RAGES HUMAINES — 2399 — RACES HUMAINES
turaliste est beaucoup moins Importante. Il est, en effet, au moins avéré que les hommes primitifs n'avaient aucune civilisation, aucun souci ni de remonter à leurs origines, ni de se constituer une histoire. Dans ces conditions, tout groupe d'hommes isolé de ses semblables devait bien vite les oublier, prendre des habitudes et des caractères nouveaux, et constituer ainsi une race particulière. Ce sont ces races distinctes que l'on doit considérer comme les races originelles; elles étaient nécessairement multiples, et tout a dû dès lors se passer à peu près comme si plusieurs races d'hommes différentes s'étaient formées isolément sur plusieurs points du globe.
Aux hypothèses du monogénisme et du polygénisme se rattache une autre question autour de laquelle on a également beaucoup discuté et qui n'est cependant qu'une qupstion de mots. Existet-il plusieurs espèces d'hommes ou n'en existe-t-il qu'une seule ? Les polygénistes sont généralement pour la première alternative, les monogénistes pour la seconde, et ceux-ci ont incontestablement raison. Quelle qu'ait été l'origine des races humaines actuelles, il est certain qu'elles peuvent aujourd'hui se mélanger entre elles à tous les degrés; les unions, quoi qu'on en ait dit, sont toujours aussi fécondes entre individus de races différentes qu'entre individus de même race: aucune barrière semblable à celles qu'on observe entre certains types d'animaux, d'ailleurs voisins, comme l'âne et le cheval, ne maintient les races humaines séparées. On ne saurait donc les considérer autrement que comme formant un seul tout; dans l'état actuel de nos connaissances, sous peine de contredire les caractères zoologiques et physiologiques de l'espèce, polygénistes et monogénistes sont forcés de reconnaître qu'il n'existe qu'une seule espèce humaine.
L'unité de l'espèce humaine, la pluralité des races, manifeste dès les temps les plus reculés que la science puisse atteindre, voilà les faits positifs qui dominent toute l'histoire de l'homme. A ces deux faits, il faut en ajouter un troisième, également de haute importance : il est constant que l'homme n'a pas occupé dès le début toutes les terres habitables. Certaines lies, des portions do continent même n'ont été peuplées que depuis les temps historiques, à des époques qu'il a été possible de déterminer. Quelle que soit l'idée que l'on se fasse sur l'origine des premiers hommes, il y a donc lieu de rechercher, pour chaque contrée, quels en ont été les premiers habitants. Il a été, dans un certain nombre de cas, possible de le découvrir ; on a toujours alors trouvé que ces premiers habitants viennent d'ailleurs; ils n'en constituent pas moins la race primitive du pays considéré, et on peut sans inconvénient les regarder comme les autochtones, mot qui prend alors une signification précise. Les autochtones sont donc simplement pour nous les premiers immigrants d'un pays, et nullement, comme on le laisse parfois entendre, des hommes formés pour ce pays, dès l'apparition de l'espèce humaine. Ainsi, alors même qu'on a reconnu la race autochtone d'un pays, on doit se demander : d'où vientelle ? C'est en se posant cette question que M. de Quatrefages a pu résoudre d'une façon définitive le problème du mode de peuplement des archipels de la Polynésie. Dans la plupart des autres régions de la terre, en Europe surtout, le problème est infiniment plus compliqué, en raison du nombre considérable de types humains d'origine différente qui sont venus se heurter sur une même contrée, et se sont fusionnés en occupant son sol. D'ailleurs une autre cause rend le problème plus compliqué encore : c'est l'extrême variabilité de l'espèce humaine, non-seulement sous l'action des croisements, mais môme sous
l'action directe du milieu. N'avons-nous pas vu un type très accusé, le Yankee, se former pour ainsi dire sous nos yeux aux États-Unis, soit par le mélange d'Européens fixés en Amérique, soit par une modification spontanée du type le plus répandu dans le pays, le type anglais?
Le problème anthropologique étant ainsi posé, la méthode la plus logique pour arriver à connaître l'origine de toutes les races actuelles consislerait à déterminer quels ont été les premiers habitants de chaque contrée, et quelles sont les immigrations successives qui se sont produites. Si difficile qu'il soit de suivre cette méthode, en raison de l'imperfection de l'histoire et des mythes qui défigurent presque toujours, dans les races anciennes et dans les races sauvages, les faits réels dont le souvenir a pu se conserver, la mythologie même, la linguistique ou étude comparée des langues, l'archéologie et la paléontologie ont fourni à l'histoire de 1 homme des documents nombreux, grâce auxquels il est possible de retracer, avec une assez grande certitude, les vicissitudes éprouvées par quelques-unes de ses races.
Tout d'abord, la paléontologie est seule capable de nous fournir quelques renseignements sur les premières formes revêtues par l'espèce humaine, sur leur antiquité.
Depuis une trentaine d'années nos connaissances à cet égard ont fait des progrès inattendus. Des documents patiemment recueillis aux environs de Chartres par M. Desnoyers, en Italie par M. Capellini, dans le Loir-et-Cher par M. l'abbé Bourgeois, ont convaincu des hommes de la plus haute prudence et de la compétence la plus incontestée, tels que M. de Quatrefages, que l'homme existait déjà durant le second tiers de la période tertiaire, à l'époque miocène, qu'il avait été contemporain des mastodontes, des rhinocéros européens, des hipparions ou chevaux à trois doigts, etc. On ne trouve malheureusement, avec les silex grossièrement taillés de l'homme miocène et les os entaillés par ses outils, que les très rares débris d'un être étrange, le Uryopithèque, plus rapproché de l'homme à certains égards que les grands singes actuels, et sans qu'il soit impossible que les outils découverts dans le miocène soient l'œuvre de ce singulier précurseur de l'homme, rien n'autorise à les lui attribuer d'une façon positive.
Nous possédons des renseignements plus complets sur l'existence de l'homme dans la période quaternaire, immédiatement antérieure à la grande extension des glaciers en Europe qui marque le début de l'époque géologique actuelle. Non seulement l'homme a été en Europe le contemporain de l'ours des cavernes, du renne, du mammouth, ce gigantesque éléphant aux longs poils, mais il avait acquis dès cette époque une véritable industrie; ses armes étaient faites avec habileté; il avait le goût de la parure ; il avait découvert l'art du dessin et s'est représenté lui-même par des gravures sur pierre et sur ivoire, qui ont été retrouvées ainsi que d'autres représentant d'une façon nettement reconnaissable les animaux ses contemporains. Les restes de l'homme de cette époque qui précède de si loin l'époque historique ont été exhumés ; ils appartiennent à plusieurs races qui, sans être aussi anciennes les unes que les autres, ont vécu cependant côte à côte et ont légué quelques-uns de leurs caractères à certains types de l'homme actuel. Ces races sont celles de Canstadt, de Cro- Magnon, et l'ensemble de types désignés parM.de Quatrefages sous le nom de races de hurfooz.
La race de Canstadt est la plus ancienne; c'est aussi celle dont le type est le moins élevé ; elle a été découverte à Canstadt, près de Stuttgart, en 1700, sans qu'on y attachât d'abord grande importance; retrouvée dans la grotte de Neauderthal, près de Dûsseldorf, et alors étudiée avec soin.