‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 498 sur 534 · ASSOCIATION DES IDÉES · texte numérisé non relu

ASSOCIATION DES IDÉES

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nuité de cette, chaîne qui nous donne l'illusion de l'unité et de l'identité.

Mais d'abord il n'est pas exact que cette chaîne soit continue : une perception nouvelle ou un acte de volonté suffit pour arrêter ci modifier le cours de nos idéis. En outre, comment une série, même continue, do phénomènes très divers, émotions, idées, volitions, pourrait-elle avoir conscience d'elle-même, se connaître comme une et iden iqu<? Il fondrait admettre que chaque fait a conscience de lui même et transmet cette conscience au fait suivant : on imaginerait ainsi un moi véritable qui disparaît et reparaît à tout moment, qui passe d'émotion en idée ou envoliiion, s'identifiant avec chaque nouveau phénomène tout en restant identique à lui-même ! Quoi de plus bizarre et de plus contradictoire ?

En réalité les empiristesn'enre^istrentpas exactement toutes les données de l'expérience. Nous ne trouvons pas seulement en nous des émotions, des idées, des volitions : nous apercevons immédiatement un rapport d'une nature spéciale, un rapport dynamique, qui rattache chacun des phénomènes à un ihoi réel, un et identité. C'est là le lien qui donne la continuité à la série des faits psychologiques et qui nous permet de les considérer comme nôtres. Mis au pied du mur, les associationnistes eux-mêmes sont forcés d'en convenir. « Le lien ou la loi inexplicable, accorde Stuart Mill, l'union organique qui rattache la conscience présente à la conscience passée qu'elle nous révèle, est la plus grande approximation que nous puissions atteindre d'une conception positive du moi. Je crois d'une manière indubitable qu'il y a quelque chose de réel dans ce lien, réel comme lu sensation elle-même et q>'i n'est p'is un pur produit des lois de la pensée sans aucun fait qui lui corresponde. A ce titre, j'attribue une réalité au moi, à mon propre esprit , et c'est en vertu d'i<?i? induction fondée

sur mon expérience de ce moi que j'attribue la même > éalité aux autres moi ou esprits. » Herbert Spencer, dans ses Premiers principes, laisse échapper un aveu analogue.

Concluons donc que la dialectique subtile des psychologues anglais ne ruine pas plus le spiritualisme que le rationalisme. On ne peut ramener ;i l'association des idées ni les principes nécessaires, ni l'esprit qui les affirme. Liien au contraire, c'est dans l'esprit lui-môme qu'il faut chercher l'explication des lois de l'association. Si deux idées, primitivement contiguës, s'appellent et s'évoquent, ce n'est pas qu'elles aient contracté l'une pour l'autre une mystérieuse affinité. C'est que l'esprit un et identique les a tenues simultanément ou successivement fixées sous son regard : ce qui soude les idées l'une à l'autre, c'est l'acte même de l'esprit qui les conçoit ; cette activité spirituelle tend à se maintenir, à p rséYérer, et lorsque les perceptions nouvelles ou d'autres souvenirs n'occupent plus notre attention, elle reparaît telle quelle au grand jour de la conscience. Seul aussi l'esprit identique est capable d'apercevoir entre deux idées des ressemblances ou des dissemblances notables et de les rapprocher l'une de l'autre.

Ces importantes réserves faites, nous reconnaîtrons volontiers, avec les psychologues anglais, le rôle considérable que joue l'association des idées dans la vie psychique. Quelques-uns de nos sens, outre leurs perceptions spéciales, nous donnent, par l'éducation, des perceptions empruntées aux autres sens. Ces « perceptions acquises », qui nous épargnent tant de travail et rendent possibles les arts plastiques, se ramènent à des associations primitives Ainsi la vue, originairement, nous fait seulement connaître les couleurs : si dans la suite l'œil nous fournit, la forme et la dis-

tance, perceptions naturelles du toucher, c'est que, dès la première enfance, les percepiions tactiles se sont intimement associées aux perceptions visuelles. La plupart de nos factiltcs, la mémoire, l'imagination, spontanée ou créatrice, la volonté même, ne s'exerceraient que très péniblement si nos pensées ne s'appelaient pas les unes les antres, (.'est également en invoquant les lois de l'association que l'on peut expliquer psychologiquement les phénomènes si curieux du rêve, du somnambulisme, de l'hallucination et de la folie.

Il suit de là que la pédagogie doit tenir grand compte du fait d'association et de ses lois. 11 importe de dissiper avec soin les associations superficielles qui tendent à se former dans l'esprit. Que de préjugés, que de principes faux ou incomplets peuvent être ramenés par le psychologue à des associations empiriques sans valeur! Par exemple, nous ne réussissons à attirer un corps un pou éloigné qu'à l'aide d'une corde ou d'un autre instrument matériel : les idées d'attraction et d'intermédiaire matériel se lient dans l'intelligence ; il faudra le génie d'un Newton pour dissiper cette association et pour montrer que les astres s'attirent à travers l'immensité.

C'est à l'association des idées que revient la plus grande part dans la formation de l'esprit. L'homme s'habitue-t-il à relier ses idées suiv; nt des rapports fortuits, des ressemblances vagues et tout extrinsèques, il pourra passer pour brillant causeur, pour écrivain ingénieux et spirituel, il ne sera jamais un homme de science et de philosophie. Les esprits sérieux, vraiment scientifiques et philosophiques, sont ceux qui remplacent les associations empiriques du vulgaire par des liaisons d'idées, qui cherchent à enchaî- I ner leurs pensées d'après des ressemblances profondes, des rapports invariables, à la fois logiques i et naturels. Le devoir de l'éducateur est précisé- 1 ment de former de telles intelligences, capables de connaître les lois réelles, « ces rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses », suivant la célèbre définition de Montesquieu. [Jules Legrand.]

AUTRICHE. (Histoire). Histoire générale, XXVII, — 1" période : Epoque barbare. — Les Romains fondèrent quelques colonies dans la région qui porte aujourd'hui le nom d'Autriche, et qui formait alors les provinces de Norique et de Pannonie. Au ve siècle, les Huns ravagèrent ce pays, puis les Avares y créèrent un empire qui fut détruit par Charlemagne. Celui-ci y établit un comte chargé de surveiller la frontière, ou margrave ; cette région prit alors le nom à'Œslerreich ou Etat de l'Est, d'où l'on a fait Autriche.

2e période : Les margraves et les ducs de la maison de Bamberg. — Le roi de Germanie Henri Ier l'Oiseleur donna le margraviat d'Autriche à Léopold I" l'Illustre, comte de Bamberg, dont la maison régna jusqu'en 1246. Le margrave Henri II reçut en 1156 le titre de duc. Le plus remarquable des princes de cette famille fut le duc Léopold V (1177-1194), qui prit part à la troisième croisade, et retint prisonnier dans ses terres le roi d'Angleterre Richard Cœur-de-Lion.

A l'extinction de la maison de Bamberg, le roi de Bohême Ottocar s'empara du duché d'Autriche. Mais il fut vaincu par l'empereur Rodolphe de Habsbourg, qui donna l'Autriche à son propre fils Albert.

3e pkriode : La maison de Habsbourg jusqu'à l'abdication de Charles-Quint. — Albert d'Autriche, devenu empereur (12'.)*), voulut joindre à ses possessions héréditaires les communautés libres des Waldslaetten en Helvétie. Mais les paysans suisses chassèrent ses baillis, et Albert, en marchant contre eux avec une armée,

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fut assassiné au passage de la Reuss (1308). Son second fils Léopold fut vaincu par les Suisses à Morgarton (1315), et un autre Léopold d'Autriche périt à Sempach (1386) dans une expédition entreprise pour réduire les Waldstaetten.

Durant le xive siècle, en dehors de la lutte avec les Suisses, l'histoire de la maison d'Autriche, divisée en plusieurs branches, n'offre rien de remarquable. La couronne impériale, qui a échappé aux descendants d'Albert, est portée par divers princes de Luxembourg et de Bavière.

Mais dans la première moitié du xve siècle, le duc d'Autriche Albert V, devenu roi de Bohême et de Hongrie à la mort de son beau-père Sigismond do Luxembourg, fut élu empereur d'Allemagne sous le nom d'Albert II (1437) ; et à partir de ce moment, la dignité impériale n'est plus sortie de la maison de Habsbourg;. Un cousin d'Albert II, Frédéric III, de la branche de Styrie, lui succéda comme empereur, et réunit en outre sous sa domination toutes les possessions autrichiennes. Le fils de Frédéric, Maxirnilicn, épousa Marie de Bourgogne, héritière de Charles le Téméraire, puis maria son fils Philippe le Beau à Jeanne la Folle, fille de Ferdinand Le Catholique, roi d'Espagne. Cette double union, qui fit la fortune de la maison d'Autriche, justifia ce vers ironique, attribué à Mathias Corvin, roi de Hongrie :

Bella gérant alii; tu, felix Austria, nube.

(Que d'autre> s'agrandissent par la guerre ; pour toi, hureuse Autriche, tu ne demandes tes conquêtes qu'à l'hy menée.)

Le fils de Philippe et de Jeanne fut le puissant Charles-Quint, coi d'Espagne en 1516, maître des Pays-Bas, élu empereur d'Allemagne en 1520, et qui domina sur une grande partie de l'Italie. Son frère cadet Ferdinand avait eu peur sa part le duché d'Autriche et les possessions allemandes qui en dépendaient; le mariage de Ferdinand avec Anne, sœur de Louis II, roi de Hongrie et de Bohême, fit passer les couronnes de ces deux pays sur la tête du duc d'Autriche à la mort de Louis (1526).

Lorsque Charles-Quint eut abdiqué, la séparation des branches espagnole (ou aînée) et allemande (ou cadette) de la maison d'Autriche devint définitive. Le fils de Charles, Philippe H, fut roi d'Espagne, et domina sur l'Italie et les Pays-Bas, tandis que le duc d'Autriche Ferdinand devint empereur d'Allemagne.

4e période : De l'avènement de la branche

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