I. GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — SituatiOJl, limite
forme. — Touchant la France au S.-O., la Belgique est bornée à l'O. par la mer du Nord, au KF. par les Pays-Bas hollandais, à l'E. par l'Allemagne et le grand-duché de Luxembourg. Sauf du côté de la mer, elle n'a nulle part de limites naturelles. En latitude elle est comprise entre 49°30' et 51c30', et en longitude entre 0°12' et H°50' à l'est du méridien de Paris. Sa forme générale est celle d'un triangle, dont la base, dirigée du S.-E. au N.-O., est formée par la frontière de France sur une longueur de 28u kilom. (en ligne droite), et dont le sommet est situé au point où la Meuse Çntre définitivement en Hollande.
Comprise entre ces limites, la Belgique a une superficie de V9,455 kilom. carr. Sous le rapport de l'étendue, c'est le plus petit des Etats de l'Europe (en lai>sant de côté le grand-duché de Luxembourg et les Etats minuscules comme Saint- Marin). Mais sous le rapport de la population, elle n'est dépassée que par les grands Etats : Bussie, Autriche, Allemagne, France, Iles Britannique, Italie,Espngne et Turquie. On y compte 5,6"(), (habitants, 19o habitants par kilom. carré en moyenne, plus de deux fois et demie autant qu'en France, près de six fois autant que dans l'ensemble de l'Europe. Nul pays au monde ne saurait lui être comparé sous ce rapport.
Hydrographie. — La Belgique se partage à peu près également entre les bassins de l'Escaut et de la Meuse. Les petits bassins côliers sont sans importance.
L'Escaut, qui prend sa source en France, passe
à Gand, puis à Anvers, où il a 600 mètres de large et forme un port spacieux et profond. Il reçoit par sa gauche, à Gand, la Lys, qui est son affluent le plus considérable, et à quelques kilo n. en amont d'Anvers, par sa droite, le Rupel, formé parla réunion de plusieurs rivières, dont l'une, la Se?i?ie, passe à Bruxelles.
La Meuse prend aussi sa source en France, passe à Namur, où elle se grossit à gauche de la Cambre, son affluent le plus considérable. A partir de ce confluent, elle coule au N.-E. comme la Sambre, et arrive à Liège, où elle reçoit par sa droite YOwthe.
L'Kscaut et la Meuse finissent tous deux, en Hollande, dans la mer du Nord, où leurs bouches forment un réseau assez compliqué.
Relief du sol. — On ne trouve pas en Belgique de chaînes de montagnes proprement dites, mais deux régions bien distinctes, dont la Sambre et la Meuse forment la limite commune : au sud, les plateaux de l'Ardenne, dont le point culminant, sur la frontière de la Prusse Rhénane, atteint 680 mètres ; au nord, au contraire, la plaine des Pays-Bas. où l'on trouve des régions plus basses que le niveau de la mer, qui ne peuvent être préservées des inondations qu'à l'aide de digues.
Climat. — Cette région des Pays Bas jouit d'un climat marin, plutôt humide et brumeux en hiver que très froid Ce n'est que dans les hivers exceptionnels que les rivières y gèlent assez fortement pour pouvoir porter des voitures.
Du côté des Ardennes, au contraire, les neiges sont abondantes et de longue durée, et la température vraiment rigoureuse. C'est sur ces plateaux que le sol reçoit sous formo de pluies ou do neiges les (ilus grandes quantités d'humidité, quoique le ciel y soit moins souvent couvert ci qu'on y compte moins de jours pluvieux qu'au bord de la mer.
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II. Géographie agricole et industrielle. — Régions agricoles. Ardennes. — Les Ardennes sont couvertes de forêts, au milieu desquelles s'étendent des clairières marécageuses, appelées fagnes, qui ne produisent que de la tourbe. A force d amendements, la culture y fait toutefois quelques progrès et les moutons y trouvent de bons pâturages. Mais c'est la partie du royaume la moins peuplée (4G hab. par kilom. dans le Luxembourg), celle où les terres labourables occupent la moins forte partie du sol ('22 %> dans le Luxembourg; et où les terres en général atteignent la moins grande valeur vénale. Le nom de Fumenne, qui s'applique à une partie de cette région, rappelle la famine à laquelle on y est souvent soumis Des hauts plateaux des Ardennes, on descend à laSambre par le pays de Condn,z, qui sert d'intermédiaire entre les Ardennes et la Belgique centrale.
Région limoneuse. — Là s'étend une large bande, limitée au sud par la Sambre et la Meuse, et qui touche au nord les villes d'Hasselt, Louvain, Alost, Courtrai. Le sol y est recouvert d'une couche de limon généralement épaisse de plusieurs mètres et excessivement fertile.
Région sablonneuse . — Au nord de cette région, la Compine occupe une vaste plaine sablonneuse, en grande partie occupée par des landes et des bruyères.
Sur la rive gauche de l'Escaut, le sol est encore sablonneux, mais transformé par les soins de la culture en un riche jardin, C'est le pans de Waes, dont la ville de Saint- Nicolas est la principale localité.
Polders. — Au nord du pays de Waes s'étend la région des polders. Ce sont des terres basses et unies, sur lesquelles chaque marée refoulait les eaux de l'Escaut. Fertilisées par les dépôts du fleuve, elles sont devenues d'excellents pâturages, quand elles ont été mises à l'abri des inondations de l'eau salée à l'aide de digues.
Productions agricoles. — La Belgique est fort bien cultivée. Les bois n'y occupent que la sixième partie du territoire, les bruyères la dixième, les terres en jachères la trentième. Les Flandres, le Brabant, le Hainaut sont les provinces les plus fertiles. Elles produisent surtout des céréales, du chanvre, du lin, du colza, des betteraves, des pommes de terre et du houblon. Cependant la Belgique ne récolte pas assez de blé pour nourrir sa nombreuse population. Elle est obligée d'en tirer du dehors, ainsi que du sucre de betterave, et des vins. La vigne n'y mûrit que sur un petit nombre de points, et la bière est la boisson la plus répandue. Louvain et Bruxelles renferment les brasseries dont les produits sont le plus estimés. Les Belges sont aussi grands consommateurs de café, ou plutôt de chicorée. Malgré la grande consommation de lin que font leurs fabriques de dentelles et de toiles fines, ils produisent cette plante textile en surabondance, et elle fait l'objet d'une exportation considérable.
Bestiaux. — Les prairies sont étendues en Belgique et n'ont pas à redouter, aussi souvent qu'en France, les inconvénients de la sécheresse. Les Flandres nourrissent des vaches de grande taille et des chevaux forts et vigoureux. Dans les Ardennes, on élève des moutons et des porcs dont la chair est estimée, et des chevaux petits, mais très résistants à la fatigue.
Productions minérales. Houille. — « Comparée aux autres contrées de l'Europe, la Belgique est celle qui, toutes proportions gardées, consomme et exporte la plus grande quantité de combustible minéral. » (Du Pays.) En 1875, les mines de houille de la Belgique ont produit plus de 15 millions de tonnes, valant près de 230 millions de francs, et exploitées par plus de cent mille ouvriers.
Ces mines se partagent entre trois bassins, ceux
de Mons, de Charleroi et de Liège, qui relient le bassin français de Valenciennes à celui d'Aix-la- Chapelle, dans la Prusse Bhénane. Les couches y sont très nombreuses et fournissent des charbons de variétés très diverses, convenant à tous les genres d'industrie.
Mines métalliques. — On trouve aussi en Belgique des minerais de fer, de plomb et de zinc. Ces derniers forment à Moresnet, sur la limite de la province de Liège et de la Prusse Rhénane, le gîte célèbre de la Vieille-Montagne.
Carrières. — 25,000 ouvriers exploitent 20f"0 carrières dont les produits sont estimés aune quarantaine de millions. Les plus recherchés sont les marbres noirs de Namw, les marbres gris et blancs de Sainte- Anne, près de Thuin (sur la Sambre, entre Charleroi et la frontière française), et les pierres calcaires d'un gris bleuâtre tirées des environs de Soignies (entre Bruxelles et Mons), qui sont employées à Bruxelles pour les constructions de luxe.
Industrie. — Grâce à l'abondance de la houille et à la facilité des transports, l'industrie est fort développée en Belgique.
Usines métallurgiques et verreries. — Un grand nombre de hauts-fourneaux, de fonderies, do fabriques de fer et d'usines à ouvrer le fer, sont groupées autour des puits de mines, ou au milieu des forêts des Ardennes, où le charbon de bois leur sert de combustible. Liège est renommé depuis fort longtemps pour ses fabriques d'armes, dont les produits sont exportés dans le monde entier. Les usines de Seraing, situées sur les bords de la Meuse, à quelques kilom. en amont de cette ville, fabriquent des machines ; Bruxelles, des voitures et du matériel de chemin de fer. La clouterie est très répandue dans les environs de Charleroi et de Liège; les verreries groupées autour de Mons et de Charleroi fabriquent chaque année pour une quarantaine de millions de produits.
Les établissements de la Vieille-Montagne, situés aux portes de Liège, traitent une très grande quantité de minerais de zinc apportés d'Espagne, de Sardaigne et autres provenances, et livrent ce métal au commerce sous toutes les formes que réclame l'industrie.
Enfin il y a aussi en Belgique des aciéries et des usines à cuivre ou à plomb, des faïenceries et des fabriques de glaces rivales de celles de Saint- Gobain.
Manufactures. Étoffes de laine. — Le travail de la laine a fait la fortune de la Flandre au \nc et au xme siècle. Aujourd'hui son centre est à Vtrviers, entre Liège et Aix-la-Chapelle. Les fils, les draps et autres étoffes de laine, atteignent annuellement une valeur de tS0 à 100 millions. Les tapis de Bruxelles étaient autrefois très renommés ; aujourd'hui ceux de Toumay, et surtout de Malinés, sont magnifiques.
Toiles et dentelles. — C'est l'industrie qui occupe le plus grand nombre de bras. Le lin r.'est plus filé seulement à la main, mais aussi à la machine, et sert à fabriquer des toiles fines et des dentelles. Il y a au moins 100,000 femmes occupées comme dentellières. C'est un métier qui ne rapporte que quelques sous par jour, mais auquel s'emploient avec succès les mains les plus débiles, les entants, les femmes âgées ou infirmes, et qui peut s'allier aux soins du ménage et aux travaux des champs. Bruxelles, Ypres et Malines sont les principaux centres de fabrication.
Filatures de coton. — Gand a des filatures mécaniques pour travailler le coton d'Amérique.
Canaux et chemins de fer. — La Belgique jouit, d'un réseau étendu de voies navigables, 1,060 kilom. sur les rivières naturelles ; des canaux profonds donnent accès aux navires de mer jusqu'à Gand,
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Unix» Iles et Malines. Des canaux ordinaires relient entre onx la Meuse et l'Escaut a travers la Campine, sillonnenl les Flandres et le Hainaut, et se rattachent à ceux du nord de la France.
La Belgique est en tête de tous les Etats de l'Europe sous le rapport du développement des chemins de fer, comparé à la superficie du territoire qu'ils desservent. A la tin de 1870, le réseau comprenait 3,589 kilom. en exploitation, ou 1,218 kilom. en moyenne par 10,000 kilom. de superficie. C'est trois fois autant qu'en France, à surface égale. La Grande-Bretagne elle-même n'est pas aussi bien desservie.
Ports et commet e maritime. — La côte de la mer du Nord est basse, sablonneuse, et le vent y accumule des dunes, dont le progrès incessant vers l'intérieur menaçait le pays tant qu'on ne les eut pas fixées par des plantations comme dans nos landes de Gascogne. Le seul port est Osten'le, plutôt fréquenté comme séjour de bains de mer que comme port de commerce. C'est le point de départ de paquebots pour l'Angleterre, et ses parcs aux huîtres engraissent des mollusques pèches sur les côtes d'Angleterre et fort appréciés des gourmets.
Anvers est en réalité le seul port de commerce de la Belgique. Ses armateurs ne possèdent encore qu'une flotte assez faible. Mais le trafic fait d'énormes progrès depuis quelques années. Anvers reçoit non-seulement les laines de la Plata ou de l'Australie qui doivent alimenter les métiers de Verviers, mais les matières premières que réclament les filatures de la Prusse Rhénane, de la Suisse et de l'Alsace. De ce côté, il fait concurrence à notre port du Havre, qu'il dépasse maintenant en importance. Anvers est en outre le premier entrepôt de l'Europe pour l'huile de pétrole, très répandue comme mode d'éclairage dans l'Europe centrale. Chaque année il entre dans le port d'Anvers tJUOO navires et plus de 2 millions de tonnes de marchandises. Et ces navires trouvent dans les houilles et les produits de l'industrie belge un fret avantageux de retour.
Commerce total. — Tant en importation et exportation pour son propre compte, qu'en commerce de transit, la Belgique fait chaque année pour 4 milliards et demi d'affaires. C'est un des pays du monde les plus actifs sous ce rapport; aussi est-ce celui où les lignes télégraphiques sont le plus multipliées et celui où la correspondance est le plus active et desservie par le plus grand nombre de bureaux de poste.
C'est avec la France que la Belgique fait le plus d'affaires ; le tiers de son commerce extérieur est dirigé de ce côté. Puis viennent l'Angleterre, la Hollande, l'Allemagne, la Russie, les Etats-Unis d'Amérique.
A l'importation, ce sont les objets de consommation, les textiles comme le coton, la laine, le chanvre, et les métaux, qui l'emportent en importance. A l'exportation, ce sont la houille et les objets manufacturés.
III. Géogkapuie politique. — Ethnographie. Les Belges appartiennent à deux races distinctes, les Flamands et les Wallons. Les premiers occupent les Flandres, la province d'Anvers, le Limbourg, et le nord du Brabant; les Wallons, le reste du pays, sauf quelques cantons voisins de la frontière prussienne habités par des Allemand-.
Les Wallons sont les descendants de ces anciens Belges qui combattirent contre César, et dont la nationalité s'est mieux conservée sur les plateaux •le l'Ardenne que dans les plaines ouvertes de la Flandre. Leur langage se rapproche du paiois du nord de la France.
Les Flamands au contraire sont arrivés à la suite des invasions germaniques, et leur langue
se rapproche du hollandais et des autres langue» de même origine.
Les Wallons, moins nombreux que les Flamands, forment 4? °/0 de la population, les Flamands 51 ° 0, et les Allemands 1 % seulement.
C'est dans le Luxembourg et les pays wallons en général que l'instruction est le plus répandue.
Gouvernement. — « Les Belgf^sont tous égaux devant la loi ; tout les pouvoirs émanent de la nation. » Telle était l'inscription placée à l'entrée du pavillon belge de l'Exposition universelle de Îk7H, et qui donne une idée exacte de ce gouvernement monarchique mais strictement parlementaire. H y a deux chambres législatives, le sénat et la chambre des représentante, nommées dans des conditions différentes par les électeurs.
Administration. — Le royaume est partagé en 9 provinces : les deux Flandres, le Brabant, le Hainaut, le Luxembourg, le Limbourg, Anvers, Namur et Liège. Ces provinces se subdivisent en arrondissements.
Dans chaque province, il y a un conseil provincial élu, présidé par le gouverneur de la province, que nomme le roi. Celui-ci choisit aussi le c<>mmissaire qui administre l'arrondissement. Chaque commune a un conseil communal analogue à. nos conseils municipaux.
Pour aucune élection, le suffrage n'est universel, et les conditions à remplir sont plus restrictives pour être électeur provincial qu'électeur communal, et pour prendre part aux élections législatives que pour participer à celles de la province.
Reltgion. — Les Belges sont presque tous catholiques. Malines est la résidence du primat de
Université». — Gand et Liège sont l'une et l'autre sièges d'une université de l'Etat. H y a des universités libres à Bruxelles et à Louvain.
Grandes villes. — Bruxelles renferme 18u 000 habitants et plus du double avec les faubourgs qui l'avoisinent; Anvers, 160O00; Gand, 130000; Liège, 1 20 000. L'industrie et le commerce font l'importance et la prospérité de ces villes. Mais bien différentes des agglomérations d'usines et de fabriques que l'on trouve en Angleterre, par exemple, elles sont pleines de monuments curieux qui témoignent du génie artistique des Flamands et de l'antique prospérité du pays. Les hôtels de ville de Louvain et de Bruxelles, les cathédrales d'Anvers et de Bruxelles sont les plus remarquables de ces monuments, et les musées d'A?ivers et de Bruxelles renferment les galeries les plus riches en chefs-d'œuvre.
Souvenirs historiques. — Sous le règne de Louis XIV, la Belgique a été souvent le théâtre de la lutte entre les armées de la France, de la Hollande et de l'Allemagne. Il n'y a presque pas de ville de Flandre ou de Hainaut qui n'ait été assiégée quelquefois à plusieurs reprises dans le cours d'une même campagne. Plus tard, notre drapeau s'est montré à Fontenoy, près de Tournay, à Jemmapes, près de Mons, à Fleurus, entre Charleroi et Namur, à Waterloo, à quelques lieues au sud de Bruxelles.
Sous le rapport des curiosités pittoresques, ce sont les bords de la Meuse, et les environs de Spa, au sud de Verviers, qui attirent le plus les visiteurs. [G. Meissas.
BELGIQUE (Histoire). — Histoire générale, XXXI. — La Belgique dans l'antiquité et au nv>yen âge. — Le pays dans lequel pénétrèrent les armées romaines en l'an 59 avant J.-C. se subdivisait en trois parties bien distinctes : la basse Belgique, continuellement inondée, par conséquent marécageuse ; puis, au nord de la Sambro et
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de la Meuse, une suite de plateaux fertiles; et au sud, la forêt d'Ardenne, avec son sol profondément tourmenté. Ce ne fut pas sans peine que César parvint à soumettre les divers peuples de la Gaule septentrionale ; ce n'est que sous Auguste (27) que la Belgique devint une province de l'empire. Les peuples de la partie nord, par la nature même du sol, qui rendait difficile l'accès de leur contrée, subirent moins l'influence romaine que leurs frères du midi. Ils conservèrent le langage et les coutumes germaniques : ce sont les populations flamandes. Les autres, au contraire, dont le territoire était fertile, se trouvaient plus en contact avec les conquérants, et la langue latine, dont l'emploi se généralisa dans certaines parties, devint en se corrompant l'idiome wallon, encore en usage dans les provinces méridionales. Après Constantin, la Belgique subit le sort des autres provinces de l'empire : elle eut à souffrir des invasions successives des Francs, des Vandales et des Huns, qui la couvrirent de ruines et de dévastations. Le nord pourtant avait été privilégié ; la pauvreté de son sol l'avait préservé de trop de ravages; des villes s'y élevaient, nombreuses et importantes : Gand, Bruges, Courtrai, Anvers; des digues retenaient les eaux, l'agriculture prenait des développements remarquables. Au milieu du viie siècle, le christianisme s'implanta dans le pays, et devint, mais très lentement, le culte de la généralité des habitants sous la domination franque; de petites seigneuries s'établissaient déj:'), germes du régime féodal. L'œuvre de législation de Charlemagne s'appliqua à la Belgique; la coutume germanique dont elle s'inspirait y avait d'ailleurs toujours été en vigueur, malgré la domination romaine. Aussi le régime féodal n'y futil pas aussioppressif qu'en France ; à cette époque, avec une population quasi-sauvage, possédée d'une soif ardente de liberté, il s'était établi un régime relativement doux. Lors du démembrement de l'empire franc après Louis le Débonnaire, la Belgique se divisa en souverainetés vassales de la France et de l'Allemagne. Les principales étaient la Flandre, à l'ouest de l'Escaut, et la Lotharingie à l'est. La Flandre prit rapidement un développement remarquable; L'industrie, le commerce y étaient des plus florissants. Bruges était le centre d'un mouvement commercial des plus actifs, et sa bourgeoisie, puissante et riche, donna plus d'une fois de l'ombrage aux souverains. Toutes les villes avaient de nombreux privilèges, les communes flamandes jouissaient de libertés très étendues ; la paix, suite de ce régime, favorisait le libre exercice du commerce et il en résultait une prospérité qui à cette époque excitait bien des jalousies. La Lotharingie ne partagea pas ce sort favorisé ; des guerres fréquentes, causées par les tentatives des ducs de se rendre indépendants, les luttes pour la suzeraineté entre la France et l'Allemagne, désolèrent le pays. La Lotharingie fut divisée en deux parties : la Haute et la Basse- Lorraine ; la Basse-Lorraine devint aussi l'objet de compétitions armées de la France et de l'Empire. En 1071, après la bataille de Cassel, le comté de Flandre fut subdivisé en comtés de Flandre et du Hainaut. Par contre, les petites souverainetés se groupaient petit à petit, de façon à former de petits Etats ; une sorte de sélection s'opérait, les plus forts absorbant les plus faibles. Les seigneuries brabançonnes se réunissaient et formaient un comté sous Henri III; Liège se développait et devenait une puissance, Anvers et Namur commençaient à devenir importants. Les croisades entraînèrent vers la Palestine nombre de seigneurs, notamment Godefroid de Bouillon, duc de Lotharingie et chef de la première croisade. Beaucoup ■de communes en profitèrent pour augmenter leurs franchises. Toute la période féodale est pleine de
guerres suscitées par les ambitions des différents princes souverains qui se partageaient la Belgique ; les successions étaient des sujets de guerres continuelles et de ravages. Certaines périodes de paix venaient interrompre de temps en temps ces périodes troublées, et telle était la puissance productive du pays que ces éclaircies pacifiques suffisaient pour lui permettre d'accroître sa richesse et sa population. Les libertés traditionnelles étaient d'ailleurs scrupuleusement respectées par les princes ; certains, dont l'origine étrangère expliquait l'ignorance des traits caractéristiques de l'esprit flamand, si ombrageux, payèrent cher les tentatives de restreindre ces privilèges. Guillaume de Normandie, qui vit les Flamands secouer son joug et qui fut tué au siège d'Alost, en est une preuve. Le communes flamandes se composaient d'une série de corporations appelées gildes, conjurations, serments, associations bourgeoises organisées militairement pour la défense du droit commun, de la liberté individuelle, pour l'indépendance de la commune, avec et au besoin contre le prince. L'origine des communes* en Belgque ne peut être déterminée; sous Charlemagne déjà on constate l'existence de groupes semblables, mais leur pleine efflorescence est au xive siècle. A Gand, notamment, sous l'influence de Jacques van Artevelde. la commune était devenue démocratique ; elle signait des traités de commerce avec le roi d'Angleterre et négociait de puissance k puissance avec le comte de Flandre. Les communes tinrent tête à des souverains étrangers et souvent avec succès; nous avons cité plus haut la bataille de Cassel ; la bataille de Courtrai, dite des Eperons d'or (1302), en est un autre exemple : les Français y laissèrent sur le terrain 7U0 gentilshommes. La décadence de la puissance communale date de la bataille de Gaord (1453), sous la maison de Bourgogne.
Maison de Bourgogne. — Par les alliances et les héritages, les provinces vinrent en peu de temps se grouper sous la domination des ducs de Bourgogne. Ce fut alors une lutte permanente entre le pouvoir souverain, s'efforçant de restreindre les privilèges des communes, et les bourgeoisies combattant, se révoltant, réclamant pour le maintien de leurs franchises. Philippe le Hardi, Jean Sans-Peur, Philippe le Bon, Charles le Téméraire ne se crurent d'autre mission que d'égaliser sous le joug les différents Etats qu'ils possédaient en Belgique. Si cette unification pouvait constituer, au point de vue de la politique extérieure, une plus grande garantie, un accroissement de puissance, par contre les libertés intérieures furent sérieusement compromises.
Maison d'Autriche — A la mort de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, Philippe le Beau lui succéda sous la tutelle de Maximilien d'Autriche. Peu de temps après, Philippe devint roi de Castille et d'Aragon. Le règne de Charles-Quint, son fils, fut brillant et prospère; sous l'influence de la régente, Marguerite d'Autriche, les arts atteignirent un haut degré de splendeur, les richesses matérielles du pays se développèrent dans de fortes proportions. Marie de Hongrie succéda à Marguerite d'Autriche, mais n'eut pas ses précieuses qualités. Une révolte des Gantois, qui avaient tenté de s'affranchir du pouvoir de l'empereur, fut sévèrement réprimée par Charles-Quint qui fit durement expier à ses compatriotes leur esprit de mutinerie. Tout en renforçant le pouvoir du souverain, Charles aimait son pays flamand et il en était fier ; à part le châtiment infligé à Gand, il fut modéré dans la plupart des mesures qu'il eut à prendre.
Domination espagnole. — Cette fois, c'était bien la domination étrangère ; le règne de Philippe if est une sombre page de l'histoire belge. Monarqu ;
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cruel, despote et fanatique, Espagnol de cœur et d'âme, il liait les Pays-Bas où vit encore un souffle de liberté; où les idées de la Réforme trouvent un terrain propice, où des mœurs, du langage, rien n'est espagnol, où l'on ose demander enfin le renvoi de la soldatesque castillane. Il chargea Marguerite de Parme, sa sœur naturelle, du gouvernement des provinces. Les édits contre les protestants soulevèrent de vives réclamations ; une opposition se forma, ayant à sa tôte Guillaume de Nassau, dit le Taciturne; des troubles éclatèrent, et sous le nom de Gueux, qu'on leur avait infligé en signe de mépris, mais qu'ils avaient adopté, les mécontents prirent les armes. Philippe envoya le duc d'Albe pour réprimer la révolte; le duc institua un Conseil des troubles, que l'on appela bientôt le Tribunal de snyxg ; ce fut le règne de la terreur; les exécutions, les proscriptions décimèrent la population, les lourdes taxes écrasèrent le peuple. Sans la Saint-Barthélémy, qui empocha les calvinistes français de venir au secours de Louis de Nassau, déjà maître de Valenciennes et de Mons tandis que les gueux de mer prenaient le port de la Brielle, d'Albe voyait triompher la révolte. Les atrocités redoublèrent et les Pays-Bas furent le théâtre de tueries effroyables, qui parvenaient à peine à assouvir la soif de vengeance du sectaire espagnol. Philippe II jugea lui-même que c'en était trop et il rappela le duc « do sang ». Louis de Requesens le remplaça (1573,; ce fut un répit. Après sa mort, les excès de la soldatesque étrangère provoquèrent une alliance entre les Etats des dix-sept provinces ; l'acte prit le nom de Pacificatio?i du Gond (1576). Dès 1577, les Espagnols étaient chassés de la plus grande partie du territoire ; mais ils reconquirent bientôt les provinces belgiques, grâce aux divisions qui affaiblirent les confédérés. Les provinces septentrionales seules demeurèrent indépendantes. Le règne d'Albert et d'Isabelle (1595-1633) permit au pays de réparer ses désastres ; le calme et l'ordre furent rétablis. Mais en 16fi6, Louis XIV entreprit la conquête de la Belgique ; la ligue des puissances voisines l'arrêta, et il signa le traité d'Aix-la-Chapelle qui annexait seulement à la France une partie de la Flandre et du Hainaut. La guerre recommença peu après et fut terminée par le bombardement de Bruxelles et la paix de Ryswyck (1697).
Domination autrichienne. — La guerre de la succession d'Espagne fit passer la Belgique sous la dommination de l'Autriche (17 1 5). Le règne de Marie- Thérèse, l'administration du comte de Cobcntzel et de Charles de Lorraine furent éminemment favorables à la Belgique : l'ordre fut rétabli dans les finances ; les arts, l'industrie, le commerce furent encouragés d'une façon judicieuse par le gouvernement, les libertés publiques forent étendues. La principauté de Liège, qui était demeurée indépendante, se trouvait également dans une période de calme et de progrès. L'empereur Joseph II, esprit large, ami des idées libérales dont les philosophes français s'étaient faits les apôtres, eut le tort de vouloir implanter tout d'une pièce des institutions nouvelles chez un peuple encore imbu des iraditions, se défiant de tout ce qui venait de l'étranger et fort respectueux de la foi de ses ancêtres. L'empereur s'irrita des résistances et voulut employer la force. Ce fut assez pour provoquer une révolution : un congrès se réunit à Bruxelles (1790) et proclama l'indépendance des Etats-Belgiques-Vnis. La division, cette fois encore, se mit bientôt entre les libéraux et ceux qui voulaient simplement rétablir les institutions traditionnelles, et le pays retomba aux mains du pouvoir impérial. La Belgique se trouva être, en 1792 et 1793, le théâtre de la guerre déclarée par les puissances européennes à la République française. La Convention déclara la Belgique an-
nexée à la France le 23 pluviôse an III (1795), et le traité de Campo-Formio confirma cette décision. Le peuple belge supportait avec impatience le joug français, qui s'imposait cruellement et ruinait le pays par ses exigences. Les Français y vivaient comme en pays conquis, et les plus dures épreuves ne furent pas épargnées à la population belge.
Napoléon 1er eut d'abord une certaine popularité, mais elle fut de courte durée, et son despotisme, aggravé par ses incessantes demandes d'hommes et d'argent, lui aliéna bientôt les esprits. En 1815 enfin, après la chute de l'empereur, le congrès de Vienne réunit la Belgique à la Hollande sous le nom de royaume des Pays- Bas. Ce régime nouveau ne sut pas se créer de sympathies; le roi Guillaume Ier ne supportait qu'impatiemment le système représentatif, il était peu bienveillant pour les Belges, qui de leur côté ne l'aimaient pas. C'était un mariage de raison qui ne pouvait longtemps durer.
La Belgique contemporaine. — Les derniers échos des journées parisiennes de juillet i*3U étaient à peine éteints, que des émeutes éclataient à Bruxelles. Le régime hollandais, par ses proscriptions, ses procès de presse, ses impôts vexatoires et son intolérance étroite, avait violemment froissé la population belge. 11 ne fallait qu'une occasion pour faire éclater le mécontentement, et le 24 août, au sortir d'une représentation de la Muette de Portici, eut lisu le premier soulèvement. Le lendemain, le vieux drapeau brabançon flottait sur l'hôtel de ville de Bruxelles, des collisions sanglantes avaient lieu entre les troupes hollandaises et le populaire, la révolution commençait. Des tentatives de conciliation furent repoussées d'une façon hautaine par le roi Guillaume, le combat s'engagea dans Bruxelles et dura quatre jours; les iroupes royales durent se retirer. Un gouvernement provisoire fut installé et décréta l'indépendance de la Belgique; dès le 16 octobre, il proclama les quatre grandes libertés qui allaient devenir les bases du régime constitutionnel de la Belgique : liberté de la presse, des cultes, d'association et d'enseignement.
Le gouvernement provisoire déploya une énergie et une activité remarquables. Il envoya des représentants à Londres et à Paris pour défendre les intérêts du pays, et lorsque, le 10 novembre, il se présenta de nouveau devant le Congrès national, il eut l'honneur de lui annoncer que les troupes étrangères avaient presque entièrement évacué le sol belge.
Le Congrès se sépara le 21 juillet 1831, après avoir élaboré une constitution inspirée d'un ardent amour pour la liberté et dont l'adoption, à cette époque, pouvait sembler une grande hardiesse. Il avait choisi, par 174 voix contre 13, la monarchie constitutionnelle comme forme de gouvernement. « Le mécanisme représentatif établi par le Congrès repose sur trois pouvoirs : le roi, les Chambres, les ministres. » Le roi a l'initiative, la sanction et l'exécution des lois, mais il ne peut en faire sans le concours des Chambres, ni les exécuter sans le contre- seing des ministres. Ceuxci sont nommés et révoqués par le roi, mais responsables devant les Chambres. Le pouvoir législatif est soumis à des élections fréquentes qui permettent de consulter le pays sur la direction des affaires. La Chambre des représentants est renouvelée par moitié tous les deux ans, le Sénat tons les quatre ans.
En dehors de sa tâche de Constituante, le Congrès avait lutté pour l'intégrité du territoire. En novembre 1830, les représentants des puissances se réunirent à Londres et se constituèrent en Conférence. Les premiers combats
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avaient été heureux pour les Belges et, hors Anvers, Maestricht et la citadelle de Gand, le pays était délivré de la présence des Hollandais. Grâce à l'avènement en Angleterre du parti whig, le cabinet de Saint-James se montra favorable aux intérêts de la Belgique au sein de la Conférence, et le 20 décembre l'indépendance du nouveau royaume fut reconnue : toutefois le protocole du
20 janvier 1831 indiquait pour bases de la séparation des conditions si avantageuses pour la Hollande, que cet acte diplomatique souleva dans le Congrès des protestations indignées ; ce fut au milieu de l'émotion inspirée par le danger national que le prince Léopold de Saxe-Cobourg fut élu roi des Belges. De nouvelles négociations furent entamées, et elles aboutirent à la rédaction du traité dit des Dix-huit articles, dont les conditions étaient plus avantageuses. Ce traité fut adopté au Congrès, après une discussion violente, par 126 voix contre 70.
Le roi Léopold Ier prit possession du trône le
21 juillet 1831.
Mais le roi de Hollande avait refusé son adhésion au traité des Dix-huit articles, et le 2 août les troupes hollandaises repassaient la frontière. Le roi Léopold se mit à la tète de l'armée et adressa un chaleureux appel aux puissances. Cet appel fut entendu par la France, et une armée de •M) 000 hommes, sous le commandement du maréchal Gérard, fut envoyée en Belgique. Cette intervention et celle du ministre d'Angleterre suffirent pour mettre fin à la campagne, qui n'avait pas été favorable aux Belges. Les négociations reprirent pour traîner en longueur, grâce au mauvais vouloir du roi de Hollande, qui comptait bien profiter de ces lenteurs pour ressaisir certains avantages.
En attendant, comme il refusait d'abandonner la citadelle d'Anvers, l'armée française investit la place et força, après trois semaines de siège, la garnison hollandaise à se rendre.
Un nouveau traité, dit des Vingt-quatre articles, qui imposait des conditions très dures à la Belgique, avait été accepté avec tristesse par les Chambres. La Conférence de Londres se réunit en juillet 1833, et ce ne fut que le 14 mars 18-18 que le roi Guillaume accepta la convention arrêtée par cette réunion diplomatique. Le 10 mars 1839, les Chambres belges votaient le traité, malgré une opposition violente, que les conditions humiliantes imposées à la Belgique pouvaient tout au moins expliquer. En dehors de ces questions diplomatiques, la période de 1830 à 18-50 fut toute d'organisation. Les législatures qui se succédèrent eurent à voter les lois organiques du pouvoir judiciaire (4 août 183?), de l'enseignement supérieur (27 sept. l>-3ô), la loi communale (30 mars I83G, et la loi provinciale '20 avril 1836; ; en outre, le 1er mai 1838, les Chambres décrétaient la construction en Belgique des premiers chemins de fer du continent.
Au sein des Chambres, à part quelques opinions extrêmes qui n'avaient que peu de représentants, l'union avait pu se maintenir entre les éléments divers qui composaient la législature. Le péril national contribuait à maintenir serré le faisceau des forces qui avaient dirigé la révolution. Des troubles, dus aux menées orangistes, agitaient encore le pays, les troupes étrangères n'avaient pas quitté le sol belge, il y avait là bien des inquiétudes qui devaient faire mettre une sourdine aux aspirations des partis. Le régime de liberté, proclamé par le gouvernement provisoire et confirmé par le Congrès, était l'œuvre de toutes les opinions. Le parti catholique était imbu à cette époque des idées libérales dont Lamennais et Lacordaire s'étaient faits les apôtres, et ainsi s'explique comment un régime éminemment tolérant et res-
pectueux de la liberté avait pu s'établir avec l'aide de l'opinion catholique. Cependant, en 1832, la publication d'une encyclique de Grégoire XVI, anathématisant les libertés constitutionnelles de la Belgique, puis l'organisation de l'enseignement officiel, prescrit par la constitution, vinrent jeter les premiers ferments de discorde dans cette union, qui était plutôt un compromis et ne pouvait évidemment durer.
L'organisation des provinces et des communes avait été conçue dans un esprit profondément libéral. Le pouvoir central , sans abandonner son droit en ce qui touche à l'intérêt général, laissait aux autorités locales pleine latitude, pleine liberté. Un détail caractéristique, c'est l'indissolubilité des conseils provinciaux et communaux, qui sont l'expression souveraine de l'autonomie des pouvoirs locaux. La scission s'accentuait toujours au sein de l'ancienne Union de 1828; deux grands partis se constituaient peu à peu : les libéraux et les catholiques ; au sein même des Chambres, la division se faisait sentir.
La période comprise entre 1840 et 1x46 fut très incolore : ce fut la fin du système de l'Union. Dès 1840, le cabinet Lebeau, composé d'éléments libéraux, est renversé par un vote du Sénat. M. Nothomb entreprit de composer un ministère mixte et de gouvernerer. dehors detout parti, en s'appuyant sur une majorité de centres, et en évitant soigneusement toute lutte de principe. Malheureusement pour l'éminent chef du cabinet, ce n'était là qu'une théorie peu praticable, on le lui fit bien voir. Sa politique énervée ne lui servit qu'à s'aliéner les deux partis et à ne trouver de majorité nulle part. Au début de la session de 1842-1 843, la Chambre tout entière — moins les ministres — rejetait un article du budget des voies et moyens et infligeait un vote de blâme au ministre de la guerre. La division s'introduisait d'ailleurs dans le cabinet, et l'on vit un des ministres M. Deschamps, combattre, dans la discussion delà loi sur les jurys universitaires, une proposition du chef du cabinet et emporter le vote à une majorité de sept voix.
En 1842, la loi organique de l'enseignement primaire avait été votée par une sorire de compromis. Le système de la loi comportait les principes suivants : une école au moins par commune, l'instruction gratuite aux enfants indigents, l'éducation religieuse portée au programme, l'inspection civile et ecclésiastique, l'intervention de l'Etat et de la province dans les frais de l'enseignement primaire, la faculté de l'Etat d'adopter des écoles normales privées. Aux élections de 1845, la majorité mixte ministérielle fut sérieusement entamée et le cabinet Nothomb donna sa démission. A chaque élection d'ailleurs, la politique accentuée gagnait du terrain, la lutte se posait franchement entre libéraux et catholiques. Le roi cependant voulut faire une dernière tentative, et il chargea M. Vandeweyer de former un cabinet unioniste. Mais ce dernier jugea lui-même la position intenable, et il donna sa démission au bout de huit mois. La politique mixte était morte.
Un cabinet catholique homogène fut constitué par M. de Theux, mais il se sentait si peu en communauté d'idées avec le pays qu'il fut forcé de se borner à une administration d'affaires. Le parti libéral travaillait à se constituer et à composer un programme politique bien déterminé. Le 14 juin 1846, un congrès libéral se réunit à l'hôtel de ville de Bruxelles ; il se composait de 400 délégués des associations locales. Le programme comprenait six points fondamentaux : 1° la réforme électorale par l'abaissement du cens et l'adjonction des capacités au taux minimum ; 2° l'indépendance réelle du pouvoir civil ; 3° l'organisation d'un enseignement officiel absolument laiuue; 4° le retrait des lois
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réactionnaires; 5° l'augmentation du nombre des représentants et des sénateurs proportionnellement à la population ; 6" l'amélioration de la condition des classes ouvrières et indigentes.
Aux élections de juin 1847, le parti catholique était battu dans toutes les grandes villes et le ministère se retirait. L'administration libérale qui succéda au ministère de Theux eut bientôt à lutter contre une des crises les plus violentes que la Belgique ait eu à subir. La révolution de 1848 venait d'éclater en France, elle avait eu son contre-coup en Belgique et la surexcitation des esprits était extrême. Cette situation se compliquait d une crise alimentaire, conséquence de mauvaises récoltes, et d'une crise industrielle désastreuse. Le ministère prit des mesures immédiates pour venir en aide à la classe ouvrière qui avait été cruellement éprouvée. Ensuite, sous la pression de l'opinion publique, il propose et fait votera la Chambre l'abaissement du cens législatif à 20 florins (fr. 4ï, 32); les lois réactionnaires de 1842 sur la nomination des bourgmestres et le fractionnement des communes sont rapportées, la garde civique est organisée* les journaux sont affranchis du timbre, les fonctions salariées de l'Etat sont déclarées incompatibles avec le mandat parlementaire. Le parti catholique avait fait trêve à la lutte ; soit patriotisme ou peur, il soutint le ministère libéral pendant la période aiguë de la crise, qui s'étendait d'ailleurs à toute l'Europe.
Le cabinet du 12 août 1847 s'appliqua surtout à remettre en équilibre la situation financière; il déploya une grande activité dans l'élaboration de réformes économiques : abaissement du tarif postal, création de la Banque nationale et de la Caisse de retraite, établissement des télégraphes électriques, création de l'impôt sur les successions. Le 1er juin 1850 fut votée la loi de l'enseignement moyen .
Une réaction contre les idées de 1848 se faisait sentir ; le coup d'Etat du 2 décembre encouragea le parti conservateur ; il y eut contre le libéralisme au pouvoir un assaut formidable, encouragé parla presse bonapartiste française, qui menaçait la Belgique d'une invasion si le cabinet n'était renversé. Les libéraux perdirent douze voix aux élections de 1854, et, après quelques essais malheureux de remaniement, le ministère se retira. Un cabinet de transition, qui lui succéda, obtint la signature du traité de commerce franco-belge, voulut essayer de ressusciter la politique de juste-milieu, et succomba. M. Dedecker fut alors chargé par le roi de composer un ministère catholique. En 1856 eurent lieu les fêtes du 24eanniversaire de la fondation de la dynastie nationale. Cet anniversaire provoqua un grand enthousiasme dans le pays; le patriotisme était surexcité par les menaces qui venaient du côté de la France et dont M. Walewski, au Congrès de Paris, s'était fait l'organe. Cette période de fête eut un triste lendemain pour le ministère. L'opinion catholique s'accentuait de plus en plus et se renfermait dans un dogmatisme intolérant, les évoques lançaient des mandements violents contre l'enseignement public, les libertés constitutionnelles étaient l'objet d'attaque s incessantes dans la presse ultramontaine. Le catholicisme modéré se transformait Cette si- [ tuation avait déjà passionné les esprits, mais le ', mécontentement devint extrême lorsque le minis- j tère déposa, le 2!) janvier 1856, un projet de loi I qui permettait d'autoriser, par simple arrêté royal, des fondations particulières, indépendantes des administrations légales, et gérées par les membres de la famille des fondateurs ou par les titulaires de fonctions civiles ou ecclésiastiques. C'é- ; tait le rétablissement de la main-morte en faveur des couvents.
La mise en discussion de'cette loi (1857) souleva |
une émotion indescriptible dans le pays. Des manifestations hostiles eurent lieu dans toutes les provinces et à Bruxelles notamment. La plupart des conseils communaux votèrent des adresses au roi pour demander le retrait de la loi. Le ministère fut contraint de se rallier au renvoi du projet de loi à la section centrale : c'était l'ajournement indéfini. Aux élections communales qui eurent lieu à la fin de l'année, le parti libéral obtint un succès éclatant, et, devant cette démonstration de l'opinion publique, le ministère donna sa démission. Un cabinet libéral présida à la dissolution des Chambres ; une lutte violente s'engagea pendant la période électorale. Les libéraux obtinrent un succès inespéré : ils disposaient d'une majorité de 32 voix à la Chambre. Un nouvel élément était entré dans la lutte : c'était ce qu'on appelait alors le « jeune libéralisme » et plus tard le « libéralisme progressiste » ; il réclamait l'exclusion du prêtre de l'école, l'instruction obligatoire, la réforme électorale, l'emploi de la langue flamande dans les documents officiels, à l'égal de la langue française, la réduction des dépenses militaires. A Bruxelles surtout, la lutte entre les deux fractions du parti libéral s'accentuait de jour en jour. L'administration libérale resta au pouvoir jusqu'en 1870. On lui doit les fortifications d'Anvers, une remarquable série de réformes économiques : l'abolition des octrois communaux et L'institution d'un fonds communal (1SG0), la conclusion de traités de commerce avec la France, la Suisse, l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre, les Pays Bas, l'affranchissement de la navigation sur l'Escaut ( 1 803), la suppression des barrières sur les routes de l'Etat, l'abaissement à 10 centimes de la taxe postale à l'intérieur du pays. Sur le terrain politique, on reprochait au cabinet sa tolérance excessive, son inaction dans les questions d'enseignement, ses résistances aux revendications les plus modérées de la fraction progressiste. Le ministère libéral succomba aux élections de 1870.
Notons que le roi Léopold I« était mort le 10 décembre 18C5, et que son fils Léopold II lui avait succédé.
La guerre franco-allemande fut un sujet d'inquiétudes bien justifiées pour le nouveau ministère catholique de M. d'Anethan. La neutralité du pays fut sérieusement menacée: les armées belligérantes se heurtaient aux frontières belges, et le désastre de Sedan vint jeter en Belgique une partie de l'armée française dispersée. Ce lut toutefois pour tout le pays une période d'une prospérité exceptionnelle; le commerce, l'industrie atteignirent un degré d'activité que l'on eut le tort de croire durable. La réaction vint bientôt, compliquée de désastres financiers qui, coup sur coup, mirent le comble à cette situation critique. Un des premiers actes du ministère fut de faire voter l'abaissement du cens pour les élections provinciales et communales (12 juin 1871). Le parti libéral, devenu parti d'opposition, s'unifia bientôt, et travailla à l'élaboration d'un programme. Le cabinet Malou avait remplacé l'administration d'Anethan, tombée à la suite d'émeutes provoquées par la nomination au gouvernement du Limbourg de M. Dedecker, gravement compromis dans la banqueroute de la banque Laugrand. Ce fut un cabinet d'affaires. Le 11 juin 1878, la lutte électorale donnait la victoire aux libéraux. Le 1" juillet 1879, après une discussion longue et passionnée, la nouvelle loi organique de l'enseignement primaire fut votée : l'inspection ecclésiastique était supprimée, la religion effacée du programme, le prêtre ou son délégué était admis adonner des leçons, avant ou après les heures de classes, les écoles normales étaient mises sous la direction de l'Etat La création d'un ministère de l'instruction publique était de plus un sûr garant des intentions du gouver-
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