SUPPLÉMENT
ALLEMAGNE. (Littérature.) — Littératures étrangères, XVII-XVIII. — On peut diviser 1 histoire Je la littérature allemande en trois époques, de longueur et d'importance très inégales. La première embrasse les temps primitifs, jusque vers 1150 ; la seconde comprend le moyen âge et une partie des temps modernes jusqu'en 1624; la troisième s'étend de 1624 à nos jours. Ces deux dernières doivent se subdiviser en un certain nombre de périodes, qu'il est facile de limiter et de caractériser par leurs traits généraux.
I. Origines et temps primitifs. — La langue allemande se développe tardivement, ou plutôt n'arrive que très tard à. devenir une langue littéraire. Les auteurs qui font remonter ses premiers textes au iv« siècle, avec la traduction de la Bible par l'évêque Ulphilas, ou aux âges suivants, avec les poèmes ou chants à'Hildebrand, de Wulther ou Gauthier d'Aquitaine, de Beowulf , etc., s'attachent surtout à rechercher des monuments de la langue primitive, gothique plutôt qu'allemande, qui intéressent le philologue plus que le littérateur. On peut en dire autant des vestiges qui nous restent des vieilles épopées germaniques, remaniées plus tard, et de la poésie ecclésiastique (le poème de YHélinnd, ou du Sauveur, l'Harmonie des Evangiles, d'Otfried, le chant ou Cantique de Louis, celui de Saint- Annon, etc.). On a beau vouloir dater ies commencements de la langue allemande du Serment de Charles le Chauve, au ixe siècle : cette langue était encore informe et grossière, et il lui fallait plusieurs siècles de préparation pour pouvoir entrer enfin en ligne de compte. Or la poésie, après quelques velléités d'existence, sommeille complètement aux approches de l'an mille, et pendant les xe et xi° siècles, jnsque vers le milieu du xue : quant à la prose, elle n'existe pas en réalité, car on ne peut considérer comme œuvres littéraires quel-
ques travaux de moines, aussi dénués d intérêt que de correction ; le latin était encore la langue officielle et même familière des clercs, des hommes de loi, des savants de toute sorte.
II. Littérature du moyen âge. — }'eJE.R\°J^'- Floraison de cette littérature (de 1150 a 13UUJ. — Il v a d'abord une époque de préparation, relativement courte, pendant laquelle les princes et les grands, à la suite de l'empereur Frédéric I Barberousse et de la maison de Souabe, cherchent à imiter la poésie provençale et à faire passer en Allemagne le rythme et la matière même des troubadours. Derrière ce brillant état-major, dont les œuvres manquent de valeur réelle et d originalité, se presse bientôt une foule de poètes plus modestes, mais infiniment supérieurs, souvent anonymes ou cachés sous un nom d emprunt, que l'on désigne sous la dénomination générale de Minnesinqer ou chantres d'amour, et qui, à 1 imitation de leurs modèles provençaux, espagnols ou italiens, s'occupent surtout de célébrer les dames et la douce science d'aimer. Quelques-uns cependant s'attaquent à des sujets plus sérieux et reprennent, en les polissant ou les modifiant à leur manière, les vieilles légendes et les épopées populaires que l'âge précédent avait vu eclore dans a bouche'de rhapsodes inconnus, sous une forme encore rude et grossière. Tels sont es célèbres poèmes des Nibelungen, de Sigfried corne, de Laur in, delà Bataille de Ravewie (ou Rabenschatht), du Jardin des Roses, de Gudrun, de Rother, et des différents Dietrich. Les deux plus connus les plus populaires surtout, en Allemagne et même à l'étranger, sont les Nibelungen et Gu-
drLe Nibelungen-Lied ou chant des Nibelungen est une épopée grandiose, à laquelle un poète inconnu a donné une perfection relative dont nulle autre œuvre de cette période ne saurait ap-
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procher. Le fond du poème se rattache au mythe de Sigurd, légende Scandinave fort répandue clans tout le Nord dès les premiers siècles de notre ère, et aux traditions épiques réunies dans le Livre des Héros, recueil des légendes moitié païennes, moitié chrétiennes, qui furent mises en vers par des poètes, la plupart inconnus, du viue au xue siècle : l'histoire poétique d'Attila figure au premier rang parmi ces légendes, mais il s'agit, bien entendu, d'un Attila tout à fait embelli et dénaturé par l'imagination populaire. Ces traditions et ces chants se modifièrent et se transformèrent à travers les âges jusqu'au jour où un poète de talent s'en empara pour les coordonner, les réunir, et en faire une œuvre d'art véritable.
Le mot lui-même de Nibelungen, qui vient de Nebel, brouillard (Nifel, Niflung dans la vieille langue du Nord), désigne les possesseurs d'un trésor mystérieux, qui finissent par être victimes d'une implacable fatalité. Sur le mythe Scandinave de Sigurd, le vainqueur du dragon, vient se greffer l'histoire, passablement dénaturée, du massacre des Burgondes par les Huns au Ve siècle, et de la terrible lutte qui eut lieu, deux cents ans plus tard, entre les reines de Neustrie et d'Austrasie, Frédégonde et Brunehaut.
Le poème se compose de trente-neuf chants ou Aventures, et renferme de neuf à dix mille vers, assez semblables à nos alexandrins, divisés en strophes et pourvus de rimes finales et d'allitérations aux hémistiches. On donne quelquefois à cette épopée les noms de Ni^elungsn-Hort et de Nibelungen-Not : le premier désigne plutôt le trésor des Nibelungen ; le second s'applique uniquement à la dernière partie du poème, où sont racontés les malheurs des Bourguignons (de l'allemand Noth, calamité) et leur massacre à la cour d'Attila.
On a tour à tour attribué cette œuvre à Conrad de Wurzbourg, à Wolfram d'Eschenbach, à Henri d'Ofterdingen, au Hongrois Klingsohr, c'est-à-dire à des personnages plus ou moins problématiques. En désespoir de cause, quelques érudits ont voulu faire comme pour Homère et supposer que cette épopée était l'œuvre commune de plusieurs poètes inconnus. Si nous ne pouvons pas nommer l'autour des Nibelungen, nous avons du moins le droit d'affirmer que cet auteur a été un seul et unique poète. L'œuvre porte aussi sa date en elle-même : on ne saurait la regarder comme antérieure au xnc siècle, ni comme postérieure au xme.
L'épopée de Gudrun est également anonyme : c'est, à proprement parler, le poème de la mer ; la scène se passe presque toujours sur le littoral de la mer Baltique. On peut distinguer trois parties dans l'action : 1° l'enlèvement et le retour de Hagnn ; 2° l'enlèvement de sa fille Hilda par Hettel, roi de EBeg "lingen ; 3° l'enlèvement de la fille de ce dernier prime, Gudrun, par Hartmuth de Normandie, et sa délivrance par Elerwig de Sélande. C'est, comme les Nibelungen, dont la rédaction esl plus ancienne, un poème chrétien sur un fond de superstitions païennes, empruntées à la mythologie et à l'histoire de l'extrême Nord; : es mœun sauf presque exclusivement celles de l'âge héroïque et maritime. Les caractères y sont admirablement observés et décrits ; celai de Gudran, surtout, est d'une grande beauté. Le poème se cou, pose de trente d itu chants ou Aventures, et d'enwion si\ mille huit cents vers, divi-
i strophes el rythmés comme ceux dos Nibelungen. H ne resta pas aussi longtemps que son aine BU possession do la faveur publique; il se
perdit de bonne heure, dès le xm* siècle, el ne lot sauvé de l'oubli que sous l'empereur Maximilien [", qui en lit COpiet un manuscrit en 1502,
en même temps que de quelques autres monuments de la vieille littérature allemande.
On a comparé Gudrun h l'Odyssée, comme les Nibelungen à Y Iliade : ce qui manque aux deux épopées germaniques pour ressembler tout à fait aux poèmes d'Homère, c'est la langue et le style, qui sont encore informes et dans l'enfance, malgré le progrès réel accompli sous ce rapport dès le début de cette période.
Les Minnesingcr du xme siècle, bien plus brillants par la forme, élégants et instruits, poètes de profession autant ou plus que d'instinct, recherchent des sujets moins grandioses, plus romanesques et plus variés. C'est l'âge de l'épopée savante, dont la matière est empruntée, comme en France, au cycle de Charlemagne, à celui de Bretagne ou de la Table Ronde, et à celui d'Alexandre ou de l'antiquité classique. A ces divers cycles se rattachent presque tous les poèmes de Wolfram d'Eschenbach, dès la fin du xnc siècle, de Hartmann von der Aue, puis ceux de Conrad de Wurzbourg, etc. Dans tous les châteaux, aux fêtes princières, aux tournois poétiques, on applaudissait une foule d'épopées dont les titres sont encore populaires aujourd'hui en Allemagne : des poèmes de Roland, des Enfants d'Aymon, du Saint-Graal, de Tristan et Yseult, de Lxncelot, etc. On admirait même Y Alexandre de Lamprecht, l'Enéide de Weldeck, la Guerre de Tioie d'Herbort de Fritzlar, malgré le peu de mérite réel et d'originalité de ces compilations.
Les légendes sacrées inspiraient mieux les poètes, et plusieurs de ceux que nous venons de mentionner, comme Conrad de Wurzbourg, trouvaient des accents vraiment poétiques pour chanter la Sainte-Famille, la Vie de la Vierge Marie, ou même simplement les Litanies des Saints ; à cette catégorie appartiennent aussi les poèmes, souvent intéressants, d'Alexis, de Saint-Grégoire, de Barlaum, de Pilale, etc. D'autres poètes se contentaient de mettre en vers certains récits attrayants, presque toujours des contes chevaleresques, tels que le Pauvre Henri de Hartmann ; on y trouvait même parfois la note comique, comme dans le Curé Amis, dont l'auteur, désigné par le nom commun à' Arrangeur (Stricker), avait composé aussi un recueil de Fables et un poème de Roland.
Cette note comique domine dans tout un ordre de compositions devenu justement populaire sous la désignation de Légende des animaux, et qui roule exclusivement sur les aventures de maître Isemgrin (le loup), et du renard, appelé tour à tour Reinnrdus, HeinUari Fuchs, et lieinekc Vos : le grand Gœthe n'a pas déd.v—ié de reprendre un de ces poèmes, mais son Renard (Reineke Fuchs) ne parvient a reproduire ni la naïveté ni la malice de ses modèles. Le genre de la fable, cultivé avec succès par Boner et quelques autres, se rattache étroitement à ce cycle, et sert en même temps de transition avec la poésie didactique, qui produit à cette époque plusieurs œuvres remarquables, telles que la Modération, de Froidank, le Coureur (ou Rennen) de Hugo de Trimherg, un leilleurs poèmes du moyen ftgo, etc.
I.ii dehors de toutes ces compositions épiques ou didactiques, il y eut une brillante floraison do poésie lyrique, représentée, outre quelques-uns des auteurs quo nous venons do nommer, par l'élite des chevaliers-poètes ou minnesingcr : Kurnberg, Ditmar d'Bist, Spervogel, Ulrich von Lichtenstein, lo mystique Walther von der Vogelw.uir, Nlthart avec ses poésies villaget Henri Frauanlob (ainsi appelé pour ses louanges de> damée), et beaucoup d'autres. La légende l lini par se mettre, ici comme ailleurs, a la place de lliistoire, M l'on a inventé des poètes fabuleux Comme Henri d'Ofterdingen et Klingsohr, qui se se-
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raient rencontres, vers 120G, au tournoi poétique de la Wartbourg, à la cour du comte Hermann de Thuringe : ce tournoi fait l'objet d'un poème célèbre qui nous a été conservé, mais qui ne remonte guère qu'au xive siècle.
Durant cette période, la prose vraiment littéraire n'existe pas plus que dans la précédente : dans les sermons, ceux par exemple du moine franciscain Berthold, prédicateur ambulant et populaire, elle ressemble encore trop à la poésie, dont elle emploie les images, les tournures et les expressions. La prose allemande ne naîtra qu'aux approches de la Réforme.
2e PÉRIODE : DÉCADENCE DE LA POÉSIE AH MOYEN
âge (1300 à 1517). — L'épopée populaire, si vigoureuse et si originale dans les isibelungeyi et dans Gudr/m, produit encore quelques rejetons, mais faibles et abâtardis, avec le Livre des Héros et Ogier le Danois, ou d'autres imitations, plus ou moins pâles, de la vieille poésie nationale. C'est aussi l'époque des compilations, dont la longueur est le principal et souvent le seul mérite, comme le Passional, Apollonius de Tyr, et, finalement (vers if>00; le Theuerdank, attribué à l'empereur Maximilien. Les derniers minnesinger sont médiocres en tout, même dans la poésie exclusivement chevaleresque et lyrique : ils cultivent de préférence le genre des poèmes mystiques et des chroniques rimées.
Une nouvelle classe de poètes surgit alors : ce n'est plus dans les châteaux ou à la cour des princes qu'il faut chercher les gens de lettres, mais dans le sein de la bourgeoisie, dans les maisons privées, souvent même dans l'échoppe de l'artisan ; c'est, en un mot, le règne des Meistersxnger, ou Maîtres chanteurs, qui font de la versification un art et de la poésie une profession. Ils ne manquent pas, h l'occasion, d'originalité, d'idées, ou même d'inspiration ; mais ils se rapprochent de la prose par leurs tendances modernes, par leur bon sens souvent railleur et un peu sceptique : ce ne sont précisément pas là les qualités que l'on demande à la poésie et aux poètes. Nous avons déjà vu, dans la période précédente, un meistersœnger, ce Henri de Meissen, surnommé Frauenlob, qui avait pour spécialité de chanter les mérites de la e mme : ses successeurs furent très nombreux dès e s'\ècle suivant, et il se forma de véritables écoles de maîtres chanteurs dans certaines villes du midi de l'Allemagne, à Nuremberg, à Augsbourg. Les <>lus connus de ces poètes artisans sont les trois Hans (ou Jean) : Hans Rosenblùt, le barbier Hans Foltz, et, plus tard, Hans Sachs, le savetier, qui appartient à la période suivante.
La poésie religieuse, didactique, gnomique, la chanson populaire, et bientôt le drame, tels sont les objets auxquels les meistersœnger s'attachent de préférence. A la fin du xive siècle, Henri le Teichner, et, après lui, Suchenwirth s'étaient exercés avec succès dans le genre de la poésie morale et satirique ; à leur exemple, on composa des Priamèles (ou préambules), des dictons, des sentences, des chansons à boire, etc. L'habileté dans la versification, le talent d'improvisation, la recherche dans les idées, étaient les qualités les plus habituelles et les plus appréciées chez ces poètes sortis du peuple et destinés à lui plaire.
Le drame avait commencé, comme en France et en Angleterre, à l'église, mais assez tard, au commencement du xive siècle, par des représentations de mystères et d'autres jeux, d'abord en latin, puis en langue vulgaire. Il ne s'agit pas ici du théâtre savant et né dans les cloîtres, dont l'abbesse Rhotswitha, au Xe siècle, a laissé un célèbre monument ; nous voulons parler seulement du drame populaire et vraiment moderne, né pour ainsi dire des entrailles mêmes de la société nouvelle. Après les mystères, et en dehors
des églises, vinrent les pièces profanes ou comédies, les intermèdes, mascarade* et carnavatades, toutes en langue vulgaire cette fois, grossières et souvent indécentes d'abord, mais relevées plus tard, surtout par les trois Hans.
La prose commence enfin à se former, grâce à quelques chroniqueurs et à des prédicateurs de talent, comme Tauler et Geiler de Kaysersberg. Ce dernier est principalement connu pour les nombreux sermons qu'il consacra au commentaire d'un poème allégorique et satirique, le Vaisseau des Fous, de Sébastien Brandt, fort en vogue à la fin du xvc siècle. L'invention de l'imprimerie, depuis 1438, était venue donner une impulsion nouvelle aux études et fixer en partie la langue vulgaire; on essayait de traduire la Bible dès 1466, et l'on rédigeait, vers la même époque, les Livres populaire*, qui ne sont qu'un remaniement en prose des vieux romans de chevalerie, de quelques poèmes moraux ou didactiques, et de légendes pieuses.
3e période : Transition entre le moyen âge et les temps modernes (1517-1624). — Les deux grands faits qui caractérisent cette période sont la Renaissance et la Réforme. Dès le siècle précédent, à la suite de l'invention de l'imprimerie et de 1 impulsion dennée aux études classiques par les savants venus de la Grèce et de l'Italie, les esprits avaient commencé à s'affranchir, en Allemagne comme ailleurs, du joug de la scolastique et des préjugés qui, pendant tout le moyen âge, entravèrent l'émancipation intellectuelle. Les humanistes, c'est-à-dire les lettrés et les philologues, ouvrirent la brèche par laquelle entra la Réforme. Celle-ci, que l'on fait dater en général de l'année où Luther rompit définitivement avec l'Eglise catholique (1517), était à moitié faite déjà dans les esprits, comme le prouvent les tentatives de schisme plusieurs fois répétées en Allemagne dans le courant du xvc siècle.
L'influence de la Réforme sur la littérature fut considérable : elle créa en réalité la prose ; elle ouvrit de nouveaux horizons aux poètes, en ranimant la foi religieuse, et en poussant les imaginations au mysticisme ; c'est elle encore qui, en suscitant des controverses et des polémiques violentes , fit naître ou développa le genre du pamphlet et celui de la satire. Le libre examen, la critique, ne furent pas encore appliqués aux œuvres littéraires dans toute l'intégrité de leurs droits ; mais on se prépare désormais à juger les ouvrages de l'esprit et à voler de ses propres ailes.
L'épopée populaire et l'épopée savante du moyen âge ne sont plus représentées que par quelques pâles imitateurs, dont il est inutile de citer les noms. La poésie narrative est dans tout son éclat avec les nombreux poèmes de Hans Sachs, avec le Vaisseau fortuné de Fischart, la Cité chréti une d'Andréas, et quelques autres productions où l'esprit moderne semble déjà vouloir le disputer aux vieilles traditions. Les poèmes allégoriques empruntés à la légende des animaux sont médiocres ; la fable, en revanche, se relève avec Erasmus Alberus et surtout Burkhard Waldis, dont l'Esope (ou recueil de 400 fables) est de 1548. Fischart, dont il vient d'être question, se distingue aussi dans ce genre, ainsi que dans celui de la poésie didactique, où la première place est occupée par Wickram, l'auteur du célèbre Fil d'Or.
La poésie vraiment nouvelle est représentée par le chant religieux, le cantique protestant : jusque-là les chants d'église n'avaient guère pu être rédigés qu'en latin. A la suite de Luther et de Zwingli fie réformateur de la Suisse allemande), une foule de poètes, qui souvent ne manquent pas de mérite, s'engagent dans cette voie : on y retrouve Alberus et Fischart et, parmi bien d'au-
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très, on peut citer Philippe Nicolaï, longtemps populaire en Allemagne.
Le théâtre commence aussi à sortir des limbes : dès 1536 Paul Rebhuhn écrivait des drames bibliques à peu près réguliers; après lui venait Jacques Ayrer, estimé aussi comme poète lyrique, et dont les pièces obtinrent un grand succès vers 1600, à l'époque même où le duc de Brunswick, auteur dramatique lui-même, faisait venir dans sa résidence une troupe d'acteurs anglais. Mais c'est surtout la comédie qui se ressent du nouvel état de choses : elle est cultivée avec quelque talent et avec une grande liberté, comme le drame, d'ailleurs, par Hans Sachs, ce poète presque universel, et par Wickram, qui composa surtout des ca> naia>ades (Fastna<ldspiele).
La satire, qui tient de si près à la comédie, avait eu déjà de brillants succès, à la fin de la période précédente, avec le Vaisseau des fous de Brandt : un adversaire de Luther et de la Réforme, Murner, se distingua dans ce genre, où il fut du reste éclipsé par Fischart et Andreae, les poètes lyriques en même temps que populaires et satiriques par excellence durant cette époque.
Comme transition entre la p ,ésie et la prose, et aussi entre l'âge ancien et les temps modernes, on doit signaler ici ces curieux recueils d'anecdotes ou de farces, et ces livres populaires dont le goût se répand de plus en plus dans le public, et qui foisonnent au xvie siècle : les plus connus sont ceux de Faust, du Juif Errant, et le Lallenbuch, qui n'est, du reste, comme presque tous les autres, qu'un remaniement de vieux textes ou de vieilles légendes des siècles précédents.
La prose véritable, la langue allemande classique, date de la traduction de la Bible par Luther (terminée en 15o4), et des nombreux ouvrages de polémique ou de théologie du célèbre réformateur. Après lui, mais bien au-dessous, on peut citer les écrits de Jean Schnitter, ou Agricola, notamment s ii recueil de proverbes allemands, et une collection analogue due à Sébastien Frank, auteur d'une Histoire universelle et de nombreux ouvrages mystiques. Ce dernier genre est surtout illustré par Jacob l'œhme, un simple artisan devenu théologien, dont les livres furent universellement admirés à partir de 1612.