CÉTACÉS
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aiguës, et les évents confondus en une seule ouverture ; ce sont des animaux de taille moj'enne qui vivent en troupes plus ou moins nombreuses dans le voisinage des côtes ou même dans les eaux douces des grands fleuves et se nourrissent de poissons et de crustacés. Leur corps, presque complètement dépourvu de poils comme celui des caciialots, se termine par une nageoire caudale aplatie, souvent bifurquée, et présente en outre une nageoire dorsale et des nageoires antérieures. Dans cette famille se place, avec diverses espèces exotiques, le Dauphin de nos mers, vulgairement connu sous le nom de Bec d'oie et d'Oie de mer, et une foule d'espèces qui se rattachent à ces formes principales.
Le dauphin était considéré par les anciens comme un être d'une intelligence exceptionnelle, aimant la musique, plein de charité pour ses semblables, et susceptible de s'attacher à l'homme. On racontait l'histoire d'animaux de cette espèce qui avaient sauvé des hommes sur leur dos, ou qui étaient morts de chagrin en ne revoyant plus les personnes qu'ils aimaient. Aussi un grand nombre de villes avaient-elles pris le dauphm comme emblème et reproduit son image sur leurs monnaies et leurs armoiries. Mais, d'après les observations des naturalistes modernes, il paraît que les qualités de ce cétacé ont été singulièrement exagérées, et qu'il n'est pas mieux doué que les autres animaux du même groupe. S'il s'approche de l'homme, c'est uniquement dans l'espoir de vivre à ses dépens, en saisissant les poissons dans les filets, ou en se repaissant des reliefs rejetés des navires.
Les dauphins, quoique moins utiles que les cachalots et les baleines, sont néanmoins recherchés à cause de leur chair et surtout de leur graisse, qui est employée dans l'industrie.
Tout à côté d'eux se rangent les narvals, si remarquables par le développement inusité d'une de leurs incisives qui sort de la bouche et se prolonge en une défense cannelée aussi longue que la moitié du corps ; et les phocenes ou marsouins, à la tête renflée, au museau obtus, aux dents dilatées en palette. Ces derniers hantent les côtes occidentales de l'Europe et remontent parfois les grands fleuves. On en a pris dans la Seine à Paris même.
Baleines. — Cette famille comprend deux groupes : les baleines proprement dites et les baleines à ventre plissé ou rorquals. Les baleines véritables ont la tête grosse, élevée en voûte par suite du développement considérable des fanons, le corps énorme, privé de nageoire sur la ligne dorsale et complètement lisse sur la face ventrale. C'est à cette catégorie qu'appartiennent la baleine franche du nord de l'Océan Atlantique et de la Mer Glaciale, la baleine antarctique des parages de la Nouvelle-Zélande, la baleine du Japon, etc. La baleine franche, à l'état adulte, mesure environ 20 mètres de long et pèse "tOOOO kilogrammes. Son corps, dont la circonférence, immédiatement en arrière des nageoires nectorales, peut être évaluée à 10 à 12 mètres, se rétrécit brusquement en arrière, au point d'avoir seulement l mètre à l"n.50 de diamètre vers la naissance de la nageoire caudale. Sa tête, à peine séparée du tronc par une légère dépression, est aussi grosse que le corps et forme à peu près le tiers de la longueur totale ; elle est aussi large que longue et offre en avant une gueule énorme, dont l'ouverture a 2 à 3 mètres de large et dont la hauteur interne est de 4 mètres. La paroi antérieure de cette caverne est garnie de 700 lames élastiques ou fanons, servant, comme nous l'avons dit, à retenir les petits animaux dont les baleines font leur nourriture exclusive.
La baleme australe, qui vit précisément aux antipodes de l'autre espèce, diffère de la première par les proportions de sa tête, la largeur plus
grande de ses fanons, le nombre plus considérable de ses côtes, etc. Enfin, la baleine des Basques, dont un individu est venu s'échouer en 185i dans le port de Saint-Sébastien, et qui était jadis fort commune dans le golfe de Gascogne, appartient probablement aussi à la même subdivision.
Les rorquals, qui sont caractérisés par la présence d'une nageoire sur la ligne dorsale, la brièveté des fanons, la largeur de la tête, et l'aspect de la région ventrale sur laquelle se dessinent des plis longitudinaux, se répartissent en un assez grand nombre d'espèces dont les unes habitent la Méditerranée et l'Océan Atlantique, les autres l'Océan Pacifique. Le rorqual à bec,qui se trouve déjà mentionné dans les écrits d'Aristote, se montre de temps en temps sur les côtes de la Provence et des Pyrénées-Orientales; il atteint une longueur de 5 à 8 mètres. Une espèce encore plus grande visite les côtes de la Hollande.
Les baleines et les rorquals sont fort recherchés, comme nous l'avons dit, à cause de leur graisse, qui, étant fondue, fournit une huile précieuse pour les arts industriels, et à cause de leurs fanons qui sont employés pour la fabrication des baguettes de fusil, des buses de corsets, etc. Jadis les Basques et les Hollandais se sont livrés avec ardeur à la chasse de ces animaux et en ont retiré des bénéfices considérables. Aussi l'on ne doit pas s'étonner que les grands cétacés se soient peu à peu éloignés de nos côtes pour se retirer dans les régions polaires ou dans quelques parages encore pea fréquentés de l'Océan.
Les expéditions pour la pêche de la baleine se mettent en route d'ordinaire dès le mois d'avril, et opèrent pendant les mois de mai, juin et juillet. Un temps brumeux est très favorable, parce qu'il permet aux pêcheurs de se dérober à la vue des baleines, qui sont d'une méfiance extrême et prennent la fuite à la moindre apparence de danger. Aussitôt que les guetteurs ont signalé la présence d'un cétacé, les embarcations sont mises à la mer et s'approchent de l'animal avec de grandes précautions. Chacune d'elles emporte^ outre les rameurs et le timonier, un harponneur, au coup d'oeil infaillible, au bras vigoureux. Parvenu à une distance convenable, cet homme lance d'une main sûre le harpon qui s'enfonce dans la chair et va souvent atteindre le cœur ou les poumons. Vainement la baleine essaie en plongeant d'échapper à ses ennemis ; elle emporte avec elle le fer qui reste enfoncé dans la plaie et qui, d'autre part, est rattaché à une longue corde déroulée progressivement. Au moment où le monstre marin revient à la surface pour respirer, à une centaine de brasses de l'endroit où il avait disparu, un second coup de harpon met un terme à ses souffrances. Quelquefois cependant la baleine, rendue furieuse par sa blessure, se précipite sur l'embarcation et la renverse, si les marins ne se hâtent d'achever l'animal à coups de lance ou de massue. Une fois la baleine morte, on lui introduit dans la gueule un crochet attaché à un câble ou à une forte chaîne, et on la remorque auprès du navire ou sur la côte; puis on la dépèce, on en extrait l'huile et on en retire les fanons. La chair est rejetce parles Européens à cause de son goût désagréable, mais elle est loin d'être méprisée par les peuples du Nord, tels que les Groënlandais et les Aléoutes.
fE. Oustalet.l
CHALDÉE. — Histoire générale, H. — Ce nom désignait, à proprement parler, le pays des Chaldéens Kosdi. Knsdim, c'est-à-dire le canton situé aux bouches de l'Euphrate dans le golfe Persique. Il a été ensuite appliqué par extension à tout le territoire dépendant directement de Babylone vers le septième siècle avant notre ère, et il s'échange constamment dans l'usage courant de l'histoire avec le nom de Babylonie.
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■ La Chaldée, ainsi définie, était bordée au Nord par l'Assyrie, à l'Est par l'Elam, à l'Ouest par le désert d'Arabie, au Sud par le Golfe Persique. C'est une longue plaine d'alluvions formée par les dépôts incessants du Tigre et de l'Euphrate. Aux temps les plus anciens dont nous ayons souvenir, la mer pénétrait jusqu'à l'endroit où se trouve aujourd'hui Abou-Sliahrein ; au septième siècle avant notre ère, elle s'arrêtait à Térédon. Térédon est maintenant à plusieurs lieues dans l'intérieur des terres.
Le sol, coupé d'innombrables canaux dérivés du Tigre et de l'Euphrate, était d'une fertilité comparable à celle de l'Egypte : seulement vers l'Ouest à la frontière du désert, et vers le Sud, à l'embouchure des fleuves, il était couvert de marais improductifs. Des villes nombreuses (dont nous ne croyons pas nécessaire d'énumérer ici les noms) y prospéraient cote à côte. Elles étaient pressées à ce point qu'aujourd'hui encore, en montant au sommet d'un des tertres que forment leurs débris, on aperçoit à l'horizon de longues lignes d'autres tertres représentant chacun une antique cité chaldéenne.
Deux races au moins habitaient la Chaldée. L'une, la plus ancienne, parait se rattacher par la langue aux populations qui vivent aujourd'hui entre l'Oural et l'Altaï. L'autre parlait un dialecte sémitique et semble se rattacher aux nations sémito-koushites qui ont dominé sur la Syrie, l'Arabie et sur une partie de l'Asie Mineure. Les Chaldéens donnaient à ces deux races les noms de Soumir et d'Accad ; mais on ne sait pas encore d'une manière certaine qui étaient les Soumirs, qui les Accads. C'est la race non-sémitique qui fonda vraiment la grandeur de la Chaldée. Elle inventa le système d'écriture qui fut depuis en usage à Babylone et à Ninive, trouva les principes des sciences physiques, naturelles et mathématiques, créa la poésie et la rhétorique chaldéennes. La race sémite, qui, après lui avoir été soumise pendant des siècles, lui enleva la suprématie entre le trentième et le vingtième siècle avant notre ère, ne fit que développer et codifier à son usage la civilisation de ses premiers maîtres.
La présence de ces deux races sur le même soi donne à tout ce que nous savons de la Chaldée un aspect particulier. La Chaldée est double pour ainsi dire : elle a deux langues, deux écritures, deux religions, deux populations superposées, puis mêlées l'une à l'autre.
La religion de la Chaldée, qui devint plus tard, avec certaines modifications, la religion de l'Assyrie, adorait un grand nombre de dieux qui se laissent ramener à un dieu suprême et unique, principe de toutes choses. On l'appelait dans le dialecte non-sémitique Ajiou ou Ùmgirn, dans le dialecte sémitique Ilou. C'est à lui qu'on doit la création du monde. » En ce temps-là, il y avait en n haut quelque chose d'innommé, le ciel ; et en a bas quelque chose d'innommé, la terre. L'Océan j « les avait engendrés et le chaos de la mer les avait « enfantés dans leur totalité. Les eaux réunies et a confondues s'élevaient en haut; aucun roseau « n'y avait encore poussé, aucune fleur produit sa ' « graine. En ce temps-là, aucun des dieux n'en était « encore sorti ; ils n'avaient pas de noms divers, a et le Destin n'existait pas. » Les dieux se produisirent par trinités. La plus haute se composait d'Anou, (i le premicr-né, l'antique, l'ancien des dieux », de son fils Éa, et de Bel, qui, tantôt est le fils, tantôt le frère d'Anou. Venaient ensuite Sin le dieu-lune, Bin ou Ramman, fils d'Anou, dieu de l'atmosphère et du tonnerre, et enfin Samas, le Soleil, fils de Sln et arbitre du ciel. A chacun do ces dieux répondait une déesse, qui est le dédoublement féminin, le « reflet » du dieu, Anat ou Nana pour Anou, Bôlit pour Bel, Davkina pour Éa,
et ainsi de suite. Au-dessous de ces hauts personnages, on range les gardiens des cinq planèt» s, Adar (Saturne), Mardouk (Jupiter), Nirgal (Mars), Ishtar (Vénus) et Nébo (Mercure). C'était l'ordre supérieur de la hiérarchie divine, les chefs et les créateurs de légions de dieux moindres, quelques-uns purement locaux adorés comme Sarrakh à Kis, ou Lagamar à Sourripak, mais nulle part ailleurs; d'autres analogues aux esprits, aux anges ou aux démons de nos religions, les Igigi, les Announaki, les Telal, les Lammas, etc. Ces derniers pouvaient entrer en rapport direct avec l'homme, par l'effet de certaines formules ou de certaines opérations, dont la connaissance était réservée aux devins et aux magiciens.
Le récit de !a création, tel que nous l'ont conservé en partie les documents en écriture cunéiforme, présente beaucoup de ressemblance avec le récit de la Genèse hébraïque. Les scribes de la Chaldée ancienne avaient réuni en poèmes les légendes qui couraient de leur temps sur les débuts de l'humanité. D'après ces légendes, dix rois mythiques avaient régné sur Babylone pendant 432 000 ans. Plusieurs fois, les dieux se manifestèrent aux hommes sous des formes diverses (entre autres celle du poisson Oannès) ; chacune de leurs révélations marquait un progrès de la civilisation j et aussi de la méchanceté humaine. Sous le dernier des dix rois, Khasis-Adra, le Xisouthros des Grecs, la perversité générale était devenue si forte, que les dieux irrites résolurent de détruire la terre par un déluge. Khasis-' ira reçut l'ordre de construire une arche dans laquelle il enfermerait sa famille, ses amis et une paire de tous les animaux. Il obéit, et « un ouragan se leva à l'aube au matin, et à l'horizon des cieux la pluie et l'obscurité.... Le déluge puissant monta jusqu'au ciel. Le frère ne vit plus le frère, et personne ne fut épargne. Même, dans le ciel, les dieux craignirent l'inondation.... Six jours et six nuits passèrent : vent, déluge, ouragan firent rage. Le septième jour, la pluie du ciel se calma, et tout le déluge, qui avait détruit la terre comme un tremblement de terre. « L'arche s'arrêta au pays de Mzir, et Khasis-Adra, après avoir lâché successivement une colombe et une hirondelle qui ne surent où se poser et revinrent, lâcha un corbeau qui ne revint pas. Il sortit de l'arche et repeupla la terre de ses descendants.
Les temps qui vinrent après le déluge appartiennent encore à l'histoire mythique. La Chaldée était divisée en petites principautés rivales qu'un héros nommé Izdhoubar, peut-être le Nemrod de la Bible, réunit en un seul empire. Il délivra Ourouk des ennemis qui l'attaquaient, tua les monstres qui ravageaient le territoire et refusa d'épouser la déesse Ishtar amoureuse de lui. Frappé de lèpre par la déesse, il partit pour le pays divin où Khasis-Adra vit depuis le déluge, et obtint de lui sa guérison. D'autres rois suivirent, dont les noms nous sont arrivés entourés de légendes merveilleuses. L'histoire réelle ne commence pour nous qu'avec les monuments d'un ancien roi d'Our, dont le nom paraît être Likbagas (entre le quarantième et le trentième siècle avant notre ère). Ce fut un grand constructeur de temples et nous connaissons aujourd'hui les ruines de plusieurs monuments qu'il avait bâtis dans Our même et à Larsa. Il établit la suprématie de sa ville sur les autres villes de la Chaldée méridionale, et son fils Doungi la maintint. Longtemps après lui, les rois de Karrak renversèrent un de ses successeurs et devinrent maîtres de la Chaldée méridionale ; puis ce fut le tour des rois de Larsa. Pendant ce temps, les rois de la Chaldée septentrionale devenaient de plus en plus puissants. Le plus connu d'entre eux, Saryoukin I" (vers le vingt-quatrième siècle avant notre ère), étendit ses conquêtes sur la Syrie et peut-être jusqu'aux
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frontières de l'Egypte. Son fils Naramsin ne lui céda point en fortune ni en courage; mais leurs successeurs furent détrônés, de même que les rois de la Chaldée méridionale, par l'Elamite Hammourabi, qui fixa sa résidence à Babylone, et assura la suprématie de cette ville sur tout le reste du pays.
Dès lors, l'histoire de la Chaldée est surtout l'histoire de Babylone et de ses rois. En lutte avec Ninive, les successeurs de Hammourabi, après avoir conservé quelque temps l'avantage, finirent par être vaincus. Vers 1320, Mardouk-bal-idinna (Mérodachbaladaa 1er) perdit toute la portion septentrionale de son territoire qu'il dut céder à l'Assyrie. Vers 1270, Touklat-Adar conquit Babylone et en fit une vice-royauté de son empire. Elle recouvra bientôt son indépendance, et un de ses rois, Naboukoudouroussour I" (ce nom est la forme correcte du mot improprement écrit Nabuchodonosor), vers r2"J0, soumit une partie do la Susiane ; Mardouk-idinakhé I"' battit même Touklat-habal-asar l«' d'Assyrie . Pendant six siècles, la lutte continua avec des chances variées. Les Assyriens finirent par l'emporter au huitième et au septième siècles avant notre ère. Touklat-habal-asar II et Sargon, de 74 i à 710, réduisirent la Chaldée, et le dernier, après avoir détruit les armées de Mardouk-bal-idinna II, s'empara de Babylone et se proclama roi de cette ville (710). La Chaldée fut pendant près d'un siècle une province assyrienne, province toujours en révolte, mais toujours vaincue. En (,95, Sin-akhé-irib (Sennachérib), successeur de Sargon, fut forcé de faire un exemple et mit Babylone à sac. Les trésors de la cité furent pillés, les images des dieux enlevées des temples et brisées, les maisons abattues et brûlées, les murs rasés, les canaux comblés, la population emmenée en esclavage. Quinze ans plus tard (680), Assour-akhé-idin (Esarhaddon), successeur de Sinakhéirib, reconstruisit Babylone et la peupla en partie d'Assyriens. Cette précaution n'empêcha pas la ville de se révolter contre Assourban-habal, successeur d'Assour-akhé-idin, et l'exposa à une seconde destruction (G48).
Mais bientôt Ninive, abattue par l'invasion des CimmérJens et épuisée par ses propres victoires, succomba à son tour. Nabo-pal-assar, qui gouvernait Babylone pour le roi d'Assyrie, se révolta, prit la couronne et avec l'aide des Mèdes prit et détruisit Ninive. Babylone hérita de la domination de sa rivale sur le bassin de l'Euphrate et sur la Syrie. Menacée un moment par l'invasion des Égyptiens et les victoires de Pharaon Néko (C08), elle rétablit bientôt sa suprématie à la bataille de Karkémish (605). Naboukoudouroussour II, fils et successeur de Nabopalassar (f;05-ô(i2), porta à l'apogée la grandeur des Chaldéens. Allié avec les Mèdes, il réduisit au Nord les Arméniens, à l'Est l'Elam, à l'Ouest, les Juifs et les Syriens du Sud. Jérusalem fut prise, détruite, et la population transportée en grande partie sur les bords de l'Euphrate (ôS7). Mais Naboukoudouroussour échoua devant Tyr (Ô86-Ô7Î) et dans ses derniers jours ne put empêcher les Égyptiens de rétablir leur autorité sur la côte phénicienne. Sous ses successeurs, l'empire déchut rapidement. Le dernier d'entre eux, Nabounahid (Nabonide, Labynétos) fut battu par Cyrus et Babylone tomba entre les mains des Perses (639).
Elle devint une des villes principales de leur empire, et fit preuve, sous ses maîtres aryens, du même esprit turbulent et inquiet qui lui avait attiré tant de malheurs au temps des rois d'Assyrie. Trois fois révoltée contre Darius I", et à moitié détruite la troisième fois, elle se souleva contre Xerxès et contre la plupart de ses successeurs. Conquise par Alexandre avec le reste de l'empire perse f;!27), elle passa plus tard aux mains des Séleucides, puis des rois Parthes. La fondation de Séleucie et de Ctésiphon lui porta un coup mortel ; elle tomba en mines, et, au moyen âge, les débris
de ses temples servirent à construire une partie des maisons de Bagdad et de villes voisines.
La religion et les écritures de la Chaldée tombèrent à peu près vers le même temps que Babylone, sous l'influence du christianisme et des cultes perses d'abord, plus tard sous celle de l'islamisme. L'antique civilisation qui les avait produites resta ignorée jusqu'au milieu de notre siècle et n'a repris son éclat que dans ces dernières années. On commence à comprendre aujourd'hui ce qu'étaient les Chaldéens et combien le monde leur est redevable. C'est d'eux en partie, et en partie des Égyptiens, que viennent l'astronomie, les sciences mathématiques, la médecine, la plupart des sciences et des arts qui ont illustré l'antiquité grecque et romaine. Luxurieux, hautains et cruels, mais ingénieux à découvrir, savants dans le»s arts, industrieux et habiles au commerce, ils furent, tout compte fait, une des grandes races de l'humanité,
IG. Maspero.!
CHALEUB. — Physique, XIV; Chimie, Préliminaires et XXI. — Les impressions de chaud et de froid sont familières h chacun de nous; tout le monde connaît la sensation particulière qu'on éprouve en approchant d'un foyer allumé, d'une barre de fer rougie au feu, d'un vase plein d'eau bouillante, et celle que l'on ressent au contact de la neige ou d'un morceau de glace ; la cause qui les détermine a reçu le nom de cha'eur.
La chaleur manifeste partout sa présence ; elle est indispensable au développement des êtres organisés; elle agit sur tous les corps inertes pour leur communiquer des propriétés nouvelles. On n'en connaît pas la nature intime ; mais on peut suivre partout les importants phénomènes qu'elle produit. La physique observe ses effets sur les corps, en étudie les lois, en fait connaître les applications ; et elle énumère les sources de ce puissant agent qui vivifie l'univers et que l'industrie fait servir à ses progrès.
I. Effets de la chaleor. — Quand on soumet un corps à l'action d'une source de chaleur, il augmente de dimension : une barre métallique s'allonge, une boule grossit, un anneau s'agrandit, le volume d'un liquide ou d'un gaz s'accroît : voilà le premier effet visible ; on dit que les corps se dilatent p^v la. chaleur (V. Dilatation).
Si on continue de chauffer le corps qui s'est d'abord dilaté, il arrive un moment où. de solide qu'il était comme la cire ou le plomb, il devient liquide et coule comme de l'eau ; ou, s'il était liquide comme l'alcool, l'eau ou l'éther, il se transforme en vapeurs. Que l'on refroidisse une vapeur ou un gaz, on obtiendra un liquide ; et celui-ci, suffisamment refroidi, à son tour prendra la forme solide. La chaleur produit donc des changements d'état : elle liquéfie ou, comme on dit vulgairement, fond les solides (V. Fusio7i) ; elle transforme les liquides en gaz (V. Vapeurs).
Enfin la chaleur peut altérer la nature du corps chauffé, apporter dans sa constitution des modifications profondes, séparer les éléments d'une substance composée ou favoriser les combinaisons des corps entre eux; ainsi le bois chauffé s'enflamme et brûle au contact de l'air ; do ses éléments séparés par la chaleur, les uns forment la flamme en se combinant à l'oxygène de l'air, les autres restent comme résidu sous le nom de cendres.
Ainsi, la chaleur en agissant sur les corps leur fait toujours subir des changements de volume, souvent des changements d'état, parfois même elle modifie leur nature.
Dans chacun de ces cas, le corps cliaud est devenu une source de chaleur capable d'échauffer les corps voisins moins chauds que lui. A ne le considérer que sous ce rapport de la chaleur qu'il peut céder, il est dans un état particulier
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dans une manière d'être spéciale que l'on appelle sa tempé)'atwe et qu'il importe de pouvoir fixer et retrouver. Nos sens ne peuvent nous servir pour cette recherche. Le toucher, qui le premier nous donne la connaissance de la chaleur, nous indique bien si un corps est plus ou moins chaud qu'un autre ; mais il cesse de nous servir quand le corps est trop chaud ou trop froid, parce que la sensation est douloureuse. 11 peut du reste nous tromper parfois, puisque nous trouvons inégalement Iroids^ en les touchant, un morceau de bois et un morceau de fer qui, restés longtemps l'un près de l'autre, sont manifestement à la même température. Les observations de chaque jour nous montrent d'ailleurs que les impressions de chaud et de froid sont relatives et dépendent de l'état des organes qui les reçoivent. En outre, on ne peut mesurer exactement une sensation ni reconnaître si elle est bien la même aujourd'hui qu'elle était hier; on ne peut donc, par le seul contact de la main, s'assurer qu'un corps est exactement aussi chaud qu'il l'était antérieurement. C'est à l'un des effets de la chaleur sur les corps inertes qu'il faut recourir pour caractériser les états calorifiques, les comparer, les mesurer. Les instruments qu'on emploie à cet effet sont appelés thermomètres *.
Un corps peut s'échauffer de deux manières, aussi bien quand il est placé à distance d'une source que lorsqu'il se trouve en contact direct avec elle : le soleil échauffe tous les jours la terre ; un poêle allumé communique sa chaleur à toutes les parties d'un appartement ; une barre de fer qui ne plonge dans un foyer que par une de ses extrémités devient assez rapidement chaude à l'autre pour qu'on ne puisse bientôt plus la tenir sans précaution. La chaleur se transmet donc des corps chauds aux corps froids, ou bien h travers l'espace, ou bien par la substance même du corps chauffé. Ces deux modes de propagation sont étudiés, Je premier au rao\. Rayonnement, le second au mot Conductibilité.
IL SocRCES DE CHALEUR. — Toutc causc Capable d'engendrer de la chaleur, de produire une élévation de température, que ce soit un corps ou le phénomène qui s'y produit, s'appelle une source de chaleur. Dans le langage ordinaire, on donne le nom de source de frovl à toute cause capable d'er. lever de la chaleur aux corps, d'abaisser leur température. Mais si l'on veut bien remarquer que tout corps qui possède moins de chaleur que les corps voisins est pour eux une cause de refroidissement, et qu'il deviendrait une source de chaleur pour un corps plus froid que lui, on se convaincra que le froid n'est qu'un état du corps où la chaleur est moins grande que dans un état antérieur, et on comprendra que le physicien n'en fasse qu'un cas particulier des phénomènes calorifiques.
On peut grouper les différentes sources de chaleur en deux classes : 1° les sources 'permanentes comme le soleil et la chaleur centrale du globe terrestre; 2° \^% sources artificielles que l'homme peut faire naître à volonté, comme les actions chimiques et certains phénomènes physiques et mécaniques. On rapporte aux unes et aux autres les sources physiologiques, c'est-à-dire la production de la chaleur par les êtres organisés pendant leur vie.
1° Sources pcrinaneyites de chaleur. — a. — Chaleur solaire. — Le soleil est la source la plus abondante de chaleur pour la surface du globe : c'est la chaleur solaire qui élève la température de l'air et du sol ; c'est elle qui fond les neiges des montagnes et alimente ainsi les sources des cours d'eau qui arrosent les campagnes ; c'est par elle que sont formées les vapeurs qui s'élèvent des mers pour donner les nuages et retomber ensuite en pluies bienfaisantes; c'est elle que nous
recherchons dans les premiers beaux jotirs du printemps et que nous évitons dans les jours brûlants de l'été; c'est elle enfin qui favorise la végétation des plantes et des arbres et contribue au développement de la vie chez tous les êtres.
Le soleil nous apparaît comme un disque brillant dont l'œil a peine à supporter l'éclat. Examiné dans les instruments grossissants, il se présente parsemé de points plus brillants que le reste de la surface, avec des taches obscures qui changent rapidement de position, de dimension et de forme. La grande distance à laquelle il est de nous et dont nous ne pouvons trouver d'analogue sur la terre ne nous permet pas de juger, même approximativement, de sa grandeur. Les calculs astronomiques démontrent que son diamètre est égal à 112 fois celui de laterre, ce qui lui donne un volume I 404 92S foie plus grand que celui de notre globe.
La quantité de chaleur que le soleil fournit dans un temps donné à une surface frappée par ses rayons, dépend de la direction plus ou moins oblique suivant laquelle ils arrivent, autrement dit de la hauteur de l'astre au-dessus de l'horizon, et de la pureté de l'atmosphère. On sait que les rayons dusoleil sont assez faibles, le matin et le soir, pour que nos yeux en puissent supporter l'éclat ; les rayons de chaleur subissent le même affaiblissement ; l'air absorbe en effet une partie de la chaleur qui le traverse pour s'échauffer à ses dépens, et la couche d'air traversée est d'autant plus épaisse que Ift soleil est plus près de l'horizon. Ainsi, les différences si notables de température que l'on remarque aux différentes heures du jour tiennent à l'obliquité des rayons solaires; c'est à la même cause que sont dues les saisons et les variations de chaleur avec les latitudes.
Plusieurs physiciens ont cherché à évaluer la quantité de chaleur que le soleil envoie à la terre dans un temps donné. Voici les résultats des expériences faites à ce sujet par Pouillet. Si la quantité totale de chaleur que la terre reçoit du soleil dans le cours d'une année était uniformément répartie sur tous les points du globe et qu'elle y fut employée à fondre de la glace, elle serait capable de fondre une couche de glace enveloppant la terre avec une épaisseur de 30 mètres 89.
Partant de ce premier résultat, Pouillet a pu déduire la quantité totale de chaleur que le globe entier du soleil émet dans un temps donné. Il a trouvé que si cette chaleur était employée à fondre une couche de glace appliquée contre le globe du soleil et l'enveloppant de toutes parts, elle pourrait fondre en une minute une couche de 11 mètres SO d'épaisseur, et en une année une couche de 1547 lieues.
Il ne faudrait pas croire que toute la chaleur qui rayonne du soleil vers la terre arrive intégralement jusqu'à nous. L'atmosphère en absorbe près de la moitié, même quand elle a toutes les apparences d'une parfaite sérénité. C'est ce qui explique un fait constaté par plusieurs observateurs, que la radiation solaire est plus forte sur les hautes montagnes que dans le fond des vallées.
b. Chaleur propre du globe. — Le globe terrestre possède une chaleur propre intérieure, insensible près de sa surface, mais dont l'existence est attestée par l'accroissement de la température à mesure qu'on s'enfonce plus profondément et par les eaux thermales.
Certaines sources minérales donnent des eaux dont la température est notablement plus élevée que la température moyenne du lieu, et, de plus, indépendante des variations de cette dernière. !• en est de même des eaux fournies par les puits artésiens.
Les nombreuses observations faites dans le» puits de mine jusqu'à des profondeurs de 800 mètre?, ont montré que la température augmente d'ua
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degré quand on s'enfonce de 30 naètres. On n'a pas pu mesurer jusqu'ici la température à de plus grandes prolondeurs, ci on ne peut pas ainrmer que cette loi se maintienne à toute distance de la surface. Mais, en l'admettant comme exacte, on trouve qu'il faudrait descendre à 2700 mètres pour trouver la température de l'eau bouillante, si l'on part d'un lieu où la température moyenne est de 10° ; qu'à 12 lieues environ on trouverait la température de fusion du fer, et à ane vingtaine de lieues toutes les matières minérales en vapeurs.
L'existence d'un feu central a été soupçonnée depuis les temps les plus reculés, puisqu'on en trouve la trace dans les mythologies do tous les peuples ; mais ce n'était qu'une intuition vague, basée seulement sur des conjectures; elle a reçu dans notre siècle le caractère d'une certitude que l'étude attentive des volcans a beaucoup contribué à former.
2° Sources artificielles de chaleur. — a. Chaleur dégagée dans les actions chimiques. — Lorsque deux corps se combinent, il y a dégagement de chaleur. Tout le monde sait que l'eau versée sur la chaux vive se vaporise en partie par la chaleur que dégage la combinaison. Dans les laboratoires de chimie, on rend de la baryte incandescente en versant dessus goutte à goutte de l'acide sulfurique.
Quand le phénomène est accompagné de lumière, il porte le nom de combustion ' ; et dans le langage ordinaire, on ne donne encore ce nom qu'à la combinaison avec l'oxygène, libre ou pris à l'air, d'un corps qu'on appelle combustible. C'est par la combustion qu'on se procure ordinairement la chaleur dans l'industrie et dans les usages domestiques : le phosphore, le soufre, les charbons, le bois, l'hydrogène, le gaz d'éclairage sont les principaux combustibles ; l'oxygène de l'air qui les fait brûler est le principe comburant.
Pour la combustion, comme pour toute action chimique, il faut que les corps en présence aient une tendance à s'unir, ou comme on dit en chimie, de l'affinité. Les corps combustibles ont tous de l'affinité pour l'oxygène ; mais elle ne se développe généralement qu'à une température supérieure à la température ordinaire. Il faut allumer le corps qui doit brûler, pour déterminer en un de ses points la température nécessaire à la combustion. Une fois la combinaison commencée, la chaleur qu'elle développe est dans la plupart des cas plus que suffisante pour l'entretenir et la continuer, s'il arrive dans le foyer ou sur le combustible une quantité convenable d'oxygène ou d'air et que les produits gazeux formés soient entraînés à mesure qu'ils prennent naissance. Un courant d'air trop abondant ou trop rapide éteint le corps en combustion au lieu de le faire mieux brûler, parce qu'il lui enlève trop de chaleur et qu'il abaisse sa température au-dessous du degré nécessaire au développement de l'action chimique.
Il était extrêmement important, pour apprécier la valeur des différents combustibles, de mesurer les quantités de chaîaur que chacun d'eux peut donner. Ce travail, commencé par Lavoisier en l'SO, continué par Rumford en 1814, puis, plus tard, par Desprez et Dulong, a été repris, ces temps derniers, par MM. Favre et Silbermann qui ont, dans un grand nombre d'expériences montées avec tout le soin possible, étudié non-seulement les combustions, mais aussi le dégagement de la chaleur dans les principales combinaisons chimiques. Le principe de la méthode employée est simple; il consiste à recueillir exactement toute la chaleur développée par une combustion et à l'employer, pour en connaître la quantité, à échauffer un poids connu d'eau, qui absorbe, comme on verra, une calorie par kilogramme pour chaque degré dont il élève sa température. On fait brûler la substance au contact de l'air ou de l'oxygène dans une boîte métal-
lique, appelée calorimètre ; les produits gazeux de la combustion s'échappent en emportant la chaleur développée ; on les fait circuler dans un tube contourné en serpentin, assez long pour qu'ils en sortent froids, et qui. avec la boîte où se fait la combustion, est placé dans un vase en métal, plein d'eau, entouré de diverses substances qui empêchent son refroidissement par l'air ambiant. L'observation de la température finale permet de trouver, par un calcul simple, la chaleur absorbée par le calorimètre, c'est-à-dire celle qui a été développée par le poids du combustible disparu. Voici quelques-uns des résultats trouvés :