‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 358 sur 534 · SOCIÉTÉ (RÈGLE DE · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ (RÈGLE DE

tuations analogues, la conscience d'une unité qui dure, se transmet et se perpétue pendant une longue suite de générations, unité souvent conquise, défendue et maintenue au prix des plus grands sacrifices, et vous aurez créé dans une association d'hommes l'idée de la patrie, qui est la plus complète et la plus haute réalisation de la société.

On conçoit que l'individu qui fait partie d'une telle association a le droit de garder, en ce qui le concerne personnellement, toute liberté et toute initiative, qu'il peut penser comme il veut, parler comme il veut, agir comme il veut; mais on conçoit aussi que sa liberté est limitée par celle de tous les autres membres de l'association ; on conçoit aussi que, pour le plus grand bien de lui-même et des autres, chaque membre de l'association soit conduit à aliéner une part de son individualité. Que, ne pouvant dormir, il me prenne, au milieu de la nuit, l'envie de chanter, si nul ne peut m'entendre, cela ne nuit à personne ; il n'en sera pas de même, si je réveille mes voisins. Mes voisins et moi, nous avons besoin tous les jours de franchir le môme ruisseau : si nous sommes des gens entendus, nous nous cotiserons pour l'achat en commun d'une planche qui nous puisse servir de pont. Et encore faudra-t-il, pour que cela soit possible, que notre planche, par exemple, ne nuise pas à la navigation du ruisseau ; faute de quoi, nous serons encore obligés de nous entendre avec d'autres.

De là, dans toutes les sociétés, l'origine de ces dispositions qui ont pour objet de concilier l'ordre général avec la liberté de l'individu, de faire servir les ressources de l'association aux besoins de chacun en le? limitant les uns par les autres. De là la loi, de là les pouvoirs chargés de faire et d'appliquer la loi, de réfréner et de punir ceux qui la violent. De là encore l'Etat ou le gouvernement, dont la véritable formule, dans nos sociétés modernes, est, d'une part, d'empêcher ce qui est nuisible à la société en laissant aux individus liberté entière sur tout le reste, et, d'autre part, de faciliter ce qui est utile à la société, quand les individus ne le peuvent faire. Que l'association elle-même constitue cet Etat, qu'elle soit elle-même la source de ces grands pouvoirs et, par conséquent, des actes qui en émanent ; qu'en d'autres termes, elle soit souveraine, et qu'elle exerce sa souveraineté, soit directement, soit par l'intermédiaire de mandataires élus , l'individu alors deviendra un citoyen, et la société réalisera, en matière politique, la forme la plus parfaite qu'elle puisse prendre.

Mais il est vrai de dire qu'en fait cette évolution n'a jamais été accomplie que par un petit nombre de nations, que celles-là mêmes n'y sont arrivées que fort tard, et qu'elles en ont acheté bien chèrement le privilège. Les violences, dont il ne faut point, comme Pascal, Rousseau et bien d'autres, faire retomber exclusivement la responsabilité sur certains principes fort légitimes des sociétés, mais qui découlent de l'ignorance et des passions humaines, ont eu, malheureusement, sur la formation et sur l'existence de ces sociétés, une bien plus grande action que le bon sens, la logique normale des choses, et l'intérêt bien entendu des individus et des associations, [.'histoire n'est, hélas I le plus souvent que le triste tableau des œuvres de la force ; invasions, conquêtes, violation à main armée du droit et des situations acquises, tel est le spectacle le plus ordinaire que présentent les annales des peuples; il n'en est aucun qui n'ait souffert de quelques-unes de ces ignominies, ou qui n'y ait participé, et c'est ce qui peut donner une apparence de raison à ceux qui se complaisent au mépris du progrès que la civilisation produit et

amène. Il n'en est pas moins vrai que ce progrès existe, et qu'il se dégage de l'histoire bien entendue une manifestation incontestable de préjugés vaincus et d'améliorations accomplies et définitives.

Cette marche en avant, malgré toutes les fautes que nous devrions être les premiers à nous reprocher, est encore plus certaine peut-être pour notre histoire que pour aucune autre, et il ne faut, par exemple, pour s'en convaincre, que lire, dans ce Dictionnaire, le commencement de l'ar ticlc Révolution française, où les œuvres de la Révolution sont opposées à l'ancien régime.

Nu! doute que notre situation actuelle, encore mal assise, d'ailleurs, et mal limitée, ne puisse devenir meilleure ; nul doute que le progrès que nous avons réalisé ne puisse être le point de départ de progrès nouveaux et indéfinis. Mais le progrès d'une société dépend évidemment de la valeur individuelle de ceux qui la composent, et cette valeur elle-même ne peut être que la conséquence des efforts de chacun vers le bien et vers le mieux ; c'est la conclusion que nous voudrions tirer de cette étude; c'est aussi celle que, selon nous, l'instituteur devrait tirer des études analogues qu'il sera conduit à faire dans l'école. Il ne nous reste plus que quelques références à indiquer au sujet des différents sens du mot Société autres que celui que nous venons de développer. On trouvera, dans la Ire Partie, au mot Association, des renseignements sur différentes sociétés qui s'occupent de l'instruction et de l'éducation populaires ; et, dans la IIe Partie, au mot Académie, sur la principale de nos sociétés littéraires, l'Académie française. Quant à cette acception particulière du mot société désignant les rapports que nous avons les uns avec les autres dans la vie ordinaire, rapports qui sont chez nous, pour nous-mêmes comme pour autrui, une source de devoirs et de convenances tenant de très près à la morale proprement dite, dont la pratique enfin nous a valu auprès des étrangers une réputation séculaire que nous devons tenir à conserver, nous renvoyons les lecteurs au mot Usages. [Charles Defodon.]

SOCIÉTÉ (Règle de). — Arithmétique, XLIV. — Lorsque plusieurs personnes s'associent pour une entreprise industrielle ou pour une opération commerciale, le bénéfice ou la perte doivent être répartis entre tous les associés, en tenant compte des capitaux que chacun d'eux a risqués dans l'œuvre commune et aussi du temps pendant lequel ces capitaux y ont été placés. La règle de société enseigne à faire cette répartition d'une manière équitable. Cette question n'est qu'une application particulière d'un problème connu sous le nom de partage proportionnel, problème que nous allons d'abord résoudre.

I. Partage proportionnel. — Proposons-nous, par exemple, de partager le nombre 420*en parties proportionnelles aux nombres 5, 7 et 8, c'est-àdire en parties telles, que le rapport de la première à la seconde soit égal au rapport de 5 à 7, que le rapport de la première à la troisième soit égal au rapport de 5 à 8, et enfin que le rapport de la seconde à la troisième soit égal au rapport de 7 à 8.

lrt Solution. — J'ajoute les trois nombres S, 7 et 8, ce qui me donne 20. Si l'on demandait de partager 20 en parties proportionnelles aux nombres 5,7 et 8, les parties seraient évidemment ces nombres eux-mêmes, puisque leur somme est égale au nombre 20 qu'il s'agit de partager. Si, au lieu de 20, c'est 1 qu'on veut partager proportionnellement aux nombres 5,7 et 8, les parties seront 20 fois plus petites que dans le premier

cas; leurs valeurs seront donc —, — et — • fcn-

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