Narbonnaise deuxième
Embrun
Rome mit tout en œuvre pour organiser la Gaule et se l'attacher, tout en prenant des mesures qui devaient paralyser les velléités de résistance. L'empereur Auguste créa des villes nouvelles, et dépeupla celles qui avaient joué un grand rôle dans la guerre de l'indépendance ; il entretint la jalousie des cités en leur donnant des privilèges inégaux ; il fit camper dans le pays dix légions pour le contenir et le protéger ; il attaqua le druidisme, et admit, au contraire, les dieux populaires de la Gaule parmi ceux de l'empire romain; enfin, il introduisit dans le pays les arts, la langue et la civilisation de l'Italie. Malgré tant d'efforts et de précautions, les Gaulois ne se résignèrent pas à la soumission. Sous le règne d'Auguste, il y eut dans la province Narbonnaise un soulèvement promptement réprimé. Sous Tibère son successeur, l'augmentation des impôts provoqua une révolte. C'était un grand mouvement qui devait soulever la Gaule entière sous la direction de Sacrovir ei de Florus. Mais la légèreté et la pétulance gauloise l'empêchèrent de réussir. Toutefois l'habile Tibère mesura la grandeur du péril ; il ne punit personne, et se garda bien d'entretenir des ressentiments qu'il importait d'étouffer.
Sous l'empereur Vesj)asien, les excès des gouverneurs et les persécutions dirigées contre les druides provoquèrent un soulèvement presque gé-
néral. Le Batave Civilis, qui avait été soldat et portait le titre de citoyen romain, entraîna ses compatriotes pour satisfaire une vengeance personnelle, et les unit avec la tribu germanique des Bructères, par l'entremise de leur prophétesse Velléda. En même temps, Classicus et Tutor à Trêves, Sabinus à Langres essayèrent de rétablir l'indépendance. Mais Sabinus, qui prétendait descendre de César, voulait être proclamé empereur des Gaules; les Bataves et les Belges désiraient un gouvernement militaire ; les habitants des grandes villes du centre souhaitaient de conserver la civilisation de Rome en rejetant .sa domination, et n'avaient que haine et mépris pour la barbarie des Belges et des Germains. Nulle entente, et partant nul succès. Sabinus, vaincu, se réfugia dans un souterrain avec sa femme Eponine, si célèbre par son dévouement conjugal. Il y vécut neuf ans; puis il sortit, fut saisi, amené à Rome et condamné à mort par l'empereur Vespasien. En vain Eponine présenta-t-elle à l'empereur les enfants qu'elle avait élevés dans les ténèbres ; elle n'obtint rien, que le droit de mourir avec son époux ; Vespasien fut impitoyable pour un homme qui avait pris la pourpre et qui se disait le descenilant de César. Céiialis, son général, pénétra dans l'ile des Bataves, et Civilis cessa sa résistance, quand ou lui eut payé assez cher sa soumission (6'J ap. J.-C,j.
GAULE
GAZ
La Gaule fut tranquille et heureuse sous les Antonins. Adrien la visita et y laissa de grandioses souvenirs. Il bâtit les arènes de Nîmes, le pont du Gard, la basilique de Plotine ; aidé par les assemblées provinciales qu'il se plaisait à consulter, il soulagea les villes obérées, secourut les pauvres, adoucit la condition des esclaves ; il reçut de la reconnaissance du pays le titre de restaurateur des Gaules. Ses successeurs, Antonin le Pieux et Marc-Aurèle, firent reconstruire Naibonne incendiée, et décorèrent de beaux monuments la Narbonnaise et l'Aquitaine.
A l'époque des trente tyrans ;ni« siècle}, la Gaule se sépara momentanément de l'empire, tout en conservant avec soin le dépôt de la civilisation romaine : Posthumus, Victorinus, Victoria, la .Vè?v des Camps, l'armurier Marius, "Tétricus enfin, furent des princes gaulois indépendants. Aurélien, vainqueur de Tétricus, repoussa les Alamans qui avaient passé le Rhin ; Probus chassa les Francs et employa ses soldats à replanter les vignes sur les coteaux du Lyonnais et de la Bourgogne. Trois Gaulois, Carus, Carinus etNumérien, lui succédèrent sans pouvoir ni repousser les "barbares, ni contenir l'indiscipline des armées, ni soulager la misère afl'reuse des populations.
Les serfs ruraux finirent par se révolter contre un gouvernement rude aux sujets et impuissant devant l'ennemi, et contre des propriétaires qui exigeaient les redevances avec d'autant plus de dureté qu'ils étaient eux-mêmes à moitié ruinés. Les insurgés, qui portèrent le nom de Uayuudes ou manants, s'établirent dans des postes fortifiés, d'où ils bloquaient les villes. Ils choisirent deux empereurs, Alianus et Amandus, qui battirent monnaie et se conduisirent comme des princes indépendants. Cette révolte, commencée comme les guerres serviles de la Sicile ou comme la Jacquerie du xrv« siècle, eut la même marche et la même fin. L'eii pereur Maximien arriva avec des troupes régulières, dissipa cette multitude indisciplinée, accorda des amnisties partielles, et bloqua les plus déterminés dans leur camp de Saint-Maur, au confluejit de la Seine et de la Marne. Le camp fut pris d'assaut ; Alianus et Amandus périrent en combattant, et la Bagaudie parut étouft'ée. Cependant il resta une population errante, proscrite, qui prit possession des forêts. Au V siècle, lorsque les Vandales renouvelèrent les calamités infligées au III' siècle parles Alamans et les Francs, une nouvelle et plus violente révolte éclata, et le patries Aétius la réprima par le fer et le feu, comme Maximien avait réprimé la première (435).
7. La Gaule chrétienne. — L'époque de l'introduction du christianisme dans la Gaule est incertaine. S'il faut en croire les légendes conservées encore dans le midi de la France, le christianisme fut apporté dans notre pays, dès la troisième année après la mort de Jésus-Christ, par sainte Marthe, sainte Madeleine et saint Maximin, qui débarquèrent sur les côtes de Provence. Une opinion plus certaine considère saint Pothin et saint Irénée, disciples de saint Polycarpe, comme les premiers apôtres de la Gaule ; ils fondèrent l'église de Lyon, vers le milieu du ii' siècle. Le paganisme romain essaya de noyer dans le sang les idées chrétiennes. Mais le sang des martyrs fut une semence de prosélytes, et l'église de Lyon continua de grandir et de s'illustrer par les lumières de ses docteurs. Le pape Fabien envoya en Gaule sept évêques-, tous animés d'un zèle ardent pour le salut des âmes. Ils se partagèrent le pays : Paul resta à Narbonne. Trophime se rendit à Arles, Saturnin à Toulouse ; Martial et Catien s'engagèrent dans la région occidentale et enseignèrent, le premier à Limoges, le second à Tours; enfin, Denis vint à Paris où il subit le martyre sur la colline de Montmartre.
Ainsi, malgré les persécutions, le christianisme
f s'étendit peu à peu sur toute la Gaule. Ses progrès augmentèrent encore sous les règnes de Constantin et de Théodose, qui se montrèrent favorables à l'rglise chrétienne (édit de Milan, 3 13). Lorsque les peuples germaniques envahirent la Gaule, toutes les populations gallo-roûiaines étaient converties à la religion nouvelle.
A consulter : Strabon, Géographie; Diodore de Sicile, Bibliothèque historique; César, Commentaires de la guerre des Gaules; Amédée Thierry, Histoire des Gaulois; De-jardins, Géographie de la Gaule romaine; et les histoiiena contemporains, Henri Martin, ilichelet, Victor Duruj, etc.
[D. Blanchet.]
Lectures et dictées. — La Gaule indépend<î~'e, la Gaule romaine : t. La Pairie, de Th.-H. Barrau, pages 137- 140, 144. — Ibères et Celtes : v. Histoire romaine, par Victor Duruy, page 7. — Dolmens : v. Récits de L'histoire de France, par Courgeon, page 239 (appendice). — Jlenhirs, ou monuments de pierre brute : v. La Xature, a' année, page 2.30. — Dolmens et menhirs de Locmariuquer, etc.: T. La Nature, 3' année, 2» semestre, page 250. — Sépulture d'un Gaulois inhumé sur son char, par G. Tissandier : v. La Nature, 5' année, 2" semestre, page 2sl. — Les Gaulois en Italie : v. Histoire rcmaine. par V. Duruv, p;ige 72, — Bataille de l'Allia : t. Récits de l'histoire àe France, par Courgeon, page 32. — Guerre des Gaules : v. Histoire romaine, par V. Duruy. page 291. — Vercingétorix : V. Récits de l'histoire de France, par Courgeon, page 71, — Siège de Gergovie : Id., page 74. — Siège d'Alesia : Id., page SO. — La Gaule sous les premiers empereurs romains : Id., page 108. — Lutèce (Paris) : Id., pages 89, 168. — L'Armorique : Id., page 215. — L'évêque Pothin : page 133. — Attila et sainte Geneviève : Id., pages 221,
GAZ. — Physique, I et IX. — Van Helmont, qui s'est servi le premier de l'expression gaz, l'employait à désigner la vapeur invisible qui s'échappe du jus de raisin en fermentation. On l'applique aujourd'hui à toute substance qui a les propriétés physiques de l'air, et on définit les gaz des corps qui tendent toujours à augmenter de volume, qui remplissent complètement l'espace dans lequel on les renferme, et dont l'expansion n'est Umitée que par un effort extérieur comme la résistance des parois d'un vase. Tels sont l'air, la vapeur d'eau, le gaz qui sert à l'éclairage, le gaz carbonique qui s échappe de l'eau de selz.
Les t;az représentent l'un des trois états de la matière; c'est celui que la chaleur fait prendre en définitive à toute substance soumise à son action: la glace chauffée devient de l'eau, et celle-ci à son tour, par l'action de la chaleur, passe à l'état de corps invisible, insaisissable, ayant la mobilité de l'air. Cette eau invisible est un gaz ; elle en possède la propriété essentielle, c'est-à-dire l'expansion indéfinie de son volume ; dans le langage ordinaire on l'appelle vapeur'; mais dans le langage scientifique, vapeur et gaz ne diffèrent pas; et si l'on conserve ces deux expressions pour dé.signer le même état de la matière, c'est que l'usage, établi sur un examen superficiel, a fait longtemps désigner sous le nom de vapeur l'état aériforme des substances qui nous sont le plus ordinairement connues liquides ou solides, comme l'eau, l'alcool, le soufre, l'iode. On dit encore vapeur d'eau, d'alcool, d'iode, de soufre, tandis que l'on dit gaz ammoniaque, gaz carbonique pour désigner deux substances dont l'état habituel est l'état aériforme ; mais l'expérience a depuis longtemps prouvé que l'ammoniaque liquide se résout en gaz comme l'eau en vapeur, et que ces deux substances sont uesgaz au même titre lune que l'autre.
Moyen de constatfr l'existence des gaz — Les gaz sont aussi nombreux que les solides et les liquides, mais ils n'ont pas comme ces derniers des propriétés saillantes qui permettent de les distinguer facilement les uns des auC^xv Comme ils n'ont pas de forme, ni de volume défini puisqu'ils remplissent tout l'espace que»* leur ofl're, ils n'accusent pas leur présence d'une manière sen-
GAZ
GAZ
Bible , à moins qu'ils ne soient odorants ou colorés.
Il y a peu de gaz colorés ; ce sont le chlore avec sa teinte verte, la vapeur d'iode avec sa belle couleur violette, les vapeurs d'un brun roux qui surmontent l'acide azotique fumant ou qui se dégagent dans l'action de l'eau-forte sur le cuivre. Ces gaz sont visibles dans les flacons qui les contiennent.
Les autres sont invisibles, à moins toutefois que l'humidité qu'ils prennent à l'air ne leur donne l'apparence d'un léger brouillard. Ceux qui possèdent une odeur bonne ou mauvaise révèlent par là leur présence. Ainsi on est prévenu qu'une fuite de gaz d'éclairage parfaitement invisible s'est produite dans un appartement, quand on en sent l'odeur désagréable en y entrant. On sait de même que le soufre produit en brûlant un gaz invisible, parce que ce gaz provoque la toux si on le respire.
Mais quand le gaz est à la fois incolore et inodore, comme l'air répandu autour de nous, on ne peut le mettre en évidence qu'en lui faisant occuper la place que tenait avant lui un liquide comme l'eau ou le mercure; et c'est aussi ce moyen qui est employé pour recueillir et transvaser les gaz que l'on veut conserver ou étudier. On remplit d'eau un grand verre ou une éprouvette, dans une terrine ou dans une cuve ; on soulève le verre en lui tenant son orifice immergé on amène un tube recourbé au-dessous de cet orifice, et s'il vient un gaz par ce tube, soit parce que Ion souffle par le bout libre, soit parce que le tube est mis en communication avec un appareil d'où se dégage une substance aériforme, on voit le gaz faire bouillonner l'eau, monter en bulles à travers le contenu du verre et par suite de sa grande légèreté gagner le haut du vase et le remplir en faisant écouler l'eau peu à peu dans la cuve.
Propriétés phi/siques des gaz. — Tous les gaz ont à pea de ciiosc près les mêmes propriétés physiques: ils sont pesants, compressibles et très mobiles; on les étudie en prenant pour type le plus commun de tous, l'air atmosphérique ^V. Air).
On constate le poids des gaz comme on constate celui de l'air, en équilibrant sur une bonne balance un grand ballon vide d'air et en cherchant l'augmentation de poids qu'il a subie quand il a été rempli du gaz sur lequel on opère. Le poids du gaz est généralement faible; il ne s'élève au plus qu'à quelques grammes par litre ; l'hydrogène, le plus léger de tous, ne pèse que neuf centigrammes environ (V. Densité).
Les gaz obéissent donc à la pesanteur comme les liquides et les solides, et si la plupart s'élèvent dans l'air, comme le brouillard et la fumée, c'est qu'ils sont plus légers que le gaz atmosphérique.
Les conditions d'équilibre des masses gazeuses sont semblables à celles qui régissent les liquides; elles sont en effet fondées sur la mobilité des molécules, qui est commune à, ces deux espèces de corps. "Tous les principes de V hydrostatique* peuvent donc s'appliquer aux gaz. Ainsi la pression exercée en un point d'un- masse gazeuse se transmet intégralement à tous les autres points, et elle reste toujours proportimnelle à la surface que l'' n considère. C'est cette transmission de la pression en tous sens qui rend sphérique la bulle de savon ou l'ampoule de verre ramollie au feu dans laquelle on insuffle de l'air.
Il faut également pour qu'il y ait équilibre que la pression soit la mêoie dans toute l'étendue d'une même tranche horizontale. Cette pression, indépendante de la forme des vases, va en augmentant à mesure qu'on passe des tranches supérieures aux tranches inférieures. Dans nos vases, l'augmentation est insensible; mais dans les grandes masses de gaz, comme Vaimosphère, elle se manifeste aux f'-.fl'érentes hauteurs avec des valeurs diverses. L'éuide de cette pression el de ces variations a été laite aux mots AtmospJùie et Baromètre.
L'analogie des liquides et des gaz au point de vue des conditions d'équilibre est plus complète encore; le principe d'Archimède s'applique aussi aux giiz : tout corps plongé dans l'air ou dans un autre gaz qui n'agit pas chimiquement sur lui, éprouve de la part du gaz une poussée verticale, une perte de poids, égale au poids du gaz qu'il déplace. On démontre le fait expérimentalement à l'aide d'une petite balance sensible qui suspend à un bout une grosse boule creuse de cuivre et à l'autre une petite boule pleine du môme métal ; les deux boules se font équilibre dans l'air. Mais quand on place la balance sous le récipient de la machine pneumatique et qu'on fait le vide, on voit la grosse boule l'emporter sur l'autre Elle pèse plus que la petite, et si dans l'air elle paraissait du même poids, c'est que l'air lui faisait perdre davantage.
Ce principe a d'importantes applications et de curieuses conséquences. Ce sont d'abord les aérostats* et tous le* corps qui s'élèvent spontanément dans l'air jusqu'à ce qu'ils aient trouvé une couche d'air de même poids que le leur. C'est l'erreur plus ou moins grande dont est entaché le poids de toute substance que l'on a pesée dans l'air, et la nécessité, pour avoir le poids absolu, d'opérer dans le vide, au moins pour fixer les unités qui doivent servir de poids étalons.
Les gaz se difi'érencient des liquides surtout par la propriété qu'ils ont de posséder une force de ressort que l'on appelle leur force élastique et avec laquelle ils pressent sans cesse en tous sens sur les parois qui les renferment. C'est leur propriété essentielle, caractéristique. Ses variations sont liées par une loi importante, la loi de Mariotte, exposée à l'article Éasticité; les changements quela chaleur y apporte ont été indiqués au mot Dilatation.
Mélange des gaz entre eux et avec les liquides. — La plupart des liquides mélangés se séparent, quand ils n'ont pas d'action chimique les uns sur les autres, et ils se superposent par ordre de densité, les plus lourds occupant la partie inférieure du vase qui les contient. 11 n'en est pas de même d<^s gaz : deux gaz d'inégale densité occupent tous deux tout l'espace qui leur est offert ; et si même ils sont dans des vases distincts, ne communiquant que par une petite ouverture, ils finissent par se mélanger complètement après un temps plus ou moins long. Cette propriété des gaz de se répandre dans ua espace, qu'il soit vide ou déjà rempli d'un autre gaz, constitue leur diffusion.
Chaque gaz prend la pression qu'il aurait si l'espace où il se répand était vide, et la pression du mélange est la somme des pressions de chacun des gaz considéré comme occupant seul le vase : telle est la loi de la diffusion, établie par l'expérience. On en tire cette conséquence, c'est que la prassiou exercée par l'air humide est la somme des pressions de l'air sec d'une part et de la vapeur d'eau d'autre part, chacun de ces deux gaz occupant tout le volume considéré. Si donc on constate une pression barométiùque de 745""" un jour où l'air est saturé de vapeur d'eau, à la température de -10°, comme on sait qu'à cette température la vapeur d'eau seule a une force élastique de ai""", on en conclut qu'un mètre cube du mélange contient lOdO litres de vapeur d'eau à la pression de 31°"" et lOOi» litres d'air sec à la pression de 745 — 31 ou 714, et l'on peut facilement en calculer le poids, montrer qu'il est inférieur à celui d'un mètre cube d'air sec à la pression de 745, et vérifier ainsi ce fait important que l'introduction de la vapeur d'eau dans l'air fait baisser la coloime barométrique.
Lorsqu'on met de l'eau en contact avec un gaz, elle en dissout une proportion plus ou moins grande suivant la nature du gaz : l'air, l'azote.
GAZ