RICHELIEU
ROCHES
lè::es, supprimait les grandes dignités militaires, trop dangereuses entre des mains seigneuriales (le titre de connétable et celui de grand-ainirai). Il désarmait les châteaux féodaux, instituait des magistrats nouveaux (les inteiidants) , hommes du Tiers-Etat, qui supplantèrent bientôt les anciens gouverneurs pour l'administration des provinces. La sauvage coutume du duel, vieux reste de l'ancien droit féodal de guerre privée et du prétendu jugement de Dieu, était sévèrement prohibée. La bourgeoisie et la magistrature parlementaire, corps tout dévoués au gouvernement, s'élevaient sur les débris du monde féodal, oppresseur et anarchique, dont les plus illustres représentants tombaient l'un après l'autre sous les coups du grand ministre de la monarchie absolue.
La France enfin centralisée, unie et forte, pouvait entrer en scène dans le grand drame qui se jouait alors en Europe, la guerre de Trente Ans. Deux principes étaient aux prises. D'une part, l'intolérance religieuse et l'asservissement de l'Europe aux deux grands Etats catholiques d'Autriche et d'Espagne. De l'autre, la liberté de conscience et l'indépendance des peuples, représentées par les petits Etats protestants de l'Allemagne et de la région Scandinave. Richelieu, évoque et cardinal, foule aux pieds les préjugés de son temps, et tire l'épée pour la défense du protestantisme en danger. Grâce à lui, la France apparaît tout à coup comme la protectrice de tous les peuples menacés dans leur foi ou leur indépendance par les envahissements de Rome ou l'ombrageuse tyrannie de l'Autriche-Espagne. Ajoutons que derrière la défaite de l'Autriche et la liberté de l'Allemagne protestante, Richelieu a entrevu l'indispensable conquête tant négligée par la vieille monarchie, la conquête de la rive gauche du Rhin.
Il commence par chasser l'Espagne de la Valteline, qu'il restitue aux Grisons calvinistes ( 1 6"2tî). Il établit de vive force un prince français, le duc de \evers, dans les importantes possessions de Mautoue et du Montferrat, malgré les Espagnols (1630). L'Italie est entamée. Mais en Allemagne, l'armée protestante vient d'être vaincue et dispersée, malgré l'appui des Danois. Richelieu contient un moment l'Autriche victorieuse (diète de Ratisbonne) par la diplomatie du père Joseph. Il négocie un traité avec la Suède, au grand avantage et des Suédois et de la France, prodigue l'argent pour lever des troupes en Allemagne, et jette sur l'Autriche le premier homme de guerre de l'époque, le héros de la Suède, Gustave-Adolphe f 1630- 1632). Celui-ci parcourt en vainqueur tout l'empire germanique, mais il meurt au milieu de son triomphe, à la bataille de Lùtzen (1632). Dès lors Richelieu n'hésite plus. Il s'assure l'appui, moral ou matériel, de tous les Etats menacés par l'ambition autrichienne, et déclare la guerre (16Jô). Ce n'est pas ici le lieu de la raconter (V. Gueire <le Trente Ans). Malgré les trahisons de la noblesse et les complots de la reine Anne d'Autriche, qui ne craint pas de livrer les secrets d'Etat à l'Espagne, la France tient tête à l'ennemi sur toutes ses frontières. Un moment envahie au nord par l'armée espagnole qui s'avance jusqu'à Corbie (1636), elie est sauvée par la fermeté de Richelieu et l'enthousiasme des Parisiens qui s'enrôlent en foule. L'appui de la Hollande et les victoires de Bernard de Saxe venant en aide à nos généraux, l'Alsace est conquise (I63S), une révolution éclate en Portugal contre les Espagnols (lf'.io), le Roussillon et la Catalogne même se soulèvent et réclament l'appui de la France (1641) ; au nord, l'Artois est conquis ; au sud, Perpignan est pris (1642). Mais Richelieu épuisé meurt avant d'avoir pu achever son œuvre, en léguant à la France Mazarin, son élève, qui était digne de la compléter.
Malgré ses nombreux ennemis, ses faibles ressources et sa santé chancelante, Richelieu était donc parvenu à réaliser, au moins dans ses grandes lignes, le plan qu'il s'était tracé. Il fut, comme administrateur, aussi actif et aussi habile qu'il était bon diplomate et grand patriote. Sa persévérance, son énergie soutenue, son intelligence des temps nouveaux sont également admirables. C'est le premier ministre, avant Louvois, qui organise une armée forte et régulière (180,000 hommes); le premier, avant Colbert, qui équipe une flotte de cent vaisseaux. Il comprend l'importance des colonies naissantes, et cherche à devancer l'Angleterre sur tous les points du monde (au Canada, à Terre-Neuve, à Saint-Domingue, aux Petites-Antilles, au Sénégal, à Madagascar, à la Guyane). Il fait refondre les lois civiles (1628). 11 institue l'Académie française (1635), protège la jeunesse de Corneille, honore les lettres en la personne de Voiture, de Gombault, de Chapelain, les arts en pensionnant Poussin. La construction du Palais-Cardinal (Palais-Royal), la création du collège du Plessis, de la Bibliothèque royale, du Jardin des plantes, attestent assez son activité et ses efforts pour embellir la capitale.
On lui a reproché son despotisme, et la mort des grands seigneurs, conspirateurs ou traîtres, qu'il fit monter à l'échafaud. Mais ces exécutions étaient nécessaires à son système de gouvernement, et il ne pouvait exercer le pouvoir et réaliser ses plans qu'à ce prix. Quoi qu'il en soit, l'impartialité oblige à reconnaître que Richelieu est, avec Philippe-Auguste et Philippe le Bel, Louis XI et Henri IV, un des rares hommes d'Etat de l'ancienne monarchie qui aient voué leur vie à fonder l'unité française, à élever l'édifice de la grandeur nationale, et qui aient su marcher avec l'esprit du temps, souvent même devancer l'avenir. [P. Martine.J
ROBERT. — Histoire de France, VIII. — Robert, fils et successeur de Hugues Capet, régna de 996 à ln3l. Les principaux événements de son règne ont été racontés à l'article Hugues Capet et les premiers Capétirris.
ROCHES. — Géologie, II. — On donne le nom de roche à tout minéral ou assemblage de minéraux formant des masses assez considérables pour jouer un rôle notable dans l'écorce du globe. Les caractères généraux des roches se rapportent surtout : 1° à la composition ; 2° au gisement ; 3° au mode de formation ; i°à la structure. Il suffit d'un examen très surperficiel pour constater que les roches sont les unes simples et les autres composées. Les premières, souvent désignées sous le nom de roches homogènes, sont formées d'éléments ou d'individus minéralogiques de nature uniforme. Le grès quartzeux,~Ie sel gemme, le marbre blanc peuvent être cités comme exemples de roches homogènes. Les roches composées, dites aussi hérotégèaes, sont constituées par la réunion d'individus appartenant à diverses espèces minérales. Parmi ces roches, qui sont extrêmement nombreuses, on peut cit«r le granité, la pegmatite, l'ophicalce, etc. Le nom de roches surcomposées convient à celles qui, comme la brèche universelle d'Egypte ou le nagelfluhe, sont formées de fragments appartenant à des roches diverses, composées ellesmêmes.
En général, les individus minéralogiques contenus dans les roches sont fort petits et souvent même d'un volume inappréciable à l'œil nu. Dans certaines roches le volume des parties minérales élémentaires échappe aux instruments grossissants les plus perfectionnés ; ainsi , de quelque manière que l'on s'y prenne, il est jusqu'ici imoossiblc de distinguer' les dernières par-
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tics indivisibles do l'argile, de la marne, du silex, comme aussi des masses vitreuses qui résultent de refroidissement de certaines laves comme l'obsidienne et la gallicane. On peut <.istinguer, sous le rapport des parties individuelles : 1° les roches phanérogèw>s, c'est-à-dire dont les parties sont apparentes et discernables à l'œil nu (ex. le granité, la dolérite) ; 2* les roches a<lélogènes, où le volume des parties est cache et invisible (ex. : le basalte, le pétrosilex^; 3° les roches partie adélogènes et partie phanérogènes : tels sont les mélaphyres, composés dune pâte compacte avec cristaux discernables et reconnaisses à l'œil nu.
En général, les caractères tirés du gisement des roches présentent extrêmement peu de précision. S'il est vrai que le granité occupe une autre position que la houille et une autre aussi que la galène, il faut reconnaître qu'on trouve des calcaires dans les situations géologiques les plus diverses, et qu'il en est encore de même pour beaucoup d'autres roches. Les considérations stratigraphiques ne sauraient donc être que d'un très faible secours relativement à la classification des roches.
L'étude du mode de formation des roches est un des points les plus intéressants de la géologie ; mais cette étude est bien loin d'être complète. Dès à présent on sait d'une manière générale que certaines roches se sont formées par voie purement aqueuse (limon), et d'autres par voie hydrotherma e, c'est-à-dire par l'intermédiaire de l'eau aidée d'une forte chaleur (les filons); d'autres par une sorte de voie mixte supposant d'abord un dépôt aqueux, puis un échauffement plus ou moins considérable (roches métamorphiques). Il est de plus en plus douteux que des roches aient jamais été produites par la voie ignée seule, c'est-à-dire par la chaleur non aidée de vapeurs, et s'il en existe, on ne saurait les chercher même parmi les masses les plus profondes, telles que les roches de péridot dont les éruptions de basaltes nous ont parfois apporté des échantillons.
On entend par structure l'aspect que présente l'enchevêtrement, l'enlacement, des éléments niinéralogiques d'une roche. Cet aspect dépend du volume respectif, de la figure, de la proportion et de la position réciproque des parties élémentaires. Il convient d'énumérer quelques-unes des principales structures qui peuvent se rencontrer : 1° Une roche est dite lamellaire lorsque la cassure offre de petites lamelles cristallines à peu près planes; elle est saccharoide lorsque sa couleur blanche lui donne une apparence analogue à celle du sucre; '2° une roche grenue ou granulaire est formée de grains distincts plus ou moins gros; 3° une roche est iiorphyrique lorsqu'au milieu d'une pâte d'apparence plus ou moins homogène, on trouve des cristaux disséminés de feldspath ou des divers autres éléments qui constituent la roche; 4° on la dit porphyroïd* lorsque, étant grenue, elle contient des cristaux disséminés beaucoup plus gros que ceux qui forment la base de la roche; ô° glandulaire quand, au milieu delà pâte, les cristaux, au lieu d'être disséminés en grains cristallins, se présentent sous forme de rognons glanduleux ; i.° globulifère. globaire ou vanolaire, amugdabnre, ou l'is'dit/iique, ou oolithigue, quand la roche contient, disséminées dans la masse, des parties plus ou moins sphéroïdales; 7° sc/rist ïde, lorsque la roche parait formée de lits minces et quelquefois même de feuillets; 8° com/iacte, quand tous les éléments, réduits à un volume microscopiques, sont très serrés dans le tissu de la roche ; 9° vucuolaire ou cellulaire, lorsque la roche contient des cavités nombreuses ; 10° argiloïde ou
t> rre'ise, lorsque le tissu est serré et poreux ; 11° vitreuse, quand la roche présente l'aspect du verre; \:° gré-iforme ou arénncée, quand la roche prend l'aspect du sable agglutiné on non ; 13° / ou li" gui forme ou pséphitique quand elle a l'aspect de grains agglutinés ou non ; 14° brccltifurme, quand elle est formée par la réunion de fragments anguleux; 15° zoogène ou phytogène, quand elle résulte de l'agglutination de débris animaux ou végétaux.
Pour la détermination des roches, l'analyse minéralogique doit seule intervenir, et non pas l'analyse chimique, comme on le fait trop souvent. La raison en est très simple. En effet, les roches étant, d'après leur définition môme, des mélanges en proportions variées de diverses espèces minérales, il pourra arriver, si on les soumet à l'analyse chimique, des résultats différents pour des roches évidemment identiques , et, par contre, des roches certainement différentes donneront les mêmes résultats. C'est ainsi que du granité très feldspathique n'a pas la même composition chimique que du granité très quartzeux; c'est ainsi, à l'inverse, que l'analyse donne les mêmes chiffres quand elle s'applique à certains granités et à certaines ardoises.
Reste à savoir si l'analyse minéralogique est toujours possible; si, par exemple, on pourra due quels minéraux entrent dans la constitution de telle ou telle roche à grains très fins et d'apparence homogène. Mais ce sont là des détails que les études ultérieures viendront sans douie eclaircir et qui, dans tous les cas, ne sauraient infirmer le principe de la méthode. On en est d'autant plus assuré que divers procédés ingénieux ont dès maintenant fourni une foule de documents précis à l'égard de roches qui semblaient défier toutes les tentatives de triage minéralogique.
En première ligne doit être citée à ce point de vue l'étude au microscope de lames taillées au travers des roches sans modifier la situation relative de leurs parties constituantes, et cependant avec une minceur telle que la lumière passe sans difficulté au travers de leur substance. M. Sorby est certainement un des savants qui ont les premiers employé ce mode opératoire. En opérant dans la lumière polarisée, on arrive à déterminer ainsi beaucoup de substances minérales. Toutefois, il ne faut pas aller trop vite dans l'application de ce délicat procédé, et justement à cause de sa délicatesse. On sait, en effet, que les cristaux agissent sur la lumière polarisée de façons diverses dans leurs diverses directions, et on n'a pas toujours le moyen de reconnaître la direction cristallographique suivant laquelle sont coupés les éléments d'une roche réduite en lame mince. Mais les résultats déjà acquis peuvent faire prévoir de nouveaux progrès qui permettront de rejeter des déterminations sans doute hasardées, faites trop vite par la lumière polarisée.
Dans beaucoup de cas, il importe de séparer les uns des autres les minéraux associés dans une roche, et parfois cette séparation est possible grâce à l'application de différentes méthodes.
L'une des plus habituellement suivies porte le nom de lévigation : elle s'applique au cas où les minéraux à séparer, ayant un volume à peu près égal, ont des densités différentes. On met la matière réduite en poudre dans une capsule et l'on y fait arriver un filet d'eau d'une vitesse convenable : les parties peu denses sont entraînées et vont se déposer dans un second vase où l'on reçoit l'eau qui les entraîne; les autres restent dans la capsule, à laquelle on a soin d'imprimer, durant l'opération, un mouvement particulier d'oscillation. On sait que c'e-t par lévigation que les orpailleurs séparent les paillettes
ROCHES
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d'or des matières moins denses qui constituent les sables aurifères.
Des triages physiques peuvent être cités à côté de ces triages purement mécaniques. L'un d'eux consiste dans l'emploi d'un barreau aimanté. Si l'on promène un aimant dans la poudre obtenue par le broyage d'un basalte, on en retire facilement tout le fer titane, qui est magnétique, tandis que les parties pierreuses restent à peu près complètement inertes. Parfois, on peut utiliser la conductibilité électrique des éléments des roches. On sait en quoi consiste l'expérience de Leichtenberg : on prend un plateau de résine bien uni et l'on dépose sur sa surface, au moyen d'une bouteille de Leyde que l'on tient par la panse, de l'électricité positive suivant des lignes quelconques. On répète cette opération, mais en suivant d'autres lignes, après avoir chargé l'intérieur de la bouteille d'électricité négative. On a donc sur la résine des bandes électrisées positivement et d'autres électrisées négativement ; on projette alors sur la résine ainsi préparée un mélange de poudres fines de minium et de soufre, au moyen d'un petit soufflet dans lequel on les a introduites. Les deux poudres s'électrisent par frottement en passant par la tuyère du soufflet; le soufre, qui est électrisé négativement, se porte sur les couches électrisées positivement, et le minium sur celles qui ont reçu le fluide négatif. Or, l'expérience réussit très bien si au lieu du mciange de minium et de soufre, on fait usage de la poudre de certaines roches complexes naturelles, telles que certains trachytes sulfuril'ères. Le triage des éléments de ces roches ne ainsi réalisé.
Comme les acides n'exercent pas une action égale sur tous les minéraux, ou peut les employer à opérer des séparations; seulement il faut remarquer qu'ils donnent simplement le moyen d'isoler les minéraux inattaquables; les autres sont détruits. Par exemple un acide étendu agissant sur du cipolin, dissout et fait disparaître le calcaire, tandis que le talc reste inaltéré ; de même ce réactif agissant sur la lherzolithe respecte le pyroxène et attaque le péridot.
L'analyse aussi complète que possible des roches les plus diverses conduit comme dernier résultat à l'établissement d'un nombre plus ou moins grand de types fondés à la fois sur les caractères de composition et de structure.
Evidemment, nous ne confondrons pas le basalte vacuolaire avec le calcaire saccharoïde ou la pegmatite graphique ; mais il est certain que nous chercherions tout de suite à réunir ces types en espèces, comme on le fait dans les autres branches de l'histoire naturelle, en minéralogie par exemple. Or ce travail nous conduit à cette conséquence peutêtre imprévue pour quelques-uns de nos lecteurs, qu'il n'existe pas d'espèces en lithologie.
D'ailleurs, la raison en est bien simple : c'est que parmi les roches, il n'existe pas de véritables individus. En zoologie, en botanique, en chimie, cm minéralogie, on sait ce que c'est qu'un individu. Mais rien de pareil n'existe en lithologie,' abstraction faite bien entendu des roches .simples dans lesquelles on ne peut voir que des minéraux présentant simplement ce caractère particulier d'être très abondants.
Toutefois, la division en types ne saurait suffire pour rendre nos études faciles, et si nous n'avons pas la faculté de distinguer des espèces, nous pouvons du moins faire des groupes qui leur seront en quelques points analogues. On peut citer i différents types de granités : granité porphyroîde, granité grenu, granité schistoïde, etc., c'est-à-dire différents types de roches ayant la même compo- , sitio; miner atogique. Il paraît tout indiqué de les ' réunir en un seul groupe qui sera le groupe des J 'Je Paktie.
granités, ou plutôt, pour no pas nous enchaîner trop vite à des dénominations spéciales, le groupe des roches formées- par la réunion du quartz, du feldspath oi those et du mica.
Nécessairement, à côié de ce groupe nous en ferons trois autres, l'un pour les roches formées de quartz et de feldspath (pegmatites, etc.), le second pour les roches formées de quartz et de mica (gneiss), et le troisième pour les roches formées de feldspath et de mica (minette).
A ce propos une remarque importante est indispensable : il n'est pas un type, il n'est pas an groupe qui soit nettement délimité. Partout les transitions les plus insensibles relient entre eux les termes qu'un premier coup d'œil montrait comme parfaitement distincts les uns des autres. Ainsi, ce qui nous frappera tout de suite dans l'étude des types, c'est le nombre de leurs passages intermédiaires. Si l'on examine une suite suffisamment nombreuse d'échantillons, on en trouve immédiatement qui participent à la fois des caractères de plusieurs types différents et dont la définition est dès lors incertaine.
Pour les groupes, il en est de même. Ainsi, nous trouvons parmi les granités de très grandes variations. Le mica par exemple y est en proportion très diverse, et cet élément venant à disparaître progressivement, nous serons insensiblement en présence de roches qui seront de plus en plus semblables aux pegmatites. A quel moment ce groupe fera-t-il place à l'autre? Il est impossible de le prévoir.
Ce que nous disons relativement au mica peut se dire pour le feldspath et pour le quartz, c'està-dire que nous trouverons des passages entre le granit et le gneiss, de même qu'entre le granit et la minette.
Ces mêmes passages qui viennent de se produire par appauvrissement, c'est-à-dire par disparition progressive de l'un des éléments d'une roche donnée, pourront aussi être dus à une cause inverse : on rencontrera des échantillons de pegmatite un peu micacée. Il n'y a pas pour cela à penser à en faire un granité ; mais cette pegmatite est évidemment un passage vers les roches à trois éléments.
Les faits de ce genre nous conduisent tout naturellement à dire quelques mots d'une distinction capitale qu'on doit établir, malgré son arbitraire, entre les divers minéraux qui peuvent entrer dans la composition d'une roche donnée.
Outre le feldspath, le quartz et le mica, l'analyse minéralogique de certains granités donne du grenat, du talc, de la tourmaline, de l'émeraude, de la topaze, du zircon, de l'andalousite, du disthène, de la pinite, du sphène, de la magné tite, de l'apatite, de la fluorine, du graphite, etc. Mais ces divers minéraux ne jouent évidemment dans la roche qu'un rôle tout à fait accessoire; et c'est ce qu'on exprime en disant qu'ils sont des minéraux accidentels. Le quartz, le feldspath et le mica sont au contraire, dans ce cas particulier, des minéraux essentiels.
Comment s'y prendra-t-on pour reconnaître qu'un minéral est, dans une roche donnée, essentiel ou accidentel? Deux cas peuvent se présenter : ou bien le minéral en question est très rare dans les roches, ou bien, au contraire, il y est très abondant. Dans le premier cas, l'étude des échantillons suffit; dans l'autre l'observation sur le terrain peut seule conduire à la solution du problème.
Ainsi, le calcaire saccharoïde contient quelquefois de petites paillettes de graphite; elles sont rares et disséminées çà et là : évidemment le nom d'accidentel convient sans conteste à ce graphite. Au contraire, certains micaschistes sont complètement criblés de cristaux de grenat. Le
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grenat est-il essentiel ou accidentel ? L'étude de l'échantillon conduirait à répondre qu'il fait partie essentielle de la roche ; mais l'examen des grands massifs de micaschistes montre que les régions grenatisées sont exceptionnelles, et que le grenat est par conséquent un accident de composition. De pareils exemples font voir quel vague doit exister dans la distinction des minéraux en essentiels et en accidentels. Les lithologistes sont nécessairement contraints, dans nombre de cas, à trancher la question d'une manière tout à fait arbitraire, et dès lors il ne faut pas s'étonner de voir varier plus ou moins la caractéristique qu'ils donnent d'une môme roche.
Ajoutons que la présence des minéraux accidentels fournit le meilleur caractère pour l'établissement des variétés.
Les observations qui précèdent nous donnent le moyen de répartir les diverses roches, non pas d'après une classification proprement dite, dont l'impossibilité en lithologie est manifeste, mais conformément à un arrangement systématique susceptible de faciliter nos études.
Ce que cet arrangement ainsi compris présente de particulier, c'est la rigueur avec laquelle le principe de la subordination des caractères y est appliqué. Nous divisons d'abord les roches en deux grandes catégories, suivant qu'elles sont homogènes ou hétérogènes, ces dernières consistant en fragments agglutinés de roches homogènes.
Les roches hétérogènes sont caractérisées par la nature des fragments qui entrent dans leur constitution, et ceux-ci font partie de la première catégorie. Il n'y a donc pas lieu ici d'y insister spécialement.
Quant aux roches homogènes, nous les répartissons dans de grandes division-- d'après le nombre de leurs éléments constituants essentiels. Mous avons ainsi les roches unitaires, les roches binaires et les roches ternaires.
Chaque division comprend des groupes exclusivement caractérisés par la composition mineralogique. C'est ainsi que toutes les roches essentiellement formées de feldspath et de mica sont réunies dans le même groupe. S'il se trouve que ces minéraux essentiels subissent des variations dans leur composition, à chacune d'elles corres pond un sous-groupe Ainsi les roches qui nous occupent se diviseront en trois sous-groupes : le premier comprend les roches formées d'orthose et de mica ordinaire (gneiss, leptynolithes) ; le second les roches formées d'orthose et de mica brun (minette, kéralite) ; le dernier enfin les roches formées de mica ordinaire et d'oligoclase (kersanton).
D'après la structure, les groupes (ou les sousgroupes quand il y en a) se divisent en types. Ainsi, le groupe des roches essentiellement formées par le mélange du quartz avec le feldspath comprend des masses se rapportant à sept structures principales : nous en faisons sept types distincts. Ce sont ceux qui correspondent aux roches : 1° grenues (granulites) ; 2" graphiques (pegmatite) ; ;■>' porphyroïdes porphyre feldspathique quartzifère) ; 4" granitoides i'/.); 5° schistoides (i'/.);G° globulifères (pyromérides) ; 7° grésiformes (arkose).
Chacun de ces types admet enfin des variétés dues exclusivement à la présence de minéraux accidentels, et l'on ne voit d'indétermination possible que dans le cas où plusieurs de ces minéraux se présentent à la fois. Dans ce cas, la roche pourrait au môme titre être considérée comme appartenant à plusieurs variétés, mais, celles-ci étant toutes comprises dans le même type, le vague ne serait pas très grand.
Pour ce qui concerne, le classement géologique des roches et L'élude des phénomènes de stratifi-
cation, nous renvoyons à l'article Terrains (Classification des). [Stanislas Meunier.]
UODOLP11E 1er KT 11. — V. Uabsbo»ry.
BOHAN. — Littérature et style, IV. — Le roman est le dernier-né parmi les genres littéraires Sans remonterjusqu'aux littératures de l'Orient et sans rechercher si des livres comme Esther et Ruth, par exemple, doivent être ou non considérés comme des romans, en nous arrêtant à la littérature grecque, ce n'est que fort tard que nous voyons apparaître le roman. L'épopée et la poésie lyrique ouvrent la marche, puis viennent la chronique et bientôt l'histoire. La tragédie et la comédie se dégagent de la poésie lyrique et presque aussitôt fleurissent. Athènes voit à peu près en même temps éclore et s'épanouir l'éloquence et la philosophie. Ce n'est qu'après la chute d'Athènes, lorsque la période alexandrine est venue, que le roman se montre ; après la poésie bucolique, c'est lui qui donna aux lettres grecques leur dernier éclat avec l'auteur de Théogène et Chariclée, avec celui de Dauhnis et Çhloé. La véritable Grèce, on peut le dire, n'a pas connu le roman. A Rome, Pétrone, au temps de Néron, en donne, dans le Satyricon, le premier échantillon qui nous soit parvenu dans la langue latine. Apulée écrit Y Ane d'or, un siècle plus tard. S'il fallait chercher l'origine directe du roman dans l'antiquité, c'est probablement parmi les contes de l'ancienne Egypte qu'on aurait le plus de chance de la rencontrer.
Le roman dans l'antiquité ne se montre jamais que comme un genre secondaire. Né à une époque de décadence littéraire, il n'a produit aucune œuvre animée d'un grand souffle. Il est médiocrement composé, affecté et maniéré, le plus souvent licencieux.
C'est durant la période historique que l'on est convenu d'appeler le moyen âge que le roman conquiert définitivement la faveur générale. Il y revêt une double forme. Tantôt il raconte les incidents de la vie populaire, les petits drames ou les petites comédies de la vie ordinaire et bourgeoise, les mésaventures des maris, les bons tours de la rouerie féminine, les conflits des intérêts et des passions humaines ; tantôt, haussant le ton, il peint, au contraire, la vie héroïque, les vaillants coups d'épée des chevaliers, les luttes épiques, tantôt contre les monstres, tantôt contre les infidèles, tantôt contre les hérétiques, les combats grandioses et terribles et les nobles amours, les tournois hardis et galants, la foi invincible du paladin défendant tour à tour son Dieu, son roi ou sa dame. Il est à la fois l'épopée, la tragédie ou la comédie. Un caractère le marque : terrible ou gai, le récit en est toujours le caractère principal. Et voici son second caractère. A mesure qu'il avance, le merveilleux y tient de moins en moins de place. Il a commencé par mettre en action le ciel et la terre, Dieu, les anges et les démons aussi bien que les hommes; il l'a fait sans scrupule; les récits édifiants de la Légende Dorée n'appartiennent pas moins au genre du roman que les exploits des chevaliers ou les contes joyeux des Gaulois, nos vieux pères. Le roman, selon le sujet qu'il aborde ou la fantaisie des auteurs, s'écrit tantôt en prose, tantôt en vers. Puis, peu à peu le mcrveilleui est éliminé. La prose remplace définitivement le vers. L'intervention des puissances surnaturelles cesse de se manifester. Le romancier abandonne aux poètes, aux laiseurs d'épopée tout ce qui dépasse l'humanité. Il se borne à étudier celle-ci et à la peindre. La transition n'est, pas brusque. Longtemps encore le roman de chevalerie continue à charmer les imaginations; il met en scène des hommes plus grands que nature, il se plaît à peindre des amours idéales, ou a raconter des événe-
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ments extraordinaires. Il semble plaire d'autant plus qu'il transporte davantage le lecteur dans un monde plus différent du monde réel. Pourtant le mouvement une fois imprimé ne s'arrêtera plus. I.e roman abordera tous les sujets et tentera toutes les formes, il cherchera tour à tour à. faire pleurer ou à faire rire : mais qu'il se propose d'émouvoir l'humanité ou de la distraire, c'est toujours l'humanité elle-même qu'il s'appliquera à mettre en scène
Ce qui est incontestable en tout cas, c'est qu'un genre littéraire nouveau s'est développé. Du second, du troisième plan, il s'est avancé sur le premier. Il n'est plus un genre inférieur et dédaigné. Si l'histoire en Italie a Guichardin et Machiavel au xvie siècle, si elle a eu Philippe de Commines en France dès le xve; si Lope de Vega en Espagne a ressuscité le drame ; si Shakespeare en Angleterre se lève comme un soleil, portant l'art dramatique à un degré de vérité humaine, supérieur peut-être à ce que la Grèce nous avait montré de plus admirable, en France, en Espagne, les deux plus magnifiques productions de l'esprit humain, les deux ouvrages où le siècle nouveau a le mieux exprimé son génie sont deux romans, le Gargantua et le Pantagruel de Rabelais, le Don Quichotte de Cervantes. Le roman a conquis sa place qu'il n'abandonnera plus.
Il pâlit légèrement durant le XVIIe siècle. Le i;oùt classique, l'admiration passionnée de l'antiquité et des formes littéraires consacrées par les chefs-d'œuvre font un peu de tort au roman, surtout auprès des lettrés. Cependant, YAstrée de ti'Urfé, plus tard les romans de Ml|e de Scudéry, s'ils ne sont pas parmi les ouvrages dont la critique s'occupe le plus, sont au nombre des ouvrages les plus lus. Les contes et les romans du xvie siècle, les romans de l'Espagne et de l'Italie, •comptent eux aussi beaucoup de lecteurs et de lectrices. Scarron publie son Roman comique. Tandis que Perrault compose ses contes, l'amie de La Rochefoucauld, M"" de Lafayette, écrit Zénàide et la Princesse de Clève-; elle prouve ainsi, au moment où Racine écrit ses tragédies, que le roman n'est pas moins que le théâtre capable d'animer des caractères, et d'analyser les sentiments les plus délicats du cœur humain.
Les génies qui ont fait au xvne siècle la gloire ■du théâtre français disparaissent l'un après l'autre, Molière meurt, Corneille meurt. Racine meurt : nul n'est capable de recueillir leur héritage. C'est le roman qui va bénéficier surtout de cette situation. Fénelon, le pieux archevêque, trouve dans le Télémaque le titre le plus durable de sa gloire. Voici Lesage, à la fois auteur dramatique et romancier : mais le romancier est supérieur à l'auteur dramatique ; le Diable loiteux et Gil Blas seront ses œuvres les plus incontestées, les plus durables. Le roman de mœurs est né, cheminant de compagnie avec le roman d'aventures. Voici Montesquieu, qui choisit la forme du roman pour écrire ses Lettre* persanes. Voici bientôt l'abbé Prévost, qui va émouvoir son temps, qui émouvra tous les temps avec son court récit de Manon Lescaut. Daniel de Foe en Anglet rre vient de son côté de se servir du roman pour glorifier dans le Robinson Crusoë l'énergie humaine. Swift lui aussi s en est servi da"ns le Conte du Tonneau, dans ses Voyages de Gulliver, pour lancer contre les vices et les travers de l'humanité ses âpres et amères satires.
Un moment, durant la première moitié du xvme siècle, la vogue en France revient vers le théâtre. •Crébillon et Voltaire s'emparent de la scène tragique. C'est l'heure de Zaï e, d.'Alzire,da Rhadamiste, à'Atrée, de Merope, de Sémiramis. Le roman cependant ne consent plus à perdre son
importance littéraire. En Angleterre, il a Fieldin?, l'auteur de Tom Jones, il a Pichardson, l'auteur de Paméla et de Clarisse Harlowe, qui le portent plus haut qu'il n'a jamais été. En France, il va briller durant la seconde moitié du siècle d'un éclat extraordinaire. Ce ne sont pas seulement les auteurs secondaires, les Duclos, les Crébillon fils, les Laclos, qui vont, le cultiver, exploitant les curiosités licencieuses et libertines du temps. Il va servir à de plus nobles entreprises. C'est d'abord Voltaire qui s'empare de cette forme de l'art, comme étant celle qui peut arriver au public le plus nombreux, qui peut le mieux le servir dans l'œuvre qu'il poursuit. En se servant du roman, il le rehausse dans l'opinion, il l'élève au premier rang par le prestige qu'il lui apporte, par le génie qu'il y déploie, par les imitateurs qu'il va susciter parmi ses disciples. Tout jeune homme, hanté de l'ambition littéraire, s'exercera désormais à composer des romans, comme il s'exerçait naguère à composer des tragédies. Les romans conduiront à l'Académie française. Voltaire écrit en se jouant cent contes et dix romans : c'est la Princesse de Rabxjloue, c'est Zadig, c'est Micromégas, c'est l'Homme aux quarante écus, c'est Y Ingénu, c'est Caidide. A côté de lui Diderot écrit Jacques le Fataliste, la Religieuse, qui servent à la fois les passions du siècle, flattent son libertinage, propagent l'audace des doctrines nouvelles. Soudain Rousseau apparaît, tenant d'une main Y Emile, de l'autre la Souvelle Héloïse, et le rôle du roman s'agrandit encore. Aucun livre ne sera plus lu, aucun n'exercera sur une société une influence plus profonde que ces deux ouvrages. Ils auront sur les femmes plus d'influence encore peut-être que sur les hommes.
C'est depuis la seconde moitié du xvmc siècle, depuis Richardson, surtout depuis Voltaire et Rousseau, que le roman a conquis dans les lettres sa place incontestée. Un romancier, s'il a du génie, ne le cède désormais comme autorité, comme considération, comme influence, ni à un grand poète tragique ou comique, ni à un grand philosophe, ni à un grand historien, ni à un puissant orateur. La France après Rousseau se passionne pour Rernardin de Saint-Pierre ; l'Angleterre a Sterne et Goldsmith; l'Allemagne moderne qui s'éveille voit apparaître Werther,
A partir de ce moment on ne disputera plus au roman l'égalité avec les genres littéraires les plus éminents. Loin de dédaigner cette l'orme de l'art, les plus beaux génies tiendront à honneur de la cultiver. Goethe, qui a débuté par le roman de Werther, après avoir écrit Gœ'z de Rerlichingen, Egmont et Faust, ne croira pas déchoir en revenant au roman avec Wilhelm Meister ou les Affinités électives. Madame de Staël, avec les romans de Corinne et de Delphine, passionnera toute une génération. Atala, René, Le dernier des Abencerrages, exerceront plus d'influence et assureront mieux la gloire de Chateaubriand que le Génie du christianisme ou les Martyrs. De tous les livres de Benjamin Constant, c'est Adolphe qui trouvera le plus de lecteurs. Walter Scott, en Angleterre, avec des romans partage la gloire de lord Byron, et le romancier est plus populaire peut-être que le poète ; il est traduit dans toutes les langues et admiré par tout l'univers C'est un romancier, Fenimore Cooper, qui le premier donne à l'Amérique, sa patrit, "n rang dans la littérature.
Raconter 1 histoire du roman au xrx* siècle, ce serait pour ainsi dire raconter l'histoire de la littérature elle-même. On aurait beaucoup plus tôt compté les grands écrivains qui ne se sont pas essayés dans le roman que ceux qui s'y sont exercés. Plusieurs, parmi les plus illustres, ont demandé au roman seul de leur assurer la ré-