‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 530 sur 593 · Cartes et exercices au tableau exécutés de mémoire · texte numérisé non relu

Cartes et exercices au tableau exécutés de mémoire

3 Compositions géographiques sous forme de voyage. — La géographie mathématique (sphéricité de la terre, ses mouvements, saisons, calendriers, latitude et longitude, etc.) est comprise dans le cours de cosmographie. [Programme du 21 février 18G3.)

GÉOLOGIE.— (Étym. : du grec^e', terre.et logos, discours, science). — La science ainsi nommée a pour but de faire connaître celles des propriétés de la terre que l'inaccessibilité des autres astres ne permet pas d'y étudier. Elle s'occupe de la configuration détaillée de sa surface, de la description des matériaux qui la composent, de celle des phénomènes qui s'y passent de nos jours, qui s'y sont passés depuis le commencement de son existence comme masse isolée dans l'espace, et de ceux mêmes qui semblent devoir s'y passer dans les siècles futurs. Elle exige des connaissances assez étendues en minéralogie et en paléontologie.

Comme la plupart de celles qui l'ont précédée, cette science n'a offert pendant longtemps qu'une suite d'hypothèses plus ou moins vraisemblables, une série de systèmes plus ou moins ingénieux, dont les auteurs, se livrant sans réserve à leur imagination, se sont bien souvent égarés. Dépoarvues de la lo'.ite-puissante assistance de l'observation et de l'analyse, ces théories, quelque séduisantes qu'elles fussent d'ailleurs, étaient loin de pouvoir constituer une science exacte ; l'évidence des faits énoncés n'étant pas appuyée sur des chiffres, tout en elles se trouvait réduit à de pures spéculations.

De nos jours, les choses ont changé d'aspect; la. géologie, grâce à de Saussure, à Hutton, à Werner, à de Humboldt, à Léopold de Buch, à Guvier, à L. Cordicr, aux Brongniart, à Élie de Beaumont, à Constant Prévost, à Lyell, à Buckland, pour ne citer que les plus illustres, n'est plus une science de simples conjectures ; elle est devenue une science de faits, de raisonnement et de calcul, qui, non contente de nous dévoiler les secrets de la terre inanimée, nous fait suivre pas à pas les phénomènes qui se produisent incessamment à la sur face du globe, et déroule à nos regards les traces de*

GÉOLOGIE

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grandes révolutions qui, à plusieurs reprises successives, ont déchire les parties superficielles de la terre en mille endroits divers ; qui ont fait surgir des montagnes là où d'abord étaient des plaines, et amené des mers dans des lieux où s'élevaient jadis des continents.

De telles recherches semblent, au premier abord, 8e rapporter exclusivement au règne minéral, ou aux divers terrains, métaux et roches, qui se rencontrent, soit à la surface de la terre, soit à différentes profondeurs. Mais, en poursuivant ces investigations, on est bientôt conduit à l'examen des changements successifs qui ont eu lieu dans l'ancien eut de la surface et de l'intérieur de la terre, et des causes qui ont occasionné ces changements. Bientôt aussi, chose plus singulière encore et plus inattendue, on se trouve engagé dans des recherches relatives tant à l'histoire de la création animée, et des diverses familles d'animaux et de plantes qui, dans les temps anciens, ont, à différentes époques, habité la surface du globe, qu'au moment précis de l'apparition de l'homme et à la marche du développement de son industrie et par suite de sa civilisation dans les périodes antéhistoriques ou préhistoriques, comme on dit aujourd'hui.

Au point vue pratique, la géologie, en enseignant à l'agriculteur à distinguer les différents terrains qui constituent la partie superficielle de la terre, le met à même d'approprier à chacun d'eux le mode de culture qui lui convient le mieux, et lui donne par là le moyen d'accroître la richesse nationale, tout en augmentant son bien-être particulier. Elle fournit les indications qui peuvent seules conduire, soit à des recherches certaines et fructueuses des richesses minérales contenues dans le sein de la terre, soit à leur extraction et à leur aménagement. Et par richesses minérales, il faut entendre, non pas seulement les matières précieuses, mais tous les minéraux utiles, tels que les minerais métalliques, les pierres à bâtir, les argiles à poteries et briques, les matériaux servant à la construction et à l'entretien des routes, les marnes employées par l'agriculteur pour l'amendement des terres, etc. Si la géologie ne conduit pas toujours à la découverte des gîtes, elle préserve du moins de toute fausse direction, et apprend à donner aux indices, aux apparences extérieures, leur valeur réelle. Elle donne aussi les moyens de prévoir à l'avance quels seront les matériaux rencontrés dans les tranchées ou souterrains destinés, soit au passage des canaux ou des chemins de fer, soit aux travaux de fortification des places de guerre ; elle permet ainsi d'établir des devis de travaux présentant un degré d'exactitude qu'ils ne pourraient avoir autrement. La géologie donne encore des notions souvent très précises sur les chances de réussite des projets de puits artésiens, et sur la profondeur à laquelle il est nécessaire de pousser les forages, pour rechercher les nappes d'eau ascendantes.

Les anciens avaient étudié laborieusement les mouvements et les positions des corps célestes , ds avaient fait quelques progrès dans l'investigation des règnes animal, végétal et minéral; mais l'histoire ancienne du globo était un livre fermé pour eux, quoique écrit en caractères les plus frappants et les plus imposants; ils étaient inconscients même de son existence.

« Un potier de terre, qui ne savait ni latin. ni grec, fut le premier qui osa dire dans Paris, à la face de tous les docteurs, que les coquilles fossiles étaient de véritables coquilles déposées autrefois par la mer dans les lieux où elle se trouvait alors; que des animaux et surtout des poissons avaient donné aux pierres fig^irées toutes leurs différentes figures, etc., et il défia hardiment toute l'école d'Afistotc d'attaquer ses preuves. C'est BernardPalissy,

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saintongeois, aussi grand physicien que la nature seule puisse en former un ; cependant son système a dormi près de cent ans, et le nom même de l'auteur est presque mort. » Ainsi s'exprimait Fontenelle(,//is^o»'e de l'Académie des sdences] en 1675, en parlant d'un homme qui se voua à l'observation de la nature, et qui arriva le premier à des idées saines sur les phénomènes géologiques. Les travaux de Palissy toutefois n'eurent pas pour objet la description du sol de la France.

Il y a un ou deux siècles à peine, le sol était encore un sujet d'étudos inconnu des naturalistes et même des voyageurs ; il semblait qu'il n'existât pas, et qu'il n'y eût que les animaux et les végétaux qui le couvrent, qui fu-sent dignes d'attention. Dans le règne minéral, on ne recueillait et on n'examinait que les matières utiles ou remarquables par leurs apparences extérieures.

Des d'iux grands naturalistes dont le nom domine le dix-huitième siècle, Linné ne poussa pas ses investigations au delà de la minéralogie, encore dans l'enfance par suite de l'absence des connaissances chimiques, et Buffon n'étudia guère le règne minéral que pour y chercher des preuves à l'appui de sa théorie de la terre. Mais au même moment, en 174(1, Guettard, qui avait le sentiment de ce que devait être la géologie, publiait la première carte géologique, qu'il intitulait : Carte miriéi alogique où l'on Voit la nature et la situation des terrains qui traversent la France et l'Au'^fe'.erre, titre qui exprimait un nouvel ordre d'idées, qui devait amener d'immenses progrès dans la science, et une précision inconnue jusqu'alors dans les observations locales. « Je me suis proposé, dit-il {Mémoires de l'Académie de ssciences pour 1746], de faire voir par cette carte qu'il y a une certaine régularité dans la distribution qui a été faite des pierres, des métaux et de la plupart des autres fossiles ; on ne trouve pas indifféremment dans toutes sortes de pays telle ou telle pierre, tel ou tel métal; mais il y a de ces pays où il est entièrement impossible de trouver des carrières ou des mines de ces pierres ou de ces métaux, tandis qu'elles sont très fréquentes dans d'autres, et que, s'il ne s'y en trouvait pas, on aurait plus sujet d'espérer d'y en rencontrer qu'autre part. >> Guettard comprend déjà la structure du sol de la France septentrionale ; il trace sur ses deux cartes trois bandes continues entourant à la fois Paris et Londres. La plus intérieure, ou bande sab.'euse, correspond aux terrains tertiaires ; la moyenne, ou bande marneuse, correspond assez bien au terrain crétacé ; la plus extérieure, ou bande schisteuse ou métallique, comprend tous les terrains plus anciens.

L'idée de Guettard, d'une portée si immense, fut complètement méconnue de ses contemporains, peut-être parce que son auteur était et resta toujours tr p en arrière de Linné et de Buflfon, dans ses travaux sur les corps organisés. Guettard ne paraît pas avoir Jamais songé à rechercher l'âge relatif des différents terrains qu'il avait reconnus. Cinq ans plus tard, en 17ôl, dans un voyage en Auvergne, il est tellement frappé de la ressemblance de certaines roches de Volvic et du Mont-Dore avec les produits volcaniques du Vésuve, qu'il u'hésito pas à annoncer l'année suivante à l'Académie !a découverte importante qu'il vient de faire d'anciens volcans dans le centre de la France.

Werner, nommé en 1775 professeur de minéralogie à l'école des mines de Freyberg, en Saxe, dirigea son attention, non seulement sur la composition et les caractères extérieurs des minéraux, mais aussi sur la f/éognosie ou leur position naturelle dans les roches particuUères, ainsi que le groupement de ces roches, leur distribution géographique et leurs relations variées. Mais Werner n'avait pas voyagé dans des contrées éloignées ; il avait simplement exploré une petite partie de l'Al-

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lemagne, et il s'était persuadé que la surface entière de noire planète et toutes les chaînes de monlagncs du monde étaient faites sur le modèle de sa propre province. Le principal mérite du système de Werncr consista à diriger l'attention de ses élèves sur les relations constantes de superposition de ceutains groupes minéraux, quoiqu'il eut été précédé dans la découverte de cette loi générale par plusieurs géologues italiens.

En nSS le capitaine Barrât publia la première carte géologique véritable, celle de la Corse, sur laquelle les terrains de nature et d'âge relatifs analogues sont figurés par des couleurs spéciales. Dans sa légende, la couleur rouge indique les montagnes graniteuses; la couleur jaune, les roches calcaires, schisteuses, etc., du deuxième ordre; le jaune foncé, les calcaires de nouvelle formation.

De Saussure publia ses Voyages dans les Alpes en 1786. Il annonça que les poiidingues de Valorsine s'étaient déposés horizontalement et que les montagnes ont dû subir de grands bouleversements. Quelques années après, Ramond, dans ses Voyages au Mont- Perdu, exposa la structure des Pyrénées et fit voir que les hautes sommités sont formées par des calcaires à fossiles, fait inconnu dans les grandes chaînes.

Un géomètre anglais, pauvre et inconnu, William Smith, publia en 1790 un tableau des couches britanniques dans lequel, quoiqu'il n'eût pas communiqué avec Werner, il était arrivé aux mêmes vues sur les lois de la superposition des roches stratifiées ; il s'était assura que l'ordre des différents groupes n'était jamais interverti, et qu'ils pouvaient être identifiés en des points lort éloignés par leurs fossiles organisés particuliers. Il se livra à l'exécution d'une carte géologique de l'Angleterre entière, qui fut terminée en ISl.), monument du talent original et de persévérance extraordinaire, car il avait exploré le pays entier à pied, sans être guidé par des observations antérieures, sans l'aide de compagnons de travail, et il avait réussi à séparer en divisions naturelles la série compliquée des roches britanniques. Plusieurs des dénominations de Werner et de Smith sont encore employées aujourd'hui et consacrent leurs droits de priorité.

Les temps étaient proches où la géologie devait s<' constituer à l'état de science ; car la rénovation de l'histoire minérale de la terre date de l'étude sérieuse des corps organisés fossiles, étude que Lamarck et G. Cuvier commencèrent dans les premières années de notre siècle; le premier en 1802 par un Mémoire sur les fossiles (mollusques) des environs de Paris, le second en 1804 par un Mémoire sur les animaux des p/âtrières de Paris. C'est alors seulement que les n-aturalistes surent trouver et attribuer tout l'intérêt qu'elles méritaient, à ces pierres sur lesquelles, en faisant leurs hypothèses plus ou moins contraires à la vérité, Ils avaient marché depuis Aristote et Théophraste, c'est-à-dire pendant vingt-deux siècles, sans presque daigner y jeter un simple regard. A partir de ce moment, il y eut des géologues, seuls capables de déchiffrer leur signification exacte.

En avril 18I0, Cuvier et Alex. Brongniart lurent à l'Institut leur Essai sur la géographie minéralogique des e?ivirons de Paris, dans lequel se trouve établie pour la première fois la succession des espèces animales au sein des couches et leur importance pour caractériser celles-ci. En 1821. Al. Brongniart donna son mémoire Snr les caractères zoologiques des formations qui lui ont permis de reconnaître les terrains crétacés sur les hautes sommités des Alpes.

En 18-22, d'Omalius d'Halloy publia son E»sai d'une carte géologique des Pw/s-Bas et de la Finance, établie d'après ses projjrcs observations, celles de Coquebert do Montbret.ct <1('S renseignements fournis par un grand nombre dingcnicurs des mines.

En 1827, L. Cordicr donne son Essai sur la température de l'inté)'ieur de la terre, où il établit comme principe fondamentil de la géologie la fluidité ignée primitive du globe. Constant Prévost lit à l'Académie plusieurs mémoires, où il établit le synchronisme des dépôts et des formations et la théorie des affluents fluviatiles, basée principalement sur l'étude du sol des environs de Paris.

En 182.S, Elle de Beaumont rajeunit, en les plaçant dans les terrains jurassiques, des terrains des Alpes qu'on avait crus primitifs, et que Brochant, avait déjà reportés en 1 soS dans les terrains de transition. En 1 829, il publia ses liecherches sur quelquesunes des révolutions de la surface du globe, fondées sur ses nombreuses études du sol de la France.

Dès 1822, le gouvernement avait décidé l'exécution d'une carte géologique de la France, sur une assez grande échelle. Brochant de Villiers, qui en avait déjà présenté le projet en 1811, fut chargé d'en diriger l'exécution, confiée à MM. Dufrénoy et Elle de Beaumont. La fin de 1841 a vu apparaître la carte et le premier volume de l'Explication de la carte géographique de la France, comprenant une magnifique introduction ; le deuxième a paru en 1849, et la première partie du troisième en 1873.

En 1S40, M. d'Orbigny a entrepris la Paléontologie française, description des Mollusques et liai/oimés fossiles de la France. Les terrains crétacés et jurassiques sont encore seuls traités. Depuis sa mort, arrivée en 1857, divers collaborateurs continuent plus ou moins lentement cette importante publication, qui a joué un rôle si considérable dans le développement des études paléontologiques en France.

Ouvrages à consulter : Beudant, Cours élémentaire d'histoire naturelle, minéralogie et géologie ; Boubée , Géologie élémentaire ou Manuel de géologie; Lambert, Cours élémentaire de géologie à l'usage des lycées; Lcynicrie, Eléments de minéralogie et de géologie; Raulin. Eléments de géologie, année prép., I«,II",III" années ; Marié- Davy et Soni'ol, Eléments de géologie. IV» année; Lambert. Nouoeau guide du géologue, géologie générale de la Fra7ice. [V. Raulin.]

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