VIE HUMAINE (AGES) — 2400 - VIE HUMAINE (AGES
4° Adolescence (de 13 à 20 ans). —Cet âge est caractérise par le développement dos fonctions reproductrices, jusque-là embryonnaires, par le ralentissement de l'accroissement organique, et par le caractère définitif que revotent les progrès de l'être tout entier, aussi bien ses progrès physiques que ceux de son intelligence. Les contours se fixent, s'arrêtent, ceux de l'esprit comme ceux de la figure. Une vigueur croissante achemine l'être physique et l'être moral au plein et puissant équilibre" de la virilité. Age charmant, qui est bien le printemps de la vie, car il est la saison ou tout, dans le jeune enfant, s'épanouit et fleurit à la fois. Age critique aussi, il ne faut pas l'oublier, où l'enfant subit une redoutable métamorphose, renonce de plus en plus à la vie animale pour faire prédominer la vie du système nerveux, et où il perd l'insouciance du premier âge, pour revêtir le sérieux et les passions de l'homme.
La crise morale est, pour le jeune garçon, plus dangereuse que h crise physique. L'inverse est vrai de la jeune fille : chez celle-ci rétablissement de la fonction menstruelle, alors même qu'il se fait normalement, crée un appauvrissement, une spoliation organique, qui se traduit presque aussitôt par l'arrêt définitif de la croissance. Lt trop souvent l'apparition de la nouvelle fonction suscite un véritable orage, d'où la jeune fille sort anémique, débile, nerveuse. C'est pourquoi il est indispensable d'entourer ce délicat épanouissement de la femme de précautions multipliées, parmi lesquelles l'excellence de l'alimentation, l'exercice, l'hydrothérapie, les bains de mer, figurent au premier rang.
5° Age mûr (de 2u à 45 ans). — Cette courte période de vingt-cinq années est, au point de vue physiologique, le plein de la vie: c'est le moment rapide où, le développement ayant pris fin et la dégénération n'ayant pas commencé, l'état physique de l'être est un harmonieux et actif équilibre, une merveilleuse pondération des pertes et des recettes. C'est l'âge où les forces de l'organisme sont à 'leur apogée, où la résistance à la destruction est le plus énergique, où les chances de vie sont le plus considérables. C'est aussi l'âge où se manifeste généralement la plus grande activité de l'être moral, où l'homme produit la plus grande somme de travail, savoure le plein usage de ses facultés, se livre à ses passions, nobles ou inférieures, fonde la famille, et connaît la plus grande partie des joies ou des souffrances qui doivent traverser sa vie.
Le terme de vingt-cinq années, que nous avons assigné à cette phase heureuse de la vie, n'est qu'une moyenne approximative. Nul ne doit désespérer de la reculer bien plus loin. Il est certain qu'un homme naturellement rigoureux, s'il fait un prudent usige de ses forces et qu'il évite de les user prématurément dans les fatigues, les privations nu les excès, pourra les conserver entières dix ou même quinze années de plus et entrer,pour ainsi dire, jeune encore dans la vieillesse. Malheureusement une pareille sagesse est rare : il faut dire que l'âpreté de la toncurrence vitale la rend le plus souvent impossible, en obligeant l'homme à faire, en peu d'années, une énorme dépense de son énergie physique ou morale. La civilisation a augmenté dans une effrayante proportion le fardeau de la vie, sans qu'elle ait ajouté un atome à la vigueur de l'organisme: bien au contraire, elle la diminue lentement, par une usure toujours croissante, qui appauvrit d'abord l'individu, et ensuite, par hérédité, atteint l'espèce.
Une science tout entière, qui ne se peut résumer ici, l'hygiène, règle les mesures à prendre pour prolonger aussi loin que possible cet harmonieux équilibre des fonctions. Nous n'en dégageons que ce principe fondamental, qui fut aussi celui
d'une philosophie: suivre la nature; il implique la sobriété, l'exacte satisfaction des besoins, l'exercice proportionnel de toutes les fonctions, et non d'une seule au détriment des autres, enfin la réglementation méthodique de la vie, de façon à en corriger les incessantes déviations et à la ramener à son type naturel.
C'est vers la trentième année que le corps de l'homme atteint son plus haut point de perfection pour la staïur; et les proportions de sa forme. Toute la gracilité du jeune âge a achevé de disparaître. Les masses musculaires fortement saillantes, leurs contours durement accusés, le tronc carré, les membres épais, la voix forte et grave, les traits du visage bien marqués, la démarche ferme et hardie, le geste harmonieux, rapide, précis, le feu divin de la physionomie, tout dans l'homme exprime alors la force sûre d'elle même, la majesté calme, le commandement. La femme réalise beaucoup plus tôt le type parfait de son développement ; sa croissance se termine de bonne heure, et ses formes sont généralement définitives dès la vingtième année. Tout en elle e6t plus doux, plus délicat, plus arrondi, plus fin : son aspect eit celui de la grâce, non de la force, et de la beauté, non de la majesté.
6° Age de retour (de 45 à 60 ans). — C'est le commencement de la période de déclin. L'équilibre s'est rompu, la compensation est désormais détruite, 1 usure organique i'emporte et va l'emporter de plus en plus sur les acquisitions. Alors apparaissent les signes avant-coureurs de la décrépitude, premier effet de cet affaiblissement de la force évolutrice, qui ira croissant jusqu'à la mort. Les dents s'ébianlent, se déchaussent, tombent; les cheveux blanchissent et se font rares; lamaigrisoement du visage plisse la peau, la sillonne de rides ; les muscles diminuent de volume, perdent leur force ; à mesure qu'ils s'atrophient, la graisse envahit l'espace qu'ils occupaient : embonpoint de mauvais augure, qui n'est que le résultat de la mort des tissus. La défaillance de la force vitale expose l'homme à l'invasion des maladies, et le ramène peu à peu à la fragilité de ses premières années. C'est l'époque des grandes maladies chroniques, du cancer, de la goutte, du diabète, des calculs, etc. C'est, pour la femme, l'époque où elle perd la faculté de reproduction, passage tellement périlleux, qu'il porte le non d'âge critique.
11 est remarquable de voir la virilité de l'intelligence survivre à celle des organes. Cet âge de déchéance physique est, pour la plupart des hommes, le moment de leur pleine production intellectuelle ; la raison est restée aussi ferme que dans l'âge viril et s'est enrichie de l'expérience; l'esprit a perdu sa première fougue, mais il a gagné en solidité ce qu'il a perdu en spontanéité, et c'est alors qu'il donne ses fruits les plus mûrs et les plus parfaits.
1" Vieillesse (de bO ans jusqu'à la mort). — La déchéance vitale augmente de jour en jour, le mouvement de destruction s'anime d'une vitesse croissante. La circulation sa ralentit, la taille se courbe, la peau se flétrit, les muscles s'atrophient, le regard s'éteint, les organes digestifs s'affaiblissent, la voix se casse, chevrote, la démarche perd son assurance. La composition chimique des tissus se modifie notablement ; le caractère principal de cette modification est la perte croissante de l'eau constitutive; la liquidité étant une des conditions indispensables de la vie des cellules, la diminution de l'eau implique le ralentissement graduel des phénomènes intimes de la vie des tissus. Les organes du vieillard semblent donc, par un lent dessèchement, s'acheminer à la mort. Dans les cas les plus heureux c'est bien, en effet, par le progrès régulier et fatal de cette extinction des phé-
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nomènes cellulaires, que se produit la cessation de la vie : il vient un moment où la somme des actions cellulaires cesse d'être suffisante pour entretenir les grandes fonctions ; alors, pour user \ d'une comparaison aussi ancienne qu'elle est exacte, la vie s'éteint, comme la lampe dont l'huile est épuisée. Fin trop rare, et digne d'envie, en ce qu'elle est la terminaison normale et paisible de l'évolution vitale. Mais le plus souvent c'est un accident qui vient hâter la destruction de l'être, en frappant un des organes principaux, le PO'ùmon, le cœur ou le cerveau. La mort par le poumon est, de toutes, la plus fréquente, parce qu'il suffit d'une diminution relativement peu considérable de l'action respiratoire pour arrêter les combustions organiques, déjà réduites au minimum.
Les facultés psychiques subissent elles aussi de notables modifications, maisqui tiennent aux effets accumulés d'une longue expérience, et nullement au contre-coup de la décrépitude physique. La vie de l'âme peut et doit rester aussi intense, à ces derniers jours de la vie, qu'au temps de la force et de l'activité des organes : lorsqu'elle vient à languir, chose fréquente, c'est là le résultat d'une altération morbide, qu'on ne peut nullement regarder comme inhérente à l'évolution naturelle. Mais si la vie morale ne languit pas, du moins elle se modifie : la longue succession des années a trop enseigné au vieillard le prix de la prudence, de la sagesse, pour qu'il n'ait pas quelque peu perdu l'habitude de l'enthousiasme ; elle lui a appris la fragilité des choses humaines, des joies, des affections, des dévouements, des souffrances même : de là un détachement significatif, parfois entaché d'égoisme, qui caractérise le couchant de la vie, et donne à ce que l'on a nommé la sagesse des vieillards son caractère d'impassible sérénité.
Quelle est la durée probable de la carrière humaine ? Si on fait entrer dans le calcul tous les âges indistinctement, l'extrême mortalité de la première enfance abaisse terriblement le chiffre de la moyenne : ce chiffre se réduit alors à 33 ans environ ! Encore exprime-t-il un véritable progrès sur le chiffre constaté au siècle dernier : Duvillard, qui opérait sur des statistiques antérieures à la Révolution, n'avait trouvé que '.'S années pour la durée moyenne de la vie. Depuis
1 lors d'immenses travaux de statistique ont permis d'établir ces tables détaillées de mortalité sur , lesquelles repose tout le calcul des compagnies d'assurance. En voici quelques conclusions :
Sur 100 individus, 44 atteignent 30 ans.
Sur 100 individus âgés de 30 ans, 5â parviennent à 60 ans, 32,7 à 70 ans, 11,4 à bO ans, et seulement 1,3 à 90 ans. Quant aux centenaires, leur nombre est si restreint qu'il échappe à l'évaluation statistique.
Sur 15 millions de décès, les 2/3 portent sur les classes pauvres.
A tous les âges, la femme paraît vivre plus longtemps que l'homme.
Si effrayante que soit la moyenne de la mortalité, la comparaison avec les époques passées ou avec les pays et les races arriérés, montre que les progrès de la science peuvent la diminuer singulièrement. Cinq causes ont a^i, depuis près d'un siècle, pour en abaisser le chiffre : la vaccination — la rapidité des communications et des transports, qui a supprimé les famines et diminué les privations — les progrès de la médecine — les progrès de l'hygiène publique et privée — l'aisance. Toute impulsion nouvelle imprimée à l'une de ces causes retentira directement sur la longévité. Toutefois ces influences ne sont pas les seules dontil faille tenir compte, sous peine de ne faire qu'une œuvre incomplète et boiteuse. L'élément moral doit entrer pour une grande part dans le calcul des causes qui régissent la viabilité de la race, parce qu'il influe directement sur la vitalité de l'individu. Un ordre social plus moral, qui aurait gardé moins de ressemblance avec ce qui fut, nous dit-on, l'ordre naturel, qui reposerait un peu moins sur la force et un peu plus sur l'équité, où l'expansion de la vie trouverait de moins âpres difficultés, où il y aurait plus de place pour la charité, pour l'éducation de la conscience, voilà l'un des grands remèdes à la fragilité de l'homme. Un grand écrivain dont le cœur égalait l'esprit, Michelet, a écrit ces lignes admirables : « Si tu es médecin, fais halte quelquefois, tu ne vois que trop la douleur. Apprends-en les causes sociales. Informe-toi par moments de la grande thérapeutique d équité et d'ordre civil qui viderait les hôpitaux, de cette cité de justice qui guérirait par le bonheur, » [Dr E. Pécaut.j