‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 123 sur 573 · MAGASIN D'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

MAGASIN D'ÉDUCATION

plus remarquables des divers journaux, ou du moins des analyses impartiales de ces articles, comme une façon de conserver les pièces curieuses bien plus sûre que de les transcrire. » Le succès du Gentleman's Magazine fut très grand, t't dès 1732 un concurrent de Cave créa le London Magazine. Bientôt le cadre des Magazines s'élargit; ne se bornant plus à reproduire ou à analyser les travaux parus ailleurs, ils publièrent des articles originaux, donnèrent des nouvelles politiques, etc. Les Magazines anglais contemporains, tels que le Blackwood^s Magazine, le JVeio Monthly Magazine^ le Fraser's Magazine, ont compté parmi leurs collaborateurs nombre d'écrivains illustres, et en particulier des romanciers comme Bulwer, Ainsworth, Dickens et Thackeray.

Ce fut une institutrice française établie en Angleterre, M"»* Leprince de Beaumont*, qui créa le premier Magasin français. Elle publia à Londres, de J750 à 1755, le Nouveau Magasin français, ou Bibliothèque instructive, qui fut suivi du Magasin des enfants, du Magasin des adolescents, et de plusieurs autres recueils d'éducation et de morale sous des titres analogues. En 179?, Noël et Warens fondèrent à Paris le Magasin encyclopédique, continué par Millin de 1795 à 1816, et qui fut sous la direction de celui-ci l'un des organes des plus importants du mouvement littéraire et scientifique durant la période du Directoire, du Consulat et de l'Empire.

En 1832, la Société anglaise pour la dififusion des connaissances utiles, fondée en 1826 par Brougham, résolut de créer, à l'usage des classes populaires, une publication périodique illustrée, à bon marché, destinée à répandre des notions élémentaires de science et de littérature et à encourager le goût de la lecture : ce fut le Penny Magazine ou Magasin à un sou. Le Penny Magazine ne vécut que quatorze années ; mais un recueil français créé sur le même type, le Magasin pittoresque de M. Ed. Cliarton, a fourni par contre, avec •un succès toujours croissant, de 1833 à l'heure actuelle, une brillante et utile carrière. Nous consacrons ci-dessous des articles spéciaux au Magasin pittoresque et à un autre recueil de date plus récente, et qui a conquis une des premières places parmi les périodiques publiés à l'usage de la jeunesse, le Magasin d'éducation et de récréation de MM. J. Hetzel, Jean Macé et Jules Verne.

MAGASIN D'ÉDUCATION. — Le Magasin d'éducation et de récréation, publié sous la direction de P.-J. Stahl, Jules Verne et Jean Macé, a droit de figurer dans ce Dictionnaire de pédagogie, car il marque une étape dans la marche de l'instruction publique : il a renouvelé la littérature de l'enfance.

Cette littérature remonte à peine à cent ans. Berquin en a été l'ingénieux et charmant créateur. Sans doute les Contes de Perrault et tous les recueils de contes de fées s'adressaient à l'enfance, mais surtout à l'imagination de l'enfance; ils étaient écrits plus pour l'amuser que pour la peindre ou pour l'instruire. Les enfants en étaient l'objet, non le sujet. Berquin eut l'idée heureuse de sortir de ce monde féerique et d'entrer dans la vie réelle. Il chassa les géants, il jeta par terre les châteaux enchantés, il donna congé aux bonnes et mauvaises fées, il dépouilla l'enfant de ses habits de petit prince, il prit pour lieu de scène la maison, la cabane, l'école, la rue, l'église ; pour personnages, les petits garçons et les petites filles des artisans, des paysans, des bourgeois, des nobles: il montra l'enfance à l'enfance. Pour venir à bout de cette tâche, la première, l'indispensable condition, c'était d'aimer les enfants, car il faut connaître pour instruire, et il faut aimer pour connaître. Il y a bien longtemps que Socrate a dit d'un de ses disciples :

« Que voulez-vous que je lui apprenne? Il ne m'aime pas. » Ce mot profond est tout un programme d'éducation et surtout d'éducation enfantine. Je ne sais si la fable a eu raison de mettre un bandeau sur les yeux de l'amour, mais ce dont je suis bien sûr, c'est que la tendresse n'en a pas. Rien de si clairvoyant que la vraie tendresse! Elle ne voit pas seulement, elle prévoit, elle lit dans l'âme comme sur le visage. Un père vraiment tendre, un ami vraiment tendre, aperçoit bien avant tout le monde les défauts des êtres aimés, comme bien avant tout le monde aussi il est frappé de leur pâleur et de leur abattement: il démêle les conséquences, il pressent les dangers, et court au remède quand la maladie ou le mal n'est encore qu'à l'état de symptôme. Or chez l'enfant tout n'est que symptôme, lueur fugitive: il faut toujours deviner avec lui! On est en face d'un perpétuel mystère. Son être à venir éclate à tout moment dans son être actuel. C'est qu'il est toujours plein de ce qu'il sera. Pour le bien comprendre et le bien peindre, on doit toujours corriger ou compléter le présent avec le futur. C'est ce qu'a fait Berquin; et tout le secret de son talent est dans un seul mot : il a mérité d'être appelé Vami des enfants.

Nous voil^ bien loin, ce semble, du Magasin d'éducation. Nullement, nous y touchons. Car si Hetzel (Stahl) a créé une nouvelle littérature de l'enfance, s'il a fait oublier Berquin, s'il a de beaucoup dépassé Berquin, s'il diffère profondément de Berquin, c'est parce qu'il est parti du même point que Berquin, l'amour des enfants. Bien longtemps avant de songer à son Magasin, une de ses joies était de les regarder jouer, de les écouter, de les étudier. Il les aimait pour leur grâce et pour leur gaucherie, pour leur sincérité et pour leurs naïfs détours, pour leur finesse et leur crédulité, pour leurs mines fraîches et leuis mines barbouillées; il aurait été digne de dire ce mot que j'ai entendu dans la bouche d'une femme : « On trouve toujours sur leur figure un petit coin propre où les embrasser. » Bientôt lui vint l'idée de travailler pour eux: une fois ce travail commencé, une fois ces petits acteurs mis en scène, il trouva, pour les faire parler, un langage particulier, qui est à la fois le sien et le leur, où ils se reconnaissent et où on le reconnaît, qu'il incarna enfin dans un personnage qui est allé s'ajouter aux types légendaires des contes d'enfants : M'^* Lili. M"* Lili a un état civil, c'est un être réel. Qu'on ne s'étonne pas de me voir, dans ce grave Dictionnaire, et à piopos d'un livre éminemment utile, m'attarder si longtemps sur ce petit côté : c'est que pour moi ce petit côté c'est le grand, car c'est la base. Tout le reste est parti de là. Bâtir sur le cœur, c'est bâtir sur le roc. Appuyé sur ce fondement, l'édifice s'est comme élevé de lui-même, et a eu le droit d'inscrire sur son titre ces deux mots qui résument tout : Education et Récréation, Pour répondre à ce double titre, l'auteur (Stahl) s'adjoignit un conteur incomparable (J. Verne) et un merveilleux pédagogue (J. Macé). A eux trois ils se partagèrent le domaine de l'intelligence enfantine. A l'un, l'imagination; à l'autre, la science et les expériences éducatrices; au troisième, c'est-à-dire au premier, la morale sous toutes ses formes, tantôt grave comme une leçon, tantôt amusante comme un conte, tantôt gaie comme une scène de comédie, tantôt vaillante comme un trait d'héroïsme ! Ce cadre, déjà si vaste, alla toujours s'agrandissantl De nouveaux horizons se découvrant sans cesse, il fallut appeler de nouveaux collaborateurs. Peu à peu entrèrent dans le recueil : la poésie, avec Laprade et Ratisbonne ; le roman, avec J. Sandeau et Hector Malot; l'architecture, avec l'ingénieux restaurateur de l'art au moyen âge, Viollet-

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