‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 137 sur 573 · MAITRESSE · texte numérisé non relu

MAITRESSE

l'aflaire, ne manqua pas de profiter de cette occasion d'affirmer ses droits, et ordonna la fermeture de l'école ; mais le parlement cassa le jugement de l'écolâtre. Sans se décourager, les maîtresécrivains assaillirent une autre école, celle de la rue Saint-Placide, et intentèrent un nouveau procès, prétendant cette fois que l'école n'était pas gratuite comme devait l'être une école de charité. L'école resta fermée durant trois mois ; mais les frères obtinrent encore une fois gain de cause. Quelques années pins tard enfin, en 1704, le syndic des maîtres-écrivains assigna J.-B. de La Salle devant le lieutenant de police, tandis que les maîtres des petites écoles, devenus en cette circonstance les alliés de leurs anciens ennemis les maîtres-écrivains, intentaient un procès au supérieur des frères devant le grand-chantre. Le lieutenant de police défendit aux frères d'enseigner à leurs élèves autre chose que la lecture du psautier et un peu de calcul, et leur intcdit de demeurer ensemble et de faire aucun corps de société jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu des lettres patentes du roi. J.-B. deLa Salle interjeta appel de cette sentence devant le parlement ; mais cette fois son appel fut mis à néant (arrêt du 5 février 1706). Néanmoins, grâce à l'intervention du curé de Suint-Sulpice, une transaction put avoir lieu : les maîtres-écrivains consentirent à laisser rouvrir les écoles des frères, à la condition que tous les élèves qui y seraient admis recevraient de la main du curé un certificat d indigence.

Mais, à mesure que le goût de l'instruction se répandait, il devenait de plus en plus difficile aux écrivains de maintenir intacts leurs privilèges et de donner la chasse aux maîtres étrangers à la corf)oration, qu'ils appelaient les « buissonniers ». Paillasson, expert écrivain juré, auteur de l'article Maitres-écrivaiyis dans V Encyclopédie, se plaint amèrement que de son temps sa corporation « est ignorée », et que « les maîtres qui la composent sont confondus avec des gens qui n'ayant aucune qualité, et souvent aucun mérite, s'ingèrent d'enseigner en ville, et quelquefois chez eux, Tart d'écrire et l'arithmétique. Ces buissonniers , ajoute-t-il, par leur grand nombre, font aux maîtres-écrivains un dommage qu'on ne peut exprimer. »

Nous avons nomme plus haut les principaux écrivains jurés qui s'étaient distingués au xvi® siècle et dans la première moitié du xvii^ ; nous y ajouterons, d'après Paillasson, la liste de ceux qui continuèrent, sous Louis XIV et Louis XV, à soutenir la réputation du corps auquel ils appartenaient. Ce sont Senault, « homme habile non seulement dans l'écriture, mais dans l'art de la graver, et qui a donné au public beaucoup d'ouvrages où la fécondité du génie et l'adresse de la main paraissaient avec éclat »; Laurent Fontaine, qui publia en 1667 son Art d'écrire expliqué en trois tables, et gravé par Senault; J.-B. Allais de Beaulieu, de Rennes, qui fit paraître en 1680 un ouvrage gravé aussi par Senault : ce fat « le plus grand maître en écriture du xvii* siècle » ; Nicolas Lesgret, de Reims, secrétaire ordinaire de la chambre du roi, auteur d'un ouvrage gravé par Berez et publié en 1694; Olivier Sauvage, neveu d'AUais, qui « possédait le beau de l'art, et avait un feu dans l'exécution qui le distinguera toujours » ; Louis Rossignol, élève de Sauvage, « qui a été le peintre de l'écriture ; on peut dire de cet habile maître ce que M. Lépicié dit de Raphaël, fameux peintre, que son nom seul emporte avec lui l'idée de la perfection » ; enfin Pierre Adrien, de Rouen, a que son goût portait à faire des traits artistement travaillés, et à écrire extrêmement fin; tout Paris a vu avec surprise de ses ouvrages, surtout les portraits du roi et de la reine ressomblauts : à l'aspect de ces deux tableaux on croyait voir mu;

belle gravure; mais examinés de plus près, ce que l'on avait cru l'effet du burin n'était autre chose que de l'écriture d'une finesse surprenante ; cette écriture exprimait tous les passages de l'Ecriture sainte qui avaient rapport à la soumission et au respect que l'on doit aux souverains. » Citons encore, pour terminer cette nomenclature, d'Autrepe, syndic des experts jurés écrivains, auteur d'un Traité sur les principes de l'art d'écrire publié en 1759.

Les statuts que les maîtres-écrivains s'étaient donnés lors de la fondation de leur corporation furent modifiés en 1658, et ces statuts réformés furent remplacés à leur tour par de nouveaux statuts rédigés en 1727. Voici les principales dispositions de ce règlement :

Pour pouvoir faire partie de la communauté il fallait, outre la capacité, être de la religion catholique, apostolique et romaine, et de bonnes vie et mœurs. — Pour être reçu, il fallait avoir au moins vingt ans, et subir trois examens, dans trois jours différents, sur tout ce qui concerne l'écriture, l'orthographe, l'arithmétique universelle, les comptes à parties simples et doubles, et les changes étrangers. — Les fils de maître nés dans la maîtrise de leur père étaient reçus à dix-huit ans, sans examen, à la condition de faire une légère expérience par écrit de leur capacité; ils étaient reçus gratis, en payant les deux tiers du droit royal, le coût de la lettre de maîtrise, et autres petits droits. — Les fils de maîtres nés avant la réception de leur père, ainsi que ceux qui épousaient des filles de maîtres, subissaient les examens ordinaires, et payaient la moitié des droits, plus les deux tiers du droit royal, le coût de la lettre de maîtrise et autres. — Chaque maître pouvait mettre au devant de sa maison un ou deux tableaux ornés de plumes d'or, traits, cadeaux, et autres ornements, dans lesquels il indiquait ses qualités. — La communauté était administrée par un syndic, un greffier, un doyen, et vingt-quatre anciens.

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