‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 323 sur 534 · RÈGNES (LES TROIS) — 1829 — RÈGNES (LES TROIS · texte numérisé non relu

RÈGNES (LES TROIS) — 1829 — RÈGNES (LES TROIS

attrape-mouches, originaire de la Caroline du Sud, est une petite plante à feuilles disposées en rosettes, et dont l'extrémité est formée d'un limbe découpé en deux lobes ou valvules garnies et bordées de longs cils ; ces deux lobes, réunis par leur milieu comme par une charnière, sont doués d'une irritabilité telle qu'ils se referment brusquement sur l'insecte ou le corps étrangerqui les a touchés.

La sensitive éprouve toutes les influences des animaux à sang-froid. La chaleur augmente en elle l'activité des fonctions et porte l'irritabilité au plus haut point. Exposée pendant longtemps à l'obscurité ou au froid, elle devient à peu près insensible au contact, et il faut que la lumière et la chaleur la raniment; l'eau tiède dont on l'arrose lui rend très vite son activité suspendue. On la narcotise comme les animaux; seulement l'effet est plus lent à se produire. Claude Bernard plaçait, séparément, sous différentes cloches de verre renfermant chacune une éponge imbibée d'éther, un oiseau, une souris, une grenouille et une sensitive : « C'est l'oiseau, disait-il, qui est le premier atteint ; il chancelle et il tombe insensible au bout de quatre à cinq minutes; c'est ensuite le tour de la souris ; la grenouille est paralysée plus tard. Enfin la sensitive reste la dernière; ce n'est qu'au bout de vingt à vingt-cinq minutes que l'insensibilité commence àse manifester. Aprèsune demi-heure environ, la sensitive est anesthésiée, l'attouchement des folioles ne détermine plus leur abaissement, tandis que la même excitation produit une contraction immédiate des folioles sur une sensitive normale. »

Les étamincs du Spurmannia nfrtcana s'éloignent du style quand on les touche. Ces mouvements rentrent dans ceux que les botanistes appellent provoqués. Ils constituent une sorte d'exception, et leur présence correspond à une supériorité d'organisation, dépendant en dernière analyse d'une véritable sensibilité du protoplasma, c'est-à-dire de la substance primitive contenue dans la cellule. Ces mouvements ne s'observent que dans les organes foliaires plus ou moins modifiés.

Les mouvements spontanés sont beaucoup plus fréquents. L'exemple du Tournesol présentant sa corolle au soleil, de quelque côté de l'horizon qu'il se trouve, est peut-être le plus connu ; mais il est d'autres plantes qui effectuent des mouvements encore plus compliqués. Les Népenthès, plantes très voisines des Droséracées, et indigènes de l'Asie tropicale et de Madagascar, ont des feuilles singulières qui imitent un vase surmonté de son couvercle et dans lequel se trouve de l'eau. Le couvercle tombe pendant la nuit, et c'est alors que la feuille s'emplit de liquide ; il se relève lorsque le jour paraît, et la feuille se vide en tout ou en partie.

On a lieu de penser que ces mouvements des grands végétaux sent automatiques, et n'ont rien dans leur production qui rappelle les mouvements des animaux supérieurs. Ce seraient plutôt les organismes des végétaux dits inférieurs qui nous offriraient des phénomènes de motilité semblant dépendre d'une volonté propre. Les zoospores, corps reproducteurs des algues, se meuvent, se déploient, se dirigent en nageant, semblent contourner ou éviter les obstacles, comme le feraient de petits animaux aquatiques. Les mouvements des Diatomées, qui forment la dernière division du groupe des algues, et sont au règne végétal ce que les Infusoires sont au règne animal, ces mouvements avaient semblé si parfaits aux micrographes, qu'ils avaient d'abord classé ces êtres singuliers parmi les animaux. Si l'on dépose sur le porte-objet du microscope une goutte d'eau tenant en suspension plusieurs Navicutes vivantes, on les voit aussitôt se mettre en mouvement et se diriger toutes,

comme autant de petites nacelles (d'où le nom qu'on leur a donné), dans un sens différent; ce qui prouve que le mouvement n'est pas dû à un courant établi dans le liquide. Le mouvement peut se prolonger assez longtemps, et il se fait toujours dans le sens de la fi ustule. On appelle ainsi la cellule dont est formée la Diatomée et qui est renfermée dans une enveloppe siliceuse rigide et incombustible. Les Diatomées qui vivent associées en groupes sous forme de filaments, d'arborisations ou d'éventails, peuvent aussi exécuter ces mouvements, si pour une cause quelconque leurs frus tules deviennent libres. Des espèces filamenteuses se meuvent même partiellement sans se séparer, c'est-à-dire que certaines frustules se déplacent dans l'intérieur du tube gélatineux qui les réunit et sans le rompre. Il en est dont les mouvements sont fort bizarres ; tel est par exemple le Bacillaria pamdoxa, qui est composé de plusieurs frustules en bâtonnets, associés parallèlement les uns aux autres, de manière à former une sorte de tablette quadrangulaire. Bientôt le premier de ces bâtonnets glisse sous le second, parallèlement à sa direction, de manière à ne plus toucher la tablette que par une de ses extrémités. Puis le second bâtonnet, imitant le mouvement du premier, glisse à son tour et va se ranger sous le premier ; puis le troisième sous le second, et ainsi de suite jusqu'à ce que toutes les frustules soient déplacées. La tablette s'est ainsi avancée latéralement de toute sa largeur. Alors le premier bâtonnet recommence son mouvement en sens contraire et reprend la position qu'il occupait d'abord, le second le suit bientôt, puis le troisième, et le phénomène se reproduit peut-être indéfiniment.

Si nous passons enfin à la digestion, nous devons rappeler tout d'abord que beaucoup de plantes, telles que la vesce, le chanvre, le lin, l'orge, contiennent un ferment qui transforme les albuminoides végétaux, comme le gluten et la légumine, et même les albuminoîdes animaux, en peptones assimilables. Dans ces derniers temps même on a signalé, dans le Carica papaya, un suc extraordinairement actif à cet égard. En effet, mis en contact avec de la viande crue, de la fibrine, du blanc d'œuf ou du gluten, il les ramollit en quelques instants et les dissout en quelques heures. Quand on ajoute ce suc au lait, celui-ci commence par se coaguler, mais la caséine (le fromage) précipitée se dissout ensuite.

On voit combien M. Morren a pu dire justement : « Toutes les plantes digèrent, et leur digestion, dans ses phénomènes essentiels, est la même que chez les animaux. »

Nul exemple n'en est plus frappant que celui auxquels les plantes cwnivores font assister. Déjà, du temps de Linné, l'Américain Curtis avait annoncé non seulement que les feuilles de ces plantes saisissent les insectes, comme on l'a vu plus haut, mais que les insectes se fondent et disparaissent sous l'action corrosive d'un liquide mucilagineux exsudé par les feuilles. Darwin vérifia ce fait, et voici par exemple une de ses expériences. Deux cents pieds de Drosera furent transplantés et cultivés dans des assiettes remplies de mousse. Une cloison en bois très basse séparait chaque assiette en deux moitiés : dans l'une de ces moitiés étaient placés les pieds destinés à recevoir la nourriture animale, dans l'autre les pieds mis à la diète. On recouvrait le petit parterre d'un châssis en toile métallique, pour empêcher la visite des insectes. Depuis le commencement de juillet jusqu'au commencement de septembre, une ou deux parcelles de viandes rôties furent distribuées, à quelques jours d'intervalle, à chaque feuille des plantes alimentées; ces parcelles de viande pesaient un quinzième de grain. Avant le commencement de septembre, époque de la

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