enéide de Virgile, le grand poème épique des Romains :
Arma virumque cano, Trojx qui primus ab oris Itaharn. fato profugus, Laviinaque v nit Littora : mullum ille et terris jacialus et alto, Vi superùm, ssvs memorem Junonis ob iram: Mulia quoque et bello passus, dum conderet urbem, Inferretque deos La'.io : genns unde Latinum, Albanique patres, aique altx mœnia liomx.
( « Je chante les combats et ce héros qui, chassé de Troie par le destin, vint le premier en Italie, aux rives de Lavinium. Longtemps, sur la terre et sur les mers, il fut le jouet de la puissance des dieux, qu'excitait l'implacable colère de Junon. Longtemps aussi il eut à souffrir les maux de la guerre, avant qu'il pût fonder une ville et transporter ses dieux dans le Latium : de là sont sortis la race latine, les rois d'Albe et les remparts de la superbe Rome. » — Traduction de Villenave.}
Voici une strophe d'une ode d'Horace, le célèbre poète lyrique du siècle d'Auguste:
Vides ut altâ stet nive candidum Soracte, nec jam sustineant onus
Silvx laoorantes, geluque
Flumina constiterint acuto.
(Horace, livre I, ode n.)
(oc Vois comme le Soracte élève son front blanchi par une neige épaisse ; déjà les forêts s'affaissent sous le poids qui les accable, et la gelée pénétrante enchaîne le cours des fleuves. » — Traduction de M. A. Desportes.)
Il est évident qu'en dehors de toute question de sens, la structure de ces vers n'a rien de commun avec celle des vers français.
C'est qu'en effet les Latins, qui ont eux-mêmes emprunté aux Grecs tout leur système de versification, sauf peut-être quelques mètres archaïques dont il est resté des traces peu nombreuses, ont fondé ce système, non, comme nous le faisons, sur le nombre des syllabes, mais sur leur mesure ou quantité. Le vers latin a pour éléments ce qu'on appelle les pieds, c'est-à-dire des groupes de syllabes dont la valeur est déterminée par la prononciation, et le rythme en est marqué pour l'oreille par ce qu'on appelle la quantité, ce qui ne veut pas dire un nombre déterminé de syllabes, mais une suite régulière de syllabes longues et de syllabes brèves. Il faut voir, dans ce système prosodique, quelque chose d'analogue à ce que présente la musique, quand nous nous arrêtons un temps sur une note blanche, et seulement un demitemps sur une note noire. Le pied est un ensemble déterminé de longues ou de brèves. Ainsi deux longues forment le pied qu'on appelle spondée : Trôjœ (on marque les longues par une petite barre horizontale placée au-dessus de la syllabe) ; une longue et deux brèves forment le dactyle: lîttorà (on marque les brèves par un petit demi-cercle, les pointes en haut); une brève et une longue forment Viambe : vfdês; une longue et une brève, le trochée: di ma. Une série régulière de pieds forme la mesure d'un vers. Ainsi le vers de l'épopée, celui dont s'est servi Virgile, est Yhexamètre, c'està-dire le vers de six pieds, dont les quatre premiers sont dactyles ou spondées indifféremment, le cinquième dactyle et le sixième spondée :
Arma vi\rumque ca\no l'ro \jx ijui\primus ab\ons.
On remarquer. i que, dans ces vers, la dernière syllabe no de C07IO ne fait pas partie du même pied que la syllabe et, et que la dernière syllabe iœ de Trojx ne fait pas non plus partie du môme pied que la syllabe l'ro. C'est là encore une autre loi du vers latin, au moins dans les mètres les plus longs et les plus soutenus, comme l'hexamètre, la loi de la césure (coupure), d'après la-
quelle, à certains endroits du vers, la dernière syllabe d'un mot doit rester en dehors du pied dont font partie les autres syllabes, pour former la première syllabe du pied suivant. Ainsi l'hexamètre doit avoir au moins une césure après le second pied, ou, à défaut de celle-ci, deux césures, la première après le premier pied et la seconde après le troisième.
La poésie latine comptait un grand nombre d'espèces de vers ; ainsi, dans le genre dramatique, on employait un vers ayant pour base Viambe et appelé pour cela iambique ; dans les genres narratifs moins sévères que l'épopée, on employait les distiques, système alterné de vers de six pieds (hexamètres) et de vers de cinq pieds 'pentamètres). Les strophes de la poésie lyrique comprenaient des vers de mesure très variée, et bien souvent aussi des mélanges de mesures.
Ajoutons qu'en dehors de leurs longues et de leurs brèves, les mots latins avaient encore des syllabes marquées de l'accent tonique, c'est-à-dire que la voix devait, dans la prononciation des mots, s'élever sur certaines syllabes, indépendamment de leur quantité. Ajoutons encore que, dans la langue latine, les syllabes muettes sont inconnues, contrairement à ce qui a lieu en français.
De ce mélange symétrique des brèves et des longues, de l'alternance à intervalles réglés des syllabes accentuées et des syllabes non accentuées, de la possibilité de combiner harmoniquement toutes sortes de rythmes, résultait une versification très riche, très souple, très sonore, assez puissamment marquée pour qu'aujourd'hui, à tant de siècles de distance, nous en sentions encore le charme, mais très compliquée aussi, et plutôt faite assurément pour des oreilles de lettrés que pour celles du peuple.
Aussi ne put-elle survivre aux époques de la littérature latine que l'on peut appeler classiques. L'accent tonique, dans le vers latin, n'étant pas toujours d'accord avec la mesure primitive des syllabes distinguées en brèves et en longues, il y eut une sorte de lutte entre la syllabe accentuée et la syllabe métrique, et, aux époques de décadence, la prédominance exclusive de l'accent tonique finit par faire oublier cette distinction des brèves et des longues qui avait constitué la quantité, c'est-à-dire le fond même de l'ancienne versification. Elle dut disparaître complètement, lorsque la langue, se transformant dans la bouche de nos pères, fit porter l'effort de la prononciation sur la dernière syllabe sonore des mots. 11 resta bien, en dehors de cette syllabe accentuée, des brèves et des longues, et quelquefois même nous indiquons celles-ci, dans la langue écrite, par un signe spécial ; mais la distinction de ces brèves et de ces longues n'a jamais suffi à notre oreille pour valoir en intensité cette dernière syllabe accentuée qui est véritablement pour nous, au point de vue de la sonorité, l'âme du mot. Et de là L'erri ur de ces savants qui, à différentes époques, ont imaginé de faire des vers en y marquant la quantité à la façon des anciens : la cadence de ces vers n'était pas saisissable pour notre oreille.
A cet élément, très délicat, de la mesure prosodique, la quantité des syllabes, la langue du mi yen âge en a substitué un autre, le nombre des syllabes, élément plus grossier peut-être, mais plus commode, et susceptible, lui aussi, de devenir avec le temps un véritable élément rythmique. Les syllabes de nos vers ne sont plus scandé s. d.ins la véritable acception du terme, c'est-à dire évaluées pour leur valeur métriquo propre; elle sont comptées.
C'est aussi le moyen âge qui a introduit dans notre prosodie la rime, c'est-à-dire la consonnance
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de la terminaison des mots à la fin de deux ou de plusieurs vers qui se suivent plus ou moins immédiatement. L'origine du mot rime est incertaine ; peut-être y faut-il voir une abréviation populaire du mot rythme, qui vient du grec et signifie mesure, cadence. L'origine de la rime en elle-même est aussi incertaine que celle du terme qui la désigne. Sans doute elle a été amenée par la nécessité d'arrêter le vers d'une manière frappante pour l'oreille. Le plaisir — car c'en est un — que la rime donne à l'oreille peut être assimilé à celui que nous procure, dans un chant ou dans un morceau de musique, le retour fréquent de cette note qu'on appelle la tonique, laquelle donne au chant ou au morceau de musique comme un caractère spécial et qui est comme le centre et aussi le terme de toutes les modulations. La rime est une espèce de tonique du vers. Cela était vrai surtout de nos anciens poèmes, des poèmes monorimes du trouvère ou du troubadour. Destinés à être chantés aux accords d'un instrument, ces poèmes étaient en général composés de couplets plus ou moins longs dont tous les vers se terminaient par une seule et même rime.
L'imitation d'une espèce particulière de vers latins, qu'on appelle léonins, n'a peut-être pas été non plus sans influence sur l'adoption de la rime dans la prosodie du moyen âge. Ces vers, dans lesquels la syllabe finale d'un mot placé vers le milieu rime avec la syllabe finale du dernier mot, étaient en usage même du temps de Virgile ou d'Ovide. En voici deux, par exemple, de cette époque, le sens en importe peu :
Defuit et scripTis ultima lima meis.
Is de scriptis rime avec is de meis.
Il en est de même de la syllabe tas dans cet autre vers :
Dixit DamosTAs; invidit stultus Amytnks.
Fort restreint dans la langue latine des bonnes époques, l'emploi du vers léonin se répandit davantage dans les derniers siècles pendant lesquels on parla encore latin en Gaule et ailleurs ; on en trouve, par exemple, un grand nombre dans des poètes gaulois parlant latin (comme Ausone, de Bordeaux, et Prudence, aux ive et V siècles). Plus tard, à une époque ancienne, mais où toute notion de l'ancienne versification latine a disparu, l'Eglise, s'inspirant des procédés poétiques définitivement acceptés par la langue vulgaire, applique la rime au latin de ses plus beaux morceaux de poésie chantée. C'est ainsi que, dans les complets ou strophes du Dies irœ, que l'on chante à la messe des morts, les vers riment entre eux trois à trois :
Dics irss, dies illa, Soivet seclum in favilla, Teste David cum Sibylla, etc.
Dans le Stabat mater, les deux premiers vers de chaque strophe riment entre eux, et le troisième vers avec le troisième de la strophe suivante. Il existe des morceaux de poésie dramatique destinés à entrer dans la représentation de certaines pièces écrites moitié en latin, moitié en langue vulgaire, et datant du xie siècle. Les vers latins que contiennent ces pièces sont mesurés, comme nos vers modernes, d'après le nombre des syllabes, et rimes.
La césure, telle que l'entendaient les Latins, a disparu de nos vers comme tout le reste de la prosodie antique. Ce que l'on appelle césure dans le vers français est un repos marqué par une suspension du sens après un certain nombre de syllabes. Ainsi, notre plus long vers, qui est le vers de douze syllabes, divise ces douze syllabes
en deux parties égales, de six syllabes chacune, qu'on appelle hémistiches (demi-vers):
Celui qui met un frein | à la fureur des flots Sait aussi des méchants | arrêter les complots.
Il ne faudrait pas croire que l'accent tonique, dont le rôle est si important dans notre prononciation, n'ait pas sa place marquée dans le vers français. La succession, dans un certain ordre, des syllabes accentuées et des syllabes non accentuées forme la plus grande part de ce qu'on pourrait appeler la musique du vers. La rime appelle nécessairement une syllabe accentuée à la fin de chaque vers; quand cette syllabe accentuée est suivie d'une syllabe muette, comme dans MariE, bénit, la syllabe muette ne compte pas dans la mesure du vers. Quand il y a césure, il faut aussi que la syllabe après laquelle se fait le repos soit accentuée; si elle est suivie d'une syllabe muette, cette syllabe doit pouvoir s'élider, c'est-à-dire disparaître dans la prononciation, absorbée, en quelque sorte, par une voyelle qui commence le mot suivant :
La cruche au large ventre | est vide en un instant.
La syllabe accentuée qui précède la césure est ventr; Ye final est élidé, la prononciation n'en tenant aucun compte, grâce à la voyelle qui commence le mot suivant est ; nous ne disons pas : ventrEU est, mais ventr est.
D'après cela, les vers suivants :
L'ingrat, il me laisse ] cet embarras funeste... Mais bientôt les prêtres | nous ont enveloppés,
seraient vicieux, parce qu'ils ont à la césure une syllabe qui n'est pas accentuée. Piacine les a faits corrects, en les construisant ainsi :
Il me laisse, l'ingrat, cet embarras funeste... Mais les prêtres bientôt nous ont enveloppés.
Le vers suivant ne serait pas moins défectueux : Et redire avec tant | de plaisir les exploits,
parce que le mot tant est de ceux qui, dans certaines situations, perdent leur accent tonique. Le vers deviendra régulier si on le lit comme Piacine l'a fait :
Avec tant de plaisir | redire les exploits.
Pour faire sentir la règle de l'hémistiche, dit M. L. Quicherat, dans son excellent Traité de versification française, Voltaire a fait à dessein ce mauvais vers :
Adieu : je m'en vais à | Paris pour mes affaires.
On a remarqué que les vers les mieux rythmés, les plus agréables à entendre, sont ceux où les syllabes accentuées sont relevées pour l'oreille par un nombre plus ou moins grand de syllabes non accentuées qui les précèdent ou qui les suivent, de façon à former une sorte de cadence ondulée, la voix devant se baisser et se hausser alternativement, à des intervalles à peu près égaux, le tout, bien entendu, sans préjudice du sens général de la phrase et des nécessités supérieures de la pensée et du mouvement. Exemple:
Oui, je viens dans son temple adorer ï'Éiernel; Je viens, selon l'usage antique et solennel, Célébrer avec vous la fameuse journée Ou sur le mont Sina la loi nous fut donne'e.
Ces vers de Racine ne contiennent guère chacun que quatre syllabes fortement accentuées, dont l'une à. la césure, l'autre formant la rime, à la fin du vers, et les deux autres à peu près au milieu de chaque hémistiche.
Quand les vers sont surcharges de syllabes ac-
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centuées, on n'en sent plus la mesure. Molière l'ait dire à Alceste dans le Misanthrope:
Quel avantage a-t-on qu'un homme vous caresse, Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse... ?
Ce dernier vers, qui renferme six syllabes accentuées, ressemble à une ligne de prose.
Entrons maintenant dans quelques détails sur les principales lois de la prosodie française : mesure, rime, enjambement et inversion, et aussi sur les différentes espèces de vers français.
La mesure, avons-nous dit, résulte du compte des syllabes. Le plus long vers français, que, du nom d'un poète et d'un poème du moyen âge, on appelle souvent alexandrin, est de douze syllabes. Il n'y a pas de vers de plus grande longueur, parce qu'au-dessus de ce nombre l'oreille aurait peine à juger, sans le secours des doigts, si la mesure est exactement remplie. Quelques tentatives ont été faites de nos jours, notamment par un poète fort habile, M. Théodore de Banville, pour déroger à cette règle : elles n'ont pas eu d'écho. Les syllabes que l'on compte dans la mesure sont celles qui se prononcent, même les syllabes dites muettes, comme ment dans ils aiment, lesquelles donnent, à proprement parler, un son, si étouffé qu'on le fasse. Quant aux syllabes qu'on ne prononce pas du tout, comme les e muets de la fin des phrases ou les e muets qui, placés à la fin d'un mot, sont suivis d'une voyelle au commencement du mot suivant, elles ne comptent pas, comme nous l'avons dit, à la fin du vers, et, dans le corps du vers, elles sont élidées et ne comptent pas davantage.
Voici quelques vers, où Lamartine peint une belle nuit sur un rivage de l'Italie ; nous soulignons les syllabes qui ne comptent point dans la mesure :
Il est nuit ; mais la nuit sous ce ciel n'a point d'ombre .* Son astre, suspendu dans un dôme moins somôre, Blanchit de ses lueurs des bords silencieux Où la vague se teint du bleu pâle des cieus ; Où la côte des mers, de cent golfes coupée. Tantôt humèZe et rampante et tantôt escarpée, Sur un saôfe argenté vient mourir mollement Ou gronde sous le choc de sou flot écumant...
La délicatesse de notre oreille, peut-être excessive sur ce point, n'admet point dans les vers un accident de prononciation dont la prose, même la plus harmonieuse, s'accommode souvent fort bien, l'hiatus (d'un mot latin qui veut dire ouverture de bouche, bâillement), c'est-à-dire la rencontre de deux voyelles ou d'une voyelle et d'une h muette, placées, l'une à la fin d'un mot, l'autre au commencement du mot suivant. Ainsi on ne peut pas dire dans un vers : >u es, tu auras, si elle vient, etc. La conjonction et, dans laquelle le t final ne se prononce pas, fait également hiatus; et l'on ne peut pas dire non plus: et il vient, sage et heureux. Les anciens poètes ne se faisaient pas faute de l'hiatus. Malherbe lui-même, qui a beaucoup contribué à fixer les lois de notre versification moderne, écrit encore :
Il demeure en danger que l'âme, qui est née Tour ne mourir jamais, meure éternellement.
Mais la règle de l'hiatus est acceptée aujourd'hui par tous nos poètes sans exceptions.
Quand la rime a lieu entre deux syllabes sonores qui ne sont point suivies d'un e muet, on la dit aline, et féminine dans le cas contraire, probablement parce qu'un grand nombre de mots dé signant des femmes ou des femelles d'animaux ou pouvant s'appliquer aui finîmes ou aux femelles d'animaux sont terminés par un e muot, tandis que les noms d'hommes, d'animaux mâles, les mots qui ne peuvent s'appliquer aux hommes ou aux animaux mâles, sont souvent terminée p
son plein. Mais rime masculine ne veut pas dire, comme on serait porté à le supposer, rime formée par un mot masculin, ni rime féminine rime formée par un mot féminin ; homme forme une rime féminine aussi bien que pomme ; et maison forme une rime masculine aussi bien que poison. Comme les rimes masculines donnent en général un son plus plein, plus fort que les rimes féminines, l'oreille se plaît à l'alternance régulière des unes et des autres. Aussi notre poésie a-t-elle renoncé depuis longtemps aux longs couplets monorimes des trouvères et des troubadours. Lefranc de Pompignan s'est encore amusé, au dix-huitième siècle, à décrire dans des vers exclusivement rimes en if les merveilles du fameux château d'If :
Nous fûmes donc au château d'If:
C'est un lieu peu récréatif Défendu par le fer oisif De plus d'un soldat maladif...
Et ainsi de suite pendant une trentaine do vers; mais ce ne sont là que des jeux d'esprit.
Dans les vers de Lamartine que nous avons cités, les vers se suivent deux à deux, un couple de rimes féminines alternant avec un couple de rimes masculines. Cet arrangement constitue ce que l'on appelle les rimes plates ou suivies. C'est l'ordre le plus ordinairement adopté dans les grands poèmes, comme l'épopée, le genre dramatique, les poèmes didactiques, la satire classique, les grands récits en vers de nos poètes contemporains. Mais il y a bien d'autres combinaisons de rimes admises par la poésie française. La succession des rimes n'est soumise, à proprement parler, qu'à une seule règle générale, qui est celle-ci : Une rime masculine ne doit pas être suivie immédiatement d'une rime masculine différente, ni une rime féminine d'une rime féminine différente. A cela près, toutes les combinaisons de rimes peuvent être employées. Ainsi, on appelle rimes croisées celles qui présentent alternativement un vers masculin et un vers féminin, ou encore deux rimes masculines séparées par deux rimes féminines suivies, ou réciproquement. Voici, dans une même strophe, un exemple de ces deux combinaisons :
J'ai vu mes tristes journées Décliner vers leur penchant; Au midi de mes années, Je touchais à mon couchant.
La mort, déployant ses ailes, Couvrait d'ombres éternelles La clarté dont je jouis, Et, dans cette nuit funeste, Je cherchais en vain le reste De mes jours évanouis.
(J.-B. B.OUSSBAU.
Les rimes dont la succession n'est soumise qu'à la règle générale que nous avons indiquéetout à l'heure sont dites rimes mêlées. La plupart des fables de La Fontaine, de Florian et desautres fabulistes, l'Amphitryon de Molière, sont en rimes mêlées.
Lorsque, le sens d'une phrase ne se complétant pas à la fin d'un vers, il faut rejeter sur le vers suivant un ou deux mots qui en rompent la cadence, on dit qu'il y a enjambement. 11 y a, par exemple, enjambement dans ces vers des Plaideurs de Racine :
Uaù j'aperçois veuir madame la comtesse De Pimbesche...
L'Intimé, dans la même pièce, dit en plaidant contre Petit-Jean :
Puis donc qu'on nous permet de prendre
Haleine, et que l'on nous défend de nous étendre, - rien omettre, 1 1
PROSODIE
PROSODIE
Ici encore il y a enjambement, et enjambement prémédité, le rejet du mot haleine étant comme une sorte de preuve plaisante de l'essoufflement de l'avocat
Et. en effet, l'enjambement, qui peut avoir lieu, dans certains cas, pour la plus grande commodité du poète, est employé, dans certains autres, pour contribuer au développement de la pensée poétique en portant sur un mot rejeté toute l'attention du lecteur, ou encore pour rompre la monotonie des vers, surtout des grands vers rimant deux à deux, dont la cadence répétée et uniforme finit par fatiguer l'oreille. Il est vrai, d'ailleurs, qu'il conduit à déranger tellement le mouvement rythmique qu'on ne saisit plus au passage l'arrêt nécessaire de la rime qui marque la fin de chaque vers, et qu'on peut perdre ainsi tout à fait le sentiment de la mesure. Pendant nos deux siècles classiques, tous les poètes sans exception ont souscrit sur ce point aux arrêts exclusifs de Malherbe, dûment formulés par Boileau,
Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber.
Notre école contemporaine est peut-être tombée dans l'excès contraire.
Un moyen d'atténuer ce que l'enjambement pourrait avoir d'excessif, c'est de faire suivre les mots rejetés par un développement qui s'y rattache et complète le vers; on évite ainsi que le rythme soit coupé trop brusquement. C'est ce que Ion remarque, par exemple, dans ces vers de Britannicus :
Je parlerai, madame, avec la liberté D'un soldat qui sait mal larder la vérité.
L'école moderne dirait peut-être :
Je parlerai, madame, avec la liberté D'un soldat; je sais mal farder la vérité.
Ces deux procédés, suivant les cas et dans une juste proportion, peuvent avoir une égale raison d'être.
L'usage accorde aux poètes, pour la facilité de leur tâche, certaines immunités d'orthographe et de construction, qu'on appelle des licences poétiques. Ainsi, dans le mot encore, ils retranchent au besoin Ve final; ils écrivent indifféremment guère ou g aères, certe ou certes, et quelques autres mots où ïs finale peut se supprimer. Mais leur principal privilège consiste dans des inversions qui sont propres à la poésie. Pour le besoin de la rime, souvent dans une intention d'harmonie ou d'élégance, les poètes dérangent à plaisir l'ordre ordinaire dos mots dans la phrase, et se permettent, à la condition de rester clairs, les interversions les plus hardies.
Lisez, par exemple, ces vers de Racine, dans le début d'Athalie :
Que les temps sont changés ! Sitôt que de ce jour
La trompette sacrée annonçait le retour.
Du temple, orné partout de festons magnifiques,
J e peuple saint on foule inondait les portiques;
Et tons, devant l'autel avec ordre introduits,
Do leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux
Au Dieu de l'univers consacraimt ces prémices, [fruits,
Essayez maintenant de traduire en simple prose ces beaux vers, sans y rien changer que l'ordre des mots, rétablis tels que la prose les comporte, et vous verrez comme cet ordre sera différent.
Il est à remarquer, d'ailleurs, que nos poètes contemporains n'usent pas autant que les poètes du dix-septième et du dix-huitième siècle du procédé de l'inversion, qui est beaucoup plus, en réalité, dans le génie de la langue latine que dans celui de la nôtre, et qu'ils la considèrent plutôt comme une ressource utile ou commode, que 2' Partis.
comme un véritable principe d'harmonie et d'élégance.
Le plus long vers de la poésie française, avonsnous dit, est l'alexandrin, de douze syllabes, ou, en d'autres termes, de six pieds, le pied, dans le vers français, n'étant autre chose que l'ensemble de deux syllabes qui se suivent dans un même vers et qui comptent dans la mesure. La césure, dans ce vers, tombe après le troisième pied, partageant ainsi l'alexandrin en deux hémistiches égaux.
Il n'y a point de vers de onze syllabes ; l'inégalité des deux hémistiches, dont l'un aurait deux pieds et un demi-pied et l'autre trois pieds, rend ces vers, dont il existe à peine quelques types, d'une cadence pénible à l'oreille. Il n'y a guère non plus, pour la même raison, de vers de neuf syllabes. Mais il y a des vers de dix, de huit, de sept, de six, de cinq, de quatre, de trois, de deux syllabes; il y a même des vers monosyllabiques. De tous ces vers, les plus usités sont, après le vers de douze syllabes, ceux de dix, de huit et de sept; ce sont à peu près les seuls que notre oreille — car c'est là une question d'oreille — permette d'employer de suite et sans mélange de vers d'autres mesures ; les autres, particulièrement ceux de six, de cinq, de quatre, de trois et de deux syllabes, ne s'emploient guère qu'accouplés à des vers plus longs, avec lesquels ils forment des couplets, des strophes, des stances ; les vers de deux syllabes et les vers monosyllabiques sont d'un usage fort restreint.
Si l'on veut juger de l'effet mélodique que peuvent produire les différentes espèces de vers que possède notre prosodie, employés seuls et successivement dans une série de strophes, il faut lire la pièce des Orientales, de Victor Hugo, intitulée les Djinns. Dans cette pièce, plus curieuse, d'ailleurs, que véritablement intéressante, le poète vent donner l'idée d'un bruit qui naît au loin, augmente de sonorité à mesure qu'il approche, devient à un certain moment très éclatant, puis diminue par degrés en s'éloignant et finit par mourir. Il emploie pour cela une série ascendante de strophes de huit vers chacune, la première en vers de deux syllabes ; la seconde, de trois, la troisième, de quatre, et ainsi de suite jusqu'à huit syllabes. Une strophe en vers de dix syllabes forme en quelque sorte le point central du crescendo ; puis vient une autre série descendante de strophes envers de huit, de sept, de six, de cinq, de quatre, de trois et de deux syllabes.
Le vers de dix syllabes ou de cinq pieds a une césure après la quatrième syllabe, et se partage ainsi en deux hémistiches inégaux, le premier de deux pieds et le second de trois ; il a deux accents toniques principaux, celui de la césure et celui de la rime, et de plus un accent mobile, qui se place dans le second hémistiche sur la sixième, la septième ou la huitième syllabe. C'est le vers narratif par excellence, celui qu'employaient le plus volontiers nos anciens poètes. En voici un exemple dans des vers de La Fontaine :
Deux perroquets. | l'un père et l'autre fils, Du rôt d'un roi | taisaient leur ordi/iain»; Deux demi-dieux, | l'un fils et l'autre père. De ces oiseaux \ faisaient leurs favom.
(La Fostai.ie, les Deux Perroquets, le Roi et son Fils.)
Quelquefois au?si le vers de dix syllabes se coupe en deux hémistiches égaux, de cinq syllabes chacun :
J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur : N'est-ce point assez de tant de tristesse? Et ne vois-tu pas que changer sans cesse, C'est à chaque pas trouver la douleur?
(AXVBEC de Mpssbt.
PROSODIE
PROSODIE
Le vers de huit syllabes, et tous ceux qui en ont un nombre moindre, ne sont pas soumis à la règle de la césure. Le vers de huit syllabes est encore un de nos vers les plus anciens. Groupés en ensemble de dix vers, dont les quatre premiers riment entre eux, et les six autres se composent de deux tercets dont les derniers vers riment aussi entre eux, le tout formant ainsi une suite de cinq consonnances différentes symétriquement entrelacées, les vers de huit syllabes sont l'élément ordinaire de notre grande strophe lyrique des odes, des élégies, de tous les sujets poétiques qui réclament leplus de richesse, de mouvement et d'ampleur. Telle est cette strophe célèbre de Lefranc de Pompignan dans l'ode sur la mort de J.-B. Rousseau :
Le Nil a vu sur ses rivages Les noirs habitants des déserts Insulter par leurs cris sauvages L'nstre éclatant de l'univers.
Tris impuissants, fureurs bizarres !
Tandis que ces monstres ba bares Poussaient d'insolentes clameurs, Le dieu, poursuivant su carrière, Versait des torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs.
Le vers de huit syllabes s'accouple admirablement au vers alexandrin pour former des distiques d'une très grande vigueur. C'est le rythme favori des satiriques modernes, d'André Chénicr flagellant ses bourreaux :
Quand au mouton bêlant la sombre boucherie
Ouvre ses cavernes de mort, Pasteurs, chiens et moutons, toute la bergerie,
Ne s'informe plus de son sort. Etc.
C'est le rythme des ïambes d'Auguste Barbier :
0 Corse aux cheveux plats, que ta France était belle Au grand soleil de messidor ! Etc.
Le vers de sept syllabes, moins propre aux grands effets, se prête aussi à la strophe lyrique ; nous en avons cité plus haut un exemple à propos des rimes croisées. La fable de La Fontaine : Le rat de ville et le rat des champs est en vers de sept syllabes :
Autrefois le rat de ville Invita le rat des champs D'une façon fort civile A des reliefï d'ortolans. Etc.
Le vers de six syllabes est d'une coupe fort gracieuse, par exemple, dans cette jolie pièce de Lamartine :
Il est, sur la colline, Une blanche maison ; Un coteau la domine; Un bnisson d'aubépine
En fait tout l'horizon. Etc.
Accouplé à des vers de plus grande ampleur, il peut donner lieu à des effets très énergiques :
La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles :
On a beau la prier ; La cruelle qu'elle >'-t se bouche les oreilles
Et nous laisse crier.
M W IIKBBB.)
Madame Deshoulières a employé seul le vers de cinq syllabes dans son idylle bien connue :
Dans ces pri • fleuris Qu'arrose la
< beri h' / <|ui \"ii* mène, Hes chères bi bis. El
Les autres vers, comme nous l'avons dit, ne s emploient seuls que dans des morceaux qui sont plutôt de* Jeux d'esprit, des tours de force poétiques plus on moins heureux que des compositions normales. C'est ainsi qu'on peut citer, h titre
de curiosité littéraire, un sonnet monosyllabique d'un poète de notre lemps, M.-J. de Rességuier, sur une jeune femme morte prématurément:
Fort Belle, Elle Dort.
Frêle Sort; Quelle Mort 1
H ose
Dose,
La
B-ise
Prise.
En réalité, ces vers de mesure minuscule ne peuvent servir que mêlés à d'autres vers de mesure plus saisissable. La Fontaine, par exemple, a introduit à dessein un vers de trois syllabes dans la fable des Animaux malades de la peste :
Même il m'est armé quelquefois de manger Le berger,
dit le lion, cherchant à étouffer, dans un vers si court, l'énormité de son crime.
Victor Hugo, s'appropriant un rythme probablement inventé par Ronsard, fait, intervenir très gracieusement deux vers de trois syllabes dans des couplets de vers de sept syllabes, où il met en scène les rêveries de Sara la baigneuse :
Sara, belle d'indolence,
Se balance Dans un hamac, au-dessus Du bassin d'une fontaine
Toute pleine D'eau puisée à l'Ilissus.
Et la frêle escarpolette
Se reflète Dans le transparent miroir, Avec la baigneuse blanche
Qui se penche, Qui se penche pour se voir. Etc.
Les ballades, les villanelles, les chansons, toutes les formes de la poésie légère se prêtent volontiers à ces fantaisies, comme, par exemple, la chanson bien souvent citée de Panard, où a trouvé place le vers monosyllabique :
Et l'on voit des commis
Mis Comme des princes, Qui jadis sont venus
Nus De leurs provinces.
La plupart des langues modernes, celles surtout qui dérivent du latin, ont adopté un système de versification analogue au nôtre, au moins en ce qui concerne la mesure. Elles comptent comme nous les syllabes de leurs vers, et la plus grande partie de leurs poésies sont, comme les nôtres, en vers rimes. Cependant en italien, en anglais, en allemand, on emploie, dans certains genres de j poésie, le vers sans rime aussi bien que le vers : rimé. Ces vers sans rime sont ce qu'on appelle i des vers bluncs. D'autre part, dans la langue anglaise, dans la langue allemande surtout, l'accent tonique permet de distinguer assez nettement les syllabes pour produire dans la durée et l'intensité de la prononciation des différences qui correspondent aux longues et aux brèves des anciens. Il en résulte que, parallèlement aux vers où les syllabes sont comptées, les Allemands ont tout un système de versification avec dos dactyles et des spondées, des ïambes, des trochées, et tous les autres pieds de la prosodie grecque et latine. Cela leur a per-
PROTOZOAIRES
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mis, par exemple, de traduire les poètes de la Grèce et de Rome dans les mètres mêmes qu'ils avaient consacrés. On a fait plus, dit M. Vapereau dans son Dictionnaire des littératures (article sur la versification allemande), « on a poussé la ressemhlance du rythme jusqu'aux plus minutieux détails, et, pour rendre certains effets d'harmonie, le vers allemand s'est calqué sur le vers grec, pied pour pied, longue pour longue, brève pour brève. . .» Et ce n'est pas seulement, continue M. Vapereau, « aux traductions que les Allemands appliquèrent la variété de rythme naissant des combinaisons prosodiques des anciennes langues classiques, c'est aussi à leurs poésies originales. Klopstock, Lessing, Goethe, Schiller, Kœrner,Rùckert, Platen, et bien d'autres ont employé tour à tour l'hexamètre, le vers iambique et toutes les sortes de vers lyriques combinés en stances ou en strophes. avec ou sans le concours accessoire de la rime. »
Il va sans dire que nous n'avons pu, dans cette étude, qu'effleurer très sommairement ce qui a rapport aux principes généraux de notre prosodie. A ceux qui voudraient étudier plus à fond cet intéressant sujet, nous indiquerons les principales sources auxquelles nous avons puisé nous-même : le Traité de versification française, de M. Louis Quicherat, cité dans notre article, et dont nous avons, en divers endroits, suivi d'assez près le texte (1 vol. in-8, Hachette et Cie); un abrégé très bien fait de ce traité, le Petit traité de versification français? (in-12 classique); ils trouveront encore d'utiles renseignements dans un Précis des règles de la versification, qui est en tête du Petit dictionnaire des rimes françaises, de M. E. Sommer (in-18 classique, Hachette et C'e), et enfin dans différents articles du Dictionnaire des littératures, de M. Gustave Vapereau (I vol. gr. in-8, 1876, même librairie). [Charles Defodon.]
PROTESTANTISME. — V. Réforme.
PROTOZOAIRES. — Zoologie, XXX. — On donne le nom de Protozoaires aux plus petits et aux plus simples de tous les animaux.
Les Protozoaires sont constitués par une substance contractile, de consistance gélatineuse, sans forme déterminée, parfois absolument homogène, plus souvent granuleuse, douée de la faculté de se mouvoir, sans cesse parcourue par des courants qui entraînent dans un sens ou dans un autre les granules qu'elle contient. Cette substance, qui constitue le substratum le plus simple de la vie animale, est désignée par les naturalistes sous le nom de sarcode ou plus généralement sous celui de piotoplasma. Identique dans toute sa masse chez les plus simples des Protozoaires, le protoplasma présente chez certains autres des parties nettement différenciées qui ne forment toutefois jamais de véritables organes composés de cellules.
Classification. — Sous ce nom de Protozoaires, on réunit des formes d'organisation assez différentes que l'on divise généralement en trois classes, les Monères, les Rhizopodes et les Infusoires.
Monères. — La classe des Monères renferme les formes les plus simples sous lesquelles la vie animale se manifeste dans la nature actuelle.
Ces organismes, dont la connaissance est toute récente, — le plus anciennement observé, la Protogène primordiale, a été découvert par le naturaliste allemand Hœckel en 18Gi, — vivent dans les eaux douces et salées, ainsi que dans la terre humide. Ils sont uniquement formés par une petite masse de protoplasma qui émet généralement sur toute sa surface des filaments grêles de formes variées qui s'allongent, se contractent, se ramifient, se soudent entre eux de toutes les façons possibles et peuvent même rentrer complètement •dans la masse protoplasmique dont ils ne sont que les prolongements. C'est à l'aide de ces fila-
ments ou pseudopodes que la monère se déplace, saisit ses aliments et même les digère. Un infusoire, par exemple, vient-il à toucher l'un de ce8 pseudopodes, il est aussitôt arrêté ; les pseudopodes l'entourent de leur réseau gélatineux, et un mouvement insensible le transporte dans l'intérieur de la masse protoplasmique où il ne tarde pas à se dissoudre. LTn mouvement analogue rejette au dehors les parties qui résistent à l'action dissolvante du protoplasma.
La monère s'assimile les substances ainsi digérées et sa masse grandit assez rapidement. La plupart de ces organismes ne peuvent toutefois dépasser une taille déterminée. Lorsqu'ils l'ont atteinte, la masse de leur corps s'allonge légèrement, elle s'étrangle dans sa région moyenne et se partage bientôt en deux sf-i^ves à peu près égales dont chacune se comporte exactement comme la monère primitive.
Chez quelques espèces cependant, la reproduction ne s'opère plus d'une façon aussi simple : il y a formation de corps reproducteurs spéciaux, de zoospores comparables à celles qu'on observe chez un grand nombre de végétaux inférieurs. C'est ainsi qu'à une certaine période de leur existence, les Protomonades rétractent leurs pseudopodes et se transforment en de petites sphères régulières dont la portion extérieure devient plus résistante et constitue une sorte de kyste membraneux dans l'intérieur duquel le protoplasma se partage en un certain nombre de très petits globules arrondis.
Plus tard le kyste se rompt, et les corps reproducteurs s'échappent sous la forme de corpuscules piriformes , pourvus à leur extrémité amincie d'un long filament dont les mouvements ondulatoires permettent aux zoospores de se déplacer avec rapidité dans le liquide ambiant. Des pseudopodes se montrent bientôt, et la spore se transforme en une nouvelle protomonade. La Protomyxa aurantiaca, magnifique monère de très grande taille qu'on rencontre ordinairement sur les coquilles abandonnées d'un petit mollusque voisin des Poulpes, la Spirule dePéron, s'enkyste comme les Protomonades, puis sa masse centrale se divise en un nombre considérable de petites sphères qui se séparent et s'agitent dans l'intérieur du kyste jusqu'à ce que la rupture de celui-ci les ait mises en liberté.
Le nombre des Monères actuellement connues est assez considérable ; elles affectent d'ailleurs des formes extrêmement variées. Les unes, telles que la Protogè ne primordiale, représentent de petites sphères hérissées de filaments; d'autres, comme la Protamibe primitive, ont une forme absolument indéfinie : leurs contours, soumis à de continuels changements, se découpent en lobes arrondis dont l'apparence et la position ne présentent aucune fixité et qui n'émettent d'ailleurs jamais de véritables pseudopodes. Certaines espèces vivent en société. La Monobi>- confluente forme des colonies dans lesquelles les individus ne se séparent que rarement, bien qu'ils changent fréquemment de position relative et ne demeurent fixés pendant ces migrations que par un ou plusieurs de leurs pseudopodes. Chez le Myxodictyon social, les différents individus, qui sont nés les uns des autres par division de la masse primitive, demeurent soudés par leurs pseudopodes d'une manière si intime que les granules protoplasmiques peuvent passer de la masse d'un individu dans celle d'un individu voisin. Quelques espèces enfin paraissent constituer des masses complètement amorphes, capables de s'accroître indéfiniment sans être astreintes à se diviser. Tel serait le Batfu/bius Hœckelii, ramené des profondeurs de l' Atlantique par les naturalistes anglais Carpenter et Wwille Thomson pendant la croisière du navire PÔrcupine ; tel serait également le Pro-
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tobathybius, plus récemment découvert dans le détroit de Smith par le docteur Bessels, naturaliste de l'expédition du Polaris, etc.
C'est également à la classe des Monères que l'on rapporte généralement les Bactéries, organismes ambigus que certains naturalistes considèrent comme des champignons inférieurs voisins des levâtes, avec lesquelles ils partagent le pouvoir de provoquer des fermentations ; ces naturalistes en font une classe spéciale sous le nom de Schizomycètes. Les Bactéries (Tachymonères de Hœckel) se distinguent des Monères proprement dites par l'extrême petitesse Je leur taille, par la consistance de leur protoplasma qui est devenu plus ferme, par la fixité de Ici"* forme,- enfin par l'absence de pseudopodes et de mouvements amiboïdes. Elles se multiplient par division transversale avec une rapidité telle que, d'après Colin, la postérité d'une seule bactérie est représentée au bout de vingt-quatre heures par plus de seize millions d'individus.
Les bactéries sont de tous les êtres les plus répandus dans la nature : elles se fixent à la surface de tous les corps, pullulent dans tous les liquides organiques exposés à l'air et pénètrent même dans les tissus des animaux et des végétaux chez lesquels elles déterminent presque toujours les désordres les plus graves. Le charbon ou pustule maligne, le croup des enfants, la variole, le typhus des bêtes à cornes et probablement aussi la plupart des maladies épidémiques ou contagieuses sont dus au développement dans l'organisme de diverses espèces de bactéries. Nous citerons, parmi les plus remarquables de ces espèces, les Micrococcus, parasites des animaux, dont la forme est globulaire, les Bacillus et les Vibrio, qui ont la forme de bâtonnets, les Spirillum et les Spirochxta, qui sont enroulés en spirale et se meuvent avec rapidité à l'aide du cil vibratile que porte chacune de leurs extrémités, les Barterium, qui forment des colonies linéaires semblables à des chapelets, etc.
Rhizopodes . — Les Rhizopodes doivent leur nom à la propriété qu'ils ont d'émettre, comme les Monères, des prolongements sarcodiques, des pseudopodes ramifiés que Dujardiu comparait au chevelu d'une racine de végétal. C'est à l'aide de ces pseudopodes que les Rhizopodes se déplacent et saisissent les infusoires et les petits crustacés dont ils font leur nourriture.
Le protoplasma des Rhizopodes sécrète généralement des formations calcaires ou siliceuses qui constituent une sorte de squelette. Cette différence dans la composition chimique du squelette et quelques autres particularités d'organisation ont conduit les naturalistes à partager les Rhizopodes en deux ordres, les Fouaminifères et les Radiolaires.
Plus élevés en organisation que les Monères, les Foraminifères présentent dans leur masse sarcodique un noyau et parfois une ou plusieurs vésicules contractiles semblables à celles des Radiolaires et des Infusoires.
Certains Foraminifères sont entièrement nus ; tels sont les Amibes ou Protées, ainsi nommés à cause de l'instabilité de leur forme, les Actinopkrys, etc. D'autres ne sont revêtus que d'une simple membrane albuminoïde qui, chez les Arcellcs, ne recouvre même que la région dorsale, tandis que chez les Gromies elle forme une sorte de petite bouteille dont le goulot livre passage au protoplasma qui s'étend sur la surface extérieure de la membrane, émettant de toutes parts de nombreux pseudopodes ramifiés. Chez la plupart des espèces il existe une coquille calcaire simple ou cloisonnée, toujours pourvue d'une large ouverture, et dont les loges, diversement disposées, donnent lieu h des formations variées ;i l'infini;
un très grand nombre de petits pores percés dans l'épaisseur du test livrent en général passage aux pseudopodes concurremment avec l'orifice de la dernière loge. Certaines de ces coquilles, celles des Globigérines, des linsalines, des liotalies, et surtout celles des Nummulites, dont les chambres sont disposées en spirale, présentent une structure tellement compliquée que des naturalistes éminents ont pu les considérer comme provenant de céphalopodes voisins des nautiles et des ammonites.
La plupart des Foraminifères sont marins; ils habitent ordinairement le fond de la mer et rampent lentement sur les tiges des algues sousmarines. Quelques espèces sont fluviatiles , comme les Avcelles et les Diffugies, dont la membrane extérieure peut agglutiner des grains de sable, de petites coquilles, etc., et édifier ainsi une habitation assez semblable a celle que construisent les larves des phryganes.
La structure des Radiolaires est un peu plus compliquée que celle des Foraminifères. Au centre de leur corps, il existe généralement une capsule membraneuse dont le contenu, parfois segmenté en masses polyédriques, est en continuité avec le protoplasma qui entoure extérieurement la capsule. On trouve également, disséminés dans la masse sarcodique, certains corpuscules de couleur jaune qui paraissent être de véritables cellules contenant de l'amidon. Chez nombre d'espèces enfin on voit, de temps à autre, se former en un des points de la masse protoplasmique une vésicule limpide qui grossit lentement, puis se contracte et se vide brusquement, déversant ainsi àl'extérieur le liquide qu'elle contient. Cette vésicule contractile peut être considérée comme constituant un appareil d'excrétion rudimentaire à. l'aide duquel l'organisme se débarrasse des résidus de l'échange moléculaire.
Quelques espèces de Radiolaires seulement sont nues ; les autres sont pourvues d'un squelette intérieur, de nature siliceuse, qui consiste tantôt en une ou plusieurs sphères treillissées, emboîtées les unes dans les autres, tantôt en de longues épines diversement réunies, ou en corpuscules épars ayant la forme d'ancres, de crochets, de casques, etc.
Les Radiolaires sont des animaux pélagiques qui se tiennent généralement à la mer où ils forment des légions innombrables.
On ignore à peu près complètement comment s'opère la reproduction chez les Foraminifères. Chez les Radiolaires, le phénomène se passe ordinairement de la façon suivante : à un certain moment, les pseudopodes et le protoplasma quientourent la capsule centrale disparaissent peu à peu ; le contenu de celle-ci se partage en une multitude de petits corps sphéroidaux, puis la capsule se rompt, et les corps reproducteurs se montrent sous la forme de globules munis d'un filament mobile qui leur sert d'appareil locomoteur.
Malgré l'exiguïté de leur taille, les Rhizopodes pourvus d'un squelette, qui furent d'ailleurs connus par leur test longtemps avant qu'on n'eût étudié leur organisation, ont joué un rôle des plus importants dans la formation des assises géologiques. Des dépôts puissants, tels que la craie et le calcaire à miliolites des environs de Paris, en sont presque exclusivement pétris; les niimmulites, dont certaines espèces avaient des dimensions supérieures à celles d'une pièce de deux francs, ont présenté pendant la période tertiaire une ère de prospérité telle que leurs débris constituent presque à eux seuls certains pics des Pyrénées.
Cea petits êtres jouent d'ailleurs dans la nature actuelle un rôle non moins actif qu'aux époques géologiques antérieures. Les dernières expéditions
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d'explorations sous-marines ont montré que presque partout le fond de l'Atlantique et de l'Océan Pacifique est formé par un limon fin exclusivement constitué par des Foraminifères ou des Radiolaires vivants. Le sable d'une multitude de plages, principalement dans la mer des Antilles et l'Amérique, est presque entièrement composé de coquilles abandonnées par ces mêmes animaux. D'après un auteur allemand, l'once de sable du môle de Gaëte en contiendrait plus d'un million et demi !
Les dépôts dus aux Rhizopodes d'eau douce, bien que moins répandus que les précédents, ne laissent pas que d'avoir aussi leur importance. D'après F.hrenberg, les dépôts vaseux qui se forment dans un très grand nombre de sources minérales, dans celles de Carlsbad en particulier, sont en partie formés par les spicules siliceux produits par des animaux appartenant au groupe qui nous occupe.
Infusoires. — Le nom que les naturalistes ont imposé à ces organismes rappelle qu'on les trouve en abondance dans toutes les infusions de substances organiques; on les rencontre également dans l'air, dans le sol humide et jusque dans les tissus et les humeurs des animaux.
Certaines espèces, par l'accumulation de leurs débris, peuvent donner naissance à des couches de plusieurs mètres d'épaisseur : Ehrenberg a signalé dans le pays de Lunebourg un de ces dépôts qui n'a pas moins de 14 mètres d'épaisseur. Les terres comestibles auxquelles certaines peuplades ont recours dans les années de disette, la farine de montagne des Lapons en particulier, doivent leurs propriétés nutritives à la présence d'un grand nombre de débris de ces petits êtres. La coloration verte que présentent les flaques d'eau, la couleur rouge que prennent, à un certain degré de salure, les eaux des marais salants, sont dues à la présence de nombreux infusoires. La Monas prodigiosn, qui se développe assez fréquemment sur les substances amylacées, a plus d'une fois déterminé par son accumulation sur des hosties la production des taches sanguinolentes dont l'apparition a souvent été considérée par le peuple ignorant comme une manifestation de la colère divine.
Un grand nombre d'Infusoires appartiennent à la catégorie des animaux reviviscents. La dessiccation suspend chez eux toutes les manifestations vitales. Devenus absolument inertes, ils peuvent demeurer pendant plusieurs années dans cet état de mort apparente et ressusciter ensuite lorsqu'une goutte d'eau vient humecter leurs tissus. Le corps des Infusoires est constitué par une masse protoplasmique de forme variable, limitée par une fine membrane ou cuticule, qui est quelquefois elle-même protégée par une mince coquille, ainsi qu'on l'observe chez quelques Vorticelles. La cuticule porte des appendices de diverses natures qui presque tous paraissent se rattacher au parenchyme intérieur. C'est ainsi qu'un grand nombre d'Infusoires présentent des ci/s vibratiles, qui peuvent être uniformément répartis sur toute la surface du corps ou n'en occuper que certaines régions déterminées. Chez les Vorti' elles, dont la bouche est située au fond d'une sorte d'entonnoir, ces cils forment autour de ce vestibule une véritable couronne vibratile destinée à diriger vers l'orifice buccal le liquide chargé de particules alimentaires. Indépendamment des cils vibratiles, il existe fréquemment chez les Infusoires ayant une existence errante des cirrhes, des soies rigides, des crochets, qui leur servent h ramper ou à se fixer. Les espèces dont les habitudes sont sédentaires se fixent à l'aide d'un pédoncule ou simplement par leur extrémité postérieure ; elles peuvent d'ailleurs
se détacher de temps à autre et nager librement dans le liquide ambiant. Les espèces privées de cils sont munies d'un ou de deux prolongements mobiles iflngrllum), qui leur servent d'organes locomoteurs. Les quelques espèces, souvent parasites, formant le groupe des Acinètes, sont pourvues de suçoirs contractiles et rétractiles, à l'aide desquels elles aspirent les sucs nutritifs. Chez quelques infusoires ciliés parasites, les Opalines, par exemple, dont une espèce est extrêmement fréquente dans le tube digestif des grenouilles, l'absorption se fait par simple endosmose à travers les téguments.
Le parenchyme du corps des Infusoires est partagé en deux couches qui se relient du reste l'une à l'autre d'une manière insensible : une corticale, visqueuse et granuleuse, et une masse centrale fluide et transparente.
La couche corticale, dans laquelle la sensibilité et le mouvement paraissent localisés, présente souvent des stries analogues à des stries musculaires ; de véritables muscles existent dans le pédoncule des Vorticelles et de quelques autres espèces. C'est également dans cette même couche que se trouvent les vésicu'es contractiles, ainsi que deux organes qui paraissent jouer un rôle prépondérant dans ia reproduction sexuée, le nucléus et le nucléole.
Le nucléus, que l'on a longtemps comparé au noyau d'une cellule, peut être unique ou multiple. De forme extrêmement variable, il est constitué par une substance visqueuse, renfermant de très fines granulations, entourée d'une membrane extrêmement délicate.
Le nucléole, dont l'existence paraît du reste être moins constante que celle du nucléus, peut être, comme ce dernier, simple ou multiple. Il n'égale jamais en grosseur le nucléus, dans le voisinage duquel il est toujours situé.
Nous avons précédemment indiqué par quels procédés l'absorption des substances nutritives s'effectue chez quelques espèces parasites, les Opalines et les Acinètes. Ce ne sont d'ailleurs !à que des dispositions exceptionnelles. La plupart des Infusoires sont pourvus d'un orifice buccal, généralement voisin de l'extrémité antérieure du corps, et d'un orifice anal qui n'est parfaitement visible qu'au moment de l'expulsion des résidus de la digestion. Une sorte de tube œsophagien, parfois armé de parties cornées, conduit les aliments réduits en bols alimentaires de très petites dimensions dans le parenchyme interne où s'opère la digestion. Il n'existe par conséquent pas, chez les Infusoires, d'estomac permanent pourvu de parois propre?, et les prétendus estomacs multiples décrits autrefois par l'illustre micrographe Ehrenberg chez des infusoires polygastriques n'étaient autres que les bols alimentaires eux-mêmes.
Les Infusoires se multiplient par division transversale, plus rarement par scission longitudinale, ainsi qu'on l'observe chez les Vorticelles. Il existe, en outre, chez ces êtres une véritable reproduction sexuelle, dans laquelle le nucléus joue le rôle d'ovaire.
Les Infusoires, qui sont extrêmement nombreux en espaces, peuvent être subdivisés en trois ordres : îes Infusoires fla-jellifères, les Infusoires suceurs, les Infusoires ciliés.
Les Infusoires flagellifères sont les Monades des auteurs anciens ; ils sont rarement pourvus de cils, et leurs organes locomoteurs sont réduits à un ou deux prolongements filiformes 'flagellum) animés de mouvements ondulatoires. Parmi les espèces les plus remarquables, nous citerons la Moues prodigiosa, VAstasia hsemntodes, VEuglena sanguineo, etc., dont la couleur est d'un rougG vif, VEuglena viridis, l'une des espèces les plu*