‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 368 sur 534 · IV. Région do Sud-Est. — 24. G i · texte numérisé non relu

IV. Région do Sud-Est. — 24. G i

dans les Alpes, celui des cantons suisses dont I i Buperficle est le plus considérable; il comprend les vallées du Rhin antérieur, de Rhin postérieur, de l'Albula (Davos), de la Landquait Prasttigau , de l'Inn (Eugadine). Chef-lieu Coire, sur la Plessur, affluent du Rhin; Dissentis, sur le Rhin antérieur.

25. Tessin (130 777), sur le versant S. des Alpes, et formé presque en entier par la vallée du Tessin. Chef-lieu Bellinzona, sur le Tessin ; Locarno, sur le lac iMajeur; Lugano, sur le lac du môme nom.

Le canton du Tessin et une partie de celui des Grisons <\a\ de Misocco) forment la Suisse italienne. Dans les hautes vallées des Grisons on parle les dialectes romanche et ladin ; dans le reste du canton, l'allemand.

La population. — La population totale de la Suisse était, d'après le recensement officiel du 1er décembre 1880, de 2 846 102 habitants.

L'émigration pour les pays d'outre-mer a été en 1879 de 4 288 personnes, et en 1880 elle a atteint le chiffre de 7 225. D'un autre côté, l'augmentation de la population pendant les dix dernières années a été en moyenne de 16 249 têtes par an. La Suisse est le pays de l'Europe qui compte dans sa population le plus grand nombre d'étrangers (à peu près 5 p. 100) ; mais un nombre à peu près égal de Suisses sont répandus dans les autres pays comme précepteurs, industriels et commerçants.

La population de la Suisse appartient, sous le rapport de la langue, aux trois principales nations de l'Europe centrale, et l'on distingue ainsi une Suisse allemande, une Suisse française et une Suisse italienne. A cette dernière se rattache la population romanche des Grisons. L'allemand est la langue d'environ les trois quarts de la Suisse. La Suisse française ou romande comprend les cantons de Genève, Vaud et Neuchâtel, les trois quarts de celui de Fribourg, les deux tiers du Valais et la partie du canton de Berne située dans le Jura. L'italien règne dans le Tessin et dans les vallées méridionales des Grisons.

Les trois cinquièmes des Suisses sont protestants, les deux autres cinquièmes sont catholiques. On trouve en outre un petit nombre de Juifs dont la plupart habitent le canton d'Argovie.

III. GÉOGRAPHIE AGRICOLE ET INDUSTRIELLE. — La superficie totale de la Suisse est de 41 3 >0 kil. carrés, dont 7 714 sont occupés par des forêts, 305 par des vignobles et 21 618 par des champs, jardins et pâturages. La proportion entre le sol productif et le sol improductif varie considérablement suivant les cantons: tandis que le sol improductif ne représente dans le canton d'Appenzell lihodes-Extérieures que le 2.69 p. 100, dans celui de Bâle-Campagne quele3.80p. 100 delà superficie totale, il représente dans le canton d'Uri 55.60, dans le Valais 54.07, dans les Grisons 46.39 p. H'O de cette superficie.

D'après une estimation approximative, le sol de la Suisse qui se prête à la culture proprement dite ne forme que 15 p. ldO de la superficie totale. Aussi le pays est-il loin de produire de quoi suffire à sa consommation. Le bétail constitue une de ses principales richesses ; les vaches de la Gruyère, noires ou tachetées de noir, celles du Simnienthal (Oberland bernois), rouges ou tachetées de rouge, et les vaches de Schwytz, brunes, moins grandes, niais nu illeures laitières que les précédentes, sont très recherchées pour l'exportation. Une partie notable de la population, surtout dans les cantons

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alpestres, vit presque exclusivement de l'élève du bétail et de ses produits en lait, beurre et fromage. La Suisse a exporté en 1880 2((7 189 quintaux métriques de fromaçe. et 92 :93 de lait condensé. On élève en Suisse beaucoup de poules, oies et canards. L'apiculture ou élève des abeilles est florissante dans les cantons du Valais, de Berne, de Lucerne et du Tessin. On élève le ver à soie dans les vallées du sud des Alpes et môme dans quelques parties du nord de la Suisse.

Les rivières et les lacs sont riches en poissons, mais cependant moins qu'autrefois. Les forêts, qui, dans plusieurs cantons, sont très bien entretenues, fournissent, outre le combustible, de magnifiques bois de marine et de construction. Il on a été exporté en 1880 pour plus de 8 millions de francs.

L'agriculture est en honneur et livre des produits considérables ; cependant il n'y a guère que six cantons qui produisent assez de blé pour leurs besoins. L'importation des céréales en 1880 a été de 3 570 093 quintaux métriques, représentant une valeur d'environ 110 millions de francs. La France figure dans cette importation pour 1 300 04S quintaux.

La vigne est, avec le blé, la principale culture: elle est cultivée dans presque tous les cantons et réussit sur le plateau jusqu'à 600 mètres audessus de la mer, en Valais et dans le Tessin jusqu'à 700 mètres et même au delà. Les meilleurs vins sont ceux do Neuchâtel, du Valais, des Grisons et de Vaud. Malgré cela le vin fait l'objet dune importation considérable: il en est entré en Suisse en 1S80 1 046982 quintaux métriques, dont 479 782 ont été fournis par la France. Les pommes de terre, cultivées partout en Suisse, y sont de bonne qualité et constituent une partie importante de la nourriture de toutes les classes de la population. Ce qui prouve combien la Suisse est tributaire de l'étranger pour son alimentation, c'est que, même pour cet article, l'importation dépasse considérablement l'exportation (en 1880 de 271 182 quintaux). Il n'y a pas de pays où la culture des arbres fruitiers ail. atteint un degré de développement aussi considérable que dans le nord de la Suisse ; la Thurgovie, en particulier, est comme une forêt de pommiers et de poiriers, dont les fruits servent à faire du cidre et de l'eau-de-vie. Le chanvre et le lin sont cultivés presque partout; le tabac l'est essentiellement dans les cantons de Vaud et de Friboura:, mais sa culture commence à s'introduire dans plusieurs autres parties de la Sui.-se.

Le pays est pauvre en mines. La houille, ce combustible précieux qui est l'âme de l'industrie, ne s'y trouve qu'en quantité insignifiante. On en a importé en 1880 6 033 018 quintaux métriques. On exploite du fer en Valais, dans le canton de Saint-Gall et surtout dans le Jura bernois, dont le 1er sidérolithique est un produit très apprécié ; mais l'exploitation de ce minerai est bien insuffisante pour les besoins. Il en est de même du sel que fournissent les salines de Bex ^Vaud), de Schweizerhalle (Bàle), et de Bheinfelden (Argovie . Le Val-de-Travers possède de riches mines d'asphalte et produit du ciment qui égale en qualité celui de Portland.

Aucun pays n'a, en proportion de son étendue, un nombre aussi prodigieux de sources minérales que la Suisse, On en compte plus de 600. Ici des taux, trop chaudes pour qu'on puisse y tenir la main, sortent du pied d'un glacier; là elles jaillissent dans les cavernes profondes et obscures des rochers ; ailleurs dans les plaines ou même, comme à Lavey et à Baden, au milieu d'un fleuve. Les stations d'eaux thermales les plus fréquentées sont : Saint-Moritz et Tarasp (Gri-

sons), Bagatz (Saint-Gall , Schinznach, Baden et Bheinfelden (Argovie), Louëche (Valais), W cissenbourg et le Gurnigel Berne), etc.

L'industrie manufacturière est très développée, et la Suisse est devenue, pour certains articles, une rivale de l'Angleterre, malgré les difficultés provenant de son manque de houille et de sa position au centre de l'Europe, loin des ports qui lui amènent les matières premières, et loin des pays qui lui servent de débouchés. Les trois industries principales sont : les tissus de coton et les broderies dans les cantons de Zurich, Argovie, Glaris, Saint-Gall et Appenzell; les étoffes et rubans de soie à Zurich, rivale de Lyon, à Bàle et dans les cantons de Berne, Schaffhouse, Argovie, Glaris, Thurgovie et Grisons ; l'industrie horlogère, qui a son centre dans le Jura neuchâtelois et à Genève, et qui s'est aussi répandue dans les cantons voisins de Berne, Soleure et Vaud. Cette branche importante de l'activité industrielle de la Suisse produit annuellement plus de 200 000 montres dont la valeur dépasse cent millions de francs. La fabrication des boites à musique se rattache à celle des montres; on en fabrique surtout à Genève et dans le district vaudois de Sainte-Croix, qui fournit à lui seul annuellement environ 100 000 de ces instruments d'agrément. La bijouterie de Genève est aussi liée à l'industrie horlogère. Il faut encore mentionner l'industrie des laines, florissant dans les cantons de Zurich, Berne et Glaris; celle du lin, qui a son siège principal dans l'Emmenthal bernois; le tressage de la paille et des crins en Argovie, à Fribourg et à Lucerne; la construction de machines dans un grand nombre de cantons, les tanneries dont la Suisse possède environ 500, et plusieurs branches d'industrie secondaires, telles que la, fabrication d'instruments de mathématiques et de physique à Aarau, Zurich et Berne; les fabriques de pianos à Zurich et Berne; de parquets dans le Valais, à Fribourg, Berne et Lucerne; la sculpture du bois dans l'Oberland bernois ; les excellentes papeteries de Bàle, Zurich, Argovie, Soleure, Vaud, Genève, Neuchâtel et autres localités, et enfin les poteries des cantons de Schaffhouse, Tessin et Berne. La fabrication de la céramique a été reprise il y a quelques années avec succès, à Heimberg, près de Thoune, grâce à l'initiative du gouvernement bernois, et les produits de cette industrie sont répandus sur tous les grands marchés de l'Europe.

Le commerce international et de transit e3t favorisé par d'excellentes voies de communication, par des lacs, des canaux, des chaussées superbes, de nombreuses routes de montagnes, un réseau de chemins de fer qui va tous les jours se complétant; enfin une organisation postale et un ensemble de lignes télégraphiques qui desservent jusqu'aux plus petites localités du pays.

La Suisse compte environ 35 banques d'émission avec un capital versé de 108 millions, et qui émettent des billets de banque environ pour la même somme. Quelques-unes seulement de ces institutions sont des établissements d'État, organisés par les cantons. Une loi fédérale, récemment votée, les place sous le contrôle de la Confédération. Il existe également en Suisse un très grand nombre de caisses d'épargne.

IV. 1XST1TUTIOXS POLITIQUES ET ADMLMSTnATI- YES. — Développement historique. — L'alliance que les cantons d'L'ri. de Schwytz et d'Cnterwald formèrent entre eux, en 1291, estla base etlepoint de départ de la Confédération suisse. Depuis lors, jusqu'à la fin du siècle passé, la Suisse fut une simple alliance d'Etats souverains, ligués pour se prêter mutuellement secours contre l'étranger au dehors et les insurrections au dedans, n'ayant en commun que le strict nécessaire pour atteindre

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ce but, et conservant d'ailleurs une j>1<mho indépendance. La Diète, composée de représentants

des cantons, était moins une assemblée délibérante qu'un congre-; de souverain-, ou les affaires se décidaient par voie de contrat et a l'unanimité, bien plus qu'à la majorité des \"i*.

En 1798, à la suite de l'invasion française, cet état de choses fut violemment remplacé par la République helvétique une et indivisible, gouvernée par un Directoire exécutif el dans laquelle un Sénat et un Grand Conseil, composés des repi tants des cantons, exerçaient le pouvoir législatif. Pour la première fois on Suisse, on proclamait la souveraineté du peuple avec L'égalité «les droits, la séparation des pouvoirs, les droits de la conscience, l'égalité des citoyens, la liberté de la presse, et la liberté d'industrie, de commerce et de circulation ; le rachat des droits féodaux était consacré, l'impôt étendu à tous, la publicité introduite dans les conseils. La République helvéti'iee ayant disparu après cinq ans de guerre civile, la Suisse accepta de Napoléon Bonaparte une constitution connue sous le nom d'Acte de médiation, qui tenait le milieu entre l'ancienne organisation de la Suisse et l'unitarisme helvétique. Puis vint le Pacte de 1815, qui, inférieur à l'Acte de médiation, au point de vue de l'unité nationale comme à celui des droits des citoyens, établissait une Confédération de 22 cantons. L'ancienne Dicte d'avant 17:)S reparaissait avec son cortège d'instructions, de protocoles ouverts et de référendum, qui entravaient la marche des délibérations et ajournaient, pendant des années entières, la solution des questions les plus importantes. Chaque canton avait le môme droit de représentation en Diète, sans égard à l'étendue de son territoire et au chiffre de sa population. Plus de garantie en faveur des droits des citoyens ; la Suisse redevenait une confédération d'Etats souverains et perdait à peu près complètement le caractère d'un Etat fédérât if.

C'est de la Constitution de 1848, fruit de la guerre du Sonderbund, que date l'organisation politique actuelle de la Suisse. Une tentative de la reviser, pour y introduire le principe de l'unité de législation civile et pénale, a échoué en 1872. En revanche une revision, adoptée deux ans plus tard, a centralisé l'organisation militaire, au2menté les droits de la Confédération dans le domaine de la législation civile et de l'instruction publique, et étendu les droits individuels et politiques des citoyens.

Etat politique actuel. — La confédération. — La Suisse est un Etat fédératif, dont les membres (cantons) sont subordonnés à un pouvoir central élu par la nation, considérée dans sa généralité. Précédemment la Confédération n'avait que la part de souveraineté que chaque canton avait bien voulu lui abandonner : aujourd'hui c'est elle qui décide de la part d'indépendance qu'il lui convient de laissera chaque canton. Elle a pour but d'assurer l'indépendance de la patrie contre l'étranger, de maintenir la tranquillité et l'ordre à l'intérieur, de protéger la liberté et les droits des confédérés et d'accroître leur prospérité commune. Elle a seule le droit de déclarer la guerre et de conclure ia paix et de faire, avec les Etats étrangers, des alliances et des traités. C'est à elle qu'appartient ie droit de disposer de l'armée, ainsi que du matériel de guerre : les lois sur l'organisation de l'armée émanent d'elle. Rentrent exclusivement dans ses attributions; la législation sur la coi siruction et l'exploitation des chemins de fer, sur ie système monétaire et celui des poids et mesures (la Suisse possède le système métrique et décimal français) ; la régale des monnaies ainsi que la législation sur l'émission et le remboursement des billets de banque la fabrication ctla vente de

la poudre de guerre, les péages, les poste-. légraphee. Bile a le droit de créer, outre l'Ecole polytechnique existante, une université féi i t d'autres établissements d'instruction publique.

Elle a le droit de haute surveillance sur la police (les endiguementa et des forêts dans les régions

élevées. Elle peut ordonner, à ses frais, ou encourager par des subsides, les travaux publics qui Intéressent la Suisse ou une partie con^lérable du pays ; elle exerce la haute surveillance sur les routes et les ponts dont le maintien l'intéresse, et elle peut statuer des dispositions législatives ponr régler l'exercice de la pèche el «le la chasse et pour protéger les oiseaux utiles à l'agriculture et a la sylviculture. Elle peut statuer des prescriptions sur le travail dans les fabriques et BUT les opérations des agences d'émigration et des entreprises d'assurances non instituées par l'Etat. La législation sur la capacité civile, sur le droit des obligations, sur le droit commercial et le droit de change, sur la propriété littéraire et artistique, est de son ressort. La loi fédérale détermine à quelle législation et à quelle juridiction sont soumis les Suisses établis dans un autre canton que leur canton d'origine ; elle fixe les limites dans lesquelles un citoyen suisse peut être privé de ses droits politiques. La Confédération prend les mesures de police sanitaire contre les épidémies et les épizooties qui offrent un danger général. Elle lixe les conditions auxquelles les étrangers peuvent être naturalisés. Enfin elle a le droit de renvoyer du territoire suisse les étrangers qui compromettent la sûreté intérieure ou extérieure du pays.

Principe-; du droit public. — Il ne peut être conclu de capitulations militaires (c'est-à-dire de traités par lesquels les cantons suisses s'engageaient autrefois à fournir à des puissances étrangères des troupes mercenaires). Le ; magistrats et fonctionnaires fédéraux ne peuvent recevoir d'un gouvernement étranger ni pensions, ni traitements, ni titres, présents ou décorations. La Confédération n'a pas le droit d'entretenir des troupes permanentes. Aucun canton ne peut avoir plus de 300 hommes de troupes permanentes (il n'en existe du reste pas). Si des différends viennent à s'élever entre cantons, ceux-ci doivent s'abstenir de toute voie de fait et se soumettre à la décision qui sera prise sur ces différends, conformément aux prescriptions fédérales. Les maisons de jeu sont interdites.

Droits garantis aux citoyens. — Tous les Suisses sont égaux devant la loi. La Confédération garantit la liberté et les droits du peuple, les droits constitutionnels des citoyens, ainsi que les droits et attributions que le peuple a conférés aux autorités. Elle garantit la liberté de la presse, le droit d'association et de pétition, la liberté de commerce et d'industrie, et le droit de libre établissement. Tout citoyen d'un canton est citoyen suisse, et jouit au lieu de son domicile de tous les droits des citoyens du canton. L'inviolabilité du secret des lettres et télégrammes est garantie. Nul ne peut être distrait de son juge naturel; il ne peut être établi de tribunaux extraordinaires. La contrainte par corps est abolie. Les peines corporelles le sont également, et la peine de mort ne peut être prononcée pour délit politique. Le droit au mariage est placé sous la protection de la Confé ! ration. Aucun empêchement au mariage ne peut être fondé sur des motifs confessionnels, sur l'indigence des époux, sur leur conduite ou quelque autre motif de police que ce soit.

Dispositions s;>>ciale- pour le maintien de la paix confiSsionnelle. — La liberté de conscience et do croyance est inviolable. Nul ne peut être contraint de faire partie d'une association religieuse, de suivre un enseignement religieux, ni encourir des peines, de quelque nature qu'elles

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soient, pou-.' cause d'opinion religieuse. La personne qui exerce l'autorité paternelle ou tutélaire a le droit de disposer de l'éducation religieuse des enfants jusqu'à seize ans révolus ; les écoles publiques doivent pouvoir être fréquentées par les adhérents de toutes les confessions, sans qu'ils aient à souffrir d'aucune façon dans leur liberté de conscience ou de croyance. L'instruction primaire, qui est obligatoire et, dans les écoles publiques, gratuite, doit être placée exclusivement sous la direction de l'autorité civile.

L'exercice des droits civils et politiques ne peut être restreint par des prescriptions ou des conditions de nature ecclésiastique ou religieuse, quelles qu'elles soient. Nul no peut pour cause d'opinion religieuse s'affranchir de l'accomplissement d'un devoir civique. Nul n'est tenu de payer des impôts dont le produit est spécialement affecté aux frais proprement dits d'une communauté religieuse à laquelle il n'appartient pas.

Le libre exercice des cultes est garanti dans les limites compatibles avec l'ordre public et les bonnes mœurs. Les cantons ot la Confédération peuvent prendre les mesures nécessaires pour le maintien de l'ordre public et de la paix entre les membres des diverses communautés religieuse*, ainsi que contre les empiétements des autorités ecclésiastiques sur les droits des citoyens et de l'Etat. Il ne peut être érigé d'évêché sur le territoire suisse sans l'approbation de la Confédération. Toute juridiction ecclésiastique est abolie. L'ordre desJésuites et les sociétés qui lui sont affiliées ne peuvent être reçus dans aucune partie de la Suisse, et toute action dans l'église et dans l'école est interdite à leurs membres. Cette interdiction peut s'étendre aussi à d'autres ordres religieux dont l'action est dangereuse pour l'Etat, ou trouble la paix entre les confessions. Il est interdit de fonder de nouveaux couvents ou ordres religieux et de rétablir ceux qui ont été supprimés. L'état civil et la tenue des registres qui s'y rapportent est du ressort des autorités civiles. Le droit de disposer d>,'s lieux de sépulture appartient à l'autorité civile.

Autorités fédérales. — Le pouvoir législatif tàdéral est exercé par l'Assemblée fédérale, qui est divisée en deux Chambres :

1° Le Conseil national, représentant la nation dans son ensemble, et qui se compose de députés élus pour trois ans directement par le peuple, dans la proportion d'un député pour 20u(k> âmes de population (tout Suisse âgé de 20 ans est électeur, tout électeur laïque est éligible) ;

2" Le Conseil des Etats, nommé par les cantons, qui, sans égard à leur étendue, y sont tous également représentés par deux membres. Dans plusieurs cantons, les députés au Conseil des Etats sont nommés par le Grand Conseil cantonal, dans d'autres directement par le peuple; chaque canton détermine la durée du mandat de ses députés.

Les attributions et compétences de chacune de ces deux Chambres sont exactement les mêmes : il faut leur accord pour l'adoption de toute loi ou mesure législative quelconque. Outre les attributions de tout pouvoir législatif, les Chambres ont seules le droit de disposer de l'armée fédérale, de déclarer la guerre ou de conclure la paix. Pour les élections constitutionnelles, savoir l'élection du Conseil fédéral et du chancelier, du tribunal fédéral, du général en chef de l'armée, ainsi que pour l'exercice du droit de grâce et les conflits de compétence entre autorités fédérales, les deux Chambres se réunissent en Assemblée fédérale, sous la présidence du président du Conseil national.

Le pouvoir exécutif fédéral est exercé par le Conseil fédéral, composé de sept membres, nommés par l'Assemblée fédérale pour trois ans, parmi

les citoyens éligiblas au Conseil national. On ne peut choisir plus d'un membre du Conseil fédéral dans le même canton. Le président et le viceprésident de la Confédération sont nommés pour un an, par l'Assemblée fédérale, entre les membres du Conseil fédéral. Ils ne sont pas immédiatement rééligibles.

Le siège du gouvernement et des Chambres est à Berne, où sont également fixés le Bureau international de l'Union postale universelle et celui de l'Union télégraphique.

Le pouvoir judiciaire fédéral est confié au tribunal fédéral, qui siège à Lausanne : il se compose de neuf membres et d'autant de suppléants, nommés pour six ans par l'Assemblée fédérale. Les trois langues y sont représentées. Son président et son vice-président sont désignés pour deux ans par l'Assemblée fédérale. Ses attributions, en matière civile, sont en général les différends entre la Confédération et les cantons, ceux entre les cantons, les procès contre la Confédération si la valeur du litige atteint 3 000 fr. ; ceux qui se rattachent à l'application des lois fédérales. Il connaît des conflits de compétence entre les autorités fédérales et les autorités cantonales, et des différends entre cantons en matière de droit public, ainsi que des recours des citoyens pour la violation de droits constitutionnels. Il statue sui1 les demandes d'extradition formulées par les gouvernements étrangers. En matière pénale il connaît, avec l'assistance d'un jury, des crimes et délits politiques qui sont la cause ou la suite de troubles ayant occasionné une intervention fédérale et en général de tous les crimes et délits prévus par le code pénal fédéral.

Référendum et revision de la Constitution. — Les lois votées par les Chambres sont soumises à l'adoption ou au rejet du peuple, si la demande en est faite par 30 0U0 citoyens actifs ou par 8 cantons. Il en est de même des arrêtés fédéraux qui sont d'une portée générale et qui n'ont pas un caractère d'urgence.

La constitution fédérale peut être revisée en tout temps. Lorsqu'une des Chambres décrète cette revision et que l'autre Chambre n'y consent pas, ou bien lorsque 50 000 citoyens actifs la demandent, la question est soumise au peuple ; s'il se prononce pour l'affirmative, les deux Chambres sont renouvelées pour procéder à la revision. La constitution revisée doit être soumise à l'acceptation du peuple dans son ensemble et à celle de chacun des cantons. Le résultat de la votation populaire dans chaque canton est considéré comme le vote de l'État. Il faut donc, pour que la constitution nouvelle soit valablement acceptée, qu'elle ait réuni non seulement la majorité des suffrages de l'ensemble des votants, mais encore la majorité des suffrages dans la moitié des cantons plus un.

Organisation militaire. — Tout Suisse est tenu au service militaire depuis l'âge de 19 ans révolus jusqu'à l'âge de 44 ans révolus. Les militaires qui, par suite du service fédéral, perdent leur vie ou voient leur santé altérée d'une manière permanente, ont droit à des secours de la Confédération pour eux ou pour leur famille, s'ils sont dans le besoin. Les hommes exemptés du service pour une cause quelconque sont soumis à une taxe militaire annuelle, dans la fixation de laquelle il est tenu compte de leur fortune ou de leurs ressources. Chaque soldat reçoit gratuitement ses premiers effets d'armement, d'équipement et d'habillement; les armes restent entre les mains du soldat.

Les enfants, depuis l'âge de 10 ans jusqu'à leur sortie de l'école primaire, doivent suivre des cours de gymnastique préparatoire au service militaire, qui sont suivis en outre par tous les

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Jeunes gens jusqu'à l'âge de 20 ans: pour les deux dernières années, la Confédération peut y joindre dos exercices île tir. Dans la règle, ees coura sont donnes par les instituteurs qui reçoivent l'instruction nécessaire à cet effet. A l'Ecole polytechnique fédérale ont lieu des cours spéciaux pour Ici i s i ignement des sciences militaires. L'instruction des recrues dure de 45 a 00 jours suivant l'arme. Chaque corps est appelé tous les deux ans à un cours de répétition de i4 à l.s jours, et toutes les années à une inspection ou à un service de tir, puis de temps à autre à un rassemblement de troupes. Il se tient en mitre chaque année de nombreuses écoles spéciales pour l'instruction des sous-officiers et des officiers. L'arn ée est formée de 8 divisions, subdivisées en brigades, régiments et compagnies. Au 1er janvier 1 88 1, l'effectif de l'armée était le suivant :

Elite (do 20 à 32 ans).

Etat-major

Infanterie

Artillerie

Génie

Cavalerie

Troupes s. nitams

Troupes d'administration.

Landwehr (de 32 à 44 ans).

Etat-major

lnlautcrie

Artillerie

Génie

Cavalerie

Troupes sanitaires

Troupes d'administration.

1 17 7j1j hommes.

92 736 hommes.

On ne nomme un général en chef qu'en cas de mise sur pied de guerre de plusieurs divisions; ses fonctions ne durent que jusqu'au licenciement des troupes.

Finances. — Les recettes de la Confédération ont été en 1880 de fr. 42 5 1 1 848 ; les dépenses, de fr. 41 038 228 ; excédent des recettes fr. 1 473 620. Les principales recettes sont : taxe militaire, fr. 1 220 000 (ce n'est que la moitié de la taxe, dont les cantons reçoivent l'autre moitié] ; péages, fr. 17 211482; postes, fr. 15 513 439; télégraphes, fr. 2 373 546. Les principales dépenses ont été : travaux publics, fr. 2 647 667 ; militaire, fr. 14 151 498 ; postes, fr. 13 501 574 ; télégraphes, fr. 1 812 606.

Les cantons. — Les cantons onteonservé toutes les attributions du pouvoir publicettoutes lesbranches de l'administration qui n'ont pas été absorbées par la Confédération. Chacun d'eux est un petit Etat avec sa constitution et sa législation particulières, son pouvoir législatif ouCrand Conseil, élu par le peuple ; son pouvoir exécutif ou Conseil d'Etat, tantôt élu par le peuple, tantôt nommé par le Grand Conseil ; son pouvoir judiciaire, dont les membres sont, dans certains cantons, tous élus par le peuple, dans d'autres, nommés en partie par le Grand Conseil. Comme trois cantons, Appenzell. Bâle et Unterwald, forment chacun deux demi-cantons (Appenzell Rhodes-Intérieures et Rhodes-Extérieures ; Bâle-Ville et Bâle-Campagne ; Obwald et Nidwald), il n'y a pas en Suisse moins de 25 Etats, avec autant de rouages politiques et administratifs complets, sans compter la Confédération.

Les principales branches d'activité des cantons sont :

La législation pénale et civile (cette dernière sauf les parties remises a la Confédération] et l'ad ministration de la justice, la police, les travaux publics, les cultes, etc. ;

L'instruction publique : Bâle, Berne, Genève et

Zurich entretiennent chacun une université, N 1 1 ni >t Neucbâtel une académie. La plupart des cantons ont des écoles secondaires et su pour les deux sexes ; Genève, Neucbâtel et Zurich ont un observatoire astronomique, et Berne un observatoire physique et météorologique. L'instruction primaire, très développée dans la plupart des cantons, laisse à désirer dans d'autres : les examens que l'on fait subir annuellement aux n crues fournissent, à cet < lmhI, un contrôle précieux. Dans chaque localité l'administration el l'organisation des écoles sont confiées a une commission d'éducation, nommée soit directement par les électeurs, soit, dans les grands centres, par les autorités de la commune.

I es dépenses des cantons en 1876 ont été de fr. 43972357, dont 11065 751 pour les travaux publics ; 8 232 085 pour l'instruction ; 2895971 pour les cultes ; 2 159770 pour l'assistance publique; 3 673652 pour la législation et l'administration ; 2779 666 pour les tribunaux ; 2695564 pour la police ; 1077 387 pour les établissements pénitentiaires; 2 161 039 pour le militaire. Les dépenses sont couvertes par le produit de la fortune des cantons, des régales, et des impôts que chacun d'eux fixe comme il l'entend.

Deux cantons, Fribourg et Tessin, sont des démocraties purement représentatives, où le peuple lie tous ses pouvoirs à un Grand Conseil. Dans les autres, la participation du peuple à la législation s'exerce sous les formes suivantes :

1° Landsgemeinden :

Le peuple entier, réuni en assemblée générale sur la place publique délibère et vote sur les lois, et nomme les magistrats et fonctionnaires : tfri, Obwald, Nidwald, Glaris et les deux Appenzell.

2° Référendum obligatoire :

Toutes les lois et les arrêtés législatifs sont soumis au vote du peuple : Zurich, Berne, Schwytz, Soleure, Bâle-Campagne, Grisons, Argovie et Thurgovie.

3° Référendum facultatif :

Toute loi ou arrêté doit être soumis à la sanction du peuple, si un certain nombre de citoyens le demande, ou si le Grand Conseil le décide : Lucerne, Zoug, Bâle-Ville, Schaffhouse, Saint-Gall, Neuchâtel et Genève.

4° Référendum financier :

Les dépenses extraordinaires doivent être soumises au peuple : Vaud et Valais.

5° Initiative :

Un nombre déterminé d'électeurs peut demander l'élaboration, la modification ou l'abrogation d'une loi ; la question doit être soumise au peuple : Zug, Zurich, Schwytz, Soleure, Bâle-Ville, Bâle- Campagne, Argovie, Thurgovie, Vaud et Schaffhouse.

6° Droit de révocation :

Le peuple a le droit de révoquer en tout temps ses autorités (pouvoir législatif et exécutif) ; la question est soumise à la votation populaire, si un certain nombre de citoyens le demande : Berne, Lucerne, Soleure, Bâle-Campagne, Schaffhouse, Argovie et Thurgovie.

Chaque commune est organisée en petit comme l'Etat : démocratie pure ou représentative; le pouvoir délibérant est exercé tantôt par l'assemblée des électeurs municipaux, tantôt par un conseil général élu; l'administration municipale est remise dans certains cantons aux mains d'un syndic ou d'un président de commune élu, dans les autres à celles d'un conseil municipal élu par le conseil général ou par l'assemblée communale.

[Eugène Bcrel.] SUISSE (histoire). — Histoire générale. XXII.

— I. Des origines jusqu'à l'invasion germaine.

- -lu ulations préhistoriques, — 11 n'est pas possible de déterminer à quelle époque le pays

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que l'on nomme aujourd'hui la Suisse a été peuplé, mais les recherches faites depuis un quart de siècle par les anthropologistes semblent établir qu'il est habité depuis le moment où la race humaine commença à paraître en Europe. Outre les vestiges de l'existence de l'homme durant la période glaciaire (ustensiles et armes en pierre, en silex, en os et en corne\ qui ont été recueillis dans des cavernes, où ils se trouvaient enfouis avec des ossements d'animaux (mammouth, ours, renne, rhinocéros, etc.), on a découvert dans presque tous les lacs de la Sui>se de très anciens établissements bâtis sur pilotis, qui démontrent l'existence dans les âges préhistoriques d'une population nombreuse déjà et parvenue à un certain degré de civilisation. On admet généralement qu'elle appartenait à la race indo-européenne et était un rameau de la grande souche gallo-celtique, qui, avant d'être repoussée par les Romains et les tribus germaniques, habitait presque tout l'Ouest et le centre de l'Europe.

Le< Helvètes. — C'est seulement à partir du ne siècle avant J.-C. que les géographes et les historiens commencent à faire mention des Celtes de la Suisse. Une multitude de peuplades diverses occupaient alors le pays : les Allobroges le canton de Genève), les Séquanes (à Neuchâtel et le long du lac deBienne), les Rauraques à liàlr») ; puis, dans le massif des Alpes grisonnes, jusqu'aux lacs de Zoug, de Zurich et de Constance, les Rhétiens, ancêtres suivant les uns, descendants suivant les autres, des Étrusques d'Italie ; dans 1ns Alpes valaisanes, des tribus d'origine inconnue, les Bibères, les Péragres, les Mantonans et les Séduniens ; enfin la plus importante de ces peuplades, les Helvètes, qui ont donné leur nom à l'Helvétie et qui occupaient la Suisse centrale et l'Allemagne méridionale jusqu'au Hein. Lors de la grande migration des peuples germaniques, les Helvètes se joignirent aux Timbres et aux Teutons et ravagèrent avec eux pendant plusieurs années le midi de la Gaule et lo nord de l'Italie. Sous la conduite de leur jeune chef Divicun, ils défirent complètement, près d'Agen sur la Garonne (107 ans avant J.-C), une armée romaine commandée par le consul L. Cassius et son lieutenant Pison, aïeul de la femme de César, et firent passer les légionnaires sous le joug. Après l'extermination des Cimbres par Marius, les Helvètes rentrèrent dans leur pays. Ils en sortirent environ cinquante ans plus tard, sous la conduite du même Divtcon, après avoir incendié leurs villes et leurs villages, pour aller chercher en Gaule des cieux plus cléments et un sol plus fertile. César raconte, dans le premier livre de ses Commentaires, comment il réus-it à les arrêter et comment il vengea l'honneur des armes romaines en détruisant à Bibracte (Mont-Beuvrais, à l'ouest d'Autun, 58 ans avant J.-C.) la plus grande partie de la nation helvète. Les survivants, au nombre d'environ 100 000, furent renvoyés dans leur pays pour défendre, comme alliés des Romains, la frontière du Rhin contre les Germains. Quelque temps après, les habitants du Valais furent soumis par un lieutenant de César, et quarante ans plus tard les sauvages Rhétiens, ayant été à leur tour réduits par Drusus et Tibère, tous les pays qui constituent la Suisse actuelle reconnurent la domination romaine.

L'Helvétie sous les Rornains. — L'Helvétie fut bientôt soumise au même régime que les autres provinces de l'empire. De nombreuses colonies y apportèrent la langue, la religion, les mœurs et la civilisation des Romains. L'agriculture se perfectionna, un réseau de routes sillonna le pays, le reliant avec la métropole par de nombreux pasnages à travers les Alpes. Des cités opulentes étalèrent le luxe des maîtres de l'univers, tandis

que des flottilles sur les lacs et une série de forteresses assuraient la défense des frontières de l'empire. Le chef-lieu de l'Helvétie était Aventicum (Avenchesl, au bord du lac de Morat. Cette ville, où siégeait un sénat, avait un amphithéâtre, un théâtre, un arc de triomphe, une école publique d'athlètes, des corps de métiers, et une mie avec des professeurs romains. La principale place d'armes était Vindonissa, au confluent de l'Aar, de la Reuss et de laLimmat.

Pendant deux ou trois siècles l'histoire de l'Helvétie se confond avec celle de l'empire romain, dont elle partage le sort, en proie aux exactions de toute nature sous les mauvais empereurs, déchirée parla guerre civile dans les luttes de compétition au trône, et, après avoir joui sous Vespasien (originaire d'Aventicum) et ses successeurs de 80 années de tranquillité et de prospérité, livrée aux incursions des Germains, qui portaient partout le pillage, l'incendie et la dévastation. A la fin de cette période, la population indigène s'était si bien amalgamée avec l'élément romain que le nom même des Helvétiens disparaît de L'histoire.

Introduction du christianisme. — Il est probable que la religion chrétienne pénétra parmi les Helvétiens dès les premiers siècles de l'Eglise, comme dans les autres provinces de l'empire.* Bientôt il y eut des évêchés dans les grandes villes, Aventicum, Genève, Vindonissa, Coire, etc. La nouvelle croyance fut surtout propagée par les soldats des légions qui, si l'on en croit la tradition, fournirent, pendant les persécutions des empereurs romains, de nombreux martyrs, saint Maurice et la légion thébaine à Saint-Maurice, f rsus et Victor à Soleure, qui payèrent de leur vie leur refus de sacrifier aux dieux.

Les invasions — A partir de la seconde moitié du ne siècle, l'Helvétie fut atteinte par les grandes invasions d'outre-Rhin qui sont le trait dominant de cette époque. La lutte dura près de trois siècles, durant lesquels les pays qui forment la Suisse actuelle furent tour à tour saccagés par les envahisseurs, à tel point que cette contrée naguère si florissante est appelée par les géographes contemporains : a le désert des Helvétiens. » Au commencement du vc siècle, les Allemanes, dont la première incursion en Helvétie remonte à l'an 162 de l'ère actuelle, s'établirent dans la zone située entre le Neckar et l'Aar, qui comprend le nord et l'est de ce pays ; les Burgondes occupèrent celle qui s'étend du Jura à la Méditerranée, puis de l'Aar jusqu'aux sources du Rhône, et comprend l'Helvétie occidentale; les Ostrogoths s'emparèrent de l'Italie supérieure et de la Rhétie. C'est là le point de départ de la diversité de langue et de nationalité qui caractérise encore aujourd'hui les populations réunies sous le nom de Confédération suisse. Les Allemanes prirent possession du territoire en conquérants ; ils exterminèrent ou soumirent les habitants et, anéantissant les derniers vestiges de la civilisation romaine, conservèrent intacts leurs coutumes et leur langage. Les Ostrogoths ne laissèrent pas de traces durables de leur passage dans la Rhétie, où leur langue s'effaça complètement devant les idiomes d'origine italique qui sont encore parlés dans l'Oberland grisou et dans l'Engadine. Les Burgondes, déjà convertis au christianisme arien, avaient été reçus en Helvétie comme un peuple ami; ils s'allièrent aux populations indigènes, auxquelles ils finirent par faire accepter leurs lois, mais dont ils adoptèrent le langage. C'est du mélange de leur langue avec celle des Romains que sont résultés les divers patois de la Suisse romande ou française.

II. La Suisse au moyen âge. — Domination franque. — A la fin du v" siècle et dans la

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prerr:i-r-. moitié du vic, les vie» ires de Clovis et de ses successeurs sur les Burgondes, sur les Allemanes et les Ostrogoths firent passer sous la nomination des Francs les diverses races du sol helvétique.

Sous les Mérovingiens, à l'occasion des nombreux partages qui eurent lieu dans l'empire des Francs, le nord et l'est de l'IIelvétie appartenaient habituellement au royaume d'Austrasie, et l'ouest au royaume de Bourgogne ; de là des luttes fréquentes entre les deux races allemande et romane. Pendant cette période, les contrées habitées par les Allemanes furent converties au christianisme. Parmi les missionnaires qui contribuèrent à le propager, on cite Fridolin, patron de Glaris, Gallus, qui a donné son nom à Saint- Gall, et Colomban, tous trois venus d'Irlande. On leur doit la création de nombreux monastères, dont les habitants, voués à la fois au défrichement des terres et à la culture des lettres, furent pendant un certain temps les pionniers de la civilisation. C'est également à la domination franque que remonte l'établissement en Suisse du régime féodal. Sous les premiers Carlovingiens et notamment sous Charlemagne, le pays participa au mouvement civilisateur que le grand empereur avait imprimé à ses immenses Etats, et jouit dos •bienfaits de la paix ; mais à sa mort il fut partagé entre ses successeurs. La Suisse allemande actuelle, avec la Bhétie de Coire, échut à Louis le Germanique, tandis que la Suisse occidentale et le Valais furent dévolus à Lothaire (traité de Verdun, S43). Après avoir appartenu depuis 879 à la Bourgogne cisjurane ou royaume d'Arles, ces dernières provinces devinrent, sous Bodolphe Ier de Strsettlingen, le noyau de la Bourgogne transjurane; mais le dernier roi de Bourgogne, Bodolphe III, ayant transmis la totalité de ses Etats à l'empereur Conrad II le Salique, l'IIelvétie romane se trouva, en 1034, réunie de nouveau avec l'Allemanie et la Bhétie sous le sceptre des empereurs d'Allemagne.

L'IIelvétie sous les premiers empereurs alleman Is. — L'histoire du Saint-Empire romain d'Allemagne, à cette époque et dans les quelques siècles qui suivent, offre le spectacle d'une lutte permanente entre les divers éléments de la société féodale. En Suisse particulièrement, les comtes reconnaissaient bien nominalement l'autorité de l'empereur, mais de fait ils se comportaient en seigneurs indépendants, prenaient le nom de leurs châteaux, et obligeaient les hommes libres du voisinage à leur rendre hommage. Une foule de petits dynastes, toujours en guerre les uns avec les autres pour agrandir leurs possessions et leurs usurpations, ravageaient le pays et opprimaient les populations. Pendant la guerre des investitures, l'empereur Henri IV, qui éprouvait le besoin de se faire des partisans, remit en fief la Suisse allemande au duc de Zsehringen, qui ne tarda pas à y joindre le rectorat de la

ogne helvétique. Sous l'administration des Zsehringen, le peuple vit des jours plus heureux. Ils tinrent la noblesse en respect, favorisèrent les villes, en créèrent plusieurs, entre autres Fribourg(U78) et Berne (1191), et développèrent l'industrie et le commerce. Les croisades commençaient aussi à débarrasser le pays de quelque uns de ses tyranneaux, et fournissaient aux communautés et aux individus l'occasion d'acquérir s libertés et des franchises. A l'extinction ducs il" Zsehringen (1218), le rectorat de lit retour a L'empire, ainsi que les ftefs impériaux qu'ils | il dans la Suisse

aie. L'empereur Frédéric H se garda bien de Leur donner un successeur; il se hâta au traire do replacer sous l'autorité immédiat l'empire les villes et pays qui en avaient c.

traits. Berne, Zurich, Fribourg, Soleure, Sch.iffhouse et d'autres villes moins importantes obtinrent à cette occasion d'être déclarées villes impériales.

Luîtes de» Waldstœtten avec la maison d'Autre lie. — Les Waidstœtten ou localités forestières 1 .'ri, Schwytz, Unterwaldj obtinrent aussi en 1240 des lettres de franchise; mais celles-ci ne furent pas reconnues par l'empereur Bodolphe de Habsbourg, dont la maison avait exercé la charge d'avoué de l'empire sur ces pays, et qui prétendait les traiter comme une possession héréditaire de sa famille. A la mort de cet empereur, Un, Schwytz et Unterwald, redoutant l'ambition de son fi ls Albert, chef de la maison d'Autriche, conclurent (1er août l2)l) une alliance perpétuelle, type de toutes celles qui suivirent. Ils s'engageaient à s'assister contre quiconque ferait violence à l'un d'entre eux, à n'accepter aucun jug^ qui eût acheté son emploi, qui ne fût pas du pays ou n'y habitat pas, à s'en remettre pour toutes les contestations entre confédérés à la décision d'un tribunal arbitral composé des hommes les plus expérimentés. Tel fut le fondement de la Confédération suisse ; elle n'avait pas pour but d'acquérir de nouveaux droits, mais de protéger des droits existants.

A son avènement au trône impérial (1298), Albert d'Autriche ne confirma pas les franchises des Waldstœtten, et, sans s'arroger ouvertement la souveraineté, il attribua à la maison d'Autriche le choix des baillis impériaux. Ces officiers affectèrent d'agir au nom de l'Autriche et exaspérèrent la population par leur conduite tyrannique. L'alliance de 1291 fut renouvelée au Grûtli, les baillis furent chassés en 1308 et leurs châteaux détruits.

Le peuple suisse vénère encore dans les héros de cette époque, Guillaume Tell, Walther Fùrst, Melchthal et Stauffacher, les fondateurs de son indépendance et de sa liberté.

Le successeur d'Albert, l'empereur Henri VII de Luxembourg, confirma les franchises des Waldstœtten et leur accorda le privilège de ne pouvoir être cités devant aucun autre tribunal que celui de l'empire. Dans la guerre de compétition entre Louis de Bavière et Frédéric le Beau, duc d'Autriche, les Waldstœtten prirent parti pour le premier. Léopuld d'Autriche les ayant envahis à la tête d'une nombreuse armée, ils la taillèrent en pièces à Morgarten (10 novembre 1315), et renouvelèrent le 9 décembre de la môme année à Brunnen leur alliance perpétuelle.

Ce traité, dont une disposition nouvelle portait qu'aucune des parties contractantes n'accepterait, sans l'assentiment des autres, la souveraineté d'un prince étranger, fut approuvé par l'empereur Louis de Bavière, qui confirma les chartes de ses prédécesseurs, et affranchit les serfs et les terres que la maison d'Autriche possédait dans les trois pays.

Ligue, des y III cantons. Anéantissement de la ' e i le l'Autriche en Suisse. — En 1332 1a ville de Luccrne entra dans l'alliance; celle-ci s'accrut encore en 1351 de Zurich, en 1352 de Glatis et de Zoug, et l'année suivante de Berne, qui avait déjà consolidé son indépendance, en anéantissant sur le champ de bataille de Laupcn (1339) une partie de la noblesse bourguignonne contre elle. Après les luttes pour l'indépendance contre la maison d'Autriche, qui furent signalées dans le xiv" siècle par les batailles de Sempach (9juil. 1386) el de Nœfels (9 avril 1388;, les confédérés entreprirent dans le siècle suivant des guerres de conquêtes. Eu li i.> ils enlevèrent ii ^rgovie à l'archiduc Frédéric, mis au ban de l'Eglise et de l'empire par le concile de il eu firent un pays sujet sous le nom de « bailliage commun ».

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Le partage de la succession du dernier comte de Togçenbourg, mort sans enfants, donna lieu à une longue guerre civile ( 1436- 1 450), la ville de Zurich ayant refusé de se soumettre à un jugement arbitral qui attribuait à Schwytz des territoires revendiqués par elle, et s'étant alliée avec l'Autriche contre ses confédérés. C'est de cette lutte, où Schwytz joua le principal rôle, que date la désignation de Suisses, appliquée aux cantons en guerre avec Zurich, mais qui fut bientôt étendue à la nation tout entière. C'est aussi à cette occasion que les Suisses se trouvèrent pour la première fois en contact avec la France. Empêché de secourir Zurich, l'empereur avait intéressé à sa cause le roi de France Charles VII, qui envoya contre les Suisses une armée de 30 000 mercenaires, dits Armagnacs, commandée par le Dau plan Louis vLouis XI). 150'» confédérés vinrent lui barrer le passage et lui livrèrent à Saint- Jacques sur la Birse (près Bâle), le 2G août 1444, une bataille acharnée, qui ne se termina que par leur extermination complète. Plein de respect pour la bravoure de ses adversaires, le Dauphin signa la même année avec la Ligue suisse, à Ensisheim, une paix qui fut suivie en 1452 d'un traité dans lequel les Suisses sont appelés pour la première fois « les cantons de la vieille Ligue de la Haute-Allemagne, » et qui fut la base de toutes leurs alliances subséquentes avec la France.

La guerre avec Zurich, une guerre atroce, comme toutes les luttes civiles, se termina en 1450. Zurich renonça à son alliance avec l'Autriche, uientôt après (1460), à l'instigation du pape qui venait d'excommunier l'archiduc d'Autriche Sigismond, les confédérés s'emparèrent de la Thurgovie, et la convertirent en bailliage commun ; et en 1467, Sigismond ayant vendu aux Zuricois ses droits de souveraineté sur la ville de Winterthour, il ne resta à l'Autriche, de toutes ses possessions en Suisse, que le Frickthal, qu'elle a conservé jusqu'en 1802.

Deux conventions des confédérés, qui prennent place à cette période, méritent d'être mentionnées. La première, le Pfaffenbrief, ou code des prêtres, du 7 octobre 1 370, destinée à réprimer les empiétements des ecclésiastiques, restreint leurs immunités, et interdit l'intervention de juridictions étrangères, spécialement de juridictions ecclésiastiques. C'est la base du droit public suisse en ce qui concerne les rapports de l'Eglise et de l'Etat. La seconde, connue sous le nom de Convenant de Sempach, du 10 juillet 1393, est le seul exemple, dans les temps féodaux, d'une loi de discipline militaire faite dans l'intérêt de l'humanité. En voici les passages les plus importants :

« Nul ne doit commencer sans nécessité et par caprice une guerre générale ou privée. Lorsque nous marcherons ensemble ou séparément contre L'ennemi, chacun se rangera sous sa bannière et combattra autour d'elle, en brave, selon la coutume de nos ancêtres. Celui qui abandonnerait sa bannière ou s'en éloignerait pour pénétrer de force dans une maison et y commettre quelque attentat, s'il est convaincu par deux témoins honorables, sera arrêté par le gouvernement dont il relève, et puni par le juge de son ressort dans sa personne et ses biens pour servir d'exemple aux autres. Celui qui, dans un combat ou dans une attaque, reçoit une contusion, un coup d'épée ou de lance, ou quelque autre blessure qui le mette hors d'état d'être en aide à lui-même ou à l'armée, doit néanmoins ne pas fuir, mais rester avec ses compagnons d'armes jusqu'à la fin du danger. On défendra le champ de bataille et on harcèlera l'ennemi jusqu'au dernier moment. Comme l'ennemi aurait souffert bien davantage

à Sempach, si l'on s'était moins pressé de se livrer au pillage, et qu'il aurait pu profiter de ce moment pour se rallier, personne à i'avenir ne se jettera sur le butin avant que les chefs n'aient donné ie signal du pillage. Chacun leur remettra fidèlement tout ce qu'il aura trouvé. Ils partageront le butin, d'après la force des contingents, entre tous ceux qui auront pris part à l'action. Puisqu e le Dieu tout-puissant a déclaré les églises ses demeures, et qu'il a accompli le salut du genre humain par une femme, notre volonté est qu'aucun des nôtres n'ait la témérité de forcer, piller, dévaster, incendier un couvent, une église ou une chapelle, ou d'attaquer à main année, blesser ou frapper une femme ou une fille. Il est cependant permis de poursuivre l'ennemi jusque dans les églises, et de sévir contre les femmes qui nous attaquent ou crient si fort qu'il pourrait en résulter un préjudice pour nos armes. Ainsi fait et juré devant notre diète, à Zurich , le 10 juillet de la troisième année après l'an treize cent quatre-vingt-dix. »

Guerres de Bourgogne, guerre de Souabe et séparation d'avec l'Empire allemand. — Les journées de Sempach, Nœfels, Saint-Jacques avaient fait connaître en Europe la République militaire des Suisses. Leur nom était devenu glorieux et respecté. Des puissances de second et même de premier ordre, l'Empire, la Bourgogne, la France, la Savoie, Milan, Florence, ne dédaignaient pas de solliciter leur alliance, et une foule de villes et de petits Etats de la Haute- Allemagne se mettaient sous leur protection. Mais en môme temps, ils avaient pris goût au métier des armes et épousaient avec ardeur le parti de quiconque offrait de payer leurs services. C'est l'origine des services mercenaires, une des plaies les plus hideuses de l'ancienne Confédération. Déjà au commencement du xve siècle, on trouve des Suisses à la solde de plusieurs puissances. Pendant la guerre du Bien public (1465), l'armée de Louis XI et celle des seigneurs coalisés contre lui, sous le commandement du comte de Charolais, connu plus tard sous le nom de Charles le Téméraire, comptaient chacune un corps de Suisses armés de piques de 18 pieds de long. Depuis cette époque jusqu'au xixe siècle, le service étranger, avec ses conséquences, la corruption du peuple et la vénalité des magistrats, exerça une influence prépondérante sur l'histoire et les destinées de la nation suisse.

En 1468, la guerre recommença avec l'Autriche. 15 000 confédérés appelés au secours de leurs alliés des villes de Mulhouse et Schaffhouse, menacées par la noblesse de Souabe, vinrent mettre le siège devant Waldshut. Les Bernois, en politiques habiles, désiraient l'annexion de cette importante place d'armes, qui leur eût procuré la possession du Frickthal et de la Forêt-Noire. Mais de petites considérations et la vénalité firent échouer leurs projets Le duc Sigismond obtint la paix moyennant 10 000 florins qu'il s'engagea à payer aux Suisses. Sigismond se procura cet argent auprès de Charles le Téméraire, qui lui prêta 50 000 écus, moyennant hypothèque sur l'Alsace, le Sundgau, le Brisgau et la Forêt- Xoire, et qui s'engagea à le garantir contre toute attaque de la part des confédérés.

Maître des Pays-Bas, de la Franche-Comté et des territoires remis en hypothèque par le duc d'Autriche, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, était alors le prince le plus puissant de la chrétienté. Il projetait de fonder entre l'Empire et la France un royaume comprenant les bassins du Bhône et du Rhin, et négociait à ce sujet avec l'empereur Frédéric 111, auquel il offrait la main de sa fille unique pour son lils Maximilien. Son ambition le faisait redouter de

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ses voisins. Louis XI eut l'idée do so servir dos Suisses pour briser sa puissance. Grâce à son or et à la vénalité d'un certain nombre d'hommes d'Etat suisses, il eut. bientôt, constitué à Berne, et dans d'autres cantons, un parti dévi intérêts. Un traité de neutralité réciproque fut signé entre la France et les cantons, en 1 iT'i, pour le cas d'une guerre avec la Bourgogne. Il fut suivi en 1474 d'une alliance offensive et défensive. Les parties se promettaient aide et secours : le roi payait les guerriers suisses i 1/2 florins par mois. Il s'engageait à payer sa vie durant à chaque canton, ainsi qu'à Fribourg et à Soleure, une somme de 2o00 livres par an, et, à défaut de secours d'hommes, à leur payer 20000 livres par quart d'année, pendant la durée de la guerre. Ce traité, dont les termes furent arrêtés le 10 mars 1474, ne fut définitivement conclu que le 26 octobre. Dans l'intervalle, Louis XI avait réussi à réconcilier les Suisses avec leur ennemi séculaire, l'Autriche, et à faire entrer celle-ci dans la coalition contre le duc Charles. Du 30 mars au 3 avril, dans la ville de Constance, trois traités importants furent signés : 1° les préliminaires d'une paix perpétuelle entre Sigismond d'Autriche et les confédérés, auxquels on garantissait les territoires conquis par eux sur l'Autriche ; 2° une alliance de dix ans entre les Suisses et la Basse-Ligue d'Allemagne ; 3° une alliance analogue entre Sigismond et la Basse-Ligue, qui allait aussitôt fournir les sommes nécessaires pour rembourser Charles de Bourgogne. Les circonstances servaient admirablement les projets de Louis XI. Le duc Charles avait confié le gouvernement des terres hypothéquées d'Alsace au bailli Hagenbach, dont la tyrannie avait exaspéré les populations et qui avait, à plusieurs reprises, vexé les Suisses. Dès que Sigismond eut dénoncé le remboursement de sa dette; une insurrection populaire éclata, Hagenbach fut saisi et condamné à mort par un tribunal dans lequel siégeaient des députés de Berne et de Luccrne (4 mai 14:4). Charles furieux envoya des troupes ravager l'Alsace ; lui-même guerroyait en Allemagne contre l'archevêque de Cologne, ce qui lui valut une déclaration de guerre de l'Empire. Frédéric III somma, le 9 octobre, les Suisses, en leur qualité de membres du Saint-Empire romain, de fournir leur contingent, et les villes de la Basse-Ligue et Sigismond, irrités des ravages que les Bourguignons commettaient en Alsace, sollicitèrent avec une égale ardeur le secours des confédérés. Cela leva les hésitations qui s'opposaient encore à la signature du traité d'alliance avec Louis XL Ce traité conclu, une armée de 18(00 hommes, composée des contingents des cantons et de leurs nouveaux aiiiés, les Autrichiens, alla mettre le siège devant Héiicourt, place-forte de la Franche-Comté. Une armée bourguignonne- qui essaya de faire lever le siège fut mise en complète déroute (13 nov.); Héricourt se rendit. L'année suivante, les Bernois et les Fribourgeois firent de nombreuses incursions dans la Franche-Comté, et s'emparèrent de Grandson et des terres que possédait dans la contrée la maison bourguignonne de Châlons, ainsi que de la plus grande partie des villes du pays de Vaud, alors savoyard. Les Baut-Valaisans, assistés des Bernois, s'emparèrent du Bas-Valais qui appartenait aussi à la Savoie.

Ces événements n'étaient que le prélude d'une guerre bien plus terrible dans laquelle l'existence même de la Suisse allait être mise en jeu par le Tait do Quelques intrigants vendus au roi de France. Louis XI sut faire échouer une tentative de réconciliation entre les Suisses et Charles le Téméraire. Mais en même temps i! faisail la I a îx avec ce dernier qui, réc :

avec l'empereur et l'Autriche, ne songeait plus qu'à se venger des Suisses. A la tête d'une brillante aimée, le duc de Bourgogne franchit le Jura et reprit Grandson. Les Suisses vinrent l'y attaquer, le battirent à plate couture et s'emparèrent de son camp et de ses immenses richesses (2 mars 14701. Trois mois plus tard, une nouvelle armée bourguignonne éprouvait le même sort sous les murs de Morat (22 juin). Enfin, le .r> janvier de l'année suivante, les Suisses, appelés au secours de leur allié René de Lorraine, que Charles avait dépouillé de ses États, faisaient devant Nancy éprouver au duc de Bourgogne une nouvelle défaite, où il perdait à la fois la couronne et la vie.

Fécondes en résultats généraux, les victoires des Suisses sur le duc de Bourgogne n'eurent pas pour eux-mêmes d'aussi heureuses conséquences. Auparavant, dit un historien, la vénalité n'avait atteint que les chefs et une partie de la nation; l'or de Grandson, mesuré à plein chapeau par les soldats, corrompit la masse elle-même. Louis XI, qui avait allumé la guerre, en recueillit tous les fruits. Il occupa une partie de la Bourgogne, en même temps qu'il s'attacha à diviser les confédérés dont il redoutait l'intervention en Franche- Comté. Berne aurait désiré garder cette province, qui demandait elle-même à être reçue dans l'alliance helvétique; mais les confédérés ne surent pas mieux s'entendre qu'ils ne l'avaient fait neuf ans auparavant à Waldshut, et une ambassade française n'eut pas de peine à leur faire accepter un traité par lequel, moyennant la promesse d'une somme d'argent, ils renonçaient à toute prétention sur la Franche-Comté. Le partage du butin de guerre suscita des dissensions violentes entre les villes et les campagnes, et h une diète tenue à Stanz en 1481, ci lles-ci s'opposant obstinément à l'admission de Fribourg et de Soleure dans la Confédération, les partis exaspérés allaient en venir aux mains, quand l'intervention d'un solitaire vénéré, le frère Xicolas de Flue, réussit à réconcilier les confédérés : Fribourg et Soleure lui durent leur admission dans la Confédération.

A la fin du xve siècle, les confédérés eurent encore à soutenir une guerre qui fu*, décisive au point de vue de leur situation vis-à-vis de l'empire d'Allemagne. Quoique les liens qui rattachaient la Suisse à cet empire se fussent considérablement relâchés, les confédérés se considéraient toujours comme lui appartenant. Ils faisaient confirmer leurs privilèges par l'empereur, et au début des guerres de Bourgogne ils avaient combattu comme membres de l'empire; mais à la fin de ce siècle, l'empereur Maximilien, chef de la maison d'Autriche, ayant vouiu soumettre les Suisses à la juridiction et aux contributions de l'empire, les confédérés n'hésitèrent pas à repousser de telles exigences. La guerre dp. Souabe, ainsi nommée du nom de la Ligue qui défendit la cause de l'empereur contre les confédérés, éclata en 1489. Elle eut pour théâtre le canton des Grisons, le Tyrol, le Vorarlberg et la Souabe, les bords du lac de Constance et du Rhin et les vallées du Jura. Une multitude de villes, châteaux et villages furent détruits; des contrées entières devinrent incultes; une misère affreuso s'abattit sur les malheureuses populations. Vaincu dans toutes les rencontres et dans six batailles, l'empereur renonça à ses prétentions; la paix fut signée à Bâle, en 1499. La conséquence en fut la séparation complète de fait, sinon de droit, de la Suisse d'avec l'Allemagne, et l'entrée de Bâle et de Schaffhouse d.ms la Confédération (150 1).

Guerres d'Italie. Alliances avec la France. La Co fédérât <>•> des XI II cantons. — C'est encore la France qui décida, vers la lin du xv* et au coin-

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mencement du xvie siècle, les confédérés à intervenir dans la guerre d'Italie que soutenaient les uns contre les autres le pape et la république de Venise, le duc de Milan, l'empereur, la France et l'Espagne. Ils y prirent paît d'abord comme auxiliaires à la solde de la France, plus tard comme alliés du pape, et enfin comme État indépendant. Ils montrèrent do nouveau, dans cette guerre, les éminentes qualités militaires qui les caractérisaient, surtout dans le combat de Novare, en 1513, où ils battirent l'armée française. Mais ils ne poursuivaient dans ce vaste conflit aucun plan bien défini, et tandis qu'ils avaient la prétention d'intervenir en Lombardie, comme pouvoir prépondérant, ils succombaient, dans leur propre pays, aux intrigues des États voisins. Ceux-ci, en effet, achetaient chez eux des partisans à prix d'argent et réussissaient ainsi à se créer une influence décisive dans la Confédération. L'indignation causée par le système des pensions, spécialement par les intrigues des agents de la France, provoqua des soulèvements populaires dont plusieurs magistrats furent b-s victimes. Un plan d invasion de la France par l'empereur, l'Angleterre, l'Aragon et les Suisses réunis, fut accueilli avec transport par la Diète de Zurich (1er août 1513), et pendant que les Anglais débarquaient à Calais et que les Aragonais envahissaient la Navarre, 20 000 confédérés, auxquels se joignirent quelques milliers de cavaliers impériaux, traversèrent la Franche Comté et vinrent mettre le siège devant Dijon : iruis là les chefs se laissèrent corrompre par La Trémouille, gouverneur de la ville. Ils signèrent la paix, sur la promesse d'une somme de 400 000 écus, et rentrèrent chez eux. Deux ans pins tard, Français et Suisses se retrouvaient en présence dans les plaines de la Lombardie. François Ier, qui venait de passer les Alpes pour reconquérir le duché de Milan, chercha d'abord à gagner les Suisses, qui signèrent avec lui, le 8 septembre 1515, à Gallerate, un traité par lequel le roi s'engageait à leur payer 30 000 écus pour les frais de la guerre, 300 000 autres pour leurs possessions italiennes et les 400 000 écus promis à Dijon. Les cantons accordaient au roi le droit de lever des troupes chez eux, moyennant une pension annuelle à chacun des États. Déjà une partie de l'armée suisse reprenait le chemin des montagnes, lorsqu'un nouveau corps de troupes descendit le Gothard, conduit parle cardinal Schinner, ennemi acharné des Français. Grâce à un stratagème de ce dernier, les Suisses, rompant la paix, se ruèrent sur l'armée française à Marignan. La bataille dura deux jours (13 et 14 sept. 1515). L'arrivée d'une armée vénitienne obligea les Suisses à abandonner, pour la première fois, le champ de bataille. La Diète décréta une levée de 30 000 hommes : mais, de leur côté, les chefs suisses, agents de la France, ayant réussi à enrôler un nombre considérable de soldats au service de cette dernière, on vit de nouveau, en 15 1G, dans les plaines de l'Italie, le spectacle des confédérés combattant les uns contre les autres. Enfin l'influence française l'emporta, et, le 29 novembre de la môme année, le vainqueur de Marignan signait avec la Confédération un traité de paix perpétuelle. Il lui assurait les mômes avantages financiers que par le traité de Gallerate : en revanche les Suisses s'engageaient à fournir au roi des levées qui ne devaient pas être moindres de 6 000 ni dépasser 16 0U0 hommes, en temps de guene. Depuis ce moment, incorporés aux armées françaises, les Suisses sont réduits au rang de simples mercenaires, et n'interviennent plus comme nation dans les guerres étrangères. Au rôle d'arbitres do 1 Italie et de la politique européenne, que leur avaient valu leurs victoires, succède

celui de champions et de promoteurs de la grandeur et du despotisme des rois de France. Le seul résultat que la Suisse retira des guerres d Italie fut la conquête de la Levantine, de la Valteline et de Chiavenna, dont la France lui garantissait la possession. Ces deux derniers pays furent ajoutés aux Grisons; la Levantine devint sujette du canton d'Uri, et forma plus tard le Tessin actuel.

Le pays d'Appenzell avait conquis son indépendance au commencement du xve siècle, contre les abbés de Saint-Gall et les Autrichiens.il fut reçu, on 1513, dans l'alliance helvétique, connue depuis lors sous le nom de Ligue des XIII cantons, qu'elle conserva jusqu'en 179s. La Confédération suisse comprenait en outre :

1° Des alliés perpétuels, qui avaient le droit de se faire représenter dans les Diètes, ou réunions des députés des cantons, mais n'avaient pas voix délibérative. C'étaient : l'abbé de Saint-Gall, les villes de Saint-Gall, Bienne, de Mulhouse, de Rottweil (en Souabe), de Genève; les ligues des Grisons; le Valais, le comté deNeuchàtel et Valangin, et l'évëché de Bàle;

2° Des pays sujets, ordinairement possédés en commun par plusieurs cantons et appelés alors bailliages communs : c'étaient Baden et les bailliages libres en Argovie, la Thurgovie, le Rheinthal, la Levantine, la ville de Rapperschwyl, etc.

III. La Confédération des XIII cantons. — La Réforme et la réaction catholique, litconnaissance de l' indépendance de la Suisse. — Le commencement du xvie siècle vit se produire en Suisse, comme dans les pays voisins, un grave événement, qui devait exercer sur leur destinée la plus grande influence, la Réforme, provoquée par les désordres du clergé et le trafic des indulgences. Elle fut d'abord prêchée à Zurich, puis à Berne, Bâle, Schaffhouse, Saint-Gall, Appenzell, et de là dans les pays placés sous la souveraineté fédérale. Le grand réformateur suisse, Ulrich Zwingli, avait été curé à Glaris ; il avait pris part en qualité d'aumônier aux campagnes de Novare et de Marignan. C'est à Einsiedeln, où il était prédicateur, qu'il commença à tonner contre les abus et les superstitions de l'Eglise. Sa réputation le fit appeler à Zurich. Il y prêcha l'évangile, et ne tarda pas à entraîner cette ville dans le parti de la Réforme, qui, à la même époque, était aussi acceptée dans plusieurs cantons, spécialement à Berne et à Bàle. Réformateur politique autant que religieux, Zwingli s'élevait avec force contre la corruption des mœurs, les pensions étrangères, les services mercenaires, et, le premier, il eut l'idée de donner aux cantons suisses une constitution commune, analogue à celle qu'ils acceptèrent trois cents ans plus tard, de mettre un terme à la prépondérance anormale des petits cantons et de donner aux grands une position plus en relation avec leur importance et leur degré supérieur de civilisation. On ne doit donc pas s'étonner que ses idées, tant religieuses que politiques, aient rencontré une vive opposition dans les cantons primitifs, auxquels se joignirent Fribourg et le Valais. Un colloque réuni à Raden, et dans lequel les prédicateurs des deux partis exposèrent leurs principes devant les députés des cantons, ne fit que rendre plus profonde la scission entre les confédérés. Zurich contracta avec Constance une alliance, dans laquelle entrèrent successivement Rerne, Saint-Gall, Bàle, Bienne et Mulhouse. Les cinq cantons primitifs, de leur côté, organisèrent une ligue séparée et s'allièrent avec l'archiduc Ferdinand, roi de Hongrie, principal appui du parti catholique en Allemagne Avant qu'on n'nn vînt aux mains, la médiation des cantons neutres réussit à faire signer à Steinhausen un traité qui reçut le nom de

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paix publipue (Landfrieden).Jl consacrait la complète cealitô politique des deux cultes chrétiens et le droit pour chaque canton de conserver sa religion ou d'en changer. Dans les pays sujets, chaque paroisse était libre de choisir son culte. L'alliance avec le roi Ferdinand fut déclarée dissoute.

Cette convention confirma la Réforme partout où elle s'était introduite. Dans les pays sujets, elle détermina un mouvement très caractérisé en sa faveur. Mais le zèle de Zwingli pour propager la religion nouvelle provoqua, de la part des cantons catholiques, des réclamations auxquelles Zurich répondit en rompant tonte relation avec eux, leur interdisant l'entrée de ses marchés. Les petits cantons coururent aux armes et, le 11 octobre 1531, 8 OOii catholiques mettaient en déroute, à Cappel, 1500 Zuricois, à la tète desquels se trouvait Zwingli, qui fut tué dans cette rencontre.

Battus une seconde fois sur le Gubel, et d'ailleurs abandonnés par leurs alliés, les Zuricois d< mandèrent la paix, qui fut signée à Dasniken (Zoug). Les suites de cette guerre lurent désastreuses pour la Réforme. Les cinq cantons rétablirent par la force le catholicisme dans beaucoup de contrées qui l'avaient abjuré; Soleure, mis par les vainqueurs dans l'alternative de payer 800 écus de frais de guerre ou de proscrire le culte réformé, prit ce dernier parti. C'est à cette occasion que les catholiques et les réformés soleurois en étant venus aux mains, l'avoyer Nicolas Wengi, l'un des chefs du parti catholique, mais, avant tout, sincère patriote, se plaça devant la bouche des canoiiï et réussit par là. à arrêter l'effusion du sang. Les guerres religieuses en Suisse, comme ailleurs, ont. produit assez d'horreurs pour qu'il soit doux de | ouvoir signaler dans cette effroyable période un trait de patriotisme et d'humanité.

L'échec subi par la Réforme dans la Suisse centrale fut compensé et au delà par les progrès le faisait à k. même époque dans la région qui lut depuis la Suisse occidentale. Déjà en 1519, Genève, pour se d fendre contre les ducs de Savoie qui cherchaient à l'annexer à leurs Etats, avait signé avec Fribourg un traité d'alliance ; mais le duc porta plainte auprès des confédérés, et Fribourg dut abandonner Genève, qui fut occupée par les Savoyards. Quelques années plus tard, le parti patriote genevois, connu sous la désignation d'Eidguenots (confédérés), d'où Ton fit ensuite le nom de Huguenot, l'ayant emporté de nouveau, Genève forma, le 12 mars IS'.'C, non plus seulement avec Fribourg, mais aussi avec Berne, une alliance qui devint le fondement de l'indépendance de cette cité et de son union à la Suisse. Malgré l'intervention de Charles-Quint, Berne et Fribourg, appuyés par François 1er, levèrent une armée de 15 000 hommes qui délivra Genève et força le duc de Savoie à signer les traités de paix de Saint-Julien et de Payerne (1530), par lesquels il s'engageait à respecter l'indépendance de Gedonnant à Burne et à Fribourg le pays de Vaud en hypothèque, comme garantie de sa pro-

Aussitôt après avoir embrassé la Réforme, Berne avait songé à l'introduire dans ses possessions

d' M| >, d ' e b illi gea c< tuns d'Orbe, d'Ë-

cbalïcns, G l liorat, a Neuch&tel, Lau-

sanne i G ève, en toute l'Helvétie

romande. Il y envoya un réformateur français, Guillaume Farci, qui, avec l'aide de Pierre Viret, d'Antoine Proment, et plus tard de Calvin, h gagner à peu pies tout ce paya à la Réforme, un peu à 1 appui efficace de Berne, i ui faisait occuper militiircment les localités récaïcirantes.

Genève, en embrassant la Réforme., abolit le îouvoir de Bon évoque et se constitua en républi-

que indépendante. Fribourg l'abandonna aussitôt, et le duc de Savoie, appuyé par Charles-Quint, chercha de nouveau à s'en emparer. Appelés à son. secours, les Bernois hésitèrent, mais voyant François Ier disposé à secourir la ville, ils se ravisèrent, déclarèrent la guerre à la Savoie, et s'empare» rent de ses possessions voisines du Léman (Vaud, Cbablais, Gex , ainsi que de celles de l'évêque do Lausanne v153o). A partir de ce moment, le pays de Vaud, devenu sujet de Berne, fut gouverné par des baillis bernois qui y exercèrent une dure oppression jusqu à la fin du xvme siècle. Genève, sauvée par Berne d'un péril imminent, avait conservé son indépendance; mais bientôt elle perdit ses libertés intérieures et devint, sous le régime tyrannique de Calvin, le foyer d'un protestantisme très rigide et d'un formalisme sans pareil.

La réacti.n, à peu près générale, qui se produisit en Europe pendant la deuxième moitié du xvic siècle en faveur du catholicisme, eut son contre-coup en Suisse. Berne se vit obligé, par le traité de Lausanne (1564), de restituer à la Savoie la rive gauche du lac de Genève, ainsi que le pays de Gex. La Réforme fut extirpée de plusieurs cantons et pays sujets; les jésuites vinrent s'établir dans les cantons catholiques, et une nonciature permanente fut créée en 158G dans la Confédération. Alors la réaction marcha rapidement : Genève et les Grisons virent repousser, pour cause d'hérésie, leur demande d'admission dans la ligue helvétique; Mulhouse et Strasbourg furent abandonnées par les petits cantons et ne conservèrent de relations qu'avec les États protestants. Dans l'Appenzell, on arriva à une séparation complète entre les réformés et les catholiques et à la division du pays en deux demi-cantons. Sous l'influence du nonce Santorio, les canj tons catholiques formèrent, en 1586, la ligue Bor- | romée (ainsi appelée en l'honneur de l'archevêque de Milan), par laquelle ils renoncèrent à leur indépendance en matière de foi. Cette alliance était déclarée supérieure à toute autre, même par conséquent à l'alliance perpétuelle qui unissait tous les confédérés. L'année suivante, Philippe II d'Espagne entrait dans cette ligue. Il y eut dès lors en quelque sorte deux confédérations, unies entre elles par un lien qui allait se relâchant chaque jour.

Une nouvelle guerre éclata en 1589 entre Berne et la Savoie qui cherchait à reprendre le pays de Vaud. Une armée bernoise s'empara du Chablais, mais, le parti de la paix ayant prévalu dans les conseils de la cité, le gouvernement bernois conclut à Nyon un traité par lequel il abandonnait Genève et s'engageait même à aider le duc de Savoie à en reprendre possession. L'indignation populaire empêcha l'exécution de cette clause ; Genève n'en fut pas moins abandonnée, et aurait succomlié sans l'appui que lui prêta le roi do France Henri IV. Quelques années plus tard, dans la nuit du 11 au 12 décembre 100..', une armée savoyarde s'approcha secrètement de Genève et tenta d'en escalader les murailles. Réveillés en sursaut, les citoyens coururent aux armes et repoussèrent l'ennemi. Le souvenir de l'escalade est célébré tous les ans à Genève par une fête populaire. Cette guerre se termina par la paix de Saint-Julien (1003), qui garantit l'indépendance de Genève.

L'histoire de la Suisse, dans la première partie du xvnc siècle, n'est qu'une longue série de conflits religieux ou politiques, causes par le fa . i, L'esprit de part: ou les intrigues de la :e, dont les ambassadeurs allaient jusqu'à s'a: roger le droit de convoquer des diètes et à empêcher la réception des envoyés des autres puissances. Toutefois les Suisses eurent assez de bon sens et de patriotisme pour observer, comme El :, une

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stricte neutralité dans la guerre de Trente Ans qui désola l'Allemagne, et pour rester sourds aux sollicitations que les puissances engagées dans ce conflit adressaient à leurs coreligionnaires. Grâce à l'habileté du bourgmestre Wettstein de Bâle, la Confédération suisse fut comprise dans la paix de Westphalie, qui termina cette guerre en 10 i8, et sa complète indépendance de l'empire allemand fut alors solennellement reconnue.

Guerre des paysans. — Les longues guerres du xvie siècle avaient aggravé partout la position déjà si misérable du peuple. En Suisse, la population des campagnes était écrasée de charges, dîmes, cens, droits féodaux de toute espèce, et dans les cantons aristocratiques, comme Berne, Fribourg, Soleure et Lucerne, les villes affichaient la prétention de soumettre la campagne au régime du pouvoir absolu. A ces causes de mécontentement se joignait un malaise général provenant de la dépréciation de la propriété foncière, de l'augmentation des impôts et de la réduction du taux des monnaies. Une révolte générale eut lieu en 1653, dans les cantons de Lucerne, de Berne, Soleure et Bâle: plus de 30 000 insurgés prirent les armes, et un corps de 20 000 hommes vint menacer Berne. Les gouvernements surent amuser les révoltés et les diviser par des négociations et des promesses, et vaincus dans trois rencontres, à Wohlenschwyl, Gislikon et Herzogenbuchsee, les paysans se dispersèrent. Les gouvernements aristocratiques se montrèrent aussi cruels après la victoire qu'ils avaient été lâches dans le danger. Leur vengeance s'exerça sur plusieurs centaines d'individus, et il y eut 48 exécutions capitales. Les chefs furent traités de la manière la plus ignominieuse : le plus marquant, Leuenberger, qui avait fait preuve d'une extrême modération, fut décapité, après avoir été mis à la torture, et son cadavre fut écartelé.

Nouvelles guerres de religion. — Les persécutions atroces exercées dans le canton de Schwytz contre des réformés poussèrent Zurich à déclarer de nouveau la guerre aux cantons primitifs au nom des cantons protestants. Une armée bernoise s'étant laissé surprendre et battre à Vilmergen (!GôG), et, de leur côté, les Zuricois ayant échoué dans le siège de Rapperschwyl qu'étaient venus défendre quelques centaines d'Espagnols, les réformés durent subir une paix qui ne produisit dans les cœurs aucun sentiment de conciliation.

A l'extérieur, la Suisse subissait l'influence que Louis XIV exerçait sur une grande partie de l'Europe. Les anciens traités d'alliance avec la France furent renouvelés et considérablement étendus, ce qui n'empêcha pas Louis XIV de faire occuper, par des troupes suisses à sa solde, la Franche-Comté, possession espagnole, qui était placée, depuis les guerres de Bourgogne, sous la protection de la Confédération. La Diète protesta contre la violation du traité, mais le grand roi ne tint aucun compte de cette protestation : les capitaines suisses obéissaient plus docilement à ses ordres qu'à ceux de leur pays. Plus tard Louis XIV ayant, au mépris des traités, annexé Strasbourg, alliée des Suisses, et fait construire la forteresse de Huningue presque aux portes de liàle, les confédérés organisèrent un système militaire de défense dirigé contre la France, et, dans un procès au sujet de la succession à la souveraineté de Neuciiàtel, employèrent toute leur influence à faire pencher la balance en faveur du roi de Prusse à l'exclusion des prétendants français.

Lois de la révocation de l'Édit de Nantes ( ' 68ô), 60 000 protestants français vinrent chercher un refuge en Suisse. Ils s'établirent principalement à Genève, à Xeuchâtel et dans le pays de Vaud, 9Ù Berne leur accorda une large hospitalité.

Les grandes gaerres de la lin du xvne siècle

et du commencement du xvnr2, auxquelles la Suisse fut indirectement mêlée, par les mercenaires qu'elle entretenait à la solde de toutes les puissances en lutte, compromirent plus d'une fois l'existence de la Confédération, sans parvenir à y ramener l'union. Après avoir donné le spectacle de la première lutte religieuse issue de la Réforme, la Suisse devait être le théâtre de la dernière, la seconde guerre de Vilmergen. Le prétexte en fut les persécutions incessantes de l'abbé de Saint-Gall contre les réformés du Toggenbourg. Cette fois l'avantage resta au parti protestant; le 25 juillet 1712, les Bernois remportèrent à Vilmergen une victoire décisive sur l'armée des cinq cantons catholiques. La paix fut signée à Aarau, mais elle faillit être désastreuse pour la Confédération. Louis XIV, blessé de son échec dans la succession de Neuchâtel, et habile à profiter de toutes les circonstances qui pouvaient maintenir l'influence française au sein de la Confédération, sut exploiter le ressentiment des cantons catholiques. Son ambassadeur Du Luc les amena à signer, en 1715, un nouveau traité séparé d'alliance dans lequel ils lui reconnurent le droit d'intervenir dans leurs divisions intérieures, comme protecteur, pour assurer au besoin par la force des armes le droit public établi, au sein de la Confédération. Ce traité contenait des articles secrets (renfermés dans une petite boite, Drùckli, de là le nom de Driicklibund donné à cette alliance), aux termes desquels les parties contractantes stipulaient le rétablissement du catholicisme et l'anéantissement des conditions défavorables imposées par la dernière paix aux vaincus de Vilmergen. Heureusement la mort de Louis XIV fit cesser les dangers que le Driicklibund eût pu faire courir à la Suisse. Les cantons catholiques vécurent dès lors d'une existence tout à fait à part, sans soutenir presque aucune relation avec Zurich et Berne.

En 1777, la Confédération fit avec le roi Louis XVI une nouvelle alliance défensive pourcinquante années. Les stipulations menaçantes pour le repos et l'indépendance de la Suisse en furent soigneusement écartées.

Mouvements populaires contre L'oligarchie au xvuie biècle. — Pendant une notable partie du xvme siècle, la Confédération jouit d'un repos qu'elle n'avait pas encore connu et qui lui permit de donner un grand essor au développement de l'agriculture et de la vie intellectuelle. Cette période fut cependant marquée par des troubles intérieurs. En 1723, le major Davel, un dos héros de la dernière guerre de Vilmergen, tenta d'affranchir le pays de Vaud du joug des Bernois : il paya de sa tête son entreprise. A Berne même, des citoyens se conjurèrent pour ■renverser l'oligarchie et remettre le gouvernement aux mains de la bourgeoisie : leurs chefs, les patriotes Henzi, Fueter et Vernier, périrent de la main du bourreau. A Genève, où les esprit3 étaient surexcités par les écrits de J.-J. Rousseau, une révolution ayant renversé le gouvernement, 20i>0 Français, GO00 Bernois et 3000 Sanles entrèrent dans la ville et y rétablirent le gouvernement aristocratique (1782). C'est également une intervention bernoise qui aida le gouvernement oligarchique de Fribourg à réprimer une insui recti mi menaçante des paysans, dont le chef, Ni olas Chenaux, périt assassiné par un des siens. Tous ces mouvements témoignaient de l'existence d'aspirations à un état de choses meilleur au point de vue politique et social. Des troubles de même nature, mais d'un intérêt secondaire, éclatèrent dans plusieurs districts (évèché de Bâle, Levantine, Einstdlen), où les sujets, mal gouvernes, privés de leurs droits, se soulevèrent contre des maîtres oppresseurs et jaloux do leur cutoriie.

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Enfin des querelles de partis non politiques ou de I simples rivalités de familles, suscitées pour la i plupart par les intrigues des puissances étranger s, ou le partage des pensions, agitèrent plusieurs cantons, entre autres Appenzelï, Zoug, Lu- i cerne, Schwytz et un pays allié, les Gr provoquant partout des actes de barbarie, qui I jettent le plus triste jour sur cette époque.

C'est ainsi, au milieu de luttes de toute nature, j de rivalités de familles, de mouvements popu- j laites et révolutionnaires, précurseurs d'un neuve' état de choses, que la Confédération suisse i atteignit la fin du xvme siècle, sans prévoir que i les nombreux germes de dissolution qu'elle por- j tait en elle allaient amener sa chute.

Dissolution de la confédération des XIII cantons. — Les principes de la Révolution française trouvèrent un puissant écho dans plusieurs cantons. Des insurrections eurent lieu dans le Valais et à Zurich, mais elles furent promptement et énergiquement réprimées. A Saint-Gall. le peuple se souleva, chassa l'abbé, et se déclara indépendant. La Valteline, opprimée par les Grisons, réclama la protection de Bonaparte qui venait de chasser les Autrichiens de l'Italie. Le général français conseillait aux Grisons d'accorder à leurs sujets l'égalité des droits : sur leur refus opiniâtre, il engagea les habitants de la Valteline, de Bormio et de Chiavenna à s'unir à la republique cisalpine. Peu de jours après, l'annexion était faite, et c'est ainsi que la Suisse perdit cette province, en même temps qu'au nord la France lui enlevait momentanément une autre frontière naturelle en occupant l'Erguel et le Val de Moutier, possessions de l'évêqne de Bâle. A l'instigation de Bonaparte, le Directoire avait résolu d'envahir et de révolutionner la Suisse. L'occasion se présenta d'elle-même. En janvier 1798, les patriotes vaudois se soulevèrent contre la tyrannie bernoise, et Berne ayant refusé de leur accorder les droits qu'ils réclamaient, ils proclamèrent leur indépendance et se constituèrent en république lémanique en se plaçant sous la protection de la république française. Deux armées françaises envahirent la Suisse, l'une par Soleure, qui ne résista pas, l'autre par le pays de Vaud. Abandonné par ses confédérés, divisé en deux partis dont l'un demandait la paix à tout prix, le gouvernement de Berne se décida à la défense lorsqu'il était trop tard pour l'organiser. Après une lutte héroïque à Fraubrunnen et au Grauholz. Berne capitula devant l'armée de Schauen bourg le 5 mars 1798. Le même jour, à Neueneck, la dernière armée bernoise mettait en déroute les troupes du général Brune, composées en partie de miliciens vaudois : les vainqueurs eurent le désespoir d'apprendre, sur le champ de bataille, la reddition de leur capitale. La chute de Berne entraîna celle de la Confédération. Déjà la révolution avait partout accompli son œuvre, et l'on peut dire qu'avant même les combats de Fraubrunnen, du Grauholz et de Neueneck, la vieille Suisse avait vécu. Après la victoire, les agents du Directoire pillèrent les caisses publiques, dépouillèrent les arsenaux et imposèrent de lourdes contributions aux vaincus. Un historien franc lis, Lanfrey, estime à 41 millions ce qui fut pris à Berne seulement.

I\ La Suisse au XIX' siècle. — î.a Réfiil/lique helvétique. — La Suisse fut organisée en république démocratique et unitaire, et reçut une constitution qui avait été élaborée à Paris par les pa riotes Laharpe, de Vaud, ei <> lis, de Bâle. Les privili ges des ancienne! oligarchies disparurent, les populations des campagnes furent émancipées, li ritoires sujets furent placés sur un pied d'égalité »vcc I urs maîtres de la veille.

La république helvétique fut divisée en 22 can-

tons à peu près égaux en territoire : Zurich, Berne, Lucerne, L'ri, Schwytz, Unterwald, Zoug, Bâle, Schaffhouse, Thurgovie, Sentis (Appenzelï, Saint-Gall, Bas-Toggenbourg, Bas-Rlieintlial), Linth (Glaris, la Marche, Rapperschwyl, Gaster, Sargans, Haut-Toggenbourg) , Rhétie, liellinzona, Lugano, Valais, Léman, Sarine-ei-Broie (Fribourg, Payerne, Avenche), Oberland, Argovie, Soleure, et Baden. Plus tard Dri, Schwytz, Unterwald et Zouï furent réunis en un seul canton, celui des Waldstaetten. Le territoire suisse se trouva diminué de Mulhouse, de l'évèché de Bâle et de Genève, annexés à la France, de Neuchâtel, et pendant une année des Grisons.

Le pouvoir législatif était confié à deux conseils : le Sénat et le Grand Conseil. Le Sénat, de 4 membres par canton, acceptait ou rejetait les décisions du Grand Conseil. Celui-ci comptait 8 membre par canton. Le pouvoir exécutif appartenait à un Directoire de 5 membres. Cette autorité proposait seule les lois, que les deux conseils acceptaient ou rejetaient. Les différentes branches de l'administration constituaient des ministères. Un tribunal suprême eierçait l'autorité judiciaire supérieure.

La constitution nouvelle réalisait incontestablement un grand progrès sur l'état antérieur, mais elle avait le tort d'être imposée par l'étranger et de ne tenir compte ni des habitudes ni des idées de la plus grande partie des populations. Celles des petits cantons alpestres entre autres ne s'y soumirent qu'après avoir, dans une lutte suprême où elles déployèrent une valeur digne des jours les plus glorieux de leur histoire, été écrasées par des armées françaises.

En 1799, la Suisse devinl le théâtre de la guerre entre les armées russes et autrichiennes, d'une part, et celles de la république française, de l'autre. A cette épreuve se joignaient des troubles politiques presque continuels. En cinq ans il y eut quatre coups d'Etat et autant de changements du pacte fondamental. Dans l'automne de 1802, les troupes françaises ayant quitté le territoire suisse en vertu du traité d'Amiens, une partie de la population se souleva contre le gouvernement helvétique, et Bonaparte, alors premier consul, saisit cette occasion pour se poser en médiateur.

L'Acte de médiation. — Eonaparte envoya des troupes en Suisse et convoqua en même temps, à Paris, 60 députés de tout le pays pour arrêter, sous ses auspices, une nouvelle constitution, qu'il imposa à la Suisse, sous le titre d'Acte de médiation.

Les cantons, dont le nombre fut fixé à 19, reçurent les noms et les limites qu'ils ont gardés depuis sauf quelques remaniements de détail) ; ce furent, par ordre alphabétique : Appenzelï, Argovie, Bâle, Berne, Fribourg, Glaris, Grisons, Lucerne, Saint-Gall, Schaffhouse, Schwytz, Soleure, Tessin, Thurgovie, Unterwald, Uri, Vaud, Zoug, et Zurich.

La Suisse se trouvait diminuée du Valais, organisé d'abord en république indépendante, peur être plus tard annexé à la France.

Chaque canton avait une constitution particulière : la démocratie pure dans les cantons à ;emeinden et dans les Grisons ; la démocratie représentative dans les anciens pays sujets, Argovie, Thurgovie, Saint-Gall, Vaud et Tessin, et des constitutions plus ou moins aristocratiques dans les autres cantons. Chaque canton avait une voix à la Diète; les cantons ayant plus de 10" ' 00 autos de population avaient deux voix. La Diète se réunissait une fois par an : Fribourg, Berne, S ileure, Zurich et Lucerne servaient à lourde rôle de lieu de réunion. Le bourgmestre ou avoyi r du canton où la Diète siégeait, et qui

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était alors canton-directeur, était président de la Diète et portait le titre de landamman de la Suisse.

Les dix années que dura le régime de l'Acte de médiation furent pour la Suisse une époque de repos, et, à certains égards, de progrès, mais aussi d'asservissement. En réalité, elle dépendait politiquement de la France, lui ayant été rattachée par une alliance défensive et devant lui fournir un contingent militaire de 10 OoO hommes. Plus tard même elle dut se soumettra aux mesure* prises contre l'Angleterre, -oui le nnm de système du blocus continental. En !806, Napoléon se fit céder par la Prusse la principauté de Neuchâtel, qu'il donna en apanage au maréchal Berthier : en 1-10 il fit occuper le Tessin par ses troupes et ses douaniers.

Pacte de 1815. — L'Acte de médiation ne devait pas survivre à la chute de l'empire. A la fin de 1815, les puissances alliées déclarèrent qu'elles ne se croyaient point tenues de respecter une neutralité purement nominale, et à la fin de la guerre elles invitèrent la Suisse à se donner une constitution nouvelle. La réaction relevait partout la tête. A Berne, les patriciens, qui s'étaient emparés du pouvoir, réclamaient la ; o session de Vaud et de l'Argovie; Uri revendiquait ses droits de souveraineté sur la Levantine. La Suisse se trouvait divisée en deux camps : l'un voulait le retour à la Confédération des treize anciens cantons, avec pays sujets et États alliés ; l'autre le maintien de la Confédération nouvelle et des principes fondamentaux consacres par l'Acte de médiation. Les deux partis eurent un moment leurs Diètes séparées , le premier à Lucerne, le second à Zurich. Il fallut l'intervention des puissances alliées, réunies en congrès à Vienne, pour obliger les cantons réactionnaires à envoyer leurs députés à la Diète de Zurich. Alors commencé rent, dans la Longue Diète (avril 1814-août 1815) les travaux d'élaboration d'un nouvel acte constitutionnel : le Pacte fédéral de 1815. Ce fut une o?uvre laborieuse et qui fut plus d'une fois sur le point d'échouer, la plupart des cantons n'entendant accepter aucune restriction aux principes de la souveraineté cantonale et ne voulant rien sacrifier au bien général. Une fois élaboré, le projet de Pacte fut soumis à la sanction du congrès de Vienne. Comme en général il consacrait l'état de choses existant, les partisans de l'ancienne confédération s'efforcèrent de le faire rejeter par les puissances. Mieux inspirées, ces dernières lui donnèrent leur approbation. Les cantons l'adoptèrent à leur tour : cependant il fallut une intervention fédérale pour obliger le Nidwald à s'y soumettre.

Le nombre des cantons était porté à 22 par l'adjonction du Valais, de Genève et de Neuchâtel, qui était rentré sous la domination des rois de Prusse, et conservait sa constitution monarchique. Q uelques comm unes françaises et savoyardes furent annexées à Genève; Berne reçut l'évcchéde Bâle.

La Suisse fut régie par le Pacte do 1815 jusqu'en 1848. Pendant les quinze premières années, elle subit, comme la plupart des autres Etats^ l'influence des idées réactionnaires. Le seul progrès à constater dans les institutions est une amélioration notable de l'organisalion militaire. Cette période, en revanche, vit surgir dans les esprits l'idée d'une nationalité commune, dont une manifestation fut la reconstitution de la Société d'utilité publique, née dans le siècle précédent, et la création de nombreuses associations patrio- | tiques et savantes, qui, réunissant sous le drapeau fédéral les hommes les plus généreux et les plus ardents de toutes les parties de la Suisse, les I habituèrent à étendre au delà des limites de leur ' canton l'idée de la patrie. C'est aussi de cette ! période que date l'institution des tirs fédéraux I

2e PAHIIi..

(1824), ces grandscomices populaires qui ont exercé une influence incontestable sur la régénération politique du pays. Cet éveil de l'esprit public coïncidait avec le développement de l'instruction, provoqué par les écoles célèbres fondées par Pestalozzi il Yverdon, par Fellenberg à Hol'vvyl, par le Père Girard à, Fribourg ; avec de grands progrès matériels, tels que la canalisation de la Linth, due à Conrad Escher, de Zurich ; avec l'établissement des premières maisons pénitentiaire?, et l'apparition des bateaux à vapeur sur les lacs ; mais c'est aussi à cette période que remonte la réapparition en Suisse des jésuites (a. Fribourg et en Valais!, et avec eux le renouvellement des luttes confessionnelles

Le contre-coup de la révolution française ce 18150 se fit sentir très vivement en Suisse. Dans l'espace de quelques mnis, la majorité des cantons modifièrent leur constitution dans le sens démocratique : chez les uns, le mouvement fut pacifique, chez d'autres il donna lieu à des collisions sanglantes et revêtit le caractère d'une véritable révolution (insurrection républicaine a. Neuchâtel, 1831 ; séparation du canton de Bâle en deux demicantons, 1832). On vit surgir alors une grande pensée, celle de la revision du Pacte. Un projet fut élaboré par une commission de la Diète, dont le rapporteur était le célèbre Rossi. 11 offrait une sorte de compromis entre la Confédération d'Etats, établie par le Pacte de 1815, et l'Etat fédératif, désiré par tous les progressistes. Ce projet ne l'ut pas adopté, par suite de l'opposition de quelques cantons, et la Suisse se retrouva plongée plus que jamais dans une phase de dissensions politiques qui eurent pour conséquence immédiate une rupture presque complète entre les cantons libéraux et leurs adversaires. Les premiers, à leur tête Berne, Zurich, Argovie, s'étant garantis mutuellement leur constitution revisée qu'ils considéraient comme menacée, les autres formèrent une alliance séparée, la Ligue de Sarnen, en vue de s'opposer à toute revision du Pacte fédéral. Enhardis par l'échec des libéraux lors du projet Rossi, les cantons de la Ligue de Sarnen prirent les armes. La Diète intervint énergiquement. et la Ligue fut dissoute (1833}.

Aux troubles intérieurs s'ajoutaient les dangers venant de l'extérieur. La Suisse était devenue le rendez-vous d'un nombre considérable de réfugiés politiques de diverses nationalités, chassés de leur pays par la réaction qui avait suivi les mouvements révolutionnaires de 1830. Beaucoup abusèrent de l'hospitalité qui leur était donnée, et suscitèrent à la Suisse des réclamations menaçantes de la part des nations étrangères. Les difficultés les plus graves surgirent du côté de la France, à l'occasion de l'asile que le prince Louis- Napoléon (plus tard Napoléon III) avait trouvé en Thurgovie. Le gouvernement de Louis-Philippe réclamait son éloignement, et, pour appuyer ses exigences, réunit sur la frontière suisse une armée de 30 0 0 hommes, sous les ordres du général Aymard, chargé, comme il le disait dans une proclamation à ses troupes, de « mettre a- la raison de turbulents voisins ». Ses menaces ne firent que surexciter le sentiment national, et, sans attendre une décision de la Diète, les cantons de Vaud et de Genève mirent toute leur population valide sous les armes, pour la défense de la frontière. La guerre fut évitée par le départ volontaire du prince Louis-Napoléon. Mais la conduite de Vaud et de Genève provoqua, dans toute la Suisse, une explosion d'enthousiasme : des drapeaux d'honneur furent donnés aux milices de ces cantons, et une médaille d'or perpétua le souvenir de la conduite courageuse de leurs députés à la Diète, Rigaud et Monnard, proclamés les gardiens de l'honneur national.

SUISSE

S Ci

Guerre du Sonderbund. Régénération de In Suisse. Constitution de 184S. — La dernière partie de cette période est remplie dans les cantons, comme dans la Confédération, par de nouvelles luttes religieuses, provoquées par les menées du parti ultramontain. En 1841, à la suite de troubles dont le signal était parti des couvents, le canton d'Argovie décréta la suppression de ces établissements sur son territoire. Les cantons catholiques protestèrent en se fondant sur l'article 1 2 du Pacte de 1815

6onderbundiens capitulèrent les uns après les autres.

Trois mois plus tard (1er mars 1848), une révolution populaire détruisait à Neuchâtel l'autorité du roi de Prusse, et transformait ce canton en république.

Dès le 10 août 1847, la Diète avait voté la révision du Pacte de I S 1 5 . Le 12 septembre I s i s , la nouvelle constitution fédérale était acceptée par le peuple suisse à une grande majorité, et le -2

qui garantissait l'existence des couvents, et leur septembre la Diète se sépara avec ia gloire d'avoir protestation fut appuyée par l'empereur d'Autri- . sauvé la Confédération et de l'avoir dotée d'une die. Sommé par la Diète de rétablir tous les constitution démocratique vraiment nationale. couvents supprimés, le canton d'Argovie s'y re- j (V. plus haut Institutions politiques, p. 2 fusa et se borna au rétablissement des couvents i la Suisse depuis 1848. — A partir de ce mode femmes. Sous la pression de l'opinion publi- ! ment commence pour la Suisse une ère nouvelle, que, la Diète se déclara satisfaite, et raya cette La nation est constituée, et le peuple a désorquestion de son ordre du jour; mais les cantons j mais une existence indépendante des cantoiu ; catholiques organisèrent, à partir de ce moment, à côté et au-dessus de l'indigénat cantonal appaune nouvelle ligue de défense, connue sous le raît le droit de cité suisse, qui va gagner en nom de Sonderbund. Cette ligue comprenait les importance à mesure que les institutions fédésept cantons de Fribourg, Lucerne, Uri, Schwytz, [ raies se développent, élargissant chaque jour le Unterwald, Zoug et Valais. En même temps Lu- | cercle des idées et des intérêts communs à tous cerne se donnait une nouvelle constitution, et, | les confédérés. Les changements continuels que pour mieux afficher l'esprit théocratique qui l'a- le jeu des institutions démocratiques amène vait inspirée, décidait que les ariicles en seraient dans les cantons n'ont plus sur l'ensemble qu'une soumis au pape. Une proposition formulée en influence secondaire et indirecte. Vis-à-vis de l'é- Diètepar le promoteur de la suppression des cou- tranger, la Suisse ne forme plus qu'un Etathomovents argoviens, Augustin Keller, d'expulser de la gène, que son organisation intérieure soustrait à Suisse les jésuites dont les missions surexci- leur influence et qui se sent assez fort pour faire taient au plus haut degré le fanatisme du peuple ' respecter son indépendance et sa neutralité.

des campagnes, n'eut d'autre effet que de provoquer, de la part du Grand Conseil de Lucerne, un décret rappelant formellement les jésuites dans ce canton, malgré l'opposition presque unanime du clergé lucernois. L'indignation lut à son comble. Des corps-francs s'organisèrent à Bâle-

En 1S50, à la suite d'une émeute royaliste à Neucbâtel, le roi de Prusse revendiqua ses droits sur ce pays et menaça de les faire valoir par la force des armes. La Suisse entière se leva comme un seul homme, et le parfait accord du peuple et des autorités, tout en montrant combien l'idée de

Campagne, Argovie et Soleure, pour appuyer un l'union nationale avait fait de progrès, contribua soulèvement des libéraux à Lucerne. Cette tenta- à la solution pacifique de cette affaire, qui se tertive avorta, et la Diète ayant rendu un arrêté in- mina par le désistement du roi de Prusse de ses terdisant la formation des corps-francs, des mani- I prétentions, moyennant l'élargissement des prifestations populaires y répondirent dans tous les ! sonniers royalistes. Un mouvement analogue cantons libéraux pour demander l'expulsion des d'opinion se produisit lors de la guerre francojésuites. Une nouvelle levée de corps-francs s'or- | allemande en 1870. Grâce à l'attitude énergique ganisa dans ces cantons, sous les yeux et avec le du gouvernement fédéral, qui mit l'armée sur le concours des autorités; mal dirigée, l'expédition pied de guerre et occupa immédiatement les ne put prendre Lucerne et n'aboutit qu'à une frontières, la neutralité de la Suisse ne fut pas sanglante défaite. L'opinion libérale n'en fut que violée, et celle-ci put sans être inquiétée donner plus surexcitée, et dans plusieurs cantons, entre asile à une armée française de 80 000 horr.rn.es qui autres Vaud et Genève, des mouvements popu- j s'était réfugiée sur son territoire. laires amenèrent la chute du gouvernement local La proclamation du dogme de l'infaillibilité du et un revirement politique qui donna en Diète une ' pape ranima, en Suisse comme ailleurs, des dismajorité décisive aux adversaires du Sonderbund . sensions relig:enses. Plusieurs cantons interdiet des jésuites. Le 20 juillet 1847, douze cantons | rent la promulgation des décrets du concile du et deux demi-cantons déclarèrent dans cette as- Vatican. Dans le diocèse de Bâle, qui comprend semblée que le maintien du Sonderbund était in- I Berne, Soleure, Bàle, Argovie, Thurgovie, Lucerne compatible avec le Pacte, et enjoignirent aux ' et Zoug, l'évêque Lâchât ayant contrevenu à cette cantons qui le composaient de suspendre leurs ' défense, les cinq premiers cantons le destituèrent, armements. Le 3 septembre, la Diète prononçait ' et, dans le Jura bernois, 09 curés, ayant déclaré l'expulsion des jésuites, et le 4 novembre elle dé- \ ne pas reconnaître cette mesure, furent destitués cidait que le décret de dissolution du Sonderbund : à leur tour. Les catholiques libéraux se constituèserait exécuté par les armes. Appuyés par les | rent en église particulière et se donnèrent, dans puissances étrangères, spécialement par la France la personne du curé Herzog, un évoque qui fut et l'Autriche, les cantons du Sonderbund s'étaient reconnu par tous les cantons libéraux. Dans le

organ.sés pour la lutte ; mais dès le 13 novembre Tarmée fédérale, commandée par le général Dufour, s'emparait de Fribourg, et onze jours plus tard 94 000 hommes et 2S0 bouches à feu marchaient sur Lucerne. La Diète, informée, par l'envoyé anglais Robert Peel, que les cabinets français

diocèse de Lausanne et Genève, le curé Mermillod, voulant détacher ce dernier canton du diocèse et s'en faire nommer évêque, échoua contre la résistance des autorités genevoises. Le pape le nomma alors vicaire-général, malgré le refus du gouvernement suisse d'autoriser la

et autrichien s'étaient mis d'accord pour opérer ! création de cet office. Devant cette violation fiaune intervention armée en laveur du Sonderbund, ' grante des règles du droit des gens, le gouverneet que la menace du gouvernement anglais de ment fédéral n'hésita pas à faire expulser le noubombarder Toulon et Trieste arrêtait seule ces veau vicaire général, sans égard à sa qualité de puissances, avait donné l'ordre au général Dufour ' citoyen suisse, dont il se couvrait pour violer les d'en finir au plus tôt. Les deux armées se ven- ; lois et la souveraineté de son pays (17 fév. 1S73\ contrèrent à Gislikon. L'avaniage resta aux fédé- i Quelques mois après, le pape ayant publié une raux, qui occupèrent Lucerne. Les autres cantons I encyclique offensante pour les autorités fédérales

SUISSE

et attentatoire à leurs droits, la Suisse y répondit en renvoyant le nonce et en rompant toute relation avec le Saint-Siège.

Déjà en 1 865, le besoin d'une revision de la constitution de 1 8 i8 avait surgi dans le sens d'une extension des compétences de la Confédération et des droits garantis aux citoyens. Un projet de revision ayant été adopté par l'Assemblée fédérale un seul article en fut accepté lors de la votation populaire, celui qui étendait aux Sui>ses de toute croyance le droit de libre établissement, qui iusqu alors n'était pas garanti aux israélites En 1871 cédant à un mouvement de l'opinion qui avait pris pour devise « un droit, un peuple, une armée, » l'Assemblée fédérale élabora un nouveau projet de constitution, qui donnait satisfaction à cette tendance tout en maintenant l'existence des cantons, réduits à un rôle presque exclusivement administratif. Ce projet, qui répondait aux aspirations libérales et tenait compte des besoins résultant des conditions et des exigences de la vie moderne, échoua devant la coalition des cantonaltstes de la Suisse romande avec les ultramontains et les conservateurs (187-2). L'Assemblée fédérale se remit à l'œuvre et adopta un nouveau projet, qui diffère du précédent en ce qu'il laisse aux cantons la législation sur le droit des personnes et sur le droit pénal, et qui, en revanche accentue la souveraineté et la suprématie de l'Etat fédéral en matière religieuse. Ses dispositions à cet égard, entrant dans tous les détails de la v'ie tonnent un véritable code destiné à soustraire Ihtat et ses institutions aux influences ecclésiastiques et à protéger les citoyens contre les empiétements et les prétentions de l'Eglise Cette constitution a été acceptée par le peuple 'et les cantons le 10 avril 1874. Depuis, une coalition momentanée des cantonalistes et des ultramontams en a fait reviser un article qui interdisait la peine de mort.

La période de 1848 à 1872 est incontestablement la plus belle de l'histoire suisse L'épanouissement de l'idée nationale, l'amélioration graduelle des institutions y marchent de pair avec des progrès matériels et intellectuels et un développement de la prospérité publique sans exemple. '

La Suisse occupe aujourd'hui parmi les nations une place modeste, mais honorable, représentant

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SUPERSTITIONS

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de la souveraineté du peuple, vivant en paix avec ses voisins, et réalisant le programme des sociétés modernes : 1 ordre dans la liberté.

V. Sciences, lettres et beaux-arts.'— Le nremier centre de culture en Suisse, après l'invasion germaine, fut l'abbaye de Saint-Gall, qui, pendant es ix« et x siècles, fut un foyer de lumières pouY es pays allemands. Sa bibliothèque, fondée vers la fin du vine siècle, était l'une des plus considérables de 1 Europe.

Au xv« siècle c'est Bâle qui devint le foyer des études scientifiques et littéraires de la Suisse fc.n lioO y lut inaugurée une université dont là ?nt «rande illustration fut, dans le siècle suivant, le Hollandais Erasme, l'esprit le plus élégant, le plus étendu, le plus aimable et le plus railleur de son temps. p

C'est au Bâlois de Stein et à son ingénieux compatriote Elle de Laufen que revient8 1 Tonneur d avoir dote la Suisse de la première imprimerie et d avoir naturalisé ensuite cet art naissant dans la capitale de la France O470> Ip berceau de la typographie en Suisse fut la petite ville de Munster, dans le canton de Lucerne L art typographique s'éleva bientôt très haut par les soins des Amerbach et des Froben de Bâle éditeurs des œuvres d'Erasme. Les beaux-arts' favorises par les richesses et le luxe, héritage de-'

Grandson et des guerres mercenaires, suivirent le progrès des sciences et des lettres. Le Xv< s?è hS.,1 HCleV,f Une foule de monuments, églises hôtels de viles, statues, fontaines et édifices nu bhes et privés de tout genre euinces pu-

fait H»Ibei"^ < FEU

Au xvi« siècle ies études classiques furent favorisées par Zwingli et Calvin, qui exercèren l'un

UT™ lau're',Une §rande i'^ence SUr le déieloppement de leur langue. De nombreux chroni-

ÏÏÏÏÏÏ'SÏÏ 3Ut.reS ,BuUiDger et Tscbudifexpo:

saient 1 histoire la eénoranhia et i„ „ '.. r ri„ .,„ °»«"o, ia gcograpme et la constitution

fe PI ne'dfmr"11^6 C.on,?d Gessner- ^ Zurfcb" unhèrselle I 'arM^T ^^ d'une ^putation uimersel e. L art le plus florissant du siècle ave, 1 orfèvrerie et la céramique, fut la peinture suverre, dans laquelle les artistes suis? Sir rendus fameux bien au delà de leurs frontSres Le xvnc et ,e pm. siècles duisi t™es-

pléiade de Suisses illustres^ dans les letïres eï dans les sciences : les frères Bernouilli de Bâle inventeurs du calcul différentiel et intégral I' leur disciple Léonard Euler qui, le premier ré duisit en corps de science l'architecture navale et la manœuvre des vaisseaux; Albert de Haller poète et naturaliste, que son siècle appelai t le grand Haller; les deux critiques zuricois Bod mer et bremnger, et leurs compatriotes Salomon Gessner, le poète idyllique, Lavater, le créa eur de la phys.ognonomie, Pestalozzi, le père de l'enfance malheureuse et de l'éducation populaire Parmi les historiens, il faut citer Jean de Millier auteur d une histoire universelle et d'une histoire suisse. La Suisse romande, où naquit J -J Rousseau, ou 1 Anglais Gibbon écrivit son immortel ouvrage sur la décadence de l'empire romain où Diderot et d'Alembert faisaient imprimer leur' Encyclopédie, fournissait aussi plusieurs hommes remarquables : le Neuchâtelois Vattel la tour du ZW des gens; Necker, min fe e des finances de Louis XVI, le père de M«" de Staël- Claviere et Etienne Dumont, les collaborateurs de Mirabeau ; les savants Charles Bonnet et II -R

Mont-Blïnc6' ^ ^ Pre™ier Ût rascension' di: Au XIXe siècle, on peut citer les noms des his

. ,- ."—"- ™",u'mi;i ues romanciers

Bitz.us (Jeremtas Gotthelf) et Tœppfer, du littérateur Vinet, du baron de Jomini, écrivain militaire distingue, des peintres Léopold Robert et Calame, des statuaires Pradier et Vêla du musicien Niedermeyer, du grand botaniste de Candolle, et du naturaliste Agassiz, mort en Amérique. [Eugène Borel. !

SUPERLATIF. - V. Degré de comparaison.

SUPERSTITIONS. - Connaissances usuelles X — Le mot superstition (de radicaux latins dont 1» sens est se tenir au-dessus, protéger; d'où l'idée de crainte des dieux, du respect de leur protection prise en mauvaise part) est ainsi défini par l'Académie : La superstition est une « fausse idée que Ion a de certaines pratiques de religion auxquelles on s attache avec trop de crainte ou trop de confiance » ; il se dit aussi « des pratiques superstitieuses », et encore « du vain présage qu'on tire de certains accidents qui sont purement fortuits. »

La superstition, d'après ces définitions, tient de très près à la religion; elle est à la religion, comme l'a dit Voltaire, « ce que l'astrologie est à l'astronomie, la fille très folle d'une mère très sage. » Elle naît, en effet, comme la religion, de ce sentiment de Vau d-'a. de cette préoccupation de nos destinées soit antérieures, soit ultérieures à la vie présente, des liens qui unissent notre

SUPERSTITIONS

BUPERSTIl I

individu tant à l'ensemble des êtres qu'à leurs causos dernières et suprêmes, qui constitue sans contredit un des éléments do la nature humaine.

Mais au lieu de s'adresser, pour savoir ce qu'il est possible de savoir sur ces grands mystères, soit à la raison et à l'expérience, soit à l'ensemble des dogmes reconnus par les églises, c'est aux fantaisies de l'imagination que la superstition demande ses révélations, quand sa croyance ne s'appuie pas sur des traditions que les générations se transmettent, plus ou moins déformées et défigurées, à travers les âges. La religion, représentée par les églises orthodoxes et par leurs apologistes les plus auto.i-es, s'est toujours défendue de la superstition. L'Église catholique, par exemple, peut montrer un grand nombre de canons de ses conciles anathématisant les croyances et les pratiques qu'elle reconnaît comme superstitieuses. 11 y a de curieux écrits émanant des évoques, qui montrent qu'en plein moyen âge, c'est-à-dire en pleine floraison des idées superstitieuses, l'Eglise réprouvait ces aberrations, où elle ne pouvait voir, fort justement d'ailleurs, que des restes encore vivants du paganisme populaire. C'est ainsi que M. Chéroel, dans son Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France, cite on passage très sensé contre les superstitions, extrait d'une vie de saint Éloi, écrite au vu' siècle par saint Ouen, archevêque de Rouen : a Je vous conjure, dit le saint aux fidèles, de fuir les usages sacrilèges des païens. Ne consultez ni les devins, ni les sorciers, ni les magiciens, ni les enchanteurs; ne les interrogez jamais, ni dans vos maladies, ni dans aucune circonstance Celui qui commet ce péché perd aussitôt la grâce du baptême. N'observez ni les augures ni les éternuments-, ne vous arrêtez pas pour écouter le chant desoi-eaux; mais, soit que vous entrepreniez un voyage ou toute autre chose, signez-vous au nom du Christ; récitez, avec foi et dévotion, le symbole et l'oraison dominicale, et rien ne pourra vous nuire. Que nul chrétien ne remarque le jour où il sort ni celui où il rentre ; car Dieu a fait tous les jours égaux. Que personne ne fasse attention au jour ou à la lune pour commencer une entreprise. Il est interdit de se livrer, aux calendes de janvier (1" janvier), à des pratiques ridicules et criminelles, de prolonger les festins pendant la nuit et de boire avec excès ; fuyez, à la fête de saint Jean et des autres saints, les danses, les sortilèges et les cérémonies diaboliques. Que personne n'invoque les démons, Neptune, Diane, Minerve, ou les génies. Évitez les temples, les pierres, les sources ou les arbres consacrés aux démons. N'allumez pas de lampes dans les carrefours; n'y faites pas de vœux. Que personne ne suspende des amulettes au cou des hommes ou des animaux; lors même que les clercs les béniraient, évitez ces objets, qui ne sont pas un remède du Christ, mais un poison du •liable. Ne faites ni lustrations ni enchantements; ne faites point passer vos troupeaux par un arbre creux ou par une fosse ; ce serait, en quelque sorte, les consacrer au démon. Qu'aucune femme ne suspende à son cou des sachets d'ambre; qu'elle n'invoque point Minerve avant de travailler la toile, mais qu'elle implore la grâce du Christ, et qu'elle se confie de tout son cœur en la vertu de son nom. Si la lune vient à s'obscurcir, ne poussez point de cris; c'est par la volonté de Dieu qu'elle subit des éclipses à certaines époques. Que personne ne craigne d'entreprendre un travail à la nouvelle lune; Dieu a fait la lune pour marquer les temps, pour éclairer l'obscurité des nuits, et non pour mettre obstacle aux travaux eu pour frapper l'homme, ainsi que le pensent les insensés, qui regardent comme tourmentés par la lune ceux qu'agite le démon. » Au point de

vue scientifique moderne, il y aurait enc i

h reprendre dans ce 8 paroles du pi'Mi\ a. >êque; mais il n'en défend pas moins le bon au nom de la religion elle-même, et sa docl ne dilTère pas de celle de Pascal, lors<, xvii' siècle il écrivait dans sis Pensées : « Ln piété est différente de la superstition; soutenir la piété jusqu'à la superstition, c'est la détraire. Mais il est des époques où, par suite de raisons et de circonstances qui ne rentrent pas dans notre sujet, l'opinion de, Pascal ne semble pas part au moins en fait, par la masse des pratiquant-, et où l'on donne trop raison à cette singw doctrine que formulait Joseph de Maistre en disant : « Je crois que la superstition est un ouvrage avancé de la religion, qu'il ne faut pas. détruire, car il n'est pas bon qu'on puisse sans obstacle venir jusqu'au pied du mur, en mesurerla hauteur et planter les échelles. »

Quoi qu'on puisse penser de ces théories, 0»o notre époque contemporaine ne voit que trop souvent mettre en pratique, on peut rcmarquer qu'historiquement elles sont à tout le moins nouvelles, l'Eglise voyant dans les superst tions, qu'elle-même ne patronnait pas, une atteinte à son autorité, et, au temps où le bras séculier se Faisait lexécuteur de ses hantes œuvres, confondant traditionnellement les superstitieux avec ses pires ennemis et les condamnant comme les hérétiques. Pendant de longs siècles, on a questionné, emprisonné et biùlé les sorciers ou prétendus tels, par centaines quelquefois ; il y a des procès de sorciers qui sont restés célèbres, ceux de Cauffrédy, par exemple, et d Urbain Grand er, au xvne siècle; en lTf.O, le jésuite Girard faillit encore être brûlé vif par arrêt du parlement de Provence pour avoir ensorcelé, disait-on, la belle La Cadière, sa pénitente ; et, cette même année, à Wurtzbourg, on brûla en grande cérémonicune religieuse de famille noble, pour avoir, de son propre aveu, pratiqué diverses sorcelleries à l'effet de donner la mort à plusieurspersonnes, lesquelles, d'ailleurs, avaient résisté à la puissance de son art. On ne brûle plus aujourd'hui les sorciers, ni autres preneurs de superstition ; l'article 479 du Code pénal se contente d'infliger une amende légère aux gens qui font métier de deviner, de pronostiquer ou d'expliquer les songes; encore est-il rare qu'on inflige ces peines, sauf aans le cas d'escroquerie.

La sorcellerie et les autres superstitions sont rentrées dans le domaine de la science ; elle en explique l'origine et, ce qui est plus difficile, elle essaie d'en préserver ou d en guérir les gens. C'est une tâche qui peut et qui doit souvent revenir aux instituteurs ; nous y insisterons particulièrement à ce point de vue.

L'article Légendes de ce Dictionnaire montre comment les croyances superstitieuses naissent, prennent corps, se transmettent, remontant bien souvent aune haute antiquité, ayant quelquefois traversé, sans s'y perdre, l'orthodoxie de plusieurscultes, sans cesse vivifiées et renouvelées par l'imagination populaire. A ce titre, comme le remarque l'auteur de l'article, elles sont extrêmement curieuses pour l'histoire; elles sont aussi extrêmement intéressantes pour le poète ; étranges parfois jusqu'à la bizarrerie, parfois aussi charmantes ou terribles sous leur forme spontanée, elles ont servi de fond aux plus beaux chefs-d'œuvre littéraires, ne fût-ce que Fi ust ou Don Juan. Elles n'en sont pas moins dang Teuses pour ceux qui y voient la seule chose qu'elles ne puissent avoir, c'est-à-dire une *éiitable réalité. Superstition vient d'ignorance, et toute ignorance est mauvaise. C'est faute de connaître les faits que le superstitieux en explique surnaturel lement les circonstances et les causes. 11 ne faut pas que;

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