‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 408 sur 534 · COMÉDIE · texte numérisé non relu

COMÉDIE

Corneille. — Le Menteur (1643). — Au début de la comédie classique nous trouvons Corneille, comme nous l'avons trouvé au début de la tragédie.

Le Menteur, qui parut dans l'hiver de 1643 à 1044, entre Pompée et Hodogune, est tiré d'une pièce espagnole d'Alarcon, la Verdad snspechosa. Du hâbleur castillan Corneille n'a pas fait, comme on eût pu le croire, un hâbleur gascon. Son Dorante est, suivant le terme encore d'usage au xvne siècle, un écolier, que son père a envoyé de Paris à Poitiers pour étudier le droit, et qui en revient très jeune, très novice, honnête au fond. Entrant dans un monde nouveau pour lui, et où il aspire à faire figure, il ment, il ment avec ce terrible aplomb qui sert souvent à déguiser la timidité et la gaucherie, il ment par vanité, il ment par embarras, il ment par nécessité, une première bourde ayant besoin d'être soutenue par une autre ; mais on sent bi>-n qu'il n'y a en lui ni corruption ni hypocrisie, et qu'après la rude leçon que Géronte lui a infligée, et aussi à l'école plus douce de Lucn ce, il se corrigera d'un simple travers de jeunesse et de circonstance.

Ce n'est donc pas un < aractère d'une grande profondeur que celui de Dorante; la pièce n'en ! saute par les fenêtres, le chien criminel et les est pas moins gaie et agréable. Les inven- larmes de sa famille; » tout le reste lui appartient tions de Dorante, celle du concert sur l'eau Ce rcs^ n'est, d'ailleurs, qu'un badinage, dont le (acte I, scène v), celle du faux mariage de Poi- 1 côté le plus sérieux est la critique très forte et

citoyens eux-mêmes, réunis en une sorte de jury, et auxquels on donnait, pour remplir ces fonctions, une rémunération quotidienne de trois oboles. On devine quel moyen d'influence et aussi de corruption pouvait être entre les mains des démagogues cette sorte de sportule. Aussi ne s'en faisaientils pas faute, et en particulier Cléon, le grandadversaire d'Aristophane, celui qu'il avait, déjà attaqué dans plusieurs autres pièces. Sous le nom de Philocléon (ami de Cléon), Aristophane personnifie les juges mercenaires et asservis aux démagogues. Il fait de ce personnage une sorte d'imbécile, entêté de son métier, que son fils Bdélycléon (ennemi de Cléon, fait garder à vue par ses deux esclaves Sosias et Xanthias, et que les autres juges ses collègues, sous la figure de « guêpes » aux dards acérés, tentent de dérober à cette surveillance. Pour donner le change à la manie de Philocléon, Bdélycléon le détermine à se constituer en juge domestique, et il lui fait juger le procès du chien Labès, lequel a soustrait et mangé tout un fromage de Sicile (autre allusion politique au général Lâchés qui, dans l'expédition contre la Sicile, était accusé de s'être laissé corrompre à prix d'or). A la fin, Philocléon, peu soucieux de sa dignité déjuge, se livre à toutes sortes d'excentricités fort peu édifiantes ; le chœur des guêpes ne se montre pas beaucoup plus scrupuleux nue lui, et fait cause commune avec Bdélycléon et avec les ennemis des démagogues.

Il y a loin de là, comme on le voit, à Perrin Dandin et à Chicaneau ; Racine, comme il le dit lui-même, doit à Aristophane, dont les Guêpes ne sont certes pas la meilleure pièce, « le juge qui

très mordante de la manie de plaider, très répandue au xviic siècle, et aussi celle du personnel ordinaire des tribunaux d'alors, surtout des avocats et des juges.

Cette dernière partie de la satire est, à dessein sans doute, poussée jusqu'à la caricature ; Racine ne s'attaquant, bien entendu, ni à messieurs du parlement, ni aux autres gros bonnets de la haute magistrature. En se limitant à ce point de vue, et à la condition de n'y pas vouloir trouver autre chose que ce que Racine lui-même avait voulu mettre dans une pièce destinée d'abord aux farceurs de Scaramouche et du théâtre des Italiens,

De };râce, dites-moi si vous allez mentir.

tiers (acte II, scène v), etc., sont plaisamment imaginées. Plus plaisantes encore les scènes entre Dorante et son valet Cliton, à qui il fait la théorie de ses « menteries » et en explique le pourquoi :

0 le beau compliment à charmer une clame. De lui (lire d'abord : « J'apporte à vos beautés

u Un cœur nouveau venu des universités »

(Acte I, scène vi.)

A la fin, le valet en vient à un tel point d'incrédulité à l'endroit des paroles de son maître, que, ne sachant plus distinguer' le vrai du faux, il

lui demande de le mettre au fait (acte III, scène v), | les Plaideurs justifient l'honneur qu'on leur fait suivant l'occurrence : i de les considérer comme une pièce classique. La

scène du procès du chien (acte III, scène m) n'est qu'une spirituelle bouffonnerie; le juge Dandin,

La scène maîtresse est celle où Géronte, à qui l'Intimé et Petit-Jean ne sont que grotesques ; Dorante en a donné à garder tout aussi bien mais la comtesse de Pimbesche, dont le nom est qu'aux autres, l'interpelle sévèrement au nom de resté dans la langue pour désigner une femme son autorité paternelle et le faitrougirde ses men- I impertinente et acariâtre, et le plaideur Chicaneau, songes (acte V, scène m) : on retrouve là, comme i sont, comme on dit aujourd'hui, des créations, et le remarque Voltaire, la même main qui peignit le des créations très vivantes, quoique très rapidevieil H<>race et don Dièguc : la dianité offensée ! ment et très légèrement esquissées. Il n'est pas de Géronte trouve des accents que rappelleront i jusqu'aux deux amoureux qui n'échappent, eux plus tard ceux de don Louis apostrophant don aussi, Léandre par la bonne mine de sa jeunesse, Juan dans la pièce de Molière (acte IV, scène vi), Isabelle par son ingénuité malicieuse, aux types et qui ont, d'ailleurs, près de celui qui en est j convenus de la comédie. Indirectement et en pasl'objet, meilleur succès. sant, cette dernière donne à son temps, en la per-

Kaelne. — Les Plaideurs (1C68). — C'est une co- I sonne du vieuxjuge, une leçon d'humanité. Quand

niedie,y grecque d'Aristophane, les Guêpes, qui Dandin, pour se rendre aimable, lui offre d'aller

a fourni à Racine la première idée des Plaideurs. : voir « donner la question » (acte III, scène iv),

Mais les deux pièces ne se ressemblent guère, i comme Thomas Diafoirus offrira, quatre ans plus

Comme dans presque toutes les comédies d'Aris- tard, à Angélique (dans le Malade imaginaire,

tophane, il faut voir dans les Guêpes une satire acte II, scène vi), d'assister, a pour se divertir, à la

et une satire directe de l'état politique de son dissection d'une femme» :

temps. Au nom du parti aristocratique, auquel il | „., . , ■ ,„„«•„;,. Aas m,ii,p.,rniiT»

. ., „ r,. ... . n ' „.n , He ! monsieur, peut-on voir sourlrir des niauicuicux .

appartenait, il y flagelle 1 institution, en effet, ul- v

tra-démocratique, des juges d'Athènes, lesquels, ! répond Isabelle.

«aufceuxde l'Aréopage, n'étaient autres que les i Du juge Dandin, des Plaideurs, on pourrait

rapprocher le juge Bridoison, du Mariage de Figaro, et se Bouvenir que c'est dans la bouche de ce dernier, en qui s'encarne si brutalement tout

ce que pouvaient avoir d'insuffisant les magistrats de l'ancien régime, que Beaumarchais a voulu mettre son fameux couplet:

Tout finit par des chansons,

et cela à cinq ans de la dévolution. Ce rapprochement pourrait donner aux critiques de Bacine une porté'" que Bacine, d'ailleurs, tout le premier, ne leur supposait certainement pas.

««lier»'. — Malgré le Menteur et les Plaideurs, il faut d'abord constater hautement que le seul créateur de la grande comédie en France, c'est Molière. Nous renvoyons à l'article Molière de ce Dictionnaire pour la biographie du poète et aussi pour un jugement général sur son œuvre. Nos analyses porteront, d'une part, sur les pièces où, en dehors de celles qui sont consacrées à l'exposition ou à la défense de son propre système dramatique, Molière a introduit quelque question littéraire, les Précieuses ridicules, le Bourgeois gentilhomme et un chef-d'œuvre : les Femmes savantes; et ensuite sur ses autres grands chefs-d'œuvre : le Misanthrope, If Tartufe et l'Avare.

Les Précieuses ridicules 1659). — Quand Molière donna les Précieuses ridicules, il avait trentesept ans ; il arrivait à Paris, où sa place, comme auteur et comme acteur, allait désormais être marquée; cette première attaque contre les travers littéraires de son temps fut pour lui un coup de maître. 11 faut, pour en comprendre la portée, se replacer d'imagination dans le milieu même où Molière vivait. Les pédants et les pédantes d'esprit ne sont guère de notre époque, tourmentée d'autres vanités ; la pédanterie, le goût du raffinement, de la subtilité, de l'affectation quintessenciée dans les manières et dans la langue fut, au contraire, un des travers du xvne siècle, qui le prit à l'Espagne et à l'Italie, dans les romans à la mode, dans l'esprit même de sa société volontiers disposée au romanesque et à l'extraordinaire, jusqu'à ce que Louis XIV lui eut imposé, avec une politesse plus sûre, une moyenne incontestablement moins originale d'idées et de sentiments. Les « précieuses » ont été, à l'origine, des femmes de la plus haute condition, qui se livraient au plaisir du bel esprit, et se piquaient en toutes choses de bon goût et de délicatesse. Telle fut la célèbre société de l'Hôtel de Rambouillet, où le nom même de précieuses commença à se produire. Ce n'est point à celles-là que s'en prend Molière ; il a soin de le dire dans sa préface, distinguant, comme il le fera plus tard pour les vrais et les faux dévots, ce qu'il appelle a les vraies précieuses » de celles « qui les imitent mal ». Et, en effet, depuis longtemps déjà, au moment où Molière écrivait, il s'était formé, à côté de l'hôtel de Rambouillet un peu délaissé et qui se ferma en 1665, d'autres cercles bien plus mêlés, où l'ingéniosité déjà dangereuse des « belles compagnies » finissait par en arriver à ce jargon incompréhensible dont Molière s'est si bien moqué. De Paris la « préciosité » gagnait les provinces, d'où il fait venir Cathos et Madelon, et s'il est vrai, comme on l'a dit, que ceux mêmes qui poussaient à ces excentricités aient été ramenés par les Précieuses ridicules à la discrétion et à la mesure, ce serait, sur ce point, un véritable service que Molière aurait rendu au bon sens français.

Il est certain que, pour nous, qui ne péchons plus par les mêmes défauts, la pièce a un peu vieilli, et pourtant quelle puissance de vie et quelle verve saine et joyeuse dans les facétieuses gasconnades de M. le marquis de Mascarille et de M- le vicomte de Jodelet! — « Te souvient-il, vi-

comte, de cette demi-lune que nous emportâmes sur les ennemis au siège d'Arras? — Que veux tu dire avec ta demi-lune? ("était bien une lune tout entière. » 'Scène xu.) Et comme ces - : ques provinciales », « ambigu de précieuse et decoquette », gobent bien l'hameçon, et qu'on est ais'- de les voir bafouer, elles et toutes les sottises qui leur ont tourné la tête! « Allez vous cacher, vilaines; allez vous cacher pour jamais. Et vous, qui êtes cause de leur folie, sottes billevesées, pernicieux amusements des esprits oisifs, romans, vers, chansons, sonnets et sonnettes, puissiez-vous être à tous les diables! » (Scène xix.)

Mais les Pré ieuses ridicttles ne sont, pour ainsi dire, que la préface des Femmes savantes.

Le Bourgeois gentilhomme ( | lu H. —Molière, dans le Bourgeois gentilhomme, tourne en ridicule un travers fort commun de son temps, et, sous des formes diverses, fort commun dans tous les temps, cet effet de la vanité qui porte les gens à vouloir paraître plus qu ils ne sont, à vouloir sortir de leur condition et de leur état naturel.

La Fontaine (dans sa fable de la Grenouille gui veut se faire aussi grosse que le Bœuf) le disait presque au même moment que Molière :

Tout bourgeois veut Lâtir comme les grands seigneurs, Tout petit prince a des ambassadeurs, Tout marquis veut avoir des pages.

M. Jourdain a de quoi bâtir comme un grand seigneur; mais cela ne lui suffit point; il voudrait être grand seigneur lui-même; ne le pouvant à une époque où la noblesse est encore une caste, il s'en donne du moins toutes les apparences, et la pièce n'est que le développement de toutes les folies qu'il imagine pour en venir là. On a voulu voir dans cette donnée une sorte de méconnaissance des légitimes aspirations de ce tiers-état, qui constituait, à tout prendre, la plus saine partie de la nation, même au xvne siècle, et dont l'honnêteté éclairée et les efforts persévérants, d'où devait sortir, au siècle suivant, la révolution de 17*9, ne méritaient pas, dit-on, d'être- # ainsi ridiculisés. C'est une singulière prétention que d'exiger que Molière ait prévu les choses de si loin ; mais, d'autre part, si l'on veut chercher dans le Bourgeois gentilhomme une juste représentation du tiers-état, ce n'est point à M. Jourdain qu'il faut s'adresser, mais bien plutôt à l'honnête Cléonte ou à Mme Jourdain elle-même, le vrai type, aujourd hui perdu ou à peu près, de l'ancienne marchande de la rue Saint- Denis, et dont le ferme bon sens se défend si bien contre toutes les tentations où M. Jourdain succombe. (Voir sa réponse à M.Jourdain au sujet du mariage de sa fille, acte III, scène xn.) Notons,, d'ailleurs, que si les ridicules de M. Jourdain devaient être portés au compte de la bourgeoisie, dont Molière sortait comme lui. il faudrait voir dans le honteux personnage de Dorante, et dans le personnage plus effacé, mais quelque peu équivoque,, de Dorimène, une bien autre satire do la noblesse. Elle n'a certes pas le plus beau rôle dans le Bourgeois gentilhomme, et la bourgeoise, Mmc Jourdain, ne se gène pas pour dire fort justement leur fait au grand seigneur et à la grande dame i « Je n'ai que faire de lunettes, monsieur, et je vois assez clair; il y a longtemps que je sens les choses, et je ne suis pas une bête. Cela est fort vilain à vous, pour un grand seigneur, de prêter la main, comme vous faites, aux sottises de mon mari. Et vous, madame, pour une grande dame, cela n'est ni beau ni honnête à vous de mettre la dissension dans un ménage, et de souffrir que mon mari soit amoureux de vous... »

En définitive, M. Jourdain est un sot glorieux, et sa sottise n'atteint que lui. Il n'a, dans cette

sottise, qu'un seul point par lequel il puisse quelque peu nous intéresser, le sentiment de son ignorance. « Que voulez-vous apprendre? lui dit son maître de philosophie (acte II, scène vi). — Tout ce que je pourrai; car j'ai toutes les envies du monde d'être savant, et j'enrage que mon père et ma mère ne m'aient pas l'ait bien étudier dans toutes les sciences quand j'étais jeune. — Ce sentiment est raisonnable; nam, sine doctrina, vïtn est quasi morlis imago. Vous entendez cela, et vous savez le latin sans doute? — Oui; mais faites comme si je ne le savais pas ; expliquez-moi ce que cela veut dire. — Cela veut dire que, sans la science, la vie est presque une image de la mort. — Ce latin-là a raison. » Certainement, il a raison, et il faut savoir gré au pauvre homme de le comprendre. Il y revient encore un peu plus loin, et d'une manière presque touchante dans sa bonne foi naïve, en présence de sa femme et de sa servante Nicole acte III, scène ni) : « N'irezvous point, lui dit Mme Jourdain, l'un de ces jours au collège vous faire donner le fouet, à votre âçrp ? Pourquoi non? Plût à Dieu l'avoir tout à l'heure le fouet, devant tout le monde, et savoir ce qu'on apprend au collège ! » Et c'est à la suite de ce mot que, pour preuve du savoir qu'il a déjà acquis, il leur fait sa fameuse leçon sur la prose et les vers et sur la manière de prononcer U.

C'est vraiment dommage qu'il soit si sot. 11 l'est jusqu'à se prêter, pour dénouer la pièce, à la plus invraisemblable, mais à la plus désopilante bouffonnerie que jamais .Molière ait imaginée, et dont on trouverait à peine le pendant dans quelque folle imagination de Rabelais ou d'Aristophane. Reproche qui vaudra à Molière d'avoir fini par Tabarin ce qui commençait par Térence; les deux siècles qu'a fait rire M.Jourdain déguisé en ma mamouchi, et ceux qu'il fera rire encore, l'absoudront toujours d'avoir dérogé, à de si joyeuses conditions.

Les Femmes savantes (16".2X. — Molière, dans les Femmes savantes, qui sont tout entières de sa grande manière, reprend la thèse des Précieus< s ridicules contre la pédanterie des femmes, mais en la complétant et en l'élargissant. Les Précieuses ridicules ne sont « ridicules ■> que de manières et de langage; c'est à l'abus même du savoir, c'est au faux savoir, au savoir vaniteux que Molière s'en prend ici. Et il ne l'attaque pas seulement dans les Philaminte, les Armande et les Délise, il l'attaque aussi dans les méchants auteurs, les Trissotin et les Vadius, qui pullulaient au xvne siècle, comme ils pullulent dans tous les temps ; qui n'étaient pas toujours, quoi que nous en puissions juger aujourd'hui, ni les moins renommés, ni les moins en faveur, ni les moins bien rentes, et dont il avait plus d'une fois rencontré sur sa route la sourde opposition ou l'inimitié haineuse.

A côié de ces caractères de pédants, principalement à côté de ceux des a femmes savantes », Molière en a placé d'autres qui servent à les mettre en relief, soit qu'ils représentent un excès contraire, soit qu'ils idéalisent la mesure et le sage tempérament que le poète veut faire prévaloir. C'est ainsi que Philaminte, qui ne se pique pas moins de mener son ménage que de s'enxendre en belle littérature, a pour mari le boniiomme Chrysale, avocat très hardi, quand il parle à sa sœur, de la simplicité du vieux temps, et contempteur décidé des nouveautés susceptibles de tourner au détriment de la « guenille qui lui est chère » :

Je vis de bonne soupe, et non de beau langage.

Yaugelas n'apprend point à bien faire un potage ;

Et .Malherbe et Balzac, si savants en beaux mots,

En cuisine peut-être auraient été des sots.

C'est dans le même esprit que la philosophe et revêche Armande a, pour ainsi dire, comme contre-partie sa plus jeune sœur Henriette, dis-

crète, réservée, qui ne sait pas le grec, surtout quand il s'agit de se dérober à un Vadius, et dont toute la grâce charmante n'est qu'une sorte de fine fleur de bon sens et de raison. C'est la vraie héroïne des Femmes savnjifxs. Spirituelle, mordante au besoin à l'égard d'Armande qui la dédaigne tout en la jalousant, et du triste Trissotin à qui on la destine malgré elle, elle est capable en même temps de toutes les délicatesses du cœur. Elle dit à son père, par exemple, dont elle ne connaît que trop la faiblesse :

Soyez ferme à vouloir ce que vous souhaitez, Et ne vous laissez point séduire => vos bontés.

(Acte V, scène n).

En présence de la fausse nouvelle qui dévoile si heureusement, au dénouement, l'âme de Trissotin et celle de Clitandre, la raison d'Henriette, qui lui fait voir, malgré sa jeunesse, la nécessité de se garder contre les difficultés de la vie, l'élève, comme naturellement, à la générosité (acte V, scène v) :

Je sais le peu de bien que vous avez, Clitandre, Et je vous ai toujours souhaité pour époux, Lorsqu en satisfaisant à mes vœux les plus doux, J ai vu que mon hymen ajustait vos affaires; Mais lorsque nous avons des destins si contraires Je vous chéris assez, dans cette extrémité, Pour ne vous charger point de notre adversité.

Et elle ajoute, quand Clitandre se récrie au nom de l'affection qu'il a pour elle:

L'amour, dans son transport, parle toujours ainsi. Des retours importuns évitons le souci.

Rien n'use tant l'ardeur de ce nœud qui nous lie Que les fâcheux besoins des choses de la vie...

La vraie philosophe, c'est ici celle qui se pique le moins de l'être.

Les Femmes savantes agitent, comme on le voit, la question si importante de l'instruction qui convient aux femmes. Est-ce à Chrysale qu'il faut demander sur ce point le sentiment véritable de Molière? faut-il croire que ce juste esprit veuille, comme le bonhomme,

Que la capacité de leur esprit se haus?e

A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse?

Il y a plutôt lieu de penser que, de concert avec Clitandre (acte I, scène m), les femmes docteurs n'étaient point de son goût, — il n'eût pas fait sans cela sa pièce, — mais qu'aussi c'est luimême qui parle lorsqu'il fait dire à son personnage:

Je consens qu'une femme ait des clartés de tout ;

ilais je ne lui veux point la passion choquante

De se rendre savante afin d'être savante;

Et j'aime que souvent, aux questions qu'on fait,

Elle sache ignorer les choses qu'elle sait;

De son élude entin je veux qu'elle se cache.

Et qu'i Ile ait du savoir sans vouloir qu'on !e sache,

Sans citer les auteurs, sans dire de grands mots

Et clouer de l'esprit à ses moindres propos.

C'est là ce que Fénelon exprimait aussi de son côté en disant qu'il doit y avoir pour les femmes « une pudeur sur la science, presque aussi délicate que celle qu'inspire l'horreur du vice. » Education des fille*, chapitre vu.) Cette modestie est de tous les temps, et elle n'exclut dans aucun, et particulièrement dans le nôtre, la culture nécessaire à une- intelligence qui n'est point inférieure à celle de l'homme, et qui a besoin, elle aussi.de s'élever, par la connaissance du vrai, à l'exacte conscience de ses droits et de ses devoirs. Inutile d'ajouter que notre rapide analyse n'a même pu mentionner, dans les Femmes savantes, les scènes qui sont populaires, comme celle où i'bilaminte renvoie sa servante Martine (acte II, scène vi), qui a insulté son oreille

Par l'impropriété d'un mot sauvage et bas Qu'en termes décisifs condamne Yaugelas,

et comme aussi celles qui remplissent le troisième acte, où Trissotin récite ses vers et où il se dispute avec Va d i us.

Le Misanthrope (1C66). — On a dit bien souvent que le Misanthrope est, dans le théâtre de Molière, comme Britannicus d. ns le théâtre de Racine, la pièce des connaisseurs. C'est dans tous les cas celle dont la structure est assurément la plus étonnante. Molièie a trouvé le moyen de s'y passer d'action, (/est une pièce où, suivant l'expression de M. Nisard, « l'on n'agit qu'en parlant ». Elle est toute dans les caractères, on pourrai t presque dire dans un seul caractère, celui d'Alceste le misanthrope.

Ce titre même de misanthrope est une sorte d'énigme. La misanthropie, c'est la haine des hommes, et il semblerait bien que ce sentiment de sceptique ou de désespéré ne peut servir de sujet à une comédie. Molière a pensé le contraire pourtant : c'est que son Alceste n'est pas misanthrope de la façon qu'on pourrait le croire. Il est jeune, riche, quoiqu'une part de son bien soit engagée dans un procès; il est de haute condition ; trois jeunes femmes ne sont point insensibles aux soins qu'il leur rend ou qu'il pourrait leur rendre : il n'y a rien dans tout cela qui puisse pousser un homme à détester ses semblables. Pourquoi donc les déteste-t-il '! Pour un très noble motif, comme il s'en explique avec son ami Philinte (acte I, scène i). Il hait tous les hommes,

Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants, Et les autres, pour être aux méchants complaisants, Et n'avoir pas pour eux ces haines v:g>>ureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.

Alceste est donc misanthrope par vertu ou par amour de la vertu. Mais, s'il en est ainsi, et que Molière lasse rire d'Alceste, il aura donc fait rire d'un homme vertueux et tourné la vertu en ridicule ? C'est ce que lui ont reproché des critiques qui n'étaient pas les premiers venus, Jean-Jacques Rousseau, par exemple, dans sa Lettre sur les spectacles. On a dit que Molière ne se connaissait pas en vertu ; que, par amour exagéré de la mesure et des convenances, il avait sacrifié le vrai sage, Alceste, au sage suivant le monde, Philinte, lequel n'est au fond qu'un égoïste :« Ce Philinte est le sage de la pièce, dit Jean-Jacques Rousseau, un de ces honnêtes gens du grand monde dont les maximes ressemblent beaucoup à celles des fripons ; de ces gens si doux, si modérés, qui trouvent toujours que tout va bien, parce qu'ils ont intérêt que rien n'aille mieux; qui sont toujours contents de tout le monde, parce qu'ils ne se soucient de personne; qui, autour d'une bonne table, soutiennent qu'il n'est pas vrai que le peupie ait faim ; qui, le gousset bien garni, trouvent fort mauvais qu'on déclame en L.veur despauvres; (jui, de leur maison bien fermée, verraient voler, piller, égorger, massacrer tout le genre humain sans se plaindre, attendu que Dieu les a doués d'une douceur très méritoire à supporter les malheurs d'autrui. » Ce portrait est de main de maître, mais est-ce bien celui de Philinte ?I1 est bien vrai qu'en théorie au moins il se montre cent fois plus véritablement misanthrope qu'Alceste, lui dont l'esprit n'est pas plus offensé

De voir un homme Fourbe, injuste, intéressé, Que de voir dei rautoun affamée de carnage,

Des singes malfaisants, et des loupi pi' in^ de rage.

Il est vrai encore qu'au dénouement il profite de l'erreur d'AIcstc qui n'a pas su roc mnattre

l'affectl l'Eliante, Mais, s'il ('tait h; triste per-

'.• que représente Rousseau, il ne sérail pas l'ami d'Alceste; comme tel du moins, et c'est le seul rAle que lui donne Molière, il n'a rien a se reprocher; d'un bout à l'autre de la pièco, il ne cesse de témoigner à Alceste son estime et sa

sympathie, et son caractère se relève par là. La vérité est que ni Philinte ni Alceste lui-même ne sont pour Molière des types de vertu absolue. Ce serait, n'est-il pas vrai? se faire une singulière idée de la vertu que de supposer qu'elle doive rendre insociables ceux qui en font profession. Alceste est jeune et enthousiaste; il a l'âme droite et le cœur haut ; s'il hait les hommes, ce n'est pas qu'il les méprise à la façon de Philinte, exagéré dans son sens comme Alceste l'est dans le sien. Mais enfin il y a bien un peu d'orgueil dans cette sévérité qui ne fait exception de personne et qui n'a point elle-même donné ses preuves. Or, c'est sur cet orgueil que Molière appelle le sourire, en le mettant aux prises avec des situations qui en compromettront l'intégrité, en lui imposant, qui pis est, l'humiliation d'une passion qu'il n'a pas su vaincre et qui est indigne de lui.

Vous croyez être donc aimé d'elle ? — Oui, parbleu ! Je ne l'aimerais pas si je ne croyais l'être.

C'est là une pure illusion ; il l'aimera quand même, et bien malavisé celui qui pourrait lui en vouloir; il en sera d'ailleurs assez cruellement puni. Mais, encore une fois, ce n'est certainement pas un acte de vertu, ce n'est pas même, comme le lui fait observer Philinte. un acte de bon sens que de s'éprendre d'une Célimène. Remarquons encore que jamais — et c'est là le grand art de Molière — Alceste n'est ridicule dans le véritable sens du mot. Là même où il nous fait rire, nous sommes pour lui, nous voudrions faire comme lui.

Dans la fameuse scène du sonnet (acte I. scène it), qui ne donne raison à son bon goût et. en fin de compte, à sa franchise? Ce qui nous fait rire, c'est que nous sentons qu'il est pris, en présence de son ami Philinte, entre la rigueur absolue des principes qu'il s'est faits et ses sentiments instinctifs d'homme du monde, dont il lui coûte de se départir ; et c'est ce qui rend si amusants ses Je ne dis pas cela, qui sont comme autant de biais qu'il fait prendre d'abord à sa conscience, jusqu'à ce qu'elle éclate dans un cri final, qui lui vaudra peut-être un bon coup d'épée. Nous sommes encore avec lui dans la scène non moins fameuse des portraits (acte II, scène vj, malgré ce qu'il peut y avoir de vrai dans la remarque de Philinte :

Mais pourquoi pour ces gens un intérêt si grand ? Vous qui condamneriez ce qu'en eux on reprend ;

de vrai aussi dans les railleries si incisives de Célimène :

Eh ! ne faut-il pas bien que monsieur contredise? A la commune voix veut-on qu'il se réduise, Et qu'il ne fasse pas éclater en tous lieux L'esprit contrariant qu'il a reçu des cieux ?

Mais sa rude franchise, qui nous est si sympathi • que, n'en a pas moins ses côtés risibles; lorsque poussé à bout, il s'écrie :

Par la sambleu, messieurs, je ne croyais pas être si plaisaut que je suis,

il ne se doute pas, en effet, qu'il est plaisant, et c'e^t ce qui fait l'originalité du caractère que lui a prêté Molière.

Au cinquième acte toutefois, quand Alceste reste seul en face de Célimène humiliée et abandonnée, la comédie, quoi qu'ait fait Molière, est bien près de tourner au drame. Alceste aime en* COre Célimène, et une dernière fois il lui offre son cœur, si elle consent à être à lui et à renoncer pour lui à tout le reste du monde. Heureusement pmir Alceste, elle ne sait pas se mettre à la hauteur de cet honnête homme :

t.i solilu le i [Traie une ■une de vingt ans,

.le n. s. ai point la mienne a>siv grande, assez forte,

Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte.,.

Et elle s'enfuit, laissant Alceste le cœur déchiré et les spectaU-urs bien portés à répandre avec lui de vraies larmes. Il faut qu'une dernière boutade du misanthrope les ramène au ton de la comédie :

Trahi de toutes parts, accablé d'injustices,

Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices,

Et chercher sur la terre uu endroit écarté

Où d être homme d'honneur on ait la liberté.

Qu'il y aille quant à présent, c'est possible, mais il n'y restera pas longtemps; il n'y a pas dans ce cœur si j*'unc l'étoffe d'un anachorète. Il reviendra dans le monde, auquel il ne rend pas assez pleine justice, et il s'y mêlera certainement à tout ce qu'il contient de meilleur. Il tâchera surtout d'y éviter désormais le voisinage des Célimène, et de ne pas laisser passer près de lui les Eliante ou les Henriette sans les voir et les apprécier. Que si cela ne lui arrive pas, que si, de plus, comme cela n'est que trop probable, il se trouve encore en contact forcé avec des personnages mesquins ou vaniteux et plus égoïstes que Philinte, il en souffrira sans doute, mais, par l'apaisement qu'amène le temps, par le souvenir des maux endurés et l'expérience acquise, il parviendra enfin à la vertu qui lui manque le plus, à cette suprême vertu sociale et humaine de la bienveillance, car les âmes nobles ne s'aigrissent point : il sera alors complètement vertueux, et il ne sera plus « le misanthrope ».

Il y aurait encore à relever, dans la pièce de Molière, bien des détails intéressants; à lui seul, par exemple, le caractère de Célimène mériterait toute une étude ; bornons-nous à indiquer, avec la scène des portraits dont nous avons déjà parlé, celle où Molière met en présence Arsinoé et Célimène, la prude et la coquotte, pour la plus grande ■édification des spectateurs.

Le Tartufe (16*4-1607). — Le Tartufe (ou le Tartuffe, suivant l'orthographe des premières éditions) est la plus célèbre pièce de Molière ; c'est aussi ceile qui, quand on l'a lue, demande le moins d'explications. Sauf pc-ut-êtrs une scène, charmante d'ailleurs, de dépit amoureux (acte II, scène iv), comme il s'en trouve plusieurs dans le théâtre de Molière, l'action est vive et pressée ; les situations sont d'une admirable clarté, et il y en a de très hardies ; il en est de même des caractères ; tous ces personnages, à quelque degré qu'ils appartiennent au drame, Damis, Dorine, madame Pernelle, vivent, comme on dit, d une vie intense ; il n'est pas jusqu'à M. Loyal, l'exempt qui « exécute » pour M. Tartufe, dont la physionomie doucereuse ne s'élève, en quelques coups de crayon, à la hauteur d'un type personnel. C'est, naturellement, Tartufe qui domine tout le reste; le nom même de ce faux dévot est resté dans la langue pour désigner la forme la plus basse et la plus odieuse de l'hypocrisie ; depuis le moment, si bien préparé, de son entrée en scène, jusqu'à son châtiment final, il n'y a pas un de ses mots et un de ses actes qui ne portent et ne concourent à l'effet du plus habile rôle comique qui ait jamais été mis à la scène. On a accusé Molière d'avoir voulu, dans sa personne, faire le procès à la vraie piété; il faudrait pour cela qu'elle se distinguât bien peu de l'autre, et c'est ce que n'ont pas assez vu peut-être les détracteurs quand même de la pièce. Si, dans certaines scènes du Don Juan, on a pu lui prêter sur ce point quelques intentions douteuses, ici du moins sa pensée est parfaitement visible, et il n'est point besoin, pour le disculper, d'avoir recours h la fameuse tirade de Cléante (acte I, scène v) :

Il est de faux dévots ainsi que de faux braves.

Orgon, après Tartufe, est le personnage le plus en relief; lui-même, sans le vouloir, est déjà plus d'à moitié « tartufe »; encore un peu, et on en

viendrait bien vite à ne plus pouvoir plaindre celui « qui verrait mourir frère, enfants, mère et femme, qu'il s'en soucierait « autant que de cela » (acte I, scène vi). Le mot que, suivant un procédé familier à Molière, il oppose, en y insistant, à l'indifférence taquine de sa servante: « Et Tartufe ? » (acte I, scène iv) est aussi populaire que le « Je ne dis pas cela » du Misanthrope et le « Sans dot » de ['Avare.

Elmire, pour une honnête femme, a un rôle difficile (acte IV, scène v), la trahison, comme nous l'avons dit à propos àAthalie, étant toujours odieuse, même avec Tartufe pour objet ; mais Molière a su lui donner tout ce que sa situation pouvait comporter de palliatif en nous rendant témoin de l'effort qu'elle lui coûte et en nous ôtant d'ailleurs pour l'hypocrite toute possibilité de commisération.

On a encore remarqué que le dénouement du Tartufe n'est pas un vrai dénouement; c'était ou moins le seul possible pour que la comédie restât comédie, et surtout, à l'époque où Molière la donna, pour qu'elle pût paraître sur le théâtre.

L'Avare (16G>). — « H y a des gens, dit La Bruyère, qui sont mal couchés, mal habillés et plus mal nourris; qui essuient les rigueurs des saisons, qui se privent eux-mêmes do la société des hommes, et passent leurs jours dans la solitude; qui souffrent du présent, du passé et de l'avenir; dont la vie est comme une pénitence continuelle, et qui ont ainsi trouvé le secret d'aller à leur perte par le chemin le plus pénible : ce sont les avares. » C'est assez dire que l'avarice est une passion triste, se prêtant bien plutôt aux sombres développements d'un roman comme l'tlug nie Grandet de notre Balzac, ou d'un drame comme le Marchand de Venise de Shakespeare, qu'aux gaîtés traditionnelles de la comédi". Molière s'y est pourtant risqué. Il a demandé au théâtre des Latins, à Y Aululnria de Plaute (aulularia, petite marmite; c'est en effet dans une marmite que l'avare de Plaute cache son trésor) le type d'un avare burlesque, le cadre de sa comédie, quelques propos de valets, l'idée de plusieurs situations plaisantes, et il s'est approprié le tout, en changeant d'ailleurs complètement la fable, et en substituant au gros sel romain la fine fleur des saillies gauloises.

Il n'est peut-être pas, dans tout son répertoire, de pièce où il ait imaginé, pour servir, soit d'accompagnement, soit, comme on dit, de repoussoir, à son personnage d'Harpagon, plus de situations amusantes, plus de types faits pour le rire, plus de finesse et plus de bons mots. Les scènes, par exemple, entre Harpagon et La Flècho (acte I, scène m), entre Harpagon et maître Jacques (acte III, scène v), celle où La Flèche présente à Cléante le détail des singuliers « rogato:.s » que son prêteur l'oblige à prendre en sus de l'argent comptant (acte II, scène i), celle encore où Frosine,la« femme d'intrigue », use vainement detonte son éloquence pour tirer quelques sous du « chien de vilain » qui reste ferme à toutes ses attaques (acte II, scène vi), sont des plus vives et des plus charmantes. Harpagon est lui-même, qu'on nous passe le mot, bien drôle, avec son fameux « sans dot » (acte l, scène vu), qui répond à tout, et dans le non moins fameux monologue (acte IV, scène vu), où il veut faire pendre tout le monde, quitte, s'il ne retrouve pas son argent, à se pendre luimême après , et il serait difficile de rien trouver de plus amusant que le singulier quiproquo des « beaux yeux de sa cassette » (acte V, scène in). Mais, quoi qu'ait fait Molière, il reste dans sa donnée un fond de tristesse, tenant à la nature même de la passion qui est en jeu, et que tout *on art n'a pu surmonter. On peine à voir Harpagon et Cléante se jetant l'un à l'autre des sarcasmes, qu'ils ne méritent que trop, le père pour sa la-

Page 1