‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 337 sur 534 · ROMANES (LANGUES · texte numérisé non relu

ROMANES (LANGUES

ROME

au nombre de quatre : l'italien, l'espagnol, le provençal et l'ancien français. Elles dérivent du parler populaire des Romains et l'on peut, à un certain point de vue, les considérer comme quatre grands dialectes de la langue latine, divisés euxmêmes en sous-dialectes, tels que le portugais et le catalan pour l'espagnol, le normand, le picard et le bourguignon pour l'ancien français, etc. Il convient d'y ajouter le langage, fortement mêlé de slave, parlé par les Valaques et les Moldaves dans le pays encore appelé Roumanie.

Malgré l'analogie profonde qui existe, quant au vocabulaire et à la syntaxe, entre les langues romanes et le latin, dont elles sont sorties, elles appartiennent toutefois à un système grammatical différent. Le latin,, comme le sanscrit et le grec, est une langue synthétique ; les langues romanes, au contraire, sont des langues analytiques, et la transition d'un état à l'autre s'est opérée à l'aide du latin populaire. Ainsi que nous l'avons expliqué ailleurs (V. Grammaire historique), c'est ce qui fait comprendre l'uniformité de création des langues romanes. En effet, on peut signaler certains points essentiels où, tout en se séparant absolument du latin classique, elles demeurent unies par la plus étroite analogie :

1° Dans les noms et dans les adjectifs les cas disparaissent, la déclinaison latine est détruite. 1.1 n'existe d'exception que pour le provençal et l'ancien français, qui conservent, pendant plusieurs siècles, une déclinaison à deux cas que nous avons signalée (V. Grammaire historique). Les genres sont réduits à deux : le masculin et le féminin ; le neutre disparaît.

2° La création de deux sortes d'articles, l'un défini, venant d'il/e, l'autre, indéfini, venant d'"nw?, est la conséquence presque nécessaire de la suppression des cas.

3° La tendance analytique des idiomes modernes se manifeste d'une manière très frappante dans les vertes. Cinq temps de l'actif sont remplacés par des temps composés : Indicatif, plusque-parfait amaveram, j'avais aimé ; futur passé amavero, j'aurai aimé. Slbjon'ctif, passé amaverim, que j'aie aimé ; plus-que-parfait amavissem, que j'eusse aimé. Participe, futur amaturus, devant aimer. Quant au passif amo>\ je suis aimé, il disparaît entièrement comme forme, et ce n'est plus autre chose à tous ses temps que le verbe être suivi d'un participe passé. Il faut surtout noter avec soin la création d'un futur, tout différent du futur latin, par une fusion organique de l'infinitif aimer et du verbe avoir; le sens primitif est : j'ai à aimer; d'où: j'aimer-ni, ^aimerai. Enfin, un mode nouveau, le conditionnel, est créé d'une façon analogue par la réunion de l'infinitif du verbe et de la terminaison de l'imparfait d'avoir: ïaimer{zv)ais ;. *

4° l.e mot latin 7ne?is, à l'ablatif mente (esprit), est devenu le signe grammatical de l'adverbe ; employé clans le sens de manière, façon, il s'est ajouté, en forme de suffixe, aux adjectifs, qui ont été mis au féminin afin de s'accorder avec ce mot, féminin en latin. D'une manière saine a donc été exprimé :

en italien et en espagnol par sanamente en provençal, — sanament

en français, — sainement.

Il est fort inutile de faire ressortir l'importance de ces études nouvelles, qui permettent à la fois de mieux déterminer les lois générales du développement des langues et de pénétrer plus profondément dans l'histoire de chacune d'elles ; elles sont très dignement appréciées aujourd'hui, et il ne manque pas d'érudits qui consacrent leur vie au progrès de la philologie romane.

Ce qui est peut-être plus nécessaire, c'est d'insister ici sur l'utilité qu'on devrait tirer de

ces découvertes, non plus seulement dans le domaine de l'érudition, mais dans l'enseignement courant et pratique.

Si nous voulons apprendre l'italien ou l'espagnol, nous le prenons au moment actuel de son développement et pour ainsi dire à son point d'arrivée; ne serait-il pas meilleur de remonter au point de départ, à l'origine, et d'observer la langue que nous désirons savoir aans ses rapports avec la nôtre? En procédant ainsi, nous avanc rions, il est vrai, un peu plus lentement, mais nous pourrions compter sur un succès beaucoup plus complet.

Il y a là aussi un secours qu'il importe de ne pas négliger, si l'on veut seulement se livrer à une étude sérieuse de la langue française. On commence à comprendre qu'il faut la connaître, au moins d'une façon générale, depuis son origine, qu'il faut se rendre un compte historique de la formation successive des règles diverses qui la régissent; mais on se borne encore à l'étudier en elle-même ou tout au moins à la comparer à sa mère, la langue latine, sans la rapprocher des langues sœurs. Cependant, si nous sommes une fois persuadés, comme il importe tant que nous le soyons, que l'enseignement doit de nos jours être, non pas dogmatique, mais expérimental, nous nous convaincrons que les exemples tirés des autres langues romanes peuvent nous être d'une aide journalière dans les démonstrations que nous avons à faire au sujet de la langue française. Au lieu, par exemple, de nous contenter d'affirmer que les adverbes de manière se forment en ajoutant ment au féminin de l'adjectif, ou même, en faisant un pas dans le domaine historique, de faire remarquer que ment vient de meus, n'est-ce pas donner une preuve décisive à l'élève qui doute encore que suinemed soit la transcription du latin sana mente, que de lui montrer ces deux mots persistant sous l^ur forme, purement latine dans l'italien et dans l'espagnol, où ils ne présentent d'autre différence qu'un rapprochement plus immédiat, qu'une sorte d'agglutination? Il peut en être de même dans beaucoup d'autres cas analogues. Ainsi la formation du futur français, je vous dirai, de j'ai à vous dire, devient d'une évidence complète lorsqu'on trouve indifféremment en provençal dir vos ai et vos dirai.

Ce n'est pas seulement la partie grammaticale de notre langue qui peut être éclaircie par des comparaisons de ce genre. Elles sont également utiles pour l'étude de la formation du vocabulaire. Une étymologie n'est démontrée qu'autant qu'on peut rétablir toute la série des intermédiaires ; lorsqu'ils manquent, ce qui arrive souvent, on est forcé, à défaut d'une démonstration directe, d'avoir recours à une démonstration pour ainsi dire collatérale, et d'établir la transformation des mots latins en mots français à l'aide de la comparaison avec les termes analogues des autres langues romanes. L'étude de ces idiomes est donc indispensable, au moins dans une certaine mesure, pour la connaissance historique et raisonnée de notre propre langue.

Ouvrages à consulter- — Bruce Whyte, Histoire des langues romanes et de leur littérature, Paris, 1841, 3 vol. in-8". Ouvrage curieux, mais qui ne doit être lu qu'avec précaution. — Fréd. Diez, Grammaire des langues romanes, 3 vol. in-8" (traduction française par Mil. Gaston Paris, Braehet, etc.). — Liitré, Histoire de la langue française, 2 vol. in-8°, introduction. — Homania, recueil périodique fondé en 1872 par MM. Paul Meyer et Gaston Paris. [Ch. Marty-Laveaux.]

ROME. — Histoire générale, Xl-XVI. — Préliminaires. — Sources. — L'histoire romaine nous est connue par trois sortes de documents : 1° les textes des écrivains, historiens, géographes, grammairiens, jurisconsultes, orateurs, poètes même, etc. : écrivains latins, comme Cicéron, Varron, Tite-

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Live. Salluste, Cé=ar, Pline, Tacite, Gains etc. ; écrivains grecs, comme Polybe, Denys d'Halicarnasse, Strabon, Diodore, Plutarque, Àppien, Dion Cassius, etc. Ces écrivains nous font connaître les événements, mais ils sont muets le plus souvent sur les institutions, qu'ils supposent connues des hommes de leur temps; — 2" les inscriptions sur pierre, marbre, bronze, plomb, etc.: inscriptions tumulaires (ex.: tombeau des Scipions), ex-voto, rituels de corporations (ex. : tables Eugubines), actes diurnps, espèces de bulletins officiels, lois ipx. : loi Julia, loi Regia), actes du pouvoir public (ex. : monument d'Ancyre), discours, réclames, feuilles de route, etc. Le principal recueil d'inscriptions latines est le Corpus publié par l'Académie de Berlin. L'épigraphie, science du déchiffrement des inscriptions, a renouvelé l'histoire romaine; les inscriptions, d'apparence aride, ont sur les livres deux avantages: pures d'altérations, elles nous donnent les noms exacts, les dates précises, les chiffres vrais; en second lieu, elles nous mettent sous les yeux les mœurs des anciens, leur vie sociale, leur gouvernement; — 3° les vestiges matériels de la civilisation romaine, qui subsistent sur le sol ou dans les musées, œuvres d'art et travaux publics, tels que murailles, temples, cirques, théâtres, thermes, colonnes, tombeaux, prisons, égouts, ponts, aqueducs, routes, etc., — statues, peintures, mosaïques, vases, bijoux, monnaies, etc. Les fouilles de Pompéi ont rendu à la lumière une ville romaine.

Les principales histoires romaines écrites de nos jours sont celle de Duruy, qui va jusqu'à Dioclétien, et celle de Mommsen,qui s'arrête à l'empire ; la première est la plus complète et la plus claire: le savant allemand, Mommsen, insiste sur les institutions; son histoire est traduite.

Géographie de V Italie ancienne. — L'Italie se divise naiurellement en trois parties : Y Italie continentale ou Haute-Italie; Yltah'e propre, péninsulaire ou apennine; les iles. La Haute-Italie, appelée par les Romains Gaule Cisalpine, comprend la l'ènélie,\à Gaule Transpadane M Gaule Cispada?ie, la Liguriè. L'Italie péninsulaire se divise en dix régions, cinq sur la mer Adriatique : YOmbrie, le Picenw/i, le Samnium, l'Apulie, la Calabre; cinq sur la mer Tyrrhénienne, VEtrurie, le Latium, la Campanie, la Lucanie, le lirutlium (V. la géographie physique à l'article Italie).

Division de l'histoire romaine. — On peut diviser l'histoire romaine en trois grandes périodes.

Dans la période primitive, depuis les origines jusqu'à 509, Rome est un petit Etat, gouverné par un roi.

Dans la période républicaine, de 509 à 30 avant J.-C. , Rome développe ses institutions aristocratiques, puis elle les laisse périr; à l'extérieur elle fait la conquête de l'Italie et du monde.

Dans la période impériale (de 30 av. J.-C. à 47G ap. J.-C.), la nouvelle constitution politique donne au monde deux siècles de prospérité, puis entraîne Iîonie dans sa chute.

PÉRIODE PRIMITIVE (Oepuia les origines jusqu'en 509).

Anciennes populations. — La population de l'Italie ancienne a été formée de plusieurs couches successives, qui correspondent à des états différents de civilisation. L'histoire serait impuissante à les distinguer, si elle était réduite à chercher la vérité dans la légende; mais une autre CC, la philo ogie, lui vient en aide pour démêler les diverses races au moyen de leurs idiomes, et juger de leur culture par leur langage. On peut établir ainsi l'existence de trois races primitives dans l'Italie péninsulaire. 1° Les Sicules, dits vulgairement Aborigènes, semblent être les

I parents des Hellènes. — 2" Les Ombro-Latins, on 1 llaliotes, sont à coup sûr de proches parents des j Hellènes, mais ils sont leurs frères et non leurs fils ; ils se divisent en Latins et en Ombro-Sabetj liens, d'origine commune, mais devenus étrangers les uns aux autres : la langue des Latins nous est entièrement connue; des Ombro-Sabelliens nous n'avons que des débris d'idiomes divers, entre autres Yombrien et Yosque : les tables Eugubines, inscriptions ombriennes trouvées à Gubhio, sont un document important pour la philologie et pour l'histoire. — 3° Les Etrusques diffèrent essentiellement des Grecs et de tous les peuples connus; leurs inscriptions sont jusqu'à présent intraduisibles, et leur civilisation ne nous est révélée que par les œuvres d'art qu'ils nous ont laissées.

On ne peut assigner aux migrations de ces divers peuples que des dates hypothétiques. Les Sicules, venus vingt siècles environ avant notre ère, auraient été conquis vers le xive par les Ombro- Latins, nouveaux venus en Italie. Les Ombro- Latins, peuples de 'race supérieure, ont eu des destinées très diverses: les Ombriens proprement dits, après une période de grandeur, subissent l'influence étrusque vers le \e siècle, puis sont de bonne heure latinisés ; les autres peuples de la même famille ombro-sabellienne, Sabins, Samnites, Picentins, Hirpins, Marses, etc., demeurent longtemps enfermés dans leur pays montagneux, et ils seront assez forts pour lutter contre Rome. Les Latins proprement dits jouent le premier rôle dans l'histoire de la péninsule: établis dans la plaine accidentée du Latium, entre le Mont- Albain, l'Apennin, le Tibre et la mer (moins de 300 kilomètres carrés), ils se construisent des refuges fortifiés (Albe, Lanuvium, Tibur, Préneste, Tusculum, enfin Romej; ils assainissent et fertilisent le pays, et s'unissent les premiers en confédération. Les autres peuples latins, les Eques, les Herniques, les Volsques, etc., ou seront exterminés par Rome, ou s'associeront à sa fortune.

Outre les Sicules, les Ombro-Latins et les Etrusques, qui forment la population de l'Italie proprement dite, les Grecs ont colonisé la partie méridionale, et les Gaulois ont envahi l'Italie du Nord : de là les noms de Grande Grèce et de Gaule Cisalpme. Les légendes sur les premiers établissements des Grecs après la guerre de Troie ne sont que des traditions poétiques; ce qui est sûr, c'est que le Sud de l'Italie et la Sicile furent fréquentés par les Grecs de bonne heure (vers le vme siècle); les Ioniens y fondèrent Cumes, .\aples, Hhégium, Messane, Cutané, etc. ; les Achécns, Subaris, Crotone, Métaponte, etc. ; les Doriens, Syracuse, Gela, Agrigente, Tarente, Hcraclée, etc. Ces villes sont toutes commerçantes et peu militaires : elles ouvrent l'Italie à la civilisation hellénique, mais elles seront facilement conquises par Rome. — L'Italie du Nord semble avoir eu pour habitants primitifs, outre les Ombriens et les Etrusques : à l'Ouest, les Ligures, qui ressemblent plus aux Celtes qu'aux Ibères; à l'Est les Vénètes et les Liburnes, venus d'Illyrie; plus tard, du vie au ive siècle, viennent d'au delà «les Alpes des Gaulois, appelés Insubres, Cénomans, Boies, Sénons, dont l'avant-garde poussera jusqu'à Rome. La Sicile, avant d'être colonisée par les Grecs, parait avoir été peuplée par les Sicules et par d'autres fuyards d'Italie.

Période royale (753-509). — Incertitude des premiers Siècles de Home. — L'histoire romaine pendant la période royale nous échappe en partie, faute de documents contemporains, textes ou inscriptions. Les principaux historiens qui nous la racontent, Tite-Livo et Denys, ont vécu sept siècles après Romulus.et se proposent l'éloquence plus que la critique ; plusieurs érudits modernes,

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parmi lesquels l'Allemand Niebuhr, considèrent le beau récit de Tite-Live comme le résumé de compositions poétiques aujourd'hui perdues, et lui refusent pour toute cette période le titre d'historien. Cependant, il est certain qu'il a compulsé et comparé des historiens antérieurs à lui de plusieurs siècles, et que ceux-ci ont eu entre les mains des documents authentiques échappés à l'incendie de 390. La vulgate légendaire popularisée par Tite-Live ne manque pas de valeur : la vérité s'y trouve à côté de la fable.

I. Histoire traditionnelle. — D'après la tradition, Rome se rattache à ce qu'il y a de plus grand au ciel, à Saturne, père des dieux, et à ce qu'il y a de plus grand sur la terre, à Troie (légendes de Janus, d'Hercule, d'Evandre, de Latinus, d'Enée, de Sylvia). — Romulus, premier roi de Rome (753-716), fonde la ville du Palatin en "53 ; il ouvre un asile aux aventuriers, enlève les Sabines, agrandit son territoire par la guerre, réunit les Sabins aux Romains, et disparaît mystérieusement. — Le Sabin Huma, deuxième roi (715-673), pacifique et pieux, évite les guerres et organise la religion. — Le Romain Tullus Hostilius, troisième roi (673-640), fait la guerre aux Albains : l'exploit des Horaces décide de la victoire, et les Albains sont réunis aux Romains. — Le Sabin Ancus Marcius, quatrième roi (640-616), suit l'exemple de Nu ma, rétablit la religion, construit un pont et une prison; mais il est forcé à la guerre, et il étend le territoire de Rome jusqu'à la mer. — Le cinquième roi, Tm-quin t'Aie cien (616-578;, apporte d'Etrurie l'art des grands travaux publics. — Un autre étranger, Servius Tullins, sixième roi (578-534), agrandit Rome, accroît le territoire, conclut une alliance avec les villes latines, et opère une révolution dans la constitution. — Au bon roi Servius succède Tarquin le Superbe, septième roi (534-510). qui établit la suprématie de Rome dans le Latium, embellit la ville, mais gouverne en tyran ; la haine qu'il inspire, et l'attentat de son fils Sextus, sont la cause et l'occasion de sa chute (510).

II. Etude critique de la période royale. — Cette histoire traditionnelle renferme assurément des fictions, comme les légendes de Tarpeia, des Sabines, d'Egérie, etc. ; les efforts qu'on peut faire pour les interpréter n'aboutissent qu'à des hypothèses pour le moins aussi incertaines. Mais si la science doit rejeter certains faits, elle parvient à distinguer les principaux événements, et à suivre le développement général des institutions.

Fondation de Rome. — Rome peut être regardée comme une colonie latine, fondée au milieu du vme siècle; la fondation d'une ville antique était unecérémonie religieuse, consistant àcreuser une fosse sacrée (mundus), et à tracer une enceinte sacrée (pomœrium); la date adoptée par les Romains, 2i avril 754, est probablement mythique, mais il est certain qu'une ville était fondée en un jour. La plupart des livres français ont conservé la date de 754; les Allemands prêtèrent celle do 753. Ce passé si lointain a laissé dans le sol des traces vivantes : des fouilles récentes ont découvert sur plusieurs point l'enceinte étroite attribuée à Romulus, la Rome carrée ; elle entourait le Palatin, colline de 35 mètres de haut, et avait 1800 mètres de tour.

Etat social avant Servius. — La population primitive de Rome a été formée non de plusieurs races, mais de deux classes : le patricint, aristocratie établie dans la ville sacrée du Palatin, et la pkbe, population admise seulement dans l'asile, enclos au pied du Capitolin. Le patriciat, exclusivement héréditaire, est une caste sociale, militaire et surtout sacerdotale; une famille patri-

cienne, gens, se compose du chef de famille, pater, de sa famille proprement dite, et de ses clients, hommes libres qui sont liés aux patriciens par des obligations héréditaires réciproques, analogues à la vassalité : les familles (gentes, pluriel de gens) sont groupées en trente curies ; dix curies forment une tribu; les trois tribus composent le populw;, peuple, ensemble des Quirites, citoyens. La plèbe paraît avoir pour origine les populations vaincues transplantées à Rome ; très différents des clients, les plébéiens sont des hommes libres, sans obligation envers personne, mais sans foyer commun et sans droits politiques ; ils ne font pas partie du populus. Au-dessous sont les esclaves.

Etat politique avant Servius. — Trois pouvoirs gouvernent la Rome primitive : le roi, le sénat et les comices. Le roi est nommé à vie; il est le prêtre suprême de la cité ; il a le pouvoir militaire et judiciaire, et un certain pouvoir législatif. Le sénat, composé des chefs de famille, confirme le roi et lui sert de conseil. Les comices sont la réunion des curies, assemblées pour voter des lois, choisir des magistrats, décider la guerre, élire le roi et l'investir de Yimperhem (délégation de la souveraineté). La royauté romaine est une monarchie limitée par l'aristocratie; elle est sans cesse en lutte avec celle-ci.

Réformes fie Servius. — Le cinquième roi. Servius, fait des concessions à la plèbe. Il lui donne des terres et un culte; il établit les tribus, divisions territoriales, où sont inscrits tous les habitants, patriciens, clients, plébéiens (on peut comparer l'inscription dans la tribu à l'inscription sur nos registres de l'état civil). Il établit les classes, divisions à la fois censitaires et militaires, au moyen desquelles le service militaire pèse sur chacun en raison de sa fortune : la première classe, celle des chevaliers, composée des patriciens et de l'élite des plébéiens, fournit dix-huit centuries (compagnies) de cavalerie ; la deuxième classe, celle des plébéiens ou des clients riches, quatre-vingts centuries d'infanterie ; les quatre autres classes de plébéiens ou de clients propriétaires ne fournissent ensemble que quatre-vingt-quatorze centuries d'infanterie, moins complètement équipées ; la septième et dernière classe, celle des prolétaires, en fournit une seule employée aux travaux manuels. Mais les droits politiques sont inégaux comme les charges : autant de centuries, autant de suffrages : les patriciens et les plébéiens riches réunis possèdent donc 98 suffrages sur 193, c'est-à-dire la majorité ; la foule des prolétaires, qui ne possède en tout qu'un suffrage, n'a aucun pouvoir politique.

Notions sur la religion romaine. — Les institutions des Romains dérivent de leurs croyances; ce sont leurs idées sur la divinité et sur la nature de l'homme qui expliquent la constitution de leur famille et de leur cité. Le dogme fondamental chez les Romains, comme chez tous les peuples de la même origine, c'est que l'âme, après la mort, reste près des vivants et veille sur eux : de là la croyance à la providence, le culte des morts, la religion de la famille, le patriotisme ; les morts deviennent des dieux (tares, maiies) ; le chef vivant de la gens est un prêtre : de là sa puissance paternelle, sociale et politique. — A cette religion domestique se joint une religion agricole, mythologie produite par l'impression des forces de la nature, telles que le soleil, la végétation, le tonnerre. Mais les divinités romaines, sabines et étrusques, au lieu d'être vivantes et poétiques comme celles des Grecs, sont abstraites et prosaïques : tels sont Janus, Jupiter, Mars, Quirinus, Saturne, Junon, Vesta ; une épée représente Mars, une pierre Jupiter.

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PÉRIODE RÉPUBLICAINE (509-20 av. J.-C). i;ii<Mls«. mi i.i <le In népulillque.

Abolition de la royauté. — En 509 la royauté est renversée, et la République établie ; mais cette révolution est l'œuvre de l'aristocratie, et non des classes inférieures ; elle profite uniquement aux patriciens, qui en sont les auteurs; les plébéiens sont dépouillés de leurs terres. Le gouvernement nouveau se compose de trois pouvoirs : deux magistrats patriciens, appelés consuls, remplacent le roi ; les comices (assemblées) par centurie* sont conservés, mais ils n'ont rien de démocratique ; le sénat exerce une influence prépondérante. Le pouvoir de l'aristocratie est absolu.

Le consulat. — Le consul est une sorte de roi annuel. En apparence il est tout-puissant : prêtre, il est comme le génie tutélaire de la cité; chef de l'Etat, il convoque et préside le sénat et les comices, et peut s'opposer à leurs votes et à leurs choix ; ses édits ont force de loi; chef de l'armée, il la lève, l'organise, la commande ; chef de la justice, il a le droit de condamner à mort. Ce pouvoir, qui semble absolu, a en réalité des limites : le consul a un collègue aussi puissant que lui, qui peut lui faire échec linferce^sio, ; il est annuel et responsable ; sorti de charge, il redevient simple citoyen. Le consulat est donc un pouvoir exécutif fort sans être dangereux. Quand le sénnt veut en augmenter la puissance, les deux consuls sont remplacés pour six mois par un dictateur, mais la dictature est une magistrature exceptionnelle. Les questeurs, au nombre de deux, sont des magistrats fiscaux supérieurs.

Les comices. — Les comices ce-duriates sont souverains en principe, mais ils restent entourés de formalités nombreuses, qui mettent aux mains des patriciens les votes et les élections. Le caractère militaire y reste nettement marqué ; le lieu de réunion est le Champ de Mars ; les centuries s'y rendent en armes, sous le commandement des centurions et du consul. La religion y tient aussi une grande place : ainsi l'augure peut dissoudre l'assemblée, si les auspices sont contraires. Le vote a lieu par centuries, et dans chaque centurie par tête ; les patriciens votent les premiers, les plébéiens riches votent ensuite ; s'ils sont d'accord, ils ont la majorité, et les autres classes ne votent même pas. — Les comices curiotes ont perdu ltur importance politique depuis l'institution des centuries : ils n'existent guère que comme vestige respectable du passé,

Lesénat. — Le sénat est l'institution dominante de la République. Composé des chefs de génies et de cent membres nouveaux (couscripti), tirés sans doute des branches cadettes des oentes, il est exclusivement patricien. — En théorie il semble un simple conseil d'État : il ne choisit pas son président, qui est le consul ; il n'a pas de bureaux pour délibérer; il n'a pas l'initiative des propositions-, il répond seulement aux questions du consul. — En réalité il gouverne : composé en grande partie de prêtres, il dirige la religion de l'État ; investi du pouvoir financier, il établit les impôts et dispose du trésor; il a la haute main sur les travaux publics et administre les domaines de l'État; il dirige la politique étrangère et décide des questions de guerre et de paix. — Lo gouvernement serait impossible si les consuls et le sénat étaient hostiles; mais ils ne sont pas en conflit, parce qu'ils ont les mêmes intérêts, et les consuls, investis de fonctions annuelles, se laissent diriger par le sénat, dont le pouvoir ne passe pas.

llUtoIre extérieure rie la 11 ■ '-pul I Iq ne.

Conquête de 1 Italie péninsulaire (509-264,. — Rome républicaine lutte d'abord contre son roi

Tarquin, que soutiennent les Etrusques; elle est prise et humiliée par Porsenna en 5""ï légendes d'Iloratius Codés, do Scaevola, de Clélie, etc.), mais elle prend bientôt sa revanche avec l'aide du Latinm. — Une sorte de guerre civile éclate entre elle et les Latins : elle les bat au lac Régille (490?), et leur impose de nouveau son hégémonie. — Elle soumet facilement les Sub>ns ; fortifiée par l'alliance des He>niques (480), elle triomphe des Eques, des Vohques, des Aurunce*, après une résistance acharnée; puis elle se tourne contre les Ehnisques, que les Gaulois attaquent en même temps au nord, et, après de longues guerres, elle détruit Veïcs (395).

Mais les Gaulois, vainqueurs des Etrusques, surviennent tout à coup, culbutent les Romains à Y Allia (90), entrent dans Rome et l'incendient; ils ne peuvent prendre d'assaut le Capitole, mais les assiégés, en proie à la famine, sont réduits à traiter; les Gaulois, gorgés d'or, se dispersent et sont battus en détait par Camille (légendes de Manlius Torquatus, de Valérius Corvus, etc.).

Les Romains reconstruisent leur ville, réduisent les Volsques, les Hermques et des peuples laiiiis révoltés; le Latium est organisé en une ligue de trente cités, et étroitement soumis à l'hégémonie (vers 310). — En même temps Rome recommence ses conquêtes au Nord : toute 1 Etrurie du Sud est -soumise. — Bientôt elle se heurte au Sud contre un peuple puissant, les Samndes, à qui elle dispute la riche Campanie (343). Aussitôt les Latins et les Volsques se soulèvent, mais ils sont battus et domptés (340); la ligue latine est détruite, et chaque cité est liée à Rome par un pacte particulier; la Campanie et le pays Voisine sont complètement assujettis. Il reste à vaincre les Samniles et leurs alliés ; une guerre terrible éclate en 3'26 ; les Romains y éprouvent un désastre honteux aux Fourches Cuudines en 3 21, mais ils ressaisissent la victoire avec Papiriu? Cursor (319), s'emparent de VApulie, et écrasent successivement, tous les alliés des Samnites, les Ausones en 314, les Etrusques en 310, au lac Vadimon, les Ombriens, les Morses et autres Sabelliens, les Hemiques. Les Samnites, restés seuls, paraissent réduits (304). — Ils reprennent les armes en 298, entraînent les Mars es, les Ombriens et les Etrusques, qui ont à leur solde des b.ndes gauloises: un choc terrible a lieu à Sentiuum en Ombrie (295) ; le dévouement de Dëcias donne la victoire aux Romains ; la coalition est dissoute, YOmbrie est conquise, YEtrurie traite, et les Samnites, achevés à Aquilonie (293), sont contraints à la paix (290).

Les Lueaniens et les Bruttiens essaient de remplacer les Samnites, et forment une nouvelle ligue avec les Gaulois et les Etrusque*, mais Rome bat séparément tous les coalisés (285). — La ville grecque de Tarente, menacée de la suprématie romaine, appelle à son secours le roi d'Epire Pyrrhus, qui rêve de réunir à l'Epire la Grande- Grèce et la Sicile, pour fonder un empire grec. Dél arqué avecVGOOU mercenaires, Pyrrhus enrôle de force les habitants de Tarente, et marche contre l'armée romaine ; il la taille en pièces à Héraclée, où sa tactique savante étonne les légionnaires, et où ses éléphants effarouchent les chevaux ennemis (280); il soulève le Samnium et les villes grecques, mais il ne remporte à Asculum qu'une victoire sans résultat (279) ; mollement soutenu; par ses alliés, il passe en Sicile et s'en rend maître ; mais rappelé par les défaites des Samnites, il est battu k Menèrent 275), et retourne en Grèce sans année. Les Siciliens recouvrent leur indépendance ; les Romains entrent à Ta> ente (272), et châtient le Snmnium, la Lucanie et le Ihu tium. L'Italie péninsulaire est tout entière réunie sousla domination de Rome.

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Organisation de l'Italie au III" siècle. — La politique de Rome consiste à s'assimiler peu à peu les vaincus. Elle divise pour régner; toutes les fédérations italiques sont dissoutes ; les cités, isolées les unes des autres, n'ont plus rien do commun entre elles, ni le droit de commerce, ni les mariages ; elles n'ont de liens qu'avec Rome, et ces liens diffèrent selon les cités. Les unes, les cités sujettes, cessent de former un corps politique, et sont soumises à un préfet romain. Les autres, les cités dites alliées, restent en apparence organisées en cités : elles conservent leur régime municipal, leurs lois, leurs magistrats, mais elles reconnaissent la souveraineté de Rome, lui rendent des comptes, lui paient des impôts. lui fournissent des soldats, obéissent au proconsul ; en réalité il ne reste debout qu'une cité, Rome. — Les vaincus ne sont pas seulement soumis, ils sont lentement absorbés : les familles riches reçoivent une à une le droit complet de cité, qui leur assure richesse, sécurité, honneurs, mais qui les fait entièrement romaines. L'aristocratie, ainsi favorisée, est partout dévouée à Rome; le reste des Italiens ambitionne le droit de cité comme le privilège le plus précieux, et l'art de la politique romaine est d'en conserver la valeur en ne le prodiguant pas.

Chez les peuples qui regrettent leur indépendance, Rome a établi des colo?iies et des forteresses, garnisons de citoyens ou de soldats, qui contiennent le pays, et y font pénétrer la civilisation romaine: tels sont Antium et Frégelles, chez les Volsques, Bénévent, entre le Samnium et la Campanie, Venouse, entre l'Apulie et la Lucanie, Lucérie, en Apulie, Brindes, en Calabre, Ariminum, en Ombrie. — Des voies militaires facilitent la surveillance, et la répression des révoltes : telle est la voie Appienne, construite pour joindre Rome à Capoue, et prolongée bientôt jusqu'à Bénévent, Brindes et Tarente.

L'armée romaine doit ses vicioires à sa bravoure, et plus encore à sa discipline et à son organisation. Uniquement composée de citoyens, elle est soutenue par le patriotisme. L'ancienne phalange dorienne de l'époque royale a été remplacée au temps de Camille par la légion manipulaire, petite armée complète, composée d'infanterie, de cavalerie et de machines de guerre; l'infanterie de la légion, forte de 4200 nommes en moyenne, se subdivise en trente manipules d'infanterie de ligne {hastaires, princes et triaires), et en nombreuses escouades d'infanterie légère [vélites); la cavalerie compte dix turmes, pelotons de trente hommes; les machines sont la batiste et la catapulte. — La légion, à la fois solide et mobile, est apte à l'offensive et à la défensive, au combat corps à corps avec l'épie et la lance, au combat à distance avec le javelot (pilum). Aux 4 500 soldats-citoyens est toujours adjointe une troupe égale d'a/iiés ou auxiliaires: une légion représente de neuf à dix mille hommes ; le nombre d';s légions varie. — Le camp romain, forteresse passagère, est un refuge pour la défensive et un appui pour l'offensive. — La marine prend naissance.

Première guerre punique (264-241). — Cartilage, colonie fondée par les Phéniciens, s'est faite la capitale d'un vaste empire africain, aux dépens des Libyens, et d'un empire maritime, composé des autres colonies phéniciennes d'Afrique (Hadrumète, Ltique, Hippone), d'une grande partie du littoral sicilien (Lilybée, Panorme, Ségeste), des îles de la Méditerranée occidentale (Malte, Sardaigne, Corse. Baléares), et de comptoirs en Espagne (Gadès). Exclusivement commerçante, elle est riche, mais elle n'a d'autre but que le gain; elle n'a ni classe moyenne, ni armée nationale; elle est détestée de ses sujets. Rome a moins d'or,

mais elle a de meilleures institutions, un gouvernement fort, un peuple discipliné, et une armée nationale. — Rome et Carthage deviennent ennemies quand elles se rencontrent en Sicile: la guerre entre les Mamertins et Hiéron de Syracuse dégénère en une guerre entre leurs alliés, les Romains et les Carthaginois.

La première guerre punique se divise en trois phases. De 204 à 201, les hostilités ont lieu en Sicile. Les Romains s'établissent à Messine, repoussent l'attaque des Carthaginois, et leur enlèvent la plupart de leurs villes, Catane, Ségeste, Agrigenle; mais Carthage est encore la première puissance maritime du monde. — De 201 à 255, la guerre a pour théâtre la.mer et l'Afrique. Décidés à transporter la guerre en Afrique, les Romains construisent à la hâte des vaisseaux de haut bord, inventent une nouvelle manière de combattre (l'abordage au moyen des ponts mobiles de Duillius), et remportent deux grandes victoires navales, l'une près de Myles (200 , qui leur ouvre la Sardaigne et la Corse, l'autre près d'Ecnome (250), qui leur ouvre l'Afrique. Les sujets de Carthage n'opposent aux Romains aucune résistance, mais Régulus, laissé en Afrique avec une armée insuffisante, est battu et pris par XaJithippe, Lacédémonien au service de Carthage : Carthage est sauvée, et Rome renonce à l'Afrique. — De 255 à 2*1, la guerre est reportée en Sicile. Après quatre années d'opérations secondaires, les Romains sont vainqueurs à Panorme (251), mais ils sont, vaincus sur terre à Drépane, et sur mer près de Camnrine (249). Hamilcar ravage le Bruttium et le littoral de la Campanie; mais, abandonné par le gouvernement de Carthage, qui ne lui envoie ni argent, ni renforts, il ne peut que tenir en échec pendant six années toutes les forces des Romains près de Panorme (247-2-41) ; une flotte, envoyée enfin pour le ravitailler, est détruite par Lutatius Catulus aux îles Egates ('.'41), et les Romains deviennent les maîtres de la mer. — Les Carthaginois, las d'une guerre qui entrave leur commerce, achètent la paix au prix de 3200 talents et de la Sicile.

Intervalle entre la première et la deuxième guerre punique (241-219). — Les Romains victorieux comprennent que la paix n'est qu'une trêve, et se fortifient en prévision de nouvelles guerres. — Ils organisent d'abord leur conquête de Sicile. Hiéron, à Syracuse, conserve son petit royaume ; le reste de l'île est réduite en prorince romaine, c'est-à-dire qu'elle devient sujette et tributaire, et qu'elle est gouvernée par un préteur, à la fois administrateur, général et souverain juge. — La Sardaigne et la Corse, sortes de forteresses détachées, tentent les Romains : ils s'en emparent, et les deux îles forment une deuxième province romaine (227) ; la mer Tyrrhénienne, entre l'Italie, la Sicile, la Sardaigne et la Corse, semble un lac romain. Dans l'Adriatique, les Romains répriment énergiquement la piraterie, et s'établissent sur la côte d'Illijrie; la Grèce les accueille comme des sauveurs. — Rome étend son empire continental comme son empire maritime. Maltresse de l'Italie péninsulaire, elle n'a pas encore pénétré dans la Gaule Cisalpine, mais elle convoite ce riche pays, qui assurerait son approvisionnement, et qui lui donnerait pour rempart les Alpes, ses frontières naturelles. Braves jusqu'à l'héroïsme, maisdivisés, indisciplinés, à demi barbares, les Cisalpins font trembler l'Italie : ils franchissent l'Apennin, mais Rome ordonne une levée générale; les Italiens, déjà transformés, mettent en elle leur salut; trois armées sont envoyées au-devant des Gaulois, et les anéantissent près du cap Telamoie (225); puis les légions envahissent la vallée du Pô, et s'en emparent après une lutte terrible; de fortes colonies. Plaisance, Crémone, Modène, sont aussitôt fondées pour garder le pays; la voie Flaminienne>

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poussée jusqu'à Ariminum, fraie aux légions lo passage d'une mer à l'autre à travers l'Apennin. — A la môme époque, les Romains BOumetten* la petite presqu'île de l'Istrie, pour relier l'Italie à l'Illyrie (221).— L'Italie entière paraît conquise, quand éclate la deuxième guerre punique.— Pendant que Rome se fortifie, Cartilage traverse la terrible dise de la guerre inexpiable contre ses mercenaires et ses sujets révoltés (V. Guerres) ; mais Hamilcar la dédommage de ses pertes par la conquête fie l'Espagne.

Deuxième guerre punique (219 201^. — La deuxième guerre punique est plutôt un duel entre llannibal et Rome qu'une lutte nationale entre deux peuples; Hannibal, grâce à son génie, remporte les plus éclatantes victoires, mais Home linit par triompher, grâce à la force de ses institutions.

lre période (219-216). Défaites de Rome. — Hannibal, fils aîné d'Hamilcar, met à exécution les projets de son père; il s'attache d'abord son armée et entraîne Cartilage à la guerre par la prise et le pillage de la grande ville de Sagonte en Espagne (219); Rome, alliée de Sagonte, déclare la guerre à Carthage, et Hannibal se met en marche aussitôt avec une formidable armée d'Africains et d'Espagnols; décidé à envahir l'Italie par le nord, pour rallier les Gaulois, il choisit la route de terre, franchit YEbre au printemps de '21*, soumet le pays (la Catalogne d'aujourd'hui), traverse les Pyrénées au col. de Perthus, passe à Nurbonne et à Nimes, franchit le Rhône près d'Orange, puis, évitant l'armée de Scipion, gagne les Alpes par la vallée de l'Isère, du Drac et de la Romanche, et force enfin le col du mont Genèvre, malgré les hommes et la nature (septembre 218). De 59 000 hommes il ne lui reste que 20 0Ù0 fantassins et <'. i00 -avaliers, mais il a pour champ de bataille l'Italie. Descendu des Alpes, il rejette les Romains au delà du Pô par la victoire du Tess-in, et au delà des Apennins par celle de la Trébie (218 ; les Cisalpins, qui voient en lui un vengeur, grossissent son armée de 60 000 hommes. Entré en Étrurie, il anéantit au lac Trasimène l'armée du consul Flaminius (217); forcé de ménager son armée, il se détourne de Rome, et essaie de soulever l'Italie comme la Cisalpine, mais toutes les villes lui ferment leurs portes : les Italiens, par haine de Carthage, restent fidèles à Rome. Hannibal remporte encore dans la plaine de Ca/ities, en Apulie, une prodigieuse victoire (216 : il réussit à détacher de Rome la grande ville de Capoue et la B'isse-Italie (moins les cités grecques et les colonies romaines) ; mais Rome, oubliant ses querelles du forum, va se relever par une incomparable énergie; Carthage, qui craint de se donner un maître, n'envoie à Hannibal que des secours dérisoires, et les 6000 hommes qu'il a perdus pour vaincre sont moins aisément remplacés que les 70 000 morts romains.

2e période (216-201). Revanche de Rome. — Abandonné de sa patrie. Hannibal essaie d'augmenter ses ressources par des alliances, mais les Romains tiennent tête à la coalition : leur habile politique réduit P/til/ppe de Macédoine à l'impuissance; Marcellus s'empare de Syracuse après un siège de deux ans (212); les Gaulois sont devenus indifférents; Cntns et Publius Scipion retiennent en Espagne les frères d'Hannibal, Hasdrubal et Magon; vaincus et tués en 212, ils sont vengés par Publius Scipion, fils de Publius. Hannibal lui-même échoue dans la guerre de sièges à laquelle il est réduit, et Capoue. qu'il ne peut, sauver, est prise «t détruite (Vil). Hasdrubal, échappé de l'Espagne malgré Scipion, descend en Italie avec 52 0iO hommes, et y soulève les Ligures : s'il joint son frère, Rome est perdue; mais attaqué par les deux consuls au passage du Me taure, il est tué et

son armée exterminée (507). Hannibal so renferme, dans le Bruttium, réduit à la défensive, mais inexpugnable. Les lîoma'ms, pour l'arracher de ce

repaire, transportent la guerre en Afrique ('Oil; Carthage, forcée de se défendre, se réveille, mais trop tard; son allié Syphax, roi des MassésylieiM, est vaincu par Scipion, et détrôné par Mastnissa, Numide allié de Rome. Hannibal, appelé par sa patrie en danger, quitte l'Italie la rage au cœur, débarque à Leptis, et est battu à Zama par Scipion et Masinissa (202). Carthage, sans armée et sans approvisionnements, obtient la paix à des conditions désastreuses : elle renonce à ['Espagne et à toutes possessions hors d'Afrique : elle ne fera jamais la guerre sans la permission de Rome; elle livre ses vaisseaux et ses éléphants; elle paiera par an 200 talents (201). Descendue an rang de tributaire, Carthage a perdu son indépendance politique.

Conijuêtedu monde (200 50 av. J.-C. . — 1" période (200-172. — Victorieuse de Carthage, Rome poursuit les alliés d'Hannibal, et châtie les peuples rebelles. — En Orient ses victoires sont faciles. Le roi de Macédoine, Philippe, allié d'Hannibal, est attaqué le premier; vaincu à la bataille de Cynocéphales, où la légion triomphe de la phalange (197), il traite à des conditions désastreuses : sa flotte est réduite à cinq vaisseaux, son armée à cinq mille hommes; il paie un tribut, et livre son fils comme otage. Le consul vainqueur, Flamininus, se fait habilement passer pour le libérateur de la Grèce (196). — Le roi de Syrie ântioehus III, décidé à la guerre par Hannibal, s'allie aux Etoliem et tente de les joindre à travers la Grèce ; mais il est vaincu aux Thermopyfes (191), puis les Romains détruisent ses flottes, le poursuivent en Asie, et le battent à Magnésie (19o) : ils lui enlèvent ses éléphants, ses vaisseaux, ses trésors, et donnent ses possessions d'Asie Mineure à leur protégé Eumène, roi de Pergame. — Les Galates, peuple d'origine gauloise établi en Asie Mineure, sont punis de l'alliance qu'ils ont prêtée au roi de Syrie : vaincus au mont Olympe, ils sont contraints de s'allier au roi de Pergame (189). — Les Etolien<, après avoir bravé trois ans la puissance romaine, sont vaincus et achètent la paix (189). — Enfin Flamininus délivre Rome de Philopœmen et d'Hannibal (183) : l'Orient est soumis à l'influence romaine.

Rome soutient en Occident des luttes plus difficiles : YEspagne, menacée d'être réduite en province romaine, se lève en masse pour défendre son indépendance (197) ; héroïque, mais divisée, elle est vaincue à Empories ( 1 95), à Tolède (185), et forcée jusque dans ses montagnes; la Celtibérie, réduite par Sempronius Gracchus, est soumise au protectorat de Rome, et l'Espagne paraît conquise (178). — La Cisalpine, qui a répondu à Zama par la destruction de P aisance, paie chèrement sa fidélité à Hannibal : elle tient tête pendant dix ans à quinze consuls, mais la discipline des légions l'emporte ; Plaisance est repeuplée; des colons s'établissent à Bolo/ne, à Parme, à Aquilée ; la voie Emilienne, prolongement de la voie Flaminienne, fraie le chemin de l'Istrie, et la voie Anrélienne celui de la Ligurie. — L'Istrie, la Corse et la Sardaigne, qui se sont soulevées, sont durement ramenées à l'obéissance (175).

2« période (172-118). — - En Orient la Macédoine, qui n'accepte pas sa déchéance, se prépare en secret à la guvrre. Après la mort de Philippe, Perse'e, brûlant de venger sa patrie, tente une entreprise au-dessus de ses forces; ses projets de coalition échouent ; resté seul en face des Romains (172), il les bat deux fois; mais, attaqué par Paul-Emile, il est écrasé à Pyiina, où la

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phalange livre son dernier combat (168) ; la Macédoine est morcelée, et Persée meurt en prison. Les autres rois de l'Orient, rois de Bithynif, de Syrie, de Cappadoce, ù'Euypte, de Pergame, tremblent et s'humilient lâchement. La Macédoine, qui s'agite encore à la voix d'Andriscos, est réduite par Métellus en province romaine (146) : la voie Egnatienne joint Dyrrachium à Thessalonique. — La ligue Achéenne, qui, après avoir aidé les Romains, ne veut pas d'eux pour maît-es, retrouve quelque courage avec Critolaos et Diœos, mais elle est écrasée à Lew^pétra par Mummius; Corinthe est détruite, et la Grèce entière devient la province d'Achaïe. — Jaloux de la prospérité renaissante de Cartilage, le sénat romain, où domine l'influence de Caton, excite contre elle Masinissa; les Carthaginois, exaspérés, se défendent malgré l'ordre de Rome ; aussitôt Scif.ion Emrfien paraît devant leurs murs (149 , leur offre la paix en échange de leur soumission, puis, quand il les a désarmés, il annonce que la vide sera rasée : Carthage, régénérée par le désespoir, improvise un nouvel armement, soutient un siège de trois années, se défend de rue en rue, et succombe avec gloire ; la ville est bi ûlée, et le territoire carthaginois devient laprovince d'Afrique (146). — L Espagne, qui s'est soulevée de nouveau en 153, résiste avec acharnement : le roi barbare Viriathe inflige aux Romains défaite sur défaite (148-140), mais il périt assassiné; la petite ville de Numanee, sur le Douro, défendue par 8( 00 hommes, repousse toutes les attaques pendant huit ans, mais Scipion Emilie», envoyé contre elle avec GO 000 hommes, la bloque et la réduit, par la famine (133); l'Espagne se soumet, et la domination romaine s'étend jusqu'à l'Atlantique. — En Orient les Romains réclament le royaume de Pergame comme un héritage qui leur est dû, s'en emparent malgré Ansionic, et en font la piovince d'Asie (12y). — La Gaule transalpine est entamée à son tour. Appelés par Marseille, les Romains soumettent d'abord la côte entre les Alpes et le Rhône (125), puis étendent leur nouvelle province, la Narbonnaue, jusqu'au lac Léman et jusqu'à la Garonne; des colons s'établissent à Nn> bonne. La conquête de la Gaule est commencée, et l'Espagne est reliée à l'Italie.

3e période (118-63). — Jugurthn , à qui son oncle Micipsa a laissé le tiers de la Numidie (118), ne se contente pas de sa part, et prend celle de ses deux cousins (112). Devenu un voisin dangereux, il détourne quelque temps par son or la colère de Rome, puis il achète plusieurs armées envoyées contre lui. Métellus, incorruptible, le bat au Muthul ( 10>), mais ne peut l'atteindre dans le désert. Marius, ennemi de Métellus et de la noblesse, obtient du peuple la conduite de la guerre ; Jugurtha et son beau-père Bocchus, roi de Maurétanie, sont vaincus et réduits (106); Bocchus s'humilie, livre Jugurtha, et reçoit une partie de ses dépouilles; la province romaine d'Afrique s'agrandit de la Numidie orientale.

Mais l'Italie est menacée d'une formidable invasion : 300 000 Cimbres et Teutons, sortis de la Germanie, ont écrasé six armées romaines (113- 105). et mis la Narbonnaise à feu et à sang. Marius. réélu consul avant le temps, est envoyé d'Afrique en Gaule; il profite de l'incursion des barbares en Espagne pour aguerrir son armée de recrues, et pour fortifier ses positions le long du Rhône, et quand les Teutons se présentent, il les anéantit à PourHères, près d'Aix (102). Les Cimbres, qui, après un grand détour, ont pénétré en Ralie par le col du Brenner. font reculer une armée romaine, et ravagent la Transpariane; mais, au lieu des Teutons qu'ils attendent, Marius paraît devant eux, et les massacre à Verceil

(101). Le sauveur de l'Italie rapporte à Rome unerenommce immense.

La guerre de Jugurtha et l'invasion des Cimbres, puis les guerres civiles, qui absorbent l'activité de Rome, permettent au roi de Pont, Mithridate, de conquérir peu à peu l'Asie Mineure, y compris la province romaine (120-88', d'y massacrer la population romaine, et de soulever en Grèce le parti démocratique (88). — Mais Rome, libre enfin d'agir, donne la conduite de la guerre à Sylla (87) : Athènes, qui s'est alliée à Mithridate, est prise et pillée (86) ; les armées asiatiques débarquées en Grèce sont battues à Chéronée (86) et à Orchomène (85); l'Asie Mineure est déjà lasse de son nouveau maître, et Sylla, passé en Troade, dicte au roi de Pont ses conditions (84). — Mithridate, qui cherche à se venger, s'allie à Sertorius (V. cidessous) et au roi d'Arménie Tigrane, brouillé avec Rome; mais Lucutlus le bat, le chasse devant lui de ville en ville, lui enlève sa capitale Sinope, le force à fuir en Arménie, l'y poursuit aussitôt et détruit les armées de Tigrane (74-67).

— Pompée, après avoir détruit les pirates (67), remplace en Asie Lucullus (86), et organise habilement la domination de Rome: devant lui Tigrane s'humilie, et Mithridate se tue (63); le Pont, la Cilicie et la Syrie sont organisés en provinces romaines ; le reste de l'Asie Mineure, morcelé, est placé dans la dépendance de Rome, et V Arménie seule garde assez de force pour arrêter les Partîtes.

4e PÉniODE. — Conquête de la Gaule (58-51).

— La Gaule, avant César, ne forme pas une nation ; elle est divisée en trois grandes régions ; Y Aquitaine, entre les Pyrénées et la Garonne, la Celtique, entre la Garonne et la Seine; la Belgique, entre la Seine et le Rhin : l'Aquitaine comprend 9 peuples, la Celtique 36, la Belgique 15. Ces 60 Etats ne sont unis entre eux ni par un lien fédéral, ni par une autorité supérieure, ni par lidée nette dune patrie commune ; ennemis les uns des autres, ils se font des guerres acharnées. Ils n'ont de commun que la religion ; les Druide<, confrérie d'initiés dont le centre est en Bretagne (Angleterre), ont un chef unique. — La Gaule manque d'unité sociale comme d'unité politique : chaque Etat est lui-même divisé: dans les champs, des esclaves innombrables, des hommes attachés au sol et des clients; au-dessus d'eux, sans intermédiaires, les nobles, maîtres des terres, et les Druides, maîtres des âmes. Dans les villes, peu peuplées, des esclaves, quelque populace et des riches tout- puissants. L'énergie des Gaulois se perd dans les agitations de la guerre civile (V. Gaule).

Envahie par les Suèves, menacée par les Helvètes, la Gaule implore le secours de Rome (58). Jules César est envoyé pour la sauver. — Dans la lre campagne (58), il bat les Helvètes au passage de la Saône et près de Bibracte, et les force à rentrer dans leur pays, puis il se tourne contre Arioviste, chef des Suèves, et le rejette au delà du Rhin. — Dans la 2e campagne (51), César marche contre les belges soulevés, et les bat sur l'Aisne et sur la Sambre, pendant que Crassus soumet une partie de l'Armorique. — Dans la 3e campagne (56), César réduit l'Armorique, pendant que Crassus conquiert l'Aquitaine. — Dans la. 4e campagne (55), César taille en pièces des envahisseurs germains, et pousse jusqu'au delà du Rhin, puis il fait une expédition dans l'île de Bretagne; la Gaule n'a plus de secours à attendre de ses voisins. — Dans la 5e campagne (54), César passe une seconde fois en Bretagne; à son retour, la Gaule semble soumise, et les légions se dispersent pour vivre, mais une terrible insurrection éclate tout à coup en Belgique : la légion de Sab'mus est massacrée par l'Lburon Ambiorix; celle

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de Q. Cicéron, chez les Nerviens, est assiégée par plusieurs peuples, mais elle est délivrée par César, qui bat les Nerviens ; Lubiénus, attaqué par les Irévères, les met en déroute et tue Indutiomare. — Dans la 0e campagne (53), César triomphe d*une troisième insurrection belge, mais il ne peut atteindre Ambiorix. — La T campagne (b'1) décide du sort de la Gaule. Les Gaulois, qui se sentent conduis, s*unisscnt, mais trop tard. Vercingétorix, roi des Arvernes. groupe autour de lui la plupart des Etats, celtes ei belges; la résistance est organisée avec activité. Avaricum (Bourges) ne succombe qu'après une résistance héroïque ; Vercingétorix, assiégé à Gergovia par César, repousse ses assauts et le force à la retraite; si Labiénus bat une armée gauloise à Lutrtia (Paris , d'un autre côté les Eduens font défection, et Vercingétorix, plus puissant encore après l'assemblée de lîibracte, prépare une attaque contre la Narbonnaise ; mais il est battu par César et enfermé dans Alésia (Alise-Sainte-Reine en Bourgogne, et non Alaise en Franche-Comté) : toutes les sorties sont repoussées: l'armée de secours est détruite ; vaincu par la famine, Vercingétorix se rend à César. La chute d'Alésia est le signal de la défaite définitive. — Mais une 8e campagne (51) est nécessaire pour pacifier la Gaule: au Nord les Bellovaques, les Eburons, les Trévères sont réduits; à l'Ouest les bandes de Damnaeus sont taillées en pièces ; au Sud Uxe/lodunum (Puy dissolu ?) succombe après la défaite de Drapnès et de Luciéiius. — La Gaule pacifiée, César s'attache à faire oublier la guerre.

Pendant que César se couvre de gloire en Gaule, les Parties détruisent l'armée de Crasus (53).

Administration des provinces. — Dans les derniers temps de la République, l'Italie, qui ne forme plus qu'un seul Etat, est entrée dans la cité romaine (V. ci-dessous) ; les provinces ne font encore partie que de Y empire de Rome; elles n'ont plus leurs lois propres et n'ont pas encore les lois romaines ; chaque province est divisée en cercles, ayant chacun une ville comme centre : ces villes conservent une certaine autonomie administrative ; la province est gouvernée par un ancien préteur {propréteur), ou par un ancien consul (proconsul); leur pouvoir, annuel en principe, peut être prorogé jusqu'à six ans; le gouverneur a des licteurs et des troupes, lève des contributions, et juge au civil et au criminel; il est assisté d'un questeur (trésorier), et d'un ou plusieurs légats. Les provinciaux aspirent à sortir de cette sujétion et à devenir citoyens romains •comme les Italiens.

Histoire Intérieure de la République.

Lutte entre les deux ordres. — La plèbe. — L'aristocratie, maîtresse du pouvoir, le conserve plusieurs siècles par un mélange de résistance et de concessions, mais elle est attaquée sans relâche par la plèbe, qui grandit sans cesse, et que ne retiennent plus les anciennes croyances. — Le pouvoir des patriciens ne reste pas longtemps absolu : les clients, qui, depuis Servius, sont mêlés aux plébéiens dans les centuries, commencent à. se détacher de la gens, et une partie d'entre eux entrent dans la plèbe pour être libres ; il est vrai qu'en même temps des plébéiens, appauvris et réduits à. emprunter, se résignent à devenir les clients des patriciens, et à renforcer malgré eux les génies; mais d'autre part, une partie de la plèbe, enrichie peu à peu par l'industrie et le commerce naissants, s'élève au dessus des classes inférieures, et devient une seconde aristocratie. La plèbe, longtemps abjecte et méprisée, sans organisation, tenue hors de la société, hors de la loi, hors de la religion, va se fortifier, s'organiser,

et conquérir lentement l'égalité civile, l'égalité politique, l'égalité religieuse.

Eiublistement du tribunat (498). — Désespérant de vaincre les résistances patriciennes, toi plébéiens quittent la ville, et se retirent sur le Mont-Sacré (493 ; légende de Ménénius Agrippa). Le sénat, qui a besoin d'eux comme soldats, les ramène par une grande concession : la plèbe obtient quatre chefs tirés de son sein, deux tribun* et deux édiles. Le tribun n'est ni prêtre, ni magistrat, mais il est inviolable (sacro-saint); il n'est d'abord nue le juge des différends entre plébéiens, et leur protecteur contre les patriciens, mais, grâce à son inviolabilité, il convoque les comices, siège au sénat, propose des lois, brave le patriciat (exil de Corinlan ; loi agraire de Spurius Cas-ius; mort du consul Ménénius). Les édites, auxiliaires des tribuns, sont chargés de la police, des jeux publics et ûaYannone (service des subsistances). En môme temps, la plèbe se réunit en assemblées délibérantes dans les comtes par tribus, où elle fait des décrets pour son usage, les plébiscites. Les deux ordres, plèbe et patriciat, forment légalement deux peuples distincts, unis seulement dans les comices centuriates et à l'armée. — Cependant, la société romaine n'a encore rien de démocratique ; les tribuns, loin d'être des démagogues, représentent non les classes inférieures, mais la plèbe riche, qui commence à s'allier au patriciat par des mariages ; les comices par tribus ne sont démocratiques qu'en apparence, parce que les tribus urbaines, formées des pauvres, sont annulées par les tribus rustiques, plus nombreuses, où dominent les propriétaires; les plébéiens pauvres marchent d'ailleurs à la suite des plébéiens riches ; les prolétaires n'ont pas plus d'influence que par le passé ; la lutte est entre l'aristocratie de naissance et l'aristocratie de richesse, et non pas entre les riches et les pauvres : c'est pourquoi elle est peu sanglante.

Conquête de l'égalité civile (449). — Les deux ordres mettent deux siècles à se fondre. La plèbe, qui, dans toute cause où figurent des hommes des deux ordres, est, jugée par des patriciens, suivant des lois connues d'eux seuls et gardées dans les temples, commence par réclamer un code fondé non plus sur la religion, mais sur l'intérêt général. — Aux efforts du tribun Térentillus Arsa 462), le sénat s'oppose pacifiquement, et une partie des patriciens par la force (Céson) ; le sénat, forcé aux concessions, élève le nombre des tribuns à dix, deux pour chaque classe de plébéiens propriétaires (457;, et charge dix magistrats patriciens (décemvirs) de rédiger un code (4.51). — Les premiers décemvirs gouvernent avec sagesse et rédigent dix tables de lois: les deuxièmes décemvirs, dont le principal est Appius Claudius, publient deux tables de lois iniques, et favorisent une réaction violente; mais une partie des patriciens mêmes les abandonnent; le crime d'Appius amène sa chute et celle de ses collègues (449). — Les deux dernières tables sont corrigées, et la loi des Douz" tables, applicable aux deux ordres, sorte de transition entre les traditions saintes et le droit proprement dit, est acceptée par les comices centuriates. La plèbe a conquis l'égalité dans la vie privée. Rome a encore deux classes, mais elle n'a plus qu'un peuple.

Conquête de l'égalité politique (trois dates principales: 443 ; 3G(> ; 339). —Après une série de lois secondaires, qui diminuent déjà les privilèges politiques des patriciens, les tribuns réclament le partage des magistratures. Les patriciens, forcés à de nouvelles concessions, démembrent le consulat en deux parties, la censure et le tribunat consulaire (443) ; la censure, fonction

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religieuse qui consiste principalement à faire le cens, c'est- !i-dire à répartir les citoyens parmi les classe*, est réservée aux patriciens; le tribunat consulaire, inférieur au consulat, non seulement par l'institution de la censure, mais aussi par le nombre des tribuns consulaires, qui sera porté jusqu'à six, est déclaré accessible aux plébéiens.

Le principe de l'égalité triomphe, mais la nouvelle constitution ne passe que lentement dons la pratique ; le patriciat se défend pied à pied, et ne cède qu'à la dernière extrémité. — En 421, la questure devient accessible aux plébéiens, et les questeurs, jusque-là nommés par les consuls, sont élus par les comices par tribus, dont l'importance croît de jour en jour ; le nombre des questeurs est porté à quatre. — En 400, les plébéiens réussissent enfin à élever quatre des leurs au tribunat consulaire. — La lutte, interrompue par l'invasion des Gaulois, reprend aussitôt après leur départ ; les patriciens sont abandonnés de leurs derniers clients : il n'y a plus en face les uns des autres que des patriciens, dont le nombre diminue à chaque guerre, et des plébéiens renforcés non seulement par les clients, mais encore par les Italiens fixés à Rome. — La décadence du patriciat est désormais rapide ; la plèbe riche réclame le rétablissement et le partage du consulat; la plèbe pauvre, indifférente à la politique, demande seulement une distribution de terres, et la réduction des dettes ; les tribuns Licinius Stolon et Se '«, qui représentent les riches, convoitent avaiu tout le consulat, mais ils proposent les autres réformes pour être soutenus par la plèbe entière : grâce à cette tactique, ils l'emportent après une lutte de dix ans, où cette fois le sang coule ; la plèbe aura désormais un consul sur deux (3GG). — Mais, en même temps, une magistrature nouvelle et exclusivement patricienne, la préture, est créée, pour deux raisons : 1° parce que l'accroissement de la population et les progrès de la puissance romaine nécessitent de nouveaux magistrats ; 2° parce que les patriciens veulent regagner une partie de ce qu'ils ont perdu. Le préteur est une sorte de vice-consnl, et à la fois le juge souverain dans toutes les affaires civiles ; en entrant en fonctions, il publie un édit où il fixe les règles qu'il suivra dans sa juridiction; les édits du préteur constitueront le droit nouveau.

Les patriciens, qui conservent encore la dictature, s'en servent quatorze fois en vingt ans pour influencer les élections, et les plébéiens n'arrivent au consulat que huit fois en vingt-sept ans ; la plèbe et l'armée s'insurgent (341), et arrachent au sénat d'immenses concessions : les deux consuls pourront être plébéiens; les plébiscites seront obligatoires pour tous ; le vio législatif du sénat est aboli. — La censure, devenue la première charge municipale, est partagée entre les deux ordres par la loi de Publilius l'hilo (3:59) ; et deux ans après (337), la préture est partagée ; le procunsu at, magistrature nouvelle créée en 32(i pour décharger les consuls, est dès l'origine accessible aux plébéiens. — Enfin le sénat lui-même, ouvert aux anciens magistrats, consuls, censeurs, préteurs, questeurs, édiles curules, et aux tribuns, se remplit de plébéiens, et les patriciens y sont bientôt en minorité fin du ivc siècle). L'égalité politique est complète entre les deux ordres, ou plutôt le privilège est maintenant du côté des plébéiens, qui ont fermé aux patriciens le tribunat.

Conquête de l'égalité religieuse (300). — Les patriciens gardent encore quelque temps la supériorité religieuse, mais la plèbe réclame le partage des iacerdoces politiqws, et en 300 elle obtient pour elle la moitié des pontifes et des augures; l'antique religion tombe comme est tombée l'ancienne famille [yens] et l'ancienne cité; les ins-

titutions sont fondées, non plus sur la religion, mais sur l'intérêt public (respublica) ; le patriciat n'est plus qu'un nom.

Formation de la noblesse. — Le nouveau régime n'est pas encore démocratique. Le patriciat renversé, une nouvelle aristocratie s'élève, la nobe<se (iiobilitos), composée du peu qu'il reste de familles patriciennes, mais en majeure partie de familles plébéiennes arrivées par l'exercice de magistratures curules : le non noble (ignoôilis) qui devient censeur, consul, préteur, etc., porte le titre d'homme nouveau (homo novus) ; il n'est plus appelé ignobilis, mais il n'est pas noble encore ; son fils est noble à une image, parce qu'il place dans son atrium le buste de son père; une famille est d'autant plus noble qu'elle a plus d'images. — Au-dessous de la noblesse se trouve Y ordre équestre, aristocratie de deuxième ordre, constituée par les familles riches qui n'ont pas exercé de magistratures, et qui se livrent à l'agriculture, au commerce, à la banque, etc. — Il n'y a rien de commun que le nom entre cet ordre équestre etles chevaliers de l'époque primitive : autrefois les chevaliers étaient surtout des cavaliers, organisés en centuries (compagnies) ; aujourd'hui ils ne servent plus en corps ; à la guerre ils sont officiers; mais leur caractère militaire s'efface, et l'ordre équestre ne sera bientôt plus qu'une classe riche de commerçants et d'hommes d'affaires.

Causes de la révolution. — Puissance de la noblesse au m0 siècle. — Maîtresse du sénat et de l'ordre équestre, l'aristocratie de richesse gouverne Rome. Les dangers de la première et de la deuxième guerre punique ne font que la fortifier en donnant au sénat une véritable dictature. — Son pouvoir est cependant moins durable que celui du patriciat, parce que la richesse excite l'envie plus que le respect; les pauvres commencent à désirer l'égalité, et les classes moyennes la réclament. — Attaquée par le parti populaire, la nouvelle aristocratie, loin de se fortifier, s'affaiblit de jour en jour : devenue la classe militaire à l'exemple du patriciat qu'elle remplace, elle est décimée à chaque guerre.

Mais la démocratie met plus d'un siècle à l'emporter. Si les privilèges ne sont pas autorisés en principe, les avenues du pouvoir sont occupées par les nobles, et les procédés de gouvernement demeurent aristocratiques. La censure, qui a la juridiction des mœurs, et qui classe les citoyens, est devenue entre les mains des nobles un puissant instrument. Si la dictature a été supprimée, en fait le sénat en a le pouvoir. Des règlements compliqués rendent les magistratures inaccessibles aui pauvres. La réforme des comices centuriates, vers 241, est théoriquement une grande victoire de la démocratie : désormais les affranchis y voteront comme les hommes libres; il sera établi 373 centuries; chaque classe censitaire aura le même nombre de centuries, et par conséquent dévotes ; la majorité étant de 1 87, le vote devra être continué au moins jusqu'à la troisième classe, ainsi, au lieu d'avoir la moitié des voix, les riches n'en ont plus guère que la cinquième partie. Mais, en fait, les nobles réussissent à garder la prépondérance, grâce au pouvoir absolu du censeur, qui compose les centuries arbitrairement, giàce aussi à leurs immenses richesses, qui leur permettent d'acheter les suffrages ; les riches viennent aux comices avec une suite nombreuse de créatures : une nouvelle clientèle s'est formée, et la corruption de la populace est érigée en système. — La ruine des petits propriétaires et le nombre croissant des affranchis hâtent cette décomposition. — Les comices par tribus, qui ont pris une grande extension, ne sont pas non plus aussi démocratiques qu'ils le paraissent : sans doute il

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n'y est pas fait légalement de distinction de richesse, mais les affranchis et les pauvres, en un mot, la populace, restent relégués dans les quatre tribus urbai?ies : les :;i tribus rustiques sont formées par la classe moyenne et parla classe riche. — Les tribuns eux-mêmes sont souvent des nobles, et toujours des riches qui ambitionnent les hautes magistratures. — En résumé, le peuple n'est souverain qu'en théorie : en réalité la noblesse règne et le sénat gouverne ; la république est oligarchique.

Conséquences fies conquêtes. — Le monde vaincu se venge en corrompant Home. La double invasion du scepticisme grec et des cultes orientaux ruine les antiques croyances : une infâme association, celle des Bacchanales, est découverte en 186; les liens de la famille se relâchent: le patriotisme s'affaiblit; l'argent est tout. L'excès de la richesse produit la dépravation des mœurs, l'accroissement de lVsclavage, la vénalité des pauvres. — Pour la littérature, V. Latine {Littérature).

Tentatives de réformes (lre partie du deuxième siècle). — Entre l'aristocratie égoïste et la populace envieuse se forme un parti qui se propose de relever la classe moyenne, et qui lutte à la fois contre les nobles et contre les démagogues : à la tête de ce parti est Ca/on, homme nouveau, qui fait de sa vie un long combat, et qui passe pour le type du vieux Romain. A la tête de la noblesse est Scipion l'Africain, le vainqueur de Zama. — La lutte s'engage entre ces deux hommes qui représentent des intérêts opposés, et Caton, « à force d'aboyer », réduit Scipion à 1 exil (186); élu censeur en 18 i, après la découverte des Bacchanales, il use de son pouvoir avec énergie; ennemi de la noblesse, il la rappelle sévèrement au respect des lois; ennemi de ['esprit nouveau, il attaque les mœurs grecques, l'élégance, le luxe, l'oisiveté, l'indiscipline, la corruption, et la philosophie qu'il rend responsable de toutes les nouveautés. Mais le mal est trop profond pour être guéri : la classe moyenne, déjà décimée par les guerres, est ruinée par la grande propriété et par le travail des csclnves ; elle fond de jour en jour au profit de la populace, et bientôt on ne comptera plus a Rome que ^UOO propriétaires.

Au milieu de cette décadence générale, quelques hommes, n'empruntant à la Grèce que les meilleurs de ses fruits, savent allier la culture littéraire au patriotisme, l'urbanité aux vertus romaines, l'esprit ancien à l'esprit nouveau : tels sont Paul-Emile, Scipion Nasica, Calpurnius Pison, Sempronius, père des Gracques, l'orateur Scaevola, et par dessus tout Scipion Emilie", honnête homme sans préjuges ni passions, l'ami de Polybe, de Panétius, de Lélius. Egalement ennemi de l'oligarchie avide et de la populace avilie, il semble avoir voulu, non pas régénérer la plèbe romaine, qu'il méprise, mais faire de VI- / une nation, où les petits propriétaires fissent équilibre aux prolétaires, et les travailleurs libres aux esclaves.

Dne révolution est inévitable. A Rome une pièbe énorme ; dans les champs des esclaves innombrables ; au-dessus, sans intermédiaire, l'aristocratie, maîtresse du gouvernement et de la terre. Rome, devenue un monde, ne peut conserver son antique constitution : les plêbtiens sont las de leur pauvreté, les Italiens de leur infériorité, les provinciaux de leur sujétion, les escluies de leurs misères.

La Révolution. — Les terres pub iques. — Les loi* agraires ne sont pas un accident dans l'histoire de Rome : il y en a eu sous les rois, sous la République, sous L'Empire. Une loi agraire est \i\ir lui relative à la propriété rurale ("ger). — Rome, qui s'est approprié les terres conquises,

dispose d'immenses territoires : elle laisse au* vaincus un tiers environ de leur sol, à liin cuire, ce qui veut dire qu'ils n'en sont pas propriétaires ; elle garde pour elle tout le reste : de (es terres publiques [nger publiais , les unes, vendues àdes citoyensou données à des colonies, deviennent propriétés privées; d'autres sont affermies par l'Etat au plus offrant ; d'autres enfin, stériles, vagues ou éloignées des centres, restent vacantes; les unes comme les autres sont accaparées par l> s riches romains ou italiens, parce que les terres affermées le sont par gros lots, et que les terres vacantes exigent pour être mises en culture un gros capital en argent et en esclaves ; les plébéiens n'ont pas part au domaine public ; il n'y a plus de place pour eux qu'à Rome, où ils vendent leurs votes.

Tentative de Tibérius Gracchus (133). — Tibérius Giacchus, tribun de la plèbe, n'est pas un démagogue : son père, Sempronius, est noble, et sa mère, Cornélic, patricienne. Sa loi agraire n'est pas démagogique; il propose principalement que personne ne possède plus de 500 arpents de terres publiques, et que par compensation ces 500 arpents soient donnés en propriété complète et non plus à titre précaire ; Tibérius ne restreint nullement la propriété piivée; il ne viole aucun droit, puisque les terres publiques appartiennent à l'Etat; son but est de reconstituer la petite propriété, et par conséquent la clause moy une. Mais les r.ches se considèrent comme les propriétaires du sol qu'ils occupent depuis longtemps, qu'ils ont défriché, cultivé, amélioré; les Italiens se plaigm.nt qu'on les dépouille au profit de la populace romaine; quant aux plébéiens, ils montrent peu d'empressement à quitter Rome pour les champs, et ne veulent pas être régénérés. Tibérius, dans les comices par tribus, réussit par sa popularité à faire déposer son collègue Octavius, qui s'est fait l'instrument des riches ; la loi passe, mais elle entre difficilement dans la pratique : Tibérius, vivement attaqué par l'aristocratie, blâmé de ses violences par Scipion Emilien, abandonné par la plèbe, est tué par ordre du sénat dans une sédition (133). 11 a voulu relever la classe moyenne, mais il est trop tard : elle n'existe plus.

Dans le même temps les esclaves siciliens se soulèvent et ont leur jour de vengeance, mais ils finissent par être vaincus; traqués comme des bêtes, ils périssent dans les supplices ( 134-1 41).

Tentative de C<<ïns Gracchus. — La plèbe regrette bientôt son inertie : elle réclame l'exécution de la loi de Tibérius, en charge trois commissaires [triumvirs,, dont Cuïus, frère de Tibérius, et leur donne un pouvoir absolu, qui paralyse le sénat et toutes les autorités légales. Scipion Emilien, qui seul tient en échec les triumvirs par sa grande influence, périt sans doute assassiné (I2'J.,, et les Italiens n'ont plus de protecteur. G.ius, nommé tribun (12-i), entreprend do changer toute la constitution : il n'est pas établi qu'il ait aspiré à la royauté ; ses intentions paraissent bonnes, mais ses réformes sont contradictoires et inapplicables. Ses lois agraires, qui établissent en Italie un grand nombre de colonies, mécontentent les Italiens qu'elles dépouillent; sa loi politique, qui leur donne le droit de suffrage, ne les apaise pas, et d'un autre côté irrite la plèbe, qui ne veut pas partager avec d autres la vente des \otes; sa loi frumentaire, qui assure aux prolétaires des distributions régulières de blé, épuise le trésor public et nourrit la paresse, sa lui judiciaire, qui donne le pouvoir judiciaire aux chevaliers au détriment des sénateurs, abaisse une oligarchie pour en une autre; enfin sa loi sur la rééligibilité des magistrats et particulièrement des tribuns parait la préparation du pouvoir personnel.

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Aussi se heurte-t-il à des obstacles sans nombre : il indispose contre lui tous les partis, aristocratie, plèbe, Italiens, chevaliers même : le peu de popularité qui lui reste lui est facilement enlevé par l'ambitieux tribun Livius Drusus, que le sénat paie pour flatter la plèbe ; Caïus, qui ne peut se faire renommer, redevient simple citoyen : aussitôt cité en justice par les nobles, menacé d'une arrestation, il tente un coup d'Etat avec ses partisans: un combat s'engage, et Caïus succombe comme Tibérius (121). — Les lois des Gracques sont abolies ou modifiées, et la réaction aristocratique dure jusqu'à la fin du 11e siècle; la noblesse et l'ordre équestre continuent de s'enrichir malhonnêtement, aux dépens des provinces; la populace s'avilit encore ; la misère s'accroît, et une seconde révolte des esclaves est noyée dans le sang (102-99). — V. Guerres servîtes.

Marins; Saturninus ; Drusus. — Les Gracques ont échoué dans leur tentative pacifique de révolution ; la plèbe a refusé de se relever; le temps des réformes est passé : les réformateurs vont être remplacés par des ambitieux, les émeutes par des guerres. — Marins, déjà aimé des prolétaires, et des Italiens, auxquels il a ouvert les légions, conquiert une popularité immense : né à Arpinum, il semble le défenseur naturel des Italiens; homme nouveau, il est l'espoir de la plèbe; vainqueur de Jugurtha et des Cimbres, il impose silence à l'aristocratie. — Mais il n'use de sa gloire que pour satisfaire son ambition et sa haine ds parvenu : il s'entoure de ses vétérans tout dévoués, flatte la plèbe, fait donner le tribunat et la piéture aux démagogues Saturninus et Glaucia, ses alliés (100), obtient pour lui un sixième consulat, réduit le sénat à l'impuissance, et Métellus à l'exil ; mais, une fois maître du pouvoir, il montre une telle incapacité politique que Saturninus et Glaucia se séparent de lui, et profitent de la déception de la plèbe pour la soulever et pour s'emparer du Capitule. Marius, isolé, se rapproche des nobles, se tourne contre ses anciens complices, et les laisse massacrer (100). Métellus revient en triomphe (99), et Marius méprisé de tous part pour l'Asie.

Après quelques années de réaction aristocraque, un réformateur mystérieux, un noble, le tribun Drusus, fils de l'antagoniste de Caïus Gracchus, projette de satisfaire les sénateurs par la re-iitution des tribunaux, les chevaliers par des pi. .ces au sénat, les pauvres par des terres, les Italiens par le droit de cité. Mais les nobles veulent être les seuls sénateurs, et les chevaliers les seuls juges; les pauvres se refusent à quitter Rome, et les Italiens à leur céder des terres. Drusus est assassiné par les chevaliers (91).

Gu-rre sociale (90-89). — La moitié des Italiens, las d'être exploités par Rome sans compensation, s'unissent, et réclament le droit de cité, les armes à la main : ils ont d'abord l'avantage; des consuls sont battus; et Marius, rappelé pour rendre à Rome la victoire, se rappelle que les Italiens ont été ses plus chauds partisans et les ménage. Mais son ancien lieutenant, le patricien Sylla, profite de cette inaction pour prendre le premier rôle et s'élever par l'armée ; il pousse activement la guerre, et fait changer la fortune. — En même temps le sénat se décide à des concessions: la loi Jidia accorde le droit de cité à tous les Italiens restés fidèles et à tous ceux qui viendront se soumettre, llcstés seuls, les Samnites et les Lucaniens sont écrasés ; le sénat, modéré dans la victoire, accorde à toute l'Italie le droit de cité par la loi Plaulia- Papiria iv89). Inscrits tous ensemble dans les quatre dernières tribus avec les prolétaires, les nouveaux citoyens n'ont pas de pouvoir politique, mais ils sont protégés par les lois romaines et ont le droit de propriété complète sur leurs terres, 2' Partir.

qui sont assimilées aux terres romaines par le droit italique. Quelques villes et quelques petits peuples repoussent l'offre de Rome ; d'autres, trop lents à se soumettre, sont traités en vaincus, mais la plupart acceptent avec joie les avantages qu'ils convoitent depuis si longtemps, et l'ensemble de l'Italie forme une nation dont Rome ne sera plus bientôt que la capitale.

Marius et Sylla (88-78). — Compromis aux yeux des Italiens comme aux yeux de la plèbe, Marius n'a plus d'alliés contre le parti des nobles et de Sylla; après une émeute, il est forcé de fuir jusqu'en Afrique (88). Mais le consul Cinna, son partisan, profite de l'absence de Sylla pour soulever la plèbe et les Italiens contre le sénat. Marius, à la tête d'un ramas d'esclaves, rentre à Rome (87), massacre les partisans de Sylla, prend possession du consulat pour la septième fois, et meurt maître de Rome (86).

Cependant Sylla, vainqueur de Mithridate, revient d'Asie, altéré de vengeance (83) ; Cinna et les autres chefs du parti populaire sont égorgés ou vaincus; une armée de 60 000 Italiens est écrasée à la porte Colline (83). Sylla, appuyé sur le sénat et sur ses 100 000 vétéran*, exerce la dictature (82-79). Il proscrit les riches de tous les partis, et confisque leurs biens pour satisfaire ses soldats, et établit par les lois cornéliennes une constitution oligarchique : les chevaliers perdent une partie de leurs terres et de leurs fermes, et sont dépouillés du pouvoir judiciav e, qui est rendu aux sénateurs ; les comices par tribus sont supprimés ; le tribunat de la plèbe est annulé ; la censure est abolie ; le sénat redevient tout puissant. — Mais une telle constitution n'est pas durable ; les soldats n'y sont pas attachés : ils ne sont dévoués qu'à leur chef. Sylla a seulement montré que l'armée peut changer la forme du gouvernement; le régime républicain n'existe plus que de nom; le règne des armées est venu.

Pompée; Sertorius; Sparfacus. — A l'époque de la mort de Sylla, il y a dans l'Etat romain quatre armées : aucune n'est l'armée de la République ; toutes quatre sont levées par des hommes qui ne sont pas magistrats, Lèpidus, Sertorius, Crassus et Pompée. Ces quatre ambitieux se mettent deux contre deux pour se combattre, et s'appuient, les deux premiers sur le parti populaire, les deux autres sur le sénat (7 7). — Pompée défend Rome contre Lépidus, le bat et le réduit à se tuer (77) ; puis il marche contre Sertorius, qui a soulevé l'Espagne, et, après une lutte longue et sanglante, Sertorius est assassiné et l'Espagne réduite (72). — De son côté Crassus combat en Italie les esclaves révoltés (73-71), et tue leur chef Spai'tacus (71). Pompée, revenu d'Espagne, achève de les dompter, et rentre à Rome en triomphe.

Restés seuls, Crassus et Pompée, qui ne cherchent qu'à fortifier leur pouvoir, s'entendent pour se concilier le peuple, et affaiblissent le sénat, qu'ils ont défendu ; la constitution de Sylla est détruite ; la censure et le tribunat sont rétablis ; enfin, grâce aux efforts de Cicéron, le pouvoir judiciaire est rendu aux chevaliers, après le procès de Verres. — Cette révolution, qui montre l'impuissance du sénat, est la préparation de la monarchie (70). — Investi de la dictature en (i7 pour combattre les pirates, continué dans ce pouvoir par la loi Manilia (66; pour réduire Mithridate, avec le droit de conclure des traités, Pompée est déjà un monarque absolu, excepté à Rome. Crassus, jaloux, s'est séparé de lui

Ciéron; Rullus; Catilma (63). — Pendant l'absence de Pompée, une dernière tentative est faite pour relever la République. Cicéron, sans abandonner le parti de Pompée, veut cependant

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« que les armes le cèdent à la toge » ; plein d'idées généreuses, il prêche l'humanité, l'apaisement, la conciliation, et cherche à créer un parti intermédiaire entre les nobles et les démagogues, le parti des honnêtes gens, dont le noyau sera Vorclre équestre. — Elu consul on 03, il a d'abord à lutter contre un tribun, derrière lequel se cache l'ambition de César, liul/us, qui réclame pour les pauvres des distributions de terres et d'argent, afin d'avoir le pouvoir absolu, que lui donnerait l'exécution du partage. Menacés dans leurs intérêts, les chevaliers rompent avec la plèbe, et se coalisent avec le sénat; la loi agraire est repoussée. Cutilina, ambitieux sans scrupules, qui n'est pas même un chef de parti, et qui n'est peut-être que le prête-nom de Crassus, exploite la déception de la plèbe, et forme une conjuration qui devait avoir pour but de renverser Pompée et de bouleverser les fortunes. — Démasqué par Cicéron, déclaré ennemi public, Catilina est contraint de fuir; ses complices de Rome sont exécutés,malgré les efforts de César,qui veut se rendre populaire; l'armée que Catilina réunit à la hâte est taillée en pièces, et il périt sur le champ de bataille. Cicéron a sauvé la République, mais seulement de Catilina.

Pompée, Crassus et César. — Revenu en Italie (62), Pompée, confiant dans sa force, se démet de ses pouvoirs militaires, et rentre dans Rome en particulier. Mais le sénat, qui ne le craint plus, relève la tête ; en même temps deux autres ambitions se produisent, l'une déjà ancienne, celle de Crassus, l'autre plus nouvelle, celle de César, en qui Sylla avait pressenti « plusieurs Marius ». Pompée aime mieux partager avec eux le pouvoir que de tout perdre (60) : un gouvernement illégal, appelé improprement le premier triumvirat, s'établit malgré les efforts du sénat, et surtout de Caton, qui, faute de comprendre les choses et les hommes de son temps, voit son honnêteté impuissante. Pompée est chargé d'exécuter la loi agraire, proposée par César ; César, après son consulat (59,, reçoit le proconsulat des Gaules ; Crassus obtient des avantages que l'histoire n'a pu préciser ; la République a trois maîtres.

Resté seul à Rome, Pompée semble encore tout puissant, mais il se laisse dominer et bafouer par un agent de César, le tribun Clodius, devenu maître dans Rome par sa popularité et par son audace : Cicéron est exilé pendant dix- sept mois ; Caton est envoyé à Cypre ; Rome est en proie aux sicaires. — D'un autre côté le sénat, enhardi par l'éloignement des armées, essaye de supprimer la loi agraire.

Réunis encore par le danger, les triumvirs resserrent leur alliance dans ïentrevue de l.ucques (56), et décident que chacun d'eux aura une armée; la plèbe ratifie leurs arrangements par un plébiscite; Pompée met une garnison au Capitole, et les sénateurs, réduits à l'impuissance, se divisent eux-mêmes en deux groupes : les uns, comme Caton, défendent une cause désespérée; les autres, comme Cicéron, se soumettent.

Pompée et César. — La mort de Crassus chez les Pannes met fin au triumvirat (53) ; César et Pompée, restés seuls en présence, deviennent ennemis, et la lutte s'engage non pas entre la monarchie et la république, non pas entre la démocratie et l'aristocratie, mais entre deux ambitieux armés du même pouvoir. — Après quatre années de rivalité sourde, Pompée, forçant la main au sénat, lui fait rendre un décret illégal, qui enlève à César son commandement (4'J). Aussitôt César franchit le Rubkon, c'est-à-dire qu'il sort de sa province avec son armée, pour marcher sur Rome. L'acte illégal de Pompée a entraîné celui de César. Pompée, qui n'est qu'un chef de faction, s'intitule le défenseur de la République, mais il est

impuissant à la défendre, et s'enfuit avec le sénat. César le domine de toute sa gloire; accueilli avec enthousiasme par les populations, il prend possession de Rome, et, après avoir réduit VE /"'• gne, Marseille et l'Italie, il poursuit son ennemi en Epire. Pompée y a réuni une nombreuse armée, mais il est vaincu à Pharsale, en Thessalie (48), s'enfuit en Egypte, et y périt assassiné. — César se détourne un instant pour battre les Egyptien*, et Pharnace, fils de Mithridate (47), puis, revenant aux Pompéiens, il les bat à Thqpsus, en Afrique (46), et à Munda, en Espagne ta ; tous les chefs pompéiens, Scipion, Caton d'L'tiquc, Labit nus, Cnéus Pompée, ont péri.

Dictature de César. — César, rentré à Rome en triomphe, est roi sous le nom de dictateur. Il laisse subsister le sénat et les comices, mais il est le maître au forum par son or et par son armée; il est le maître dans le sénat, qu'il compose à son gré; il concentre en ses mains les hautes magistratures : dictateur à vie, tribun à vie, iwperator, il a le pouvoir exécutif et financier, le pouvoir législatif, le pouvoir militaire. Il est déclaré dieu par le sénat; Cicéron lui-même subit le charme du vainqueur.

Le plus grand acte de la vie publique de César est une loi qu'aucun historien n'a mentionnée, et qui nous est connue par des inscriptions trouvées m llèraclée, en Bruttium (1732), et à Osuua en Espagne (1*70). Cette loi, appelée la loi municipale {lex Julia municipalis), donne à toute cité, en Italie ou au dehors, des tribunaux particuliers, une assemblée du peuple, un conseil municipal de décurions, sorte de sénat, des censeurs municipaux et des édiles pour administrer la villn et le territoire (45). — Ainsi la vie. publique, étouffée à Rome, se développe dans les provinces; César s'appuie sur les cités provinciales pour avoir raison de l'aristocratie à Rome; il sacrifie une oligarchie étroite pour prendre les intérêts de 80 millions d'hommes : il a inauguré la politique impériale.

Après avoir organisé le monde romain, César médite encore de plus grands projets, quand il tombe assassiné dans le sénat par Cassius et Brutus, le jour des ides de mars (44).

Octave et Antoine. — Après la mort de César, le sénat, inspiré par Cicéron, essaye de se concilier les deux partis : les uns obtiennent la confirmation des actes de César, malgré sa tyrannie; les autres, l'amnistie pour les meurtriers, malgré leur crime. — Mais le consul Antoine, qui convoite le pouvoir, soulève la plèbe contre les assassins, les contraint à fuir, et se croit tout puissant; le tyran est mort, mais la tyrannie vit toujours.

Tout à coup paraît avec une armée un jeune ambitieux, Octave, fils adoptif de César, et héritier de sa fortune : à la plèbe il promet de punir les parricides, au sénat de renverser le nouveau tyran. Cicéron, encore dupe, se lie à lui, lance contre Antoine ses éloquentes philippiques, fait donner à Octave un commandement légal, et applaudit à la défaite d'Antoine dans la guerre de Modène (43). — Mais Octave, vainqueur, réclame le consulat, et, sur le refus du sénat, il entre à Rome, se fait proclamer consul par les comices ; enfin, au lieu de poursuivre son rival vaincu, il accepte son alliance, et forme avec lui et avec un autre chef, Lépide, un deuxième triumvirat, vraie dictature à trois têtes (42). Le sénat est vaincu, l'amnistie annulée; Cicéron, abandonné par Octave, est mis à mort par Antoine ; chacun des triumvirs proscrit ses ennemis.

Le sénat dompté, Octave et Antoine se tournent contre Brutus et Cassius, qui se sont rendus maîtres de la Macédoine et de la Syrie à l'aide d'anciens soldats de Pompée ; les deux meurtriers sont vaincus à Philippe, et se donnent la mort (42). — Les deux vainqueurs excluent Lépide du

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triumvirat, et organisent un duumvirat ; mais Antoine, qui cherche du butin pour ses soldats, oublie Rome en voyant Cléopàtre, et la suit en Egypte. — Pendant ce temps Octave, forcé, lui aussi, de s'attacher ses soldats, leur distribue des terres et des villes au détriment des Italiens ; la femme et le frère d'Antoine, qui ont à se venger d'Octave, profitent de leur mécontentement pour exciter un soulèvement {guerre de Pérouse, 41) ; mais Octave rétablit l'ordre, et reste seul maître de l'Italie. — Antoine renonce à la lutte par le traité de Brindes, qui lui laisse l'Orient. — Le fils de Pompée, Sextus, forcé de négocier par ses soldats, signe le traité de Misène, qui lui laisse sa flotte et des îles (3L8j. — Une ère de paix semble s'ouvrir.

Fin du gouvernement républicain. — Octave n'a voulu que gagner du temps ; il réorganise son armée, construit une flotte et recommence la guerre. Sextus Pompée, battu sur mer, périt misérablement (35). — Lépide, qui relève la tète, est contraint de s'humilier aux pieds d'Octave. Les Alpes sont pacifiées, les pirates domptés, les brigands détruits : la sécurité renaît. La plèbe, reconnaissante, confère à Octave l'inviolabilité tribunitienne. — Pendant ce temps Antoine donne à la reine d'Egypte des provinces romaines, échoue honteusement contre les Parthes, et tombe à l'état de monarque asiatique.

Octave, maître au sénat comme au forum, fait enlever à Antoine le consulat et déclarer la guerre à Cléopàtre (31). Cléopàtre et Antoine, toujours unis, rassemblent toutes les forces de l'Orient, mais ils risquent à la légère une bataille navale près d'Actium (31 1, et s'enfuient au premier péril. Leurs flottes et leurs armées se rendent à Octave, leurs alliés les abandonnent ; Octave débarque ■en Egypte ; menacé de tomber en son pouvoir, Antoine demande lâchement la vie, retrouve quelque courage pour combattre, mais, trahi par Cléopàtre, il se tue ; Cléopàtre, qui n'a pu séduire Octave, se donne aussi la mort, pour ne pas être prise vivante, h' Egypte est réduite en province, et Je monde romain n'a plus qu'un chef.

PÉRIODE IMPÉRIALE (30 av. J.-C. — 476 ap. J.-C).

Organisation du gouvernement nouveau. — Après tant de guerres, les Romains ne désirent que la paix: le sénat est sans prestige et sans force ; la plèbe ne tient pas à se gouverner elle-même ; personne ne défend les anciennes institutions; la T< publique est tombée, etla monarchie s'impose. Octave reste quelques années dans une situation mal définie, mais le vainqueur d'Actium est le maître que toui le monde souhaite ; il ne reste qu'à organiser le gouvernement nouveau.

Le pouvoir impérial. — La loi royale de l'an 27, complétée dans les années suivantes {lex regia de imperio,, dont les historiens ne parlent pas, mais qu'on peut à peu près reconstituer à i'aide d'inscriptions postérieures, e-t le fondement légal de la toute-puissance des empereurs. Par cette loi le peuple et le sénat, rallié lui-même à la monarchie, investissent Octave du pouvoir impérial, sous le nom d'Auguste, mot qui poulies Romains désigne une dignité surhumaine. — Le pouvoir impérial n'est pas pour cela fondé sur le droit divin; il n'est que la réunion, au profit d'un seul homme, de dignités anciennes, jusquelà partagées entre plusieurs ; un seul maître remplace plusieurs maîtres. L'empereur ne cumule pas toutes les magistratures, mais il est revêtu de celles qui donnent l'autorité effective : Imperator, c'est-à-dire investi de Yimperium, il commande les armées, il a le droit de guerre et de paix dans tout l'Empire, et le droit de vie et de mort sur tous les habitants, citoyens, sénateurs

même ; il fait des édits qui durent autant que lui ; il est juge suprême et sans appel. — Investi de la puissance tribunitienne, il est inviolable (sacrosaint) ; il a les droits de veto et d'initiative. — Proconsul, il dirige ou contrôle le gouvernement des provinces. — Préfet des mœurs, il a le pouvoir des censeurs d'autrefois. — Souverain pontife, il tient toute religion dans sa main.

Enfin il lève les impôts, et il a le maniement des fonds. Il n'y a donc aucun pouvoir qui ne soit aux mains de l'empereur ; en lui réside la majesté, c'est-à-dire l'omnipotence ; on ne peut imaginer de despotisme plus complet.

Ni les comices ni le sénat ne sont supprimés par Auguste : les aigles continuent de porter S. P. Q. K (senatus populusque romanus) avec l'image de l'empereur. Mais le rôle u\;s comices se borne à acclamer les candidats officiels. Le sénat reste un corps aristocratique et considéré, où les riches arrivent par l'exercice d'une magistrature. Sans doute il ne paraît plus être qu'une sorte de conseil d'État ou de commission consultative, mais il conserve des attributions législatives, administratives, judiciaires, et il a deux droits nouveaux, qui seront souvent illusoires, le droit d'élire les empereurs et celui de les juger après leur mort; l'empire oscillera entre l'hérédité et l'élection.

Les magistratures de la République subsistent sous l'empire jusqu'à Dioclétien, mais elles sont plus nombreuses, et subordonnées à l'empereur. — Aux anciens magistrats sont ajoutés de nouveaux fonctionnaires, les deux préfets du prétoire, chefs des cohortes prétoriennes, sorte de garde impériale, le préfet de la ville, le préfet des vivres, le préfet du trésor, etc. Une sorte de conseil d'Étaf impérial est constitué sous le nom de conseil du prince. — La carrière administrative est fermée à l'ordre plébéien, qui s'avilit de plus en plus et se rapproche de la classe servile ; elle est ouverte aux riches, c'est-à-dire à l'ordre sénatorial et à l'ordre équestre: l'ordre sénatorial, composé des sénateurs et de leurs famiilcs, est le premier ordre de l'Empire ; il appartient exclusivement à Rome ; l'ordre équestre est le second dans la capitale, et le premier dans le reste de l'Empire.

Administration des provinces. — Le monde romain, au lieu d'être affermé par lots et livré au pillage, est administré et centralisé ; Rome n'en est plus que la capitale ; toute différence entre le régime de l'Italie et celui des provinces tend à disparaître; les cités qui n'ont pas le droit italique (V. ci-dessus, p. 1937) ont le droit latin, c'està-dire que leurs habitants peuvent devenir citoyens après une magistrature, selon l'usage établi anciennement dans le Latium ; mais le droit italique et le droit de cité complet s'étendent de plus en plus ; tous les hommes libres sans exception seront citoyens romains sous Caracalla (212), et il ne restera plus aucune distinction entre le peuple dominateur et les peuples sujets.

L'Italie est divisée en douze régions : Vénétie, Transpadane, Ligurie, Emilie, Ombrie, Picénum, Samnium, Apulie, Calabre, Lucanie, Campanie, Etrurie. — Le reste du monde romain est divisé en 22 provinces (27 av. J.-C.) : dix d'entre elles, l'Afrique, l'Asie, la Bithynie, l'Achaïe, Yllli/rie, la Macédoine, la Cyrénaïque, la Sicile, la Sardaigne, la Bélique, ont pour gouverneur un magistrat nommé par le sénat ; les dix autres, l'Egypte, la Syrie, Chypre, la Cilicie, la Tarraconnaise, la Lusitanie, les quatre provinces de Gaule, les deux Germantes, sont gouvernées chacune par deux agents directs de l'empereur, le légat, gouverneur politique et militaire, le procurateur, administrateur du domaine. Les bons empereurs surveillent acuf^ent leurs agents (Ex. la correspondance de Trajin et de Pline).

Sénatoriales ou impériales, les provinces jouis-

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sent d'une certaine liberté, qui nous est révélée surtout par les inscriptions : les tables d'> Malaga et do Sa/fje?isa nous montrent l'activité de la vie municipale en Espagne ; le monument de Thoriqivi nous apprend l'existence d'une assemblée des Gaules. Nous savons par les historiens qu'Auguste supprima l'obligation du service personnel, qu'il créa la profession militaire, et que l'armée, désormais permanente, se recruta par les engagements volontaires et par les contributions d'Iiommes imposées aux propriétaires ; mais les expéditions ne sont dirigées que contre les barbares, sur le Danube et sur le Rhin, et l'épigraphie nous apprend qu'il n'y avait de garnison qu'aux frontières ; la police de la Gaule était faite par des Gaulois.

Historiens et inscriptions soit d'accord pour dépeindre la prospérité du monde, auquel l'empire a donné la paix ; la domination romaine est devenue le ciment de chaque peuple et de tous les peuples entre eux ; les provinces sont romaines d'esprit et de cœur ; leur patriotisme consiste à aimer Rome. — Il ne faut donc pas juger l'Empire d'après les idées d'aujourd nui. L'Empire, devenu nécessaire, a été accepté de tous ; Tacite et Juvénal flétrissent les vices de quelques empereurs ; ils n'attaquent pas la nature des institutions. Si le régime impérial a duré cinq siècles, c'est qu'il était d'accord avec l'ensemble des intérêts ; après une longue anarchie, il a été considéré comme un bienfait par le peuple de Rume, par l'Italie, et plus encore par les provinces : délivrées du joug d'une aristocratie oppressive, sauvées du despotisme des proconsuls par le despotisme impérial, elles considèrent l'empereur oomme le garant de la paix et la source du honneur ; elles l'adorent comme une divinité.

Le siècle d'Aiguste. — Auguste a attachéson nom à un des grands siècles artistiques et littéraires. Aidé de Mécène et d' Agrippa, il favorise la littérature—Y. Latine [Littérature)— etles beaux-arts; il laisse une ville de marbre là où il a trouvé une ville de briques ; de toutes parts s'élèvent des palais, des basiliques, des thermes, des portiques, des cirques, des arcs de triomphe, etc. L'inscription d'Aucyre, compte rendu par Auguste des actes de son gouvernement, contient, entre autres documents précieux, la liste complète des monuments qu'il fit construire. —L'architecture atteint un immense développement : elle est vraiment romaine ; les autres arts manquent d'originalité. Auguste meurt en l'an 14.

Empereurs de la famille d'Auguste (14-68). — Tioère 1 14-37). L'avènement de Tibère, fils adoptif d'Auguste, ne rencontre aucune opposition dans le sénat, mais soulève dans les camps des séditions qu'apaisent non sans peine le fils et le neveu de l'empereur, Drusus et Germanicus (14). — Pour occuper l'armée, Germanicus entre en Germanie et y venge le désastre de Varus ; mais, soupçonné d'aspirer à l'empire, il est rappelé par Tibère, et envoyé en Orient, où il meurt bientôt empoisonné (19); sa femme Agrippine et ses enfants disparaissent les uns après les autres, à l'exception de Caïus, que sauve sa jeunesse.

Le favori de l'empereur, Séjan, qui lui a conseillé tous ces crimes, est convaincu à son tour d'avoir empoisonné Drusus et de convoiter l'empire : il est étranglé (31). Tibère, défiant, se repaît de cruautés et meurt assassiné (37).

Culigula (37-41). — Le troisième empereur, Caïus ou Caliguta, fils de Germanicus, gouverne sagement pendant huit mois, devient fou furieux, et périt égorgé.

(laude (41-54). — Claude, frère do Germanicus, est proclamé par les soldats. Home est ensanglantée par les conspirations et souillée par les vices de Messalme; mais au deliorsla Maurctanie

et la moitié de la Bretagne sont glorieusement conquises, la Ihrace, la Lycie, la Judée, réduites en provinces ; les nobles gaulois reçoivent le droit de posséder des dignités romaines : une table d'airain trouvée à Lyon nous conserve le discours prononcé par l'empereur à cette occasion. — Le commerce est favorisé par de grands travaux publics.

Niron (54-C8). — Claude est empoisonné par sa seconde femme Agrippine, impatiente de placer sur le trône son fils Néron, au détriment de Britannicus, fils de l'empereur. Mais, après « d'heureuses prémices », Néron meta mort son frère Britannicus (55), sa mère Agrippine (59), sa femme Octavie (62), et Corbulon, vainqueur des Parthes. Il multiplie les supplices et persécute les chrétiens (V. Christianisme). Plusieurs conspirations échouent et coûtent la vie à Pison, à Sénèque, à Lucain, à Thraséas ; la révolte de Vindex en Gaule est aussi réprimée, mais Galba, plus heureux, force Néron à fuir de Rome et à se tuer (68).

Galba, Othon, Vitellius (69). — Galba est bientôt assassiné par ses soldats, dont il n'a pas satisfait l'avidité. — Othon et Vitellius se disputent l'empire-; Othon succombe, et Vitellius jouit de l'empire pendant huit mois. Mais Vespasien, vainqueur des Juifs, est proclamé par ses soldats (ti9).

Les Flaviens (69-96).— Vespasien (69-79). — Le nouvel empereur est un honnête homme, un général habile, un administrateur actif. Il étouffe la révolte du Batave Civilis (70), que soutiennent des peuples germains et quelques Gaulois ambitieux, comme Sabinus (V. Gaule). En même temps Titus met fin à la révolte des Juifs par la destruction do Jérusalem (70), qui amène la dispersion du peuple hébreu. A l'intérieur Vespasien gouverne avec sagesse : il rend au sénat quelque vitalité en élevant au patriciat mille familles italiennes ou provinciales; parmi les nouveaux patriciens se trouvent Agricola, de la Narbonnaise, etTrajan, d'Espagne. L'enseignement public est organisé; Rome est embellie par la restauration du Capitule, la construction du Colisée, etc.

Titus (79-81). — Titus, fils de Vespasien, a laissé le souvenir d'un prince doux et bon. Son règne si court est rempli d'effroyables calamités, incendie de Rome, peste, éruption du Vésuve, qui engloutit Pompéi (79).

Domitien (81-96). — Domitien est l'opposé de son frère Titus. 11 persécute les chrétiens, se porte aux dernières extravagances, et met à mort tous ceux qu'il soupçonne. A l'extérieur, il contient les Germains par la force, et les Daces par la politique, en pensionnant leurs chefs ; la plus grande partie de la Bretagne est conquise par Agricola, et ouverte à la civilisation romaine; une ligne de postes est élevée contre les Calédoniens. Haï de tous, excepté des soldats, Domitien est assassiné, et le sénat condamne sa mémoire.

Les Antonins (96-192). — Les Antonins, qui succèdent aux Flaviens, donnent à l'empire un siècle de prospérité.

Neiva (96-98). — Nerva, un des conjurés qui ont renversé Domitien, est proclamé par le sénat (9«i). Il commence d'utiles réformes, donne des terres aux pauvres, respecte les droits du sénat, rétablit l'ordre dans l'Etat, mais n'ose faire sentir son autorité à l'armée.

Trajan (98-1 17). —L'Espagnol Trajan, fils adoptif de Nerva, est le plus renommé des Antonins. Soldat avant tout, il rétablit la discipline. 11 se fait aimer de l'armée par son énergie et sa bravoure, du sénat par la déférence qu'il lui témoigne, du peuple par son humanité. L'inscription connue sous le nom de Table alimentaire nous explique par le détail une très curieuse institution de Trajan : l'empereur prête sur sa cassette un million de sesterces à 5"2 propriétaires, qui en verseront les intérêts au trésor de la cité de

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Veleia, pour la nourriture des enfants pauvres. Cette institution, qui vient en aide à la petite propriété et qui soulage la misère, est pour ainsi dire une combinaison du crédit foncier avec l'assistance publique. Trajan favorise aussi le commerce, facilite la circulation des grains, et fait creuser des ports (Ancône et Civita-V ecchia) ; il orne Rome de l'arc de triomphe, du forum et de la colonne qui portent son nom ; les bas-reliefs de la Colonne trajane nous font connaître la vie militaire des Romains, comme Pompéi nous fait connaître leur vie civile. Habile et économe, Trajan augmente les revenus de l'Etat, tout en diminuant les impôts ; il restreint le domaine particulier de l'empereur pour accroître la richesse publique; il supprime les dons de joyeux avènement. La justice est ferme sans être cruelle ; mais, aveuglé lui-même par les préjugés de ses contemporains, il considère les chrétiens comme des séditieux, et les laisse persécuter. A l'extérieur il fait la conquête de \a.Dacie (101-106), la rattache à la Mésie par un pont sur le Danube, et la romanise. par de nombreuses colonies.

Puis il se tourne contre les Parlhes, qui ont envahi l'Arménie, franchit l'Euphrate et le Tigre, entre à Babylone, à Ctcsiphon, à Suse ; l'Assyrie et une partie de la Mésopotamie et de l'Arabie sont réduites en provinces romaines. Mais les Juifs se soulèvent de tous côtés, et Trajan meurt avant de les avoir réduits (117).

Hadrien (117-138). — Hadrien, Espagnol lui aussi, cousin de Trajan et adopté par lui, est reconnu par les soldats et par le sénat (117). Pacifique et organisateur, il abandonne une partie des conquêtes de Trajan ; il conserve la Dacie, qui donne à l'empire les Karpathes pour frontière, mais il renonce aux provinces conquises sur les Parthes; en Bretagne il se contente d'élever une grande muraille contre les Calédoniens; il fortifie le Rhin contre les Germains, et se tient partout sur la défensive; la paix n'est troublée que par une révolte suprême des Juifs, qui est noyée dans le sang (13b).

Hadrien porte tous ses soins vers l'administration intérieure. Il perfectionne le gouvernement, et le rend plus monarchique, 1° par la création des bureaux (scri?iia), rouage essentiel de la centralisation; 2° par l'établissement d'un nombreux personnel de fonctionnaires: il ne les prend ni parmi les affranchis ni parmi les sénateurs, qu'il juge les uns trop serviles, les autres trop attachés ii leurs privilèges; aux sénateurs il réserve les hautes magistratures, aux affranchis les emplois domestiques de la cour, mais c'est la noblesse italienne et provinciale, Yordre équestre, qu'il choisit pour en faire une aristocratie administrative; les chevaliers remplissent le conseil d'Etat et toutes les fonctions; la réforme de l'Espagnol Hadrien est donc une réaction en faveur de l'Italie et des provinces. 3° Le pouvoir législatif est retiré au sénat, et donné au conseil (consistoriam) composé par l'empereur; en outre, les constitutions impériales, édits, décrets, jugements, lettres et réponses aux fonctionnaires, ont désormais force ■de loi. 4° L'Edit perpétuel, où Salvius Julianus coordonne les édits prétoriens, fixe la jurisprudence (131); en même temps les esclaves sont rendus justiciables des tribunaux, et soustraits au «aprice de leurs maîtres. L'armée, qui n'a plus à combattre que les masses barbares, est réorganisée en phalanges. Enfin Hadrien assure la régularité des travaux publics par l'organisation militaire des corporations ouvrières, d"où dériveront les corporations du moyen âge ; Rome voit s'élever de nombreux monuments, entre autres le mausolée d Hadrien, aujourd'hui château Saint- Ange, etc.

Antonin (13S-1G1). — Antonin, adopté par

Hadrien, continue sa politique. Il se propose pour but la félicité publique, soulage les villes désolées par les incendies et par les tremblements de terre, tolère le christianisme, et ne fait aucune guerre.

Marc-Aurèle (161-180). — Marc-Aurèle, fils adoptif d'Antonin, est un des modèles de la vertu antique ; à la fois doux et ferme, moraliste et philosophe, mais sans pédanterie et sans chimères, il cherche la perfection morale sans négliger un seul de ses devoirs d'empereur. Ami de la paix, il est forcé de passer sa vie dans les camps : il arrête les Marcomans, parvenus jusqu'à Aquilée, et poursuit les Quades dans leur pays ; puis il se rend en Syrie pour apaiser une révolte, arrête de nouvelles incursions des Germains, et meurt à Yindobona (Vienne). — Dans les intervalles de ses campagnes, Marc-Aurèle remplit exactement sa charge de grand justicier, adoucit les lois, protège le peuple contre les agents du fisc et contre l'arbitraire des gouverneurs, développe l'institution alimentaire, répare les désastres. Une faute cependant pèse sur sa mémoire, la persécution des chrétiens, qu'il confond avec les criminels.

Commode (180-192). — Commode, fils de Marc- Aurèle, prend le pouvoir sans opposition, néglige l'intérêt public, se jette dans le désordre, fait de nombreuses victimes, et périt assassiné.

Anarchie militaire (192-268). — Pertinax (193), préfet du prétoire, est proclamé empereur par les meurtriers de Commode; il tente de rétablir l'ordre, mais il est égorgé a son tour.

Didius Julianus (193) achète l'empire aux prétoriens, mais les armées de province proclament chacune un empereur.

Septime Sévère (193-211), candidat de l'armée d'illyrie, tue Didius, prend sa place, casse les prétoriens, décime le sénat, bat ses compétiteurs à Issus et à Lyon, rétablit la discipline, fait la guerre aux Parthes et aux Calédoniens, conquiert la Mésopotamie, et s'attache surtout à contenter les soldats. A sa mort, ses deux fils se disputent l'empire.

Caracalla (211-217) poignarde son frère Gela, et met à mort tous ses ennemis, 20 000 à Rome, dont le jurisconsulte Papinien. Il est assassiné. C'est sous son règne que le droit de cité est accordé à tous les hommes libres de l'Empire.

Macrin (217-218) est tué avant d entrer à Rome.

Elagabal (218-222), venu de Syrie, imite les monarques de l'Orient, se plonge dans le vice, et se fait adorer; les prétoriens le massacrent.

Alexandre Sévère (222-235! rend à l'Empire quelques années de calme : il gouverne avec le sénat, lutte contre les Perses devenus plus dangereux que les Parthes, mais il achète la paix aux Germains; ses soldats regorgent.

Redoublement de l'anarchie (235-268). — Le géant thrace Maximin traite l'empire en pays conquis; déclaré ennemi public par le sénat, il est égorgé (238). — Les élus du sénat, Pupien et Balbin, sont massacrés à leur tour par les soldats (238).— Gordien, proclamé par les prétoriens, est tué par l'Arabe Philippe (24i). — Le sénateur Déciles bat et tue Philippe (249), prend sa place, essaie de rétablir l'ordre et de contenir les Goths ; il périt sur le champ de bataille, en Mésie (251). — Au bout de deux ans de guerre civile, Valérien s'empare de l'empire et essaye de repousser les barbares, mais il est fait prisonnier par les Perses (260). — Son fils Gallien n'est empereur que de nom : chaque province proclame un empereur, et une vingtaine d'usurpateurs, connus sous le nom des Trente tyrans, se disputent l'empire, repoussent les barbares ou les appellent à leur secours ; la

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Gaule forme l'empire de Tetricus; la Thrace et la Grèce sont dévastées par les Goths et par les Hérules.

Restauration de l'Empire dans la seconde moitié du IU« siècle (268-284). — Claude II (268-270). — L'Empire se relève avec le Dalmate Claude II: l'invasion des Alamans est arrêtée au lac de Garde, et celle des Goths en Macédoine.

Aurélien [(270-275). — Aurélien, originaire de Pannonie, gouverne avec énergie. Il sauve l'Italie, envahie par les Alamans, et entoure Rome d'une nouvelle muraille ; il abandonne aux Goihs la Dacie pour garder la Mésie, puis il attaque Zênobie, reine de Palmyre, lui enlève ses provinces, détruit sa capitale, et pacifie l'Orient (273). Tetricus, effrayé, se rend (274). Aurélicn ramène l'ordre" dans l'Etat, l'économie dans les finances, la discipline dans l'armée ; il se prépare à châtier les Perses, quand il est assassiné (275).

Tacite ; Probits; Carus; Carm et NVmérien (275- 284). — Après un intervalle de huit mois, le sénat proclame un vieillaru, lacite, qui meurt six mois après (276). — Son successeur, choisi par les soldats, Probus, chasse de Gaule les Alamans, jette la terreur en Germanie, et repousse partout l'invasion, en Asie, en Egypte, en Thrace, en Illyrie ; sévère pour les soldats, il est tué par des mutins (282). — Carus marche contre les Perses, leur prend leur capitale, et meurt dans l'expédition (283). — Ses fils, Carin et Numérien, ne deviennent empereurs que pour périr assassinés, et le Dalmate Dioctétien est proclamé (284).

Dioclétien '284-305). — Dioclétien se propose de repousser les barbares et de rétablir l'ordre intérieur. Pour s'assurer des lieutenants dévoués, il associe à l'empire Maximien sous le nom à' Auguste (286), Galère et Constance Chlore sous le nom de Césars (292) ; il les désigne pour ses héritiers, afin de donner de la stabilité au pouvoir, mais il reste le chef de ce gouvernement à quatre, appelé la tétrarçhie. — Maximien bat les A lamans, les Francs, les Burgondes, et soumet dans la Gaule les Iiagaudes, paysans soulevés contre les gouverneurs. La Bretagne, agitée par un usurpateur, est soumise par Constance Chlore. En Orient les Perses, vaincus une première fois par Dioclétien lui-même, sont chassés de Mésopotamie par Galère, et contraints à traiter.

A l'intérieur, Dioclétien achève l'œuvre de centralisation et d'uniformité commencée par Hadrien, et continuée insensiblement au milieu des guerres civiles : les dernières formes de la République disparaissent, et le Bas-Empire commence. Le cérémonial asiatique est introduit à la cour. Tous les hauts emplois sont donnés à des agents directs de l'empereur ; les sénateurs, déjà écartés de l'armée par Gallien, sont exclus de l'administration; toutes les provinces deviennent impériales, c'est-à-dire qu'elles ont pour gouverneur non plus un magistrat nommé par le sénat, mais un légat de l'Empereur. — L'administration de chaque province est en outre divisée, pour que les fonctionnaires, moins puissants à mesure qu'ils sont plus nombreux, soient entièrement dans la main du pouvoir central. Los vicaires sont institués pour les surveiller. — La justice est rendue par des juges impériaux, la procédure devient autocratique, ct\e droit, changeant de caractère, s'éloigne du vieux droit romain pour se rapprocher du droit naturel et s'appuyer en même temps sur l'autorité des grands jurisconsultes, Gains, Papinien, Ulpien, etc. ; les grands travaux do compilation et de codification commencent. — Les impôt Boni rendus aussi plus uniformes : l'Italie y contribue comme les

provinces ; les membres des sénats municipaux, décurions ou euriales, sont chargés dans chaque cité de faire rentrer les contributions, et sont responsables du paiement intégral de l'impôt. — Le recrutement de Y armée devient de plus en plus difficile. — Enfin, la mémoire de Dioclétien est souillée par une horrible persécution contre les chrétiens (303).

Constantin (306-337). — Après l'abdication de Dioclétien et de Maximien (305), et la mort de Constance Chlore (306), l'empire a cinq maîtres à la fois : Galère, Séuère, Maximin, son fils Marence, et Constantin, fils de Constance Chlore. Ces cinq empereurs en viennent aux mains : Maximin tue Sévère (307), mais est tué par Constantin (310); Galère disparaît l'année suivante ; Constantin bat et tue Maxence au pont Milvius (312) ; un nouveau prétendant, Licinius, tue (Maximin (313), et partage pendant quelques années l'empire avec Constantin, mais il finit par succomber (324), et Constantin reste seul empereur.

L'œuvre de Constantin est capitale : il favoris" le triomphe du christianisme et réforme l'administration.

Triomphe du christianisme. — Malgré les efforts d'Auguste, second* par Vii'gile, la religion romaine a disparu; les cultes orientaux, fondés sur les superstitions les plus grossières, la remplacent d'abord, mais les honnêtes gens s'en détournent avec dégoût, et le christianisme, fondé sur les sentiments les plus purs et les plus nobles du cœur humain, oriental et sémitique par son origine, mais aryen et hellénique par l'esprit, grandit rapidement malgré les persécutions. Constantin, par intérêt plus que par conviction, se déclare le défenseur de la foi chrétienne : dès 313, Yédit de Milan permet aux chrétiens l'exercice de leur culte; bientôt l'Église reçoit des dons, et les prêtres des privilèges; aux provinces politiques et aux cités correspondent des provinces ecclésiastiques et des diocèses, administrés par des primats, des métropolitains et des évêques, à la fois maîtres du culte et dont l'influence s'exerce sur le gouvernement de la cité. — Le concile de Nicée (325) rend la paix à l'Église, troublée par les Ariens, et rédige le Symbole catholique. L'heureuse influence du christianisme se fait aussitôt sentir ; des idées et des sentiments nouveaux se propagent; la servitude personnelle se transforme peu à peu en servitude territoriale; les esclaves font place aux colons, sortes de serfs.

Ré forme administrative. — Constantin réagit contre la domination des armées. L'Empire est partagé en quatre grandes préfectures , Y Orient, YIllyrie, Yltalie, la Gaule, sous des préfets du prétoire; les préfectures sont divisées en quatorze diocèses sous des vicaires et les diocèses en cent-vingt jirtiviyices, divisées en cités. — Une seconde capitale est fondée, Constantinople, qui devient le siège principal de l'Empire. De nouvelles charges de cour sont créées. Les pouvoirs civils et militaires deviennent distincts : le gouverneur civil porte en général le nom de juge ; le gouverneur militaire est appelé duc ou comte ; les uns comme les autres sont nobles (illustres, spectabiles, clarissimi, etc.) ; mais les chefs militaires sont placés au dernier rang; la garde prétorienne est détruite ; et les préfets du prétoire sont réduits à des fonctions administratives. — Grâce à cette division et à cette hiérarchie, les fonctionnaires civils font équilibre aux chefs militaires, et les révoltes sont rendues plus difficiles; mais l'armée, tenue comme en disgrâce, achève de se désorganiser; les pauvres l'abandonnent à leur tour : rien ne peut les y retenir, ni les faveurs ni les supplices, et l'empereur est réduit à prendre à sa solde des barbares, — En môme temps le grand nombre des fonctionnaires accroît les dépenses publiques ;

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l'impôt écrase les petits propriétaires et surtout les curiales, principalement à cause du mode de perception ; les libertés municipales ne sont plus que des charges; pressuré et ruiné, l'homme libre aliène sa liberté pour vivre, et se fait le colon d'un riche; l'impôt n'en est que plus lourd pour les curiales, forcés de rester libres et magistrats.

Tentative de Julien. Valentinien et Valens (337-378;.— Après la mort de Constantin (337), l'empire est longtemps disputé par ses trois fils et d'autres prétendants. Constance finit par rester seul empereur (353); mais Julien, vainqueur des Alamans à Strasbourg (357) et des Francs dans plusieurs rencontres, est proclamé à Paris par ses soldats (360), et reconnu bientôt dans tout l'Empire, après la mort de Constanre (361). — Attaché au passé, il essaie de rendre la vie au paganisme ; mais il meurt dans une campagne contre les Perses (363), avant d'avoir pu ébranler le christianisme.

Après le règne insignifiant de Jovien (363), Valentinien Ie* et son frère Valeris se partagent l'Empire ; Valentinien, en Occident, tient tête aux Germains, et règle l'élection des magistrats municipaux appelés défenseurs. — Valens, en Orient, se déclare pour Yarianisme contre l'Église orthodoxe ; il force les Perses à une trêve, mais laisse les Wisigoths passer le Danube (376), et s'établir en Thrace ; et, quand il veut les en chasser, il est vaincu et tué à Andrinople (378) : tout le pays jusqu'aux murs de Constantinople est ravagé par les barbares.

Théodose (379-395). — En Occident, Valentinien 1er laisse le trône à ses deux fi\s,Gratien et Valentinien II (375). En Orient, Valens a pour successeur Théodose, illustré par ses victoires sur les barbares. — Théodose refait une armée, relève les courages, et, par séduction plus que par force, décide les Wisigoths à cesser leurs ravages, et à traiter; mais il est forcé de leur abandonner la Mésie et la Thrace, et d'admettre 40 000 d'entre eux dans les troupes impériales. Théodose paraît sauver l'empire; en réalité il le livre à ses ennemis : les auxiliaires barbares ont rendu des services tant qu'ils ont été disséminés et mêlés à des troupes romaines ; aujourd'hui l'élément romain est entièrement submergé, les petits corps barbares sont transformés en grandes armées, commandées par leurs chefs nationaux, et l'Empire n'est défendu contre eux que par le respect que leur inspirent encore sa savante organisation et son glorieux passé.

En Occident, Maxime abandonne aux barbares la Bretagne, qu'il est chargé de défendre, passe en Gaule avec son armée, et renverse Gratien (383) ; après s'être contenté de la Gaule pendant cinq ans, il enlève l'Italie à Valentinien II; mais Théodose, accouru d'Orient, le bat et le tue en Pannonie ;388), rétablit Valentinien, et demeure trois ans en Occident pour y extirper Yarianisme. Aussitôt après son départ, le Franc Arbogast. assassine Valentinien, et rallie une dernière fois les païens ; Théodose le réduit (394), et demeure seul empereur.

Pendant tout son règne, Théodose a essayé d'arrêter la ruine de l'Empire par une ferme administration, et a été le défenseur de l'orthodoxie ; il se soumet à la pénitence publique que lui impose saint Ambroise, archevêque de Milan.

Etat de l'empire romain à la mort de Théodose. Après la mort de Théodose, le monde romain est définitivement partagé en Empire d'Occident et en Empire d'Orient.

L'état géographique et politique des deux Empires à la fin du ive siècle nous est connu surtout par la Notice des dignités, le plus précieux document que nous ayons sur cette époque. — Le gou-

vernement de chaque Empire est une autocratie pure ; le gouvernement central est formé des officiers de la cour, le grand chambellan, le maître des offices, sorte de chancelier et de ministre de l'intérieur, le questeur, chef de l'ordre judiciaire, le comte des largesses, ministre du trésor et du commerce, le comte du domaine privé, le comte des gardes du corps, etc. — Le monde romain reste à peu près divisé comme au temps de Constantin, et la séparation est complète entre l'ordre militaire et l'ordre civil; les préfectures sont gouvernées par des préfets du prétoire, les diocèses par des vicaires, les provinces par des consulaires, des présides, des correcteurs ; les cités par des défenseurs. L'armée a pour chefs le maître des fantassins et le maître des cavaliers, tous les deux sortes de ministres de la guerre et de la marine; au-dessous viennent les comtes, puis les ducs.

En dépit de cette organisation savante, qui marque une civilisation raffinée, l'Empire romain n'est plus qu'une ruine. Les causes de cette décadence sont :

1° La disparition de la classe moyenne, écrasée par les impôts et appauvrie par la ruine du commerce ;

2° La dépopulation, causée par plusieurs pestes, par les guerres civiles, par les guerres contre les barbares ;

3° Le mauvais recrutement de l'armée, envahie par les barbares.

Une seule puissance est debout, YÊglise, fortement constituée ; mais elle est indifférente aux destinées de l'Empire; elle renonce à le régénérer, et sait qu'elle lui survivra, parce que le christianisme n'est ni une religion domestique, ni une religion nationale ; il appelle à lui l'humanité entière.

Fin de l'Empire d'Occident. — L'Empire d'Orient subsiste jusqu'au xve siècle, grâce à la forte position de Constantinople (V. Grèce, p. 909). L'agonie de l'Empire d'Occid-nt ne dure pas un siècle. Les Germains, poussés hors de leur pays par la ruine de leurs institutions primitives, par leurs divisions et par leur misère, sont entrés d'abord dans l'Empire en fuyards et non en conquérants, comme laboureurs, ouvriers ou soldats ; mais le jour vient où les auxiliaires barbares deviennent les troupes principales, prennent conscience de leur force, et n'obéissent plus ; leurs chefs, qui sont des rois de leur nation, prennent peu à peu la place des fonctionnaires romains, se font gouverneurs de provinces, lèvent des impôts pour 'leur compte, rendent la justice ; leur ambition grandit de jour en jour : le lien qui les rattache à Rome ou à Constantinople se relâche a finira par se rompre ; l'Empire se désagrège, cv les empereurs d'Occident, jouets des nouveaux maîtres de la milice, dépouillés de toute puissance, sont réduits à l'état de fantômes, qui finissent par s'évanouir (476). — V. Barbares.

Pour l'histoire de l'Italie après la chute de l'empire d'Occident, V. Italie. [Paul Lehugeur.]

RONGEURS. — Zoologie, VIII. — Les Rongeurs sont des mammifères onguiculés, c'est-àdire des mammifères dont les doigts se terminent chacun par un ongle distinct (V. Mammifères). Leurs mâchoires sont armées de dents molaires fortes et rugueuses et d'incisives bien développées, mais sont dépourvues de canines, l'espace occupé d'ordinaire par ces dents restant vide et formant une barre. Ainsi disposé, leur système dentaire est admirablement approprié à un régime essentiellement, sinon exclusivement végétal. C'est en effet de feuilles, de fruits, de racines que se nourrissent principalement les Rongeurs, qui avec leurs grandes incisives peuvent entamer les écorces et les graines les plus résistantes. Le

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faible degré de complication du cerveau et l'absence presque complète de circonvolutions à la surface des hémisphères dénote chez ces animaux une intelligence des plus médiocres; cependant il y a des Rongeurs, les Castors, par exemple, qui exécutent de véritables travaux d'art pour loger leurs provisions ou pour élever leur jeune famille; d'autres qui, comme les Écureuils, amassent des provisions pour la saison froide; d'autres enfin qui, comme les Lemmings, exécutent des migrations lointaines.

Les Rongeurs sont presque tous de petite taille; mais, en dépit de leurs faibles dimensions, ils jouent dans la nature un rôle des plus importants; car ils pullulent sur la majeure partie de la surface du globe et se répartissent en un grand nombre d'espèces dont chacune est douée d'une déplorable fécondité. Toutes ces espèces se ressemblent par la structure intérieure, mais diffèrent souvent beaucoup les unes des autres par le port, les allures et le genre de vie. Ainsi les Lièvres sont organisés pour courir sur le sol, les Gerboises progressent par bonds successifs à la manière des kangourous, les Écureuils et les Loirs grimpent aux arbres avec facilité, les Ptéromys et les Sciuropteres ou Écureuils volants, grâce aux parachutes dont la nature les a dotés, s'élancet.t d'une branche à l'autre et franchissent dans l'espace une distance considérable, les Bathyergues ou Rats-Taupes et les Spalax mènent comme les Taupes une existence souterraine, tandis que les Castors et les Ondatras vivent surtout dans l'eau et nagent avec beaucoup d'aisance. D'un autre côté, si les Gerboises dont nous parlions tout à l'heure ont le corps svelte, les pattes antérieures très courtes, les pattes postérieures très développées et la queue démesurément allongée, les Pacas et les Cochons d'Inde ont des formes lourdes, les pattes médiocres, la queue très réduite et rappellent un peu les Porcins, tandis que les Agoutis, plus légers et plus hauts sur pattes, ressemblent à des Chevrotains. Enfin si la plupart des Rongeurs sont couverts d'une fourrure douce, égale et bien fournie, quelques-uns d'entre eux ont le corps hérissé de piquants. Parmi ces derniers les plus remarquables sont les Porcs-Epics, qu'un examen superficiel ferait rapprocher des Hérissons, qui appartiennent cependant à l'ordre des Insectivores*. On rencontre du reste, dans ce dernier groupe, un si grand nombre d'espèces qui offrent avec certains Rongeurs des analogies extérieures, qu'on peut, comme l'a proposé Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, établir pour ces deux catégories de mammifères un système de classification parallélique.

Les Rongeurs forment donc parmi les mammifères un ordre extrêmement riche en espèces, si riche qu'il a été nécessaire de le subdiviser, pour la commodité de l'étude, en plusieurs groupes secondaires, sous-ordres, familles et genres. En tenant compte de quelques particularités du système dentaire, deux grandes coupes peuvent être immédiatement pratiquées. En effet, si chez la major.té des Rongeurs on ne compte qu'une seule paire d'incisives à chaque mâchoire, chez quelques-uns de ces animaux on trouve, à la mâchoire supérieure, une paire de petites incisives supplémentaires qui doublent, pour ainsi dire, les incisives normales. Les Rongeurs qui offrent cette disposition ont reçu le nom de Du/dicidenlé>-. Ils ne forment, dans la nature actuelle, qu'une seule famille, la famill" des Léporidés, qui est répandue sur une grande partie de la surface du globe, en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique, mais qui manque en Australie et dans l'île de Madagascar. Dans cette famille ne rentrent que trois genres, les Lièvres [Lepus), les Lapins (Cuniculu< et les Laf/onvjx.

Les Lièvres proprement dits ont le corps allongé, les oreilles grandes, les pattes de derrière longues, la queue petite, mais distincte. Ils ne creusent pas de galeries et produisent des petits qui naissent couverts de poils et les yeux ouverts. Dans notre pay- vit le Lièvre timide (l.epus timidus), dont Ariitote a déjà fait mention et dont Buffon a donné une excellente description. Tout le monde connaît cet animal qui se rencontre à la fois dans les plaines fertiles, au voisinage des forêts et sur les versants boisés des montagnes, et qui présente, suivant les localités, certaines variétés de pelage. Ordinairement il est d'un gris fauve jaspé de brun sur les parties supérieures et passant au blanc plus ou moins pur sur les parties inférieures du corps; mais parfois il présente des teintes soit plus foncées, soit beaucoup plus claires, ou devient même complètement blanc Sa nourriture consiste en racines, en jeunes pousses, en herbes diverses, et particulièrement en plantes aromatiques, telles que le thym et le serpolet. Grâce à ce régime, la chair du Lièvre, qui rentre dans la catégorie des viandes noires, acquiert des qualités particulières et se place, dans l'estime des gourmets, bien au-dessus de la chair du Lapin. Aussi depuis les temps les plus reculés, le Lièvre est-il, dans l'Europe occidentale, l'objet d'une chasse des plus actives. Peut-être même aurait-il déjà complètement disparu de nos contrées si des lois particulières n'assuraient la conservation ou, pour mieux dire, ne prévenaient la destruction trop rapide de l'espèce.

En Russie et sur quelques points de l'Europe centrale et occidentale, en Ecosse, dans les Pyrénées, ainsi que dans une partie de l'Asie septentrionale, on trouve un autre Lièvre qui est encore plus sujet que le Lièvre ordinaire à des changements de couleur et qui a reçu, pour ce motif, le nom de Lièvre variable {Lepus variabilis). Sa chair est un peu moins savoureuse que celle du Lièvre de France, mais sa fourrure, qui devient en hiver d'un blanc immaculé, sert à faire des palatines et des épitoges.

A Java, au Bengale, en Sibérie, aux États-Unis, au Brésil, en Syrie, en Arabie et dans les grandes plaines de l'Afrique australe vivent plusieurs autres espèces de Lièvres, tels que le Lièvre mossel [Lepus nigricoUis), le Lièvre à queue rousse Lepus ruficaudatus , le Lièvre de Virginie [Lepus virginianus), le Lièvre Tapéti (Lepus brasUiensis), le Lièvre de Syrie [Lepus syriacus), le Lièvre du Cap [Lepus capensis), sur lesquels nous n'avons pas à insister ici.

Les Lapins se rapprochent beaucoup des Lièvres par leurs caractères anatomiques; mais ils ont les oreilles et les pattes moins longues; ils vivent en société, se creusent des terriers et produisent des petits qui naissent presque nus et les yeux fermés. Ils se répartissent en un petit nombre d'espèces, dont une est tellement connue qu'il est tout à fait inutile de la décrire. Nous rappellerons seulement que l'élevage des Lapins ne remonte pas à une très haute antiquité, et parait n'avoir été pratiqué ni par les Grecs ni par les Romains; mais que depuis un siècle, cette industrie a pris non seulement en Europe, mais dans d'autres parties du monde, un développement considérable. L'homme a transporté des Lapins jusque dans les contrées lointaines et, peu à peu, il est arrivé à modifier profondément l'espèce primitive, et à créer une foule de races différant les unes des autres par les proportions du corps, par la couleur et la qualité du pelage. Ainsi ont été formés les Lapins de clapier, dont certains in« dividus arrivent a peser 12 ou même 15 livres, les Lapins riches, à la fourrure argentée, les iapins angoras aux poils longs et frisés, etc. A l'état sauvage le Lapin de garenne se rencontre dans

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une grande partie de l'Europe ; il préfère les lieux élevés et rocailleux, les landes, les garrigues, et creuse dans le sol des trous et des galeries où il élève sa jeune famille et se retire en cas de danger.

Plus petits que les Lapins, les Lagomys sont aussi moins hauts sur pattes ; ils ont les oreilles courtes et arrondies, et sont privés de queue. On ne les trouve plus à l'époque actuelle que sur les confins de l'Europe et de l'Asie, en Tartarie, en Sibérie, au Tibet, dans l'Himalaya et, en Amérique, dans les montagnes Rocheuses; mais on a des preuves certaines qu'ils ont vécu jadis sur le sol de la France, en même temps que les Hamsters et les Spermophiles.

En tête des Rongeurs ordinaires, pourvus d'une seule paire d'incisives à chaque mâchoire, se placent les Ecureuils [Sciurus), qui constituent le principal genre de la famille des Sciuridés. Ce sont des animaux essentiellement arboricoles, qui sautent adroitement de branche en branche en étalant leur queue comme un parachute et qui, à l'aide de leurs ongles crochus, grimpent avec la plus grande facilité le long des troncs les plus lisses : ils sont dune timidité extrême et prennent la fuite ou se cachent à la première apparence de danger. Pendant la plus grande partie du jour ils se tiennent tapis dans une sorte de bauge, faite de mousse et de bois flexibles, et c'est seulement vers le soir qu'ils prennent leurs ébats. En hiver ils ne s'engourdissent pas et se nourrissent des grains, des noisettes, des glands, des amandes qu'ils ont eu la précaution d'amasser dans quelque trou. L'Écureuil commun (Sciurus vulgaris) est répandu dans les forêts de l'Europe septentrionale et centrale et présente, suivant les localités, des différences de coloration très sensibles. Dans certaines contrées son pelage reste constamment d'un roux vif en dessus et d'un blanc pur ou jaunâtre sur les parties inférieures du corps, tandis que, dans le Nord, il prend en hiver une coloration grise ou bleuâtre et constitue alors une fourrure très estimée qui s'emploie, sous le nom de petit-gris, pour garnir des manteaux ou doubler des vêtements.

L'Asie, l'Afrique et le Nouveau Monde nourrissent plusieurs espèces d'Ecureuils qui diffèrent de l'espèce européenne par les proportions et le système de coloration ; quelques-unes ont le corps mi-parti noir et jaune; d'autres sont d'un noir uniforme; d'autres, enfin, portent sur le dos et sur les flancs des bandes longitudinales du plus gracieux effet.

Les Tamias, qui se trouvent en Asie et en Amérique, et qui ont pour type l'Ecureuil suisse [T. striâtes) de la Caroline, diffèrent des Sciuridés ordinaires par le genre de vie et par une particularité de conformation; ils se tiennent, en effet, dans des trous creusés sous le sol, et ils ont les parois de la bouche creusées de vastes poches, à'iiOajoues dans lesquelles ils transportent leurs provisions.

Les Sciuroptères {Sciuropterus) ou Polatouches ont de chaque côté du corps un prolongement de la peau qui s'étend du membre antérieur au membre postérieur, et remplit le rôle d'un parachute quand l'animal bondit d'un arbre à l'autre. Ce sont des animaux crépusculaires ou nocturnes qui, à part leurs membranes, sont conformés à peu près comme les Ecureuils, et mangent comme ces derniers des grains et des fruits. Dans l'Europe orientale et septentrionale et dans le nord de l'Asie vit le Sciuroptère polatouche (Sciuropterus volons), qui ne mesure pas plus de 15 centimètres de long, queue non comprise, et qui porte une livrée grise en dessus et blanche en dessous.

Les Spermophiles (Spermophilus) , dont le

nom signifie amateurs de grains, sont des animaux fouisseurs qui habitent les régions froides de l'Ancien et du Nouveau Monde et qui atteignent à peu près la taille du Cochon d'Inde. Ils sont pourvus d'abajoues et se nourrissent principalement de graines et de céréales. Aussi, lorsqu'ils sont abondants, ils peuvent causer de grands dégâts dans les terres cultivées. Le type de ce petit groupe est le Spermophile souslik (Sp. citillus) de Pologne et de Silésie.

Notablement plus grosses que les Spermophiles, les Marmottes (Arctomys) ont des formes plus lourdes, le corps plus épais et moins haut sur pattes. Leur pelage est bien fourni, mais assez rude, d'un gris brunâtre, varié de brun ou de blanc jaunâtre; leur queue est courte et touffue, et leurs pattes de derrière n'ont qu'un pouce tout à fait rudimentaire. Ces animaux vivent dans les régions montagneuses de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique septentrionale, et se creusent, sur les terrains inclinés, des habitations souterraines. Pendant l'été ils vivent de graines et de plantes herbacées, et pendant l'hiver ils restent plongés dans un sommeil léthargique très profond. Les Marmottes des Alpes (Arctomys a/pinus) sont souvent promenées dans les rues de nos villes et de nos villages par de petits Savoyards qui leur font exécuter différents tours, au son d'une musique naïve.

Enfin , les Ptéromys (Pteromys), que l'on confond souvent avec les Sciuroptères sous le nom d' Ecureuils volants, et qut font encore partie de la famille des Sciuridés, sont pour ainsi dire des Marmottes organisées, non pli. s pour une vie terrestre et sédentaire, mais pour une existence active et arboricole. Comme les Sciuroptères, ils ont sur les flancs des sortes de parachutes et bondissent d'arbre en arbre et de branche en branche. On les trouve dans l'Asie méridionale, aux Moluques, aux Philippines, etc. Les deux espèces de Ptéromys les plus connues sont le Pétauriste (Pt. petaurista) et le Ptéromys éclatant (Pt. nitvlus), ainsi nommé à cause de son pelage d'un brun foncé sur le dos, d'un roux brillant sur la poitrine et sur le ventre.

Les Castors (Castor), qui constituent à eux seuls une petite famille, celle des Castoiidés, habiient exclusivement l'hémisphère boréal, et principalement les régions des grands lacs de l'Amérique du Nord. Jadis, ils étaient communs en France, sur le Rhône, la Durance, l'Isère, la Saône, la Somme, et même sur la Seine, aux environs de Paris ; si l'on en croit la tradition , ils ont donné à la rivière de Bièvre le nom qu'elle porte actuellement, bièvre (du latin fiber) étant encore le nom vulgaire du Castor dans diverses contrées. Mais aujourd'hui, c'est à peine si l'on tue de rare en rare quelques-uns de ces animaux dans les environs d'Arles, de Beaucaire et d'Avignon.

Les Castors passent la plus grande partie de leur vie dans l'eau et nagent avec facilité, grâce aux palmures qui relient les doigts de leurs pattes postérieures et leur queue largement aplatie, en forme de rame, et couverte de sortes d'écaillés. Doués d'une certaine intelligence, ils se réunissent en petites troupes pour construire des barrages à travers les cours d'eau et au bord des lacs et pour élever des huttes dont l'intérieur est divisé en plusieurs compartiments et dont le fond est percé d'un trou s'ouvrant immédiatement au-dessus de l'eau. Ces demeures sont habitées, pendant la mauvaise saison, par plusieurs individus.

Pour la plupart des naturalistes modernes la famille des Hystricidés comprend non seulement les Porcs-épics (Hystrix), mais les Hydrochères (Hydrochœrui) ou Cabiais, les Cobayes (Cavia) ou Cochons d'Inde, les Pacas (Cœlogenys), les

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Agoutis (Dasyproeta), les Chinchillas (Chi?ichilla), les Viscaches [Lagostomus), etc.

Les Porcs-épics (Hyslrix) se reconnaissent facilement h leur tête grosse, plus ou moins bombée sur le front, à leur corps volumineux, terminé en arrière par un rudiment de queue et couvert, principalement dans la région postérieure et sur la nuque, de piquants longs et acérés. Ces piquants, en se redressant comme des chevaux de frise, protègent l'animal contre les attaques des carnivores, mais ne sauraient, comme on l'a prétendu, se détacher de la peau et être projetés comme dos flèches. Dans le midi de l'Europe et en Algérie habite le Porc-épic à crête {ffyslrîx cristatà), qui est de la grosseur d'un chat et qui a le corps noir et les piquants annelés do blanc et de noir. Comme tous ses congénères, ce Rongeur se nourrit de fruits et passe l'hiver plongé dans un sommeil léthargique.

Les Hydrochères [Ffydrochoerus), dont le nom signifie Porcs aquatiques, ont été en effet réunis primitivement aux Porcins par les naturalistes voyageurs, mais, d'après l'ensemble de leur organisation, se rapportent décidément à l'ordre des Rongeurs. Le Cabiai ou Hydrochère capybara (Hydrochœrus capybarn) est répandu sur une grande partie de l'Amérique méridionale, depuis le fleuve des Amazones jusqu'à la Plata. Il atteint presque la taille d'une brebis; sa tête est très volumineuse relativement au corps, qui est revêtu de poils bruns et roussâtres, peu fournis, et qui en arrière ne porte pas même un rudiment de queue. Le Cabiai se nourrit de fruits, principalement de melons et de citrouilles ; il vit dans le voisinage des eaux et nage avec facilité.

Les Cobayes (Caviœ) ne méritent en aucune façon le nom de Cochons d'Inde par lequel on les désigne vulgairement ; en effet ils ne ressemblent aux Cochons ni par les dimensions, ni par la forme générale, et ils ne sont point originaires de l'Asie méridionale. Ce sont de petits rongeurs à la tête arrondie, au corps renflé, aux pattes courtes, à la queue rudimentaire, qui ont pour patrie la Guyane, le Brésil, le Pérou, la Patagonie, etc. Les Cochons d'Inde qui vivent à l'état sauvage dans ces différentes contrées, tels que le Cobaye austral et le Cobaye apérea {Cavia australis et C. ><perea), ont une livrée grise, variée dejaune et de noir; mais ceux que l'on voit communément en Europe ont été profondément modifiés par l'influence de l'homme et se font remarquer par leur pelage blanc ou jaunâtre marqué de larges plaques irrégulières noires et jaunes.

Les Pacas [Cœlogenys), plus gros et plus hauts sur pattes que les Cochons d'Inde, se distinguent par une particularité anatomique fort curieuse ; ils ont de chaque côté de la tête une grande expansion osseuse sous laquelle s'enfonce un repli de la peau. Le Paca brun (Cœlogenys subniger) de Cayenne est d'un brun chocolat avec des taches blanches arrondies sur les flancs.

Les Agoutis (Dasyprbcta) sont de fort jolis animaux, au pelage lisse et brillant, qui habitent aussi les contrées chaudes du Nouveau Monde et qui se nourrissent de substances végétales. Leurs pattes assez fines sont bien conformées pour la course, et celles de devant peuvent aussi servir jusqu'à un certain point à la préhension des aliments. La plupart des espèces de ce genre, l'Acouchi [Dasyprorta acuschy), l'Agouti proprement dit(/>. acùti , l'Agouti huppé (D. aistata), ont un pelage brun ou noirâtre, plus ou moins tiqueté de blanc ou de fauve.

Les Chinchillas Chinchilla), dont la fourrure est

si estimé»', bg U vent principalement au Chili,

dans la région des AndeB. Ils ont à peu près la taille de nus Ecureuils et rappellent un peu ces derniers animaux par leur tèto surmontée de

grandes oreilles et ornée de grandes moustaches ; mais ils ont la queue beaucoup moins longue et moins touffue que les Ecureuils, les yeux beaucoup moins vifs, les oreilles plus arrondies vers le haut et presque dénudées, enfin ils sont essen tiellement terrestres. Le pelage du Chinchilla lanigère (Ch. laniger) est d'un gris perlé, un peu ondulé, soyeux et doux au toucher.

Le? Viscaches (Lagostomus), qui vivent dans les Pampas, ressemblent un peu aux Chinchillas par leurs caractères généraux, mais ne fournissent qu'une fourrure de très médiocre valeur.

Enfin les Anomalures ' ' Anomalurus) présentent la particularité, unique parmi les Plongeurs, d'avoir en dessus de la queue, dans la portion basilaire de cet organe, de larges écailles imbriquées comme les tuiles d'un toit. Ce caractère, joint à la disposition des omoplates et des doigts antérieurs, permet de distinguer facilement ces animaux des Ecureuils volantsavec lesquels ils ont une lointaine analogie, ayant comme ces derniers les membres antérieurs rattachés aux membres postérieurs par de larges expansions cutanées.

La petite famille des Dipodidés ne comprend que les Gerboises (Dipus), qui, comme nous l'avonsdit plus haut, ont, avec des formes extrêmement réduites, la physionomie générale des kangourous, et qui semblent aussi avoir emprunté le mode de locomotion de ces mammifères australiens (V. Marsupiaux). Pourvus d'une très longue queue qui se termine par un bouquet de poils et qui peut tour à tour remplir le rôle d'un balancier ou fournir au corps un point d'appui d'une certaine résistance, ayant les pattes antérieures extrêmement courtes, et les pattes postérieures au contraire très développées, les Gerboises progressent avec une rapidité extraordinaire, par bonds successifs, et ne se servent guère de leurs membres antérieurs que pour fouir le sol. Leur tête est surmontée de larges oreilles et animée par de gros yeux à fleur de tète qui indiquent immédiatement des habitudes nocturnes. En effet, les Gerboises ne sortent guère de leurs terriers qu'à la tombée de la nuit. Le pelage de ces petits animaux offre constamment des teintes assez claires, fauves ou brunes sur les parties supérieures, et blanches ou jaunâtres sur les parties inférieures du corps. Une espèce de Gerboise (Dipus mauritanicus) se trouve en Algérie; d'autres habitent l'Arabie, l'Inde et la Russie méridionale.

Les Loirs (Myoxus), qui composent avec un ou deux autres petits genres la famille des Myoxidés, tiennent à la fois des Rats et des Écureuils. Ils passent leur vie sur les arbres, ou se cachent dans les trous des rochers, des vieux murs, et s'engourdissent pendant la mauvaise saison. Le Lérot (Myoxus nitiln), qui n'a pas plus de 15 centimètres de long, queue non comprise, est d'un brun fauve sur le dos, d'un blanc pur en dessous, et a les côtés de la tête et une partie de la queue fortement tachés de noir. Il est commun dans toute l'Europe, surtout dans les endroits cultivés. D'autres espèces de Loirs sont spéciales à l'Afrique ou à l'Asie orientale.

La très nombreuse famille des Muridés a pour principaux représentants les Rats-taupes, les Campagnols, les Ondatras, les Hamsters et les Rats.

Les Rats-taupes (Spalax, Bathyergus, etc.) sont des Rongeurs fouisseurs, ayant la tête grosse, le corps plus ou moins cylindrique, la queue courte ou nulle, les ongles robustes, les yeux presque atropines, comme c'est l'ordinaire chez les qui mènent une vie souterraine. Le Zemmi lux typhlus), qui se rencontre en Crimée et dans l'Asie Mineure, peut être considéré comme le type de ce groupe.

Les Campagnols ne dépassent pas en grandeur

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les Souris de nos maisons, avec lesquelles ils ont parfois été confondus, quoiqu'ils aient les oreilles plus longues, les yeux plus gros et plus saillants, le pelage en général plus fortement teinté de jaune, etc. Ils sont représentés en Europe par plusieurs espèces, dont une, le Campagnol des champs (Arvicola arvalis), établit sa demeure dans les plaines cultivées et cause souvent de grands ravages en coupant les tiges des céréales, en rongeant les racines des plantes potagères et en dévorant les semences.

Aux Campagnols se rattachent les Lemmings (Lemmus), si célèbres par leurs migrations. Ces Lemmings [L. norvégiens) sont originaires de Laponie et de Norvège et, poussés par la famine ou par quelque autre cause, quittent à certaines époques leur pays natal, en troupes innombrables, et prennent deux directions opposées, certains d'entre eux gagnant les rivages de la mer du Nord et d'autres descendant vers le golfe de Botnie. Sur leur passage ils dévorent les récoltes, les herbes et les racines ; mais heureusement ils sont bientôt décimés parles intempéries ou deviennent la proie des Rapaces, des oiseaux de mer ou des mammifères carnivores.

Les Ondatras habitent le nord du continent américain ; ils sont aquatiques comme certains Campagnols et sont encore mieux organisés que ceuvci pour la natation, ayant la queue écailleuse et comprimée latéralement et les pattes de derrière palmées. L'Ondatra musqué (Ondatra ziôeihica), qui vit dans les lacs du Canada, doit son nom à l'odeur particulière qu'exhale sa fourrure. Il construit des huttes semblables à celles qu'élèvent les Castors, mais de dimensions plus restreintes.

Les Hamsters [Cricetus], qui sont à peu près de la grosseur d'un Rat, sont parfois appelés Marmottes d'Allemagne ou Marmottes de Strasbourg, parce qu'ils se trouvent principalement en Alsace et dans les pays d'Outre-Rhin. Le Hamster vulgaire <Cr. frumentarius) entasse dans l'une des chambres dont se compose son terrier des quantités considérables de froment, de seigle, de légumes secs, et se nourrit pendant l'hiver avec ces provisions.

L'un des genres les plus nombreux en espèces de tout l'ordre des Rongeurs est assurément le genre Mus, qui renferme les animaux désignés vulgairement par les noms de Rats, de Souris et de Mulots. La Souris vulgaire est trop connue pour que nous ayons besoin d'en donner une description détaillée. Chacun sait que ce petit Rongeur est ordinairement d'un gris cendré, mais que parfois il passe au blanc pur. Les individus ainsi modifiés ont les yeux rouges, comme c'est la règle chez les albinos.

Buffon a dit de la Souris : « Timide par sa nature, familière par nécessité, la peur ou le besoin font tous ses mouvements ; elle ne sort de son trou que pour chercher à vivre ; elle ne s'en écarte guère, y rentre à la première alerte, ne va pas, comme le Rat, de maisons en maisons, à moins qu'elle n'y soit forcée, fait aussi beaucoup moins de dégâts, a les mœurs plus douces et s'apprivoise jusqu'à un certain point, mais sans s'attacher. » Dans les catalogues scientifiques, la Souris est appelée Mus musculus.

Le Mulot vulgaire (Mus sylvaticus) est un peu plus fort que la Souris et porte une livrée d'un brun fauve sur le dos, d'un blanc pur sur la poitrine et sur le ventre. Répandue dans toute l'Europe et sur une partie de l'Asie, cette espèce ne pénètre guère dans les habitations qu'à l'approche de l'hiver, et se tient durant la belle saison dans les bois et dans les champs.

Le Rat nain ou Hat des moissons (Mua arenarius ou Mus parvulus) est le plus petit de nos

Rongeurs indigènes et se distingue entre tous par son industrie. Pour loger ses petits, il construit en effet un nid à peu près sphérique qu'il suspend dans un champ de blé à quelques tiges encore sur pied et qu'il abrite sous des chaumes artistement tressés. Cette petite construction rappelle beaucoup par sa forme les nids de certaines Fauvettes, et, comme ceux-ci, peut se balancer au souffle du vent, avec les tiges qui le supportent.

Le Rat surmulot [Mus decumnnus) est, comme son nom môme l'indique, beaucoup plus grand et plus robuste que le Mulot. C'est un animal destructeur par excellence, qui, dans les localités où il se multiplie, occasionne des dégâts considérables et compromet même la sécurité des habitations en rongeant les poutres de soutènement et en se frayant un passage à travers les murs de fondation. Aujourd'hui cette espèce est extrêmement répandue dans les grandes villes et pullule particulièrement dans les égouts de Paris, et cependant c'est seulement depuis le milieu du xvme siècle que l'on a constaté sa présence en Europe. Les premiers Surmulots furent sans doute amenés de la Perse ou del'Indeàbord de quelques vaisseaux, et en 1727 un grand nombre de ces animaux arrivèrent à Astrakhan, venant des déserts de l'ouest, et ayant traversé les flots du Volga.

En France, le Surmulot a presque complètement détrôné et anéanti une autre espèce, de taille un peu plus faible, et revêtue d'une livrée plus foncée, le Bat noir (Mus ratus), qui lui-même était déjà, selon toute probabilité, originaire de l'Asie. Suivant une opinion généralement accréditée, cet animal nuisible a été introduit en Europe par les navires qui ramenaient dans leurs foyers les guerriers ayant pris part aux croisades ; cependant il ne se trouve mentionné d'une manière parfaitement nette que par les auteurs du xvie et du xvnc siècle.

Il paraît même qu'une troisième espèce, le Rat d'Alexandrie (Mus alexandrinus), qui a l'Egypte pour patrie d'origine, s'est établie depuis une soixantaine d'années dans nos départements méridionaux; aussi craignait-on jusqu'à ces derniers temps de voir pénétrer en France un Rongeur encore plus redoutable, un véritable géant dans son genre, le Rat pilori (Mus piloricles) des Antilles; mais des observations récentes ont heureusement démontré que cette espèce différait par ses mœurs autant que par son organisation du Rat noir, du Rat surmulot et du Rat d'Alexandrie, et que, par suite, son introduction et son acclimatation en Europe ne sont probablement pas à redouter. [E. Oustalet.]

ROSACEES. — Botanique, XVIII. — Etym.: de rosa, nom latin de la rose. — Définition. — Famille de plantes phanérogames, angiospermes, dicotylédonées, dont les fleurs sont dialypétales et à étamines périgynes, et dont les graines, arrivées à maturité, sont dépourvues d'albumen.

Caractères botaniques. — La graine des Rosacées, toujours protégée par les parois du fruit, ne possède qu'un tégument extrêmement mince, entièrement transformé en une lame de parenchyme corné. L'albumen faisant défaut, la réserve nutritive destinée à nourrir l'embryon pendant les premières phases de la germination, est emmagasinée dans les cotylédons de cet embryon.

La racine est pivotante ou fasciculée. Les plantes de cette famille sont des herbes, des arbustes, ou des arbres; leur tige varie donc de hauteur et de dimension, depuis celle des fraisiers jusqu'à celle des pommiers et des cerisiers. Elle porte des feuilles alternes, presque toujours stipulées ; les stipules sont adnées au pétiole chez les rosiers, les fraisiers, les ronces, la sanguisorbe, etc. ; elles sont caduques chez les pommiers, les

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