‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 38 sur 534 · IV. PÉRIODE DE DÉCADENCE · texte numérisé non relu

IV. PÉRIODE DE DÉCADENCE

A l'époque impériale, le despotisme croissant qui suivit la monarchie d'Auguste éteignit graduellement toute vie intellectuelle, toute indépendance dans la littérature. La poésie et l'éloquence durent se taire ou prendre un langage hypocrite. Toujours espionnés ou du moins croyant l'être, les écrivains de cet âge se sentaient pour ainsi dire sur la scène. Ils ne suivaient point une inspiration libre, mais calculaient l'effet que produiraient leurs écrits et leur conduite sur l'esprit de leurs contemporains et de la postérité ; aussi la littérature de cette époque, éloquence, histoire, poésie, a-t-elle un caractère théâtral dont le style même se ressent; on ne parle pas. on déclame. L'incertitude de l'existence, les appréhensions continuelles où l'on vit, donnent à toutes les productions de ce temps quelque chose de fiévreux, d'agité, de morbide. On veut frapper les imaginations par des idées surprenantes plutôt que profondes, par du clinquant, une concision laborieuse, une obscurité artificielle, un coloris surabondant. C'est le règne des rhéteurs. Tibère impose silence aux lettres : l'éloquence est celle des délateurs, la philosophie reste dans l'ombre, la poésie ne compte que des noms obscurs ; l'histoire ne produit, outre Tibère lui-même, auteur de mémoires qui furent la lecture favorite de Domitien. que deux auteurs, Velléius Paterculus, qui admire aveuglément, dans un style pompeux et affecté, tout ce que fait l'empereur, son ancien général, et Yalère Maxime, écrivain aussi servile. avec moins de talent, compilateur sans goût et sans discernement, qui nous a laissé neuf livres d'anecdotes indigestes. La grammaire, grâce à son caractère inoffensif, est le seul genre qui fleurit réellement à cette époque avec Justus Modestus et Pomponius Marcellus; quant à la poésie, elle n'est presque représentée que par des traductions; l'ouvrage le plus original fut une traduction en vers des Fables d'Esope par Phèdre. Sous les successeurs de Tibère, Caligula, Claude el Néron, où l'on voit gouverner tour à tour l'intrigue, la malice, la méchanceté, la force brutale, la littérature et surtout la philosophie sont le de quelques âmes d'élite.

La figure qui domine cette époque est celle de l'Espagnol Sénèquc, sénateur sous Caligula et Claude, puis précepteur de Néron, préteur et consul. On sait comment il se vit forcé au suicide, accusé d'avoir participé à la conspiration de Pison. C'est un écrivain do beaucoup de talent, philosophe d'apparat plutôt que de conviction, qui pose devant Bes amis ii devant lui-même. 11 cherche

|ue 'lins le choix des sujets qu'il aborde comme dans la manière de les traiter. Il est moraliste. Il aime à disserter plutôt encore! qu'à méditer sur le cœur humain. On relira toujours avec grand charme Besé< rite philosophiques pleins - observations, de renseignements érudits mais toujours pi as pédantisme, de no-

bles ] lie le maître n'a malheureuse-

raent pas toujours suivie lui-même dans sa vie. Après tout, la forme, dans Sénèque, vaut peut-être encore mieux que le fond, bien que ce style brillant, chatoyant, à phrases coupées, à incessantes oppositions de mots, manque de simplicité et fatigue le lecteur à la longue. Les principaux ouvrages de Sénèque qui nous sont parvenus sont ses Lettres à Lucilius et quelques traités de morale sur la Clémence, la Colère, la Tranquillité d'âme. On trouve aussi de réelles beautés dans ses dix tragédies, d'un style trop sententieux, trop subtil, trop chargé d'antithèses, composées pour l'école plutôt que pour le théâtre. Les principales sont : Phèdre, Œdipe, Medée, Agamemnon, et peutêtre aussi une tragédie sur un sujet contemporain. Otavie.

L'histoire sous Caligula et Néron était généralement une sorte de rhétorique déclamatoire. Cependant sous Claude elle produit un ouvrage où l'on trouve des traces d'une réelle critique historique, les dix livres de Quinte-Curce sur l'histoire d'Alexandre le Grand. L'ouvrage de Oolumelle, compatriote de Sénèque, sur la campagne et les travaux des champs, est une sorte de paraphrase prosaïque des Géorgiques de Virgile. Les principaux orateurs sont les sénateurs Pactus, Thraséas et Helvidius Priscus. Les philosophes de cet âge écrivent en grec, comme Carnutus et Epictète ; mais ces philosophes stoïciens et plusieurs autres encore, avec Sénèque, méritent, a cause de leur caractère, sinon à cause de leurs écits, que la postérité ne les oublie pas. C'est le cas aussi des deux célèbres poètes Perse et Lucain.

Né dans l'opulence, mais élevé à l'austère école des stoïciens, Perse s'attaque à la corruption sans en avoir lui-même connu les souillures ; ses satires sont des espèces de sermons en vers dirigés contre ses contemporains en général plutôt que contre telle ou telle individualité particulière. Il emprunte à Horace beaucoup de ses tours de phrase et de ses expressions ; mais on sent qu'il n'a pas vécu dans le commerce des hommes, et l'exagérai ion ampoulée de son style très imagé, mais parfois obscur, fait supposer par moments que son indignation est un peu factice .

Le poète Lucain, neveu de Sénèque, enlevé prématurément à la poésie, est de la même école que Perse et transporte dans le genre épique, comme son ami l'a fait dans le genre satirique, les brillantes doctrines de la philosophie stoïcienne. Sa Pharsale, récit malheureusement inachevé de la guerre civile entre Pompée et César, est toute à la gloire du parti républicain, que le poète ne sépare pas de la liberté et de la grandeur de Rome. Malgré l'enflure de son style artificiellement pathétique, qui trahit un certain manque de maturité, on sent dans les descriptions, dans les discours, surtout dans les maximes générales dont le poème pullule, le souffle d'une véritable poésie, c'est-à-dire d'une poésie inspirée par un cœur généreux.

A côté de cette littérature stoïcienne, quelques disciples de la doctrine épicurienne, esprits superficiels et mondains auxquels appartenait sans doute Néron lui-même, ont laissé plusieurs monuments, entre autres le roman satirique attribué à un courtisan plus tard victime de Néron, Pétrone, contenant des aventures diverses rattachées à un voyage imaginaire. Le fragment, le plus important qui nous en est parvenu est le Festin de Trimalçhion, description humoristique mais souvent trop licencieuse des mœurs coniemporaines.

Sous la dynastie Flavienne, à l'ombre de la paix, les lettres semblent reprendre vie avec Vespasien et Titus; mais avec Domitien, les mauvais jours de la vanité et de la cruauté impériale recommencent

pour les lettrés. Parmi les principaux protégés des deux premiers Flaviens, nous trouvons Pline l'Ancien et Valérius Flaccus.

Pline l'Ancien, esprit encyclopédique, compilateur infatigable, victime de sa passion pour la science lors de l'éruption du Vésuve, sut concilier avec ses absorbantes occupations officielles d'inspecteur des finances de l'empire, une féconde activité littéraire qui lui a mérité de prendre un rang élevé parmi les historiens, les grammairiens et les naturalistes. Valérius Flaccus, imitateur de Virgile et d'Apollonius de Rhodes, retraça l'expédition des Argonautes dans un poème prolixe, et en vers qui manquent parfois de lucidité à force de rechercher la concision et la hardiesse.

Domitien, bien qu'il affecte lui-même le goût des lettres et de la poésie, ne permet qu'un genre : le panégyrique de son despotisme. Quiconque veut dire la vérité doit dérober ses ouvrages au public ; ce fut le parti que prirent Tacite et Juvénal. Parmi ceux qui eurent la faiblesse ou la servilité de se faire les adulateurs d'un monstre, il faut citer Silius Italicus, Stace, Quintilien et Martial.

Silius Italicus emprunte le fond de son monotone et déclamatoire poème des Guerres puniques à Tite-Live, et les développements et les procédés poétiques à Homère et à Virgile, introduisant la mythologie au milieu des événements historiques. Stace, esprit cultivé, poète spirituel, compose une foule de pièces de circonstance, réunies sous le le nom de Silvœ (les Forêts), jolies esquisses de mœurs de l'époque, et un poème en douze chants, la Thébaïde, qui ne manque pas d'imagination et. d'audace, mais que déparent un style maniéré, des traits exagérés et trop de détails mythologiques. L'Espagnol Martial prend Catulle et Ovide pour modèles. C'est un satirique, mais qui enferme sa malice dans le cadre restreint de l'épigramme. On admirerait beaucoup plus son talent s'il ne servait pas souvent à mettre en relief une absence choquante de sens moral et de dignité. Il se complaît à persifler les vices et la corruption de son temps, mais sa médisance n'est souvent qu'une flatterie déguisée à l'adresse du maître et de ses favoris. Quintilien est aussi originaire d'Espagne, quoiqu'il ait été élevé à Rome. Longtemps professeur d'éloquence à Rome, puis chargé par Domitien de l'éducation de ses neveux, il composa dans sa vieillesse un ouvrage sur les Causes du déclin de (éloquence et un autre ouvrage sur Y Éducation oratoire, dont la portion la plus précieuse pour nous et la plus admirée est le dixième livre, qui contient une liste critique des auteurs latins les plus utiles pour la formation de l'orateur.

Les règnes de Nerva et de Trajan permettent h la littérature un libre et nouvel essor. Les écrivains qui s'étaient enfermés dans le silence par nécessité sous Domitien déversent contre le despotisme qui vient de finir, avec leur colère, d'autant plus d'amertume qu'ils se sont plus longtemps contenus. C'est le cas de Juvénal, de Tacite, et même en partie de Pline le Jeune.

Parmi les seize satires que nous a laissées Juvénal, les plus caractéristiques décrivent les vices de la société romaine avec une éloquente indignation et une vigoureuse énergie ; il ne se contente plus, comme Perse, d'accuser son époque en général; il nomme les coupables. Les personnages que le poète met au pilori, pour son temps et pour les siècles à venir, appartiennent surtout à l'époque de Néron et de Domitien. Mais, malgré les explications des commentateurs, on ne reconnaît pas toutes les figures. On ne saisit pas toutes les allusions dans ces vers qui, pour rappeler le jugement de Boileau,

. . . . Tout pleins d'affreuses yérités Etincellent pourtant de sublimes beautés.

LATINE (LITTÉRATURE) — 1130

LATITUDE

D'origine plébéienne, mais nourri des souvenirs de la République aristocratique, l'auteur des Histoires et des Annales, vigoureux tableaux embrassant les règnes des empereurs d'Auguste à Donatien, Tacite s'est indigné aussi, mais il s'est résigné pendant les jours mauvais et a attendu ce moment bienheureux où il fut enfin permis, comme il le dit lui-même, de penser ce qu'on voulait et de dire ce qu'on pensait. La forme de son style énergique a gardé la marque d'un temps où le génie devait se contraindre et se cacher; il s est habitué à la concision, aune réserve calculée, .aux sous-entendus, aux pointes épigrammatiques. Il est sans contredit le prince des historiens romains ; il a l'esprit critique, le culte de la vérité et de l'exactitude; il ne se contente pas de noter les faits, mais en cherche philosophiquement les causes, et fouille en psychologue les bas-fonds des caractères.

Homme de lettres avant tout, bien qu'il eût suivi la carrière du barreau et des emplois publics, Pline le Jeune, neveu et fils adoptif de Pline l'Ancien, a écrit neuf livres de lettres, soigneusement variées de ton et de sujet, et évidemment composées plutôt pour la postérité que pour ses correspondants. Mais elles ont tant d'intérêt, et souvent tant d'esprit, elles sont écrites d'un style si coulant, qu'on pardonne à l'auteur une vanité qu'il a le bon goût de confesser lui-même.

Sous les Antonins, la littérature latine, malgré la protection que les empereurs lui accordent, s'écarte de plus en plus des traditions du bon goût, et s'achemine rapidement vers la décadence a mesure que les invasions menacent l'empire et que l'extension du droit de cité diminue l'importance de Piome. Les écrivains qui restent fidèles aux meilleures traditions sont peu nombreux. Les principaux sont : Suétone , secrétaire particulier d'Adrien, archéologue, historien ou plutôt biographe ; ses Vies des douze Césa7's abondent en renseignements puisés aux meilleures sources ; le rhéteur Florus, auteur d'un tableau en raccourci de l'histoire romaine abrégée; et Justin, autre abréviateur de talent. La majorité des autres écrivains se perd dans de vains efforts à la recherche de l'originalité. L'Africain Fronton exerçait une suprématie littéraire que ses ouvrages ne confirment pas. L'érudition remplace le génie; on fouille le passé au lieu de créer de nouveaux monuments pour l'avenir. Les grammairiens, les maîtres de rhétorique pullulent ; le nom le plus célèbre est celui de l'auteur des Nuits A t tiques, le studieux Aulu-Gelle; une littérature grécisante devient de plus en plusà la mode. Suétone, Adrien lui-

ni • Fronton, Apulée, Tertullien écrivent en

,r;rec presque autant qu'en latin. La jurisprudence au contraire grandit avec le déclin des autres branches de la littérature ; elle enregistre plusieurs noms illustres : ceux de Pomponius, de Gains et de Papinien, qui contribuent à la fois au développement de la science du droit par leurs écrits el par leur enseignement. La poésie ne produit rien ; la mythologie ancienne a fait place au christia nisrao, qui '< Bes débuts inspire à peine quelques hymnes Bans valeur. Ce sont surtout les illettrés, i g pauvres, les opprimés, les femmes qui Be tournent mts la doctrine du péché et de la rémission et vers le dogme qui promet une vie meilleure. Du n uhn iiens affectenl de méprit

lettr< b. Ceux qui Minutlus Félix el Lac-

iii de concilier l b traditions de l'antiquité avec l'esprit nouveau, fonl exception. Le

plus grand nombre, comme Tertullien, m !

a la rois el la religion et la culture littéraire de la Rome païenne.

Au iW Merle, le déclin continue et B'étcnd même jusqu'à la Jurisprudence; le christianisme produit son premier poète, le lourd el incorrecl Commo-

dianus. La vieille école ne produit guère qu'un poète qui ne suffit pas à la relever, Némésien. L'éloquence de l'Eglise s'inspire de Tertullien, que l'évêque de Cartilage, Cyprien, rappelle par la lucidité et le charme de son style, mais sans égaler sa féconde originalité.

Vers la fin du siècle, l'apparition des Barbares et l'élévation au trône d'une série d'empereurs soldats, d'origine thrace et illyrienne, contribue à accélérer la décadence. Au ive siècle, tandis que le polythéisme cesse d'être la religion d'Etat et que la capitale de l'empire est transportée en Orient, les lettres jettent encore quelque éclat passager. L'éloquence appartient surtout aux orateurs ecclésiastiques, aux pères de l'Eglise, Ambroise, Jérôme et Augustin. L'histoire produit quelques abréviateurs de talent, Aurélius Victor et Eutrope, et surtout le boursoufflé mais judicieux Ammien Marcellin. Il faudrait citer encore, parmi les poètes chrétiens, le moins obscur, Prudence : parmi les grammairiens. Macrobe, Servius et Donat, et deux auteurs épistolaires, Symmaque et Sidoine Apollinaire, originaire de Gaule. La poésie latine s'éteint avec Claudien, poète emphatique, auteur de panégyriques et de Y Enlèvement de Proserpine ; Ausone. né à Bordeaux, qui a surtout réussi dans l'épigramme et la poésie descriptive, se perdant dans les minuties puériles ; enfin Fortunat, que l'histoire des Mérovingiens nous montre à la cour de Sigebert et de Chilpéric, célébrant à la fois Brunehaut et Frédégonde. C'est en Gaule, en effet, que les lettres latines ont survécu le plus longtemps, et nous y trouvons encore sur le seuil du vne siècle un historien qui écrit dans un latin presque correct, l'auteur des Légendes dei saints et de V Histoire des Francs, Grégoire de Tours.

[B. Buisson.]

LATITUDE, LONGITUDE. — Cosmographie, IL — Etym. : Latitude est dérivé de latitudo, qui vient de latns, large, et longitude dérive de longitudo, qui vient de longus, long. Ces dénominations, défectueuses aujourd'hui, nous ont été transmises par les anciens, qui ne connaissaient qu'une partie de la terre, laquelle était plus longue dans le sens où nous évaluons les longitudes.

La latitude d'un lied ou, plus exactement, d'un point pris à la surface de la terre A (fig. 1), est l'arc de méridien AB compris entre ce point et l'équateur EOBE'. Ainsi, tous les points situés sur

le même parallèle ont la même latitude. Cette définition suppose la terre rigoureusement spherique.

La longitu 'e d'un point est l'arc de parallèle ou d'équateur OB compris entre le méridien PAP' qui passe par ce peint et un méridien déterminé

choisi par convention, PEPTB', et nommé premier méridien. Tous les lieux situés sur le même demiméridien compris entre les deux pôles ont la même longitude.

i divers peuples ne se servent pas tous du même premier méridien. En France, on a fait choix de ceini <|ni passe par Paris et, plus exactement, par l'Observatoin I I Jais font passer leur premier méridien par l'Observatoire de Greeuwich ;

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les Allemands par l'Ile cle Fer, l'une des Canaries: les Russes par Pulkowa. Entre le méridien de l'Ile de Fer et celui de Paris il y ajuste 20 degrés de différence, ce qui permet de passer facilement d'une longitude estimée par rapport à l'un à la même longitude estimée par rapport à l'autre. 11 serait préférable qu'il y eût un seul premier méridien pour le monde entier.

La latitude et la longitude portent conjointement le nom de coordonnées géogt aphiques. Elles s'expriment en degrés, minutes et secondes. La latitude est nord ou sud, ou boréale ou australe, selon que le point considéré est situé dans l'hémisphère nord ou dans l'hémisphère sud, et, par conséquent, d'un côté ou de l'autre de l'équateur. La longitude est orientale ou occidenio/e ou, si l'on préfère, est ou ouest, et, par conséquent, à. droite ou à gauche du méridien de Paris pour la France.

La latitude et la longitude servent à fixer la position des divers lieux; elles permettent de construire les globes et les cartes géographiques. On comprend donc toute leur importance. Chaque point est ainsi déterminé sur la terre par le point de croisement de deux lignes, comme sur une table de multiplication le produit se trouve à la rencontre des deux lignes partant, l'une du multiplicande, et l'autre, du multiplicateur.

Nous ne saurions voir la terre tout entière ; nos regards n'embrassent que la faible étendue qu'enferme l'horizon. Sans doute cette étendue est plus ou moins grande, selon qu'on se trouve sur un lieu plus ou moins élevé : ainsi du haut d'une montagne elle est plus vaste qu'au niveau de la plaine ; mais lors même que notre vue s'étend sur un espace de vingt, trente ou quarante lieues de rayon, un tel espace est relativement nul si on le compare à la surface de la terre. Et pourtant, malgré notre impuissance apparente à saisir la terre dans son ensemble, à la voir comme nous voyons le soleil et la lune, nous pouvons en faire une sorte de portrait, de représentation exacte, — au moins pour les parties connues, — qu'on nomme un globe ou une sphère terrestre. Nous parvenons à figurer sur une sphère les chaînes de montagnes, les cours d'eau, les contours des continents, en un mot tous les accidents géographiques. Nous traçons les limites des Etats ou des contrées ; nous marquons la place des villes, et, comme s'il s'agissait du plan d'une maison, nous poursuivons jusque dans ses moindres détails l'image fidèle de la surface du globe. Or, tout cela n'est possible qu'à l'aide de la latitude et de la longitude de chaque point.

Imaginons en effet le réseau ou filet formé par l'entre-croisement des méridiens et des parallèles. On peut en multiplier les mailles autant qu'on le veut, car le nombre des méridiens et des parallèles est illimité. Par chaque point de la surface de la terre, passe un méridien et un parallèle. Un semblable réseau étant reproduit en petit sur une sphère, tous les points de la terre qui répondent aux points d'entre-croisement des fils auront leur image sur le globe. Prenons un méridien quelconque que nous regarderons comme celui qui passe par Paris, par exemple : il suffira, pour fixer la position de Paris, de connaître l'arc de méridien compris entre Paris et l'équateur ou la latitude ; cette latitude étant de 48" 50' 49" (au Panthéon), on prendra à partir de l'équaleur un arc de cette grandeur, et on aura le point qui répond à Paris. Qu'il s'agisse maintenant de fixer la position de Lyon; il existe un méridien et un parallèle passant par cette ville et dont elle occupe le point d'intersection. Si nous parvenons à tracer ces deux cercles, nous obtiendrons la position de Lyon. Or, pour tracer le méridien de Lyon, il suffit de connaître l'arc de parallèle compris entre le méridien de cette ville et celui de Paris, c'est-à-dire la lon-

gitude de Lyon, et de savoir si cet arc doit êtr« compté à droite ou à gauche, ou, si l'on préfère, à l'est ou à l'ouest du méridien de Paris. La longitude de Lyon étant de 2° 2!»' 10" à l'est, cet arc sera compté sur le parallèle de Paris, à partir de Paris et vers la droite, puis on mènera le méridien passant, par ce point, et Lyon se trouvera sur ce méridien. D'autre part, la latitude de Lyon est 45° 45' 45" ; nous compterons sur le méridien tracé, et à partir de l'équateur, un arc de 45° 45' 45"; nous obtiendrons ainsi le point correspondant à Lyon.

L'équateur partageant la surface de la terre en deux hémisphères, l'hémisphère nord et l'hémisphère sud, il est bien évident que, dans l'indication des latitudes, on doit dire si elle est comptée d'un côté ou de l'autre de l'équateur. Pour la France, toutes les latitudes appartiennent à l'hémisphère nord, et sont par conséquent d'un même côté de l'équateur.

Détermination de la latitude d'un point. — Nous savons maintenant ce que c'est que la latitude et la longitude d'un point, nous en comprenons l'utilité; il nous reste à connaître le moyen de les déterminer. Commençons par la latitude.

Figurons par la circonférence EPE'P' (fig. 2) le

Fi g. 2.

méridien qui passe par le point considéré A dont il faut déterminer la latitude. Représentons l'axe terrestre par PP', le diamètre de l'équateur situé dans le méridien par EE'. La latitude du point A est l'arc AE qui répond à l'angle AOE. Mesurer l'arc ou l'angle, c'est la même chose, puisqu'il s'agit d'estimer l'arc en degrés, non en mètres.

Or, l'angle AOE est égal à un autre angle plus facile à mesurer. Observons que le rayon equatorial OE est perpendiculaire à l'axe OP, que le rayon terrestre OA n'est autre que la verticale au point A, et qu'il est par conséquent perpendiculaire à l'horizontale AH au même point. L'angle AOE est donc égal à l'angle P, AH' (deux angles qui ont leurs côtés perpendiculaires et dirigés dans le même sens sont égaux) ; — vu les faibles dimensions de la terre par rapport à l'univers, la terre peut être considérée comme un point, les lignes menées de tous les points de la terre parallèlement à PP' se confondent. Au lieu de mesurer directement l'angle AOE, nous allons mesurer PjAH', c'est-à-dire l'angle que forme l'axe avec l'horizontale. C'est cet angle qu'on désigne sous le nom de hauteur du pôle. La hauteur n'est pas ici une ligne droite qu'on évalue en unités de longueur, mais un angle ou un arc estimé en degrés. Donc la lali'ude d 'un point est égale à la hauteur dupôle en ce point.

Enfin, on peut encore substituera la mesure de ce dernier angle celle de son complément, c'est-à-dire l'angle ZAPj formé par la verticale avec l'axe. La figure ne doit pas être faite tout entière d'avance ; chacun des angles ou chacune des lignes énoncés doit être tracé au moment où l'on en parle. \

LATITUDE

LAVIS

En définitive, il s'agit de mesurer l'angle forme par la verlicale ou le iil a plomb avec 1 a\e de la terre prolongé.

Comment peut-on obtenir cette dernière ligne? S'il se trouvait une étoile sur le prolongement de l'axe terrestre, cette étoile serait toujours immobile, car le mouvement apparent des étoiles est produit par le mouvement réel de la terre. Il suffirai! donc de diriger la lunette sur l'étoile pour obtenir la direction de l'axe. Cette condition n'est pas nécessaire, car chaque étoile décrit, soit un arc de cercle, soit un cercle apparent, dont le pôle est le centre. Parmi les étoiles, on choisira une de celles qui restent constamment visibles, et décrivent un cercle complet. Elle a, comme on sait, un passage supérieur et un passage ieur, c'est-à-dire qu'elle traverse le méridien à deux reprises, tantôt au-dessus et tantôt au-dessous du pôle. Si l'on vise l'étoile au moment de chaque passage, il suffira de diviser en deux parties égales l'angle formé par les deux directions obtenues. Cette bissectrice est précisément la direction de l'axe, c'est-à-dire l'un des côtés de l'angle à mesurer; l'autre est la verticale.

On sait que la direction du fil à plomb prolongée rencontre la sphère céleste fictive au point nommé zénith, et que la distance du passage au zénith est ce qu'on nomme la distance zénithale : donc, en définitive, la mesure de la latitude se réduit à celle des distances zénithales dune même étoile. On obtiendra la latitude d'un point en prenant le complément de lamogenne des distances zénithales d'une même étoile en ce point.

Au lieu de faire deux déterminations pour évaluer la latitude, on peut n'en faire qu'une si l'on connaît d'avance la déclinaison Ee' (fig. 3) d'un as-

tre (c'est ainsi qu'on nomme la distance angulaire de l'étoile à l'équateur céleste). Il suffit, dans ce cas, de déterminer la distance zénithale Ze' ou Ze de cet astre au moment de son passage. La latitude est, en effet, égale à la somme ou à la différence de ces deux éléments.

L = d -f- z, si l'étoile passe au sud du zénith.

L = d — z, si l'étoile passe au nord du zénith.

En mer, on détermine la distance zénithale du soleil au moment du passage et on trouve la déclinaison du soleil pour chaque jour dans un recueil de données astronomiques nommé Connaissance des temps. C'est à l'aide d'un appareil nommé sextant que les marins déterminent la hauteur du soleil dont la distance zénithale est le complément.

Ajoutons, en terminant, que dans ces diverses mesures, on tienteompte de la réfraction atmosphérique. Il est bon d'observer également que la terre n'est pas rigoureusement sphérique et que la verticale d un lieu diffère légèrement du prolongement du rayon terrestre en ce lieu.

/ ètermination de la longitude d'un point. — Le soleil dans sa marche apparente passe successivement au méridien de chacun des points de l'équateur ou, si l'on préfère, la terre, en tournant sur elle-même, présente successivement au soleil tous les points de son équateur.

Les ;<)') degrés équatoriaux défilent donc devant

le soleil en 24heures, soit 15 degrés par heur< lors, deux points séparés par un intervalle de 15 degrés voient passer le soleil dans leur méridien aune heure d'intervalle ou, si l'on préfère, l'horloge de l'un des points avance ou retarde d'une heure sur l'autre. Il y a avance du côté de l'est, retard du côté de l'ouest. Ce qui se passe pour deux points situés sur l'équateur est également vrai de deux points quelconques qui voient le soleil. La différence des heures pour deux points du globe nous donnera donc la distance en degrés de leurs méridiens, c'est-à-dire la différence de leurs longitudes, et si l'un des points est Paris, nous obtiendrons aussi la longitude de l'autre point.

Donc, pour déterminer la longitude d'un point, il faut prendre un ou plusieurs chronomètres indiquant l'heure de Paris, se transporter avec ce ou ces chronomètres au point déterminé et constater la différence entre l'heure de Paris et celle de ce point.

Comme on peut craindre le dérangement des chronomètres pendant la route, il est bon d'avoir d'autres moyens à sa disposition. Or, un signal qui serait aperçu simultanément de Paris et du point considéré, comme la lumière produite par l'inflammation d'un tas de poudre, permettrait de noter l'heure au même instant à Paris et au point en question et par suite de connaître la différence des heures. C'est un des moyens dont on s'est servi et qui permet d'obtenir une valeur assez approchée de la longitude.

Au lieu de ce signal artificiel, on peut faire usage de signaux naturels tels que les occultations d'étoiles par la lune, ou les éclipses, particulièrement celles des premiers satellites de Jupiter par le cône d'ombre projeté par cette planète. Les éclipses de lune, au contraire, sont peu propres à fournir un moment précis. Ces phénomènes sont prédits longtemps à l'avance, et l'heure indiquée est celle de Paris; il ne s'agit que d'observer l'heure de la manifestation au point dont on veut connaître la longitude et de faire la différence des heures.

Très simples en théorie, ces moyens n'offrent pas dans la pratique toutes les conditions de sécurité ; le moment précis de la manifestation d'un phénomène n'est pas chose aisée à constater.

La télégraphie électrique nous a fourni un des moyens les plus efficaces d'obtenir un instant précis identique pour Paris et pour un lieu déterminé. On peut admettre qu'un signal envoyé de Paris à Lyon par le télégraphe électrique ne met pas un temps appréciable pour franchir la distance qui sépare Paris de Lyon. Au moment même où il part de Paris, il est à Lyon.

Il est vrai qu'indépendamment du trajet parcouru par l'électricité, quelques secondes peuvent s'écouler entre l'arrivée de la vibration électrique et le mouvement de l'appareil ; on arrive à en tenir compte. On ne se contente pas non plus d'invoquer le signal de la première station à la seconde mais aussi de la seconde à la première. Ces opérations sont répétées un grand nombre de fois, après quoi on prend la moyenne des résultats.

Dans ces derniers temps MM, Lcewy et Périer, de l'Institut et du Bureau des longitudes, ont déterminé les longitudes de Marseille et d'Alger avec un degré d'exactitude qui ne laisse rien à désirer.

Longitude et latitude célestes. — On nomme ainsi des arcs qui permettent de fixer la position d'une étoile et de tout autre corps céleste, analogues à la latitude et à la longitude géographiques : mais au lieu de l'équateur, c'est à l'écliptique et à un grand cercle passant par les pôles de l'écliptique qu'on rapporte les arcs. [Félix Hément.]

LAVIS. — I. But du lavis. — Le lavis a un double but: 1° Faire sentir les formes planes ou arrondies, les parties fuyantes des objets ainsi que leurs positions respectives; 2" indiquer la nature

LAVIS

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de ces objets. Dans le premier cas, on emploie généralement des teintes d'encre de Chine; dans le second, des teintes diverses, dites convenl tonnelles.

II. Classification des couleitrs. — On admet en peinture trois couleurs simples ou tons qui, par leur réunion, forment le blanc: le jaune, couleur claire et brillante; le rouge, couleur éclatante et demi-claire, et le bleu, couleur sombre. Le noir n'est pas une couleur, mais l'absence de toute couleur. Selon que ces tons sont mêlés de noir ou de blanc, on dit qu'ils sont rabattus ou éclaircis.

Si l'on mélange deux tons simples en parties égales, on obtient un ton composite de premier ordre : rouge et jaune donnent oronge; rouge et bleu donnent violet; jaune et bleu donnent vert. Si l'on mélange un ton composite de premier ordre avec un ton simple, on obtient un composite de deuxième ordre. Ex. : orangé-rouge, vert. •aune, etc. Enfin on pourrait obtenir une nouvelle série de tons composites, tels que orangé-rougeetc .

Deux tons sont complémentaires lorsque par leur mélange il? donnent du blanc ou un gris simple. D'après cela, si les trois couleurs simples, jaune, rouge et bleu, donnent le blanc, il en résulte que la couleur complémentaire du jaune est le violet, c'est-à-dire un mélange de rouge et de bleu, que la couleur complémentaire du rouge est le vert, et celle du bleu, l'orange.

On trouve rarement les couleurs pures. Kilos sont toujours plus ou moins mêlées à un pigment noir, de manière que deux couleurs complémentaires donnent du gris noir et non du blanc.

Voici les couleurs principales employées dans le dessin :

Ocre jaune /

Gomme-gutte jaunes.

Sépia I

Carmin. i

\ ermillon rouges.

Terre de Sienne bi ùlée '

Bleu de Prusse ,

Indigo bleus.

Cobalt *

Nous avons dit que l'encre de Chine n'était pas «ne couleur.

III. Teintes conventionnelles. — Nous allons indiquer la composition des teintes employées dans l'industrie des machines, notamment à* l'usine Cail à Paris. On y verra figurer des tons composites préparcs directement par l'industrie pour éviter le mélange toujours difficile des tons simples.

honte : teinte neutre. Fer: bleu de Prusse. Acier : teinte neutre et un peu de carmin. Bronze: terre de Sienne brûlée. Cuivre jaune : gommegutte. Cuivre rouge : carmin. Plomb, zinc et étain: bleu de Prusse très clair. Chérie: fond clair en sépia et veines foncées de même couleur. Sapin : fond clair et veines en terre de Sienne brûlée. Cuir et caoulcfiouc ',: sépia claire. Mastic de fo»te : sépia claire et points à la plume en sépia foncée. Pierre de taille : terre de Sienne naturelle. Maçonnerie : carmin très clair. Hrique ordinaire : brun rouge. Brique réfrnetaife : terre de Sienne naturelle et un peu de brun rouge. Béton : carmin clair avec points à la plume. Terre: badigeon de sépia. Ballast : fond clair en terre de Sienne brûlée et points de même couleur foncée.

Voici maintenant, pour la topographie, quelques teintes conventionnelles adoptées à l'Ecole centrale des arts et manufactures :

Bois : fond de terre de Sienne brûlée et de vert

faible pour les massifs; deux teintes vertes superposées pour les arbres isolés, dont une forte du côté de l'ombre ; ombres projetées par les arbres en sépia. Prés : fond vert clair et touches horizontales avec le même vert plus intense. Vignes : teinte neutre et ceps à la plume alignés. Terres labourées : teintes diverses, où le jaune domine, appliquées par hachures ou sillons dans le sens de la longueur des parcelles. Rivières : teinte fondue en bleu de Prusse du côté de l'ombre.

IV. Préparation et application des teintes. — Pour préparer une teinte simple, on met quelques gouttes d'eau dans un godet et l'on frotte avec un pain de couleur en appuyant sur le godet : on ajoute ensuite de l'eau en quantité convenable et on délaie pendant plusieurs minutes avec un pinceau propre, de manière à obtenir une teinte bien limpide. Quand il s'agit d'une teinte composée, on prépare séparément, avec tout le soin possible, chacune des teintes simples qui doivent la composer, puis l'on fait le mélange.

Avant d'appliquer une teinte quelconque, il faut l'essayer sur son garde-main ou sur toute autre feuille d'un papier de même nature que celui employé pour le dessin. Celui-ci doit être nettoyé et gommé, au préalable (car il ne faut pas penser à donner un seul coup de gomme sur une teinte), avec la gomme élastique ordinaire seulement. On prend ensuite de la couleur avec un pinceau de grosseur proportionnée à la surface à laver et toujours rempli, et on lave hardiment de gauche à droite et de haut en bas, en tenant le dessin incliné et en ayant soin surtout de faire écouler la teinte par la pointe du pinceau plutôt que par le flanc. Un grand nombre de taches viennent, en effet, de ce qu'on veut obliger la teinte à sortir par le flanc, taudis qu'elle s'écoule naturellement et sans effort par la pointe du pinceau.

Lorsqu'on a de grandes teintes à appliquer, il convient d humecter d'abord d'eau propre tout le dessus avec une petite éponge et de commencer le lavis quand la feuille est presque sèche. L'eau pure est préférable à une dissolution d'alun, qui forme une espèce d'enduit. Quelquefois aussi, pour rendre une couleur délayée plus limpide, on la décante, soit en la versant dans un autre godet avec précaution, soit en la versant dans une petite boite improvisée en fort papier.

Il faut avoir soin d'essuyer avec un chiffon tout bâton de couleur ou d'encre de Chine qui vient d'être employé, pour éviter que cotte couleur se fendille et s'emiette en petits morceaux.

Dans un dessin à effet, lavé et ombré, on doit opérer dans l'ordre suivant : 1° appliquer une teinte d'ébauche à l'encre de Chine, d'un grisfoncé, sur toutes les portions dans l'ombre propre ; 2° faire les lavis des ombres propres, le modelé des parties arrondies, soit en dégradé, c'està-dire au moyen de teintes plates superposées, d'inégale intensité, soit en teinte fondue, c'est-àdire étendue d'eau et diminuant peu à peu d'intensité; 3" faire le lavis des ombres portées, d'abord sur les surfaces planes, puis sur les surfaces courbes; 4° appliquer les teintes conventionnelles.

Il convient, dans le dégradé en général, à l'encre de Chine ou en une teinte quelconque, de commencer par les tons les plus foncés et d'étendre d'eau de plus en plus pour arriver aux tons clairs. La méthode inverse, qui consiste à commencer par les tons clairs et à les renforcer, présente plus d'incertitude et de difficulté. Dans les deux cas, il faut avoir soin de superposer les teintes, et non pas les juxtaposer. On évite ainsi un bourrelet de taches qui se produit infailliblement entre les teintes juxtaposées.

V. Convention pour le hvis a l'encre de Chine. — Le lavis à l'encre de Chine étant de beaucoup

LAVIS

LEÇONS DE CHOSES

le plus employé, non seulement dans les ombres, mais encore à la place des teintes conventionnelles, aussi bien en architecture qu'en mécanique, nous allons donner les principales conventions qui s'y rapportent.

1" Quand une surface plane est parallèle à un dea plans de projection et se trouve entièrement éclairée, elle doit recevoir une teinte plate, claire et uni fo> me, dans toute son étendue.

2° Quand wie surface plane est oblique à un plan de projection et se trouve entière ent éclairée, elle doit recevoir une teinte claire, dégradée, dmis laquelle lu partie la plus éloignée de l'observateur est la moins claire.

On admet avec raison que la quantité de lumière envoyée dans l'œil d'un observateur par un objet éclairé diminue avec l'éloignement de cet objet, bien qu'il soit également éclairé dans toutes sps parties. A dire vrai, cette différence d'intensité est inappréciable dans la plupart des cas où l'on prend le soleil pour source lumineuse, mais il convient de l'accentuer afin de mieux faire sentir le relief des objets.

3° Une surface plane é'dai* ée est d'autant plus brillante et doit être en teinte if autant plus claire quelle *e rappro h ■ plu* de la position perpendiculaire au rayon lumineux.

On sait que le rayon lumineux adopté par les dessinateurs suit la direction de la diagonale d'un cube qui va de haut en bas, d'avant en arrière et de gauche à droite (V. Ombres).

4° Quand une surfac plane est oblique à w> des plans de projectio?i et se trouve entièrement dans l'ombre, elle doit re< evoir ime teinte foncée dégrad e, dans laq elle a partie la plus éloignée de l'o' sevdeur est la moins foncée.

On admet, en effet, et l'expérience le prouve, que l'ombre s'affaiblit en s'éloignant, qu'elle est atténuée par des reflets de lumière venant du sol, des objets environnants et de 1 atmosphère.

ô° Quand deur surfaces planes sont parallèles et éclairées, cède qui >e trouve la plus pioche du sp/- dateur reçoit une teinte plu* faible que l'autre. Si es surfaces sont dans t'ombre, c'i-st ta plu éloignée qui doit recevoir la teinte ia plus faible.

Cela résulte évidemment de la deuxième et de la quatrième lois.

Tout ce qui vient d'être dit s'applique aux surfaces courbes, que l'on peut considérer comme formées d'un grand nombre de faces planes de petites dimensions. Par conséquent, dans une sphère par exemple, on distinguera une portion brillante, puis une série de tranches de plus en plus sombres par suite de leur inclinaison de plus eu plus grande par rapport aux rayons lumineux, et enfin une zone sombre suivant laquelle ces rayons rasent la sphère et qui limite la partie éclai ee. Au delà de cette zone, il n'y a plus que de l'ombre; elle est la séparation de l'ombre et de la lumière.

G" Du s la partie ombrée des surfaces courbes, la tein e d'ombre doit diminuer d intensité à partir de la Ivpie de séparation d'ombre et de lumière jusqu'aux points qui se trouvent directement opposés aux rayons lumineux.

C'est d'après cette loi que se fait le dégradé dans la partie ombrée du cylindre, du cône et de la sphère.

En effet, dit M. Pillet, si la lumière solaire était unique, si elle ne donnait pas lieu à des reflets, tous les points dans l'ombre seraient absolument noirs. Or, il n'en est rien : ces points sont dans des demi-teintes d'éclat variable ; les ombres sont éclairées par des rayons indirects que nous nommerons rayons de reflets, dus à la masse d'air enviroi liante, au sol ou aux objets voisins.

En admettant même que les objets que nous présentons soient, comme des aérostats, isolés au

milieu de l'atmosphère, à l'abri des reflets du sol et des corps environnants, ils recevraient encore des reflets de l'atmosphère; car l'air a la propriété de réfléchir la lumière à la manière des corps opaques. Sans cela, lo passage du jour à la nuit ou de la nuit au jour serait subit et il n'y aurait ni crépuscule ni au ore.

Voici maintenant une expérience qui permet d'apprécier les intensités diverses de ces rayons indirects ou de reflets.

Lorsqu'on regarde le cbl avec une lunette dont l'objectif est remplacé par un verre dépoli, l'éclat maximum de ce verre a lieu quand on fixe le soleil. Si la direction s'en éloigne, l'éclat diminue très rapidement et, pour un angle de 30°, il est environ quatre fois plus faible que pour un angle de '.)". Cet éclat passe par un minimum qui répond environ à un angle de 00", augmente ensuite faiblement et repasse par un maximum relatif pour un écart de 180°, c'est-à-dire pour le point directement opposé au soleil. Les choses se passent donc comme si les objets étaient éclairés par deux soleils, l'un qui envoie des rayons directs intenses, l'autre, des rayons indirects beaucoup plus faibles.

7° Les sw faces situées dans l'ombre po te par d'autres surfaces doivent être en teintes d'autant plus foncées qu'elles seraient et es-mémes plus éclairées s'il n'y avait pas d'ombre portée.

D'après cette loi, le dégradé du lavis sur les surlaces courbes dans les ombres portées est inverse du dégradé ordinaire dont il a été question, et doit être superposé à ce dernier.

8" Sur toute arête saillante qui termine deux surfaces également "dan ers. l'une visible et l'autre mvisi le pour le »éme abse râleur, il est nécessaire ite mena er un filet claie très étroit nommé filet dr lumière, po rvu que l'une des surfaces au moins soit plane ou quel es le soieiit toutes les deux.

Ce filet de lumière est la contre-partie du trait d force dans les dessins non lavés. Il doit suivre les intensités des teintes auxquelles il appartient : il reste blanc si la teinte qu'il accompagne est assez faible ; mais il doit être un peu teinté dans le cas contraire.

i)° Sur toute arête sailla' te qui termine l'eux surfaces dans l'ombre, l'une visible, l'autre invisible, on ménage aussi un fi et étroit en tei te faible, appelé reflet, pourvu que l'une des surfaces soit plane ou qu el es le soient toutes 'es d ux.

Ce filet est du à la lumière réfléchie par les objets environnants. Si le dessin était simplement au trait, sans lavis ni ombre, on mettrait un trait de force à la place de ce reflet.

10° Le contour des ombres port es d'une certaine étendue iloit toujours être terminé par une bordure en teinte plus faible représentant ta pénombre.

Cette bordure est généralement étroite ; mais, h la rigueur, sa largeur devrait être proportionnée à l'éloignement de l'objet qui porte ombre. Onl'obtient en lavant l'ombre en deux teintes superposées de manière que la seconde n'atteigne pas tout à fait les limites de la première.

Telles sont les lois fondamentales du lavis à l'encre de Chine. [A. Bougueret.]

LEÇONS l>E CHOSES. — Les leçons de choses, application de la méthode intuitive aux connaissances de l'ordre sensible, sont la continuation raisonnée, dans la salle d'asile ou l'école enfantine, du premier enseignement donné par la mère. Suivant d instinct 1 ordre même de la nature, la mère nomme et fait répéter à l'enfant le& objets ou les personnes que les détails réguliers de la vie de famille, et de ce mode qui commence à la fenêtre, ramènent chaque jour sous ses yeux; elle lui apprend à en distinguer le nombre, la forme, la couleur, les propriétés, les usages ou

LEÇONS DE CHOSES

LEÇONS DE CHOSES

les emplois ; et elle débrouille ainsi, eu se jouant, les premiers éléments de la pensée et de la parole.

Malheureusement on ne se doute point assez des innombrables et sérieuses difficultés que présente la continuation de cet enseignement, si humble à son début. On a l'air de dire ou de penser vaguement : La mère était si ignorante, si étrangère aux questions de méthode, et elle n'avait pas, comme moi, le certificat d'aptitude ! Sa succession n'a donc rien d'effrayant.

Eh bien, en réalité, il n'y a rien de plus difficile. D'abord il faut beaucoup et bien savoir pour donner des détails sûrs et précis, non pas avec des termes scientifiques, mais en. langage exact et sérieux dans sa familiarité, sur le moindre fait qu'on prétend expliquer pour satisfaire la naïve curiosité d'un petit enfant.

Aussi, que de mots vides et incompris dans ces prétendues leçons de choses, quand ce ne sont pas des erreurs et des préjugés ! Là est surtout la cause grave de la faiblesse générale de ce genre d'exercices. On ne sait pas en réalité; on n'a jamais feuilleté le grand livre de la nature pour y apprendre à observer simplement des faits intéressants qui nous crèvent les yeux, comme on dit. Mais, grâce aux petits manuels des hommes, on s'est farci la mémoire de quelques définitions, | de quelques classifications, de quelques termes scientifiques qui semblent faire bon effet.

lin second défaut, non moins grave au fond et qui nous préoccupe surtout dans cet article, c'est le manque de programme, l'absence de direction.

Dans nos écoles pourvues d'une organisation pédagogique, un programme largement tracé règle mois par mois, avec beaucoup de sûreté, pour chaque matière d'enseignement, les principales questions à traiter. C'est un guide et un stimulant pour tout le monde, sans être une gène autrement que pour la paresse, le caprice, l'imprévoyance. Aucune partie des cours n'est ainsi négligée, et m tigré les fréquents déménagements, les élèves ont la possibilité de trouver partout au

point convenable les leçons suivies dont ils on besoin.

Rien de pareil n'est encore établi dans l'asile, où cette organisation rendrait des services analogues. Depuis le mois d'octobre 18'f), nous l'avons introduite à titre d'essai dans deux salles d'asile du 15e arrondissement de Paris, dont les directrices, parleur intelligent dévouement, nous offraient toute garantie.

Rattacher la leçon de choses, le dessin, la leçon morale, les jeux et les chants, de manière que l'unité d'impression de ces diverses formes d'enseignement laisse une trace plus durable dans l'esprit et le cœur des enfants;

Régler enfin l'ordre des leçons par l'ordre même des saisons, afin que la nature nous fournisse les objets de ces leçons et que l'enfant contacte ainsi l'habitude d'observer, de comparer et déjuger;

Telle est la double idée générale de ce nouveau programme, qui n'a d'autre prétention que d'indiquer à grands traits une direction naturelle et de donner quelques indications pratiques pour la suivre.

Il est divisé mois par mois, réduit à des plans sommaires, où des mots rangés autour d'un mot principal sont autant de sujets pour des leçons d'ensemble et de détail ; pour les dessins, ont fera bien de se servir d'abord de ceux qu'a employés M. Pellissier, dans la Gymnastique de Vesprit. Il ne faut pas s'attacher à l'exécution des détails, avant que l'élève ait bien compris l'ensemble et les principales divisions de l'objet. Nous donnons aussi, à titre d'exemple, une ou deux strophes plusspécialementrelativisau sujet traité, avec l'indication de la source. Les paroles doivent être lues, expliquées rapidement, comme vérification de la leçon, et chantées ensuite.

Enfin, quant aux histoires morales, que notre personnel ne sera pas embarrassé de trouver ou d imaginer, nous nous bornons à quelques recommandations : qu'elles soient courtes, abondantes en détails bien choisis, vives et animées ; que lespersonnages y parlent etque la maiiresse ne les interrompe pas par d'ennuyeux et inutiles sermons.

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