‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 121 sur 573 · JO · texte numérisé non relu

JO

plôme de fin d'é-

tudes secondaires

\ ou du brevet su-

i périeur de l'en-

I seignement pri-

\ maire

Mait

•esses répétitrices (lo-

gées, noa nourries)....

A Paris, les traitements, pour chaque classe et pour chaque catégorie de fonctionnaires, sont supérieurs de 500 francs aux cliififres indiqués ci-dessus.

Collèges.

i" classe. 2» classe. 3« classe. 4e classe. Directrices 4000 3500 3000 2GG0

Licenciées ou pourvues soit du certificat d'aptitude à l'enseignement secondaire des jeunes filles, soit du certificat d'aptitude à l'enseignement des langues \ivantes... 3400 3100 2S00 2500

Pourvues d'un baccalauréat, du diplôme de fin d'é- , tudes secondaires ou du brevet supérieur de l'enseignement primaire 2700 2400 2100 1800

Institutrices primaires... 2400 200O 1800 1600 Maîtresses surveillantes de

l'externat (logées, non

nourries)..". Minimum : 1400 francs.

Les heures supplémentaires demandées aux professeurs titulaires et aux maîtresses chargées de cours donnent lieu, pour chaque heure supplémentaire pendant dix mois, à une rémunération spéciale de 200 francs dans les lycées de Paris, de 150 francs dans ceux des départements, et de 125 francs dans les collèges.

LYCURGUE. — V. Sjjfivtiates.

LYON. — V. Lyonnais, Beaujolais et Forez.

LYONNAIS, BEAUJOLAIS ET FOREZ. — Ces trois provinces formaient sous l'ancienne monar-

chie le gouvernement da Lyonnais; elles faisaient fit font encore anjourd'imi partie du diocèse de Lyon; au poiot de vue de l'instruction publique, leur histoire se confond donc jusqu'en 1789. On sait en effet que, sous l'ancien régime, la direction de l'enseignement rentrait dans le domaine de l'autorité épiscopale et que, en ce qui concerne l'instruciioii primaire tout au moins, le diocèse constituait la division scolaire par excellence.

I. Lyon. — De l'époque rouai.ne au xiii* SIÈCLE. — Depuis l'instiluiion par Caligula de ces célèbres jeux mêlés {ludi miscelli) où de jeunes Gaulois, oublieux de la langue de leurs pères, venaient se disputer, en grec ou en latin, la palme de l'éloquence, Lugdunum était devenu pour la Gaule comme un foyer littéraire dont l'éclat rayonnait au loin. Des savants, tels que Geminius, Tami de Pline le Jeune, et ce médecin Abascantus dont Galien cite les écrits, y avaient fixé leur résidence, des libraires s'y étaient établis, et l'on est fondé à croire qu'à l'exemple de Piome, la capitale des Gaules avait, elle aussi, ses professeurs libres. Plusieurs historiens prétendent même faire remonter à Auguste l'institution d'un Athénée où l'on aurait enseigné publiquement les lettres grecques et latines. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en sa qualité de métropole des quatre Lyonnaises, Lugdunum dut être parmi les villes de l'empire une des premières à ressentir l'heureux effet des lois scolaires dues aux empereurs Constantin, Valeniinien 1^' et Graiien. Par un rescritdu mois dejuin 'è'>G, qui forme au Code Théodosien la loi XI, De medicis et professoribiis, ce dernier prince, — suivant en cela les conseils de son ancien précepteur le poète Ausone, — enjoignit aux métropoles de choisir, pour enseigner dans leurs murs, des rhéteurs et des grammairiens éminents, qui devaient être rétribués sur le Trésor public. Dès lors, Lugdunum eut ses écoles municipales où Ton enseignait les grammaires grecque et latine, la rhétorique et la poésie. \}n instant menacée dans son existence même par les invasions barbares du v° siècle, cette institution refleurit sous la domination des princes bourguignons.

A côte de ces écoles municipales où l'enseignement paraît avoir été exclusivement laïque, l'évêque avait ouvert, dans l'enceinte de la cathédrale, des écoles où Ion recevait les jeunes gens qui se destinaient à l'état ecclésiastique.

Au reste, dans les unes comme dans les autres, c'était rinstruction littéraire, dans ce qu'elle comportait alors de plus élevé, qui faisait l'objet des leçons des maîtres. D'écoles élémentaires ouvertes aux enfants du peuple, il n'est trace nulle part.

Après la chute du premier royaume de Bourgogne la barbarie envahit tout ; une nuit profonde se fit qui dura jusqu'au jour où Charlemagne, à force de génie, parvint à la dissiper. Parmi le^ monuments de l'histoire de l'enseignement a l'aurore du ix« siècle, il en est un qui intéresse tout particulièrement notre région : c'est la lettre que Leydrade, archevêque de Lyon, adressa à l'empereur pour lui rendre compte des efforts qu'il avait faits dans le but de réorganiser l'école de la cathédrale. Cette letti*e, rapprochée de celle que le grand réformateur écrivit à Baugulf, abbé de Fulda, suffirait à établir que l'unique but poursuivi par Charlemagne était la restauration des études ecclésiastiques.

La désagrégation violente de l'empire d'Occident, les incursions féroces des Normands, des Hongrois et des Sarrasins, la sécularisation des bénéfices ecclésiastiques, tout contribua à faire des deux premiers siècles de la féodalité une époque d'effroyable ignorance. Les choses en arrivèrent bientôt à ce point que les prêtres et les moines eux-mêmes ne comprenaient plus le sens

LYONNAIS

LYONNAIS

des livres saints. Cependant au milieu de ces ténèbres éclataient çà et \h quelques foyers de lumière : Lyon fut un des plus brillants. Son école épiscopale, si l'on en croit les auteurs de VHistoire littéraire^ conservait encore au xii'^ siècle quelque chose de son antique splendeur. Malheureusement l'enseignement qu'on y donnait ne s'adressait qu'à un bien petit nombre d'élus. En l'organisant, les archevêques, qui cependant exerçaient sur la ville la double souveraineté spirituelle et temporelle, ne s'étaient proposé d'autre but que d'assurer le recrutement de leur clergé. Quant à leurs sujets laïques, ils ne semblent pas s'être jamais préoccupés de leur assurer les bienfaits de l'instruction ; de sorte qu'en dehors de la société ecclésiastique tout n'était qu'ignorance et barbarie.

Au milieu de cette indifférence de l'Eglise pour l'enseignement, l'esprit public ne s'en était pas moins éveillé peu à peu. Une fois enrichis par le travail, les citoyens lyonnais avaient éprouvé le besoin de mettre leurs personnes et leurs biens à l'abri des atteintes arbitraires du pouvoir ecclésiastique. A l'exemple des villes du Nord de la France, ils se soulevèrent contre leurs seigneurs féodaux, l'archevêque et le chapitre de la cathédrale, et se constituèrent en commune (126'J). L'un des premiers usages qu'ils firent de leur liberté fut de fonder des écoles.

Ecoles de Lyon du xiii^ au xvi« siècle. — Ecole de droit. — Au xiii^ siècle la justice temporelle appartenait pour moitié à l'archevêque et pour l'autre moitié au chapitre. C'était là, entre les deux pouvoirs, une source de continuels conflits : les Lyonnais, qui avaient journellement à pâtir de cet état de choses, se pénétrèrent de bonne heure de la nécessité qu'il y avait pour eux d'étudier cette science du droit dont leurs maîtres avaient su faire un merveilleux instrument d'exploitation. Aussi voyons-nous, dans la seconde moitié du siècle, des professeurs de droit établis à Lyon avec l'agrément du consulat et leurs leçons attirer un grand nombre d'élèves. L'Eglise, qui dès lors condamnait tout enseignement n'émanant pas d'elle, imposa silence aux juristes, mais les Lyonnais firent tant et si bien que l'archevêque et le chapitre finirent par autoriser la création d'une chaire de droit dans la ville (1290). Ils avaient eu soin d'ailleurs de stipuler que les docteurs régents jureraient avant d'entrer en fonctions de no jamais consulter contre l'Eglise.

Après la réunion du Lyonnais à la France, sous Philippe le Bel, l'enseignement du droit tomba peu à peu en désuétude, et nous voyons l'administration municipale essayer à diverses reprises, en 1418, 1453 et 1575, mais toujours sans succès, de le relever, en obtenant du roi l'établissement à Lyon d'une « université es lois ». Vers le milieu du xviiie siècle le consulat fonda une chaire de droit à sa nomination ; le cours durait trois années et portait sur le droit romain, le droit canon, le droit français et l'ordonnance de iG67. Cette institution disparut en 1790.

Ecole communale de grammaire. — C'est au mois de mai 1327 que l'on constate pour la première fois à Lyon l'existence d'une école communale de grammaire. Le recteur en était choisi et nommé par le consulat, mais il devait être agréé par le scholastique de la cathédrale, magister scholarumy qui percevait en retour un droit annuel. Ce droit, c'était la ville qui le payait en l'acquit de son maître d'école : elle assurait en outre à celui-ci une subvention, variant de lo à 12 livres par an, et contribuait pour moitié au paiement de son loyer. Enfin le recteur paraît avoir été exempt des tailles communale et royale. En compensation de tous ces avantages, il devait instruire gratuitement les enfants pauvres {deg entes) : quant aux

riches, ils lui payaient une modique rétribution scolaire. On enseignait dans l'école de la ville la lecture, l'écriture, le calcul et le latin. Le recteur était habituellement un maître ès-arts de l'université de Paris, à qui cette dernière langue était familière. Dès le xiv^ siècle, le nombre de ses élèves augmentant, il fut obligé de s'adjoindre un, puis deux sous-maîtres {subalteimus socius).

Ecoles libres. — A côté de cet enseignement en quelque sorte officiel, l'enseignement libre n'avait pas tardé à se faire une place. A partir du commencement du xve siècle, nous relevons en effet, dans les rôles de taille, d'assez nombreuses mentions de « maistres d'escolle ». Dès la fin de ce siècle nous trouvons établie la distinction entre les maîtres d'école et les maîtres d'écriture, distinction qui devait être un jour la source dïnterminables conflits. L'instruction, comme l'industrie, tendait à se spécialiser ; à côté des maîtres d'école et des maîtres d'écriture nous rencontrons au xvF siècle des « maistres de chiffres » .

L'Eglise a refusé la liberté d'enseignement aussi longtemps qu'elle fut en puissance de le faire. A Lyon, comme partout ailleurs, il fallait pour pouvoir enseigner obtenir son autorisation et lui payer tribut. C'était le scholastique qui, sous l'autorité du chantre dont il était le subordonné, accordait après exameji les lettres de maîtrise. Ces lettres devaient être renouvelées toutes les années, et chaque renouvellement entraînait la perception de nouveaux droits. Et encore si l'Eglise s'était servie de son influence dans l'intérêt des études I Mais au lieu d'être un lettré, le scholastique, ce grand maître de l'instruction publique sous l'ancien régime, était communément quelque personne qui connaissait à peine les éléments de la science, qui vix novit rudimentay nous dit un contemporain, le célèbre président de Bellièvre. Cette direction des écoles, comme tant d'autres offices ecclésiastiques, était donnée au plus riche, sauf à lui à vendre le titre de régent au plus offrant afin de récupérer le prix de son bénéfice.

Une partie de la ville échappait à la juridiction scolaire du chantre de la cathédrale : c'était la paroisse de Saint-Paul. Le chamarier et le chapitre de cette collégiale avaient la prérogative d'instituer les maîtres et maîtresses d'école, dans toute l'étendue de leur ressort.

Ecoles de filles. — La ville n'avait rien fait pour l'instruction des filles : ce fut l'initiatiYe privée qui se chargea de combler cette lacune. Au xv* siècle, il existe à Lyon des maîtresses d'école : leur enseignement ne va guère au delà de la lecture et du catéchisme.

Du xvi« SIÈCLE A LA RÉVOLUTION. — Collège de la Trinité. — Au xvi'^ siècle, au beau temps de la Renaissance dont Lyon était devenu un des centres les plus actifs, le consulat résolut de remplacer l'école de grammaire, devenue insuffisante, par un collège public qui fut ouvert en 1527 dans les bâtiments cédés à la ville par une confrérie de marchands dite de la Trinité. Ce ne fut d'abord qu'un externat où les écoliers étaient admis moyennant la modique rétribution de deux sous six deniers par mois ; en 1536 on y adjoignit un pensionnat. Le personnel enseignant se composait d'un principal et de quatre régents. Il y avait une classe où l'on apprenait à lire aux petits enfants, d'autres où l'on enseignait la grammaire, la rhétorique, l'histoire et la poétique. Les professeurs ne devaient parler que grec ou latin à leurs élèves, « synon es bien petiz enfans ».

Le chapitre de la cathédrale protesta, ainsi qu'on devait s'y attendre, contre la prétention du consulat de nommer les recteurs et régents du collège. Un accord intervint en 1529 : le consulat

LYONNAIS

LYONNAIS

conservait la nomination des maîtres, mais ceuxci ne (levaient entrer en fonctions qu'après avoir feçu l'investiture du chantre.

Le collège resta aux mains de recteurs laïques, sous lautorité du consulat, jusqu'en 15G5, époque à laquelle, grâce à un subterfuge, les jésuites parvinrent à s'en emparer. Chassés de France après l'attentat de Jean Chàtel, ils durent abandonner la Trinité, et la ville en reprit la direction.

Rappelés par Henri IV contre le vœu du Parlement, les jésuites rentrèrent en possession du collège de Lyon, en 1G03. A cette époque leur enseignement comprenait, outre les études grecques €t latines divisées en six classes, un cours de philosophie en trois années, un cours de théologie €t un autre de langue hébraïque. Quant à « la classe des abécédaires » qu'ils s'étaient engagés à entretenir, en entrant à la Trinité, il n'en était plus question depuis longtemps. Expulsés une seconde fois en 1762, les jésuites quittèrent le <;ollcge de Lyon pour n'y plus rentrer. Après être restée quelque temps aux mains de professeurs laïques, la direction de cet établissement fut confiée le 3 février 1763 à la congrégation de l'Oratoire. Avec les oratoriens, l'éducation superficielle et vaine des jésuites disparut pour faire place à des méthodes plus viriles et à un enseignement plus sérieux. Pendant trente ans, de 17G3 à 1793, ces prêtres austères, qui avaient su allier « une certaine liberté à l'ardeur intelligente du sentiment religieux », enseignèrent sans éclat, mais avec fruit. A leur école se formèrent de bons citoyens et des savants illustres, parmi lesquels Monge, le créateur de la géométrie descriptive, et le célèbre physicien Ampère.

Collège Notre-Dame ou Petit Collège. — En 16"28, Gabrielle de Gadagne, dame de Cherrières, fit don de 24 000 livres aux jésuites de la Trinité à la charge de fonder sur la rive droite de la Saône un petit collège qui devait comprendre trois basses classes de grammaire. Le consulat subventionna cet établissement auquel on ajouta, en 1G47, deux nouvelles classes : les humanités et la rhétorique. Le père de La Chaise, le célèbre confesseur de Louis XIV, fut quelque temps recteur de ce petit collège avant d'être appelé à la direction du "collège de la Trinité. Après l'expulsion des jésuites, en 1762, le collège Notre-Dame fut confié aux oratoriens qui y restèrent jusqu'à la Révolution.

A côté des collèges communaux s'étaient fondés des pensionnats libres, des pédagogies^ comme on disait au xvr siècle, où l'on enseignait le latin et les belles-lettres.

Instruction primaire. — Au-dessous de ces établissements scolaires, il existait dès le xv^ siècle, à Lyon, des écoles libres où moyennant quelque modique rétribution on inculquait aux enfants les premiers éléments de la science. Ces écoles, où l'on recevait filles et garçons, se tenaient le plus souvent dans des locaux malsains, situés au troisième ou au quatrième étage, dans des rues étroites et sombres. Parfois la même salle servait de chambre à coucher, de cuisine et d'école. Le nombre des écoliers était rarement élevé : il variait de deux à cinquante élèves, mais se maintenait le plus souvent au-dessous de vingt. L'instruction qu'on y donnait était des plus rudimentaires : elle se bornait d'habitude à des leçons de lecture dans un psautier ou un livre d'heures et à quelques notions de doctrine religieuse. Peu d'enfants apprenaient à écrire. Les maîtres et les maîtresses n'étaient rien moins que préparés aux importantes fonctions de l'enseignement. « Presque tous exercent une autre profession avec celle de maître, est-il dit dans un procèsverbal de visites scolaires de 1685, ce qui fait

lr« Partie.

qu'ils ne peuvent vaquer à l'éducation, ni à l'instruction des enfants. » Souvent des artisans, des petits marchands qui n'avaient pas réussi dans leur commerce, s'improvisaient instituteurs, trouvant commode de gagner leur vie en recevant chez eux de jeunes enfants sous prétexte de leur enseigner ce qu'eux-mêmes ignoraient. Parfois le rôle d'éducateur de la jeunesse était pris par des personnes que leur genre de vie antérieur semblait devoir en éloigner : ici c'est un cabaretier qui, après avoir fait tous les métiers, s'avise de tenir école; ailleurs c'est la femme d'un aubergiste. Aussi le nombre des maîtres absolument incapables est-il grand. « Il y en a, nous disent les visiteurs de 1685, qui ne savent pas bien lire ni écrire et fort peu le catéchisme »; ce qui fait, ajoutent-ils naïvement, « que les enfants en souffrent ». Un maître que les inspecteurs veulent faire lire « n'en peut venir à bout » ; un autre « n'orthographie pas bien » .

En 1688, on constata l'existence à Lyon et dans les faubourgs de 76 écoles élémentaires : 26 do garçons, 33 de filles et 17 mixtes; elles étaient fréquentées par une population enfantine de 1000 garçons et de 600 filles. A cette époque Lyon comptait environ 90 000 habitants. {Mémoires sur le Gouvernement de Lyon recueillis en 1698 par M. Dherbigny , intendant en la généralité de Lyon. Archives du Rhône, G, 3.)

Confrérie des maîtres et maîtresses d'école de Lyon. — C'est en 1083 que fut fondée, sous les auspices de l'archevêque, la confrérie « des maîtres et maîtresses d'école de la ville et faubourgs de Lyon ». Les statuts qui lui furent donnés le 28 octobre de cette année restèrent en vigueur jusqu'en 1737, époque à laquelle le cardinal archevêque deRochebonneen approuva de nouveaux. Le nombre des membres de cette association était limitativement fixé à 100 : 50 maîtres et autant de maîtresses; il ne fut jamais dépassé jusqu'en 1790. Il fallait pour en faire partie avoir obtenu de l'autorité ecclésiastique des lettres de maîtrise.

L'administration des deniers communs, la surveillance des maîtres et des maîtresses, l'inspection des écoles étaient confiées, sous la direction d'un prêtre visiteur, à quatre courriers ou syndics choisis par le directeur des écoles. Les confrères s'assemblaient une fois par mois, et ils étaient astreints à certains devoirs religieux. Comme toutes les confréries, celle des maîtres et maîtresses d'école de Lyon était une véritable société de secours mutuels, dont la caisse s'alimentait des droits d'entrée dans la corporation, des cotisations des membres et des amendes.

Petites écoles. — Quelque incomplet que fût l'enseignement donné dans les écoles libres de la ville, seuls les enfants appartenant à des familh s aisées pouvaient en profiter. Les enfants du peuple restaient voués à l'ignorance la plus absolue. Au milieu du xvii* siècle, un homme de bien, M. Démia ', prêtre originaire de Bourg, qui fut en cela le précurseur et l'inspirateur du chanoine J.-B. de La Salle, conçut la généreuse pensée d'ouvrir aux enfants déshérités de la fortune des écoles gr.:tuites. Une première école fut établie en 1667 dans le quartier ouvrier de la ville. Trois ans plus tard le consulat, si généreux quand il s'agissait de l'instruction secondaire, consentit, à grand' peine, à donner à l'œuvre naissante une subvention annuelle de 200 livres, destinée «■ ^ l'établissement et entretien d'une école publique pouiinstruire les pauvres aux principes de la religio « chrétienne et môme ;\ lire et à écrire ». Les années suivantes, M. Démia, aidé de quelques personnes charitables, fonda de nouvelles écoles gratuites, si bien que vers la tin de 1672 on en comptait cinq dans la ville. Nommé par l archelit

LYONNAIS

LYONNAIS

vêque à la direction de ces écoles, il se fit aider dans son administration par un conseil de « seize recteurs, tant ecclésiastiques que laïques », qui prit le nom de bureau des écoles et se recrutait lui-môme. Ce bureau, qui rendit à la cause de l'instruction populaire d'incontestables services, disparut en 1791, au moment où la municipalité lyonnaise prit en main la charge de l'enseignement public.

Dans le but de s'assurer des maîtres capables, M. Déuiia avait fondé, en 1672, le petit séminaire de Saint-Charles, sorte d'école normale où il recueillait des jeunes gens sans fortune se destinant à l'état ecclésiastique : ceux-ci, en retour de l'éducation gratuite qu'ils y recevaient, devaient se rendre deux fois par jour dans les différentes écoles des pauvres pour y faire la classe.

Ecoles de filles. — C'est en 1G75 que furent établies les deux premières écoles gratuites de filles ; en 1688, leur nombre avait été porté à six. Huit ans auparavant le directeur des petites écoles avait fondé la communauté des sœurs de Saint- Charles, qui subsiste encore aujourd'hui. Les femmes qui y entraient menaient en commun la vie religieuse, mais ne se liaient point par des vœux ; elles promettaient seulement chaque aunée de se consacrer à l'instruction.

Ecoles de travail. — Outre les leçons de lecture, d'écriture et de doctrine religieuse qu'elles donnaient à leurs élèves, les maîtresses leur enseignaient encore à faire de petits ouvrages manuels, comme des boutons, de la dentelle et autres choses seuîblables. Plus tard il se créa de véritables écoles professionnelles, dans lesquelles on n'entrait qu'après avoir signé un contrat d'apprentissage. La première fut établie en 1721 et, dix ans après, le consulat accorda en faveur de cette nouvelle création une subvention annuelle de 300 livres. A la fin de leur apprentissage, le bureau des écoles faisait remettre aux jeunes filles une partie des salaires gagnés par elles.

Les règlements de M. Démia. — M.Démiafit paraître en 1688 des « Règlements pour les écoles de la ville et diocèse de Lyon », qui contiennent Icxposé de ses doctrines pédagogiques. En dehors du catéchisme, le programme des écoles des pauvres comprenait la lecture, l'écriture, quelques notions d'orthographe et de' grammaire, et enfin les principes de l'arithmétique. On y ajouta au xviii* siècle un peu d'histoire d'après la Bible.

La disette des maîtres, le grand nombre des élèves doimèrent à M. Démia comme l'intuition de l'enseignement mutuel et simultané. Il recommande de choisir parmi les écoliers les plus capables et les plus studieux un certain nombre d'officiers y dont les uns, sous les noms d'intendants et de décurions, seront chargés de la surveillance, les autres de faire répéter les leçons du maître, de reprendre les écoliers quand ils se trompent, de guider la main hésitante des « jeunes écrivains », etc. Pour rendre possible la simultanéité dans l'enseignement, l'auteur des règlements divise l'école en huit classes, dont le maître devra s'ocr.npp.i- tour à tour. Chacune de ces classes peut se subdiviser en bandes.

La seule méthode de lecture qu'il connaisse, c'est la méthode alphabétique, et, par une étrange anomalie, on doit commencer à lire le latin avant le français (V- Lecture, p. 1535). L'écriture s'enseigne à l'aide d'exemples manuscrits ou gravés. Une fois que l'enfant sait lire et coiwcnablement écrire, on le met à l'orthographe. L'enseignement de l'arithmétique pouvait se donner soit didacliquement au tableau noir, d'après les auteurs qui avaient écrit sur la matière, soit par la méthode intuitive dxxjet à la main.

lùiiin les enfants étaient préparés aux cérémonies religieuses par des leçons o'-e plain-cliant.

Emploi du temps dans les petites écoles.

Heures.

7 heures.

De 7 h. 1/2

à 9 heures.

10 heures.

2 heures.

Matin.

Entrée de l'école; les sous-maîtres font réciter les leçons.

Prière en commun.

Demandes du catéchisme.

Déjeuner.

Lecture.

Ecriture et correction des exemples.

Exercices particuliers pour chaque jour (arith* métique, etc.).

Prière de la fln de l'école.

Soir.

Plain-chant. Récitation des leçons.

Prières.

Demandes du catéchisme.

Ecriture et correction.

Exercices particuliers.

Prière du soir.

L'œuvre de M. Démia prospéra : en 1791, i! existait dans la ville et ses faubourgs 27 écoles gratuites tant de garçons que de filles, instruisant de cinq à six mille enfants, et quatre écoles de travail pour les jeunes filles.

II. Lyonnais, Forez, Beaujolais. — Petites écoles. — Des petites écoles furent fondées sur le modèle de celles de Lyon à Saint-Chamond, Montbrison, Saint-Etienne, Bourg et Lagnieux : elles étaient administrées par un bureau local et dirigées par des prêtres ou des sœurs de Saint- Charles.

Dans l'intention d'éliminer les maîtres vicieux et incapables, M. Démia, — qui avaitreçu la direction non seulement des écoles gratuites qu'il avait fondées, mais encore de toutes celles du diocèse, — sollicita et obtint du conseil d'Etat un arrêt,, en date du 7 mai 1674, qui défendait expressément M de tenir des petites écoles pour l'instruction de la jeunesse » sans la permission de l'archevêque ou de son substitué.

Deux ans plus tard, le 28 juillet 1676, en vertu de cet arrêt, le directeur des écoles donnait aux maîtres et aux maîtresses du diocèse un règlement qui entre autres choses prescrivait la sépation des sexes et la spécialisation des maîtres dans les écoles de garçons et des maîtresses dans les écoles de filles.

Visites scolaires. — Au lendemain de la révocation de ledit de Nantes, le pouvoir central, qui jusque-là était rf sté indifférent à l'instruction des masses, s'efforça de provoquer la création de nouvelles écoles. Son but était a de confirmer les nouveaux convertis dans les bons sentiments qui leur avaient été inspirés » par les moyens que l'on sait; et comme pour ne point laisser de doute sur ses véritables intentions, le roi obligea les pères protestants d'envoyer leurs enfants aux écoles catholiques.

Voulant s'assurer de l'orthodoxie des maîtres, Louis XIV écrivit le 28 aoiU 1686 à l'archevêque de Lyon pour l'inviter à préposer des ecclésiastiques à la visite des écoles du diocèse.

Les procès-verbaux de ces visites scolaires nous ont été conservés, et nous y avons puisé, sur l'état de l'instruction primaire dans les campagnes, d'utiles renseignements.

Lyo7inais. — Sur les 184 paroisses ou annexes de cette province, il y en avait à peine quarante qui fussent pourvues d école. Nulle pa't l'enseignement ji'était subventionné par la commane, et sauf en trois endroits — à Amplepuis, Saint- Symphorien le Château et Saint-Paul en Jarret — où il existait des fondations scolaires, les maîtres n'avaient pour subsister que les rétributions de leurs élèves.

11 y avait dès le xvii* siècle à Saint-Symphorien \ le Château un collège où l'on enseignait depuis la

Page 1