ÉCOLES NORMALES
Première année. — Lecture et explication de morceaux choisis de bons auteurs. Exercices de composition : narrations, descriptions, lettres.
franques, gallo-romaines ou gallo-franques. De l'époque cettique ou gauloise, nous savons peu de chose, soit sur la langue elle-même, soit sur la , littérature, et ce sont des éléments bien incertains de l'une et de l'autre qu'on peut retrouver dans l'idiome de nos paysans bretons et dans leurs chansons populaires, en y cherchant, à quinze siècles de distance, un écho des chants sacrés des druides. La langue et la littérature des Romains ont laissé dans l'histoire de l'ancienne Gaule des traces plus faciles à recueillir. Toutes nos contrées du midi, de Marseille à Bordeaux, de Lyon à Toulouse, ont eu leurs écoles d'éloquence et de poésie latines, et il y eut un moment où l'empire romain en décadence trouva son principal éclat littéraire dans ses provinces gauloises. Mais ce développement tout latin du génie gaulois appartient à l'histoire de la littérature romaine et nous touche seulement par l'influence que celle-ci a exercée sur nos populations indigènes, leur langue et leur caractère. L'élément germanique qui, après l'invasion des Francs en Gaule, a une si grande part dans les transformations politiques et ethnographiques de l'Europe, n'a qu'une très médiocre importance littéraire. Les diverses tribus germaniques, également voisines de leur origine barbare, n'avaient guère de traditions de culture intellectuelle à se transmettre, et chacune d'elles, sur le point où elle s'établit, en est aux premiers tâtonnements d'une grossière poésie, qui va prendre ses allures et ses formes propres dans la diversité des circonstances locales et historiques. Loin de participer au réveil du peuple gaulois, l'élément tudesque s'élimine visiblement de la langue comme des idées de la nation reconstituée de ce côté du Rhin par Charlemagne, et l'on est étonné de voir combien peu de mots d'origine germanique subsistent à côté du latin dans les plus anciens monuments de la première langue vulgaire française désignée sous le nom de langue romane.
Cette langue laisse entrevoir sa physionomie propre dans un premier document, le double serment de Strasbourg, prêté en 842 par Louis le Germanique à Charles le Chauve et par les soldats de Charles à Louis, avant de marcher contre Lothaire. On y voit disparaître ces désinences changeantes par lesquelles les mots latins marquent leurs rapports entre eux, et l'on y remarque aussi l'absence de l'article. Voici le texte et la traduction de la première partie:
Deuxième année. — Les principales figures de grammaire. Préceptes et exercices relatifs à la construction de la période. Lecture et explication de morceaux choisis de bons auteurs. Observations et exercices sur la pureté et la propriété des termes et des locutions. Exercices de composition : narrations, lettres, rédactions usuelles.
Troisième année. — Exemples, règles et exercices relatifs aux qualités générales du style : clarté, pureté, propriété, convenance, élégance. Les tropes et les figures de pensées ; règles et exemples. Les principales compositions en prose du genre narratif et du genre didactique. Exercices de composition : narrations, compte rendus, discours, dialogues.
(Programme du 10 octobre 1867.)
LITTÉRATURE FRANÇAISE. — Etendue, limites et divisions. — Il y a deux manières d'envisager l'histoire de la littérature française, et, suivant celle qu'on adopte, cette histoire présente une étendue, des limites et des divisions très différentes. Pendant longtemps, on a restreint notre littérature à la suite des œuvres écrites dans cette langue mûre et perfectionnée, aujourd'hui parlée et comprise par les classes instruites de la société dans nos diverses provinces, et, en ce sens, notre histoire littéraire remonterait à peine au commencement du xvne siècle. Laissant de côté les auteurs dont le langage vieilli ne se comprend bien qu'avec le secours d'un dictionnaire, elle prendrait pour point, de départ la réforme classique de Malherbe qui, après les tentatives de restauration grécolatine du xvie siècle, vient enfin mettre la langue et la littérature dans une voie qu'elles ne devaient plus quitter. Son champ serait alors assez borné, et les divisions en seraient faciles ; elles correspondraient aux trois siècles écoulés depuis Malherbe : le xvnc, le xvm' et le xixc siècles.
Mais la critique de nos jours a élargi singulièrement notre horizon. Elle nous enseigne à chercher la littérature d'un peuple dans toutes les manifestations, écrites ou parlées, de son génie, à toutes les périodes de l'histoire nationale et à travers toutes les révolutions de la langue. Dans ce sens, l'histoire de la littérature d'un peuple remonte jusqu'aux origines de sa nationalité, en suit et en reflète toutes les phases. Ainsi entendue, l'histoire de la littérature française, comme celle de toute littérature moderne, offre trois grandes périodes, correspondant aux divisions mômes de l'histoire générale : le moyen âge, la Renaissance et les temps modernes. Des subdivisions plus ou moins nombreuses peuvent être établies, soit d'après des points de repère chronologiques, comme les siècles ou les règnes, soit d'après l'influence dominante des hommes et des œuvres, ou d'après les conséquences d'événements qui changent les conditions d'existence extérieure ou morale de la société. Si la division par siècles s'applique assez bien aux diverses phases de notre littérature depuis la Renaissance, c'est, au contraire, d'après les genres et les œuvres qu'il nous paraît nécessaire de diviser la longue période littéraire du moyen âge, où, en dehors des limites chronologiques ordinaires, on voit les mêmes genres se continuer et souvent les mêmes œuvres se reprendre de siècle en siècle, en se transformant suivant les idées, les mœurs, l'état social contemporain.