‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 328 sur 534 · RESTAURATION · texte numérisé non relu

RESTAURATION

RÉVOLUTION FRANÇAISE

Pour mieux mettre en lumière notre part de liberté et de responsabilité dans les événements de ce monde, un philosophe contemporain. M. Renouvier, a écrit récemment un livre curieux qu'il a intitulé Uclironie , ou l'utopie dans le temps, dans l'histoire, avec ce sous-titre : Histoire de la civilisatio7i européenne telle qu'elle n'a pas été, telle qu'elle aurait pu être. Pascal disait : « Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. » En effet, Cléopâtre supposé" moins belle, Antoine n'était plus amoureux, Antoine ne se brouillait pas avec Octave. M. Renouvier a repris sous une forme grave la boutade paradoxale de Pascal. Seulement, au lieu de prendre comme point de départ du changement qu'il imagine dans les événements historiques un fait physique, tel que la physionomie de Cléopâtre, dû à un caprice de la nature ou à des lois fatales, il suppose comme principe un fait moral, un acte de liberté tel qu'aurait été, dans l'exemple de Pascal, la résolution prise et accomplie par Antoine de résister aux séductions de Cléopâtre. Il suppose que Marc-Aurèle, au lieu de continuer l'empire, a rétabli la République et par là régénéré Rome, et il montre comment ce fait, s'il s'était produit, aurait profondément modifié toute la suite des événements. L'histoire aurait pris un autre cours : tout le moyen âge, avec son régime théocratique et monarchique, aurait pu être évité. Sans doute, on se tromperait gravement si on attribuait à une volonté humaine le pouvoir de transformer l'ordre du monde. Il y a dans l'histoire d'antres facteurs que la liberté humaine, tout ce qu'on a vaguement appelé fortune, hasard, destin ; mais il n'en est pas moins vrai que la liberté peut venir à chaque instant rompre la trame des faits nécessaires. La liberté est en effet le pouvoir d'agir dans un sens ou dans un autre, de faire autre chose que ce qu'on a fait : d'où la possibilité de concevoir pour les faits historiques un autre enchaînement, si seulement le premier anneau de la chaîne est suspendu à une volonté différente de celle qui s'est manifestée en effet

L'hypothèse que M. Renouvier a faite pour l'histoire de l'humanité, chacun de nous peut la renouveler en petit pour sa propre existence. Il y aurait un grand intérêt pratique à nous arrêter souvent, à propos de nous-mêmes, sur des réflexions comme celles-ci : « Telle faute pouvait être évitée. Telle qualité pouvait être acquise plus vite. Enfin on pouvait faire autrement et mieux! » Ce serait là ur moyen assuré d'étendre le sentiment de notre responsabilité et d'accroître par suite notre liberté. On ne saurait trop faire d'efforts pour maintenir, pour f rtiher dans nos âmes la chose la plus précieuse de ce monde, je veux dire le sentiment pratique de notre libre arbitre, en nous débarrassant de cette idée accablante de nécessité, dont ur. philosophe anglais, Smart Mil 1 , disait : <■ L'idée de nécessité pesait sur mon existence comme un mauvais génie. » [Gabriel Compayré.J IlLSTAUIt ATION. — Histoire générale, XXXIX- XL; Histoire de France, XXXVII1-XL. — Deux périodes dans l'histoire sont désignées sous ce nom de Restauration : en Angleterre, celle qui suivit le rétablissement sur le trône de la famille des Stuarts avec Charles II (1660), après l'abdication de Richaro Cromwell, et qui se termine à l'expulsion de Jacques II (1088) ; en France celle qui commence au retour des Bourbons avec Louis XVIII, après la première abdication de Napoléon (1814), et qui se termine à l'expulsion de Charles X (18:50). Il y aurait plus d'un rapprochement curieux à faire à propos de ces deux périodes de l'histoire de France et d'Angleterre: toutes deux sont précédées d'une révolution qui envoie à l'échafaud le monarque vaincu; vient ensuite le règne d'un général ambitieux nui s'est

emparé du pouvoir suprême ; dans les deux pays, la dynastie royale restaurée est représentée d'abord par un souverain d'humeur épicurienne, auquel succède son frère; celui-ci, esprit étroit et fanatique, conseillé par les jésuites, commet faute sur faute et perd à jamais la dynastie. La révolution qui le chasse appelle au trône un de ses parents, son gendre en Angleterre, son cousin en France, et inaugure la monarchie constitutionnelle. — Pour les détails, V. Charles II, Jacques II, Guillaume III; Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe.

RÉVOLUTION FRANÇAISE. — Histoire de France, XXIX-XXXII. — Cet article comprendra deux parties: rl'étude de l'état de choses antérieur à 1789 et celle des lois qui lui ont substitué la société nouvelle; en d'autres termes : l'Ancien Régime et l'œuvre de la Révolution ; 2° l'histoire de la Révolution, c'est-à-dire l'exposé des événements au milieu desquels s'est opérée la régénération de la France.

Page 1