‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 138 sur 573 · MAITRESSE DE TRAVAUX A L'AIGUILLE · texte numérisé non relu

MAITRESSE DE TRAVAUX A L'AIGUILLE

— Dans toute école mixte tenue par un instituteur, une femme nommée par le préfet, sur la proposition du maire, est chargée de diriger les travaux à l'aiguille des jeunes filles. Son traitement est fixé par le préfet, après avis du Conseil municipal (Loi du 10 avril 1867, art. 1", § 2).

L'instruction générale publiée le 12 mai 1867 pour l'exécution de la loi du 10 avril précédent recommande aux préfets d'apporter beaucoup de circonspection dans le choix des maîtresses, « Lorsque l'instituteur, dit le ministre (M. Duruy) sera marié et père de famille, votre choix devra naturellement s'arrêter sur la femme, la fille ou la sœur de l'instituteur, si toutefois elle est réellement en état de donner de bonnes leçons de couture aux enfants. Dans le cas contraire, il faudra désigner, autant que possible, une mère de famille, dont l'âge, la conduite et la tenue seront de nature à inspirer le respect. La maîtresse des travaux d'aiguille n'est chargée par la loi que de cette partie de l'enseignement; mais il serait à désirer que cette personne pût assister aux classes et à la sortie des jeunes filles. Sa seule présence sera tout à la fois une garantie pour les maîtres et pour les élèves; enfin, quoiqu'elle ne doive prendre aucune part à l'enseignement donné par l'instituteur, elle le remplacera utilement au point de vue de l'ordre, dans les rares occasions où celui-ci sera obligé de s'absenter de sa classe. C'est ainsi que beaucoup des inconvénients des écoles mixtes pourront disparaître, et que les familles n'hésiteront plus à y envoyer les jeunes filles. Sans doute une semblable tâche exigera une plus longue présence de la part de la maîtresse que n'en exigeraient de

MAITRISES

MAITRISES

simples leçons do couture ; mais il y a lieu de remar(iuei' que, pendant les classes, la maîtresse pourra se livrer, soit au travail d'entretien du linge et des vêlements de sa famille, soit à la confection des vêtements dont elle se chargerait par état; ces travaux, exécutés sous les yeux des jeunes lilles, ne contribueraient pas peu, d'ailleurs, b leur on inspirer le goût, tout en développant leur adresse. » — Un peu plus loin, le ministre renouvelle en ces termes la recommandation de ne nommer que des personnes réellement en état de donner d'utiles leçons : « Il ne faut pas nous exposer h céder aux sentiments de commisération qui pourraient porter quelques maires à confier cette tcâche h des personnes dans le besoin, mais peu capables. Ainsi donc, soit qu'il s'agisse de la femme ou de la fille de l'instituteur, soit qu'il s'agisse d'une étrangère, l'inspecteur primaire sera appelé à vous donner son avis, après avoir pris toutes les précautions nécessaires pour s'éclairer. »

Quant au traitement à allouer à la maîtresse de travaux h l'aiguille, le ministre faisait remarquer avec raison qu'il est nécessairement variable selon les localités, le temps qu'elle consacre à l'école et sa position personnelle. « Attribué à la femme de l'instituteur, il pourrait être une charge moins lourde pour la commune, tout en contribuant au bien-être du ménage de l'instituteur. »

Ce traitement, en raison de sa modicité, est mandaté par semestre, le 30 juin et le 31 décembre de chaque année. (Circulaires des 16 et 22 décembre 1875). [Ernest Cadet.]

MAITRISES. — Les maîtrises et bas-chœurs des cathédrales se composent des organistes, des maîtres de chapelle, des chantres, des enfants de .chœur, des bedeaux, des suisses et autres serviteurs de l'église. On donne plus particulièrement le nom de maîtrises ou quelquefois de manécanieries (de mane cantare, chanter de bonne heure) aux maisons où les enfants de chœur reçoivent Itur éducation musicale.

Cette institution remonte à une époque très reculée. « Elle fut, dès le règne de Pépin, disait Portails, ministre des cultes, dans un rapport à l'empereur du 29 avril 1807, le berceau de la musique en France et constamment l'école de ceux qui ont parmi nous avancé le progrès de ce bel art. »

En 1787, il y avait en France quatre cents maîtrises environ, donnant une instruction musicale très complète à quatre ou cinq mille enfants. « Tous les chanteurs qui ont eu quelque célébrité, ajoute Portalis dans son rapport, avaient reçu leur éducation musicale dans les maîtrises ; et si, précédemment, il n'y avait point d'autres institutions publiques pour l'enseignement de la musique vocale, c'est que non seulement les maîtrises suffisaient, mais c'est qu'en outre il était reconnu qu'elles ne pouvaient être remplacées. »

En France et à l'étranger presque tous les grands compositeurs, comme presque tous les grands chanteurs, sont sortis des maîtrises, ainsi qu'un nombre considérable de chanteurs et de musiciens distingués qui, sans atteindre la célébrité des grands artistes, rendaient les plus utiles services, soit dans la musique religieuse, soit dans la musique profane.

Parmi les hommes de génie ou détalent sortis des maîtrises, nous citerons, en France, les compositeurs Lesueur, Méhul, Boïeldieu, Grétry, Couperin, Lalande, Philidor, Rameau, Monteclair, Gounod, Félicien David; les chanteurs Ponsard, Levassor, Alexis Dupont, Faure, Grisy, Duprez, Adolphe Nourrit, Aymès-

A l'étranger, nous trouvon'? Hœnd'il, * Bach, Haydn, Gluck, Piossini, Donizetti, Meyerbeer, Féiis.

Les maîtrises furent supprinées en 1791, et l'art musical ne tarda pas à sentir le contre-coup de cette mesure. L'Opéra et les théâtres lyriques virent tarir la source dans laquelle ils allaient chercher, soit leur premiers sujets, soit des choristes exercés et vraiment musiciens.

Lesueur, surintendant de la musique de l'empereur, lui signala cette situation dans un mémoire déposé aux archives du Conservatoire de musique, et déclara h que l'on ne trouvait plus de choristes en nombre suflisant pour exécuter les chœurs de l'Opéra ».

Sur l'invitation de l'empereur, l'administration des cultes eut à examiner celte feituation. Portalis, dans le rapport dont nous avons déjà cité quelques passages, considéra la question des maîtrises, « non seulement sous le rapport de leurs services religieux, mais en s'attachunt à reconnaître les avantages dont les maîtrises peuvent être pour l'art ».

« Le passé m'a démontré et le présent encore me persuade, dit-il, que les maîtrises peuvent seules former et conduire à sa perfection la musique vocale exécutée par des hommes Cette

vérité est devenue évidente depuis l'établissement du Conservatoire de musique... En fait de chanteurs, trois ou quatre ont été cités comme élèves du Conservatoire ; mais, non seulement, ils n'ont pas eu de grands et surtout de longs succès, de plus, ils n'avaient reçu du Conservatoire que des leçons de goût au moment où la voix est formée et n'en avaient point reçu leur première éducation. Car il est certain que de tous les élèves qui y ont été instruits dès l'enfance, aucun n'a prospéré dans la musique vocale. La raison en est facile à trouver et ce ne sont ni les talents ni le zèle des professeurs qu'il faut en accuser, mais le régime et l'espèce de l'institution.

» Pour cultiver et môme faire naître des voii d'hommes, il faut s'y prendre dès l'enfance; il faut soumettre les élèves à un travail continuel, à un régime de conduite régulière et sévère, à une nourriture saine et suffisante, les surveiller dans tous les instants et les astreindre à des exercices périodiques et jamais suspendus. »

Six ans plus tard, en juin 1813, M. Bigot de Préameneu, devenu ministre des cultes en 18)8,. présenta un rapport à l'empereur sur l'organisation des maîtrises, « seules institutions propres h régénérer le chant >>. — « La réorganisation des chœurs et des maîtrises de musique, disait-il, est le seul moyen de rendre à l'art musical son ancien éclat. Le Conservatoire demeurera comme école de perfectionnement. Les élèves qui se seront le plus distingués dans les maîtrises pourront y être admis. L'instruction qu'ils auront reçue dans leur enfance les mettra à même de mieux profiter de celle qui leur sera présentée. >» A la suite de ce dernier rapport, des subventions montant à la somme totale de 33.000 francs furent allouées aux maîtrises, qui furent divisées en trois classes. La première classe recevait 12000 francs, la seconde 1 1 000, la troisième 10000. Supprimées en 1832, ces allocations furent plus tard rétablies au budget et s'élevèrent progressivement à la somme de 400500 francs.

La loi de finances du 30 décembre lî>^2 a un disparaître du budget la somme consacrée aux maîtrises et qui était de 300 800 francs dans le projet soumis au Parlement. , nu..r>

Le rapporteur du budget des cultes à a Chambre des députés a pensé, et son opinion a étô adoptée par la Chambre et le benat, « qu il ny avait rien de concordataire dans la dépense proposée, et que les maîtrises étaient de véritables

MAITRISES

MALLET

ëcoîe^ primaires ecclésiastiques qui échappent à tout contrôle et à toute surveillance de l'Etat. »

Quant aux bas-chœurs, ajoute le rapporteur, « ils ont dû trop longtemps à la faveur qui s'attache au côté artisticjue de l'Eglise catholique le privilège de conserver une subvention relativement importante. Aujourd'hui, on est bien revenu des illusions, parfois complaisantes, que l'on se faisait sur l'importance des services rendus au « grand art » par les chœurs de cathédrale. Ce n'est, en réalité, qu'une question de luxe intérieur, de telle sorte que, si l'Etat s'impose le devoir de venir en aide au service du culte dans ce qu'il a d'intimement lié à la conscience des fidèles, il y aurait abus de sa part à sacrifier à un faste inutile i'argent des contribuables. Du reste, la plupart des cathédrales sont également églises paroissiales et jouissent de revenus qui vont toujours en augmentant. S'il leur plaît de conserver leurs bas-chœurs, elles disposent de ressources suffisantes, et, en tous cas, la moindre quête vaudra mieux pour elles que le subside très limité du budget. »

De tout temps des difficultés se sont élevées au sujet des établissements entretenus par des fabriques cathédrales ou paroissiales, ou dépendant plus ou moins directement desdites fabriques et confiés aux soins d'ecclésiastiques, dans lesquels sont enseignées tout ou partie des matières composant le programme des écoles primaires des difl'érents degrés ou même des écoles secondaires. La question était de savoir si ces établissements pouvaient exciper du titre de maîtrise^ soit qu'ils se le fussent spontanément attribué, soit qu'ils le tinssent d'actes réguliers de l'autorité publique, pour se soustraire à l'application des règles du droit commun en matière d'enseignement, notamment en ce qui concerne les règles qui président à l'ouverture des écoles primaires ou en ce qui concerne leur inspec-

La jurisprudence des ti-ibunaux et des cours -d'appel a varié sur cette question ; mais la cour de cassation, notamment dans ses arrêts de 15 décembre 1834 et 23 mars 1835, a toujours reconnu ^qu'aucun établissement d'instruction, quels que •fussent son titre et sa destination, ne pouvait exister «ans l'autorisation spéciale de l'Université ; que ,1'intention du législateur n'avait jamais été de disj)enser de la soumission à l'Université les élèves destinés aux autels, et que, ni dans les décrets impériaux, ni dans aucun autre décret ou ordonnance, ne se trouvait aucune disposition faisant exception à ces principes.

L'administration a toujours soutenu que les maîtrises devaient être astreintes à toutes les dispositions des lois scolaires, notamment à l'inspection académique, à moins toutefois qu'elles ne se composassent de simples classes de plainchant.

Dès 1819, le ministre de l'intérieur déclarait que « des ecclésiastiques réunissant près d'eux huit, dix et quelquefois jusqu'à trente élèves de tous âges qu'ils instruisent gratuitement ou moyennant rétribution, étaient de véritables instituteurs rentrant de droit dans la classe commune • comme ils y rentrent de fait. Ils doivent se munir de diplômes ou cesser des fonctions que les instituteurs légalement autorisés peuvent seuls . remplir. »

Depuis la loi du 28 mars 1882, une circulaire •de M. le garde des sceaux, ministre de la justice et des cultes, en date du 4 juillet 1882, a tranché la question. Elle a décidé a qu'il y avait lieu de JBoumettre les maîtrises h l'empire des règles du droit commun sans qu'elloi puissent invoquer le Jîéncfice d'aucun privilège et d'aucune exception ». [L. Armagnac]

MALADIKS SCOLAIRES. — La question des maladies scolaires est traitée en maint endroit de ce Dictionnaire, soit à l'article Maladies scolaires de la II" Partie, soit au cours de l'article Hygiène scolaire, de la P^ Partie, soit enfin dans divers articles spéciaux tels que Inspection viédicale, Myopie, etc.

Nous nous bornons ici à présenter une observation d'ordre général, sur laquelle il nous paraît bon d'appeler l'attention des instituteurs.

On apporte aujourd'hui les soins les plus minutieux à la construction et à l'aménagement d'un bâtiment scoLair©, et c'est avec raison, car de là dépend en pa-tle la salubrité d'un milieu où des centaines d'enfants doivent séjourner chaque jour pendant plusieurs heures. Mais il ne faut pas oublier que ces conditions matérielles ne suffisent pas à sauvegarder la santé des enfants, que même elles restent absolument inefficaces si le maître lui-même ne se charge de leur faire produire tout leur fruit, et n'apporte à la surveillance de l'hygiène scolaire une attention de tous les instants. Une école peut être construite, distribuée, aménagée, meublée selon toutes les règles, munip. des perfectionnements les plus modernes ; ce n'est encore rien, et les vies enfantines y peuvent courir des riques graves, si l'incurie du maître amène la saleté, la mauvaise tenue des élèves, si les heures de travail et de récréation sont réparties de façon à compromettre leur santé, si l'abus des châtiments les plonge dans la terreur ou dans la tristesse, ou qu'au contraire une coupable faiblesse les livre sans contrôle à leurs instincts. Une école n'est saine, les enfants n'y sont vraiment en sécurité, que si le maître n'oublie pas un seul instant qu'il a charge, non d'âmes seulement, mais aussi de tous ces petits organismes délicats, prompts à se fausser ou à se détraquer, et s'il ne consacre à cette surveillance de l'équilibre phy-^ sique autant de zèle, d'intelligence, de science qu'il en met au service de l'éducation proprement dite. C'est là une tâche que rend infiniment ardue l'incompétence inévitable de l'instituteur en matière de diagnostic médical. Quelle que soit l'attention qu'il aura mise à se pénétrer des instructions spéciales qu'il a reçues à cet égard, à bien apprendre et comprendre les descriptions sommaires des premiers symptômes, telles que les lui fournissent aujourd'hui les cours de l'école normale ou les circulaires administratives, il n'en reste pas moins que c'est là une instruction infiniment superficielle, toute théorique d'ailleurs, et que la réalité risque de dérouter bien des fois. Et pourtant, le devoir n'en est pas moins impérieux : ces quarante ou cinquante enfants lui sont confiés par leurs parents six ou huit heures par jour, il répond d'eux, au physique comme au moral, et ne saurait laisser péricliter la santé de l'un d'eux sans assumer une grave responsabilité. Comment donc faire ? Tout simplement en mettant à cette tâche le plus d'intelligence et surtout de véritable amour des enfants qu'il lui seca possible, en veillant sur eux avec la même sollicitude toujours en éveil, la même constance dans l'observation que feraient les parents eux-mêmes. Il n'a pas d'autre moyen de s'acquitter sans accidents d'un devoir très délicat, et qui est pourtant au premier rang parmi ceux que lui impose sa profession.

[Dr E. Pécaut.]

MALLET (Mme Jules) — M^e Jules Mallet, née Emilie Oberkampf, était la fille du célèbre industriel qui a introduit en France l'industrie des toiles peintes. Elle naquit à Jouy, près de Versailles, le 29 mai 1794, et fut mariée en 1812 à M. Jules Mallet, fils du baron Mallet, banquier et régent de la banque de France. Comme son père et comme son mari, elle appartenaït à la religion protestante, et la plus grande partie de sa

MALLET

MALLET

•vie fut consacrnn h. des œuvres de charité et d'éducation populaire.

C'est ainsi qu'on 1832, lors de la première invasion du choléra è Paris, elle transforma en hôpital un vaste hôtel, et se fit infirmière et garde-malade; une médaille lui fut offerte alors par la ville de Paris en témoignage d'admiration. En 1849, «lie agit de môme, et, quand l'épidémie eut de •nouveau disparu, elle fonda diverses maisons pour les orphelins et les vieillards privés de leur famille. L'une de ces fondations, transmise plus tard aux sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, est devenue VŒuvre des orphelins de M énil montant.

Elle s'occupa aussi d'améliorer la situation des prisoimiers, et, do concert avec quelques amis, ■elle constitua un comité de dames, qui visite les détenues de la prison de Saint-Lazare et s'occupe -des moyens de les ramener au bien.

En 1853, elle ouvrit au sein d3 la Société pour l'encoura(]eme7it de l'instruction primaire parmi les protestants de France une souscription destinée à créer une école normale d'institutrices pour les écoles et les salles d'asile de sa confession.

Mais son œuvre de prédilection, à laquelle elle Testa attachée pendant plus de trente ans, est celle des salles d'asile.

En 1801, Mmc la marquise de Pastoret "^ avait fondé à Paris la première crèche; mais son essai ■n'avait pas eu de suites. En 1815, MiQ"^ de Pastoret prit l'initiative d'une autre fondation, celle ties salles d'asile. Quelques personnes qui avaient visité l'Angleterre en rapportèrent une vive a'dîiiiration pour les Infant schools créées à Londres par Buchanan. Un comité de quatre dames, dont Mm® Jules Mallet, résolut d'essayer de former en France une institution analogue; la première réunion de ce comité eut lieu, le 4 mai 1820, chez M^" de Pastoret, qui en accepta la présidence. Le comité s'adressa k la charité privée et au conseil général des hospices, qui fournit des fonds et un local ; la direction de la première salle d'asile française fut confiée à deux sœurs de l'ordre de la Providence, de Portieux, <i cette communauté seule ayant consenti à prendre part à cette tentative nouvelle ». L'abbé Des- •genettes, curé des Missions étrangères, présida les séances du comité, dont Mme Jules Mallet fut la secrétaire-trésorière, et, le l*' mars 1827, un compte-rendu imprimé fit connaître le double caractère charitable et éducatif que les fondateurs entendaient donner à la salle d'asile : « Les enfants de l'âge de dix-huit mois à six ans, y était-il dit, sont réunis dans la salle au nombre de quatre-vingts ; plus de cent quarante noms sont inscrits Les enfants sont amenés à l'asile à huit

heures du matin, et apportent avec eux des aliments pour deux repas; ils restent jusqu'à cinq heures en hiver, et jusqu'à sept en été. La journée est coupée par une alternative de jeux et ^'études appropriés à l'âge et aux forces de« enfants. Celles-ci consistent : à marcher en ordre et en mesure ; à lire de grosses lettres imprimées sur des tableaux suspendus aux murailles ; à entendre répéter l'explication d'images représentant des animaux et des métiers, sur lesquelles on provoque leurs petites réflexions ; à apprendre le catéchisme et quelques cantiques. On leur donne aussi les premiers éléments du calcul, au moyen d'un grand cadre renfermant des tringles sur lesquelles roulent des boules de couleur. Pendant les récréations, ils jouent avec des briques en bois qui leur servent à figurer différentes constructions, soit dans la salle, soit dans une cour sablée et plantée d'arbres. »

C'était la méthode anglaise, pour l'application •de laquelle deux manuels anglais, ceux de VVil- ^derspin et de Goyer, avaient été traduits dès le

commencement do 1820. Mais, dit M™* Jules Mallot. « malgré les efforts persévérants de deux dames et la bonne volonté des sœurs, on ne put réussir, et l'on senut qu'il fallait puiser plus d'expérience et do lumières dans un examen approfondi des Infant schools d'Angleterre. L'on chercha une personne qui consentît à se charger de cette mission, et oe fut alors (en mai 1827) que les dames dli comité entrèrent en relation avçc M. Gochin*, maire du douzième arrondissement, (jui, de son côté, sans avoir connaissance de l'essai tenté par les dames, avait réuni, dans deux chambres de la rue des Gobelins, un certain nombre de petits enfants, et cherchait, lui aussi, par une inspiration charitable, à créer l'œuvre des asiles. » Le résultat de cette rencontre et de ce concert fut l'envoi en Angleterre de M™* Millet*, qui, à son retour, organisa définitivement les asiles créés par le comité des dames, ainsi que r a asile-modèle » de M. Gochin.

On lira ailleurs — V. Maternelles (Ecoles) — comment l'institution, toute d'initiative privée dans les commencements, perdit peu à peu ce caractère, en acceptant d'abord le patronage du conseil des hospices, et par suite la direction administrative de la préfecture de la Seine, puis, après la loi du 28 juin 1833, la haute tutelle de l'Etat, jusqu'à ce que l'ordonnance royale du 22 décembre 1837 eut reconnu l'existence légale des salles d'asile privées et publiques, et que le ministère de l'instruction publique eut donné à celles-ci une organisation et une réglementation définitives.

Cette transformation ne se fit pas sans hésitation et sans difficulté. Mm* Jules Mallet constate elle-même que, quand les dames du comité, par l'organe de leur présidente d'alors, Mme ja comtesse de Bondy, informèrent le préfet de la Seine, le comte de Rambuteau, qu'elles déposaient leurs fonctions, elles ne le firent « qu'en cédant à une douloureuse nécessité ». En ce qui la concerne, ne pouvant méconnaître que les salles d'asile trouveraient dans leur caractère officiel une certitude de stabilité que ne pouvait leur assurer la bienfaisance privée. M"*' Jules Mallet w ouvrit les deux mains, dit Mme Pape-Carpantier, et laissant aller à d'autres cette œuvre enfant de son cœur, elle étouffa les regrets pour ne sentir que la joie. »

Elle ne se crut pas, d'ailleurs, dégagée de ses obligations charitables. « Pour secourir les enfants, un comité de dames fut formé sous sa présidence, et tous les pieux stratagèmes de la charité, loteries, ventes, concerts, souscriptions, amenèrent chaque année dans les mains de ce comité des sommes dont l'emploi, scrupuleusement réparti entre les enfants pauvres, fut un adoucissement aux dures privations que ramène l'hiver. »

Elle fit aussi partie de la commission d'examen du département de la Seine et de la commi ssion supérieure établie sous les auspices et l'inspiration immédiate du ministre de l'instruction publique. « Dans cette commission, Mm* Jules Mallet, dit Mme Pape-Carpantier, fut l'une des plus actives, des plus éclairées, des plus sincères amies des salles d'asile. Il n'est pas une sage mesure, pas une disposition prévoyante qu'elle n'ait provoquée ou appuyée. On comptait sur elle pour beaucoup de choses, et l'on avait raison. Une grande partie db la correspondance avec les asiles des départements, les renseignements à chercher, les instructions à transmettre, les démarches pour obtenir, les enquêtes pour accorder, les questions à étudier, les obstacles à vaincre, tout lui venait, et elle acceptait tout, comprenait tout, suffisait à tout, car son amour était inépuisable. »

La dernière lùche de M"** Mahet comme meui-

MALLET

MALLirr

bre do la commission supcrioure fut sa participation i\ la création de la « Maison d'études », nommée plus tard « Ecole maternelle normale », pins tard encore « Cours pratique pour la direction des salles d'asile », et qui a joué un si grand rôle dans l'histoire des salles d'asile françaises sous la direction de M^" Pape-Carpantier (V. Cou7'S pratique des salles d'asile et Pape-Carpnntjer). M. de Salvandy*, neveu de M°i^ Jules Mallet, est le ministre libéral qui a attaché son nom à cette importante création. M"»* Mallet, M™^ de Varaigne, ainsi que plusieurs autres dames de la commission supérieure, furent chargées, d'abord de trouver un local, puis d'organiser et de surveiller l'institution; là encore, dans le comité administratif des premières années comme dans la commission de surveillance qui lui succéda officiellement, M™e Jules Mallet tint une grande place.

Celle qu'on appelait a la mère des pauvres » est morte h. Cauterets le 11 septembre 1856.

M^e Jules Mallet a écrit des livres de piété, dont Tun, les Prières chrétiennes, est devenu, diton, classique parmi les protestants; un recueil de Chants pour les salles d'asile, comprenant des cantiques et des chansons avec les airs notés, dont la onzième édition date de 1880 (Hachette, in-8); une brochure anonyme sur la direction morale des salles d'asile, l'une des premières publications françaises de ce genre; d'assez nombreux articles dans VAmi de r Enfance [passim, en général sous les initiales E. M.).

Le meilleur de sa doctrine a été réuni, sous le modeste titre à' Appendice, dans la troisième édition du Manuel des salles d'asile, de M. Cochin; cet appendice, d'environ 120 pages in-8°, est annoncé, dans le livre de M. Cochin, ainsi qu'il suit : a Le travail de M. Cochin s'arrête à la page qui précède. Une personne, qui s'est dévouée avec autant de modestie que de mérite à l'œuvre des salles d'asile depuis leur première fondation en France, a recueilli toutes les améliorations qui ont été introduites pendant ces dernières années dans la direction et le régime de ces utiles établissements, et y a joint ses observations personnelles. Ce sont ces précieuses communications que nous livrons au public dans l'appendice qui va suivre, comme complément du livre de M. Cochin. »

Ces courtes appréciations ne font que rendre stricte justice à l'œuvre de M^e Jules Mallet. On y trouve, en effet, sous une forme délicate et haute, toute la pédagogie des salles d'asile, telle que l'entendaient ceux de leurs premiers fondateurs qui ont été le mieux inspirés. L'esprit religieux y domine, sans faire tort d'ailleurs à ce sentiment de maternité bienveillante et saine sans lequel on ne concevrait pas une éducatrice de la première enfance. Telle de ces pages si peu connues, et qui ont disparu des éditions postérieures du livre de M. Cochin, pourrait être certainement signée des noms les plus autorisés dans notre pédagogie féminine, de M""» Necker de Saussure ou de M"« Guizot. En voici une, par exemple, qui nous semble faire le plus grand honneur au sens pénétrant d'observation, et tout à la fois au bon sens et à l'âme de M""* Mallet :

« On retrouve, dit-elle, dans les salles d'asile ce qui n'est que trop ordinaire dans les collèges et dans la plupart des établissements d'éducation publique, c'est que les enfants les plus intelligents sont plus vivement stimulés que les autres, et que sur eux se concentrent les soins, les efforts et l'intérêt des maîtres. Pourquoi cela ? parce qu'ils obtiennent des succès dont on se fait honneur. Mais ces succès, comment les amènet-on, et que produisent-ils dans l'âme, le cœur et la santé des enfants ? D'abord, les moyens em-

ployés pour les obtenir sont en général peu conformes aux principes d'une éducation sagement dirigée ; car c'est toujours l'amour-propre et l'orgueil, cachés sous le nom d'émulation, qui servent de stimulants. On a beau reconnaître que dans les salles d'asile l'attention et les soins doivent s'étendre à tous, et que tous doivent être traités avec une égale mesure de justice et d'intérêt, il est positif que peu de maîtres et de maîtresses sont à l'abri du reproche de s'occuper de préférence des enfants les plus intelligents, et de toujours les mettre en scène lorsqu'il vient des étrangers. C'est un grand mal. Ces enfants doivent concevoir d'eux-mêmes une opinion trop favorable ; ils doivent s'habituer ainsi à se voir apprécier plus que les autres, à leur être supérieurs ; et tandis que cet eff'et funeste s'accomplit en eux, d'autres enfants, dont les facultés intellectuelles sont proportionnées à leur âge et aux forces de leur petit corps, sont laissés de côté, parfois dédaignés et humiliés par le parallèle qu'on fait entre eux et leurs camarades plus avancés. De là naissent la tristesse, le découragement et l'envie, la plus fatale de toutes les dispositions pour soi et pour les autres.

» Nombre de maladies sont aussi occasionnées, chez les jeunes enfants, par le travail forcé de leur intelligence, et par l'excitation d'esprit, d'imagination et d'impressions qui est entretenue en eux. C'est donc par l'effet de cette conviction que nous redisons encore aux personnes qui s'occupent de la surveillance des salles d'asile qu'il est urgent d'éclairer les n>dtres et les maîtresses sur le danger de stimuler trop fortement l'intelligence des enfants.

» Mais qu'elles comprennent bien que ce que nous disons à l'égard de l'intelligence, c'est-à-dire des facultés intellectuelles, ne se rapporte pas à l'éducation du cœur. On ne peut donner à l'enfant une connaissance trop complète de son devoir, on ne peut lui inspirer trop d'amour pour Dieu et pour ses semblables ; on ne peut trop chercher à le rendre pieux, docile, afi"ectueux; à développer en lui tous les bons germes, et à combattre tous les penchants vicieux ; car, en le mettant dans un état de paix et de bien-être moral, on contribue au développement de ses forces et à l'affermissement de sa santé. On voit des enfants malades de colère, de jalousie ; et chez eux l'irritabilité nerveuse n'est que trop fréquemment occasionnée par des sentiments et des impressions qu'il est nécessaire de réformer.

» Pourtant on peut encore appliquer ici une partie de ce que nous avons dit plus haut ; ce n'est point des enfants le plus heureusement doués des qualités du cœur que le maître doit s'occuper davantage, mais bien plutôt de ceux qui le sont moins. Sa patience, sa persévérance, son attention constante doivent être alors infatigables et ne jamais cesser.

» Tout cela, nous en convenons, exige beaucoup de sagesse et de discernement. Nous retombons donc sur cette vérité dont on ne sera jamais trop convaincu, c'est que de la personne chargée de l'enseignement et de la direction d'une salle d'asile dépend, en quelque sorte, la destinée présente et future des enfants qui lui sont confiés. Combien donc est grande et sacrée l'importance du choix d'un maître ou d'une maîtresse 1 Combien serait répréhensible, funeste, condamnable, la légèreté avec laquelle on les accepterait par tel motif ou telle considération ! Combien est déplorable l'apathie, l'indifférence avec laquelle ils sont parfois surveillés, dirigés dans l'accomplissement de leurs devoirs !

» L'œuvre des asiles est telle par sa nature, par ses effets, que ce n'est qu'en s'y dévouant de cœur et d'âme, qu'en y portant un sentiment pro-

MANCHE

MANCHE

fond et solennel de devoir et do conscience, qu'en agissant on la présence de Dieu et non en celle des liommns, qu'on sentant les étreintes d'une pure et vivo charité, et, disons-le en un mot, qu'en marchant par la foi et la charité chrétiennes, qu'on peut concourir à son accroissement et à ses progrès.

» Amis des pauvres, mères chrétiennes qui avez pitié de l'enfance délaissée, consacrez vos pensées, vos efforts, quelque portion de votre temps à la création, au soutien, à la surveillance des salles d'asile; pénétrez-vous de la grandeur morale de cette institution; sentez quelle est la tâche imposée aux maîtres : sachez la leur définir et partagez-en avec eux la responsabilité : vous seuls pouvez affermir cette œuvre et la rendre féconde en résultats heureux et durables. »

[Ch. Defodon.]

MANCHE (département de la). — Superficie : 5Î)'28 kilomètres carrés. Population : 526 377 habitants en 1881 au lieu de 539 910 en 1876. Densité moyenne de la population par kilomètre carré : 89 habitants au lieu de 71 habitants, chiffre de la densité moyenne de la France. Six arrondissements formant 6 circonscriptions d'inspection primaire, savoir : Saint-Lô, Avranches, Cherbourg, Coutances, Mortain et Valognes; 48 cantons, 643 communes, dont 359 de 500 habitants et audessus.

Le service de l'inspection primaire dans le département de la Manche est réparti comme suit :

f.IRCOlïSCRIPTIO^S.

NO.MBKE

d'écoles

de classes

d'élèves

publ.

libr.

publ.

libr.

publics

libres

Saint-Lô

A.vranchos

Clierbourir ....

Coutances. ...

Mortain

Valognes

Population d'âge scolaire. — En 1876 on comptait 66 403 enfants de 6 à 13 ans (34 237 garçons, 32166 filles), soit 12.30 enfants d'âge scolaire par 100 habitants. En 1881 on ne compte plus que 64 448 enfants de 6 à 13 ans (32 126 garçons et 33 322 filles), soit 12.24 enfants d'âge scolaire par 100 habitants. C'est une diminution de 1955 enfants de 5 à 13 ans et de 13 533 habitants pour une période de cinq ans.

Page 1